Bonjour bonjour!
Voici le 21ème chapitre de Don't Marry Her ! Merci à tous pour votre soutien, vos reviews, favoris... Je suis un peu à la bourre pour vous répondre mais sachez que vous me faites toujours énormément plaisir!
J'espère que vous aimerez!
Au fait : il reste trois chapitres après celui-ci, on voit le bout du tunnel!
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Chapitre XXI : Lundi 15 septembre 2014
Ce furent trois jours irréels. Magiques.
Trois jours à Londres, trois jours de découvertes, de rires, de sourires, de tendresse. Des nuits passées sur la terrasse de l'hôtel à discuter et contempler la ville, bougies, couvertures et chocolats chauds à portée de main.
Trois jours où Angelo a suivi Andrea dans la City, à s'immiscer dans ses rendez-vous d'affaires dans le rôle de son assistant. L'architecte s'est d'ailleurs bien amusé aux dépens de son pauvre secrétaire amateur qu'il a gentiment fait tourner en bourrique.
Trois jours à le suivre à la découverte de la capitale britannique, cité majestueuse et élégante qu'Angelo s'est pris à apprécier pour les surprises et mille endroits insolites qu'Andrea lui a proposés.
Balades dans Hyde Park, visite de la Tour de Londres, London Eye, shopping à Oxford Street, expédition au British Museum et meetings architecturaux… Trois journées bien remplies et épuisantes qui, pourtant, laissent à Angelo un souvenir merveilleux. Il peine à croire qu'il n'a pas vécu un rêve éveillé tant se retrouver dans une ville inconnue avec l'homme qu'il aime lui a semblé parfait et onirique. Un sentiment de liberté et d'insouciance, de lâcher prise et, finalement, de bonheur, ne l'a jamais quitté pendant cette escapade.
Andrea a pris quelques clichés… Des Polaroïds dont il a confié la moitié à Angelo. Et quand il les regarde, il revit ces moments volés au monde, volés à l'austère Paris qui l'oppresse de sa routine. Pour s'évader, pour sourire, il lui suffit de poser les yeux sur Andrea et lui, relookés de la tête aux pieds par les soins de l'autre, sourire à leurs reflets dans une cabine d'essayage, l'architecte pendu à son bras. Sur le visage épanoui du Suédois qui pose à côté d'Angelo endormi, au petit matin. Sur Andrea qui déguste son café du matin sur le balcon de leur suite, ignorant du photographe amateur qui le prend pour modèle.
Ô sentiment doux amer de nostalgie…
oOo
Samedi 13 septembre 2014.
-Merci pour tout. fait Angelo.
-Un véritable plaisir, Darling. assure Andrea en lui offrant son si magnifique sourire.
Ils sont à l'aéroport. C'est le jour où ils se séparent. Andrea repart pour Stockholm. Dans quelques heures, Angelo reprendra le train qui le ramènera en France.
Entourés de leurs valises respectives, campés devant les portiques de douane, ni l'un ni l'autre ne veut bouger. Andrea n'est pas décidé à les passer, et Angelo n'a aucune envie de l'y encourager. Car cela voudrait dire se séparer du Suédois, et il ne sait quand il le reverra. Il est conscient qu'Andrea n'est pas le genre à rester en place, et que son travail, sa passion, sa raison de vivre, lui permet de voyager en permanence au lieu de vivre une existence ennuyeuse et sédentaire. Il est aussi conscient que ce détail complique sensiblement leur relation. Angelo abuse déjà de sa fonction de patron pour quitter le navire régulièrement ces derniers temps, mais il ne pourra pas continuer ainsi éternellement. Leurs horaires sont incompatibles, alors ils doivent profiter de chaque seconde qu'ils volent à ces problèmes logistiques.
Angelo est coupé dans ses réflexions par une étreinte soudaine. Andrea a enserré sa taille, et enfui son visage dans son torse. L'Italien est un peu déstabilisé. Démontrer son affection n'est pas son fort, mais il fait de son mieux. Il dépose un baiser sur le sommet de la tête de son amant, lui caresse les cheveux, et l'attire plus près de lui à l'aide de son autre bras.
