Voila la suite :)
Chapitre 21 : A cœur ouvert
Barbara Works décrocha le combiné et se figea en se rendant compte qu'encore une fois, c'était quelqu'un d'anonyme qui ne disait rien. Cela faisait plusieurs jours que ça durait et elle n'entendait rien si ce n'est une respiration comme si la personne essayait de rassembler son courage, mais juste après ça raccrochait.
De l'autre côté du fil, Tiana raccrocha avec un soupir. Chaque jour, elle se disait que cette fois ci, elle dirait quelque chose, mais elle n'y parvenait pas. Mais elle réessayait toujours. Aria la félicitait en lui disant que c'était mieux que rien, mais elle n'en était pas satisfaite. Elle n'était pas assez forte pour leur parler…
Célia allait partir à l'école et lui jeta un regard de compassion. Elle ne pouvait imaginer quelle douleur c'était, mais Tiana se levait toujours en même temps qu'elle pour essayer d'appeler ceux qui l'avaient élevée. Et se recouchait ensuite. Mais elle semblait en avoir décidé autrement aujourd'hui. Une fois la petite partie à l'école, Tiana alla vers le jardin. C'était encore une belle journée qui commençait. Elle avait décidé d'entretenir ce jardin pour s'occuper. Même si les médicaments la calmaient, elle avait l'impression de devenir folle à ne rien faire. Elle retourna la terre et planta des graines de fleurs qu'elle avait vu traîner dans le garage. Elle ne s'y connaissait pas mais cela semblait lui venir naturellement.
Elle ne vit pas la matinée passer et semblait totalement ailleurs et apaisée. Le soleil tapait mais ça ne la dérangeait pas. Fière de son œuvre, elle se mit assise sur l'herbe et fixa le ciel se demandant si ce qu'Aria avait dit quelques jours auparavant était vrai. Est-ce qu'Eliott était fier d'elle ?
- Woh, on dirait que tu as trouvé de quoi t'occuper !
Tiana sursauta et s'étonna de voir Haymitch déjà levé, il ne devait pas être si tard quand même ? Elle sourit parce qu'elle se rendait compte que malgré son air replié sur lui-même, il passait les voir presque tous les jours.
- Vous êtes déjà debout ?
- Comment ça, déjà ? Il est plus de midi, Tiana !
- Oh. Je ne m'en étais pas rendu compte.
- C'est bien que tu trouves quelque chose à faire.
- En fait, je ne me rappelle pas beaucoup de ma mère. Je n'avais que trois ans quand mes parents sont morts. Mais elle avait la main verte. Alors je voulais me rapprocher un peu d'elle.
Haymitch posa la main sur son épaule quand elle se redressa.
- Je m'inquiète pour Aria. Moi avec mes médicaments, ça va. Enfin ça va mieux. Je n'irais jamais totalement bien. Mais elle…Elle voit Doug partout. Et je suppose que c'est normal. Mais ça m'inquiète.
- Vous vous êtes vraiment bien trouvées toutes les deux. Ne t'inquiète pas, je vais tâcher de trouver une solution.
Haymitch ne lui dit pas ce qu'il s'était passé ce matin. Finnick avait appelé.
Quelques jours après l'enterrement d'Annie, Finnick ressentit le besoin de parler à quelqu'un. Il parlait souvent avec Haymitch au téléphone. Parce que c'était l'un des seuls à savoir ce qu'il faisait exactement quand il se trouvait au capitole. Tout comme lui-même savait exactement ce qui s'était passé pour la petite amie et la famille de l'ivrogne. Ces choses-là se savaient entre vainqueurs, mais eux avaient su ne partager ce secret qu'avec une personne. Le jeune homme attendit qu'il soit près de midi pour ne pas déranger son ami. Il dut attendre plusieurs sonneries et fut sûr d'avoir réveillé Haymitch.
- C'est pourquoi ? Demanda la voix fatiguée du mentor.
- C'est Finnick.
- Oh, salut.
Aucun ne demanda si ça allait. Quand on était vainqueur, la vie n'était pas rose.
- J'avais besoin de parler alors j'ai pensé que je pouvais t'appeler. J'ai essayé de pas appeler tard.
- Pas de souci, Finnick. Tu arrives à…Surmonter ?
