Link dormit toute la soirée et la nuit qui suivit. Saria avait doublé la dose pour qu'il puisse vraiment se reposer. Ses longueurs heures de sommeil lui furent profitables. Il se réveilla plus calme et avec l'esprit plus clair. Il savait désormais qu'il était libre et qu'il n'aurait plus à subir les mauvais traitements de son bourreau. Des images s'étaient iposées à lui à son réveil, mais il avait réussi à les chasser, s'accrochant à l'idée de liberté.
Il savait que les souvenirs reviendraient bientôt le hanter, mais il ne voulait pas y penser pour le moment. L'important était de rester lucide pour pouvoir répondre à la demande formulée par Rauru. Il devait réveiller les sages. Comment faire ? La première fois, il avait dû vaincre des ennemis qui avaient pris possession de lieux stratégiques, mais cela ne semblait pas être le cas maintenant. Le temple de la forêt était sûr.
Il ne lui restait plus qu'à attendre la prochaine entrevue avec le sage. En observant autour de lui, Link aperçut Robin qui s'était assoupi. Ce dernier avait sans doute veillé une partie de la nuit et avait besoin de récupérer. Le Héros du temps s'assit et passa la salle en revue. Il avait la gorge sèche et désirait boire. Il aperçut une cruche pleine et un verre sur une table non loin de lui.
Pour ne pas réveiller le jeune homme endormi, il glissa ses jambes sur le côté et posa ses pieds par terre. Sa cheville supportait son poids, c'était déjà un bon signe. Puis, en usant de beaucoup de prudence, il se stabilisa sur ses jambes avec succès. Il commença alors à avancer en se tenant fermement au lit et atteignit la table. Il se redressa et se saisit de la carafe. Mais il en avait mal évalué le poids. Elle lui échappa des mains et vint s'écraser sur le sol dans un grand bruit qui réveilla Robin.
Des morceaux de verre étaient éparpillés par terre. Link, qui était pieds nus, regarda le désastre en se reprochant son manque de maîtrise.
Aussitôt qu'il eut compris la situation, Robin s'approcha de Link.
- Ne bouge pas ! Laisse-moi ramasser ça.
- C'est à moi de le faire.
- Non, tu es pieds nus et tu as suffisamment de blessures à soigner, je vais te ramener sur le lit et t'apporter à boire.
Il s'approcha du Héros du temps et le souleva avec facilité. Link se rendit alors compte qu'il devait avoir perdu énormément de poids durant ses années de captivité. Ce geste lui rappela certaines fois où, blessé et incapable de bouger, il s'était vu ramener à sa cellule de cette façon. Il eut donc un mouvement de recul lorsque Robin s'approcha, mais il se reprit et se laissa faire. Il ne voulait pas rejeter celui qui l'avait sauvé. Le jeune homme, préoccupé par le verre éparpillé, ne s'en aperçut pas.
- Je suis désolé de te donner du travail en plus. J'avais soif et je ne voulais pas t'empêcher de dormir.
- Ce n'est pas grave. Je suis heureux de pouvoir vous… t'aider.
Il le déposa sur le lit, alla chercher une carafe sur une autre table et lui servit un verre d'eau. Ensuite, il se mit en devoir de ramasser les morceaux. Il évitait de rester à côté du blessé pour que celui-ci ne voie pas son émoi. Le Héros du temps allait mieux et ne tarderait sans doute pas à lui demander pourquoi il n'était pas intervenu plus tôt.
- Je te dois la vie, et bien pus encore, visiblement.
Robin se retourna et, voyant son regard sur lui, baissa la tête :
- Je… je n'ai pas fait grand-chose, bredouilla-t-il. Je… j'aurais dû faire plus…
- J'aimerais en savoir plus. Approche-toi, s'il te plaît.
Le jeune homme s'avança lentement, il craignait de recevoir des reproches, mais le blessé lui souriait.
- Impa m'a dit que tu t'occupais de la ferme. Je te suis reconnaissant d'avoir veillé sur les animaux et aussi sur Épona.
