Chapitre 21 :
Octobre avait laissé place à novembre, froid et humide. Les cours s'étaient enchaînés à une vitesse impressionnante et Lily ne semblait plus vraiment s'y intéresser. Elle regardait la pluie s'abattre sur l'une des fenêtres de la salle commune des gryffondors. La jeune fille n'arrivait pas à oublier le serpentard. Non, elle ne l'aimait pas mais elle détestait qu'on lui résiste et l'injustice qu'elle ressentait devait être réparé. Elle était passé de nombreuses fois à côté de la mort, s'était brisée le poignet et avait du refouler ses principales valeurs au fond du placard pour survivre. Alors, elle l'avait questionné, en haut de la tour d'astronomie puis, elle l'avait coincé dans un couloir. Mais le jeune homme n'avait rien lâché de plus, s'obstinant à répéter ce qu'elle savait déjà. L'agression du groupe de Malfoy avait relancé le débat entre la jeune fille et James sur le cas McDavies. Oui, il était dangereux, et pas qu'un peu. Mais non, Harry n'était pas un futur mangemort. Elle le voyait dans ses yeux, elle l'avait vu dans ses yeux. James s'étonnait de son entêtement mais ne lui fit pas de crise de jalousie. Mettant sa rancœur et son égoïsme à part, le jeune Potter tentait de lui changer les idées et de continuer à trouver des informations. Mais ils n'arrivaient à rien, les ASPICS approchant à grand pas. Le serpentard, lui, n'arrêtaient pas pour autant de flâner à la bibliothèque, de faire du footing, de troquer et de dormir en cours. McDavies était d'une efficacité en cours assez impressionnante. Chouchou de certains professeurs, détestés des autres, il arrivait à avoir des notes plus que correct voir excellente selon certaines matières, le tout sans travailler. Cela agaçait fortement Lily Evans, travailleuse acharnée jusqu'à cette année et principale défenseur de la méritocratie.
- Toujours dans tes pensées Lily ?
L'interpellée se détourna de la fenêtre pour faire face au jeune Potter, qui occupait ses rêves depuis quelques jours maintenant et qui vint se poster en face la fenêtre lui aussi. Rougissant pour elle ne sait quelle raison, elle se contenta d'acquiescer timidement et, à nouveau, fit face à l'objet de contemplation. Lui passant un bras sur l'épaule, il lui adressa un sourire réconfortant et fixa la pluie qui s'abattait sur Poudlard, ruisselant contre la fenêtre. Elle n'était pas seule dans cette enquête et cela lui faisait chaud au cœur.
Jesse Fild arpentait les couloirs de Poudlard, sans but ni objectif précis. Se disant qu'elle devait être atteinte de McDaviesaiguë, elle rigola faiblement. Il y a encore un an, elle avait une foule d'ami ou ce qu'elle croyait être des amis, était une des stars de Poudlard avec Black, Evans et Potter, et une foule de prétendants à ses pieds qui lui mangeaient dans la main quand ce n'était pas autre chose. Que lui était-elle arrivait ? La mort de sa grand mère avait changé beaucoup de chose et était une des raisons de ce changement. Celle qui l'avait pratiquement élevé était partie sans que Jesse n'ai pu lui dire au revoir, sans qu'elle n'ai pu lui dire pardon. Pardon pour toutes les atrocités qu'elle lui avait dit. Pardon pour les mots, pour les gestes. Pardon pour tout. De n'être qu'une fille superficielle égoïste et immature. Mais elle était partie. Alors plutôt que de pleurer sur son sort, elle s'était efforcé de devenir la personne qu'elle aurait du être depuis le début, joyeuse, sensible honnête et avec de la folie. Sur le dernier qualificatif, elle pensait s'être bien débrouillée. La rentrée avait été difficile, certains de ses amis se détournant de la nouvelle Jesse mais parce qu'elle s'était mis à côtoyer Harry McDavies, le nouveau de service, mystère mystérieux nouveau de septième année. Il faisait peur pour une grande majorité des élèves, futur mangemort, tueur en série psychopathe narcissique ou bien auror complètement secoué selon le point de vue. Elle devait avouer qu'à défaut d'être aimé, il suscitait le respect de chaque élève, reconnaissant son talent. Car, du talent, il en avait à revendre l'adolescent. Sans travailler, il réussissait. Jesse appréciait son côté nonchalant en cours et rebelle face à l'autorité. D'abord simple connaissance, il était devenu rapidement ami malgré le fait qu'ils étaient complètement opposés. Le froid et le feu. Harry, la froideur, la réflexion et Jesse, la spontanéité et un degré de folie assez élevé. Fidèle et charismatique, Harry était l'ami qu'elle avait toujours rêvé. Mais une petite ombre noircissait le tableau, le mystère l'entourant. Elle ne savait pratiquement rien de lui. Or, l'ancienne miss je-sais-tout-de-tout-le-monde se targuait de connaître mieux que quiconque les habitants de ce château. Sa curiosité non assouvie, elle lui avait fait part des nombreuses zones d'ombres le concernant. Habilement, il avait évité d'en dire trop. Mais comment faire confiance à quelqu'un qui ne semblait pas lui faire confiance ? « Comme tu fais depuis le début de l'année Jesse... C'est à dire aveuglement. » Véritable nid à problèmes, attirant Malfoy comme un aimant, cible de Manical et des mangemorts, le jeune homme avait en quelques mois attiré l'attention sur lui plus que n'importe quel élève de septième année depuis sept ans. A part, les Maraudeurs peut être.
