Salut tout le monde ! désolé pour ce retard, mais avec les fêtes et tout.. oui bon, vous comprendrez que c'est un peu difficile d'écrire en ce moment ! Bref, joyeux noel à tous (en retard) et merci à tous ceux qui m'ont souhaiter mon anniv' ;) je vous adore ! Alors voilà un long chapitre, en espérant qu'il vous plaise, et merci à toutes les reviews ! ^^ Bonnes fêtes à tous, et bonne lecture ! ;)
LIEN INTERDIT
Chapitre XXI
Harold n'était toujours pas habitué à la lumière vive. Alors quand la porte géante de la grande salle s'ouvrit devant lui, ce fut comme si la porte du Valhalla l'accueillait chaleureusement.
Ce fut une horreur.
Il ouvrit les yeux, et il vit la salle remplis de Berserkers et de Outcasts. Ils riaient ensemble, se battaient, balançaient des choppes de bière, hurlaient. Le bruit soudain de leurs cris lui fit horriblement mal aux tympans, lui qui aimait tellement le silence désormais. Une choppe passait juste à côté de ses yeux, et son entrée ne fut pas indifférente pour eux.
Quelques Traîtres tournèrent leurs têtes vers lui, puis des Berserkers, et bientôt toute la salle avait cessé de s'agiter pour regarder le prisonnier avec fureur et haine.
Quand il pensait que la dernière fois qu'il s'était trouvé dans une grande salle avec autant de monde était le jour de son anniversaire...
- Et bah alors ? Dis leur bonjour !, rit Dagur en resserrant sa poigne sur son bras douloureux
Il n'aimait pas être avec autant de personnes, même chez lui il n'aimait pas ça. Alors être avec tous ces barbares en position de faiblesse était pour le moins horrible.
Abominable.
Son cœur s'accélérait beaucoup plus rapidement, et il balayait d'un regard la pièce. Il voyait même un Berserker grincer des dents et faire des entailles dans le bois de la table à laquelle il était assis tout en le fixant.
Il n'était vraiment pas très bien.
- Nous recevons un invité ce soir ! En espérant qu'il trouvera sa place...
Sauvage rit derrière.
- Que la fête continue ! Je m'occupe de certaines choses avant de vous rejoindre.
Certains bannis s'échangèrent un regard, et ce n'est que lorsque qu'une assiette volait que les bagarres reprirent. Harold aperçut encore quelques visages meurtriers lui étant offert, et il ravalait difficilement sa salive. Il tremblait, et regardant encore la salle avec appréhension, on le forçait à avancer. Il gémit par la force que le Berserker avait, et ils contournèrent les tables en filant dans la salle.
Voir un autre décor que l'arène était troublant, il avait juste l'impression que tout n'était qu'un mirage, un voile couvrant ses yeux. C'était comme si il rêvait, et il laissait sa tête analyser les choses à son rythme, il laissait le destin agir.
Pour une fois.
Il levait les yeux, et ses yeux s'écarquillèrent devant la cage en acier cylindrique qui était suspendue au plafond. Mais qu'est-ce que c'était que ça ?
- Voilà ton nid perché, p'tit oiseau.
Ils n'en avaient pas marre avec leurs satanés jeux de mots ?
Alors il regardait la cage et ne se sentait pas bien du tout. Il n'avait eu le temps de réfléchir correctement, que les chaînes tombèrent, et la cage se trouvait au sol. La porte en barreaux s'ouvrit devant lui, et Dagur le poussait violemment à l'intérieur, assez pour qu'il s'écroule sur le fond en fer. Les mains dans le dos, la tête écrasée sur le sol, il aurait voulu éclater en sanglots par cette abominable souffrance.
Aucun être humain ne méritait ça.
Il se contentait alors de retenir ses larmes en gémissant longuement, et Dagur rentrait derrière lui en le relevant avec fermeté. Harold était épuisé, à bout de forces, et il ne s'était pas rendu compte que le chef des Berserkers attachait ses poignets en l'air avec des épais bracelets en acier. Tout son corps se relâchait quand il fut accroché, et ses pieds effleuraient à peine le fond de la cage. Il pataugeait dans le vide, son corps se balançant légèrement, et Dagur sourit avec satisfaction avant de sortir et de fermer la porte en barreaux de la cage.
- Tu vas voir. Tu vas bien t'amuser.
Et ce fut le fou rire pour lui.
Le Conquérant des dragons gardait la tête baissée, priant que tout cela ne soit qu'un rêve. Un horrible cauchemar. Il aurait tellement aimé se réveiller..
Alvin le regardait suspendu, et sourit avant de se diriger tout droit vers son trône au fond de la salle, s'asseyant dessus en contemplant la pièce comme un monarque. Ou un grand roi. Ses doigts pianotèrent sur l'accoudoir de son fauteuil, et Dagur rejoignit ses congénères en levant haut sa choppe de bière.
- Trinquons !
- TRINQUONS !, hurlaient le peuple à l'unisson
Des gouttes volèrent, et ils burent tous en poussant des cris de joie et des exclamations accentuer. Des rires se succédèrent et Harold relevait doucement la tête en regardant ce qu'il se passait autour de lui. Tous ces hurlements, ces gestes, ce tintamarre lui faisait perdre la tête. Il gémit contre son bandeau et levait les yeux vers le ciel. Il regardait ses mains attachées, et se mit à bouger comme si il avait une chance de pouvoir s'en défaire.
Le grelottement des chaînes résonnèrent et la fatigue reprit alors. Il commençait même à avoir mal aux bras et aux mains à être attacher de la sorte.
- Un verre Alvin ?
- Je ne dirais pas non.