- Cette jument est déconcertante, je n'ai rien pu en tirer, mais, avec vous, elle était aux petits soins.
- Nous avons vécu beaucoup de choses ensemble. Comment savais-tu que j'étais là ?
Robin prit une grande respiration. Le moment était venu, celui d'avouer qu'il n'avait rien fait.
- Je vous… t'ai vu. La nuit de ton exécution…
- Tu as assisté à… mais tu avais quel âge ?
- Dix ans.
- Je suis désolé que tu ais dû assister à ça. C'est horrible pour un enfant.
- Je ne parle pas de l'exécution. Non, je parle d'après…
- Après ?
- Dans le cimetière. Des hommes vous… t'ont sorti d'une tombe. Tu ne pouvais pas bouger et tu étais enchaîné. Je n'ai rien fait, rien dit. J'avais peur…
Link se taisait et écoutait. Des images lui revenaient. Cette nuit-là avait été le début d'un long cauchemar. Il ne se rappelait pas qu'une quelconque présence, mais le poison l'avait quelque peu désorienté.
- Cela a dû être encore plus traumatisant pour toi. Tu n'as sans doute pas compris ce qui était en train d'arriver.
- Je vous ai vu disparaitre dans ce mausolée et je savais que vous… tu étais en danger.
- Tu n'aurais rien pu faire.
- Je suis entré dans le mausolée peu après le départ du chef, mais il n'y avait pas de porte. Je me suis enfui. C'est là que je suis arrivé au ranch et que je m'y suis installé. Je ne savais pas que c'était le tien. Il n'y avait personne. Je… je…
- Ne t'inquiète pas, tu as bien fait.
- J'ai essayé de revenir, mais je n'ai jamais retrouvé l'endroit.
La voix de Robin se chargea d'émotions, sa culpabilité remontait et il se sentait mal.
- J'ai longtemps réussi à me convaincre que j'avais rêvé et je n'ai pas osé en parler.
- Pourtant, tu l'as fait !
- Oui, à votre… ta fille. Je venais de faire un cauchemar quand elle est arrivée. Vous… tu m'appelais à l'aide. Je lui ai tout raconté et on est parti te chercher.
Robin ne put retenir ses larmes et s'agenouilla près de Link.
- Pardonne-moi de ne pas être venu avant, de n'avoir rien dit. J'aurais pu te sauver plus tôt.
Le Héros du temps posa sa main sur la tête du jeune homme. Il ressentait se douleur et en comprenait parfaitement tous les points, car il l'expérimentait aussi. Il chercha avant tout à le calmer.
- Je n'ai rien à te pardonner. Tu étais jeune et impressionnable. Je suis désolé que tu aies dû assister à ça, tes parents n'auraient jamais du t'autoriser à participer à une telle chose. Mais, au fait, pourquoi n'es-tu pas retourné auprès d'eux ?
- Ils avaient été arrêtés, le jour de l'attaque. J'étais seul et je me croyais très fort. J'ai appris récemment qu'ils étaient morts. J'ai eu peur d'être arrêté, moi aussi. Pardon !
- Si tu avais bougé cette nuit-là, tu ne serais pas reparti. Donc, c'est une bonne chose. De pus, revenir dans un tel endroit après avoir vu ce que tu as vu demandait une dose de courage dont tu as fait preuve. Ne te culpabilise pas pour ça. Tu l'as fait et c'est tout ce qui compte.
- Vous... tu devrais m'en vouloir, j'aurais pu t'éviter toutes ces souffrances.
- Peut-être ou peut-être pas. Tu ne le sauras jamais.
- Ça ne m'empêche pas de me sentir coupable. Tu as tellement souffert.
- Tu as suivi une intuition pour sauver un inconnu et au risque de ta propre vie, car tu es recherché à présent. Le danger te guette.
- Je ne regrette rien. Mes parents se sont battus pour une bonne cause. Je sui heureux de suivre leur exemple.
Link sourit.
- C'est cela, le vrai courage. S'il te voyait, ils seraient sûrement très fiers de toi. Tu mérites tout mon respect et toute ma gratitude. Alors, cesse de culpabiliser.
