Chapitre 20

Bien évidemment, la presse s'empara de l'affaire dès le lendemain. L'accident de Naruto fit la une de tous les journaux. Une photo de lui où il apparaissait sous son meilleur jour, souriant et impeccablement coiffé, se trouvait sur toutes les couvertures de la presse people. Celui qu'on haïssait et qu'on méprisait encore un mois auparavant était devenu, le temps d'un tragique accident de voiture, le martyr du siècle. On le plaignait, on lui souhaitait de vite se rétablir –ce qui était un peu ironique compte tenu de son état-, on envoyait beaucoup de courage à ses proches… bref, on retournait sa veste. On devenait hypocrite.

On avait pitié.

Et de cette pitié, ni Sasuke ni Naruto n'en voulait. Aucun d'eux ne l'acceptait.

Les journalistes campaient devant le hall de l'hôpital depuis un mois déjà, un appareil-photo autour du cou et un calepin dans les mains, espérant dénicher une information croustillante ou scandaleuse. En un mois seulement, la chambre de Naruto avait beaucoup changée. Plusieurs bouquets de fleurs étaient éparpillés dans la pièce, lui redonnant un semblant de vie et de couleur. De nombreux associés lui avaient envoyé une carte de bon rétablissement, accompagnée parfois d'une boîte de chocolats qu'il ne pouvait pas déguster. Chaque jour, Sasuke s'exaspérait devant l'arrivée de ces cadeaux empreints d'hypocrisie et de compassion. Naruto, lui, ne s'en formalisait pas. Cela ne le rendait ni triste ni heureux. En réalité, il s'en moquait comme d'une guigne. Il ne voyait pas l'intérêt de s'énerver pour si peu et de toute façon, il n'en avait pas la force. Ainsi, le problème était réglé.

Sakura venait lui rendre visite deux ou trois fois par semaine depuis qu'elle avait obtenu la permission de Sasuke. Le ténébreux revoyait encore son visage pâle aux yeux débordant de larmes, il se rappelait encore du tremblement qui avait fait chaviré sa voix lorsqu'elle lui avait demandé : M'accordes-tu le droit de venir le voir ? Sasuke accepta. Qu'aurait-il bien pu faire d'autre ? Refuser ? A quoi bon ? Sakura était une bonne amie pour Naruto et cela lui faisait sincèrement plaisir de voir que le blondinet était aimé, même si c'était par quelqu'un d'autre. Au début, Sasuke ne bougeait pas de sa chaise lorsque Sakura pénétrait dans la chambre blanche, la plupart du temps avec un DVD ou un livre entre les mains. Il se méfiait encore de la jeune femme aux cheveux roses et de ses sentiments ambigus. Mais désormais, il lui faisait assez confiance pour les laisser seuls une heure ou deux, juste le temps de se remémorer les souvenirs de l'enfance. Elle avait encore besoin de Naruto et Sasuke l'avait compris.

Une kinésithérapeute manipulait Naruto plusieurs fois par semaine durant une séance d'un quart d'heure. A l'aide d'exercices d'assouplissement et de décontraction, elle essayait de redonner un peu de vie à son corps inerte, insensible. Pour l'instant, ces exercices ne portaient pas leurs fruits et ne faisaient qu'épuiser Naruto mais Sasuke était convaincu qu'un jour, l'homme de sa vie pourrait de nouveau courir comme une gazelle et peindre comme un forcené. Oui, il en était persuadé. Il n'était pas d'un tempérament optimiste mais pour une fois, il voulait y croire. Il avait besoin d'y croire pour tenir le coup. De son côté, Naruto ne se faisait pas d'illusion. Il était un homme d'affaires après tout, sa pensée ne se constituait donc que d'éléments rationnels. Il savait pertinemment qu'il ne sortirait jamais de ce lit, qu'il ne pourrait plus étreindre Sasuke comme autrefois, qu'il ne pourrait plus laisser libre court à son imagination sur une toile en lin. Il le savait. Et il l'acceptait. Cependant, il savait aussi qu'il ne pourrait vivre de cette manière pendant des années. Il ne supporterait pas. Cela ne faisait qu'un mois qu'il était installé au fond de ce lit d'hôpital mais il ne le supportait déjà plus.