-Je t'aime, Angie. On se voit bientôt.
-J'y compte bien!
-Je t'appelle dès que je serai chez moi, à Stockholm.
Andrea lui sourit à nouveau. Il l'embrasse furtivement sur les lèvres, avant de s'écarter avec un soupir de résignation, d'empoigner son bagage à main et de se diriger vers les portiques avec un regard contrit vers l'arrière, vers Angelo. Ce dernier lui adresse un dernier signe de la main. Quand l'architecte est hors de vue, c'est au tour du cuisinier de soupirer et de se détourner, avant de quitter l'aéroport pour entamer son propre voyage de retour.
oOo
Kanon soupire lorsqu'il pose les yeux sur Angelo, prostré dans le canapé, qui le renvoie à des situations similaires survenues au cours des derniers mois. L'Italien est apathique, torturé par les mêmes pensées qui lui reviennent encore et encore, sans relâche. Il n'a pas quitté le canapé depuis le matin, et n'a pas mangé non plus. Sur la table basse du salon, son maudit téléphone portable qui ne sonne pas, qui reste consciencieusement immobile et muet.
Angelo a replongé. Il avait pourtant des étoiles dans les yeux, samedi soir, à son retour de Londres. Il n'a pas raconté énormément de son séjour, mais Kanon a bien compris que ç'avait été merveilleux et que son meilleur ami était absolument enchanté et sous le charme. Seulement son humeur s'est dégradée le dimanche. Les maîtres de maison ont tiré la conclusion qu'une fois encore, il n'a pas eu de nouvelles de son architecte et que ça le mine. Aujourd'hui lundi, Angelo est à la fois entré dans une colère noire et dans un désespoir abyssal.
Kanon laisse échapper un autre soupir désespéré alors qu'il regarde la scène figée qui se joue sur son canapé. De l'autre côté de la pièce, Rhadamanthe a l'air tout aussi agacé par l'état de leur ami. Il boit un verre de Scotch, les yeux fixés sur le corps immobile sur le sofa, et il semble déguster son alcool favori machinalement, l'esprit ailleurs –en l'occurrence préoccupé par leur pensionnaire.
Pensionnaire qui est absorbé par l'écran résolument noir de son téléphone qui trône devant lui.
Du moins, jusqu'à ce que Rhadamanthe ne s'approche silencieusement de l'endroit critique et ne le dérobe.
Cet acte a beau être bas et traître, il a au moins le mérite de sortir Angelo de sa torpeur. Et de son désespoir, au moins momentanément. Pour laisser éclater la colère.
-Rends-moi ça! exige-t-il.
-On ne t'a jamais appris à dire s'il te plaît?
-Rends-le-moi, bordel!
-Oh, des grossièretés maintenant? Attention, je ne loge chez moi que des gentlemen, je te rappelle.
Tout en conversant avec sa nonchalance et son flegme habituels, Rhadamanthe maintient l'appareil infernal hors de portée d'Angelo, qui ne retient pas ses insultes.
-Donne-moi ça, Rhadamanthe!
-Pas avant que tu nous aies expliqué ce qui ne va pas.
-Tout va très bien! Rends-moi mon téléphone, stronzo!
-La bave du crapaud n'atteint pas la blanche…
Rhadamanthe est stoppé dans son proverbe par un poing qui manque de s'abattre sur lui, qu'il esquive en se baissant. L'Anglais n'est pas du genre à se mettre en colère, du moins, ça ne lui arrive pas souvent. Généralement, il préfère répliquer avec cynisme plutôt que de gaspiller son énergie en cris, coups et sautes d'humeur.
Mais là, c'est un peu trop. Angelo a essayé de le frapper? Il veut extérioriser sa frustration sur lui? Oh, mais il ne se laissera pas faire…
Fermement campé sur ses pieds, le téléphone presque broyé dans une main, il s'apprête à répliquer physiquement, lui aussi.
C'est sans compter sur Kanon qui a bondi, lui aussi mis en colère de voir ses ami et amant en venir aux mains, et qui a bloqué le poing de Rhadamanthe tout en s'interposant entre les deux hommes.