Robin se détendit.
- Vous… Tu dois avoir faim, je vais te chercher à manger.
- Merci.
Robin quitta la salle et Link se mit à réfléchir. Les paroles de Rauru lui revenaient en tête. Grâce à lui, il avait enfin remis le pied dans la réalité, mais il se rendait compte qu'il ne serait peut-être plus capable d'aider Hyrule. Qu'attendait-il exactement de lui ?
Quelques minutes plus tard, Saria arriva avec un plateau de nourriture. Elle apportait également de quoi changer ses bandages.
- Comment vas-tu aujourd'hui ?
- Je me sens mieux ! Merci pour tout ce que vous avez fait.
Saria lui sourit, heureuse de le revoir de nouveau lucide. Elle sentit une vague d'émotion l'envahir et, pour ne pas craquer, se concentra sur la raison de sa présence, le repas du blessé.
- Je t'ai apporté de quoi manger et de quoi te soigner. Tu vas reprendre des forces et, ensuite, tu me laisseras faire. J'ai même amené de quoi te changer. Là-haut, quelqu'un souhaite te voir.
- Malon est arrivée ?
- Oui, Impa est en train de discuter avec Darunia. Ruto n'est pas encore là, mais elle devrait arriver en fin d'après-midi. Ça te laissera l'occasion de passer un peu de temps en famille. D'autant que c'est un jour particulier.
Link regarda la Kokiri sans comprendre.
- C'est l'anniversaire de ta fille. Elle a désormais dix-huit ans et est devenue majeure.
Le Héros du temps ne répondit rien. Il était partagé entre le bonheur de l'anniversaire de la naissance de sa fille et de celui de sa capture. Link regarda ses mains, des taches rouges commençaient à apparaître. Il ferma les yeux pour ne plus les voir et serra les doigts afin de ne pas d'infliger de blessures supplémentaires. Il ne devait garder que les bons moments en tête et profiter de tous les instants heureux. Saria le vit se crisper.
- Link, ça va ?
Il ouvrit les yeux et tenta de la rassurer.
- Excuse-moi. Ce ne sont que des souvenirs qui reviennent. Ça ira.
- Tiens, dit-elle en l'aidant à s'installer. Tu vas manger.
Elle mit le plateau devant lui et s'assit à ses côtés. Link mangea de bon appétit, puis s'installa confortablement pour laisser son amie regarder ses blessures. Elle ôta la plupart des bandages sans les remplacer, sauf celui qui lui enserrait sa taille. La blessure montrait quelques signes d'infection qu'il ne fallait pas prendre à la légère.
- Au début, tu as eu beaucoup de fièvre, elle t'a fragilisé psychologiquement. Tu vas mieux maintenant, mais tu dois te ménager. Je veux que tu me promettes de ne pas trop en faire. Reste avec ta famille, mais si tu as besoin de repos, dis-le. Elles comprendront.
- Ne t'inquiète pas, je serais sage.
- Je suis heureuse de te revoir.
Elle ramassa les déchets et sortit avec le plateau. Peu après son départ, deux personnes entrèrent alors dans la pièce. Deux femmes rousses. Malon et sa fille.
Link se leva et voulut faire quelques pas, mais elles franchirent les quelques mètres qui les séparaient et ils tombèrent dans les bras les uns des autres. Le Héros du temps retrouvait les deux femmes. Il avait cru être, pendant de longues années, responsable de leurs morts. Il les serra fort comme pour se convaincre encore de leur réalité. Les larmes glissaient sur ses joues.
Ils passèrent plusieurs heures ensemble à parler. Link voulait tout savoir de leurs vies et ne se lassaient pas de les regarder toutes les deux. Au bout d'un temps qui lui parut beaucoup trop court, Saria vint imposer une sieste au blessé. Malon et Line l'aidèrent à se coucher et le serrèrent dans leurs bras avant de le laisser seul.