- C'est dur. Mais je me dis qu'il n'y avait pas de pluie pour une bonne raison le jour où je lui ai dit adieu pour de bon.
- C'est drôle, Tiana a dit presque la même chose. Elle a dit qu'il ne pouvait pas pleuvoir le jour où on enterrait deux rayons de soleil.
Finnick se mit à repenser à la surprise qui avait été la sienne quand il avait vu sur son écran que la rouquine ne descendait pas au dix, mais qu'elle descendait au douze avec Aria et Haymitch. Un élan de joie l'avait saisi parce qu'il savait qu'elle était seule dans son district alors ça le rassurait.
- En parlant d'elle, comment ça se passe pour les filles ?
- Ca va mieux depuis que Tiana est sous médicaments. Et grâce à ta corde. Elle l'a retrouvée dans sa valise et ne la quitte plus.
Finnick sourit à l'autre bout du fil, les yeux un peu pétillants.
- Je savais que je faisais une bonne chose en la lui donnant.
- Elles nous ont rendu fou avant qu'elle n'ait ses médicaments.
- Nous ? Releva Finnick.
Haymitch eut un petit rire.
- Je ne peux pas m'empêcher d'aller les voir régulièrement.
- C'est une bonne chose. Vous tenez le coup tous ensembles et la compagnie doit te faire du bien, ricana le jeune homme.
Haymitch grimaça, ce que ne put voir Finnick.
- Elles se sont mis en tête de garder ma maison propre.
- Mon dieu, ce doit être tellement horrible ! Se moqua encore Finnick.
Haymitch grogna et Finnick reprit son sérieux.
- Et pour la tournée de la victoire, tu crois que ça ira ?
- Elles seront deux, si c'est ce que tu veux savoir. Elles ne peuvent pas se passer l'une de l'autre.
- Les sœurs jumelles survivantes comme les surnomme le capitole. Ca leur va plutôt bien, je trouve. Mais je pense que ça va être compliqué dans le district dix…
- Pour tout dire, je n'en parle pas avec elles. Elles ont encore le temps d'y penser. Mais le onze et le tien seront aussi durs à gérer. Je sais d'avance qu'il faudra garder l'œil sur Tiana pour ne pas qu'elle se réfugie trop dans les médicaments.
- Je serai là pour vous soutenir au quatre.
- Tu as l'air attaché à Tiana.
- Annie voudrait que je prenne soin d'elle. Et je suis un des seuls à la comprendre. Avec Aria et toi bien sûr. Et c'est normal qu'on se soutienne entre vainqueurs.
- Et elle aussi elle te comprend.
- Toi aussi tu nous comprends.
- Je ne veux pas parler de ça. C'était totalement différent. Claqua sèchement Haymitch. Je n'ai rien vu, moi. Toi, tu as tout vu en direct. Tiana, a assisté à la mort de son petit ami pour la sauver. C'est différent.
Finnick n'insista pas. Haymitch détestait en parler, ce n'était pas nouveau.
- Veille bien sur elles, d'accord ?
- C'est ce que je fais déjà.
Les deux avaient fini par raccrocher, un peu apaisés, mais toujours tourmentés quand même.
- Il parait que tu as passé ta matinée à jardiner ? Demanda Aria.
- Apparemment je suis douée pour ça. Sourit la rouquine. Ca fait du bien de s'occuper, il faudrait que tu trouves aussi quelque chose.
Aria s'assombrit et Tiana n'insista pas. Mais elle comprit que Doug continuait de lui apparaître. Elles n'en parlaient pas bien sûr, elles évitaient certains sujets mais la rouquine depuis qu'elle s'habituait aux médicaments arrivait à observer et à remarquer les choses.
- Tu as encore essayé ?
- Et j'ai encore raccroché sans rien dire, avoua la jeune fille, les épaules basses. Ils vont finir par croire que quelqu'un les harcèle.
Elles rirent toutes les deux.
- Un jour tu y arriveras, je ne m'inquiète pas pour ça. Tout comme tu finiras par retourner cette photo.
Tiana approuva en silence. Elle l'espérait de tout son cœur.
- Je me demande quelles fleurs tu vas nous faire pousser, dit la blonde pour changer de sujet.
- On verra bien. En plus il fait beau, alors je voulais en profiter.
