Merci à tous pour vos commentaires et un spécial grand MERCI à WOODY pour tous ces compliments ! Merci d'avoir posté ton avis!
"Bonjour ! Comment dire ? ton histoire est magnifique ! j'en ai le souffle coupé à chaques chapitres ! La trame est exceptionnelle, le suspens est à son comble, les personnages sont réalistes, complexes... enfin en un mot, ta fiction est à la limite de la perfection ! j'adore. comment arrives tu a trouver autant d'imagination ? j'admire ! Tu as un don pour l'écriture et j'ai à chaque fois l'impression de me perdre entre tes lignes ... t'as façon de décrire des scènes d'actions me laisse sans mot... on se projete complètement dans ton histoire...
Désolée si je poste mon avis que maintenant, mais comment dire ? j'étais noyé dans ton histoire que je n'ai pas pu m'en défaire ! Chapeau bas. j'attends la suite avec impatience !"
Hermione venait de se réveiller mais elle n'ouvrit pas immédiatement les yeux, perdue entre la douleur du rêve et le bonheur du souvenir. Elle voyait toujours la même chose durant son sommeil. Les lèvres noires et le visage flou d'Aliénor de Montdragon qui s'excusait de la torturer encore et encore et effaçait sa mémoire à chaque nuit. La souffrance, la solitude et l'odeur nauséabonde de son ancienne prison. Et il y avait le souvenir. Le corps de Draco contre le sien, le froid tout autour d'eux et la lune qui les observait. Une vérité était née de l'amour de la nuit pour la lumière et ils l'avaient murmuré au dessus de la lande enneigée, cet écrin silencieux et immaculé venu recueillir l'abandon de deux âmes réunies.
Elle ouvrit les paupières et ses yeux se posèrent sur le matelas vide de Draco. Ils avaient dormi dans la salle commune avec tous les autres, étalés sur le sol. Certains avaient préféré se métamorphoser pour passer la nuit et elle entendait la respiration puissante et régulière des loups résonner tout autour d'elle. C'était apaisant. Apaisant et réconfortant de se savoir entouré. Elle pouvait voir Ron et Indiana, profondément endormis, tous deux roulés en boule dans un enchevêtrement de poil noirs et flamboyants. Émile aussi s'était métamorphosé et la tête blonde de Louis reposait sur le large flanc de l'animal.
Hermione se redressa sur un coude, cherchant Draco des yeux. Il était assis devant le feu qu'il avait dû entretenir. Sa magie était lente et faible et elle devina qu'il n'avait pas beaucoup dormi. Elle se leva en silence et le rejoignit, enjambant les corps immobiles dans la semi obscurité. Quand elle s'accroupit prés de lui il tourna les yeux vers elle. Elle y lut une nouvelle douceur, fragile mais profonde.
« Comment te sens-tu ? » Questionna-t-il tout en lui prenant la main. Il sondait son visage comme s'il était à la recherche de quelque chose.
« Je me sens bien. » Répondit Hermione. C'était vrai. Elle était calme et sa magie coulait sereinement dans son corps.
« Tu as l'air inquiet, ajouta-t-elle en voyant le pli qui s'était formé entre les sourcils blonds de l'homme. Pourquoi ne dors-tu pas ? » Draco tenait sa baguette entre ses doigts et ses yeux se portèrent vers la cage par laquelle ils étaient arrivés la veille.
« Qu'est ce qui ne va pas Draco ? » Insista Hermione devant son silence tendu. Elle resserra ses doigts autour de sa main froide qui commençait tout juste à se réchauffer.
« Je ne suis pas tranquille, commença-t-il sans quitter la cage des yeux. Nous ne devrions pas rester ici, c'est trop dangereux. » Elle fixa un moment son profil pâle, le nez droit, la courbe de sa mâchoire et de sa gorge. Il avait l'air inquiet, plus inquiet qu'elle ne l'avait jamais vu malgré tous les dangers qu'ils avaient traversé ensemble. Tout était calme autour d'eux et elle se sentait en sécurité mais elle faisait confiance à Draco et à ses instincts. Elle faisait aussi confiance au Résurrectionniste et s'il pressentait un péril quelconque alors elle devait l'écouter.
« Veux-tu que je réveil Ron ? »
« Oui, il vaudrait mieux, répondit-il en jetant un regard au loup. Et Louis aussi. »
Hermione se leva, récupéra son épée qu'elle avait laissé sur le matelas et rejoignit Ron. Elle lui tira doucement une oreille et le loup ouvrit les yeux immédiatement. Il releva la tête et ses prunelles se fixèrent sur le visage anxieux de la jeune femme. Il étira alors ses longues pattes et se redressa lentement, laissant Indiana glisser sur le sol sans la réveiller. Pendant ce temps Hermione était allée chercher Louis qui se montra infiniment plus difficile à tirer du sommeil. Il finit néanmoins par s'extirper de la fourrure d'Émile et resta un moment assis, le regard vague et les yeux bouffis. Les poils du loup avaient laissé leurs marques sur sa joue et ses cheveux d'or étaient tout ébouriffés autour de sa tête. Il grogna tellement de mécontentement qu'il finit par réveiller Émile qui se leva à son tour, le museau bas. Il s'éloigna avec Ron pour se métamorphoser avant de rejoindre le feu, Louis, Hermione et Draco qui attendaient dans le silence.
« Que se passe-t-il. » Demanda immédiatement Ron alors que Louis baillait ostensiblement. Le jeune homme posa la tête sur l'énorme épaule d'Émile dés que celui-ci prit place à côté de lui et il referma les yeux.
« Nous ne devrions pas rester ici, murmura Draco pour ne pas réveiller les autres. Nous ne sommes pas en sécurité. » Il jeta un imperceptible coup d'œil à Hermione.
« Il faut partir. » Ron resta silencieux, le regard fixé sur Draco.
« Qu'est ce qui te fait dire ça ? » Lui demanda t-il après un long moment. Il avait un air détaché mais Hermione pouvait deviner l'inquiétude derrière ses traits impassibles.
« Voldemort va savoir que l'on est ici dés qu'il se rendra compte qu'il n'a plus de nouvelles de la mine, ce qui doit déjà être le cas. »
« Voldemort ? Répéta Ron en fronçant les sourcils. Comment savez vous que c'est lui qui est derrière tout ça alors qu'il a disparu depuis des années ? »
« Il se cache, lui expliqua Hermione. Mais cela ne l'empêche pas de tirer les ficelles dans l'ombre. C'est Louis qui nous l'a appris hier. » Elle le vit ouvrir la bouche mais ils n'avaient pas le temps maintenant pour ça.
