Chapitre 3
Jeudi 7 mai
Loft, New-York, 6h
A la cuisine, Rick finissait son café, attendant que Kate ait fini de se préparer. D'ici quelques minutes, ils devraient se mettre en route pour l'aéroport. A ses côtés, Martha tentait de se réveiller en sirotant son thé. Elle était arrivée quelques minutes plus tôt pour garder Eliott, qui dormait toujours paisiblement.
- Tu as l'air épuisée, Mère …, constata Rick, observant son air un peu hagard. Tu es sûre que ça va aller ?
- Je suis en pleine forme, chéri, répondit Martha, tout sourire, mais ne pouvant contenir un bâillement.
- Et quelle forme …, répondit Rick, sur un ton sarcastique. Tu n'as pas dormi cette nuit ou quoi ?
- Non …, sourit tout simplement Martha.
- Je ne sais pas si ces activités nocturnes qui ont pris tant de place dans ta vie sont vraiment de ton âge … ça pourrait être dangereux … ton cœur n'est plus tout jeune et …
- Allons, Richard, le sexe n'a jamais tué personne ! s'exclama-t-elle, en riant.
A ses mots, il grimaça, en lui laissant un regard consterné et ahuri.
- Tu sais que Kate ou Lanie pourraient te sortir un tas de dossiers de malheureuses victimes foudroyées en plein orgasme …, répondit-il avant de se resaisir, adoptant un air dégoûté. Est-ce que je suis vraiment en train de parler de … ça avec toi ?
Martha sourit, amusée de le mettre mal à l'aise. Il était tellement pénible à la titiller continuellement pour tenter d'en savoir plus sur sa vie personnelle. C'était un juste retour des choses.
- Ne t'en fais pas …, reprit-elle. Je me reposerai en même temps que mon petit amour quand il fera ses siestes …
- Il devrait passer une bonne partie de la journée à dormir, il n'a pas arrêté de pleurer cette nuit.
- C'est un petit malin, il sent que vous partez … et vous le fait payer. Katherine ne s'inquiète pas trop j'espère ?
- Un petit peu …, c'est surtout qu'Eliott va lui manquer … et à moi-aussi.
- Je ne me fais pas de soucis pour vous, je sais que vous allez bien vous amuser ... Profitez-en …
- On va en profiter, oui, sourit-il, heureux de ces deux jours qui s'annonçaient. Tu sais où on va ?
- Non, répondit-elle, adoptant le ton le plus neutre possible.
- Tu as beau être actrice, tu es la pire menteuse qui soit ! lui fit-il remarquer.
- Les surprises sont le sel de la vie ... Laisse-toi donc surprendre … Katherine sait comment te rendre heureux … une vraie petite fée qui exauce tous tes vœux …
Elle avait raison. Les surprises de Kate étaient toujours de pures merveilles. Et celle-ci allait l'enchanter, il le savait. Elle savait comment lui faire plaisir, le surprendre, le rendre heureux, tout simplement. Ce qu'elle avait organisé pour son anniversaire, au début de leur relation, restait un des plus beaux souvenirs de sa vie. Jamais personne n'avait fait pareille chose pour lui. Juste pour lui. Chacun de ses cadeaux, pour Noël, pour la St Valentin, son anniversaire ou même parfois juste pour le plaisir de lui faire plaisir, étaient tout un symbole, tout un message empreint d'amour et de tendresse. Auprès d'elle, il avait découvert combien la valeur d'un cadeau était le cœur qu'on y mettait.
- C'est vrai, sourit-il, songeur, au moment où trois petits coups frappés à la porte d'entrée résonnèrent dans le silence du matin. Tu attends quelqu'un ?
- A cette heure-là ? Non ! répondit Martha comme une évidence, alors que Rick s'était levé pour aller ouvrir, surpris que quelqu'un se présentât si tôt.
Il trouva sur le palier, Barney, le concierge de l'immeuble en partie caché derrière un bouquet d'iris mauves, emballé dans du papier transparent décoré de plusieurs rubans violets et argentés.
- Barney ? s'étonna Rick en le voyant.
- Monsieur Castle, désolé de vous déranger …. Je sais que vous partez tôt ce matin mais ce bouquet a été livré pour le lieutenant Beckett. Je voulais qu'elle l'ait avant votre départ.
- Merci, c'est gentil, sourit Rick, en prenant les fleurs, et se demandant aussitôt d'où venait ce bouquet.
- De rien. Bon voyage.
- Merci. Bonne journée, Barney.
Rick referma la porte, au moment même où Kate faisait son apparition dans le salon, s'étonnant de trouver son mari dans l'entrée avec un bouquet de fleurs.