Il avait la désagréable impression d'être prisonnier d'un corps qui ne lui appartenait plus vraiment. Perpétuellement enfermé dans les tréfonds de son esprit, il faisait montre d'une force incroyable pour ne pas sombrer dans la folie. Souvent, l'envie de hurler le titillait dangereusement. Hélas, il n'avait même pas assez de force pour exprimer sa tristesse et dépêtrer sa colère. A la nuit tombée, lorsqu'aucun bruit ne perturbait le silence et que toutes les lumières étaient éteintes, Naruto s'abandonnait au désespoir. Alors de grosses larmes tièdes glissaient sur ses joues sans qu'il ne puisse les en empêcher. Parfois, il se surprenait même à songer qu'il aurait préféré y rester, ce matin-là, lorsque son Audi percuta un arbre. Son sort était pire que la mort.

Mais ce qui restait pour lui le plus difficile à accepter, c'était que Sasuke aussi en souffrait. Il en souffrait même terriblement.

Cet après-midi-là, exactement comme tous les autres, le temps s'égrena avec une lenteur épouvantable. Couché sur le dos, les bras le long du corps et le buste légèrement relevé à l'aide d'un oreiller, Naruto laissait son regard se perdre à travers la fenêtre entrouverte. Parfois, le vent parvenait à se faufiler dans la chambre et à lui arracher un léger frisson. Le timide soleil d'octobre planait haut dans le ciel, dardant le monde de ses rayons. La température avoisinait les quinze degrés, ce qui était assez surprenant à l'approche de l'automne. Le blondinet songea qu'il aurait aimé aller se promener dans le petit bois où Sasuke et lui avaient l'habitude de se rendre. Il aimait remplir ses poumons d'air frais et des odeurs de résine, tout en sentant le vent se glisser dans ses cheveux ambrés.

Mais il n'aurait plus l'occasion d'y retourner.

-Hey Naruto… à quoi tu penses ?

Le concerné détourna son regard de la fenêtre et l'orienta vers Sasuke, qui lui décocha un sourire tendre. Tant bien que mal, Naruto parvint à le lui rendre. Sasuke quittait rarement l'hôpital d'Osaka. Il arrivait le matin et ne repartait que le soir. Et encore, s'il pouvait passer la nuit aux côtés de Naruto, il le ferait sans hésiter. Les infirmières devaient presque se montrer agressives pour qu'il daigne lever ses fesses de cette maudite chaise où il restait assis à longueur de journée.

-A rien de spécial, répondit Naruto.

-Tu veux qu'on se mate un film ?

-Comme tu veux, ça m'est égal.

Les traits de Sasuke se crispèrent légèrement. Naruto lui avait répondu avec plus de froideur qu'il ne s'y était attendu. Car ces temps-ci, Naruto se montrait étrangement froid. Il ne souriait plus. Il se trouvait continuellement plongé dans ses pensées et, contrairement à son tempérament bavard, s'enfermait dans un mutisme que Sasuke ne savait pas comment interpréter. Petit à petit, il semblait perdre goût à la vie et son visage, autrefois si doux, semblait s'être transformé en un masque superficiel. Indifférent. Sasuke le voyait s'éteindre au fil des jours. Naruto avait beaucoup maigri et ses joues se creusaient un peu. Il faisait réellement peine à voir et Sasuke ne savait plus quoi faire pour lui venir en aide. Face à cette pathologie, l'impuissance le submergeait totalement. En d'autres termes, il ne servait à rien. Absolument à rien. Il n'était même pas capable de lui arracher un sourire ou un petit éclat de rire. Naruto s'enfermait dans des silences interminables qu'il ne parvenait pas à ébranler. Aujourd'hui, au fond de son lit, Naruto lui semblait un reflet de lui-même, de celui qu'il était autrefois et qu'il ne voulait plus être. L'homme renfrogné et sans espoir qui passait les trois quarts de son temps à maudire la vie et à souhaiter mourir.