Sauvage hochait la tête, et apportait à son chef son verre et trinquait avec lui. Du moins, il était rester le verre lever alors qu'Alvin l'avait déjà entamer. Il finit par boire à son tour, et Harold essayait une énième fois de bouger, sa prothèse raclant de près le sol avec un son métallique strident.
BAM
Sauvage donnait un coup dans la cage, les sourcils froncés.
- Tu vas te calmer oui !
Harold le fusillait du regard et serrait ses poings. Bientôt, le sang ne circulait plus dans ses mains, et ses doigts se crispèrent littéralement.
Il levait de nouveau les yeux vers la foule dans la salle, certains dévorant déjà leur repas avec un peu trop de tact. Les rires graves des hommes résonnèrent en écho, et Dagur s'était assis au bout d'une des tables en bois, les pieds sur le bois les orteils à l'air. Comme si il était chez lui ! Il prit une grande gorgée de sa choppe, et laissait sa tête tomber en arrière, des gouttes de bière coulant sur sa gorge.
- ÇA c'est d'la bonne boisson.
- Je ne peux que confirmer, fis un Berserker à côté de lui
Il rit un instant comme un soul, et se redressait de sa chaise avant de lâcher un majestueux rot que certains applaudirent avec respect. Harold secouait la tête avec dégoût.
- Et si... si on chantait une petite chanson ? Mmhein ?
Les Traîtres et les Berserkers acquiesçaient autour de la table. Dagur se raclait alors sa gorge enrouée, et pointait son doigt en l'air comme si il gouttait le vent.
- Quand... la nuit tombe, et que les flammes surgissent.. la mort n'est que délice.
Certains levèrent leurs choppes avec sourire.
- Les barbares massacrent, abandonnent sans pitié, comment ne pas succomber ?
Un autre homme se levait et sourit en faisant ressortir sa dent en or.
- Nous domptons les rivières, rasons les forêts, écrasons les montagnes et les mers !
- OUAIS !
Et tous dans la salle reprirent d'une seule et même voix d'homme.
- Tous ensemble nous allons plus haut que le jour, et que le sang coule comme du velours ! Nous sommes sans craintes, sans peines et sans peurs, tuant sans répit et douleur !
- OUAIS !
- Quand la nuit tombe, et que les flammes surgissent, la mort n'est que délice !
- Les barbares massacrent,
- Abandonnent sans pitié,
- Comment ne pas succomber ?
- Nous domptons les rivières, rasons les forêts, écrasons les montagnes et les mers !
- Tous ensembles nous allons plus haut que le jour, et que le sang coule comme du velours ! Nous sommes sans craintes, sans peines et sans peurs, tuant sans répit et douleur !
- HEY !
Les bières volèrent en l'air, et les rires se suivirent à la fin de cette chanson. Ils se frappèrent dans les mains, Dagur riant à pleine gorge en basculant en arrière sur sa chaise, et Alvin et Sauvage se regardèrent avec un grand sourire, continuant de faire la fête.
Les festivités durèrent encore une bonne demi-heure, et Harold se balançait de plus en plus fatiguement dans sa cage suspendue. Il était à moitié endormi, la tête baissée, son corps relâché, il ne parlait pas. Ne faisait rien. Et plus les minutes passaient, plus ses secousses pour dégager les chaînes de ses poignets étaient rares.
Un Berserker complètement soul traînait entre les tables, marchant avec une hésitation et un déséquilibre inquiétant, et buvait sa bière qu'il tenait en main. Il essuyait sa bouche d'un revers de main et s'approchait petit à petit de la cage du prisonnier. Il levait les yeux en l'air et sourit en l'apercevant suspendu.
- Ah ! Alors.. Alors c'est lui ?
Il le pointait du doigt sans aucun respect et rit.
- C'est lui le.. Conquérant des dragons ? Dit-il en rotant abusivement au mot « conquérant »
Il le regardait avec un rictus puis haussait les sourcils en détournant le regard avec un air étonné, apportant son verre à sa bouche.
- Bah la vache...
Puis il but. Ronal approchait alors, et passait un bras par-dessus l'épaule du Berserker, souriant à son tour. Lui non plus n'était dans sa sobriété la plus parfaite.
- Pssssssst... Hey ! P'tit oiseau !
Harold ouvrit doucement les yeux, et fixait les deux hommes en dessous sans expressions sur son visage et son regard. En croisant son regard, le blond levait sa fourchette plantée dans un morceau de mouton, le pointant vers l'adolescent en lui lançant un regard inquisiteur.
- T'en veux ?
Harold ne bougeait pas, ne déviant même pas son regard vers la nourriture levée en l'air. Ronal restait le bras en l'air et le Berserker rit en secouant la tête face au vent phénoménal qu'il venait de se prendre.
- Pas très coopérative..
- Depuis le début il ne l'ai pas.
Il haussait les épaules, et Ronal grognait doucement. Le Berserker éclatait alors un petit rire.
- Il.. dit toujours rien ? J'pensais que vous étiez sans… euh.. merde.. scrupules. Genre.. vous êtes des Traîtres quoi. Et il résiste encore..
Alvin, ayant entendu cela, fronçait les sourcils en plantant ses ongles fins dans le bois de ses accoudoirs.
- Pfffff... il va pas tarder, dit le blond avec évidence, vu comment il se tient là..
Harold les fixait sans aucune émotion dans son regard, et il tentait de ne pas détourner les yeux. Soudain, son ventre grondait, et il dut à contre-coeur fermer fermement les yeux en grimaçant. Ronal fronçait les sourcils et serrait les dents.
- J'pensais que t'en voulais pas de ma bouffe !
Il commençait alors à se plaindre en le pointant du doigt, et le brun n'ouvrit qu'un œil en contenant cette sensation étrange mêlant l'envie de manger, mais aussi l'envie de vomir. Et pourtant ces derniers temps il était mieux nourrit que lors des premiers jours..