-Hé, ça suffit! s'époumone-t-il en dardant un regard noir sur les fautifs. Ca vaut vraiment la peine de se disputer? Quel âge vous avez, sérieusement? Depuis quand je suis celui qui réagit le plus en adulte, ici?
Son éclat de voix fait l'effet d'une douche froide à Rhadamanthe et Angelo. Fidèle à lui-même, le premier endosse à nouveau sa façade de marbre mais roule des yeux, tandis que le deuxième baisse la tête et semble subitement fortement intéressé par les nœuds du parquet, à ses pieds.
Kanon reprend:
-Angelo, nous ne sommes pas aveugles, tu le sais très bien. On voit bien qu'il se passe quelque chose, que tu souffres, et que tu ne nous le dis pas, que tu ne veux pas nous le dire. Tu ne peux pas continuer comme ça. J'exige des explications. Pas pour assouvir une curiosité malsaine, mais parce qu'on est tes amis, et qu'on est là pour ça. Pour t'aider, te soutenir, trouver des solutions ensemble. Mais on ne peut pas le faire si tu ne nous dis pas ce que tu as sur le cœur. Alors on va rester calme, vous allez poser vos fesses dans le canapé, je vais faire du thé, et tu vas nous expliquer calmement, ok?
Angelo relève les yeux vers Kanon. Il a un mince sourire, qui contraste avec la tristesse dans ses yeux.
-Ok. Mais, Kanon… S'il te plaît. Tout sauf du thé.
Avec un large sourire, le Grec disparaît à la cuisine.
Les deux autres, calmés, se retrouvent seuls dans l'entrée de l'appartement.
-Je suis désolé, Rhada. J'aurais pas dû t'insulter. Ni essayer de te frapper.
–Oh, ne t'excuse pas, Angie. Je trouvais que cet appartement manquait d'animation, ces derniers jours.
Ils s'asseyent dans le salon. Angelo enfouit son visage dans ses mains, tente de remettre de l'ordre dans ses idées. Rhadamanthe, en face de lui, le couve d'un regard inquiet. Il a cru, comme Kanon, comme tout le monde, que cette fois était la bonne et qu'Angelo serait heureux avec son architecte, après les étoiles dans les yeux, les rendez-vous, les voyages. Il ne s'attendait pas à le retrouver presqu'aussi abattu qu'après sa dernière rupture.
Kanon revient de la cuisine avec trois tasses. Une remplie de café et surmonté de crème fraîche –Kanon est un fervent défenseur des vertus réconfortantes de la chantilly– pour Angelo, une de thé très sucré pour lui, et une de thé tout ce qu'il y a de plus British pour Rhadamanthe. Il dépose son chargement sur la table basse et s'installe aux côtés de son compagnon.
-On t'écoute. encourage-t-il Angelo.
Celui-ci prend le temps de savourer une cuillère de chantilly avant de commencer.
-Hé bien… Londres, c'était… C'était parfait. Je manque de mots, mais… Me retrouver avec lui, là-bas… On pouvait faire n'importe quoi sans que je me lasse de lui, j'ai encore découvert des facettes de lui, et… Enfin, je suis amoureux, voilà. Et quand on s'est quitté, il repartait pour Stockholm, et il m'a promis de m'appeler quand il serait rentré chez lui, là-bas. Seulement j'ai pas eu de nouvelles. Pas un message, pas un appel depuis samedi. Je trouve ça… Inquiétant. Je me suis posé des questions. Je me suis inquiété, peut-être qu'il a eu des problèmes pour rentrer chez lui? Il n'a pas répondu à mes messages, ni à mes appels. Je me suis dit qu'il avait peut-être été plus occupé que prévu, alors j'ai arrêté, et j'attends… Mais rien. Depuis trois jours, alors qu'il m'avait promis… Alors j'ai peur. Est-ce que… Maintenant qu'il a eu ce qu'il voulait, il va me laisser tomber et ne jamais reprendre contact? Après ces mois d'acharnement… Je ne sais plus quoi penser.