Souhaiter mourir… un désagréable frisson hérissa toute la surface de sa peau. Comme un réflexe, Sasuke s'approcha de Naruto et saisit sa main en oubliant que le blondinet ne ressentait pas la chaleur de sa paume. Naruto lui manquait. Son Naruto lui manquait. Plusieurs fois, il songea qu'il aurait préféré être à sa place. Il aurait préféré finir lui-même tétraplégique et laisser sa chance à Naruto. D'ailleurs, en toute logique, c'était normalement lui qui devrait se trouver agonisant au fond d'un lit, et Naruto devrait lui tenir la main. Pas l'inverse. Sasuke n'était pas préparé à l'inverse. Dans sa conception des choses et dans l'imagination de son futur, il s'était toujours vu comme un condamné à mort. Lui, il y était préparé depuis toujours et attendait simplement que son heure arrive. Naruto en revanche…

Comme c'était frustrant. Comme c'était répugnant. Sasuke ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable. Coupable même. Coupable d'être en parfaite santé ou presque pendant que Naruto vivait un véritable enfer. Alors il ne savait rien faire d'autre que de rester au chevet de Naruto, à attendre un miracle. A attendre que quelque chose, n'importe quoi, se produise. Désormais, le week-end fleur bleue passé sur le Kushina lui paraissait lointain, presque irréel, à tel point qu'il en arrivait à se demander s'il avait vraiment eu lieu. Souvent, il avait l'impression que Naruto se trouvait ailleurs, égaré dans des pensées qu'il n'avait pas le droit de connaître. Il sentait l'âme du blondinet vagabonder ailleurs, loin de lui. Très loin de lui. Naruto lui échappait un peu plus chaque jour.

Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne le perde définitivement.

Sasuke se leva et s'approcha d'une petite commode. Il ouvrit un tiroir et passa en revue les quelques DVD qui s'y trouvaient.

-Tu veux regarder un film en particulier ? demanda-t-il en regardant par-dessus son épaule.

-Je t'ai dis que ça m'était égal.

Sympa l'ambiance, songea Sasuke en grinçant des dents. Finalement, il opta pour N'oublie jamais, un film à l'eau de rose que Naruto aimait beaucoup aux dernières nouvelles. Sasuke alluma l'écran plat fixé au mur, mis le DVD dans le lecteur, et se planta face à Naruto, un sourire insolent aux lèvres.

-Hey… j'peux me taper l'incruste à côté de toi ?

Les pupilles de Naruto se mirent à briller. Enfin. Ses lèvres esquissèrent un triste sourire. Le cœur soudainement plus léger, le ténébreux s'allongea auprès de son amour et posa une main sur la sienne. Le corps de Naruto était chaud. Naruto respirait. Sasuke pouvait sentir son souffle tiède heurter sa joue. Naruto était vivant. Naruto serait toujours là. Il y veillerait personnellement.

-Sasuke…

Le cœur du concerné suspendit ses battements un court instant.

-Je t'aime.

En guise de réponse, Sasuke lui embrassa le front. Puis sa bouche glissa sur le nez de Naruto, lui arrachant un rire discret. Inévitablement, leurs lèvres finirent par se rencontrer. Et ce fut magique. Littéralement magique. Des milliers de papillons se mirent à voltiger au creux de l'estomac de Sasuke. Naruto ne l'avait encore jamais embrassé de cette façon. C'était un baiser intense, fort, révélateur. En l'espace d'un instant, il n'y eut plus d'hôpital, il n'y eut plus de maladie, il n'y eut plus de douleur. Il y eut juste leur monde à eux. Leur monde dans lequel ils aimaient s'enfermer, l'univers où ils avaient établi refuge.

Un monde bien meilleur que cette fichue réalité qui les assénait.

XxXx

En ce mardi dix octobre, Naruto avait ce que la plupart des gens appelait "le blues" ou encore "le cafard". Aujourd'hui, c'était son anniversaire. Il fêtait ses vingt neuf ans au fond d'un lit d'hôpital, prisonnier d'un corps qui ne voulait plus bouger. Youpi. Sakura était venue le voir une demi-heure plus tôt afin de lui souhaiter un « heureux anniversaire ». Il eut envie de rétorquer un « Vas te faire voir avec tes heureux anniversaires, crétine » cinglant mais se retint de justesse. Pour l'occasion, la jeune femme lui avait offert un livre de six cents pages que Sasuke se ferait un plaisir de lui lire un peu plus tard. Sasuke lui faisait toujours la lecture. Toujours.