- Oh et puis merde !
Le Berserker complètement bourré prit à pleine paume la viande plantée dans la fourchette, et la balançait sur le prisonnier. Elle passait à travers les barreaux, et atterrit en plein sur son visage, du jus de mouton coulant sur son front. Harold poussait un hoquement de surprise, et toussait avant de lever de nouveau les yeux vers les deux hommes. Ronal le fixait, et rit.
- Bien visé !
L'autre rit aussi. Les Traîtres qui se trouvaient sur une table à coté se tournaient et rirent face au captif. Alvin et Sauvage cessèrent de discuter pour porter leur attention sur ce qu'il se passait.
- Quoi ? T'as faim, non ?! L'inutile t'as pas assez nourrit peut-être ?!
L'homme soul se penchait sur l'assiette d'un de ses congénères qui hurlait en brandissant le poing et lançait les pelures de légumes sur le brun. Il gémit et une pelure restait accrochée à ses cheveux. Il se secouait alors, pendouillant en l'air alors que tous dans la grande salle explosaient de rire. Ils se moquèrent, et Dagur croisait ses bras derrière la tête avec satisfaction.
- Prends ça !
Un autre Traître assis sur une table se levait, et balançait sa nourriture sur Harold. Il fermait les yeux et gémit de nouveau, n'osant rouvrir les paupières devant toutes les moqueries et rires qu'il entendait.
C'était pire qu'à l'époque où il n'était pas accepté au village.
- Et ça !
Un Berserker se levait et fit de même. Puis une autre personne, et une autre, et une autre. Bientôt ce fut toute la pièce qui s'était mise à lui lancer des pourritures à la tronche.
Harold hurlait contre son foulard, et se secouait comme si il avait une chance d'échapper à cette barbarie. Il se prit bientôt une tomate en plein dans l'œil, explosant sur son visage alors qu'ils continuaient de rire.
- Quel spectacle..., fit Sauvage avec amusement
Les rires et les plaisanteries se mélangèrent en écho, et tout ce qu'il se prenait était comme un autre coup de poing dans le ventre.
- Espèce de boulet !
- d'incapable !
- Insignifiant !
-Inutile !
- AHAH !, rirent certains
C'était pire que dans tous ses cauchemars, et que toutes ses craintes.
Harold avait le visage couvert de sauce tomate, les vêtements de pelures et de jus de viande, ses pieds glissant sur du mouton. Il tentait de bouger ses mains crispées, mais en vain.
C'était foutu.
C'est alors que sans que personne ne sans soient rendu compte, la porte de la grande salle s'ouvrit doucement. Une petite ombre se détachait de l'entrebâillement de la porte, et n'osait pourtant la passer. Le visage à moitié caché dans l'obscurité, Lissa levait les yeux sur tous les rires qu'elle entendait.
L'adolescente prit une grande inspiration et plaquait une main devant sa bouche en voyant cette horrible scène. Rien n'était plus abominable que ce qu'il se produisait devant ses yeux. Gardant le visage caché dans l'obscurité, elle essayait de régulariser sa respiration et de garder son calme.
Un bouffon.
Il était le bouffon, celui qui amusait la cour, le divertissement. Il était le divertissement. C'était quelque chose de tellement inhumain, que c'était devenu atroce, insupportable pour elle.
Les rires persistèrent, et Harold fermait les yeux et sanglotait en silence tandis qu'ils continuèrent de lui lancer divers aliments pourris à la figure.
Et ce ne que lorsqu'il ouvrit les yeux qu'il l'aperçut à la porte. Il ne la vit pas clairement, mais sachant sa présence, il ne pouvait pas rester indifférent.
Lissa était là.
Son corps se réveillait soudainement.
- MMHH !
Il hurlait encore plus fort contre son foulard, et se penchait vers sa direction en espérant du plus profond de son être qu'elle l'entende. Il se secouait, clignant des yeux par une autre tomate qui atterrit dans son œil dans un geste brusque, et essayait une nouvelle fois de l'appeler.
Elle allait venir. Oui, elle allait venir l'aider. Elle était toujours là pour lui, elle lui a dit qu'elle était contre toutes formes d'exploitations, c'était le moment d'intervenir. Elle allait intervenir, et le sortir de cette galère, de cet enfer, ne cessait-il de penser, c'était sa sauveuse. Alors il continuait de hurler les yeux exorbités.
Personne ne remarquait ses appels.
Sauf Alvin.
Il le vit hurler, sa tête dérivée vers une direction précise. Le Traître tournait le regard, et aperçut enfin sa fille qui regardait avec épouvante ce qu'il se passait. Et il sut.
Il sut ce qu'elle voulait faire, ce qu'elle pouvait penser à cet instant précis.
N'aurait-elle pas retenu la leçon ?
Lissa regardait le jeune homme hurler au désespoir, et elle hésitait affreusement. Ce fut un tel supplice, un tel dilemme, que son cœur battait à une vitesse impressionnante. Elle voulut faire un pas en avant, et c'est alors qu'elle croisait le regard de son père.
Il avait les sourcils froncés, et les poings serrés d'une telle force que ses jointures blanchirent. Elle n'osait s'approcher d'avantage et elle le regardait avec peur et crainte, comme la plupart des hommes sur cette île. Mais cette fois-ci beaucoup plus intensément.
En se souvenant de son œil encore douloureux, elle n'arrivait plus à bouger, son regard toujours planté dans le sien, tandis qu'Harold hurlait encore comme un fou.
Alvin gardait son visage sévère, et secouait alors négativement la tête de droite à gauche.