Saria revint le réveiller en début de soirée. Elle était accompagnée par toutes les personnes qu'il avait demandé. Il se redressa et vit que la pièce dans laquelle il avait rencontré Rauru était de nouveau éclairée, comme s'il les attendait.
Il les invita à le suivre. Nabooru était présente, mais Impa restait à ses côtés. La Gerudo avait accepté d'avoir les mains attachées pour rassurer Darunia et Ruto qui se rappelaient l'avoir vue avec Ganondorf. Link ne put s'empêcher d'éprouver de la peine pour elle, mais elle lui adressa d'un signe de tête pour lui dire que tout allait bien. Elle comprenait leur méfiance et l'acceptait.
La Gerudo était rassurée de voir que le Héros du temps semblait aller un peu mieux qu'à son arrivée. Il était toujours aussi pâle, mais son visage montrait un peu plus de sérénité. Il avait au moins accepté sa libération. Le reste viendrait au fur et à mesure.
En voyant le blessé, Ruto avait accouru vers lui pour l'enlacer en pleurant. Depuis, ses larmes n'avaient cessé de couler et elles redoublaient dès que son regard croisait celui de Link. Ce dernier se sentait responsable de la peine de la Zora. Il pensait qu'elle souffrait de le voir comme ça.
Lorsqu'ils furent tous dans la salle, la porte se referma et une voix se fit entendre :
- Je vous souhaite la bienvenue dans ce temple, chers sages.
La plupart des personnes présentes dégainèrent automatiquement, mais ce fut un vieil homme qui apparut.
- N'ayez crainte, je ne vous veux aucun mal. Link pourra vous le dire. Vous devez sans doute vous demander comment il a pu retrouver ses esprits aussi rapidement et pourquoi il a tenu à vous réunir ici ?
- Oui, etpourquoi nous appelez-vous sages ? interrogea Darunia de sa voix rocailleuse.
- Je me nomme Rauru, je suis un des sages chargés de la protection du royaume et vous êtes les autres. Chaque temps du pays a son sage. Je représente le temple du Temps, Siria, celui de la Forêt, Ruto, celui du lac Hylia, Darunia, celui du volcan, Nabboru et celui du désert et Impa, celui de l'esprit. Chacun de vous est lié à son temple.
- C'est bien joli, tout ça, reprit Darunia, mais pourquoi sommes-nous là ?
- Pour sauver notre royaume et vaincre Ganondorf, intervint Link.
- Malgré tout le respect que je te dois, Héros, tu ne sais pas ce qu'est devenu ce pays. Il ne reste plus beaucoup de personnes prêtes à se battre. Tous ont entendu parler de ton exécution, même si elle était fausse, et cela a suffi à en décourager plus d'un.
- Justement, ajouta Rauru, vous aurez besoin de plus que d'une simple armée. Une guerre ne pourra pas régler la situation. Les hommes et les femmes qui suivent Ganondorf ne le font pas de leur plein gré. Je souhaite leur épargner une guerre qui ne fera qu'affaiblir les relations.
- Les Gerudos sont de mèche avec lui. Elles agissent pour leur propre compte.
Nabooru qui n'avait rien dit s'insurgea. Impa, à ses côtés, n'intervint pas.
- Mon peuple souffre autant que les vôtres à cause de lui. Il nous a menti sur ses intentions.
- Vous êtes responsables de la mort de beaucoup de nos frères.
- Il disait que vous ne nous accepteriez jamais. Votre comportement ne fait que lui donner raison.
Rauru leva les mains pour calmer la situation.
- Il s'est passé de nombreuses choses qui n'auraient pas dû se produire. Cependant, vous ne devez pas oublier que nous devons être unis pour vaincre. Les peuples d'Hyrule doivent se réunir pour se protéger les uns les autres.
- Qu'attendez-vous de nous ? demanda Ruto. Nous avons tous souffert plus que de raison. Certains ne devraient plus avoir à se battre.
En disant ces mots, elle ne pouvait détacher ses yeux de Link qui écoutait. Il était pâle. La fatigue et la souffrance se lisaient sur son visage
- Pour commencer, nous devons délivrer une personne sans qui nous ne pourrons rien en tant que sages, l'actuelle princesse du royaume, Zelda.