- Je suis sûr que tu nous feras pousser des merveilles, intervint Glen en souriant. Ils ont mis ces graines dans le garage quand on a reçu la maison. Je suppose que c'est pour vous occuper après…Après ce que vous avez vécu.
- Je pense la même chose, admit Tiana en souriant. Ca m'a libéré et ça m'a fait penser à autre chose.
Glen sourit encore. Il était heureux que Tiana trouve quelque chose pour avancer. Elle continuait de temps en temps à angoisser mais arrivait à surmonter la crise plus facilement désormais, même s'il lui fallait toujours la présence de l'un d'entre eux pour y parvenir. La solitude était de toute façon sa pire ennemie, tout le monde le savait.
- Et puis, c'est aussi pour vous remercier de m'avoir accueillie ici tous les trois. Je voulais être utile et faire quelque chose pour vous.
- Tu n'as pas besoin de nous remercier. Nous sommes ta famille maintenant.
Tiana sourit encore. C'était vrai. Glen agissait comme un père pour elle et elle lui en était reconnaissante même si elle n'arrivait pas à mettre de mots dessus. Tout comme sa mère, elle n'avait que peu de souvenirs de son père. Si ce n'est qu'il était affectueux et qu'elle était sa petite princesse. Quand elle pensait à son père, le visage du père d'Eliott apparaissait dans son esprit. Il était un peu sévère, mais juste. Elle se rappelait que lorsqu'Eliott et elle faisaient des bêtises, il les grondait mais perdait vite son sérieux et finissait par en rire avec eux. A ses yeux, Glen était un mélange des deux pères qu'elle avait connu. Elle s'était promis de le lui dire un jour. Quand elle serait prête. Les Grant faisaient tellement pour eux. Aria rejoignit Célia a mi chemin dans le village des vainqueurs alors que la petite rentrait de l'école.
- Est-ce que le mariage, c'est beau ? Demanda brusquement Tiana à Glen qui la regarda avec surprise en se demandant le pourquoi d'une telle question.
- Oui, bien sûr, quand on trouve l'amour de sa vie, c'est une merveilleuse aventure.
Evidemment, il ne put que penser à Rose.
- Eliott et moi, on avait pour projet de se marier quand on serait libres de ne plus être tirés au sort. Dit Tiana avec un air vague.
Lorsqu'elle parlait d'Eliott c'était toujours avec Glen.
- Je ne sais pas si ses parents étaient au courant mais il m'avait demandé de l'épouser quand on s'est mis ensembles, à nos dix-sept ans. On s'était dit qu'on pourrait fonder notre propre famille quand on serait tranquilles.
Glen posa la main sur son épaule, ressentant une tristesse infinie envers elle.
- Il m'avait même offert une bague que j'avais cachée dans mes affaires. C'était notre secret à nous et j'adorais imaginer ma vie avec lui. Je n'ai pas osé fouiller la valise pour voir si la bague s'y trouvait.
- Quand tu seras prête, tu le feras. Comme pour le reste. Vous avez eu la chance de partager un amour unique et formidable. Un jour, peut-être que tu vivras à nouveau une histoire similaire. Mais ce que je peux te dire, Tiana, c'est que tu as égayé la vie de ce jeune homme. Et même si les images de sa mort te hanteront, il est mort pour te sauver. Il est mort heureux d'avoir pu faire tout ce qu'il pouvait pour toi.
- Quand il a fermé les yeux, il souriait, murmura-t-elle en reniflant.
Elle était capable de parler de lui mais pas encore de ne pas pleurer sur de tels souvenirs. Elle regarda ailleurs, soulagée d'avoir pu se libérer du poids qui pesait sur ses épaules. Elle avait besoin d'en parler.
Durant toute leur conversation, Haymitch qui se trouvait dans la cuisine afin de parler à Aria et de ses hallucinations quand elle reviendrait avec Célia, s'était figé et avait gardé un silence respectueux. Côtoyer les filles lui rappelait de douloureux souvenirs, mais dans un même temps lui faisait du bien. Célia et Aria rentrèrent, Glen et Tiana firent comme si rien de cette conversation n'avait eu lieu et Haymitch fut une fois de plus invité à manger avec eux. Il parlerait à Aria ensuite.
Haymitch amena Aria chez lui pour l'après-midi. La blonde se sentait nerveuse car il avait eu un regard sérieux qui dénotait de son côté foufou. Il avait forcément un truc important à lui dire et cela la stressa. Elle avait peur qu'il lui annonce que Snow était revenu sur sa décision vis à vis de Tiana.