« Je t'expliquerai tout le moment venu Ron, je te le promets, le rassura-t-elle. Mais je crains qu'il faille encore attendre un petit peu. »
« Draco, tu penses qu'il risque de nous attaquer ici ? Demanda-t-elle en se tournant vers lui. Même après la grosse défaite de ses partisans dans le champ ? »
« C'est quand la bête est aux abois qu'elle est la plus dangereuse, marmonna Louis avant même que Draco ait ouvert la bouche. Il va vouloir agir vite. » Le jeune homme n'avait pas ouvert les yeux et il étouffa un nouveau bâillement.
« En tout cas je suis heureux de voir que cela ne te panique pas. » Lui lança Ron, sarcastique.
Louis ouvrit un œil dédaigneux et le referma aussitôt.
« Mais où pouvons nous aller ? Questionna Émile en préférant se tourner vers Ron plutôt que vers Draco. Il n'y a aucun endroit de sûr maintenant. » Ron s'enferma une nouvelle fois dans le silence, observant Draco d'un œil sombre. Hésitant, il semblait lutter contre lui même.
« Tu as commandé les armées de Voldemort, commença-t-il avec lenteur, l'air de soupeser chaque mot. Tu sais comment il fonctionne, comment son réseau s'articule. » Il fit une pause et même Louis entrouvrit les yeux pour le regarder.
« Je pense que tu es le mieux placé pour nous dire ce que nous devrions faire. » Acheva Ron. Hermione voyait qu'il lui en coutait de prononcer ses paroles.
« Tout ce que je veux, c'est protéger Hermione. Pour moi le reste n'a pas d'importance, trancha Draco en soutenant le regard de Ron sans ciller. Je me fiche que vous viviez ou pas et tout ce qui m'importe, c'est elle. »
Hermione l'observa. Dans les prunelles froides de l'homme elle distinguait la fragile lueur de Draco Malfoy mais aussi l'ombre ténébreuse et menaçante du prince des morts.
La nuit dernière elle avait offert son cœur à chacun d'eux, elle ne lui tournerait pas le dos maintenant.
« Mais je vous aiderai car je sais que c'est ce qu'elle veut, continua Draco. Je pense aussi que plus on sera nombreux pour la protéger et mieux ce sera. »
Les autres avaient encaissé sans rien dire. Ron ne semblait pas étonné et il ne laissa transparaitre aucune colère.
« Alors, que devons nous faire ? » Lui demanda t-il, remarquablement maitre de lui même.
« Votre plus grande faiblesse durant la guerre venait du fait que vous n'étiez pas uni, enchaina Draco. Vous étiez dispatchés à travers tout le pays en petits groupes isolés. Il faut trouver un endroit pour réunir vos forces. Un endroit facile à défendre pouvant accueillir tous ceux qui luttent contre Voldemort. »
Hermione lui jeta un regard en coin.
« Je ne vois qu'un seul endroit, coupa-t-elle. Mais c'est de la folie. »
« Pourquoi ? Demanda Draco, cela vous a bien servi par le passé. »
« Bien servi ? S'exclama Ron qui venait de comprendre. Nous n'avons pas gagné la bataille je te ferais remarquer. »
« Mais vous ne l'avez pas perdu non plus, objecta Draco. Ce qui aurait été le cas si vous aviez affronté Le seigneur des ténèbres dans n'importe quel autre endroit. » Ron semblait septique. Hermione elle même n'aimait pas vraiment cette idée.
« Voldemort vient de perdre à la fois ses factions de loups et une véritable petite armée de sorciers qu'Hermione et moi avons décimé hier, continua-t-il. Il ne va pas attendre tranquillement qu'on attaque le reste de ses forces. Il va vouloir frapper vite et fort. Il faut que l'on puisse se protéger. »
« Vous parlez de quel endroit exactement ? » Intervint Émile, trop jeune pour comprendre.
« Ils parlent de Poudlart mon loup, répondit Louis. Ils parlent de Poudlart et de la grande bataille qui s'y est déroulée contre les forces du mal il y a plus de douze ans de cela. » Il souriait de toutes ses dents.
« Tu ne devais pas avoir cinq ans à l'époque. Et moi guère plus. »
« Mais l'école est tombée aux mains de Voldemort quand nous avons fuis, coupa Ron en fixant Draco comme s'il n'y avait eu aucune interruption. Nous ne savons même pas ce qu'il a fait de cet endroit, personne ne s'en est approché depuis plus d'une décennie. »
« Je sais très bien ce qu'il en a fait, coupa Draco. C'est là qu'il envoyait ses prisonniers. »
Un silence glacé suivit ses paroles et Hermione et Ron échangèrent un regard. Lors de la dernière bataille ils avaient dû fuir, pourchassés par les Deatheaters jusque dans Prés-au-lard. Ils avaient laissé derrière eux des ruines et les corps sans vie de leurs amis, de leur famille et de nombreux autres qui s'étaient battus contre le mal. Seul quelques dizaines en avaient réchappé et aucun d'eux n'y étaient jamais revenus. Poudlart était devenu le symbole de la souffrance et de la mort. Le symbole de la perte d'êtres chers et de la défaite.
« Je ne savais pas qu'il faisait des prisonniers, dit sombrement le loup. En général il se contente du meurtre. »
« C'est vrai, admit Draco sans s'émouvoir. Mais il avait besoin de sorciers vivants à livrer aux Dementors pour pouvoir les garder sous son contrôle, sinon cela n'aurait pas pris longtemps avant qu'ils ne se retournent contre eux. »
« Ce qui veut dire que Poudlart est devenu le nouvel Azakaban. » Murmura Hermione sans pouvoir retenir un frisson. Elle imaginait les salles de classes reconverties en cellules et les Dementors arpenter les couloirs de l'ancienne école de magie. Cet endroit si cher à son cœur et à celui de milliers de sorciers était devenu un repère de terreur et de désespoir.
« Si ce que tu dis est vrai Malfoy, alors je ne vois pas comment nous pourrions aller nous cacher là-bas. » Répliqua durement Ron. Nous ne sommes pas assez nombreux pour une attaque et nous ne connaissons rien du nombre d'ennemis qu'il nous faudra combattre. »
« Pour ça je peux vous aider. » Intervint Louis en redressant la tête. Il avait l'air de s'être enfin réveillé et il leur lança à tous un petit regard supérieur.
« Je peux y aller en éclaireur. »
« Tout seul ? S'exclama Émile. C'est trop dangereux. »
« Pas pour moi, répondit-il avec un petit sourire mystérieux. Je peux vous avoir toutes les informations que vous voulez. »
Louis avait l'air sûr de lui, comme toujours. Hermione se demanda si il avait jamais connu le doute puis elle se souvint de sa confidence de la veille dans la cage de la mine. Il redoutait les endroits noirs et confinés, tout comme elle, sauf qu'il avait appris à le dissimuler.