- C'est pour toi, sourit Rick, en lui tendant le bouquet.
- Oh, des iris ! répondit-elle, radieuse. Comme elles sont belles ... Merci, mon cœur ... C'est adorable …
- Ce n'est pas de ma part, sourit-il, gentiment. Il vient d'être livré … c'est Barney qui l'a apporté.
- Qui m'envoie des fleurs ? s'étonna-t-elle, humant le parfum boisé et délicat des iris.
- Elles sont vraiment magnifiques …, constata Martha, qui observait la scène depuis la cuisine.
-Il n'y a pas de petite carte ? demanda Rick.
- Non. Juste mon nom et notre adresse … elles ont été livrées par « Floraqueen », expliqua Kate en se dirigeant vers la cuisine, Rick sur ses pas. Je vais les mettre dans un vase.
- Quelqu'un a dû oublier de joindre un message …, constata Castle, en réfléchissant, un peu circonspect face à ce bouquet arrivant de nulle part.
- Peut-être est-ce ma grand-tante Anna qui me les envoie …, répondit Kate, déposant les iris sur l'ilot central, afin d'aller chercher un vase. Pour la naissance d'Eliott. On la voit tellement peu souvent, que mon père avait oublié de la prévenir qu'Eliott était né … il l'a appelée la semaine dernière, alors peut-être est-ce pour me féliciter …
- Qui est cette grand-tante Anna ? Je la connais ? demanda Rick, curieux.
- Non, je ne l'ai pas vue depuis des années. C'est la sœur de mon grand-père Eliott, elle vit en Caroline du nord. Elle a bien 90 ans aujourd'hui … Je ne vois pas qui ce pourrait être d'autre …, expliqua Kate remplissant le vase d'eau.
- Eh bien, Grand-tante Anna a parfaitement compris le langage des fleurs …, constata Martha, contemplant les fleurs posées près d'elle. Les iris sont synonymes de bonne nouvelle, chérie …, ta grand-tante célèbre certainement ainsi la naissance de votre petit trésor.
-Oui. J'espère qu'elles ne seront pas fanées à notre retour, que j'en profite un peu, sourit Kate, en défaisant le papier plastique protégeant les fleurs.
- Ne t'inquiète pas, je vais en prendre soin jusqu'à vendredi, la rassura gentiment Martha.
- C'est bizarre quand même pour une vieille dame d'envoyer des fleurs aussi loin …, lui fit remarquer Rick. Et si c'était un homme ?
- Qu'est-ce que tu vas encore imaginer, Castle ? sourit Kate. Quel homme m'enverrait des fleurs ?
- Je n'en sais rien …
- C'est vrai que les iris veulent aussi dire « vous enchantez mes jours » …, ajouta Martha. Elles symbolisent le désir de séduire l'être aimé …
- Ah ! Tu vois ! s'exclama Rick.
- Un amoureux mystérieux et secret … ce serait tellement romantique …, sourit Martha, songeuse.
- Romantique ? Kate est ma femme, je te rappelle, Mère …, ça n'a rien de romantique, grogna Castle, alors que Kate, amusée par sa réaction, déposait délicatement les fleurs dans le vase.
- Allons, Richard, ne sois pas si puriste ! s'exclama Martha.
- Ces nuits blanches ne te réussissent pas …, marmonna-t-il. Tu trouves ça romantique que ma femme reçoive des fleurs d'un autre homme ?
- Sois en flatté ! Katherine est belle, les hommes la regardent, la désirent et ont envie de la séduire ….
- Merci, Mère … de me réchauffer ainsi le cœur …
- Oubliez donc cette théorie, leur fit Kate, contemplant les iris. Je suis sûre que ces fleurs viennent de grand-tante Anna.
- Il y a intérêt …, grogna Rick.
Dans l'avion, quelque part entre New-York et Phoenix, 9h …
Assis côte à côte dans l'avion qui volait depuis une bonne heure vers Phoenix, en Arizona, Rick et Kate étaient chacun concentrés sur leur lecture. Ils avaient laissé leur fils aux bons soins de Martha après de tendres au-revoir, et étaient partis heureux, mais avec un petit pincement au cœur, pour leur séjour en amoureux. Quand Rick avait compris qu'ils s'envolaient pour Phoenix, ce que Kate n'avait pas pu lui cacher, il avait, une fois de plus, tenté de découvrir ce qu'ils allaient faire en Arizona, questionnant sa femme, encore et encore, incapable de se résoudre à se laisser surprendre. Lassée, Kate avait fait diversion avec l'enquête des gars, qui les avaient appelés quelques minutes avant l'embarquement pour les tenir informés des dernières avancées.