Une fois tous les deux assis dans le salon avec un verre de bourbon et un de jus d'orange, le blond se racla la gorge.
- Ecoute Aria, je pense qu'il est temps de passer à l'étape supérieure.
- De ?
La blonde le regarda en biais, un peu surprise.
- Sur ta guérison mentale et ce qui en découlera. Il y a des choses en tant que mentor que je dois te dire et d'autres qui pourraient peut-être t'aider.
Aria s'enfonça dans son siège mais il continua de la fixer.
- Tu sais de quoi je parle.
- De Doug, murmura-t-elle en sirotant son jus.
- Exact. Il est là ?
Le blond insista longuement jusqu'à ce qu'Aria pose son verre et prenne une grande inspiration.
- Oui. Il me regarde avec haine car je suis en ta présence. Il insiste pour que je parte retrouver Greg.
- Je m'en doutais. Tu sais que ce ne sont que des hallucinations ? Les fantômes ça n'existe pas.
- Oui les fantômes mais les âmes si.
- Tu crois aux âmes ? En fait tu penses qu'il est vraiment là ? Dit-il surpris.
- Mais non ! Enfin si... Enfin peut-être... Oh je sais pas moi !
Aria se prit la tête dans les mains. Elle n'avait pas envie de parler de tout ça.
Le mentor but un coup pour ce motiver.
- Explique-moi ce qui tourne dans ta tête. Je suis tout ouïe. J'ai la journée devant moi.
- Tu dois me prendre pour une folle.
- Pas plus qu'un autre. Quand on sort des Hunger Games, on est automatiquement pas net.
Aria approuva et se rongea les ongles. Du moins ce qui lui restait d'ongles.
- J'ai toujours cru au fait qu'on avait tous une âme. Et aussi à la réincarnation. Et je me dis que peut-être, Doug attendait dans le monde des vivants car il n'avait pas encore envie de partir... Un truc du genre.
- Personnellement moi je ne crois en rien à part le néant. Mais admettons que les âmes existent. Pourquoi tu serais la seule à en voir une ?
- Parce que... Je sais pas, peut-être que Doug a une colère si grande qu'il réussit à m'apparaitre.
- Et qu'envers toi ? Il serait fort, répliqua le mentor. Pourtant s'il y a bien une chose dont je suis certain c'est que le monde des morts et le monde des vivants ne se rejoignent jamais. C'est un fait avéré. Quand on meurt, peu importe ce qu'on est ou devient, on reste là-bas. Et Doug ne fait pas exception. Il faut que tu te sortes de la tête que c'est lui. Il faut que tu comprennes que c'est ton cerveau qui n'arrive pas à effacer sa présence.
Sombrement, Aria approuva tout en réfléchissant à son tour.
- Tu n'aurais pas été psy dans une autre vie ? Dit-elle pour se détendre.
Haymitch lui sourit. Elle devenait de plus en plus forte mentalement.
- Non mais je suis assez intelligent pour comprendre le fonctionnement du cerveau. J'ai longuement travaillé sur le mien toutes ces années.
- Je vois. Alors c'est vraiment mon cerveau qui déraille hein ? Il n'est plus là ?
- Je te l'ai dit. Mort, enterré, six pieds sous terre à pourrir. C'est ton subconscient qui s'amuse avec toi. Il a trop subi de chocs. Il faut juste le réapprivoiser et le calmer.
La jeune fille eut un maigre sourire. Elle allait peut-être pouvoir se libérer des Lynch après tout.
- Qu'est ce que je dois faire alors ?
Son regard empli d'espoir rassura le blond.
- Je vais te demander une seule chose. Tu va devoir écrire ce tout ce qui te traumatise vis à vis de Doug ou des jeux. Le viol, les agressions, sa mort, son emprise sur toi, etcetera. Puis tu le liras chaque jour deux fois. A voix haute ou dans ta tête. Après ça quand tu seras plus à l'aise tu me le liras à moi ou à Tiana. Et cela deviendra une habitude. Ton cerveau prendra ces faits pour quelque chose de normal. Tu ne ressentiras plus le danger et l'angoisse. L'image de Doug partira d'elle-même. Un peu comme un deuil de ton ancien toi pour renaitre, tel un phœnix de ses cendres.