« Tu ne peux pas faire ça, coupa Draco. Et je ne parle pas des dangers que tu risques mais plutôt de ceux que tu feras courir sur nous tous si tu te fais prendre. Tu possèdes énormément d'informations et tu peux être certain qu'ils parviendront à te les arracher. »
Le regard de Louis se durcit et le bleu de ses yeux se figea. Il dévisagea Draco si longtemps et avec tant d'intensité qu'Hermione se demanda un moment si il n'allait pas l'attaquer.
« Je ne crains pas la mort, Deatheater, souffla le jeune homme entre ses dents. Car elle n'est que le début d'une nouvelle bataille. » Draco ne répondit rien et soutint son regard.
« Beaucoup m'ont souvent sous estimer, continua le jeune homme, ne fais pas la même erreur Draco Malfoy, car moi aussi je me fiche que tu vives ou que tu meures. »
Émile se trémoussa nerveusement sur place et Ron s'avança imperceptiblement en avant, prêt à interposer sa large carrure entre les deux hommes.
« Louis, murmura Hermione en posant une main apaisante sur le bras de Draco. Qu'est ce qui te rend si sûr de toi quand tu dis que tu ne sera pas pris ? » Il tourna les yeux vers elle, son visage toujours figé dans une colère froide.
Sans dire un mot il écarta les bras lentement, ses pieds bougèrent et il tournoya élégamment sur lui même. Il y eut un éclat de cheveux blond et il disparut dans un tournoiement de cape. Le son feutré de battements d'ailes glissa au dessus de leur tête et le faucon fit un long vol plané au dessus des corps endormis avant de venir se poser sur la large épaule d'Émile. Hermione vit ses serres jaunes s'agripper à la peau alors qu'il tournait sa tête au bec bleuté vers elle. C'était un faucon pèlerin, l'oiseau le plus rapide au monde en piqué et il fondait sur ses proies à une telle vitesse qu'elles étaient le plus souvent tuées sur le coup par le simple choc de l'attaque.
L'oiseau fit claquer son bec avec impatience avant de s'envoler à nouveau vers la cage. Il s'engouffra dans la cheminée obscure et remonta vers la surface.
« Qui savait que Louis était un animagus ? » Interrogea Ron en les regardant tour à tour.
« Personne, grogna Draco. On ne l'a rencontré qu'il y a deux jours je te rappelle. »
Hermione s'avança vers la cage et les hommes lui emboitèrent le pas.
« Comment pouvez vous être certains qu'on peut lui faire confiance dans ce cas ? » Répliqua le loup en faisant coulisser avec force la porte de bois.
« Je n'ai jamais dis que je lui faisais confiance, rétorqua abruptement Draco. Je ne lui fais pas plus confiance qu'à toi si tu veux savoir. » Le sol s'était mit à trembler alors qu'ils remontaient lentement vers la surface.
« Moi je ne doute pas de lui, intervint Hermione en observant les deux hommes. Tout comme je ne doute d'aucun de vous deux. »
À cet instant ils s'immobilisèrent et les portes coulissèrent. Ils durent cligner des yeux, momentanément éblouis par l'éclat du soleil sur la neige. Comme la veille, la journée était magnifique et le ciel bleu s'étirait d'un bord à l'autre de la lande sans le moindre nuage.
Tout était silencieux et il n'y avait pas un être vivant en vue, hormis le faucon qui volait loin au dessus d'eux. Ses ailes presque immobiles, il se laissait porter par les courants froids de l'hiver et il semblait jouer avec les rayons du soleil.
Louis pouvait les voir tous les quatre, les pieds dans la neige et le visage levé vers lui. Même à cette hauteur aucun détail ne lui échappait, il voyait les nuages de vapeur cristalline qui se dissolvaient dans l'air à chacune de leur respiration et l'éclat bleu du ciel se refléter dans leurs yeux. Il voyait la courbure de la terre qui s'étendait sous l'immensité des cieux. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas pu déployer ses ailes mais l'odeur du vent était inoubliable. Il aimait sentir le vide couler sur ses plumes et le monde glisser sous lui. Lutter contre la gravité et tomber dans le ciel le long de précipices horizontaux. Voler c'était s'arracher du sol et de la réalité pour s'élancer vers l'absolu de sa solitude et ne plus appartenir à personne. Pas même à soit. Ici il n'était plus question de vivre ou de mourir mais juste d'être libre.
« Louis ! Cria Émile. Redescend ! » Le faucon replia ses ailes contre son corps et fusa vers le sol, traversant les airs à toute vitesse dans un sifflement ténu.
À quelques mètres tout juste du loup il redéploya ses ailes et le vent s'engouffra dans ses plumes, freinant immédiatement sa course. Il tendit ses serres en avant et se déposa sur l'épaule du jeune homme avec grâce.
« Louis, nous devons savoir combien ils sont, dit Draco en s'adressant au faucon qui le fixait sans ciller de son regard de prédateur. Combien de sorciers, combien de Dementors et combien de prisonniers. »
« Nous, de notre côté, nous allons nous diriger vers le château, poursuivit Ron. Nous devrions y être dans quelques heures si nous courons vite. Tu sauras nous retrouver ? »
L'oiseau fit claquer son bec en hochant la tête. Il agitait ses ailes, impatient de reprendre son vol. Hermione s'approcha de lui et lissa les plumes de son cou.
« Et fais attention à toi Louis, murmura-t-elle. Reviens nous vivant. » Le faucon leva les yeux vers le ciel et s'envola, avide de liberté.
« Bonne chance ! » Lui cria Émile. Mais il était déjà loin, petit point sombre filant dans l'immensité.
« Combien ta meute compte t-elle de sorciers ? » Demanda aussitôt Draco en se tournant vers Ron.
« Ce n'est pas MA meute, grogna le loup. Ils sont libres. »
« La liberté n'a rien à voir là dedans, trancha durement Draco. Si vous n'avez jamais été capable de l'emporter contre Voldemort c'est aussi parce que vous n'aviez jamais de chef, jamais de leader. » Ron ouvrit la bouche pour protester.
« Et ne me parle pas de Potter, répliqua Draco. Lui comme toi et Hermione n'étiez jamais là, vous avez toujours fais bande à part. »
Il avait raison, pensa Hermione. Harry avait toujours répugné à prendre le pouvoir, même en tant que chef des aurores. En partie parce qu'il n'aimait pas commander et beaucoup parce qu'il était incapable de déléguer. Il fallait toujours qu'il fasse tout lui même. Hermione savait que s'ils avaient vécu en temps de paix, son ami aurait préféré être professeur de défense contre les forces du mal à Poudlart.