- Miss Fild dans la lune ? C'est devenu une manie dans cette école, dis moi.
Sans s'en rendre compte, elle s'était retrouvée à la tour d'astronomie, là où Jesse se rendait lorsqu'elle voulait être seul à méditer et admirer le parc. Harry venait de la rejoindre et s'appuya contre les créneaux, le regard se perdant à l'horizon.
- C'est ici que je viens pour me ressourcer et …
- Réfléchir à de nouvelles bêtises, le coupa le jeune McDavies le sourire aux lèvres.
Jesse sourit à son tour devant la remarque de son ami et imita la posture de son camarade, appréciant ce moment de silence et complicité.
- C'est la première fois que tu me retrouves. D'habitude, c'est moi qui viens à toi.
- C'est bien le changement je trouve. Cela empêche la routine. Et puis qui serais-je si je ne venais pas t'aider à y voir clair dans tes tourments ? Demanda le jeune homme.
Hochant la tête, Jesse ne répondit pas, les yeux perdus dans le lointain. Elle était perdue devant le jeune homme, devant sa complexité, devant ses mystères toujours plus effrayant. Véritable frondeur du côté des serpentards, elle appréciait qu'il soit tête de proue de l'opposition aux mangemorts à Serpentard mais sa facilité à tomber dans la violence l'inquiétait.
- Malfoy, c'était toi ?
- Oui, avoua-t-il sans sourciller.
- Pourquoi ?
- Pourquoi pas ? Lui retourna Harry.
- Harry, gémit elle. Pas à moi. Je ne suis pas Evans.
De nouveau, le silence s'installa entre eux. Cela, il savait y faire, se terrer dans un silence inconfortable. Très agaçant, elle ne put retenir un soupir adapté à la situation. Décidément, elle n'était pas prête d'avoir des réponses.
- Et Manical ? C'était toi aussi ?
- C'est un interrogatoire miss Fild ? Demanda le jeune homme d'une voix neutre, le regard perdu à l'horizon.
- Et si cela en était un ?
- Je demanderai un avocat.
- Hein ?
- Non rien laisse tomber.
Un dialogue de sourd. Il était doué. A croire qu'il avait l'habitude mener des interrogatoires et d'en subir. Qu'est ce qu'il avait à cacher ? Pourquoi ces attaques ? Le jeune homme n'était pas intéressée par le seigneur des ténèbres mais son comportement pouvait troubler n'importe qui.
- Tu m'as trouvé, baignant dans mon sang, Jesse. Je n'étais pas en état de m'opposer à un professeur de Poudlard. Tu ne crois pas ? Questionna-t-il en se tournant vers la jeune fille.
- Je ne crois plus rien. Tu arrives à faire tellement de chose en même temps que tu aurais pu le faire.
- Qu'est ce que tu racontes ? Pourquoi je l'aurai violenté ? Il ne m'a rien fait, s'indigna le jeune homme.
- Et Malfoy qu'est ce qu'il t'avait fait la dernière fois ?
Re-re-re silence. Visiblement, le serpentard n'aimait pas la question et Jesse arrivait au bout du bout.
- Qu'est-ce qui s'est passé dans la forêt ? Pourquoi Evans et Potter ne te quittent jamais des yeux et t'interpellent à chaque fois qu'ils peuvent ?
- Écoutes...