D'un œil morne, il regardait les premiers rayons de soleil percer les nombreux nuages opacifiant le ciel d'automne. Les minces rai de lumière luttaient inlassablement pour chasser la grisaille et si un nuage plus noir venait barrer leur route, ils ne s'éteignaient pas, continuant le combat. Il n'avait pas le courage de les imiter. Ce combat l'épuisait. Depuis l'enfance, il était prisonnier. Prisonnier des rêves de son père, prisonnier de l'entreprise familiale, et aujourd'hui le voilà prisonnier de son propre corps. Aux côtés de Sasuke, il avait eu le privilège de goûter à la liberté. Et quand un prisonnier connait la saveur de la liberté, ne serait-ce qu'une fois, il lui est impossible de demeurer enchaîné. Naruto voulait partir. Partir, dans tous les sens du terme. Il n'irait jamais mieux et ses membres refuseraient toujours de lui obéir. Sa vie avait adopté une routine ennuyeuse et surtout humiliante. Son quotidien défilait au rythme des séances de rééducation, de soins, de toilette, de repas… il ne vivait plus. Il survivait. Il n'avait plus de corps. Seul son esprit demeurait vivant et chaque jour, il devait faire preuve d'un courage exceptionnel pour ne pas devenir complètement fou. L'esprit de Naruto se limitait à un nombre restreint de pensées contre lesquelles il ne pouvait rien.

Et le pire dans toute cette histoire, c'était qu'il privait Sasuke de vivre sa propre vie. Naruto Uzumaki n'était plus qu'une loque et Sasuke était devenu la nourrice d'une loque. Et ça, le blondinet ne l'acceptait pas. Il ne l'accepterait jamais. Il ne supportait plus de voir Sasuke assis en permanence à son chevet, la mine renfrognée et un bouquin stupide entre les mains. Sasuke était jeune, Sasuke était beau, Sasuke devait vivre. Et il allait vivre. Coûte que coûte. Sasuke allait vivre à tout prix. Il devait continuer à vivre pour eux deux et réaliser ses rêves. Sa place n'était pas dans cet hôpital.

Ensuite… je te rendrai heureux.

N'était-ce pas ce qu'il avait promis à Sasuke ? Et aujourd'hui que faisait-il ? Rien. Strictement rien. Il n'était bon qu'à regarder des films ridicules à la télévision et à pleurnicher sur son sort. Bref, il n'était plus capable de rendre Sasuke heureux. Quelqu'un d'autre pourrait peut-être le faire un jour, Naruto l'espérait du fond du cœur, mais lui n'y arriverait plus désormais. Il ne voulait être un fardeau pour personne et surtout pas pour Sasuke. Alors, comme tout homme digne de ce nom, Naruto Uzumaki avait pris sa décision. La décision de sa vie même. Vu sa condition, il n'existait pas trente six façons de retrouver sa liberté. Non. A vrai dire, il n'y en avait qu'une. Une seule. Et il comptait bien la retrouver, cette liberté qu'il avait tant convoité.

On frappa à la porte. D'une voix faible, Naruto murmura un « entrez » empreint de lassitude. Le visage du docteur Orochimaru apparut dans l'entrebâillement de la porte. Naruto l'intima de s'approcher et de refermer derrière lui. Le cardiologue obtempéra, le regard traversé par une lueur de surprise, puis s'approcha du lit, perplexe.

-Vous m'avez fait appeler monsieur Uzumaki ?

-Oui. Je voulais vous parler.

Le docteur Orochimaru s'installa sur une chaise et croisa les bras, sourcils froncés. En homme de sciences, il ne croyait pas en la divination mais il devait bien avouer que l'atmosphère lugubre qui planait dans la chambre n'annonçait rien de bon. Il avait comme qui dirait « un mauvais pressentiment ».

-Monsieur Uzumaki, que voulez-vous ? interrogea-t-il, je ne pense pas vous avoir dans ma clientèle.

Et là, ce qu'il aperçut dans les yeux bleus de Naruto lui glaça littéralement le sang.

