Lu: Merci pour ta lecture et tes reviews! C'est super ! :) En ce qui concerne Thranduil, même si je dois en décevoir certain(e)s je le sais, je ne voulais justement pas le faire comme on l'attendait. Même si il reste ce qu'il est, tu le verras dans ce chapitre. Je voulais tout de même me sortir des carcans imputés à ce personnage. J'espère que ça plaira quand même, autrement, ben tant pis ! ^^ En tout cas merci pour ton soutien! Et bonne lecture j'espère !
Grenache: Merciiiiii, oui aujourd'hui je le marque ici ! ;p En espérant que cette suite te plaise ! ^^
Les elfes étaient alignés en des rangs parfaits, et Legolas donnait ses instructions d'une voix haute et claire, teintée d'une indéniable autorité. Ils s'entraînaient avec application et discipline, et chacun de leur mouvement donnaient un ballet cohérent et magnifique de grâce. Ils étaient dans l'ère d'entraînement de la cité. Un espace dégagé un peu en contre-bas des vastes salles principales du palais souterrain. L'ère était large, circulaire et dans le fond elle se liait à la forêt. Il n'y avait qu'une barrière de bois pour marquer le périmètre. Des cibles et des mannequins étaient disposés un peu partout, et certains s'adonnaient au tir à l'arc ou à l'épée. Elen était assise en hauteur, sur des gradins qui ressemblaient à un amphithéâtre, jalonnés parfois de petits passages ressemblant à des balcon. Trois escaliers descendaient, parallèles et dégagés, faits d'une pierre crème qui captait les rayons du soleil. Ce dernier était timide en cette journée, il jouait volontiers avec les nuages grisâtres. Une journée d'hiver comme il y en avait tant d'autres. La neige recouvrait tout, et seul l'espace où ils exécutaient leur art avait été déblayé. Assise sur la roche tiède, elle était emmitouflée dans une cape grise bordée de fourrure, et elle releva le col soyeux sur le bas de son visage, appréciant la chaleur qui s'en dégageait. Elle les regardait patiemment, littéralement subjugué par le savoir-faire. Elle nota que chez les Elfes Sylvains il n'y avait pas de distinction homme / femme en ce qui concernait l'art de la guerre. Ce qu'elle apprécia grandement. Les jeunes femmes et les jeunes hommes étaient sur un pied d'égalité. Même si elle savait que la plupart des femmes elfes s'adonnaient quand même bien plus souvent, à des tâches plus discrètes. Couture, cuisine et elle en passait, toute une panoplie de corvées qu'elle savait qu'elle n'aurait jamais la patience de faire. Elle préférait largement s'occuper des écuries ou forger les lames ou les fers à chevaux. Kieran lui en avait instruit les rudiments, et cela, rares étaient ceux qui le savaient. Déjà qu'une écuyère faisait des histoires, alors une forgeronne ! Elle mira longuement son amant qui était si concentré qu'il en devenait totalement séduisant. Une idée désinvolte traversa son esprit, et elle se demanda si il n'avait pas eut accès à ses pensées, car il lui jeta un regard de biais un peu amusé. Elle rougit légèrement, enfouissant son visage dans le col de sa cape. Elle le dévorait littéralement des yeux, chose qu'elle n'avait encore jamais faite. Tout chez lui devenait une perfection quasi divine. Etait-ce cette forêt qui changeait sa perception des choses ? Elle se releva, et eut un radieux sourire quand elle pensa qu'elle n'avait plus du tout mal. Sa cicatrice était à présent refermée, et elle était montée à cheval le matin même, ce qui l'avait littéralement regonflé à bloc. Une ombre passa lestement à ses côtés, et un jeune elfe dévala les escaliers à la vitesse du vent, parlant si vite qu'elle ne put comprendre ce qu'il se disait. Il alla vers le prince et celui-ci eut l'air très contrarié.
« Où ça ? » l'entendit-elle demander au loin. Elle saisit l'évocation du nom de « Macilion », et elle se souvint que c'était le chef des éclaireurs de Vertbois. Legolas appela cinq noms, et ils le suivirent sans broncher. Ils gravirent les marches rapidement, et il s'arrêta à ses côtés.
« Macilion est mis à mal par une bande d'orques au Nord de la forêt, je dois y aller ! Sois sage pendant mon absence ..
- Combien … ?
- Je ne sais pas, nous devons leur prêter main forte et chasser ces êtres malfaisants de nos terres. » il lui offrit un sourire affectueux, mais ne lui accorda pas de baiser ni même d'accolade amoureuse. Ce qu'elle comprit et respecta de bonne grâce.
Ils disparurent dans les entrailles de la cité, et Elen soupira. Quand elle regarda à nouveau la place où les entraînements se déroulaient, elle s'aperçut que nombre d'aspirants la dévisageaient et chuchotaient parfois avec amusement. Elle haussa les épaules et elle prit la direction de ses appartements. Elle ne croisa presque personne, mais l'altercation avait soulevé une belle animation. Elle passa inaperçue, et croisa Thranduil de loin, qui ne lui accorda qu'une légère attention. Arrivant à destination, elle soupira, en se disant qu'il fallait qu'elle trouve quelque chose à faire. Elle aurait bien voulu allait les aider, mais elle ne voudrait pas être un fardeau. Depuis le temps qu'elle ne s'était pas battue, sans parler qu'elle n'avait pas dansé depuis des mois, elle n'était pas certaine de faire quelque chose de bien. Une idée germa dans son esprit. Elle prit ses deux lames, et les ceignant, elle se dirigea vers la forge. Les deux elfes qui travaillaient là-bas lui lancèrent des regards suspicieux, ne comprenant vraiment pas ce qu'une femme, humaine de surcroît, venait faire ici. Ils tentèrent de la raisonner, mais elle les envoya gentiment balader. L'un d'eux se plaignit en l'avertissant qu'il allait rapporter tout ceci à son roi, et elle lui dit clairement d'aller se faire voir ailleurs chez son souverain même si il le souhaitait ce qui afficha une telle moue choquée sur son visage parfait, qu'elle faillit partir dans un fou rire. Se concentrant sur les outils, elle décida de donner un coup de frais sur ses armes. L'héritage d'Acharniel brilla de teintes chaudes aux lueurs des flammes, et elle s'affaira à lui redonner une seconde jeunesse. Elle n'avait pas besoin de la passer au feu, juste de l'aiguiser, de la polir, de remettre du cuir sur la garde. Elle prit place dans un coin, et fredonnant, elle commença sa tâche. La pierre à aiguiser donnait des sons éraillés lents et rythmés, ce qui la ramena au Rohan, et aux heures passées aux côtés de son père adoptif. Il lui avait tellement appris, elle ne s'en apercevait que maintenant. Elle s'attela ensuite à la garniture du pommeau. Elle choisit un cuir velouté aux teintes rouges cramoisies, et patiemment, elle l'enroula en le serrant tel qu'on le lui avait appris. Ensuite elle finit de la polir, et un splendide sourire accroché aux lèvres, elle fit quelques mouvements gracieux avec, et la lame fendit les airs dans un bruit agréable de vent que l'on découpe.