- Elle est prisonnière dans le château, elle ne sort jamais, déclara Saria. Comment voulez-vous qu'on la sauve ? C'est une chance que Link ait pu être sorti de cet enfer.
- Non, il va très bientôt y avoir une possibilité de la sauver, une et une seule. Ce sera votre unique chance. Chaque année, à une date bien précise, Zelda se rend sur la tombe de Link. Le jour de l'anniversaire de son exécution.
Le Héros du temps se releva, frappé par la révélation. Ainsi, la princesse, son amie, lui rendait un hommage chaque année. Il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il était tellement préoccupé par sa culpabilité qu'il en avait oublié d'imaginer ce que les autres pouvaient ressentir à l'idée de le savoir mort. L'espoir de la revoir et de la détromper sur ce point lui donna envie de se battre plus fort pour retrouver ses forces.
- Elle ne doit pas sortir seule, des gardes doivent l'accompagner et nous ne sommes pas nombreux.
- C'est pourquoi il faudra créer une diversion.
Au même instant, dans la grande salle du trône du château d'Hyrule, une fête battait son plein. Aghanim et Prudence étaient les roi et reine. Ils venaient tous deux d'atteindre leur majorité et Ganondorf s'était fait un plaisir d'annoncer que le jeune homme s'était fiancé à la princesse d'Hyrule, devenant ainsi le futur héritier de la couronne.
Zelda avait senti son cœur se briser quand elle avait vu la réaction de sa fille. Elle était heureuse d'être fiancée à ce jeune homme d'une beauté ténébreuse. Cependant, elle ne connaissait quasiment rien de lui et ses souvenirs remontaient à leur petite enfance quand le garçon n'avait pas encore vendu son âme.
Elle risquait très vite de déchanter et cela torturait son cœur de mère. Mais que pouvait-elle y changer ? Elle n'avait plus aucun pouvoir depuis longtemps. Elle ne pouvait qu'assister impuissante à cette nouvelle horreur.
Assise sur une chaise, elle avait, dans les mains, un verre de vin. Elle le sirotait lorsqu'elle entendit quelqu'un prononcer son prénom. Elle se retourna et ne vit qu'un mur percé d'une ouverture. Elle revint à la fête, mais le même mot résonna, alors elle se pencha à la fenêtre. Une autre voix se fit entendre :
- Ce n'est pas le meilleur moment pour sauter, princesse. D'autant que je préférerais que vous ne le fassiez pas en présence de mes invités.
Zelda ne répondit rien et se redressa, majestueuse.
- Votre fille semble heureuse en ce jour particulier, vous devriez partager son bonheur.
La princesse ne bougea pas plus.
- Je suis venu vous dire que votre dernière mission était accomplie. Si vous désirez vous retirer dans vos appartements, je ne vous retiens pas. Comme convenu, je vous laisserai aller vous recueillir sur la tombe de votre preux chevalier.
Toujours sans dire un mot, Zelda fit la révérence et se retira. Le roi fit signe à une guerrière de l'accompagner. Il ne la laissait jamais parcourir les couloirs du château seule.
Une fois dans sa chambre, elle se mit à la fenêtre. Et la voix se fit de nouveau entendre en prononçant son prénom.
- Qui est là ?
- Zelda, tu dois te rendre seule sur la tombe du Héros. Le temps presse.
- Qui êtes-vous ?
- Tu dois rejoindre les autres sages… pour sauver Hyrule. Tout te sera expliqué.
- Montrez-vous !
- Moins il y aura de gardes et plus facile sera la tâche. Si tu ne t'échappes pas, tu mourras…
La voix se tut. Zelda attendit encore, mais elle n'entendit plus rien. Elle s'assit sur son lit et tenta d'analyser la situation. Ainsi, maintenant qu'elle ne lui était plus utile, Ganondorf avait décidé de se débarrasser d'elle. Oui, cela ne l'étonnait pas. De toute façon, elle ne pouvait plus rien pour aider son peuple, son heure était peut-être venue en fin de compte. Le monde se souviendrait d'elle comme de la princesse qui avait faille à sa mission.