Ryan et Esposito étaient toujours dans l'attente des vidéos du club de strip-tease qu'ils ne pouvaient exploiter tant que les formalités juridiques liées à la saisie des biens du club n'étaient pas terminées. Les autres images vidéos des caméras de surveillance des rues dans lesquelles les deux victimes avaient coutume de faire leur jogging étaient toujours en cours d'expertise. Jusqu'à présent, rien de suspect n'avait pu être observé, si bien que les gars désespéraient d'obtenir un visuel de l'assassin ou un indice les menant à lui. Pour ne pas rester dans l'expectative, ils s'étaient penchés sur la vie personnelle de chacune des victimes, avaient approfondi l'analyse de leurs déplacements et du moindre de leurs faits et gestes. Kate était passée au poste, la veille, pour les aider tant l'investigation était compliquée. Et leurs recherches avaient fini par porter leurs fruits puisqu'ils avaient découvert qu'Ellen et Samantha, les deux victimes, huit mois plus tôt, travaillaient toutes les deux en tant qu'infirmières dans un autre hôpital de la ville, le Bellevue Hospital Center, et avaient demandé leur mutation ensemble pour rejoindre le Lenox Hill Hospital. D'après le responsable du personnel de l'hôpital qu'elles avaient quitté, il n'y avait pas de motivation particulière à leur demande. Les maris des victimes avaient confirmé qu'Ellen et Samantha avaient eu, a priori, simplement envie de changement. Mais ce matin, les gars allaient se rendre au Bellevue Hospital Center afin d'interroger les membres du personnel qui connaissaient Ellen et Samantha à l'époque : peut-être que quelqu'un aurait connaissance d'un problème qui avait pu pousser les deux infirmières à demander leur mutation. C'était leur seule piste concrète.
Ils avaient discuté quelques minutes de l'enquête, avant de décider de profiter du voyage pour lire tranquillement. Kate s'était donc plongée dans sa lecture du moment, « Parents épanouis, enfants épanouis ». Quant à Rick, il feuilletait le dernier numéro de « Geek Monthly ».
- Waouh ! lança-t-il tout à coup. Alors ça c'est génial !
- Quoi ? s'étonna Kate, sans même relever le nez de son livre.
- Il existe des couches culottes avec des alarmes intégrées pour prévenir quand Bébé a fait pipi …, expliqua-t-il.
- Sérieusement ? sourit-elle, se penchant vers lui pour regarder son magazine.
- C'est trop cool … ça sonne quand la couche est mouillée … et hop, on n'a plus qu'à changer Bébé. Il faut que je commande ça …
- Eliott n'a pas besoin d'avoir de couches avec des alarmes, Castle … Tu imagines si ça sonne en pleine nuit et que ça le réveille et nous avec alors qu'il dormait tranquillement …
- Hum …. Ça peut être embêtant … Mais c'est cool quand même …
- Cool mais inutile …. Eliott est une alarme vivante … Il pleure quand il a besoin d'être changé ….
- Et ça, regarde, continua-t-il, plein d'enthousiasme. Le nounours-iPod …
- C'est mignon ..., constata-t-elle, en parcourant des yeux la photo de l'ourson et son descriptif.
- Je suis sûr qu'Eliott finirait par apprécier autre chose que les barrissements d'éléphants avec un nounours comme ça …
- Peut-être …, répondit Kate, avec un petit sourire, sceptique.
- Eliott sera le plus cool des bébés avec un nounours-iPod …. Notre fils sera le roi du bac à sable … Tu imagines ?
- Pas vraiment, fit-elle en riant. Ça fait un peu geek quand même …
- Tu as quelque chose contre les geeks ? répondit-il, en la regardant avec un air faussement sévère.
- Non, non, rigola-t-elle. J'ai même épousé un geek alors …
- Les chiens ne font pas des chats …, sourit-il. Mon fiston est un bébé-geek …
- Hum … Ça promet …, répondit-elle en souriant, et se replongeant dans sa lecture.
- Peut-être qu'il y aurait moyen de greffer un iPod dans Suki …, continua Rick, ça pourrait être pratique …
- Oublie ça tout de suite … Pas touche à mon Suki …
- Ton Suki … Ton Suki … c'est celui d'Eliott maintenant …, lui fit-il remarquer avec un petit sourire taquin.
- Tu ne charcuteras pas son doudou, Castle …, affirma-t-elle, concentrée sur son livre. C'est sacré un doudou … Il ne l'aimera plus autant après …
- C'est vrai ..., admit-il. Il est tellement mignon avec son petit Suki …
- Oui …
- Quand il frotte son petit nez contre lui …, c'est tellement adorable, fit-il, songeur, comme si Eliott lui manquait déjà.