Elle ouvrit la bouche, mais rien n'en sortait. Elle se souvenait alors de toutes les horreurs qu'il lui avait dit, de ce que le village pouvait penser d'elle.
« T'es qu'une incapable, tout ce que tu fais c'est toujours tout gâcher, tout foutre en l'air .Tu ne peux rien faire de bien ! Comment le village peut-il avoir pour successeur une fille comme toi ? détestée et méprisée ? J'ai jamais eu autant honte, et tout ça par TA faute ! T'es pas une Traître, et encore moins ma fille. »
La douleur atteint directement son cœur en cendres.
Harold hurlait toujours plus fortement, n'attendant une seule chose : Qu'elle vienne.
Mais elle ne venait pas.
Et elle ne vint jamais.
L'adolescente regardait encore une fois la foule, la cage et son père et baissait les yeux. Puis partait en fermant la porte de la grande salle derrière elle.
Fuyant.
Harold n'en revenait pas, et refusait d'y croire. Elle ne pouvait pas faire ça. Elle était partit, elle l'avait délaissé, laissé, négligé, répudié.
Abandonné.
Lissa ne pouvait pas l'abandonner.
Il secouait vivement la tête, et hurlait tellement fort que les syllabes de son prénom pouvaient être percevables.
- LISSA !
Alvin laissait retomber son dos sur le dossier de son trône, et soupirait avec soulagement pour ensuite reporter son regard sur la foule qui riait encore en pointant le Conquérant du doigt.
Il était encore une fois le gagnant.
Plus rien.
Plus de Berserkers, de rires, de moqueries, de bières volantes, de regards assassins, plus de bruit, de tintamarre assourdissant, de cage suspendue ou de pourritures. Il n'y avait plus rien.
Enfin.
Dagur et les Berserkers étaient partis vers trois heures du matin, et Harold était retourné dans sa cellule avec plus de soulagement qu'il ne l'aurait cru. Rattaché aux chaînes, il toussait contre son bandeau horriblement sale et se regardait dans le miroir brisé à sa droite. Alvin avait fait pensé à le laver avant de le renfermer après ce qu'il s'était produit. Et bien sûr, il était à deux doigts de mourir noyé. Encore.
Se remettant doucement de ses émotions, des douleurs encore insupportable de ses poignets et de ses mains. Harold prenait une grande inspiration, et expirait en fermant les yeux et en fronçant les sourcils. Il avait vécu un enfer, utilisé comme le bouffon, et cette sensation de n'être rien d'autre qu'une distraction était pire que tout. Rien n'était plus horrible que de se sentir aussi faible et impuissant face à tant d'horreurs.
Et Lissa n'était même pas venue l'aider.
À cette simple pensée, il fronçait un peu plus les sourcils et se crispait.
Comment avait-elle pu lui faire ça ? Elle lui avait promis d'être là pour lui, et au moment même où elle pouvait faire quelque chose, elle était partit.
Lissa l'avait vu, avait vu tout ce qu'il s'était passé, et pourtant elle l'avait abandonné.
Sans se retourner.
Il ouvrit soudainement ses yeux verts émeraude quand le bruit de la porte de l'arène qui s'ouvre résonnait sur les parois. Il se redressait, et attendait.
Et au moment où il s'attendait à voir Sauvage revenir, c'est Lissa qu'il vit.
Et la rancune prit le dessus.
Fronçant de nouveau les sourcils, il vit la rousse s'approcher des barreaux sans lever le regard, et il se contentait de rester droit sans faillir. Il voyait son ombre apparaître devant la porte, et la rousse l'ouvrit sans dire un mot. Harold la suivait du regard sans lâcher, et elle s'approchait pour ensuite s'accroupir face à lui avec le repas.
Elle n'avait pas rapporté quelque chose de sain, mais le plat de purée verdâtre abominable qu'il mangeait les premières semaines. Génial. Et en plus il ne comprenait rien à ce qu'il se passait.
Elle enlevait le tissu sans lever le regard, et commençait déjà à touiller la purée ne disant toujours rien.
La colère et l'impatience montait au fur et à mesure, et Harold se retenait de soudainement exploser. Serrant les poings et les mâchoires, il prit une inspiration en la fixant avec intensité. Et pourtant elle ne levait toujours pas les yeux, son visage caché par ses cheveux détachés. Il n'en pouvait plus de devoir se contenir.
- Pourquoi t'es pas venu ?
Pas de réponses. Ok, ça partait très mal. La voix froide, il reprit une nouvelle fois en hurlant presque.
- Pourquoi t'es pas venu ?!
Elle baissait un peu plus la tête, continuant malgré tout de touiller la purée comme si elle n'entendait rien à ce qu'il disait, comme si elle était sourde à ses paroles.
- Tu m'as vu. Tu m'as vu, accroché là-haut. Tu les as vus en train de m'humilier et riant, se moquant de moi. Tu as vu tout ça et T'ES MÊME PAS VENU !
Elle se contentait de serrer la mâchoire.
- T'es rentré, tu m'as vu, t'es parti. T'as même pas réagi ! J'comprends pas Lissa, t'arrêtes pas de dire que tu détestes les violences, tu m'as promis de toujours être là pour moi, et t'es pas venu quand j'avais besoin de toi.
Toujours rien de sa part.
- T'arrêtes pas de parler de la dignité, de la violence, de la torture et du respect, et pourtant t'as même pas réagi quand j'avais besoin d'aide. Ils auraient pu me tuer, t'aurais rien fait non plus. J'comprends pas pourquoi t'es pas venu, je veux savoir pourquoi. Tu ne..
Elle ne réagissait toujours pas, la tête baissée, le visage caché et elle continuait de mélanger le plat avec continuité. Harold fronçait encore les sourcils.