La détermination qui pétillait dans le regard du blondinet était d'une intensité troublante, au point que le cardiologue eut plusieurs fois envie de détourner les yeux. De baisser les yeux même. C'était un regard dur, froid, austère. Un regard au fond duquel ne résidait plus une once d'espoir.

-Je ne suis pas l'un de vos patients mais je pense que je pourrais vous être utile, souffla Naruto. Je sais que vous cherchez activement un cœur pour Sasuke alors… ne cherchez plus. Vous venez de le trouver.

Le silence qui suivit les paroles de Naruto sembla s'étirer pendant une éternité. Les deux hommes se fixèrent dans le blanc des yeux pendant des minutes interminables. Il fallut plusieurs secondes au docteur Orochimaru pour comprendre ce que Naruto Uzumaki essayait de lui dire. Une fois qu'il eut enfin trouvé un sens à ces mots inattendus, il fut soudainement incapable de respirer, un peu comme si ses poumons ne contenaient plus d'air.

-Je ne suis pas sûr de bien comprendre… balbutia-t-il bêtement.

Naruto soupira, irrité. Seigneur comme cet homme pouvait être lent d'esprit ! C'était à se demander comment il avait réussi à devenir cardiologue.

-Vous vous occupez de Sasuke Uchiha n'est-ce pas ?

-Oui… mais…

-Parfait, coupa Naruto. Je sais que Sasuke a besoin d'une greffe de cœur s'il veut survivre quelques années encore, c'est vous-même qui me l'avez dit. Je suis prêt à lui donner le mien, docteur. Alors prenez-le. Pour Sasuke.

Voilà qui avait le mérite d'être clair, direct et précis. Aucune ambigüité possible cette fois. Orochimaru était sûr d'avoir bien entendu et il comprenait mieux pourquoi, dans le monde des affaires, on surnommait Naruto Uzumaki Le serpent en costume. Sa force de persuasion restait inébranlable. Mais… c'était une blague n'est-ce pas ? Il devait certainement y avoir une caméra cachée dans un coin de cette chambre empestant le désinfectant, pas vrai ? Car dans le cas contraire, il était dans de beaux draps ! Orochimaru secoua légèrement la tête pour se remettre les idées en place.

-Mais… mais enfin vous n'êtes pas en train de mourir, vous vous portez très bien monsieur Uzumaki !

Le concerné haussa un sourcil dubitatif.

-Ah ? Vous trouvez que je me porte bien, vous ? Eh bien vous êtes du genre optimiste, docteur.

Le cardiologue ouvrit la bouche sur un silence. Seul un soupir lourd de sens franchit le barrage de ses lèvres. Qu'aurait-il bien pu lui répondre, après tout ? Non, Naruto Uzumaki n'allait pas bien du tout et non, il ne s'en remettrait jamais. A quoi bon se voiler la face ? Il était médecin, pas psychologue. L'un de ses patients avait besoin d'une greffe de cœur et on lui en offrait un sur un plateau d'argent. Que devrait-il faire, hein ? Refuser ? Accepter ? A vrai dire, il n'en savait strictement rien. Il n'avait qu'une seule envie : détaler comme un lapin et ne plus jamais revenir dans cette maudite chambre.

Naruto percevait clairement son malaise mais il ne cèderait pas. Non, il ne cèderait pour rien au monde. La détermination embrasait son regard.

-Je songe sérieusement à quitter ce monde, reprit-il. Je compte rédiger une demande d'euthanasie très prochainement. Ou plutôt, je vais demander à ce qu'on la rédige pour moi puisque je ne sais plus utiliser mes bras.

-Excusez-moi ?

Alors c'était ça. Naruto Uzumaki souhaitait donner sa vie pour sauver celle de Sasuke Uchiha.

Admirable.

Louable.

Courageux.

Cruel.