« Tu te mets à la forge à présent ? »
Elle serra ses doigts sur son arme, et dans un geste fluide elle tendit le bras et pointa le bout de son épée vers l'intrus qui venait de la déranger. Il aiguisa son regard un instant, n'arrivant pas à déchiffrer son expression. Elle eut un léger sourire, et la plaçant devant elle, pointe vers le haut, elle répondit :
« Une chose que mon père adoptif m'a apprise. » elle trouva un fourreau digne de sa lame, et la glissa dedans dans un bruit sourd.
Thranduil la regardait faire en silence. Tout un tas de pensées se bousculant dans sa tête, dont les plus cruelles, qui lui soufflaient que cette femme devant lui, aurait pu être sa fille adoptive. Il ne reconnaissait plus rien en elle. Le souvenir de cette enfant effacée, timide et sage, fondait pour laisser place à une adulte taillée dans le marbre et l'acier. Cela lui fit mal, car en la détaillant, il pouvait lire toutes les expériences affreuses dont elle avait été la victime. Il s'en voudrait sûrement pour cela, plus que personne ne pourrait le soupçonner. Cependant, son attachement pour l'enfant disparue cette nuit, était enterré. Il ne pourrait plus la voir comme telle. Il fallait qu'il réapprenne à la connaître, et cela allait à l'encontre de ce qu'il se devait de faire. Il la vit prendre son autre arme, et alors qu'elle recommençait à aiguiser le métal, elle demanda d'une voix neutre :
« Vous vouliez me parler ? Où c'est juste la plainte de vos forgerons de me voir ici qui vous a poussé à descendre en ces lieux ?
- En effet, je ne voulais pas que tu entraînes ici un désordre trop humain. Et que tu ne saches te tenir avec des gens que je tiens en haute estime, ce qui il me semble, est peine perdue. »
Elle laissa balancer le plat de son épée sur sa cuisse, et se relevant en rangeant proprement les ustensiles qu'elle avait utilisé, elle rengaina son arme, et lui passant à côté elle fit sans cérémonie :
« Ne vous inquiétez pas Seigneur Thranduil, j'ai été à bonne école ! Tous les humains ne sont pas que des gorets mal éduqués. Quant à ma présence, même l'hiver prend fin un jour n'est-ce pas ? »
Puis elle quitta les lieux sans une attention de plus. Thranduil la suivit de ses yeux clairs, le temps qu'elle franchisse les portes en haut de la coursive qui menait ici. Pensif, il se demanda comment il allait pouvoir exaucer son fils, et avoir une discussion censée avec cette femme qui lui échappait totalement. Et tout cela, en arrivant à mettre ses plans à exécution. Il la garderait à l'oeil, tôt ou tard l'occasion se présenterait.
Les heures étaient passées, et Legolas n'était toujours pas revenu. Elle s'ennuyait ferme. Elle fut surprise quand le roi la convia à manger avec lui, et elle lui fit grâce de sa présence. Elle répondit très courtoisement à ce qu'il lui demandait des platitudes sans nom et l'un comme l'autre, étaient réellement insatisfaits de cet échange stérile, ils se quittèrent tôt dans la nuit. Lui n'arrivait pas à entamer la conversation telle qu'il la voudrait, et elle n'était pas plus disposer à répondre à ses questions non formulées. Thranduil dut s'admettre qu'il lui faudrait sûrement prier toute la patience de son peuple pour ne pas vouloir l'égorger d'ici peu.
Elle regardait pas sa fenêtre, la nuit était étrange. Il neigeait, alors que la lune parfois apparaissait dans le ciel, agrippant chaque trouée nuageuse pour baigner le monde de ses lueurs argentées. Elen n'en pouvait plus de rester sans rien faire. Elle bouillonnait littéralement. Elle se mit à sa coiffeuse, et regardant le miroir qu'on lui avait changé, elle prit sa brosse à cheveux, et commença à se coiffer avec dextérité. Il n'y avait qu'une occasion qui lui donnait la patience de faire cela, et ce soir, elle allait se tester un peu. Elle ne pouvait se permettre le loisir de rester oisive avec ce qui l'attendait. Sa jambe était presque totalement guérie, elle pourrait logiquement s'entraîner sans soucis majeur. Les fines tresses encadrant sons visage, se balançaient gracieusement à chacun de ses gestes. Elle enfila la robe elfique qui trônait toujours dans sa chambre, négligemment posée sur un coffre, et s'emmitouflant dans sa cape, elle prit ses lames et sortit sans bruit. Elle se dirigea vers la cour d'entraînement, ne se doutant pas que l'on épiait chacun de ses faits et gestes. Vu que pour elle, elle n'était qu'une pièce rapportée, plus gênante qu'autre chose, elle ne pouvait croire qu'une vigilance accru lui était octroyée.