Aria grimaça à ses dires. Cela ne l'enchantait pas le moins du monde de revivre ça tout le temps. Mais sa confiance envers son mentor était sans faille
- Si je fais ça, je serais libre ?
- Oui je peux te l'assurer. Je l'ai fait aussi sur un conseil d'un psychothérapeute il y a longtemps de ça. Au début tu pleureras et tu auras mal mais à force tu le liras facilement et cela en deviendra une broutille. Ce n'est que lorsque tu ne ressentiras plus rien quand j'évoquerais Doug, que tu seras prête pour l'année prochaine.
- Alors toi aussi tu as des lettres sur ça ? Demanda-t-elle avec intérêt.
Il sourit en biais. Décidément quelle curieuse celle-là !
Il pointa l'étage supérieur.
- Elles sont là haut, dans un tiroir. Mais je ne les lis plus maintenant. J'ai passé ce stade.
- Tu pourrais me les lire ?
Il grimaça.
- Si tu es guéri tu devrais le réussir, taquina-t-elle avec délice.
Haymitch soupira et posa une main sur sa tête.
- Si tu arrives à t'en sortir je le ferais. Masi uniquement si tu t'en sors.
Aria lui sourit sincèrement.
- Je ferais tout pour !
- Moi qui me demandais comment te booster... Tu as de drôles de sources de motivation quand même.
- C'est comme ça, je suis qui je suis !
Plus légère Aria retourna dans son jus d'orange avec plaisir. Elle allait le faire même si cela lui faisait mal. On disait toujours un mal pour un bien après tout.
- Au fait, sursauta-t-elle. Il y a quoi l'année prochaine ? Tu l'as évoqué...
Le blond termina son verre cul sec avant de s'enfoncer dans le canapé.
- La tournée des vainqueurs et la nouvelle session des Hunger Games.
- Commet ça nouvelle session ?!
La jeune Grant paniqua mais fut vite rassurée.
- Oui tous les ans les Hunger Games recommencent. Mais tu seras mentor et non tribut. Encore heureux d'ailleurs.
Aria beuga. Elle n'y avait même pas pensé un seul instant.
- Mais oui c'est vrai ça... ! Je vais être mentor.
- Yep. Et vu dans l'état dans lequel tu es actuellement tu ne tiendras jamais le choc. C'est pour ça qu'il faut avancer avant le retour des jeux. Surtout qu'à la tournée des vainqueurs tu devras faire le tour de tous les districts et du Capitole. Il te faudra une belle armure pour tenir le coup comme moi je le fais avec ce que tu sais.
- Je comprends mieux... Susurra-t-elle tristement. Finalement on est des survivants mais pas des vivants. On ne gagne pas les jeux, on est toujours dedans. Et on vit à travers Snow et le Capitole. Chaque année on recommence et on perd des tributs qu'on a tenté de sauver. Je te comprends tellement mieux maintenant. Ca a dû être si dur tout seul.
Haymitch fut un peu gêné mais prit cet instant de pitié avec bienveillance. Il était au moins compris par quelqu'un en plus des autres mentors.
- J'ai Effie, rit-il doucement. Et les autres mentors des bas districts. C'est mieux que rien.
La blonde sourit à son tour. Elle termina son verre et cogita sur le Capitole. Elle aurait donné cher pour être vraiment libre d'eux. Ce qui était impossible.
- J'ai une dernière chose à te demander Aria.
- Oui ?
- Il faut aussi que j'en parle à Tiana mais le président a une demande bien particulière à faire pour tous les survivants.
- Que veux-tu de plus de nous ? On est déjà à moitié mortes.
Haymitch rit sombrement.
- Il attend de vous que vous développiez un talent. N'importe lequel du temps que c'est impressionnant. Quelque chose qui vous occupera l'esprit en somme. Et aussi pour montrer que les vainqueurs sont des êtres exceptionnels.
- Ah. Ca me prend un peu de court car à part pour faire des tâches ménagères je n'ai aucun talent particulier.
- Il n'y a rien qui t'attire ?
- Je n'y ai pas vraiment réfléchi.
Le mentor approuva. Il se resservit un verre en sentant Aria se coller contre son épaule. Une chaleur agréable.