- Tu m'écoutes quand je te parle ?
Rien.
- Réponds-moi.
Et le silence qui suivit lui fit perdre patience. Il grognait fortement, et envoyait balader le plat contre le mur avec brutalité. Lissa ne réagit pas face à ce geste, et il lui attrapait alors le poignet en la forçant à dire quelque chose.
- REPONDS MOI !
Il baissait les yeux vers son bras, et puis..
Silence.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Il vit son poignet, et il plissait les yeux en remarquant tout de suite les bleus larges qui s'éparpillaient sur sa peau. Ils étaient foncés et similaire à ceux qu'aurait eu..
Une personne battue.
Il ouvrit grand ses yeux, et Lissa finit par ramener son bras contre elle en tirant sur sa manche pour cacher les blessures avec honte. Harold n'arrivait pas analyser correctement la situation, et il fallut quelques secondes pour qu'une inquiétude des plus intenses monte en lui.
- C'est quoi ça ?
Elle tirait plus fort, et n'avait toujours pas relevé la tête vers lui. Et ça l'inquiétait encore d'avantage.
- Lissa, c'est quoi ça ?
- Rien... Rien du tout..
Il se refusait de croire ça, et l'adolescente levait alors les yeux vers lui.
Et Harold comprit enfin pourquoi elle ne voulait le regarder.
Elle avait des bleus sur les tempes, la lèvre inférieure gercée, et un faible cocard sous son œil droit. Le jeune homme eut froid dans le dos en comprenant ce que tout cela voulait dire, ça ne pouvait pas être qu'une mauvaise chute.
- Oh Non…, murmurait-il avec horreur et en secouant la tête de droite à gauche, Lissa.. qui t'as fait ça ?
Et comme les minutes précédentes, elle gardait la bouche close.
- On t'as fait du mal.. ?
Elle allait mal, et elle refusait de parler. Pour Harold, ce fut insupportable.
-Je t'en prie, pour l'amour du ciel, je veux pouvoir t'aider. Je veux t'aider. Alors s'il te plait, réponds-moi.. qui t'as fait ça ?
Il se mit alors à réfléchir à toute allure en espérant trouver la réponse par lui-même. Sauvage ou bien tous les autres n'auraient pas pu, vu que c'est la fille d'Alvin. Une seule personne pouvait la toucher de la sorte si c'est alors le cas. Et il priait les dieux pour que ce ne soit pas ça.
- … C'est Alvin ? N'est-ce pas.. ?
C'était le prix à payer pour avoir libéré le Furie Nocturne…
Ses craintes se confirmèrent alors.
- Non.. Pas ça, tout sauf ça..
Et pourtant c'est ce qu'il s'est passé. Alvin le Traître lui avait fait du mal pour avoir libéré Krokmou. Elle a été punie. Et par sa faute. C'était lui qui lui avait demandé de le faire, c'était lui le fautif, et elle en payait le prix. Il n'avait jamais voulu qu'il lui arrive du mal, il n'a jamais voulu ça. Son cœur se serrait et une boule s'était formée dans son ventre et dans son œsophage. Il se sentait alors affreusement coupable et rien ne pouvait l'en dissuader de l'être.
- C'est à cause de moi..
- Tu n'as pas à te sentir coupable..
- C'est moi qui t'as demandé d'aller le libéré, c'est de ma faute.
- Mais je ne veux pas que tu te fasses encore plus de mal que moi en croyant que c'est le cas.
La voix faible et douloureuse, elle détournait les yeux pour ne pas affronter le regard du prisonnier. Celui-ci gardait le silence et soupirait en ne sachant comment faire pour la réconforter avec ça. Lissa eut les yeux brillants et se pinçait fortement les lèvres pour ne pas exploser. Elle fit alors d'une grande maitrise de soi.
- Je suis désolé…, dit-elle doucement, j'ai.. j'ai voulu venir, je te le promets, mais..
Elle secouait la tête, levant les yeux vers le plafond en prenant une grande inspiration.
- J'ai pas pu.. j'avais vu toutes ces horreurs, ce qu'il te faisait subir était horrible, mais quand j'ai voulu intervenir, j'ai vu.. mon père.. et..
Ne craque pas. Ne craque pas. Ne craque pas. Ne craque pas.
- Tu aurais vu.. son regard.. j'ai.. j'ai repensé à tout ce qu'il m'a dit, toutes ces horreurs, c'était pire que tout.. tu aurais su, c'était tellement… vrai.
Ne pleure pas, s'il te plait, se répétait Harold en silence.
- Tu ne peux pas savoir ce que c'est que d'être détesté à ce point, d'être méprisé. Tu ne peux pas comprendre ce que je vis, ce que j'ai pu en durer. Ça fait 15 ans que j'essaye de me faire accepter, mais j'ai toujours l'impression de ne jamais agir comme il faut, de ne jamais faire quelque chose de bien..
Elle prit une inspiration, ses yeux vitreux fixant le vide et elle essayait d'articuler une dernière fois.
- Je me souviens de ce que tu m'as dit à propos des différences, que je ne devrais pas en avoir honte, mais.. mais je n'y arrive pas.. c'est.. c'est trop dur, je..
Silence.
Lissa gardait la bouche ouverte, la respiration bloquée, puis soudain elle craquait.
Elle éclatait un sanglot, et ce fut un torrent de larmes qui survint. Elle baissait alors doucement la tête et collait sa paume contre son front tout en continuant de pleurer avec douleur. Harold la regardait et soupirait en sentant son cœur se serrer et un nœud se nouer dans son estomac.
Il savait ce qu'elle pouvait ressentir à cet instant, et il savait aussi à quel point ça faisait mal.