Elle descendit lentement les marches, et une fois au milieu des escaliers, elle s'arrêta. La personne qui la suivait en fit tout autant, observant avec grande attention tout ce qui allait suivre. Elle leva le visage vers le ciel, sa respiration s'élevant en de fines volutes vaporeuses vers le firmament. Et un radieux sourire transfigura son visage. Qu'il était bon d'être là, dans la nature, les murmures de la nuit comme seuls compagnons. Loin de tous. Elle ressentit son essence profonde vibrer à nouveau, et elle finit de descendre les quelques marches qui lui restait à parcourir. L'ombre qui la suivait prit place à l'abri des regards, et surtout du sien, en prenant une position confortable, pour profiter du spectacle. Elen fit glisser sa cape le long de son dos, découvrant ses épaules presque nues. Les tissus de la robe étaient légers, et c'est exactement ce qu'il lui fallait. Elle sortit les lames de leur couvert, et avec un étrange sourire, elle prit sa robe et déclara « Désolée ma belle, mais ainsi tu ne me sers à rien ! » Elle planta la lame dans le tissu, ce qui soutira un hoquet offusqué à la personne qui la suivait, et la laissant glisser, elle la découpa du haut de la cuisse jusqu'en bas. Elle fit de même de l'autre côté, puis exécutant quelques gestes amples, elle s'exclama « Parfait ! ». Ses fins souliers crissèrent sur la poudreuse fraîche, et elle frissonna sous la neige qui venait caresser son corps léché par une chair de poule tenace. Il fallait qu'elle bouge avant d'avoir trop froid. Elle exécuta quelque mouvements pour s'échauffer un peu les muscles, puis, prenant la lame de son père, elle traça un cercle sur le sol et se positionna au centre. Pointe dans la neige sous ses pieds, l'épée donnait de léger reflet lunaire sur la surface immaculée qui s'étendait devant elle. Se concentrant, elle essaya de se souvenir au mieux de la musique. Elle se balança tout d'abord, pour prendre le rythme, puis elle commença son ballet magnifique dans la neige hivernale. Les gestes étaient amples et fluides, caressant le vent tout en le découpant avec art. Il n'y avait que le bruit des pas dans la neige, de sa respiration, de son coeur qui s'emballait peu à peu sous les efforts. Elle avait un peu mal, mais cette douleur n'était rien face au plaisir immense qui l'animait. L'ivresse des efforts et de la liberté engloutissant son organisme, papillonnant en un rire muet. Son visage était radieux sous la lune, et ses cheveux balayaient l'espace avec la légèreté d'une aile d'oiseau. Les pans de sa robe se soulevaient, ondulaient, découvrant avec forte retenue ses muscles et ses jambes fuselées. Les flocons de neige tombaient en tourbillonnant autours d'elle, aspirés dans sa danse guerrière. Tout en cet instant, n'était que grâce et beauté. Le coeur de son spectateur anonyme se souleva. Qui aurait pu croire qu'un être comme elle pouvait offrir tel ravissement pour les yeux et l'âme ? Subjuguant totalement les êtres qui avaient la chance de la voir en ces instants. Il y eut un léger glapissement qui s'éleva en écho sur les marches, quand lors d'un mouvement sur sa jambe gauche, un élancement se fit sentir. L'épée tomba au sol, et elle s'accroupit vivement. Ce qui ft s'approcher l'ombre, possédée d'inquiétude en voyant cela. Elle se tenait la cuisse, puis se relevant dignement elle marmonna, essoufflée « Ha non ! Pas maintenant, je n'ai pas fini ma grande ! Reste l'autre partie ! ». Elle serra les dents, et réellement trop possédée par l'extase que lui procuraient ses efforts, elle alla prendre la deuxième lame, et se recalant au centre, elle recommença. Augmentant la difficulté avec les deux épées. L'une blanche comme la lune, l'autre jaune comme le soleil. La danse prit un rythme effréné, et elle faillit presque rire de bonheur quand elle se sentit vivre, heureuse d'exécuter à nouveau les pas. Forcer comme elle pouvait le faire avant sa blessure. Puis quelque chose brisa l'instant idyllique. Une lame contre une autre, qui figea tous ses mouvements. Acier contre acier, les deux épées s'embrassaient dans un baiser glacial. Elen avait les yeux si écarquillés par la stupeur, qu'il sembla à son visiteur, qu'ils lui mangeaient le visage. Essouflée, confuse, ses cheveux noirs barrant son visage rougi par les efforts, elle se trouva face à sa Majesté Thranduil qui venait purement et simplement de lui gâcher son plaisir. Son regard se fit dur, et outrepassant l'air étrange qui animait le visage du roi, elle fit un geste gracieux, et libéra sa lame de la sienne. Elle allait bouger pour ranger ses affaires, quand l'épée du roi lui barra le passage. Elle fronça les sourcils, et elle ne comprit pas. Une lueur inaccoutumée animait son attention polaire, la mettant mal à l'aise. Il donna un oeil critique à sa robe fendue, et elle se sentit rougir. Il était le premier homme à la voir en robe dans un cadre autre qu'un spectacle donné à une foule. D'ailleurs, rien que cette pensée, qu'il lui volait littéralement son intimité, souleva chez elle une rude colère. Il la vit resserrer son étreinte sur la garde de ses armes, et un sourire félin étira ses lèvres parfaites. Elle fit un geste vif, et il se défendit. « Vous allez me laisser en paix oui à la fin ?! » l'entendit-il rager, pendant qu'il s'amusait à la défier ouvertement à l'épée. Elle savait éperdument qu'elle ne gagnerait jamais, mais elle n'allait certes pas s'aplatir aussi facilement. Thranduil dut s'admettre qu'elle était douée. Sa mère l'avait bien aguerri, et les héritiers d'Elrond aussi. Cette passe d'armes anima chez lui un amusement qu'il n'avait pas ressenti depuis for longtemps. Ranimant son coeur endormi, ses passions oubliées. Voir cette femme se défendre avec une telle ardeur, avait quelque chose de réellement jouissif. Elle lui transmettait toute la vie qu'il lui manquait depuis tant d'années. Il finit de jouer en désarmant une des ses mains, et passant avec agilité sous son arme, il lui attrapa le bras, la fit pivoter, et la plaquant contre lui, il retint le fil de sa lame contre sa gorge. Le contact glacial lui mordit la peau, et totalement essoufflée, elle laissa tomber son arme au sol, en signe de capitulation. Il ne la lâcha pas pour autant. Une singulière crainte s'empara d'elle, son comportement était anormal. Un elfe, souverain de surcroît, ne touchait que rarement les autres, qui plus est un être de bas échelon social comme elle.