« Harry ne voulait pas de ce rôle, répondit Ron avec loyauté. Il ne prenait pas son plaisir à donner des ordres et à profiter d'un poste de pouvoir. »
« Ce qui aurait fait de lui un leader parfait, coupa Draco. C'est ceux qui ne veulent pas du fardeau du pouvoir qui sont les mieux taillé pour le porter. »
Draco pensait ce qu'il disait. Il avait longtemps désiré commander et avoir le dessus sur les autres. Il avait cru qu'ainsi il se serait sentit plus fort, plus en contrôle de sa vie qui n'avait cessé de lui glisser entre les mains. Mais c'était faux. Il était un solitaire, il le savait à présent et à défaut de gagner le bonheur, il avait trouvé un peu d'apaisement dans l'errance.
« Prend le contrôle sur tes loups, Weasley, continua Draco fermement. Unis-les, il n'y a que comme ça que vous pourrez combattre. »
« Il a raison, dit Hermione en regardant son ami. Tu seras un bon chef Ron. »
« Mais je ne veux pas ! S'exclama le loup en les regardant tour à tour. Je ne veux pas avoir à les mener à la mort ! Je ne veux pas que leur vie repose sur mes décisions ! »
« Il y a beaucoup de choses que l'on ne veut pas, rétorqua Draco. Mais nous sommes en guerre, on ne fait jamais ce que l'on veut. Crois tu vraiment que j'avais envie de commander des cadavres ? Je l'ai fais pour survivre. Toi tu as la chance de pouvoir te battre pour ceux que tu aimes et avec ceux que tu aimes, ne la laisse pas passer. » Ron lui lança un regard noir. Jamais il ne se serait attendu à recevoir des leçons de stratégies martiales par Draco Malfoy.
« Moi je te suivrai, intervint Émile avec douceur. Même si je dois mourir, je te suivrai et les loups aussi, je le sais. » Ron grogna et donna un coup de pied dans la neige. Il avait baissé la tête et son visage était caché par ses longs cheveux flamboyants.
« En admettant que la meute me suive, marmonna-t-il, qu'attends-tu de moi, Malfoy ? »
« De l'ordre et de la discipline, répondit-il. On ne part pas en bivouac, on attaque une prison. »
« Merci, je suis au courant ! S'enflamma Ron, aussitôt. Tu me prends pour qui ? Je suis un guerrier Malfoy, nous ne sommes plus à l'école ! »
« Oui, toi je le sais, répliqua Draco calmement. Mais tu auras une vingtaine de loups sous ta responsabilité, c'est d'eux qu'il faut être sûr. »
« Les gars savent se tenir, grogna Émile en roulant des épaules. Crois-tu qu'il ne faut pas de la discipline pour apprendre à se transformer sous la torture ? »
« Oui, il en faut, trancha Draco. Mais si on t'ordonne de fuir et de nous laisser mourir pour sauver ta peau, le feras-tu ? Si on te demande d'en sauver certain et d'en abandonner d'autres, nous écouteras-tu ?» Émile resta silencieux, les yeux braqués sur Draco.
« C'est bien ce que je pensais, ricana-t-il froidement. Il ne s'agit pas de jouer bravement les héros pour sauver le monde. Parfois on doit faire des choix qui ne nous plaisent pas et qui vont à l'encontre de ce à quoi on croit. Ce que je veux savoir c'est si vous êtes prêt à les faire. À obéir quoi que Weasley vous demande, car c'est ça une armée. » Le jeune homme dévisageait Draco avec intensité, l'air de réfléchir à ses paroles.
« Oui, je lui obéirais quoi qu'il me demande, affirma-t-il finalement. Je ne jouerais pas les héros. »
« Alors nous pourrons travailler ensemble, conclut Draco. Il y a de nombreuses façons de gagner une guerre et elles ne sont pas toutes auréolées de gloire et de bravoure. »
Il se tourna vers Ron qui observait Émile, le visage soucieux. Hermione savait ce qu'il voyait. Un jeune loup, un gamin de seize ans qu'il aurait préféré épargner et renvoyer dans sa famille. Mais comme beaucoup d'autre, Émile n'en avait plus. Sa nouvelle famille c'était les loups et il se battrait pour eux. Il se battrait pour sa meute.
« Va les retrouver, Weasley, le pressa Draco. Vois qui acceptera de te suivre et qui tu emmènera avec nous. Mais fais vite. »
Ron hocha la tête silencieusement. Il avait l'air sombre mais résolu quand il s'engouffra dans la cage avec Émile. Épaules contre épaules ils prenaient quasiment tout l'espace disponible et Hermione vit le jeune homme se cogner la tête contre le linteau de la porte. Ils venaient tout juste de disparaitre lorsque Draco saisit Hermione et l'attira vivement à lui.
« J'avais envi de faire ça depuis un moment. » Murmura-t-il, le visage dans son cou.
« Oui, j'imagine que dire à mon meilleur ami que cela ne te dérangeait en rien qu'il meure ne semblait pas le moment le plus propice pour un câlin. » Commenta Hermione d'une voix faussement distraite.
« Ne parle pas de Weasley pendant que je te serre dans mes bras, s'il te plaît, répondit Draco pas l'air honteux le moins du monde. Tu vas gâcher mon plaisir.»
« Crois-moi, j'aime beaucoup sentir ton nez glacé dans mon cou, répliqua-t-elle. Mais j'aimerai aussi énormément que tu cesses de menacer Ron. »
« Assez parlé de ce fichu loup, grogna Draco en emmargeant. Il ne s'est pas privé pour me menacer aussi. » Il essaya de l'embrasser mais Hermione se recula.
« Et qu'a t-il dit ? » Elle tournait la tête de gauche à droite pour esquiver ses baisers.
« Hum… quelque chose comme massacre, vider de ton sang… marmonna Draco. Et t'ouvrir en deux aussi. »
« Ron ne dirait jam… » Mais Draco venait de réussir à coller sa bouche sur la sienne et il étouffa la fin de sa phrase entre ses lèvres chaudes.
Hermione essaya de se dégager mais comme souvent Draco ne la laissa pas faire. Et comme toujours Hermione s'abandonna au creux de sa force douce et inébranlable. Il étira leur baiser et leur bouche avait le gout exaltant de ces matins pleins de promesses.
« Si le chien fait des chiots je refuse que notre petit prince fréquente ces animaux. » Reprit Draco après un moment à la serrer contre lui.
