21.
Bien réveillé, ses doigts refermés sur le pan de la longue veste d'intérieur de son père, Alveyron trottinait derrière lui à travers les couloirs du château.
Le garçonnet portait la tenue bleu ciel en imitation cuir – pantalons et veste par-dessus une chemise en velours blanc – offerte par ses grands-parents, et semblait conscient qu'il était mignon à croquer.
Arrivé près de l'escalier du hall d'entrée, Alguérande se pencha vers lui mais le garçonnet protesta.
- Veux descendre !
- En ce cas, je te tiens fermement par la main, assura son père.
- Oui, tu as intérêt, gloussa Pouchy. Car qu'il se torde seulement la cheville, et je ne sais pas dans quel état on va te retrouver, toi !
- Mauvaise langue, rit franchement son aîné à la crinière fauve. Bon gré mal gré, Madaryne a dû accepter qu'il vive ses propres expériences.
- D'autant plus que la projection du passé qui n'a pas existé, et du futur à venir, lui a montré un fils portant la balafre familiale ! ajouta Pouchy, plus sombre.
Encadré par son père et son parrain, Alveyron descendit les marches pour parvenir jusqu'à sa mère qui l'attendait.
- Cadeaux ?
- J'ai fait enregistrer une partie dans ma charge de bagages autorisée. Les autres t'attendront au château. Et d'ici à tes prochaines retrouvailles avec ton papa, tu auras de nouveaux jouets !
- Maman, papa, veux !
- Mais tu auras aussi des jouets, sourit Alguérande en s'agenouillant devant son rejeton. Sois rassuré, mon petit, nous te verrons à tour de rôle – comme tu en as pris l'habitude – mais nous serons tous les deux là pour toi, pour toujours !
Alveyron se fendit d'un sourire charmeur, ayant de la main un petit signe pour son père avant de venir réclamer les bras de sa mère.
- Bon voyage à tous les deux, souhaita Alguérande. Qu'il se passe bien.
- Je rejoins la Station Spatiale des Jeux. Elle n'est pas très loin de la Terre, Tout se passera bien, assura Madaryne. Et j'enverrai Alfie dès que j'aurai confirmation de ta première longue escale de Mission pour la Flotte. Je ne le retiendrai pas.
- Je sais.
- Et puis, Alveyron a une nounou du tonnerre et bien surprenante. Une « nounou » qui quand elle ne prend pas soin de toi, veille au mieux sur notre petit garçon, glissa la jeune femme avec un regard en direction de Khefdan qui se tenait poliment à quelques pas, hors de portée de voix des deux ex-époux.
De la tristesse, et de la mélancolie, passèrent dans les prunelles grises d'Alguérande.
- Khefdan remplace Khell… Mon Khell qui a presque soixante-dix ans peut profiter de ses années de bonheur, sans les affres des menaces des mondes surnaturels qui me guettent… Papa et moi fêterons sous peu le bonheur entier de ce vieux Pirate qui a bien mérité la paix de son ménage.
Madaryne fronça les sourcils.
- Cette Phernelmonde… ?
Khefdan s'avança alors, bras croisés, légèrement incliné en signes respectueux de ceux qu'ils servaient.
- Lumélyance fait en sorte d'entourer Alguérande d'une bulle d'immunité. Depuis son sauvetage, son retour à la conscience, sa convalescence, elle fait en sorte qu'aucune entité ne puisse capter l'étincelle de son chromosome doré. Mademoiselle Madaryne Von Stern, je vous assure que votre ex-mari est sauf, depuis des mois, et pour encore quelques semaines. Elle ne pourra faire plus, une fois qu'il aura repris l'espace avec son cuirassé.
Madaryne leva les yeux sur Alguérande.
- Je connais la réponse, mais dis-la moi, je te prie…
Alguérande se racla la gorge.
- Je reviens à la vie, pour tous, mes amis et mes amis qu'ils soient naturels ou surnaturels. Oui, ma vie va bouleverser quelques petits plans. Et Même si ce n'est pas moi que l'on vise…
- J'ai compris, promit Madaryne. Notre fils même a plaidé ta cause ! Il a eu durant quelques précieuses minutes droit à une parole d'adulte, il a fait entendre qu'il était le premier concerné par mes décisions et leurs conséquences, il a exprimé quels étaient ses sentiments profonds. Je me suis rendue à lui, aux désirs inexprimables d'un bébé, mais prononcés par le futur homme qu'il sera !
Madaryne serra soudain entre ses mains celle de son ex-mari.
- Notre fils est vraiment exceptionnel… J'ai peur de sa destinée et en même temps j'en suis si fière ! Mais tout ce qui importe, Algie, est qu'on le protège. Il n'est encore qu'un garçonnet !
- Je ne cesserai jamais de prendre soin de lui, sourit Alguérande. C'est dans la famille, c'est dans le sang !
- Je n'en doute plus. Je vous admire ! A bientôt, Algie, dans la mer d'étoiles !
- Partez en paix et en sécurité, tous les deux, fit Alguérande, quelques instants avant d'assister au départ du taxi emmenant son ex-femme et son fils.