Angelo est déçu, plus qu'il n'arrivera jamais à le formuler. Ses espoirs se brisent un peu plus à chaque minute qui passe sans amener de nouvelles du Suédois, à chaque minute qui voit les sombres pensées prendre le dessus sur les souvenirs brillants d'acharnement, de tendresse, d'amour désintéressé.
Après ces mois de cache-cache, il a cru que… Il a cru que c'était le bon, voilà.
Et il veut croire en Andrea, il veut lui faire confiance, mais… Comment ne pas penser qu'Andrea, Casanova s'il en est, s'en est allé après avoir enfin obtenu d'Angelo ce qu'il voulait? Comment ne pas penser qu'Andrea installe le silence justement après leurs ébats? Comment ne pas en arriver à la conclusion que l'architecte n'attendait de lui que du sexe, et qu'à présent qu'il l'a eu, il a pris le large?
Kanon et Rhadamanthe l'ont écouté. Ni l'un ni l'autre ne savent quoi lui dire. Qu'est-ce qui pourrait le soulager, de toute façon, hormis des nouvelles d'Andrea? Dans ses explications, les larmes ont coulé sur le visage d'Angelo. Il les chasse du revers de la main, termine son café et se lève.
-Je vais bosser. annonce-t-il.
Kanon acquiesce. Retenir Angelo aurait été inutile. Une fois l'Italien sorti, il échange un regard consterné avec son compagnon.
oOo
Andrea peine à contenir sa colère. Il se retient difficilement de ne pas frapper le technicien qu'il a en face de lui, et qui essaie de lui refiler depuis une heure un téléphone plutôt que d'accepter de réparer le sien.
Les yeux de l'architecte lancent des éclairs et son interlocuteur bat en retraite au son menaçant de la voix d'Andrea, qui s'exprime dans un suédois parfait, clair, mais impérieux et sensiblement agacé. Il n'a pas besoin d'un portable plus performant que le sien, merci bien. Il a simplement besoin du sien, justement. Son outil de travail le plus précieux, contenant tous les numéros de ses clients, associés, collègues, partenaires de projets, amis et relations, mais aussi des messages échangés livrant des informations essentielles. Et puis, il doit récupérer ce portable, pour appeler Angelo. Il n'ose pas imaginer l'état dans lequel l'Italien doit être. Il n'ose pas imaginer combien il doit lui en vouloir. Il n'ose pas imaginer ce qu'Angelo est en train de penser de lui. Ca le tue, car il sait très bien ce que sa conduite pourrait laisser croire. D'autant qu'Andrea n'a jamais été l'homme le plus attaché à la morale, qu'Angelo le sait, et que ça joue en sa défaveur.
L'architecte est mort d'inquiétude, et il aimerait vraiment se rassurer. Ce qui implique de terminer les pourparlers avec le technicien censé réparer son téléphone.
-Je vous offre le double de ce que vous me demandez, mais réparez ce putain de téléphone! exige-t-il comme un ultimatum.
-C'est impossible, Monsieur! Cet appareil est irrécupérable. Sinistre total. Sauf votre carte mémoire.
Sur le comptoir, il fait glisser le petit objet vers son propriétaire, qui s'en saisit avec rage.
Au moins, une partie de ses contacts est sauvée.
Mais pas la plus importante.
Le numéro d'Angelo était enregistré sur le téléphone sinistré.
oOo
Samedi 13 septembre 2014.
Andrea a atterri à Stockholm, mais n'est pas encore descendu de son petit nuage en sucre tout rose sur lequel Angelo l'a emmené en l'honorant de sa présence à Londres, à ses côtés, pendant trois jours qui ont facilement été les meilleurs, de mémoire de Riddaren.
Dans le taxi qui l'a déposé chez lui, il s'est pris à sourire comme un idiot en regardant le paysage défiler derrière la vitre, paysage qu'il ne voyait pas puisqu'il était occupé à revivre chaque détail de son séjour à Londres.