Hermione resta silencieuse, le regard perdu sur la lande vide. Elle ne voulait pas briser les espoirs de Draco qui semblait incompréhensiblement heureux depuis que l'arrivée d'un bébé portant le nom d'une planète géante recouverte de glaces lui avait été annoncé.
« Tu savais que c'était la septième planète du système solaire ? Demanda-t-il. C'est un chiffre puissant. »
« Oui, un peu trop à mon gout. » Répondit-elle en pensant à Voldemort qui avait justement choisi ce chiffre pour déterminer le nombre d'horcruxes qu'il créerait.
« Pour les moldus de l'antiquité Uranus était le dieu du ciel, ajoute-t-elle, incapable de se retenir devant cette description incomplète de l'astre. Et le symbole de la différence, de l'indépendance et de la révolution. »
« Ça me plait aussi. » Il la serra un peu plus dans ses bras.
« Draco… Commença Hermione. Je ne peux pas te donner cet enfant. J'en suis incapable. »
Il la regarda longuement, ses yeux clairs bordés de cils blonds empreints d'une gravité profonde. Hermione soutint son regard avec une drôle de sensation dans le creux du ventre. Elle n'avait jamais voulu d'enfants, qui voudrait mettre au monde un bébé en pleine guerre ? Mais elle se rendait compte qu'elle n'avait fait que se trouver de fausses excuses. Elle n'avait pas voulu d'enfant car elle n'avait jamais rencontré qui que ce soit qui lui donne envie d'unir sa vie à la sienne jusqu'à ce point ultime. Mais Draco était là à présent. L'image de l'homme tenant son enfant blond au creux de ses bras lui revint à l'esprit. Et puis la réalité la rattrapa.
« Même si par miracle j'étais finalement capable de porter la vie, je vais mourir Draco. Murmura-t-elle. Je suis un Obscurius. »
« Tu ne mourras pas tant que tu serras à mes côtés. »
« Et toi ? Contra Hermione. Qui empêchera le peu qui reste de ton cœur de sombrer ? Car ma magie ne te sauvera pas indéfiniment et tu le sais. »
Cet enfant, s'il voyait jamais le jour, aurait une mère dont le corps était rongé par un obscurius et un père dont le cœur mutilé ne cesserait de s'assombrir jusqu'à l'annihilation complète de tous sentiments humains. Ils ne pouvaient pas désirer sa naissance, ils n'en avaient pas le droit.
« As-tu ma bague sur toi ? » Lui demanda Draco. Hermione glissa ses doigts dans la poche intérieure de sa cape et en retira l'anneau qu'elle laissa tomber dans la paume de l'homme. Draco l'observa un moment sans rien dire.
« Cet anneau contient la partie manquante de mon cœur, tu le sais, commença-t-il. Si… si je la récupérais, si mon cœur ne formait plus qu'un à nouveau, cela te rassurerait-il ? »
« Tu m'as dis que c'était impossible, répondit Hermione en fronçant les sourcils. Tu m'as dis qu'il n'existait pas de contre-sort. »
À cet instant ils entendirent la cage se remettre en marche dans leur dos. D'une seconde à l'autre des loups allaient commencer à se déverser autour d'eux.
« Réponds moi Draco, insista Hermione. Tu as dis que c'était impossible pour toi de revenir en arrière ! » Elle le fixait d'un air accusateur et elle s'était éloignée de ses bras.
La porte de bois coulissa et Ron, Émile, Benjamin et Indiana descendirent. Quatre Loups garou, c'était le maximum que l'espace de l'ascenseur leur permettait de transporter en une seule fois.
« Les autres arrivent. » Leur lança Ron en les rejoignant, Indiana sur ses talons. Hermione fixait toujours Draco mais il s'était détourné d'elle.
« Sont-ils tous d'accords pour te suivre, Weasley ? »
« Évidemment, répondit Indiana à sa place. On ne veut pas manquer la moindre bataille. »
Hermione vit Ron lui lancer un regard à la fois de tendresse et d'anxiété. Il avança sa grande main et caressa les cheveux noirs de la jeune fille.
« Comme l'a si bien dit Malfoy, ce n'est pas un bivouac, Indiana. Lui dit-il d'une voix douce mais ferme. Je peux compter sur toi pour montrer l'exemple aux autres ? »
« Bien sûr. » Répondit la jeune louve avec sérieux. Mais dés que Ron eut le dos tourné, elle fit un clin d'œil malicieux à Hermione.
« Tu montes sur moi, Hermione ? Lui demanda-t-elle, avec un petit sourire espiègle. Je te promets que ce seras plus drôle avec moi qu'avec Ron. »
« Non, elle vient avec moi. » Intervint Draco sans laisser à la jeune femme le temps de répondre.
« Oui, et quant à toi tu viens de me promettre que tu allais bien te conduire, ajouta Ron, sévère, à l'adresse de sa louve. Je ne veux pas de bêtises, Indiana.»
« Vous allez vous taire tous les deux, coupa Hermione, mécontente. Il ne me semble pas vous avoir demandé vos avis. » Indiana prit Hermione par le bras et l'éloigna en jetant aux deux hommes un petit regard supérieur.
« Je ne crois pas que ta louve ait une bonne influence sur Hermione, grogna Draco en regardant les filles qui leur tournait maintenant le dos.
« Oui, elle fait souvent cet effet là, commenta Ron, désabusé. J'ai dû l'empêcher de trop fréquenter Émile et William car ils prenaient progressivement le même chemin. »
« Et bien surveille la, s'irrita Draco avec impatience. Hermione n'a pas besoin qu'on la mette un peu plus dans le pétrin. » Ron lui lança un regard glacial.
« Je ne suis pas son père, Malfoy. Maintenant, tu m'excuseras, mais j'ai une meute à organiser. »
Les loups, à présent tous réunis, piétinaient nerveusement dans la neige. C'était la première fois qu'ils agiraient tous ensembles et sans être soumis au sortilège d'imperium et leur excitation était palpable. Hermione, qui se tenait en hauteur sur le dos d'Indiana, avait une large vue sur la meute qui gardait les yeux fixés sur leur meneur, dans l'attente de ses instructions.
Ron leva alors le museau, imité par tous les loups. Bombant leur large poitrine, ils poussèrent à l'unissons un long et puissant hurlement qui s'éleva dans les airs. Le son était terrible et Hermione dû lâcher la fourrure de la louve pour pouvoir se couvrir les oreilles. Elle sentait le corps d'Indiana vibrer sous elle alors que le cri s'échappait de sa gueule comme un avertissement lancé au ciel.
« Vous allez la fermer ! On va se faire repérer ! » Brailla Draco de toute la force des ses poumons.