- Croyez-moi, entre cette existence et la mort, mon choix est déjà fait, susurra le blondinet. Vous savez ce que ça fait docteur d'être allongé là à longueur de temps, sans rien faire, sans pouvoir bouger ? Vous savez ce que ça fait d'être là et de rendre malheureuse la personne que vous aimez le plus au monde ? J'aime Sasuke. J'aime Sasuke plus que n'importe qui d'autre sur cette putain de planète mais je ne peux plus rien faire pour lui. Je ne peux plus le serrer dans mes bras, je ne peux plus lui tenir la main, je ne peux plus le toucher… la seule chose que je peux encore faire, c'est lui donner mon cœur pour qu'il puisse vivre encore un peu. De toute façon, il lui appartient déjà.

Au bord de la crise d'hystérie, le docteur Orochimaru bondit sur ses pieds et battit l'air de ses mains. Naruto le fixait d'un air froid et impassible, sans même cligner des paupières une seule fois.

-Mais vous ne pouvez pas donner votre cœur comme ça enfin ! s'exclama-t-il, il faut faire des examens pour voir si vous êtes compatible avec Sasuke Uchiha et puis il y a tout un tas de démarches administratives… vous êtes inscrit au don d'organes ?

-Oui. Je suis inscrit, j'ai ma carte de donneur dans mon bureau, téléphonez à ma gouvernante et elle vous l'apportera illico. Alors entamez vos examens dès maintenant et vérifiez ma compatibilité.

La détermination qu'Orochimaru avait aperçu dans son regard semblait s'être déplacée dans le timbre de sa voix. La détermination était tout ce qu'il restait à Naruto. L'espoir de pouvoir venir en aide à Sasuke Uchiha le maintenait en vie. Du moins, pour le moment. Le cardiologue était victime d'un terrible dilemme intérieur. A la faculté de médecine, on lui avait appris qu'il fallait toujours respecter la volonté des patients. Oui mais tout de même… cette volonté-là posait un sérieux problème éthique.

Qu'aurait-il pu faire d'autre que d'accepter ?

-Très bien, lâcha-t-il dans un soupir. Nous débuterons les examens dès demain matin si cela est votre souhait mais s'il vous plait, monsieur Uzumaki, je vous demande de réfl…

-Merci, l'interrompit Naruto d'une voix ferme, j'attends votre venue avec impatience docteur.

Les épaules d'Orochimaru se voûtèrent, un peu comme si elles portaient soudainement tout le poids du monde. Sans dire un mot de plus, il bondit presque sur ses pieds, pressé de quitter cette infâme chambre blanche. Une seconde de plus en compagnie de Naruto Uzumaki et il devenait fou à lier. Courtoisement, il salua l'homme d'affaires et tourna les talons, crispé.

Alors qu'il s'apprêtait à sortir, la voix rauque de Naruto le retint encore un instant.

-Au fait… pas un mot à Sasuke. Je compte lui annoncer moi-même.

Orochimaru fut incapable de répondre. Cela lui semblait au-dessus de ses forces. Sans bruit, il abandonna Naruto à sa solitude.

Le silence régna de nouveau dans la chambre. Le silence accablant. Le silence devenu insupportable. Le silence qui le replongeait dans une solitude impitoyable. Cette solitude dans laquelle il s'était juré ne plus jamais retomber. Hélas, désormais il ne pouvait plus peindre pour tenter de combler le vide qui le rongeait. Le désespoir tuait l'inspiration.

La porte grinça doucement. Le visage de Sasuke apparut dans l'entrebâillement. Il arborait un sourire rayonnant. La brise d'automne avait donné un peu de couleur à ses joues.

-Bon anniversaire mon amour ! claironna-t-il joyeusement, devine ce que je t'ai acheté comme cadeau !

Naruto parvint à sourire.

-Aucune idée, rétorqua-t-il d'une voix faible, mais j'espère que ce n'est pas un livre.

Le nez de Sasuke se plissa d'une drôle de façon.

-Nan, j'ai un peu plus d'imagination que Tête de fraise, je te rassure.

Cela lui brûla la gorge, mais le chef d'entreprise pouffa discrètement.

-Arrête de l'appeler comme ça, c'est pas sympa.

Sasuke l'ignora. Après tout, pourquoi devrait-il se montrer « sympa » avec Sakura Haruno alors qu'il ne la supportait pas ? Il possédait bien des défauts mais il n'était pas hypocrite pour un sou. Machinalement, il se débarrassa de sa veste et l'envoya valser sur une chaise prostrée dans un coin de la pièce.