- Hum …, sourit-elle, ça me rappelle son papa quand il frotte sa joue contre mon épaule le soir avant de dormir … aussi adorable …
- Oui, tes hommes ont besoin de leur doudou pour dormir l'esprit tranquille …, lui répondit-il en riant.
Elle rit également, amusée d'être comparée à un doudou.
Quelques minutes plus tard …
Le vol était calme, et Castle et Beckett, toujours plongés l'un dans son magazine, l'autre dans son livre, échangeaient de temps à autre sur leur lecture. Tout à coup, Rick posa sa revue sur la tablette, adoptant son air concentré, comme si une idée lui avait traversé l'esprit.
- Tu viens d'avoir une révélation ? lui demanda Kate, avec un petit sourire, tout en levant les yeux vers lui.
- Oui, je pensais à un détail en fait concernant l'enquête.
- Quoi ? lui fit-elle, intriguée, tant elle savait combien les révélations de Castle pouvaient s'avérer pertinentes.
- Le mari de Samantha a dit qu'il était au téléphone avec elle pendant tout son trajet depuis l'hôpital le soir de sa mort …, commença-t-il à expliquer, et qu'ils ont raccroché tous les deux quand elle est entrée dans le parking.
- Oui … Tu crois que le mari a quelque chose à voir avec sa mort ? s'étonna-t-elle.
- Non … mais je trouve ça un peu étrange ou exagéré … Imagine que Lanie se fasse tuer par un psychopathe …
- Tu n'as pas un autre scenario franchement Castle ?
- Je sais, c'est sordide …, reconnut-il, mais est-ce que tu flipperais après ça ? Au point de ne plus te rendre en bus au travail de crainte que ça ne t'arrive aussi ?
- Je n'en sais rien … Je suis flic, c'est différent, lui fit-elle remarquer. Mais je comprends tout à fait que Samantha ait pu être traumatisée … Sa meilleure amie a été tuée alors qu'elle rentrait chez elle à pied …
- Oui, bien-sûr, ça se comprend ... Même si en théorie, la probabilité que l'assassin s'attaque à deux personnes qui se connaissent est extrêmement faible …
- Les gens ne pensent pas à ça, Castle. C'est irrationnel. Quand un meurtrier traîne dans les rues, c'est instinctif, les gens modifient leur comportement, au moins pendant un temps …
- Ok. Bon, admettons. Samantha a peur, donc les jours qui suivent, elle se rend à l'hôpital en voiture … Mais en plus, elle a besoin que son mari la rassure au téléphone pendant tout le trajet … ça fait beaucoup non ? Je veux dire si elle rentre en voiture, elle ne craint rien puisque l'assassin se déplace à pied …
-Je ne sais pas, Castle … Les réactions des gens face aux drames sont différentes, imprévisibles, et irrationnelles … Elle avait peut-être besoin que son mari lui parle … tout simplement …
- Ou alors elle savait qu'elle était visée aussi … et elle était morte de trouille, conclut-il, comme si c'était la meilleure option. Elle savait qu'en voiture ou à pied, le tueur pourrait s'en prendre à elle …
- Elle n'a rien dit aux gars quand elle a été interrogée pour la mort d'Ellen, répondit Kate. Je pense que si elle avait eu l'air d'avoir peur de quelque chose, ou de savoir quelque chose sans le dire, ils l'auraient vu …
- Tout dépend des questions qu'ils lui ont posées … et du contexte. Est-ce que son mari était présent quand elle a été interrogée ? demanda Castle.
- Je l'ignore. Pourquoi ? Tu crois qu'elle aurait pu s'abstenir de parler devant son mari ?
- Peut-être … En tout cas, si c'était dans un de mes bouquins, il n'y aurait pas des tas de scenarii possible : soit elles sont tombées sur un psychopathe qui les a trouvées toutes les deux à son goût, vu que leur profil est assez similaire. Soit quelqu'un leur en voulait à toutes les deux pour quelque chose … et vu l'attitude de Samantha qui, à mon sens, semblait effrayée plus que de raison après la mort d'Ellen, je pencherais pour ce deuxième scenario.
- Elles ont été violées, Castle, et l'étranglement à mains nues est une pratique de psychopathe, pas de quelqu'un qui a un mobile …, lui fit remarquer Kate.
- Et si les deux théories se rejoignaient ? suggéra-t-il. L'assassin serait un psychopathe qui en plus aurait un mobile au point de les viser toutes les deux ?