Arrivé dans son appartement, resté inhabité pendant un petit temps, Andrea vérifie l'heure. Angelo est encore dans le train, à n'en pas douter. Il allume la radio, sifflote avec la musique en défaisant ses bagages et en redécouvrant son domicile.
Une fois que tout est en ordre, il se dirige avec le sourire vers la salle d'eau et entreprend de se faire couler un bain. Barboter dans la mousse a toujours eu le don de dénouer ses articulations tendues par le voyage et les transports inconfortables. Certes, voyager en première classe à ses avantages, mais il a quand même le dos fragile.
Il plonge dans l'eau agréablement chaude et attrape son téléphone portable, abandonné dans la poche de son jean, pour le poser sur le bord de la baignoire. Avec un peu de chance, Angelo sera sorti du tunnel sous la Manche et aura suffisamment de réseau pour répondre à son appel. Quant à Andrea, il profitera de cet instant béni de détente pour entendre la voix profonde, grave et irrésistible de son amant.
Avant de mettre en action ce plaisant dessein, il laisse sa tête reposer dans le petit coussin prévu à cet effet. Juste un instant, du moins le pense-t-il. Mais l'eau chaude, la mousse, la sensation de bien-être qui l'habitent ont raison de lui, et il s'endort, son portable en main.
oOo
Andrea est réveillé en sursaut par un inquiétant bruit d'eau.
"Non…" pense-t-il.
Il n'a quand même pas… Il s'était endormi? L'eau est froide. La mousse a disparu. Et son portable est tombé dans la baignoire.
Dans un réflexe inutile, il sort l'objet de l'eau et l'essuie frénétiquement à l'aide d'une serviette. Il n'a qu'une pensée. Appeler Angelo. Il aurait dû le faire avant.
Il sort de la baignoire, enfile un caleçon, et en revient à l'appareil. Il l'ouvre, enlève la batterie, essaie d'enlever toute trace d'eau à l'aide du sèche-cheveux. Rien à faire. Le téléphone ne s'allume plus.
L'architecte se passe une main sur le visage. Il est 18 heures. Un samedi soir. Le temps qu'il se mette en route, tous les magasins seront fermés. Le lendemain, dimanche, rien ne sera ouvert. Il devra attendre lundi pour trouver un technicien qui lui réparera son téléphone. En attendant, il ne peut pas appeler Angelo. Son numéro se trouve seulement sur la mémoire de l'appareil. S'il ne parvient plus à l'allumer, il n'a pas le numéro.
–Merde! laisse-t-il échapper tout haut.
oOo
Le lundi ne lui a pas apporté de bonnes nouvelles. A nouveau, il se retrouve dans son appartement, seul. Mais il a coupé la radio, il garde le silence. Dans sa main, sa carte mémoire. Sur le canapé, le nouveau téléphone qu'il a été obligé d'acheter, puisqu'il n'a pas de téléphone fixe –question pratique: son appartement lui sert seulement de résidence à temps partiel, et un fixe ne lui servirait à rien.
Il maudit la logistique, il maudit la technologie. Oui, elle lui a permis de réaliser de grandes choses, mais, franchement… Quelles conneries. Il ne se reposera plus exclusivement là-dessus, désormais. Heureusement, il possède toutes les données de ses clients et de ses relations professionnelles sur papier, dans des dossiers effrayants, mais concernant Angelo…
Il est désemparé. Il ne sait pas quoi faire. L'idée qu'Angelo puisse lui en vouloir, pire, qu'il lui en veuille très certainement, le rend malade, et triste, et l'empêche de réfléchir correctement.
Comment joindre Angelo sans son numéro? Essayer sur son lieu de travail, peut-être?
D'un geste vif, Andrea attrape son ordinateur et arrive sur le site d'Il Maschera. Il n'y a que le numéro du restaurant, mais peut-être qu'Angelo y sera déjà.
Il compose le numéro, et attend. On ne décroche pas. La ligne est occupée.
Avec un juron, il raccroche.