Il sentait son corps tendu contre le sien, exultant de vie, d'intrépidité. Sa poitrine se soulevait contre sa poigne de fer, telle celui du gibier entre les mains du chasseur. Ses tresses désordonnées envahissaient quelque peu son visage. Des cheveux noirs comme ceux de Lelya. Elle dansait comme elle, sauf qu'Elen avait une colère viscérale que sa mère n'avait jamais eu. Elle le sentit tressaillir dans son dos tandis que les souvenirs affluaient en lui violemment.
« Lâchez-moi par les Valar ! hurla-t-elle entre ses dents, forçant en avant pour se libérer.
- Chut … tu n'es pas en position de protester …
- Parce que quoi ? Que votre lame embrasse ma gorge ?!
- Oui exactement .. fit-il en appuyant la pression sur sa peau fine.
- Vous êtes un grand malade du contrôle sérieux ! Ragea-t-elle. Mais allez-y tuez moi ! Vous gâchez pas ce plaisir ! » le défia-t-elle ouvertement.
Il ressentit son corps se débattre avec encore plus de force, et il resserra son étreinte, la comprimant totalement contre lui. La façon dont il la tenait, était une prise difficile à défaire. Elle essaya de se soustraire à cela en se laissant tomber au sol, donnant le poids de son corps pour essayer de glisser d'entre ses bras. Mais peine perdue, il la suivit dans son geste, et ils se retrouvèrent à genoux sur la surface gelée qui accueillit leurs mouvements. Thranduil lâcha son épée, et il glissa sa main sur sa gorge, la lui prenant délicatement. Sa carotide pulsait sous ses doigts, témoignant de l'afflux de sang que véhiculaient ses veines. Il s'avoua amèrement qu'il éprouvait un plaisir coupable de l'avoir si intimement collé à lui, une envie insolite dépassant son but premier.
« Je pourrai te briser la nuque là Elenluinë …. et tous mes problèmes disparaîtraient avec toi. Je trouverais une belle elfe de haut rang pour mon fils, et ma lignée perdurerait. »
Elle eut vraiment très peur, une panique s'empara d'elle en réalisant dans quelle situation elle se trouvait. Mais quelque chose la troublait, si il avait voulu la tuer, il l'aurait déjà fait. Non, il mijotait un autre coup tordu, elle en était certaine.
« Comment peux-tu être aussi horripilante et aussi désirable à la fois ? Tu peux me l'expliquer ? » demanda-t-il d'une voix trop douce à son goût, tout en plaquant son visage dans sa chevelure.
Là son coeur se mit à battre à tout rompre dans sa poitrine, et Thranduil sourit à l'entendre s'activer ainsi. Il avait le dessus il le savait. Un idée malsaine traversa son esprit calculateur. Ici, ce soir, se tiendrait la dernière épreuve qu'il pourrait lui demander. Il plaqua son nez dans le creux de son cou, et elle se raidit de suite. Une peur panique lui dévorant les entrailles, brouillant sa raison. Elle se débattit en le sommant de la lâcher, mais au lieu de cela, elle sentit sa respiration se plaquer à son oreille. Il lui murmura suavement :
« Alors, ce n'est pas sa force, ou sa beauté qui t'ont attiré chez lui, hein ? Tu es comme une rose Elen, tellement d'épines te recouvrent …. mais je suis certain que ta peau est aussi douce qu'une promesse inavouée. N'est-ce pas ? Et si un autre elfe y accédait, crois-tu que tu te laisserais succomber ? Que la chaleur divine émanant de son corps pourrait t'atteindre ? Que tu pourrais ressentir ne serait-ce qu'un peu de désir pour lui … ? »
Elle se mordit la lèvre cruellement, tandis que des larmes impuissantes engloutissaient sa vue. Ses horribles souvenirs venant finir ce que la possession de Thranduil exerçait sur elle. Elle sentit sa main gauche glisser le long de son dos, basculant sur sa taille, puis sur ses hanches. Ses gestes étaient aussi doux que cruels. Ils avaient le même toucher de plume que ceux de Legolas. Et malgré tout ce que ce souverain elfique pouvait penser non, elle ne céderait sûrement pas. Il lui embrassa la nuque avec dessein, et colla ses lèvres sur le sommet de son épaule partiellement dénudée. Il s'arrêta net quand il l'entendit pleurer entre ses bras. Une rage immense lui avait enserré l'estomac, et seule l'envie de le tuer régissait ses pensées à présent.
« Prenez ce que vous souhaitez de moi cher Roi ! Elle cracha ce dernier mot. Car jamais je ne le vous donnerai de grès, il vous faudra me le prendre de force. Et je vous tuerai si vous l'osez, j'en fais le serment sur ma vie ! »
Il se figea, et il soupira contre ses cheveux d'ébène, soulagé. Elle ne feignait donc pas son attachement pour son fils. Si c'était le cas, elle n'aurait pas rejeté les avances d'un Roi. Cependant, il ne pouvait savoir quels terribles mécanismes il venait d'enclencher. Il desserra son emprise, et elle se jeta en avant sur sa lame. L'empoignant elle la dirigea vers lui, une flamme meurtrière dans le regard. Il leva les mains, et expliqua :
« Je ne te ferai pas de mal Elen … je ..
- SILENCE ! » Sa voix claqua dans les airs, et Thranduil sentit une pression dans sa tête, engourdissant ses pensées.
Il fit un geste maladroit dans sa direction pour tenter de la calmer, mais la lame fendit les airs avant qu'il ne puisse anticiper le coup. Il eut un gémissement de douleur en se prenant le bras. La lame avait fait une coupure nette sur son avant-bras, et le tissu comme la peau avaient été entaillés. Le sang se mit à imbiber ses étoffes royales, et des gouttes tombèrent au sol, entachant la neige virginale. Il porta sur elle un regard à la fois furieux et ahuri. Il ne pensait pas qu'elle en viendrait à ces extrémités.