Mais les loups ne l'entendirent pas, ou ils choisirent de l'ignorer car la litanie dura encore un bon moment, se rependant au dessus de la lande glacée. Les hurlements cessèrent alors aussi subitement qu'ils avaient commencé et la meute s'élança d'un seul mouvement parfaitement coordonné. Hermione se rattrapa de justesse aux poils d'Indiana et elle serra les cuisses pour ne pas être désarçonnée. Autour d'elle tous les autres loups galopaient à la même vitesse et il se déployèrent comme une marée de fauve sur la neige, leurs membres puissants les propulsant inexorablement en avant. Un peu plus loin elle voyait la fourrure flamboyante de Ron qui orientait la meute, encadré de ses deux capitaines, Benjamin et Lysander qui galopaient à ses côtés, légèrement en retrait. Une vaste ombre les recouvrit un instant et Hermione vit Draco monté sur le dos noir de Noctis les survoler, ses deux larges ailes touchant presque la tête des loups avant de prendre plus d'altitude.
Chevaucher Indiana n'avait rien à voir avec ses précédentes escapades sur Ron et Hermione avait besoin de toute sa concentration et de toute sa force pour ne pas se faire éjecter. La jeune louve contenait difficilement son enthousiasme et elle galopait follement entre William et Émile, ne se souciant pas de la présence d'un passager sur son dos. Mais elle avait l'air de prendre tant de plaisir à slalomer entre les congères et à couper la trajectoire bien étudiée des autres loups, qu'Hermione n'avait aucune envie de s'en plaindre.
Si l'ensemble de la meute semblait chercher instinctivement le passage le plus aisé pour leur course, Indiana, elle, faisait l'exacte opposé et bondissait joyeusement dans les fossés remplis de poudreuse ou escaladait le moindre rocher pour mieux pouvoir se jeter à nouveaux dans la mêlée. Le résultat de tout ces sauts était qu'Hermione se retrouva couverte de neige de la tête au pied en moins d'une heure mais elle s'en fichait car elle s'amusait follement et elle se mit rapidement à chercher des yeux avec la louve le prochain obstacle qui pourrait les divertir.
Plusieurs heures plus tard, la meute grimpa une haute colline et ils eurent une vue dégagée sur les vallées environnantes. Ron s'arrêta et tous les loups firent de même, s'alignant en ordre le long de la corniche recouverte de glace. Ils se dressaient fièrement, leurs larges pattes griffues profondément ancrées dans le sol gelé et le vent s'engouffrant dans leur épaisse fourrure. À cette hauteur ils semblaient dominer le monde et Hermione ressentait la puissance et la confiance que le groupe conférait à la meute. Une vingtaine de bêtes, les yeux acérés lancés sur l'horizon et réunis derrière leur chef, ce grand loup à la couleur de feu. Ron avait tourné la tête et Hermione suivit son regard. En bas s'étendait une longue plaine suivit d'une forêt qui menait à une vallée étroite et remplie d'un lac sombre dans lequel se reflétait les tours et les remparts de Poudlart. Ils y étaient presque à présent, mais l'école était encore trop loin pour en voir tous les détails.
Indiana avança une patte dans la pente mais Ron montra les crocs en grognant. Elle devait attendre sa décision comme les autres. Il continua d'observer les alentours, cherchant manifestement le meilleur passage pour conduire sa meute et la louve tremblait littéralement d'impatience. Hermione sentait ses muscles bandés à l'extrême et prêt à la propulser à tout moment. Il y eut une rafale de vent et le museau d'Indiana se leva dans les airs. N'y tenant plus, elle se jeta dans la pente sans attendre la décision du meneur, entrainant Émile et William avec elle. Hermione entendit vaguement le jappement furieux de Ron dans son dos mais elle ne se retourna pas pour regarder ce qu'il faisait. Cramponnée de toutes ses forces au dos de la louve elle avait passé ses deux bras autour de son large cou et elles dévalaient le flanc de la montagne à pleine vitesse, propulsant de grandes gerbes de neiges tout autour d'elles. Les deux jeunes loups sur ses talons, Indiana allongea encore plus ses longues pattes pour ne pas se laisser rattraper et elle rejoint le bas de la pente comme un boulet de canon. Elle profita de son élan pour continuer sa course et se rua en avant sans même prendre le temps de ralentir. Hermione risqua un regard en arrière et elle vit William qui devait avoir trébucher, rouler sur les derniers mètres. Émile bondit par dessus lui et accéléra pour rattraper Indiana. Derrière eux le reste de la meute s'était à son tour engagée dans la pente et fendait la neige au pas de course.
Hermione reporta son attention vers l'avant, juste à temps pour voir le large torrent s'approcher dangereusement. Elle n'eut pas le temps de crier et Indiana sauta sans hésitations dans les flots glacés. L'eau éclata en de grandes éclaboussures qui scintillèrent en tout sens dans le soleil radieux. Il suffit de trois bonds pour traverser et la louve regagna la berge sans même avoir eut à ralentir. Hermione, définitivement trempée, entendit les bruits de deux grands plongeons et elle devina qu'Émile et William avaient eux aussi bondi dans les eaux froides.
Il y eut un long hurlement et elle comprit que Ron rappelait ses jeunes loups à lui mais personne n'écouta. C'est alors qu'une grande aile surgit juste devant et Indiana dû faire une violente embardée sur le côté pour l'éviter. Hermione leva les yeux et vit Draco qui tentait de stopper leur folle course en leur barrant la route. Indiana perdit momentanément le contrôle, glissant sur une large plaque de verglas, toutes griffes dehors. Hermione entendit le crissement des pointes acérées trancher la surface glacée et cela prit plusieurs mètres avant qu'elle ne puisse se stabiliser. Pendant ce temps, William et Émile en avaient profité pour la dépasser joyeusement. Indiana grogna de rage et s'élança à leur suite dans un enchainement de virages périlleux afin d'éviter les brusques tentatives de Draco pour les arrêter. La neige volait dans tout les sens et Hermione sentait chaque percussion des larges pattes de la louve sur le sol vibrer dans tout son corps. Du coin de l'œil elle vit Noctis virer subitement de bord et remonter en chandelle. Elles venaient de gagner la lisière de la forêt et elles s'engouffrèrent entre les troncs alors que Draco était obligé d'abandonner sa poursuite. Derrière elles, la meute ne les avait toujours pas rattrapé et n'y parviendrait surement pas. Les trois jeunes loups, plus légers et plus fins, avaient définitivement l'avantage sur les autres qui s'enfonçaient bien plus qu'eux dans la neige.