- Pourquoi pas, oui …, admit Kate. Peut-être est-ce pour ça qu'elles ont fui Bellevue Hospital et demandé leur mutation …
- Oui, un homme, un médecin, peut-être un collègue, les harcelait … pour des faveurs sexuelles ou je ne sais quoi de ce genre …
- Mais pourquoi elles n'en auraient pas parlé à leur direction ? Il y a des procédures judiciaires pour ce genre de choses …
- Par peur des représailles … ce gars les menaçait peut-être …, répondit Rick.
- Il les aurait violées et tuées pour avoir ce qu'il voulait, et se venger par la même occasion de leur résistance à ses avances …, ajouta Kate, tout en réfléchissant.
- C'est un scenario possible …
- Mais personne dans leur entourage n'a eu vent du moindre problème. Pourquoi ne même pas en parler à leur mari ? continua Beckett.
- Je ne sais pas … Tu m'en parlerais ?
- Je remettrais ce gars en place moi-même …, répondit-elle avec un petit sourire.
- Mais toi tu es une dure à cuire …, sourit-il.
- Mais si vraiment ça m'était douloureux et pénible au point que je doive demander une mutation, je t'en parlerais évidemment …, ajouta-t-elle. Je ne peux pas imaginer que ces femmes aient subi un harcèlement les contraignant à changer d'hôpital et qu'aucune des deux n'en ait parlé à une amie, à leur mari ou même à un membre de leur famille …
- Peut-être qu'elles avaient honte … ou que, dans cette histoire, elles avaient quelque chose à se reprocher aussi … d'où leur silence …
- Oui …
- Pour moi, leur profil similaire ne peut pas être la seule chose qui a motivé le tueur … Tu pourrais peut-être appeler Jordan pour savoir ce qu'elle en pense …
- Oui. Je l'appellerai à notre retour.
- En plus, elle sera contente d'avoir affaire à un apprenti tueur en série …, sourit-il, sachant combien leur amie Jordan s'enthousiasmait pour les psychopathes en tout genre.
- Si ce gars les harcelait au Bellevue Hospital, elles n'étaient sûrement pas les seules, continua Kate, pensive. Je dirai aux gars de vérifier si d'autres membres du personnel ont demandé leur mutation par le passé, ou si des plaintes ont été déposées.
- Oui, et des collègues ont pu constater ce harcèlement là-bas ... Mais les gars ne sont pas au bout de leur peine pour interroger tout le personnel … ça doit faire des milliers de personnes …
- Quand ils auront les vidéos du club de strip-tease, ils pourront affiner la recherche. Si le gars qu'on voit de dos devant le parking sur les images travaille au Bellevue Hospital, ils devraient pouvoir retrouver sa trace …, expliqua Kate.
- J'espère …
- Mais ça va prendre du temps pour les vidéos … peut-être plusieurs jours encore …
- En attendant, il faut espérer que le tueur n'ait pas déjà une autre cible en vue …, lui fit remarquer Castle.
- Je pense, malheureusement, qu'il a déjà une autre cible en vue …, avoua Kate.
- Tu crois ?
- Oui. Si on suit ta théorie et que son problème avec Samantha et Ellen remonte à l'époque de leur mutation, donc il y a huit mois, ça veut dire qu'il a patienté huit mois avant d'assouvir ce besoin de les violer et les tuer …
- Huit mois qui lui ont servi à retrouver leur trace, les pister, les surveiller, épier leur mode de vie afin de savoir quand il pourrait passer à l'acte, ajouta Castle.
- Sauf que huit mois c'est très long pour un psychopathe avant de se décider à agir …, beaucoup trop long. Les psychopathes agissent sous le coup d'une pulsion en général … Donc soit il est extrêmement méticuleux …
- Soit ma théorie tombe à l'eau, et cela fait beaucoup moins longtemps qu'il les a rencontrées …, constata Castle, d'un air plutôt dépité.
- Ou alors il court plusieurs lièvres à la fois … et il avait d'autres moyens d'assouvir ses pulsions en attendant de pouvoir passer à l'acte avec Ellen et Samantha.
- Il aurait violé d'autres femmes ?
- Oui … ou bien, si on se fie à ta théorie, il avait sous la main des femmes qui répondaient positivement à son harcèlement … et donc de quoi assouvir ses pulsions.
- Pourquoi tuer Ellen et Samantha et les violer s'il a de quoi assouvir ses besoins sous la main … si j'ose dire ?