« Vous pensez pouvoir tout posséder ! Tout comprendre ! Vous me dégoûtez !
- Elen par las Valar écoute-moi ! Je ne serai pas allé jusqu'au bout ! Crois-moi ! Essaya-t-il de plaider, voyant que la situation dégénérait totalement.
- Vous … vous n'êtes qu'un manipulateur, un être vil, transformé en quelque chose de pire qu'un orque ! » Invectiva-t-elle entre ses dents serrées, la rage mêlée à la honte noyant sa raison.
Ses pleurs brouillaient sa vue, et face à une adversaire tel que lui, elle savait qu'elle n'aurait pas une seule chance. Elle se faufila vers sa deuxième lame, et tremblante comme une feuille, elle recula jusqu'aux abords de l'ère d'entraînement. Elle se retourna pour fuir, et elle se retrouva nez-à-nez avec une face sombre immonde, qui la reluquait sans vergogne, avec un sourire malsain accroché à son visage hideux. Les orques jaillirent de derrière les arbres, et Thranduil hurla pour donner l'alarme. Au loin des voix s'élevèrent, et les orques regardèrent de toutes parts. Celui qui lui faisait face, et qui faisait bien une tête de plus qu'elle, lui attrapa la gorge avec violence et la souleva du sol. Elle se sentait manquer d'air tandis que la poigne mortelle de l'orque la brisait inexorablement. Puis une chose en elle rugit comme le cri de la panthère qu'elle avait sauvé. Elle redressa sa lame et transperça de part en part l'adversaire qui la maintenait. Elle sentit ses doigts presque pénétrer dans ses chairs tandis qu'il tentait de la tuer avant d'expirer son dernier souffle. Elle vit Thranduil se jeter sur lui, et il la délogea de son étau macabre. Elle toussota, reprenant son souffle, le roi à ses côtés, dans une attitude résolument protectrice. Une marrée noire sembla jaillir des sous-bois, et quand elle vit leur nombre, elle prit ses deux lames bien en main, et aux côtés de Thranduil elle se battit comme une lionne. Les orques tombèrent sous leurs lames assassines. Couverts de sang et de viscères, ils entendirent une autre vague arriver, poussée par des cris d'elfes au loin. Ils les rabattaient vers la cité. Mais apparemment ils avaient dû être débordé avant que les éclaireurs n'arrivent à donner l'alerte. Les gardes de la cité surgirent derrière le roi, et les flèches se mirent à siffler à leurs oreilles. Les orques étaient pris en tenaille, et Legolas apparut sur une branche au-dessus d'eux. En l'espace de quelques secondes, ce fut un véritable carnage, et les derniers râles d'ennemis mourants s'éteignirent dans la neige souillée. Legolas vint prêt d'Elen, et une incompréhension totale se lut sur son visage. Elle ici, dans cette tenue, avec son père, il y avait de quoi être troublé. Il se demanda ce que son suzerain de paternel avait encore inventé. Quand elle se calma quelque peu, elle se planta devant lui, et se jetant dans ses bras, elle pleura à chaudes larmes. Il la serra tendrement, évinçant par ce geste tous les regards curieux qui étaient posés sur elle. Il y eut un papillonnement de lumière bleue, et un bruit désagréable émergea de la gemme. Elen se recula, le collier brûlant sa peau là où elle touchait Legolas. Des flammes céruléennes vaporeuses s'élevèrent dans les airs, et elle recula de plusieurs pas. Son visage transformé par une grimace de frayeur, elle appela paniquée « Legolas …. ». Il s'approcha vivement d'elle, mais une explosion azurée le souffla, ainsi que tous ceux qui étaient présents. Une colonne de lumière translucide envahit son corps, et la voix désincarnée d'Acharniel fit son entrée. Elle n'était plus sous sa forme spectrale, non, là elle la possédait réellement. Ils se relevèrent tous, et se décomposèrent face à ce qu'ils virent. Elen était transfigurée par l'ascendant de la Reine. Son port altier, son regard aussi dur que le métal le plus résistant, la façon dont elle toisait tous ceux qui étaient autours d'elle.
« Une armée d'elfes ? Mmm que c'est intéressant …
- Laisse-là sorcière ! » hurla Legolas qui s'avança d'un pas.
Thranduil vint aux côtés de son fils, et il demanda réellement perdu :
« Est-ce que tu pourrais m'expliquer ?
- NON ! VOUS expliquez-moi ! Qu'avec-vous fait par les Valar ?! s'emporta Legolas en fusillant son père du regard. Vous nous avez mis en réel danger là!
- Chut petit prince, il serait au contraire fort appréciable de parler avec votre Roi …. » fit Acharniel avec un sourire carnassier.
Legolas frissonna et il s'écria « Emparez-vous d'elle ! ». Et Thranduil comprit que la situation était grave si son fils demandait à ce que l'on saisisse la femme qu'il aimait. Les elfes vinrent l'encercler, lames en avant, et elle fit en touchant négligemment une des pointes tendues vers elle « Lâchez vos armes ! », et tous s'exécutèrent. Le pouvoir de la Reine venait de plier leurs jeunes esprits en un souffle. Seuls le roi et son fils avaient un esprit assez puissant pour contrer sa magie. Du moins, pour le moment. Legolas devint livide. Thranduil sentit la pression dans son crâne, et il grimaça :
« Qu'est-ce que cette sorcellerie ?
- La Voix de Commandement ! Il planta son regard dans ceux d'Elen, et il fit d'une voix douce, Elen .. je t'en prie … bats-toi ! Reviens vers moi !
- Elen ?! Acharniel eut un affreux petit rire. Elle est si faible cette petite, l'amour qu'elle te voue est si puissant, qu'elle sacrifierait tout pour toi …. c'est son erreur. Chaque fois qu'elle lutte contre ce qui est établi, chaque fois que l'on se sert de ce lien contre elle, je grandis. Tu pensais que le pouvoir te ton père pouvait la sauver ?
- Mon pouvoir ? Répéta Thranduil réellement saisi.