-Au fait tu sais quoi ? reprit-il, j'ai croisé le Mec Débauché dans le couloir et il m'a même pas dit bonjour ! Ce salaud…

-Les médecins sont prétentieux, c'est bien connu mon chéri.

-Ouais, sauf quand on les paie.

Doucement, Sasuke s'approcha du lit et déposa un petit paquet bleu ciel sur le ventre de Naruto. Un sourire chargé de lumière se dessina sur ses lèvres.

-Bon anniversaire, Naruto, chuchota-t-il.

-Tu me l'ouvres ?

Sasuke ne se fit pas prier et s'empressa de déchirer le papier cadeau. Un écrin de velours apparu dans sa main et Naruto crut un instant que son cœur allait cesser de battre.

Si c'était ce qu'il croyait… si c'était vraiment ce qu'il croyait… que pourrait-il bien lui dire ?

Que pourrait-il répondre à sa demande d'avenir commun alors qu'il estimait ne plus avoir de futur ?

Les mains tremblantes et le cœur battant, Sasuke ouvrit la petite boîte en velours. Un anneau doré se mit à luire sous la pâle lueur des néons et les craintes de Naruto se confirmèrent. Son visage ne composait aucune expression. Dans d'autres circonstances, il serait sans nul doute l'homme le plus heureux de monde. Mais dans cette chambre d'hôpital froide où planait l'odeur du désespoir, il ne parvenait pas à ressentir une once de joie. Juste un profond sentiment de vide. Il avait l'impression que son cœur se déchirait dans sa poitrine, un peu comme si quelqu'un le lui avait ôté pour le broyer férocement. Encore une fois, il avait la dérangeante impression que la vie se moquait de lui. Qu'elle se moquait de lui pour la dernière fois.

Sasuke était là, tout sourire, une bague au creux de la main. Et il ne savait absolument pas quoi dire. Son courage envolé, il n'avait pas la force de lui avouer qu'il comptait quitter ce monde en le laissant derrière. Gêné par son silence, Sasuke se mordillait les lèvres et ses yeux ne cessaient de regarder à droite et à gauche tout en évitant soigneusement ceux du blondinet. Ils craignaient d'y lire un quelconque sentiment de déception ou d'amertume. Ce matin-là, Sasuke avait cassé sa tirelire pour acheter cette alliance qui valait environ six mois de salaire mensuel. Tant pis. Il se moquait bien du prix lorsqu'il s'agissait de Naruto Uzumaki. Cependant, il n'avait envisagé la possibilité que le chef d'entreprise puisse refuser son cadeau empestant le romantisme à dix kilomètres. Et pourtant, le mutisme dans lequel il se réfugiait ne présageait rien de bon. En réalité, il ne s'était jamais senti aussi ridicule.

-Euh… préluda Sasuke.

-Une… bague ? murmura Naruto.

Droit comme un piquet, Sasuke sentit ses muscles se détendre peu à peu. Le sourire presque imperceptible qu'affichait Naruto suffisait à lui redonner un peu de bravoure.

-Naruto… je veux qu'on se marie.

Oh Seigneur comme il trouvait sa phrase stupide. Stupide et cruellement banale. Même les cinéastes les moins talentueux faisaient mieux que ça. Et dire que Karin l'avait obligé à regarder entièrement la première saison de Quatre mariages pour une lune de miel, une émission de téléréalité ridicule qu'elle adorait par-dessus tout. Autant dire que niveau demande en mariage, il avait été servi. Pourtant, même si la sienne demeurait totalement dépourvue de romantisme et d'originalité, le sourire de Naruto ne s'était pas effacé. Il ne s'était pas élargi, mais il ne s'était pas effacé non plus. C'était déjà ça. Pourquoi cette demande en mariage arrivait-elle pile poil à ce moment-là ? Peut-être parce que Sasuke sentait qu'il était déjà en train de perdre Naruto. Peut-être même qu'il l'avait déjà perdu. Peut-être espérait-il que cette bague suffirait à ramener Naruto auprès de lui.