- NON ! Cria Jesse. Tu sais ce que sais de devoir défendre l'indéfendable ? Tu es tellement sur ta planète que tu ne vois pas les gens qui te crachent à la gueule et moi qui te défends. J'en ai marre d'être le bouche-trou de service que tu viens voir quand tu en as envie ou besoin. Tu es retenu dans la forêt, retrouvé à deux doigts de crever mais je n'ai le droit à aucune explication.
- Jesse... murmura Harry McDavies, détournant le regard devant la diatribe Fildiennne.
- Tu tabasses Malfoy et je te suspecte d'en avoir fait de même avec Manical. Je te connais, tu es quelqu'un de gentil, qui as des valeurs mais tu fais des choses terribles... Je peux t'aider. Je peux t'aider Harry. Pourquoi tu ne me dis rien ? Je ne suis pas digne de confiance, c'est cela ? C'est vrai que je ne fais rien pour, ironisa-t-elle.
- C'est pas cela. Bien sûr que j'ai confiance.
- Mais alors QUOI ?
- Mais alors QUOI ? Cria à nouveau la jeune fille.
Harry était loin d'imaginer que Jesse pouvait souffrir de son attitude. Au fur et à mesure, il s'était attaché à la jeune fille, amie fidèle et un peu folle où il retrouvait beaucoup de ses amies en elle. Elle était son pilier temporel, lui permettant d'être moins seul en cette période particulièrement difficile. Qui as dit que les eighties étaient cool ? Quoiqu'il en soit, Jesse méritait mieux que ce que lui donnait le jeune homme. Mais sa colère soudaine ne s'expliquait pas.
- Pourquoi tu t'énerves ? Calme toi Jesse, tempéra Harry.
Qu'est ce qu'il avait dit ? Il le savait pourtant. Ne jamais dire à une fille de se calmer lorsqu'elle était tout sauf calme. Jesse n'était pas l'exception à la règle. Furieuse, elle semblait être à bout.
- Il y a autre chose n'est-ce pas ? Tenta Harry.
Elle le fusilla du regard, montrant qu'elle avait bien remarqué sa tentative d'évitement. Luttant contre l'envie de lui envoyer son poing dans la tronche, la jeune fille attrapa un parchemin dans sa poche et le plaqua contre lui, se tournant à nouveau vers la forêt interdite. Harry la fixa des yeux avant de porter son attention sur le parchemin.
« Mademoiselle,
J'ai le regret de vous annoncer le décès de votre mère, Carol Fild en ce mercredi 18 novembre des suites d'une intervention d'aurors à votre domicile. Suspectée de collaborer avec des mangemorts et recherchée par le ministère afin qu'elle réponde à nos questions, un affrontement a eu lieu dont la fin fut malheureusement tragique.
Vous trouverez ci-joint, l'adresse au chemin de traverse pour venir voir une dernière fois votre mère.
Sincères condoléances,
Philius Barsley,
Directeur du département des opérations magiques de défense. »
- Tu vois, je ne t'en ai pas parlé vu que tu ne veux même pas te confier à moi.
- Je suis désolé Jesse., vraiment désolé.
Il s'approcha de la jeune fille, lui mit une main sur l'épaule et la lui caressa lentement dans un signe de consolation. Peu à peu, Harry sentit la carapace de Jesse se fissurer et la jeune fille fondit en larmes, et se trouva rapidement dans ses bras. Harry ne pouvait comprendre ce que c'était de perdre sa mère mais il savait ce que c'était de perdre un être proche. Néanmoins, il n'avait jamais été très doué pour réconforter les jeunes filles.
- Je ne l'ai pas vu depuis deux trois ans. Elle n'a jamais été proche de moi, préférant aller de garçon en garçon, de conquête en conquête. Je n'ai jamais rencontré mon père. C'est ma grand mère qui m'a élevé, elle est morte cet été... Je n'ai plus de famille.
- Et bien on va en fonder une... Enfin je veux dire frère et sœur., ajouta-t-il devant le regard surpris de la jeune fille.
Cette dernière ne lui répondit pas mais quitta ses bras et lui adressa un sourire de remerciement avant de se tourner vers l'horizon, s'appuyant contre les créneaux. Le jeune homme la rejoignit et ils se murèrent dans le silence. Triste pour son amie, Harry n'en était pas moins satisfait.
- Je vais t'accompagner, déclara-t-il.
- … C'est gentil, mais cela risque de prendre du temps, avec l'administratif et...
- Pas de soucis, je m'occuperais, déclara-t-il, en balayant de la main son argument.
Il ne manquait plus que l'aval de Dumbledore et cette rencontre pourrait peut être lui dénouer le nœud serré qu'il avait autour du cou. Mais en attendant, il devait prendre soin de son amie.