-Parce qu'elles ont refusé ses avances peut-être …
- Elles ne doivent pas être les seules …
- Ce sont des femmes de caractère, des femmes fortes, peut-être lui ont-elles dit quelque chose de blessant … qui l'a particulièrement touché, irrité … Je ne sais pas … De toute façon, tout cela n'est que suppositions … si ça se trouve, elles sont simplement tombées sur un pervers qui les a remarquées pendant leur footing, et il n'y avait rien de personnel dans leur viol et leur meurtre …. On aurait juste affaire à un détraqué de plus, frappant au hasard …
- Oui …, soupira Castle, s'adossant dans son fauteuil, et tentant d'étendre ses jambes pour se mettre à l'aise. En tout cas, une affaire bien complexe …
- Comme à chaque fois qu'on a affaire à un meurtrier intelligent …
- Dis … tu ne veux pas que je demande s'il reste des places en classe business ? demanda-t-il, en gigotant sur son fauteuil. Ce n'est pas confortable ici …
- On est très bien ici …, sourit-elle, en le regardant s'agiter pour trouver une position confortable.
C'était elle qui avait organisé leur séjour, et elle avait réservé des places en classe touriste, comme elle l'avait toujours fait. A vrai dire, elle n'avait même pas eu l'idée de prendre des places en classe business comme le faisait Rick quand il s'occupait de leurs voyages. Cela faisait partie des petites choses, qui, malgré le fait qu'elle ait épousé Richard Castle, ne changeaient pas. Il était hors de question qu'elle dépense plus que de raison parce que son mari en avait largement les moyens. Au restaurant, ou dans les magasins, elle faisait toujours attention aux prix. Sans pourtant venir d'une famille aux revenus modestes, puisqu'avec ses parents, tous deux avocats, elle avait toujours vécu confortablement, elle avait été éduquée ainsi. Rick avait vite compris que Kate, pour ça aussi, était bien différente de toutes les femmes qu'il avait pu fréquenter. Elle n'aimait pas les dépenses superflues, et encore moins dépendre de lui financièrement. Elle tenait à contribuer à leur train de vie elle-aussi, et il était hors de question que son salaire ne soit que de l'argent de poche. Depuis qu'ils étaient mariés, elle avait, bien-sûr, libre accès à une partie des comptes de Rick, mais jamais elle n'avait utilisé son argent pour elle-même. Il n'y avait que pour Eliott qu'elle s'était autorisée quelques dépenses un peu plus fantaisistes. Même si Rick lui répétait régulièrement que ce qui était à lui était à elle aussi, elle avait toujours un peu de mal à se faire à cette idée, et puis, simplement, elle n'en avait pas besoin.
- Je n'ai même pas de place pour mes jambes …, marmonna Rick.
- Tu n'es pas obligé de t'étaler de tout ton long non plus … Moi, je suis très bien … Tu te dégourdiras les jambes en arrivant …
- Tu sais que tu aurais pu utiliser notre compte pour …, commença-t-il, sachant pertinemment ce qu'elle allait lui répondre.
- J'ai toujours voyagé en classe touriste …, répondit-elle, comme si c'était évident. On n'a pas besoin de voyager en classe business pour une si petite distance …
- Quand même, bougonna-t-il.
- Et puis c'est mon cadeau … alors je n'allais pas utiliser ton argent …
- C'est notre argent …
- Tu sais bien ce que je veux dire …
- Je ne te ferai jamais changer d'avis là-dessus, n'est-ce pas ? soupira-t-il.
- Non, répondit-elle avec un sourire.
- Que tu es têtue … je ne sais pas ce qu'on va faire, mais ça doit coûter cher tout ce voyage et …
- Et je ne manque de rien avec mon richissime mari, lui fit-elle remarquer, souriante. Par conséquent je peux te faire un cadeau avec mon argent personnel, même si c'est cher, quand l'envie m'en dit …
- Oui, bien-sûr, mais je ne voudrais pas que …
- Castle …. Chut … On peut arrêter de parler du prix de ce voyage ? Te faire un cadeau n'a pas de prix, ok ?
- Ok, sourit-il.
- Je ne vais pas t'offrir un tiroir à chaque fois, plaisanta-t-elle.
- J'ai adoré ton cadeau-tiroir …, sourit-il.
- Tu adoreras ce cadeau aussi … Et tu survivras à la classe touriste …
- Survivre oui … mais dans quel état ? Tu me feras un massage ce soir si j'ai mal au dos ?
- C'est toi qui me dois un massage je te rappelle …
- Oh, je n'ai pas oublié …
- L'avantage de la classe touriste, tu vois, sourit-elle en se blottissant contre lui, c'est qu'on a un peu moins de place, et donc c'est pratique pour les câlins.