Sasuke s'assit au bord du lit puis se pencha vers le blondinet pour humer son parfum et ressentir sa chaleur. Quelques mèches blondes chatouillèrent ses joues. Il sourit.

Il ne voulait pas affronter son regard. Il avait bien trop peur de ce qu'il pourrait y déceler.

-Epouse-moi Naruto.

Si seulement son fichu bras voulait bien se lever, le blondinet aurait glissé une main dans les cheveux de Sasuke. Il ne supportait pas de l'entendre parler de l'avenir avec une telle certitude, une telle insouciance, alors qu'il estimait ne plus en avoir.

Comme il aurait aimé entendre exactement les mêmes paroles de la bouche d'exactement la même personne dans d'autres circonstances.

-Et comment veux-tu qu'on fasse, hein ? chuchota-t-il, je peux pas bouger.

-T'inquiète, on trouvera une solution. Y'a toujours une solution.

Là était l'erreur. Parfois, il se pouvait qu'il n'exista aucune solution.

Les minutes, puis les heures défilèrent lentement. Docilement, Sasuke s'endormit, bercé par la respiration de Naruto. Le blondinet aurait aimé l'étreindre avec douceur et glisser une main dans ses cheveux noirs. Mais il en était incapable. Définitivement incapable. Et à ses yeux, il n'existait rien de pire.

En humant le parfum de Sasuke, il sanglota silencieusement.


Bien le bonjour chers lecteurs !

Vous savez quoi ? C'EST LE WEEEEEEK END ! Je l'attendais avec grande impatience, vous pouvez même pas savoir à quel point ! Bref, parlons un peu de ce petit chapitre =) je l'aime beaucoup, même s'il n'a rien de bien exceptionnel. Le choix de Naruto est cruel et lorsque Sasuke va l'apprendre, il va... nan je dirais rien, n'espérez pas haha. Apart ça, vous trouvez pas que N'oublie jamais est un superbe film ? C'est mon film à l'eau de rose préféré x) il bat Titanic à plates coutures à mon humble avis… bref, ça n'a rien à voir avec le yaoi. Voici venu le moment que je préfère: répondre aux reviews !

Réponse aux reviews anonymes:

Réponse à anonyme : Pourquoi ? Euh peut-être parce que je suis cruelle et que c'est un drame ? x)

Réponse à Vanina-chan: Hello =) oui, j'aime faire ça, démolir les vains espoirs des lecteurs fait partie de mes passe-temps préférés =) non lol mon esprit est libre et rebelle et mon coeur incorruptible *tend une main vers le soleil couchant*. Haha eh bien ça tu le découvriras en lisant =) s'il te reste assez de courage bien sûr x) mdr pas de câlins, c'est fini tout ça pour eux x) y'en a qu'on pas de chance, qu'est-ce que tu veux x) disons que je n'avais pas envie d'entrer dans le cliché de la Sakura stupide et nymphomane qui hurle et dramatise à tout va x) je n'ai rien contre cette pauvre fille, même si, soyons francs, elle ne fera jamais partie de mes personnages préférés x) non voyons, je ne me revendique pas comme une sadique: mes lecteurs habituels me disent sadique, c'est différent, d'ailleurs je n'ai toujours pas compris pourquoi... (A)

Réponse à Elowlie: Bien le bonjour chère amie =) autant pour moi, mais tu remarqueras que je n'ai pas répété la même erreur pour ce chapitre x) j'ai écrit caLepin, alors heureuse ? j'ai pas vraiment compris pourquoi Sasuke est effrayant mais ce n'est pas grave, connaissant l'état désastreux de ta santé mentale, je ne me pose plus de question x) trop de racisme et d'homophobie à mon goût en ce moment... on entend que ça. Mdr je suis une pro: j'arrive à te faire lire du NaruSasuNaru au lieu du SasoDei x) on a la classe ou on l'a pas, que veux-tu, je suis pas ta meilleure amie pour rien Baka-chan, je sais comment t'amadouer =p mdrrr moi à la place de Sasuke, je lui aurais balancé son café en pleine tronche en espérant qu'il soit bien brûlant x) Sachiko l'aurait fait x) au plaisir de te voir ce soir sur FB =)

Gros bisous à tous et mille fois merci pour vos reviews !