- Alors prends ton temps mais essaye de te trouver un nouveau domaine de compétence. Il faut que ce soit quelque chose qui te calme. Où que tu te sentes à l'aise et que tu y prennes du plaisir. Je pense que c'est quelque chose de bien. Pour une fois que le président a de bonnes idées.
Aria grommela un peu sur ce fait mais elle était d'accord sur ce point. Ca pourrait lui occuper l'esprit et lui donner de la motivation.
- Alors je compte sur toi ? Tu écriras ces lettres, tu les liras et tu te trouveras un talent ?
La blonde se blottit. Finalement c'était bien d'avoir des objectifs. Car comme Tiana elle commençait à s'ennuyer à chaque jour de plus qu'il passait. Il lui fallait se bouger avant de s'encrouter.
Elle sourit doucement.
- Oui, je vais faire au mieux...
- .. Comme toujours, termina-t-il avec un rire tendre.
Aria pouffa. Il commençait à bien la connaitre. Finalement les deux s'endormirent l'un contre l'autre lorsque le silence revint. Aria ne dormait pas la nuit complète à cause de Doug et Haymitch cuvait toujours son alcool.
Ce tendre tableau fit chaud au cœur de Tiana lorsqu'elle arriva pour appeler Aria à table. Elle regarda sa sœur de cœur dormir la tête posée sur Haymitch qui semblait partit lui aussi bien loin dans les songes. Le pendentif bougeait au rythme de sa respiration et elle ne put se résigner à la réveiller. Elle attendit qu'ils s'éveillent en faisant un brin de ménage avec le balai.
Une fois réveillés, les deux blonds s'étirèrent. Haymitch lui caressa les cheveux :
- Fichtre j'ai sacrément bien dormi pour une fois.
- Moi aussi, sourit-elle avec éclat.
Elle se leva et sautilla en pleine forme. Haymitch la regarda longuement avec un regard intense.
- Tu viens manger à la maison ?
- Pourquoi pas. Je vais prendre une carte de fidélité si ça continue.
Les trois rirent en cœur et retournèrent chez les Grant. Le repas fut copieux et délicieux.
En pleine nuit, Aria n'arrivait pas à dormir. Elle s'était déjà reposée. Elle se leva donc pour boire un coup et cogiter. Elle sortit une feuille et se mit à commencer ses exercices d'écriture. Cela fut difficile mais elle tint bon. Le silence la comblait pour s'inspirer sur sa feuille.
Un peu plus tard Glen se leva pour aller aux toilettes. Il trouva Aria et s'inquiéta :
- Tu n'arrives pas à dormir ?
- J'ai déjà dormi cet après-midi. J'ai donc décidé d'écrire ce qu'Haymitch m'a demandé dans le calme.
- C'est pour ça que tu as les yeux rougis.
Aria approuva et lui expliqua son exercice. Cela sembla convenir à Glen. Il l'aida en la poussant à se libérer un peu. Elle termina son long écrit dès que le soleil se leva. Elle était exténuée mais se sentait bien. Glen lui caressa le dos.
- Tu devrais te recoucher maintenant. Tiana va paniquer si tu n'es pas là.
- Oui c'est vrai. Je me demandais juste quel talent je pourrais faire ressortir de moi.
- Un talent ?
Sa fille lui expliqua pour l'attente de Snow. Glen se caressa le menton.
- Et pourquoi pas la cuisine ? Tu es doué pour ça.
- J'y ai pensé mais je ne suis pas attirée par la cuisine plus que ça. Oh j'adore faire de bons plats pour mes proches mais de là à devenir maitre dans l'art culinaire... Je ne me sens pas spécialement motivée.
- Je vois. Il faut que tu réfléchisses à ce qui te tente.
- Justement, je n'ai rien en tête.
- Essaye de te faire une liste de choses et de voir ce qui t'attire.
- J'essayerai. On verra plus tard.
La blonde bailla à s'en décrocher la mâchoire. Elle lui souhaita une bonne nuit et rejoignit la rouquine qui semblait se débattre dans ses rêves. Elle s'endormit d'une traite, remplie de pensées confuses.