Indiana serpentait entre les arbres, collant Émile et William de près. Mais les deux garçons s'évertuaient à bifurquer devant elle à chaque fois qu'elle tentait d'en dépasser un, l'arrosant volontairement de terre et de neige au passage. Indiana grogna, excédée et d'un grand bond plongea sur Émile. D'un large mouvement elle happa les deux pattes arrières de l'animal qui s'écroula en pleine course. Elle sauta par dessus lui avec agilité et reprit la tête de leur petit groupe. C'est alors qu'Hermione entrevit les restes d'une cabane brulée entre les troncs.
« Stop ! Hurla-t-elle. C'est ici, Indiana ! »
La louve planta instantanément ses pattes dans le sol et elles tournoyèrent un moment sur elles mêmes. Hermione vit défiler les arbres, dangereusement proches, mais Indiana maitrisait la situation et elles finirent par s'arrêter sans heurt. Émile et William, qui avaient eu plus de temps pour préparer leur coup, ralentirent leur course tranquillement avant de les rejoindre au petit trot.
Il fallu plusieurs minutes au reste de la meute pour les rattraper. La vingtaine de loup apparu alors entre les arbres, la langue pendante et le poil hirsute. Ron fixait Indiana avec des yeux flamboyants de colère, ce qui ne sembla pas la déstabiliser le moins du monde. Elle frétillait encore de ravissement de l'avoir emporté sur Émile et William et s'amusait à les provoquer en leur donnant de petits coups d'épaules qui auraient suffit à renverser un cheval. Hermione, s'était déjà laissée glisser de son dos, les jambes tremblantes et le visage et les mains rougis par le froid.
« Joli démonstration de discipline, Weasley, ironisa Draco qui venait d'atterrir dans le parc, juste à côté de l'ancienne cabane d'Hagrid. Je suis épaté par tant d'autorité. »
Il descendit du sombral et s'avança vers eux, le regard furieux.
« Hermione aurait pu être blessée ! Cracha-t-il. Pourquoi n'as tu pas arrêté ta louve ? »
« Ça suffit Draco, trancha Hermione alors que Ron se mettait à gronder. Je suis la seule ici qui n'ai pas besoin de protection, alors arrête ça tout de suite.» Draco ne répondit rien mais il fixa encore un moment Ron avec rancœur avant de finalement se tourner vers elle.
« Quant à toi, nous discuterons de tout cela plus tard. » Grinça-t-il entre ses dents.
Hermione ne répondit rien. Elle savait qu'il agissait ainsi car il avait eu peur. En règle générale quand Draco était inquiet il se mettait en colère et maintenant qu'elle avait compris ça, elle évitait de surenchérir sur ses humeurs acerbes. L'ignorer et le laisser ruminer dans son coin était encore la meilleure solution.
Comme elle refusait de croiser son regard il abandonna et se concentra sur Poudlart. Ils se tenaient encore sous le couvert des arbres, à la lisière de la forêt interdite et le paysage était désolé.
Le château semblait mort. Vide. Les murs écroulés de la dernière grande bataille n'avaient jamais été reconstruis et des pierres avaient roulé jusque dans le parc. Recouvertes de neige elles formaient de petits monticules isolés. Draco, toujours en colère, chercha Louis mais ne le vit nul part. Alors il ferma les yeux, c'était plus facile pour lui ainsi. Il abandonnait un sens pour en faire naître un autre, plus sombre, plus profond. Il laissait une partie de lui glisser hors de son corps pour embrasser les ténèbres qui se dissimulaient derrière chaque monde. Marcher dans l'envers de la vie sur les chemins de la désolation, voilà ce qu'il savait faire. À chaque voyage il s'y enfonçait un peu plus profondément et y laissait un peu plus de lui même, espérant toujours que cette fois ne serait pas celle de trop et qu'il parviendrait à retrouver la lumière.
« Il sont toujours là… » Murmura t-il. Il les sentait dormir sous la neige. Il voyait leurs ombres enroulées dans la nuit sans aube de leur mort. Il saisit la main d'Hermione, les yeux toujours fermés.
« Je sens leurs corps, je sens leurs os. Ils les ont laissés dans le parc après la bataille. » Il y eut un long moment de silence glacé, plus vide et froid que le ciel d'hiver.
« Draco… chuchota à son tour Hermione. Tu ne dois pas les ramener. Laisse-les en paix, nous n'avons pas besoin d'eux. »
Il se sentit soulager d'entendre ces mots. Il avait relevé beaucoup de morts par le passé mais il savait qu'ici, sous la terre, étaient allongés des enfants. C'est comme ça qu'il les voyait maintenant qu'il était lui même devenu un homme. Des enfants morts dans leur propre école. Il entendait la respiration lente et régulière des vingt loups derrière lui et la main d'Hermione dans la sienne. Ces sensations l'aidaient à le garder présent parmi eux, cela l'aidait à se souvenir que la vie existait toujours.
« Draco, reprit Hermione. Moi je suis trop loin pour les voir, mais toi, peux-tu sentir les Dementors? »
Il força son esprit à quitter les os enfouis dans le parc et l'étira vers le château. Plus il s'éloignait de son corps, plus il sentait le lien ténu qui le retenait à la réalité s'étirer dangereusement. S'il lâchait il n'était pas certain de pouvoir revenir.
Il hésitait à continuer lorsqu'il sentit une chaleur se rependre entre ses doigts et remonter le long de son bras. Hermione lui envoyait de sa propre magie et elle se déversait en lui comme une vague implacable. Le lien se renforça et il reprit sa route, pénétrant dans le château. Il avait gravi les marches et se tenait maintenant dans le grand hall d'entrée qui lui apparu vide dans un premier temps. Il se concentra, écartant chaque voile de cette réalité morte.
« Oui, je les sens, répondit-il après un moment. Je les sens et je les vois. »
Il ne put retenir un frisson de répulsion. De l'autre côté il n'y avait plus rien pour dissimuler les Dementors. Ils étaient dans leur monde et il pouvait les voir tel qu'ils étaient sous leurs capes. De longs cadavres au squelette recouvert de chairs putrides qui pendaient de leurs os. Leurs orbites vides s'ouvraient sur le néant dans un visage mutilé et leurs bouches, dépourvues de lèvres, aspiraient les ombres comme une porte éternellement ouverte sur les enfers.
Draco ne pouvait détacher son regard des corps damnés qui évoluaient autour de lui et il sentit sa nuque se couvrir d'une sueur froide. Le Dementor le plus proche tourna lentement sa tête lacérée dans sa direction et les ténèbres de ses orbites vides fondirent sur lui. Il comprit alors que la chose percevait sa présence, percevait sa peur.