- Ho, j'en ai trop dit apparemment …. puis elle eut un autre petit rire.
- L'antidote … murmura Legolas. Retenez-la père ! Intima Legolas vivement en se déplaçant vers la cité.
Acharniel essaya de le bloquer, mais la lame de Thranduil la retint. Elle riva ses yeux noirs sur lui, et apparemment satisfaite, elle déclara « Alors voyons voir si votre réputation est à la hauteur Roi Thranduil ». Les deux adversaires entrèrent dans un combat singulier, qui alliait force et agilité. Le bras de Thranduil le faisait rudement souffrir, et il ne pouvait manier la lame correctement. Il se défendait mais n'osait passer à l'attaque, comprenant vivement qu'Elen était possédée par une entité quelconque. Il ne voulait pas la blesser. Elle prenait peu à peu le dessus, la plaie amoindrissant sa maîtrise. Cependant il n'était pas Roi Sinda pour rien ! Il se démenait avec intensité, et Acharniel n'arriva pas à mettre un terme à ce combat souverain. Une masse blanche traversa le champs de vision de Thranduil, et il vit Legolas derrière le corps de la femme qui lui faisait front. Thranduil hocha la tête et Legolas passa à l'action. Il glissa ses bras sous les épaules d'Elen, et les remontant il l'emprisonna sévèrement. Elle se débattit en hurlant, mais elle n'avait pas la force d'un elfe.
« Dans ma poche Ada ! Il faut qu'elle prenne une gorgée de ce liquide ! »
Le roi s'exécuta, et tenant fermement la fiole en cristal il réussit à lui faire ingurgiter le breuvage. Il se passa quelques secondes étranges où elle se débattit en les invectivant ouvertement. Et Elen perçut la lumière divine de Thranduil exploser comme un soleil, tandis que son pouvoir naturel envahissait l'espace. Elen entendit des murmures autours d'elle, chauds et tendres, et il lui sembla que les arbres brillaient avec la même intensité. Le roi était en accord parfait avec la magie ancestrale des forêts. Son âme prit l'apparence d'un cerf majestueux, dont la lumière divine se fondait à celle de la forêt pour former un bouclier éclatant. Ce dernier rejeta purement et simplement l'ombre malfaisante de la Reine. Elen sut alors qu'une telle clarté, ne pouvait appartenir à un être malfaisant. C'est quand elle le comprit qu'elle se sentit glisser vers une douce torpeur, laissant la magie innée du Souverain de l'ancien Vertbois, venir l'apaiser. Thranduil alla chercher sa cape, et l'enveloppant dedans, il murmura « Je n'avais jamais vu cela encore …
- Et priez pour ne plus le revoir. Elle prend en puissance …
- Elle ? Qui elle ? »
Legolas garda le silence, et Thranduil se releva. Voyant sa réserve, il s'avisa que tous les elfes présents avaient repris leurs esprits. Il leur donna des ordres, et tous s'exécutèrent, encore un peu sonnés par leur insolite expérience.
Elen reprenait une respiration normale, le dos appuyé sur les cuisses de Legolas. Elle ouvrit les paupières pour de bon, se sentant à nouveau elle-même. Quand elle croisa l'air anxieux de Thranduil elle dévia le regard, et celui-ci comprit. Dans cette esquive il y voyait toute la rancune et la gêne qu'elle pouvait éprouver. Il ramassa sa lame, et il dit sombrement :
« Je vais me faire soigner, prends soin d'elle. Je vous rejoins plus tard. »
Il les laissa dès-lors seuls, troublé comme rarement il l'avait été dans sa vie. Elen regarda passer ses pieds couverts de sang dans son champs de vision, sans bouger. Des larmes roulèrent sur ses joues fraîches, et Legolas la sentit frisonner. La nuit était glaciale, et elle était couverte de ce liquide poisseux, qu'était l'hémoglobine noire des orques. En état de choc, il fallait qu'il la mette dans un bon bain chaud. Il l'aida à se relever, et il la mena à ses appartements. Derrière eux, les corps des ennemis étaient évacués, et l'ère d'entraînement nettoyée. Elen avait du mal à reprendre ses esprits convenablement. Cette attaque d'Acharniel était plus féroce que les autres fois. Et la petite voix qui lui avait déjà parlé, la rassura, lui confirmant que rester aux côtés de son amant, était la seule rédemption possible.
L'eau chaude lui cuisit la peau, et lui donna une décharge qui relança tout son organisme frigorifié. Le claquement de ses dents se calma peu à peu, et Legolas l'aida à se laver les cheveux tendrement. Il aimait s'occuper d'elle, cela resserrait leurs liens, il le savait. Et quel plaisir il éprouvait à lui rendre la vie plus douce ! Un plaisir que seul l'attachement à une autre être pouvait procurer. Quand elle sortit de son bain nocturne, elle s'habilla chaudement, et alla s'allonger sur son lit, terriblement silencieuse.
« Elen … que c'est-il passé ? Qu'est-ce qui a appelé Acharniel ainsi ? »
Allongée sur le flanc, elle resserra ses couvertures et un de ses coussins entre dss doigts crispés. Le regard fixé sur la fenêtre ronde, dont les vitraux semblaient éteints. Elle le sentit s'asseoir sur le matelas, et il répéta « Dis-moi ce qu'il s'est passé !». Une naissance de larmes baigna ses cils noirs, et il sentit une colère sourde l'envahir. Si elle ne lui donnait pas les réponses, son père devait sûrement en avoir. Il se leva dans un geste raide et alors qu'il allait lui parler on frappa à la porte. Elen frissonna, se doutant de qui il pouvait s'agir. Legolas alla ouvrir et elle l'entendit dire d'une voix surprise « Père ? ». Thranduil entra lentement, il s'était changé et avait délaissé sa couronne, ce qui témoignait qu'il se présentait non pas comme un roi. Il regarda son fils et demanda « Va-t-elle mieux ?
- Oui, mais elle n'a rien dit depuis toute à l'heure.
- Je dois lui parler …
- Je ne sais pas si c'est une riche idée, elle est en état de choc.