Les jours passèrent et Aria ne trouva pas ce qu'elle cherchait. Chaque soir elle se levait et cogitait avec Glen ou Haymitch. Elle n'en avait pas encore parlé à Tiana car elle ne savait pas s'il fallait lui parler de la tournée des vainqueurs tout de suite. Elle attendrait que son mentor le fasse. Elle tournait en rond. Mais elle voulait vraiment trouver quelque chose de différent, d'unique, qui fasse vibrer son cœur.
La solution lui vint alors qu'elle ne s'y attendait pas le moins du monde. Ce fut un soir comme un autre où le temps était calme. Elle avait décidé d'aller dans leur grand salon bibliothèque. Elle y trouva Célia qui regardait un album de photo miteux et décrépit.
- Qu'est-ce que c'est ma puce ?
La petite sursauta. Elle avait les yeux un peu rougis.
- Je regardais maman...
- Oh, c'est vrai que c'est bientôt l'anniversaire de sa mort. Comme le temps passe.
La blonde serra sa petite sœur conte elle. C'était bientôt un jour noir pour les Grant qui allait arriver.
Les deux sœurs feuilletèrent l'album ensemble. Elles évoquèrent de tendres souvenirs. Leur mère avait toujours été comme un rayon de soleil. Elle s'était habituée à la pauvreté et vivait avec les moyens du bord en tentant de rendre la vie agréable à sa famille. C'était une femme débrouillarde qui souriait sur toutes les photos même lorsqu'elle était malade. Rose avait l'âme d'une battante et d'une femme accomplie. C'était aussi une dame qui aimait la solitude des champs de fleurs ou la simple musique mélodieuse. Parfois discrète elle restait des heures dans son esprit à imaginer des choses. C'est ce qui avait plu à Glen la première fois. Alors qu'elle jouait du piano dans divers districts pour une tournée de musique. Elle était d'une beauté blonde éclatante. Sa musique était d'un accord parfait et voluptueux. Il était conquis.
Glen avait alors tout tenté pour la revoir. Il avait réussi lorsqu'elle était repassée au douze. Tout le monde la trouvait étrange car elle vivait sur une autre planète dans son esprit. Cet esprit un peu fou et rêveur fit fondre l'homme au cœur d'or. Il ne mit pas longtemps à la demander en mariage après plusieurs mois à la voir. Pour Rose ce qu'elle aimait chez Glen c'était sa gentillesse et son cœur bienveillant. Il se mettait toujours en quatre pour la combler et elle adorait le voir porter secours aux autres. Il aurait pu vendre son âme pour la protéger. Elle avait craqué dès leur premier rendez-vous. C'était un amour rare et brillant qui avait fané à sa mort. Pourtant Glen en gardait toujours un souvenir intact. Il ne pouvait l'oublier. Elle et son air vague sur le visage à regarder par la fenêtre un simple coup de vent emportant des feuilles d'automne.
- Tu te souviens que maman jouait souvent du piano, répliqua Aria sur une image d'elle à un petit concerto. C'est même grâce à ça qu'elle a connu papa.
- Vaguement, dit Célia. Je me souviens de certaines berceuses qu'elle me jouait.
- Moi aussi et de la musique classique qui nous emportait pour nos siestes.
Les deux jeunes filles voguèrent dans leurs souvenirs avant qu'Aria ne se rende compte qu'elle adorait ça. Le piano. Cette sensation de liberté à travers les touches quant sa mère lui montrait comment jouer auparavant. Elle avait oublié cette sensation envoûtante de la musique à ses oreilles.
Aria se leva d'un bond sous une Célia surprise.
- Je crois que je sais enfin ce que je veux faire ! Je veux savoir jouer du piano ! Comme maman !
- Oh chouette ! S'emporta l'enfant.
Elles sautillèrent à cette idée. Aria était si boostée qu'elle ne put retourner dormir. Elle resta longuement avec sa sœur qui siesta contre un grand piano noir qui trônait dans la pièce. Aria était contente qu'il y en ait justement un ici. Elle s'assit sur le banc et ouvrit le couvercle. Ses doigts effleurèrent les touches avec excitation.
Fermant les yeux elle tenta de repenser à ce que sa mère lui avait appris. Ce fut vague mais elle mit le doigt sur une douce berceuse. Elle commença à pianoter. La musique était mauvaise et les notes fausses mais le son que cela procura laissa une marque en Aria. Elle avait enfin trouvé ce qu'elle voulait faire de cette année sabbatique. Du piano !
A mercredi :)