A force de devoir supporter cette rancœur, de devoir encaisser, encore et encore, on finit tout simplement par craquer, par exploser. Cette situation lui était arrivée deux ou trois fois à l'époque où il tentait lui aussi d'être aimé, et il comprit que ce n'était pas son cas à elle. Une Traître n'avait pas le droit de pleurer sur son sort, et encaisser toujours tout toutes ces années devait être quelque chose d'insupportable. D'insoutenable.
Elle se lâchait complètement, et laissait ses larmes couler sous les yeux tristes et compatissants du brun. Il soupirait, et levait doucement une de ses mains en posant alors le bout de ses doigts sur son épaule malgré les chaines courtes. Sentant alors ce contact, Lissa arrêtait un instant de sangloter, et levait ses yeux larmoyants vers l'adolescent en le fixant. Il sentit son cœur se serrer affreusement en voyant son cocard pourpre, et en le regardant, elle éclatait un nouveau sanglot et se jetait dans ses bras.
Harold écarquillait les yeux sur le coup, et eut la respiration bloquée au fond de sa gorge. Lui qui n'a jamais été habitué à la chaleur humaine, même depuis un an, avec Astrid ou même son père, il avait encore du mal à s'y faire. Il finit néanmoins par rependre ses esprits, et serrait son dos de ses bras en lui rendant son étreinte, l'adolescente sanglotant dans sa tunique en plantant ses ongles dans le tissu.
Elle avait besoin de lui, besoin de réconfort. Il savait qu'elle en avait besoin. Lui n'avait personne, était seul, et priait les dieux pour qu'il n'y ai ne serai-ce qu'une personne qui pourrait le rassurer et le réconforter dans les moments difficiles comme celui-là. Cette simple pensée le rendit encore plus mal, et il resserrait son étreinte en entremêlant sa main dans ses cheveux roux.
Il fallut plusieurs minutes pour qu'elle finisse par se calmer légèrement, et le jeune homme soupirait en se mettant à caresser ses cheveux avec douceur. Il se devait de la réconforter, et de lui prouver que les différences ne sont pas que sources de souffrance. Il soupirait une nouvelle fois, et prit une grande inspiration.
- Tu me connais en tant que Conquérant des dragons, le fils de Stoik la brute et sauveur de Berk. Mais tu ne connais qu'une partie de ma vie. Enfin, qu'une année enfaite.. Tu connais les légendes, mais tu ne connais pas la misérable histoire du pauvre petit Harold Haddock…
Il soupirait de nouveau.
- Avant de dresser les dragons j'ai dû vivre la pire épreuve qu'un être humain peut endurer : la solitude.
Les pleurs de la jeune fille cessaient petit à petit et elle écoutait l'adolescent en entendant son cœur s'accélérer dans sa poitrine.
- Berk est beaucoup moins parfait que ce que l'on peut le prétendre. Comme toutes les autres tribus, nous tuions les dragons et c'est tout ce qui comptait. C'était un moyen de prouver sa vaillance et son courage, et pour toutes les recrues, c'était l'objectif premier. Et le mien aussi. C'était tellement primordial pour moi que…
Il baissait alors les yeux en sentant la respiration de la rousse se calmer en l'écoutant, et il soupirait alors en ne sachant comment finir cette phrase.
Il ne fallait pas tourner autour du pot, et lui dire tout simplement.
Il se pinçait les lèvres et poursuivit en se voyant de nouveau à cette époque sombre et longue de sa vie.
- Je.. J'étais comme toi, Lissa. J'étais.. détesté.
Le ton fataliste dans sa phrase lui fit soudainement mal. La vérité, c'est tout ce qu'il y avait de plus dur et de plus injuste dans une vie.
- Le village entier me méprisait. Contrairement aux autres vikings, j'étais le plus maigre, le plus petit, le plus faible. Rien que pour cette simple différence, je n'étais pas apprécié. Puis… j'ai voulu me faire remarquer, et.. j'ai tout fait foiré. Les dragons emprisonnés dans des filets se sont échappés, et je n'avais que sept ans quand tout le monde se sont mis à me haïr à un point inimaginable.
Ça y était, il replongeait dans ses souvenirs, revivant une nouvelle fois ce qu'il ressentait à l'époque. Rien ne pouvait l'en en sortir à présent.
- Je me sentais mal quand je passais dans les rues, je sentais les regards sur moi, et j'entendais les critiques à mon sujet. Et pourtant je n'y prêtais jamais attention, jusqu'au moment où..
Il baissait les yeux vers le sol.
- Où j'ai entendu mon père se plaindre de moi. Il… il n'était pas fier. Et mon père était… était tout ce que j'avais comme je n'ai jamais connu ma mère..
Il soupirait, sentant une boule se formait dans sa gorge en continuant de caresser les cheveux de la jeune fille.
Toute ma vie, j'ai tenté de me faire accepter, j'ai fait du mieux que je pouvais pour que mon père soit fier de moi, ne serai-ce qu'un instant… mais jamais il ne l'a été, et jamais je n'ai été accepté… Alors que c'est tout ce que j'ai toujours voulu…, murmura-t-il en fixant un point devant lui, c'est tout ce que j'ai toujours voulu … : être aimé. Et voilà ce qu'ils disaient au village: Je suis inutile, alors que je voulais me faire une place. Je ne fais que des catastrophes, alors qu'il manquerait plus que je le fasse exprès. Je suis un boulet, alors que je voulais juste que l'on m'accepte.
- Tu…
- Laisse-moi finir, s'il te plait.
Lissa se tut après ça, et il fallut quelques secondes pour qu'Harold arrive à reprendre.
- … J'ai tout essayé. Et comme toi, j'étais au bout de.. de tout. J'étais tellement un boulet là-bas, qu'on me surnommait, Harold l'Inutile.