- Je ne voyais pas beaucoup mes parents quand j'étais jeune. Toujours en voyage diplomatique, je n'étais pas leur priorité. Ce sont mon oncle est ma tente qui m'ont élevé. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas débordé d'affection quand j'étais jeune.
- Ah, répondit la jeune fille.
- J'ai eu une scolarité assez classique. J'avais soif de savoir mais le manque d'intérêt de mes parents m'a freiné dans les efforts scolaires que mes professeurs me réclamaient. Cet été, à la mort de père et de mère, j'ai acquis la majorité et je me suis mis à apprendre, à étudier, pratiquer et apprendre tout ce qui m'intéressait. Étant dangereux de rester dans ma patrie, j'ai décidé d'émigrer et finir ma scolarité ici afin de me couper de mes origines et de fuir le mage noir qui a décimé la région. J'ai... Mais avant de partir, j'ai pris une chambre et patienté en attendant septembre.
La jeune fille était pendu à ses lèvres, contente d'en savoir un peu plus sur sa vie, ce pourquoi il agissait comme cela.
- Et j'ai rencontré cette fille. Tu l'aurais vu, elle était seule, splendide et tellement rafraîchissante... Elle m'a fait tourner la tête et oublier mes soucis. On a sympathisé, bu un verre, fait la fête... C'était tellement bien.
- Mais elle est où cette fille ? Pourquoi tu m'en as pas parlé ? Coupa Jesse, avide d'informations.
- Un matin, après avoir bien fêté et beaucoup bu, je me suis réveillé dans un endroit complètement inconnu, une chambre que je supposait être la sienne, poursuivit le jeune homme d'un air abattu. D'ailleurs elle était étendu sur le lit, à côté de moi. Elle ne bougeait plus. Je l'ai secoué mais rien n'y faisait. Je l'ai alors attiré à moi et j'ai pu voir son visage, couvert de bleues. Elle avait été battue à mort.
L'effroi s'empara de la jeune fille. Son histoire avait pris un tournant inattendu. Elle se mit à se remémorer tous les moments passés avec lui. A aucun moment, il n'avait eu de gestes violents avec elle. Cependant, ses ennemis ne pouvaient pas en dire autant.
- Je n'avais aucuns souvenirs, aucune trace en mémoire, poursuivit le jeune homme le regard perdu. J'ai pris peur, tu comprends ? J'ai pris mes affaires et je suis sorti par la fenêtre. L'heure d'après je transplanais au lieu de mon portoloin et disparaissait pour Londres.
- Tu... tu n'as rien dit aux autorités ? Ne put s'empêcher de demander la jeune fille.
- Je ne pouvais pas ! Qui m'aurait cru ? Je ne savais rien en plus. J'ai donc décidé de m'installer au chaudron baveur. Mais un jour d'août, on m'a envoyer une lettre, ou plutôt, un dossier. Des photographies de moi avec la jeune fille, en train de danser, boire, s'embrasser. L'une d'elles nous montre entrain de rentrer chez elle... Et rien d'autre. Quelqu'un voulait me faire passer un message. En commençant les cours, j'ai reçu des instructions que je me devais de suivre si je ne voulais pas que cela paraisse dans la presse.
- Et Manical ? Demanda Jesse, assemblant les pièces du puzzle au fur et à mesure.
- J'avais ordre de le surveiller et de faire un compte rendu de sa vie, ses goûts, ses habitudes etc... Puis de le supprimer.
Jesse Hocha la tête. Il poursuivit en lui racontant ce qui s'était passé dans la forêt avec leur survie et les questions que se posaient Lily sur lui. Elle avait écouté de bout en bout les révélations que lui avait fait son ami et tout concordait. Il devait garder certains détails pour lui mais cela n'était pas étonnant. Le jeune homme était très pudique. Cependant, cette histoire contrastait avec le sang froid et le côté parfois rigide du jeune homme. Mais quoiqu'il en soit, le jeune homme était dans le pétrin et Jesse n'allait pas rester sans rien faire.
- Je suis persuadé que tu n'as rien fait, assura-t-elle. On va résoudre cela ensemble.
- … C'est gentil, lui sourit le jeune homme, mais je ne veux pas t'entraîner la dedans. C'est dangereux, très dangereux.
- Je n'ai pas peur, assura-t-elle.
- Moi, j'ai peur, lui dit-il, dont la mine grave encouragea Jesse à le prendre dans les bras.
- T'inquiète mon frère, on va arranger cela.