Dans la salle du Temple de la Forêt, la discussion était toujours en cours.
- C'est bien beau tout ça. Mais imaginons, on sauve Zelda et on la ramène. Qu'est-ce que ça va changer pour nous ?
- Nous aurons le pouvoir d'aider la ou les personnes qui décideront de combattre l'ennemi.
- Et qui voulez-vous envoyer ? Link ?
Tous les yeux se portèrent sur le Héros du temps qui avait pâli davantage. Il était livide. La peur l'avait envahi à l'idée de devoir combattre son propre fils, car il était évident que Ganondorf se cacherait derrière lui.
- Non, il faut trouver quelqu'un d'autre, s'interposa Ruto.
- Je suis d'accord, ajouta Impa. Il ne peut pas s'occuper de cette mission.
- D'autres jeunes gens peuvent prendre le relais. Link a une fille et d'après ce que j'ai vu, elle est impétueuse et capable de mener la mission à bien.
Pour la première fois, Link intervint :
- Non, pitié, je viens de la retrouver et elle n'a rien à voir avec ça. Je le ferai.
Il s'était avancé, mais les émotions et la fatigue eurent raison de ses forces et il tomba par terre, à genoux. Ce fut Ruto qui l'aida à se relever.
- Vous voyez bien que ce n'est pas possible.
- Nous réglerons ce point plus tard, dit Rauru, le plus important est de sauver Zelda. Elle sera au petit cimetière désaffecté dans deux jours en début d'après-midi.
- Je ne peux pas rester plus longtemps, je vous laisse en discuter ensemble. Revenez me voir demain soir.
Il disparut et les sages quittèrent la pièce l'un après l'autre. Impa ramena Nabooru là où elle avait été enfermée et Saria sortit quand elle vit Ruto et Link ensemble. La Zora ne semblait pas vouloir le quitter.
Une fois qu'ils furent seuls. Elle ouvrit la bouche pour lui parler, mais aucun son ne sortit. Depuis tout ce temps, elle se culpabilisait d'avoir été l'instrument de sa mort. Elle le revoyait succomber, elle le sentait bouger toutes les nuits. Et maintenant, il était là, bien vivant, mais après être passé par des années d'horreur.
Link, quant à lui, pensait à sa fille qui devrait aller au combat parce que lui était incapable de le faire. Très vite, il s'aperçut qu'il n'était pas seul et vit le tourment dans les yeux de Ruto. Il lui prit les mains et lui demanda de lui parler. Elle éclata en sanglots.
- Je suis désolée. Je ne savais pas que c'était du poison. Je ne te l'aurais pas donné à boire, sinon.
L'image s'imposa alors à lui. Il se revit en train d'avaler le breuvage qu'elle lui avait donné et qui avait simulé son état de mort. Il comprit que la Zora avait dû supporter un énorme poids sur ses épaules. Il n'était décidément pas le seul à se culpabiliser.
- Je ne voulais pas te faire de mal.
- Je le sais. Tu as tenté de me sauver en envoyant Mido et les autres.
Il se rendit compte qu'il n'avait pas pensé à demander de leurs nouvelles. Lorsqu'il s'était évanoui, ils étaient en danger, mais il avait cru comprendre qu'ils s'étaient échappés.
- Ils vont bien, enfin, pas Mido ! Il est parti dans les bois perdus, pour s'isoler. Il ne s'est pas remis de son échec.
Décidément, son absence avait été un calvaire pour beaucoup de ses amis et l'était encore pour certains. Il leva la main et caressa la joue de Ruto.
- Merci d'être là. Je ne pouvais pas être mieux entouré.
Link venait de prendre une résolution : tout faire pour aider ses amis. Si Rauru voulait envoyer son enfant, c'est qu'elle était apte à vaincre. Si la jeune fille désirait agir, il ne l'en empêcherait pas. Après tout, elle était majeure et pouvait prendre ses décisions seule.