« On m'appelle Lissa l'Insignifiante »
- J'essayais de rester indifférent, mais je me renfermais encore plus sur moi-même à chaque fois. Et… je ne savais pas comment faire face à tout ça. J'étais perdu, et j'étais par-dessus tout seul. Personne ne me comprenais, personne ne pouvais savoir tout ce que je vivais, personne. Ou alors personne ne voulait comprendre.. ça faisait 15 ans que je vivais dans la solitude, et mon père ne prêtait plus attention à ce que je devenais.
Sa voix devenait de plus en plus douloureuse au fur et à mesure de ses phrases, et Lissa le ressentait bien.
- Et moi je voulais juste… être comme eux. Je comprenais pas pourquoi ça arrivait à moi, pourquoi.. les dieux me détestaient autant, je ne comprenais pas pourquoi il fallut que je sois… Différent.
Sa respiration était plus présente, et ses yeux se mirent à chauffés sans aucune raison.
- Je détestais mes différences. Je les haïssais. Plus que toi, plus que n'importe qui. Je n'aurais pas été moi, je me détesterais plus que tout le monde. Pour moi, mes différences étaient ma malédiction. Et j'essayais pourtant de passer outre, mais je n'y arrivais pas. Elles me rattrapaient toujours et… j'étais un peu plus méprisé chaque jour. La seule personne à qui je pouvais parler c'était Gueulfor. Et encore il me regardait avec un air renfrogné et lassé.
Les lèvres se mirent à trembler, et il fermait les yeux en ravalant sa salive.
- Comme toi, j'ai.. déjà craquer. Plusieurs fois avérait dire. Une fois, je suis sorti dans la rue, rentré chez moi, j'ai refermé la porte derrière moi et quand je me suis retrouvé une nouvelle fois seule, j'ai explosé. Tout simplement, j'ai explosé. Je ne cessais de me dire que je n'y arriverais pas, que ça ne servais à rien. J'étais resté des heures au pied de ma porte et quand mon père m'avait vu en descendant, il m'a regardé de haut en bas, avait soupiré, et était parti. J'ai jamais été aussi mal de toute ma vie..
Lissa se pinçait la lèvre inférieure en compatissant avec lui, en comprenant ce que cela faisait que d'être fantôme pour tous. De n'être personne pour ceux qui l'entourait..
- Je continuais de tenter, d'essayer de me faire accepter. Mais... c'était un échec à chaque fois. Une partie en moi était persuadé qu'un jour j'y arriverai, que tout n'était qu'une question de temps. Et l'autre partie était dépourvue de tout espoir. Désespérée, sûre que tout n'était qu'une perte de temps et que jamais le petit Harold Haddock aurait une fin heureuse, ou ne deviendra un jour un vrai viking. Je.. Je savais plus où j'en étais.. je..
Sa voix se bloquait au fond de sa gorge. Il gardait la bouche ouverte quelques instants, et levait les yeux au ciel en retenant ses larmes. Larmes ? Non, il n'avait pas le droit.
- Les personnes comme nous… sont nombreux à penser à ça. Un jour, ils sont là, eux aussi tourmentés par les différences, et le lendemain… ils ne sont plus vivants. Accablés par le poids de tous ces regards qui portaient sur eux..
Lissa baissait les yeux.
- Et.. et moi aussi j'y ai déjà pensé.
Elle relevait les yeux et son cœur ratait un battement en entendant cette phrase douloureuse.
- J'y ai déjà pensé moi aussi.., fit Harold la voix trouble, j'ai déjà pensé à me laisser emporter par les dragons. J'ai déjà pensé à simuler un accident dans la forge. J'ai déjà penser.. à me jeter par-dessus le Pic Gelé..
Sa voix tremblait soudainement et il prit une grande inspiration en se mordant la lèvre inférieure, sa main se crispant dans les cheveux roux de Lissa.
- J'ai voulu.. j'ai déjà voulu rejoindre ma mère là-haut.. mais j'étais tellement effrayé de la solitude que.. j'avais peur que même ma mère ne m'accepte pas comme je suis..
Il fermait les yeux, et il sentit quelque chose de chaud couler le long de sa joue.
- Je.. je savais plus. Je savais plus quoi faire.. j'avais besoin d'aide, et personne ne répondait à mes appels. J'étais seul..
D'autres larmes coulèrent, et il éclatait un sanglot en tentant de contenir du mieux qu'il pouvait ses émotions. Il respirait profondément, et soufflait.
- Et puis ce jour était venu. Ce jour, où ma vie a pris un autre tourment. J'ai tiré sur un Furie Nocturne, et je me suis attaché à lui. J'étais le premier viking à avoir eu le Lien. Et plus j'apprenais des choses sur les dragons, plus je me sentais bien et à l'aise avec moi-même. C'est Krokmou, qui a donné un sens à mon existence.
Il sourit légèrement et levait les yeux vers le plafond.
- J'ai pu apporter une paix que personne n'aurait crue possible. Et j'ai entendu ensuite.. les villageois m'applaudirent, me féliciter. Moi. C'était tellement beau.. ça me semblait impossible, impensable.. irréel. Berk m'acceptait enfin, et le meilleur, c'était mon père qui me disait qu'il était fier de moi. Il m'aimait comme j'étais, et quand je m'étais retrouvé dans les airs sur le dos de mon meilleur ami en savourant la sensation de la liberté.. je n'ai jamais été aussi heureux et comblé. Enfin.
Il continuait d'afficher un léger sourire et reniflait quand son humeur changeait alors.