Retour au point de départ…
Machinalement, il consulte son agenda. Peut-être y a-t-il inscrit le numéro d'Angelo, et l'a oublié. Il reprend sa lecture au mois de mars, à sa première rencontre avec l'Italien. Rien. Il passe en revue la page du jour où il est allé manger à Il Maschera avec Shura, par plaisanterie et par curiosité. Il sourit à ce souvenir. Il a toujours trouvé Angelo très séduisant dans son smoking de patron.
Il survole les semaines qui ont suivi, et il sourit quand il pose les yeux sur la date entourée de rouge de l'anniversaire d'Angelo, le 24 juin. La veille, il avait assisté à la soirée d'anniversaire que ses amis avaient organisée à Il Maschera. Une soirée qui avait porté ses fruits, d'ailleurs.
Il soupire. Tout ça s'était passé au cours de son dernier long séjour à Paris, qu'il avait programmé tout spécialement pour l'inauguration de la galerie de Kanon Gemini…
Kanon Gemini?
Oh Andy, ce que tu es con quand tu veux.
Kanon. Il n'y a pas pensé plus tôt. Kanon est un client, à la base, devenu ami, en quelque sorte. Mais un client. Donc son numéro est dans son dossier. Il lui suffit de le contacter pour lui demander le numéro d'Angelo, ou mieux encore, pour parler à Angelo puisqu'il vit actuellement chez son ami.
Son enthousiasme remonte en flèche et il se précipite sur l'étagère, dans son bureau, où il range les dossiers de tous ses clients. Il trouve facilement celui de Kanon et compose immédiatement son numéro.
oOo
Rhadamanthe et Kanon ont invité Milo et Gabriel à venir dîner avec eux. Oh, rien de très pompeux. Une soirée pizza autour d'un thème: Angelo. Et sa vie sentimentale apparemment désastreuse et maudite. L'hôte note mentalement de descendre les cartons de pizza avant le retour de l'Italien, qui les tuerait probablement s'il venait à apprendre que ses amis ont osé trahir la mère patrie et vendre leur âme au Diable –lire : à la pizzeria.
-Depuis le début, je maintiens que cet architecte n'était pas une bonne idée! objecte Milo.
-Tu crois vraiment qu'il y a réfléchi? demande Gabriel.
–Je suis d'accord. approuve Rhadamanthe. "Les sentiments ne se commandent pas" et toutes ces conneries.
Kanon n'a pas le temps d'intervenir. Une musique ridicule résonne et il attrape son téléphone échoué sur le buffet pour répondre.
-Kanon Gemini.
-Salut, Kanon. C'est Andrea.
Kanon reste muet un instant, la bouche ouverte.
-Andrea… Andrea Riddaren?
-Oui. Désolé de te déranger, et de passer par toi, mais… Est-ce qu'Angelo est là?
-Tu crois vraiment que je vais faire comme si de rien n'était et te le passer? T'es gonflé, Andrea! Tu ne manques pas de culot! Tu sais dans quel état tu l'as mis, notre Angie? Hein? Non, tu sais pas? Je vais te le dire. Et m'interromps pas, putain! Monsieur ne mange presque plus, ne parle pas, manque de tabasser mon mec dans mon appartement, enfin bref, il est plus lui-même et tu sais pourquoi? Parce que tu le rends fou, connard! Tais-toi. Tu joues avec lui sans aucun scrupule et tu te rends même pas compte à quel point tu le fais souffrir. Oh, je m'attends pas à ce que tu regrettes et t'excuses à genoux, non, mais bordel, choisis une bonne fois pour toutes entre construire Angelo, lui foutre des étoiles dans les yeux, et le détruire trois jours plus tard, parce que c'est juste plus possible! C'est plus tenable! Tu crois quoi, que je vais te laisser faire, regarder mon meilleur ami souffrir à cause des manœuvres sournoises d'un enfoiré qui se laisse désirer? Non, j'en peux plus, Andrea. J'en peux plus. J'y tiens, moi, à Angelo. Je veux pas le voir comme je l'ai vu aujourd'hui. Je veux plus jamais le voir comme ça. C'est trop, tu comprends? Je peux plus. Alors si le voir heureux implique de t'effacer de sa vie, je le ferai moi-même, même s'il devait me détester après ça pour le restant de ses jours. Alors non, je lui passerai pas le téléphone.