- Je répète Legolas, je dois lui parler, c'est très important. »
Les deux elfes s'affrontèrent du regard, et Legolas le mena à la chambre, une fois sur le seuil, Thranduil déclara « Seul Legolas. Je t'appellerai quand cela sera terminé ». Elen ne réagit pas plus que cela, elle restait dans cette attitude de marbre qui inquiétait fortement son amant. Legolas hésita, mais il s'exécuta, sachant que son père ne demanderait jamais cela si ce n'était pas important. Elle sentit son coeur s'emballer quand elle entendit les pas de Legolas quitter les lieux. Elle braqua une regard de biais sur le roi, ses prunelles noires le transperçant littéralement. Il vint à côté du lit, et elle ne bougea pas. Seul son regard était animé, et il savait, pour avoir vu cette attention chez certains animaux, qu'il devait faire attention. Il criait d'un avertissement sourd et sauvage. Il n'était pas coutumier des excuses, et encore moins des discussions à coeur ouvert. Aussi n'y alla-t-il pas par quatre chemins.
« Je ne serai jamais allé jusqu'au bout Elenluinë. Je voulais juste testé ta loyauté envers lui. Car si seuls le pouvoir et les richesses de notre peuple t'intéressaient, tu n'aurais pas si fortement rejeté mes avances. » Il la vit se crisper un peu plus, et visa une larme silencieuse qui roula sur l'arrête de son nez. En cet instant il se sentit plus sale et détestable que jamais. Même si, en secret, et chose qu'il ne dévoilerait jamais, cette affrontement avait éveillé un désir fulgurant. Elle lui rappelait tant sa mère. Ces années perdues, ces petits bonheurs qu'il avait connu à ses côtés. Elle le vit grimacer sous un mal invisible.
« Vous l'avez aimé n'est-ce pas ? » sa voix était un peu rauque, compressé par des pleurs silencieux.
Thranduil soupira, il vint s'asseoir sur le lit, et elle ne bougea pas plus. Il sourit fugacement face à son courage, puis des souvenirs acides plein les yeux, il murmura :
« Oui. Elle a été une malédiction pour moi, car elle m'a donné le goût d'un bonheur retrouvé, pour me l'enlever tout aussi précipitamment. Elle m'avait dit que si j'obtenais d'elle ces instants magiques que seuls deux amants peuvent connaître, elle disparaîtrait de ma vie. Bien évidemment, bien trop orgueilleux pour penser qu'elle mettrait sa menace à exécution, j'ai partagé ces moments idylliques. Une seule fois Elenluinë. Une seule fois et mon coeur s'en est retrouvé à jamais blessé. Quelle folle pourrait se soustraire à l'affection d'un roi, elfique de surcroît ? Je me pensais au-delà de tout cela, en sécurité, croyant présomptueusement qu'elle ne pourrait résister à tout ce que je lui offrais sans retenue ….
- Mais elle est partie …
- Oui, avoua Thranduil douloureusement. Une nuit, elle t'a pris sous son aile, et vous avez quitté cet endroit. J'avais toujours plus ou moins un oeil sur vous par la suite. Mais la dernière fois que mes éclaireurs sont allés jusque chez elle, tout n'était que ruine. Elle avait été enterré, et toi, tu avais disparu. Je te pensais morte. Dire que j'ai dû te croiser à Fondcombe, et que je n'ai même pas fait attention à toi.
- Qui se soucie d'une adolescente humaine défigurée, parmi les elfes ? Fit-elle avec un rictus amer.
- Oui en effet, répondit-il en fronçant les sourcils. »
Elle vit une larme discrète rouler sur sa joue, et elle eut soudainement de la peine pour lui. Oui, malgré ce qu'il lui avait fait, elle le prit en affection. Les maigres souvenirs de lui quand elle était enfant, ne pouvaient quitter son coeur ainsi. Il était aussi solitaire qu'elle au bout du compte. Et tous deux portaient leurs cicatrices propres. Ils réagissaient juste différemment. Elle s'était retranchée dans une colère viscérale à l'encontre du monde entier, et lui, était devenu ce roc de granit imperturbable, qui écrasait tous ceux qui se mettait en travers de son chemin. Il inspira à fond, et elle lui prit la main qu'il avait de posée sur les couvertures, près des siennes. Il braqua sur elle de grands yeux surpris, et il faillit se retirer car ce contact lui donna une cruelle décharge. Le côté non marqué de son visage lui faisait face, et malgré la couleur noire de ses yeux, il devina les traits de Lelya. Il sentit quelque chose lui enserrer la poitrine avec faim, et se sentant réellement coupable en cet instant, il fallait qu'il lui parle. « Pardonne-moi Elen ... ». Ce murmure faillit la faire s'étrangler. Lui ?! Le grand Seigneur Thranduil s'excuser ?! Cette fois-ci c'est elle qui faillit rompre le contact humain qu'elle avait instauré. Mais il la retint tendrement. Puis il porta ses phalanges à ses lèvres et les embrassa très affectueusement. Le fait de lui avoir dit ces trois mots, seulement ces trois petits mots, le libéra d'un étau invisible, et il s'en sentit soulagé. Les guerres étaient finies, l'ombre s'était dissoute. Il n'avait plus à jouer le rôle que son père avait voulu pour lui. Il devait être présent pour son peuple, faire tout ce qu'il devait pour lui, mais, il pouvait aussi également le droit de se sentir vivre. Il commencerait avec elle. Priant malgré lui qu'elle ne suive pas les mêmes traces que sa mère. Et qu'elle reste. Qu'il puisse enfin honorer sa promesse. Elen sentait que l'instant était trop singulier pour qu'elle le brise, elle garda alors le silence, consciente qu'il avait encore des choses à lui dire. Sa voix s'éleva à nouveau, dans un timbre chaud qu'elle ne lui avait entendu que quand elle était petite.
« Pardonne-moi pour tout ce qui t'est arrivé. J'aurais du être plus sage, plus prévoyant. Si tu savais ce que j'ai ressenti quand Legolas m'a expliqué pour ta cicatrice … ce que tu as enduré …. Il la sentit resserrer son étreinte sur ses doigts. Et pardonne-moi pour mon comportement. Je voulais tellement te mettre à l'épreuve que j'en ai oublié ma dignité et mon honneur. Il était capital pour moi que je jauge tes sentiments à son égard. Je sais à présent que ton âme est pure …. sauvage sans nul doute … mais pure ... ».