« Ils… Ils peuvent me voir aussi, articula-t-il, la voix tremblante. Ils me sentent. » Tous les Dementors présents dans le hall se tournèrent vers lui, immobiles dans le noir de leurs limbes.
« Tu dois revenir Draco ! » C'était la voix d'Hermione et il l'entendait faiblement résonner au fond de sa tête. Il ne sentait plus sa main, il n'entendait plus les loups autour de lui, ni le vent dans les arbres de la forêt interdite. Il se sentait sombrer lentement, figé de terreur.
« Draco ! Draco, tu m'entends ? » Hurla Hermione en saisissant sa tête blonde entre ses deux mains.
« Tu dois revenir ! Écoute-moi, suis ma voix Draco ! » Mais il ne réagissait pas. Droit devant elle et les paupières closes, il semblait à des milliers de kilomètres de là. Hermione voyait sa magie bleutée s'obscurcir lentement. Elle était en train de le perdre.
Les loups s'agitèrent autour d'eux, poussant des gémissements angoissés. Ils sentaient le danger, ils sentaient les ombres gagner le couvert des bois et grandir par le corps de Draco. À cet instant Louis tomba du ciel dans un bruissement de plume et atterrit à leurs côtés. Il n'avait pas touché le sol qu'il avait déjà repris sa forme humaine et il se tourna immédiatement vers le loup flamboyant, l'air extrêmement nerveux.
« Je viens de repérer un groupe important de géants qui arrivent par le nord. »
Ron se métamorphosa sans prendre la peine de cacher son corps. Nu dans la neige, il s'avança droit sur Louis.
« Quand seront-ils sur nous ? »
« Moins d'une trentaine de minutes, répondit le jeune homme, le souffle court. Si nous attendons trop longtemps avant d'attaquer le château nous serons prit entre les deux et je ne donne pas cher de notre peau. »
« Hermione, nous devons passer à l'action, tout de suite ! » La pressa Ron en se tournant vers elle.
« Non ! Pas sans Draco, nous avons besoin de lui ! » Louis s'approcha et l'observa par dessus l'épaule de la jeune femme. Étendu sur le sol, l'homme blanchissait à vue d'œil et ses veines semblaient se remplir lentement d'encre noire qui se répandait en arabesques abstraites sous sa peau fine.
« Tu dois le ramener Hermione ! S'écria le jeune homme. Sinon il deviendra comme eux. Va le chercher ! »
« Je… Je ne sais pas comment faire ! » Paniqua Hermione en sentant le froid envahir le corps de Draco sous ses doigts.
Il faisait presque complètement noir maintenant autour de lui. Il voyait le lien qui le retenait à son corps s'amincir inexorablement, mangé par les ténèbres. Un silence absolu emplissait ses oreilles et il avait perdu la voix d'Hermione depuis longtemps. Atour de lui les Dementors formaient un cercle qui se resserrait lentement. Leurs bouches largement ouvertes, ils aspiraient des lambeaux de son âme, se nourrissant de lui et de sa vie. Le froid, mortel, se rependait dans chacun de ses membres, il ne pouvait plus respirer, il ne pouvait plus penser. Son cœur même semblait avoir cessé de battre.
Comme il aurait voulu mourir, seulement mourir. Laisser son être se dissoudre dans le vide éternel, dans l'oubli de la fin du combat. Mais le Résurrectionniste ne méritait même pas ça. S'il laissait ces choses s'emparer de lui alors qu'il était encore dans leur monde de cendre et de désert, il deviendrait comme eux. L'ombre tourmentée d'une âme crucifiée à sa propre nuit. Et au fond de sa réalité, ce monde qu'il n'avait cessé de fuir, il entendait une petite voix lui murmurer que tout ça, il le méritait.
Il sentit deux mains squelettiques se refermer autour de son visage et le soulever du sol. Il n'osait pas regarder. Il ne voulait pas voir ce qu'il deviendrait une fois que cette chose aurait fini de le dévorer. Il allait fermer les yeux, prêt à ne jamais les rouvrir, lorsqu'une lueur attira son attention. Lointaine et tremblotante dans un monde qui n'avait jamais connu de lumière, elle semblait venir d'un autre univers. Le Dementor dû la percevoir aussi car lentement il arrêta son geste, sa mâchoire putride se figeant à quelques centimètres à peine de la bouche de l'homme. Il tourna ses yeux morts qui ne pouvait voir et un long râle s'échappa de sa gorge alors qu'il aspirait le néant. Les autres Dementors firent de même, leurs corps morts cherchant à se gorger de l'intrus qui approchait toujours de plus en plus. Leur pouvoir semblait sans effets cependant et Draco sentit les mains osseuses le lâcher. Il glissa doucement sur le sol, trop perdu dans la certitude de son sort pour ressentir un quelconque soulagement.
Prenant lentement forme, la lumière continuait d'avancer et la nuit semblait s'écarter de son chemin comme les pétales d'une fleur qui s'ouvre sur l'aube du matin. Draco n'aurait su dire comment mais il avait le profond sentiment qu'elle était là pour lui. Sa silhouette, éclatante dans les ténèbres, passait entre les cadavres, frôlant leurs membres putrides, glissant entre leurs ombres glacées. Il la voyait avancer sans peur entre les morts maudits qui s'écartaient de son chemin jusqu'à ce qu'elle se tienne juste devant lui. Draco sentait presque ses yeux le bruler tant elle rayonnait et il lui fallut un moment pour parvenir à distinguer quoi que ce soit d'autre qu'un brasier de flammes bleutées. Et puis le feu sembla diminuer, se résorbant doucement dans un corps menu.
Il ne devait pas avoir plus de trois ans. Ses grands yeux clairs le fixaient sans ciller et il irradiait de force et de vie au cœur de cet enfer. L'enfant lui tendit une petite main potelée et Draco vit le symbole qui luisait sur son poignet fin. Il n'eut aucun mal à le reconnaitre, il l'avait souvent étudié en divination et en astronomie. Quatre traits et une sphère qui ensemble formaient le nom d'une planète. La septième, la planète de glace.
« Uranus ? » Murmura Draco en observant le petit qui souriait en silence. Autour d'eux le vide s'était creusé et il avait l'impression de flotter dans le vide, comme une lune autour d'un soleil froid. Il ne voyait plus les Dementors, il ne voyait plus ce hall rempli de terreur et de mort. Il n'y avait plus que son fils et sa douce aura qui les entourait.
« Mère a besoin de toi, gazouilla l'enfant de sa voix limpide. Tu dois rentrer maintenant. »
Toujours souriant, Uranus se pencha, posa sa petite main de glace sur la joue toute aussi froide de Draco et le monde disparut.