- C'est vrai …, sourit-il à son tour, passant un bras derrière ses épaules pour la prendre contre lui. La classe touristes a quelques charmes aussi …
Il déposa un baiser sur sa tempe.
- Je crois que je vais faire une petite sieste …, reprit-elle, calant sa tête contre son torse, et posant sa main sur sa cuisse. Avec la nuit qu'on a passée …
- Hum … Eliott a été un vrai petit monstre …
- Oui …, sourit-elle. Tu ferais bien d'en profiter pour te reposer aussi … il faut que tu sois en pleine forme pour ce qui nous attend …
- On va faire du sport ? s'étonna-t-il, posant sa joue sur ses cheveux.
- Une certaine forme de sport, oui …
- Le désert …. Le sport … inédit … Je commence à m'inquiéter …., constata-t-il, prenant sa main dans la sienne pour caresser doucement ses doigts. Tu es sûre que je vais adorer ?
- Certaine … Me suis-je déjà trompée ?
- Non, sourit-il.
Ils fermèrent tous deux les yeux, et malgré le bruissement des bavardages des autres passagers, les aller et venues des hôtesses et stewards, ils s'endormirent tout doucement l'un contre l'autre.
Dans l'avion entre New-York et Phoenix aux environs de 11h30
Rick et Kate s'étaient réveillés en entendant l'agitation provoquée par l'approche de l'heure du déjeuner. Ils avaient davantage somnolé que dormi, bercés par les bruits de l'avion, mais se sentaient un peu plus reposés après leur nuit perturbée par les pleurs d'Eliott. D'ici une heure, l'avion atterrirait à Phoenix, et les trois heures de décalage horaire les ramèneraient en tout début de matinée. En attendant, ils profitaient d'un petit encas.
- Dis, je repensais à ce bouquet de fleurs …, fit Castle, tout en mordant dans son sandwich-club. Tu crois vraiment que ta grand-tante Anna aurait pu oublier la carte qui va avec ?
- Elle est très âgée, tu sais … alors c'est fort probable, répondit Kate, grignotant elle-aussi son sandwich d'un air peu enjoué.
- Et si tu avais vraiment un admirateur secret ? Peut-être que ma mère a raison avec ses théories sur le symbolisme des iris …
- Peut-être, sourit-elle. Comment tu peux manger ça ? C'est dégoûtant …
- C'est ça la classe touriste ma chérie, lui fit-il remarquer avec un petit sourire taquin, alors qu'elle reposait son sandwich sur le plateau d'un air dépité. Moi, j'ai faim …
- Je préfère mourir de faim que de manger ça … c'est … on ne sait même pas si c'est du poulet ou du jambon … ou peut-être même du thon …
- C'est ça le but, justement … Un sandwich indéfinissable qui convient à tous les goûts …, expliqua-t-il, en mangeant avec appétit, alors que Kate le regardait en grimaçant. Ta grand-tante elle sait qu'on est mariés non ?
- Oui. Pourquoi ? s'étonna-t-elle.
- Parce que les fleurs ont été envoyées à « Kate Beckett » … Tu ne crois pas qu'elle aurait mis ton nom de femme mariée ?
- Elle a pu oublier … Je te l'ai dit, elle n'est pas toute jeune.
- C'est ton père qui lui a donné notre adresse ? poursuivit Rick, visiblement accroché à sa théorie.
- Sûrement, oui, quand il l'a appelée la semaine dernière … Pourquoi ?
- Il a dû lui dicter « Katherine Castle », quand il lui a donné notre adresse, non ?
- Oui …
- Il suffisait donc à grand-tante Anna de recopier correctement … ce serait bizarre de se tromper …, expliqua-t-il, songeur.
- Dis, tu es en manque d'enquête à ce point que tu en sois à théoriser sur l'origine d'un malheureux bouquet d'iris ? lui fit-elle, en soupirant.
- Je ne suis pas en manque d'enquête, je cherche à comprendre toutes ces invraisemblances …
- Ce ne sont pas des invraisemblances … Grand-tante Anna a 90 ans …. Il est fort probable qu'il n'y ait aucune logique dans ce qu'elle fait … Tu cherches juste, encore une fois, à imaginer un truc tordu qui est certainement à mille lieues de la vérité …
- Mes trucs tordus comme tu dis sont souvent très proches de la vérité ! Imagine une seconde que j'ai raison et que ce bouquet vienne d'un admirateur secret …
- Oui, eh bien ? répondit-elle avec un sourire.
- Ça te plairait on dirait …, constata-t-il, en faisant la moue.
- Ce serait rigolo, c'est tout … et flatteur, répondit-elle avec un sourire.