Tout au long de la tirade de Kanon, Andrea a essayé de l'interrompre, de lui expliquer. Kanon n'a rien voulu entendre. L'architecte, lui, n'a que trop bien entendu. Angelo a cru qu'il n'en avait rien à foutre de lui. Angelo doute, encore une fois. Angelo le déteste, encore une fois.
-Kanon… S'il te plaît. Je ne voulais pas… J'ai eu un problème avec mon téléphone…
-Mais oui, bien sûr! C'est pas si facile, la vie, Andrea!
-Kanon, s'il te plaît! J'ai inondé mon portable. Je sais très bien que j'aurais dû appeler plus tôt. J'aurais voulu. Mais je n'ai pas pu, parce que j'ai foutu mon téléphone en l'air. Et ça m'a rendu malade, tu sais. Imaginer dans quel état il est. Je sais très bien qu'il est fragilisé, et que tu es en droit de croire que je suis un vrai connard parce que je fous toujours tout en l'air, parce que je suis toujours en train de tout gâcher. Je sais tout ça. Mais j'ai besoin de m'expliquer avec lui. D'entendre sa voix, de lui dire que je l'aime. Parce que c'est vrai, Kanon, je l'aime. Si tu penses que lui ne m'aime pas, qu'il me déteste, alors, parfait. J'arrêterai de gaspiller son temps, et le tien, je raccrocherai et il n'entendra plus jamais parler de moi. Mais s'il te reste un doute, si tu penses qu'il m'aime, passe-le-moi, et je te promets de ne plus jamais le faire souffrir. C'est mon objectif. Je veux le voir heureux. Parce que moi aussi, je l'aime, Kanon.
Kanon ne sait de nouveau quoi dire. Même malgré sa mauvaise foi caractéristique, le Grec est forcé de reconnaître qu'Andrea semble sincère.
-… Navré, mais il n'est pas ici.
-Quoi? C'est une blague...?
-Non. Il est parti bosser.
-Bon, je l'appelle tout de suite! Mais… J'ai perdu son numéro, avec mon défunt portable.
-Je te l'envoie. assure Kanon.
oOo
Angelo sent son portable vibrer dans sa poche et s'isole aussitôt. Il ne reconnaît pas le numéro. Il soupire. C'est la première fois qu'on l'appelle en trois jours, et ce n'est même pas la personne qu'il souhaite le plus entendre…
-Allô?
-Angie!
-An… Andrea?
-Angie, je suis tellement désolé! J'ai eu un problème avec mon portable, il est tombé dans la baignoire et, bref, inutilisable, et je n'ai pas pu te joindre avant aujourd'hui. Pardonne-moi, je t'en prie… Je sais ce que tu penses, et tu peux le penser, parce que je suis un imbécile… Mais s'il te plaît, ne pense pas que c'est vrai. La seule vérité, c'est que je t'aime, Angelo. Et tu es probablement la seule personne avec qui j'ai jamais été honnête à propos de mes sentiments, alors ne prends pas cet aveu à la légère.
Instantanément, un sourire réapparaît sur le visage d'Angelo. Il ne sait pas quoi répondre à cette déclaration, mais il est ravi de l'entendre. Oh oui, ravi…
-Andrea?
-Oui?
-Merci…
-De?
-D'avoir rappelé.
-Je reviens à Paris dans quinze jours. Pour plus longtemps.
-Je t'attendrai.
-Tu me manques, Angelo…
-Les quinze jours d'attente seront longs pour moi aussi.
-On se voit vite. promet Andrea.
-Oui. Je suis désolé, j'adorerais rester au téléphone, mais je travaille, et…
-Ah, oui, ce que je suis stupide! Désolé…
-Ne le sois pas. Je t'aime.
Et il raccroche.
Son sourire ne le quitte plus de toute la soirée.
Traductions
Stronzo : connard (italien)
Darling : chéri (anglais)
Merci de votre lecture! Je vous dis à dans un mois, car le chapitre 22 est déjà écrit!
A bientôt~