Il y eut de longues secondes baignant dans un silence où tout semblait se dissoudre autours d'eux. Comme quand deux êtres perdus de vue depuis longtemps, appréciaient enfin le moment de leur retrouvailles. Lui qui avait eu l'idée de la prendre pour fille adoptive un temps, n'était-ce pas ce qui allait réellement se produire si elle épousait son fils ? Il eut un énigmatique sourire face à cette ironie du sort impitoyable. Il se pencha vers elle, et avec beaucoup de tendresse, il vint lui déposer un baiser sur la tempe. Ce qui la figea. Se relevant il déclara d'une voix bienveillante :
« Repose-toi. Demain nous aurons à discuter de nombre de choses. Legolas peut rester ici si il le souhaite. Bonne nuit Elen, qu'elle te soit porteuse de doux songes. »
Puis il sortit des lieux sans un regard en arrière. Laissant une étrange place vide. Décidément il avait le chic pour tout baigner de son insupportable aura. Elen sourit à cette réflexion. Au fond, il lui ressemblait trop pour qu'elle le déteste. C'était même carrément impossible. Quand Legolas réapparu à ses côtés, elle lui tendit la main et il vint à ses côtés. Elle le tira vers elle, le faisant s'allonger, et il demanda :
« Tout va bien ?
- Ho oui mon amour … tout va merveilleusement bien ... répondit-elle des étoiles plein les yeux. Elle caressa ses tresses sur sa tempe gauche et elle lui murmura, aime-moi Legolas … aime-moi jusqu'à ce que cette flamme me consume l'âme même …. ».
Et avec la douceur qui lui était commune, il s'appliqua à exécuter sa demande. Ils s'endormirent, bienheureux en cette nuit, tendrement enlacés, et ce jusqu'à la naissance d'une aube nouvelle.
Elle frissonna, un sourire de chat sur le visage, tandis que la lumière du jour colorait sa chambre en traversant les vitraux. Il laissait courir ses doigts sur ses côtes, sa taille et sa hanche, alors qu'elle lui tournait le dos. Il s'amusait à voir sa peau réagir à son contact. Ses cheveux soyeux caressant les omoplates de la femme qui était devenue tout pour lui. Il glissa sa main sur son abdomen, et il se figea soudainement. Il lui embrassa l'épaule et il lui demanda :
« Dis-moi ? Est-ce que tu penses que nous aurons des enfants un jour ? »
Elen retint son souffle à cette question qui la saisit d'effroi. Il la sentit se contracter sous sa demande innocente, et il entendit de son ouïe fine les traîtres battements de son coeur qui s'emballait soudainement. Elle se retourna lentement vers lui, et affrontant son regard, elle avoua dans un bruissement de feuilles « Je … je ne peux pas en avoir pour le moment …. Legolas ... ». Le visage du prince se ferma sous l'incompréhension, et fronçant les sourcils il questionna :
« Pour le moment ?
- Je …. par les Valar que c'était dur de le lui avouer ! Elle déglutit avec effort, et prenant son courage à deux mains, elle continua, je ne peux donner la vie. Le poison qui coule dans mes veines détruit ce qui pourrait faire de moi une mère. Je ne peux accueillir ce don en mon sein pour l'instant. Et si par malheur ça arrivait …
- Est-ce donc un malheur de porter mon héritier ?! S'emporta presque instinctivement Legolas ne comprenant pas, se détachant d'elle cruellement.
- Je t'en prie .. laisse-moi finir s'il te plaît. Supplia-t-elle des larmes dans les yeux. Elrond m'a dit que si cela venait à se produire, le fœtus en subirait de graves blessures, des séquelles irréversibles. Et que … je devrais me l'ôter …. » sa voix finit par mourir dans un sanglot brûlant.
La douleur qu'il lut sur son visage, les contractions de son corps, prouvaient à quel point elle souffrait de cette situation. « Si tu savais comme j'aurais aimé pouvoir t'offrir cela … mais …
- Chut … excuse-moi Elen, je me suis emporté stupidement. Il passa ses doigts sous son menton, et le lui relevant pour qu'elle le regarde à nouveau, il fit d'une voix tendre, nous avons tant d'années devant nous mon amour, cette année, l'année prochaine, cela ne change rien. Elle se sentait misérable il le voyait bien. Je suis heureux que tu me l'aies dit, je n'aurai pas compris autrement. Nous affronterons ce problème ensemble, comme pour tout le reste. Et nous aurons les plus beaux enfants d'Arda ! S'exclama-t-il espiègle.
- Les plus beaux vraiment ? Renchérit-elle en ayant un petit rire.
- Oui « les » ! Mais si tu n'en veux qu'un ça ira aussi …. mais il faut que ce soit un fils ! Continua-t-il sur le même ton malicieux.
- Tu es infernal ! Finit-elle par dire en lui donnant une petite tape sur le torse, ce qui le fit ouvertement rire.
- En même temps ce n'est pas plus mal, nous aurons ainsi tout le loisir d'officialiser notre union, de célébrer notre mariage, et de nous installer convenablement ! »
Elle lui posa une main caressante sur la joue, et une ombre passa dans son regard.
« Tu projettes tellement loin Legolas …. tellement loin … » son murmure en dit long. Il savait qu'elle n'était pas certaine de s'en sortir vivante. Ces épreuves lui coûtaient tellement, que plus le temps passait, et plus l'idée de ne pas revenir de son ultime voyage, la hantait. La dernière possession d'Acharniel avait alimenté avec vigueur ces craintes. Il caressa sa paume de ses lèvres, et il vint l'embrasser en lui chuchotant « Il faut bien que l'un de nous deux le fasse Tingylia … car ce sera ensemble … ou rien ... ».
Elle vint le prendre dans ses bras, et elle l'étreignit de toutes ses forces, comme si elle souhaitait graver ces instants à jamais.