- Cependant…, reprit-il doucement, ça fait un an que tout cela est terminé, et je ne peux pas m'empêcher de repenser à tout ça. Pourtant j'ai tout ce que j'ai toujours voulu aujourd'hui, et certains ne comprennent pas pourquoi je reste focalisé sur le passé. Ils ne comprendront sans doute jamais..
L'adolescente soupirait silencieusement, et Harold sentit de nouveau la mélancolie prendre le dessus.
- Ma peur de ne jamais être accepter avait disparu. Mais… une nouvelle peur était apparue. Je ne l'avais jamais eu auparavant.
Il ravalait sa salive.
- Le soir, je suis seul dans ma chambre face à cette bougie, la seule éclairant la pièce. Je la regarde et.. je n'arrive pas à l'éteindre. J'y arrive pas. Parce que… j'ai peur de l'obscurité, murmurait-il avec douleur, j'ai peur qu'en éteignant la lumière et en me retrouvant dans le noir, je sois de nouveau seul. Que la solitude revienne. J'ai peur qu'en me réveillant le matin, tout redevienne comme avant, que tout n'a été qu'un rêve. Que je sois de nouveau détesté.., chuchotait-il, Alors quand mon père me dit qu'il regrette cette époque…
Sa voix tremblait de nouveau, et les larmes coulèrent de nouveau le long de son visage quand il levait les yeux au ciel.
- Ça me fait un de ces mal…, ça.. ça me détruit.
Sa voix se bloquait et il fermait les yeux en fronçant fermement les sourcils et en se mordant les lèvres. La souffrance qu'il ressentait en évoquant tout ce qui lui pesait sur le cœur s'évacuait alors. Pouvoir parler de ça, de tout dégager, faisait dans un sens un bien fou. Sentant les perles salées sur ses joues, il reniflait et secouait la tête. C'était pas à lui de s'apitoyer sur son sort, ce n'était pas à lui de le faire. Il n'avait pas le droit. C'était elle qui avait besoin d'aide. Reprenant ses esprits, il essuyait rapidement ses larmes d'un revers de manche, et soufflait un bon coup.
- Mais c'est du passé à présent.
Toujours dans ses bras, l'adolescente se pinçait la lèvre inférieure, et se redressait doucement en se décollant de lui. Son visage près du sien, elle baissait les yeux et secouait la tête de droite à gauche. Elle qui avait entendu toutes les légendes sur le Conquérant des dragons, sur sa bravoure et sa force, jamais elle n'aurait pensé qu'il lui soit arrivé tout cela.
- Je.. j'ignorais tout ça..
- Personne ne savait. Je n'ai jamais parlé de tout ce que j'ai pu ressentir à quelqu'un.
Elle lui lançait un regard inquisiteur, et lui soupirait.
- Parce que personne ne peut comprendre ce que c'est. Personne. Sauf les gens comme nous.
-.. Comme nous ?
- Oui, dit-il, Seules les personnes comme nous peuvent savoir ce qu'on peut endurer chaque jour qui passe. Seules les personnes comme nous savent ce que c'est que d'être différent des autres.
Elle soupirait, et Harold eut un peu plus de conviction dans sa voix, s'approchant d'elle.
- C'est pour ça que je te dis ça, Lissa. Si.. si je t'ai raconté tout ça, c'est pour que tu comprennes que j'ai beau avoir traversé des moments difficiles, j'ai jamais abandonné. Je n'ai jamais laissé tomber, et j'ai continué de croire. Et même si je suis emprisonné ici aujourd'hui, ma vie a changé là-bas.
Lissa le regardait, et soupirait avec hésitation.
- Un jour arrivera, où toi aussi tu seras accepté. Un jour arrivera, où t'a vie prendra un autre tourment. Mais il faudra continuer d'y croire, car la différence est ce qui te rend importante. Et unique. Faut pas laisser tomber.
Voyant qu'elle gardait les yeux baissés, Harold prit son visage à deux mains, la forçant à le regarder dans les yeux. Les chaînes qui cliquetaient, il prit une inspiration et expirait avec le regard le plus sérieux et sincère qu'il pouvait avoir.
- Promets-moi, que jamais tu n'abandonneras. Que jamais tu ne laisseras tomber. Jamais.
Elle gardait un instant le silence, et Harold essuyait une larme séchée sur la joue blessée de la jeune fille, remettant ensuite une mèche de ses cheveux roux derrière son oreille.
- Je t'en prie. Pour toi, pour moi. Pour nous.
Lissa sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine à un rythme phénoménal, et ignorait si le 'nous' signifiait ceux qui étaient comme eux, ou.. seulement eux. Elle baissait un instant les yeux et prit sur elle avant de hocher la tête, se sentant un peu plus forte maintenant.
- Je te le promets.
Harold sourit. Il se sentait tellement soulagé.. Souriant sincèrement, il soupirait avec soulagement. C'était tout ce qu'il voulait entendre. Un sourire aux lèvres, il s'avançait et embrassait son front avec plus d'affection qu'il ne l'aurait pensé. Collant son front contre le sien après cela, il fermait les yeux en soupirant. L'adolescente fermait les yeux aussi à son tour, et se sentait tellement mieux avec lui, elle se sentait protégée, acceptée, réconfortée avec lui à ses côtés.
Elle attendit encore quelques secondes, et elle se séparait de lui pour le serrer de nouveau dans ses bras. Elle n'arrivait plus à se séparer de son corps chaud et protecteur. Elle n'y arriverait jamais.
Lui rendant son étreinte, Harold collait sa bouche contre sa chevelure cuivrée en sentant son cœur s'accélérer, et il sourit quand il sentit Lissa s'endormir dans ses bras. Bientôt ce fut aussi son tour de s'endormir sans avoir peur.
Peut-être qu'avec elle, il ne sera plus effrayé de l'obscurité ?