- Dis donc, j'ai l'impression qu'en ce moment tu aimes bien être flattée …, lui fit-il remarquer, en finissant son sandwich. Les regards de Scott, maintenant ton admirateur secret …
- Mon admirateur secret est issu de ton imagination …
- Oui, eh bien en tout cas, tu as l'air d'apprécier cette idée …
Elle le dévisagea avec un sourire, amusée par sa jalousie, préférant prendre cette discussion avec humour. Elle n'avait pas envie de se fâcher pour une histoire de bouquet de fleurs, et d'un possible admirateur secret qui n'existait certainement pas.
- Eh bien, figure-toi, qu'aussi insensé que ça puisse paraître, je suis surtout flattée que tu sois jaloux …, lui fit-elle, souriante.
- Tu aimes me voir jaloux ?
- D'une certaine façon, oui …, reconnut-elle, même si c'est d'un ridicule affligeant … Surtout un jour comme aujourd'hui …
- Justement, pourquoi tu reçois ces fleurs le jour de notre anniversaire ?
- C'est le hasard, Rick …, personne ne sait que c'est notre anniversaire aujourd'hui, à part nos familles et nos amis proches … Arrête donc de te prendre la tête avec ces fichues fleurs … Franchement, qui pourrait m'envoyer des fleurs au loft ?
- Un de tes nombreux collègues masculins …, répondit-il comme une évidence.
- Tout le monde sait que je suis ta femme, au poste …, lui fit-elle remarquer. Personne ne m'enverrait un bouquet d'iris destiné à me séduire !
- Que tu sois mariée n'empêcherait pas un amoureux transi de t'envoyer des fleurs … et de tenter sa chance …
- Je n'y crois pas une seconde. Mes collègues te connaissent tous …
- C'est flippant quand même … de recevoir des fleurs d'un inconnu …
- Déjà, il y a 99 % de chance que ce mystérieux inconnu soit ma grand-tante Anna, et en plus … ce ne sont que des fleurs …
- Oui, eh bien, le 1% de chance que ce soit un homme suffit à m'agacer … je n'aime pas qu'un autre homme t'offre des fleurs …
- Tu es mignon quand tu es jaloux …
- Je ne suis pas jaloux, je suis … bon ok, je suis jaloux, reconnut-il finalement en faisant la moue.
- Si je te disais où je t'emmène pour notre anniversaire ? répondit Kate avec un large sourire. Est-ce que ça t'aiderait à oublier cette histoire de bouquet de fleurs ?
- Je crois que ça pourrait aider, oui, sourit-il, l'air tout à coup très enjoué.
- Ok … mais essaie de rester calme …. Et d'être modéré dans ta réaction …, l'avertit-elle. On n'est pas tous seuls ici ….
- Je suis la modération incarnée, sourit-il.
- Alors voilà … nous allons passer la journée au « Space Center » de Sedona …, annonça-t-elle, souriante, observant sa réaction.
- Oh …. Mon … Dieu ! s'exclama-t-il, avec enthousiasme, en la serrant vigoureusement dans ses bras.
- Doucement, Rick …, lui fit-elle en riant, amusée par son euphorie.
- Tu es géniale ! C'est génial ! s'exclama-t-il.
- Chut … Tout le monde nous regarde …, le réprimanda-t-elle gentiment, alors qu'effectivement, quelques passagers les observaient s'étonnant de ce sursaut de joie spontanée.
- Je m'en fiche, sourit-il, rayonnant. J'en rêve depuis que j'ai six ans au moins ….
- Je sais …
- On va faire le simulateur de « moonwalk » ? demanda-t-il, tout joyeux, et déjà impatient.
- Oui.
- Trop cool ! Et la chaise multiaxe ?
- Oui, aussi …
- Et conduire la navette spatiale ?
- Oui … et peut-être un vol parabolique avec simulateur d'apesanteur …
- Un simulateur d'apesanteur … waouh … tu es vraiment ma petite fée …, sourit-il, tout heureux, se penchant pour l'embrasser.
Elle caressa sa joue, effleurant ses lèvres d'un baiser souriant, heureuse de le rendre fou de joie.
- Et ce soir, reprit-elle, à voix basse, nous dormirons à la belle étoile aux portes du désert …
- Vraiment ? s'étonna-t-il, en la dévisageant avec un grand sourire.
- Oui.
- J'adore …., sourit-il, ça va être fantastique …
- Cosmique et romantique …, chuchota-t-elle, contre sa bouche, y déposant un nouveau baiser.
- Merci …, tu as eu une merveilleuse idée … Tu es merveilleuse, murmura-t-il, la regardant amoureusement.
