« Orgueil et pomme croquée »
Lavi relit le texto de peur d'avoir mal lu : on ne sait jamais. Il referma le clapet de son portable, se leva de son lit, empoigna les clés de son engin, prit son casque, ferma la porte, déposa son trousseau dans la poche de son manteau avant d'enfourcher sa moto. Il avait exécuté tout cela comme un robot, sans cœur ni sentiments, la lueur de vie dans ses yeux, dangereusement éteinte. Il fit la route avec une tête à faire peur : Ses ex auraient pu le prendre pour un zombie, et une en particulier…non il ne devait pas penser à ça. Elle ne serait pas son ex tant qu'il ne l'aura pas décidé, lui, Lavi Bookman. Il atteignit la villa des Barry sans mal, la circulation était bonne. Tant mieux : ses pauvres nerfs n'aurait pas supporté un désagrément de plus. Il sonna à la porte. Rien. Tambourina. Toujours rien.
Nahis, pas plus de cinq minutes après avoir envoyé ce satané texto se leva à son tour de son lit et vint se rendre à l'entrée. Quelqu'un tapait à la porte et semblait de mauvaise humeur. Surement Daysia qui aurait oublié ses clés après avoir fait une petite visite express à Chomesuke. Les coups reprirent.
« C'est bon ! C'est bon ! J'arrive ! » Hurla-t-elle désespérée.
Elle entrouvrit la porte, et tenta de la refermer aussitôt. Elle venait d'apercevoir Lavi un air grave sur le visage, ses lèvres laissèrent passer un « Gloups ! » avant qu'elle ne pousse de toute ses forces la porte. Action vaine : Le rouquin venait de positionner son pied dans l'encadrement de la porte, l'empêchant de se refermer.
« Je veux juste parler » Expliqua-t-il en ouvrant avec un grand claquement la porte.
« D'a…D'accord »Balbutia la cadette pas vraiment sur de la sincérité du borgne.
Le bras de la brunette se fit emprisonner par celui de Lavi qui la dirigea immédiatement vers sa chambre dont il ferma la porte après y avoir pénétrer. Il dégaina son portable comme on sort une arme pour monter le message à son ''ancienne'' belle.
« C'est quoi ça ? » Demanda-t-il avec ton menaçant.
« Un texto » Tenta Nahis.
« Fous toi de moi, vas-y. C'est quoi ça ? » Monta-t-il encore la voix.
« Ecoute Lavi tu savais bien que ça arriverait, plus j'attendais et plus ça aurait été douloureux. » Souffla-t-elle, presque honteuse.
« C'était bien ce que je me disais. C'était donc ça depuis le début ! Tu t'es juste amusé ! Tu jouais ! Ça t'amuse encore, hein ? »
« Ecoute Lavi…» Voulu-t-elle se justifier alors qu'il la coupait.
« Non. Stop, je ne veux plus rien entendre. »
Il la planta là et claqua la porte d'entrée dans un bruit sinistre. Il paraissait trop furax pour réfléchir. Il ne savait pas encore comment mais c'était sur : elle allait lui payer ça. Il la ferait payer.
Nahis, morte de peur comme elle ne l'avait jamais été, regrettait véritablement. De toute façon l'échéance avait juste été raccourcie. Lavi aurait rompu sans doute, un jour pour sa fierté, pour ce foutu pari qu'ils n'auraient jamais du lancer. Elle n'aurait pas supporté être la victime : elle a donc endossé le rôle du bourreau. Il lui en voudrait pendant longtemps, mais un jour il ressortirait avec un groupie de la bande et si, oui si, elle supporterait de le voir avec une autre alors ils se réconcilieront.
Au lycée les discussions étaient tendues. Daysia et ses compagnons ne comptaient plus le nombre de pics er de phrases blessantes que les deux ex amoureux se lançaient à tord et à travers si bien que, les filles comme les garçons se demandaient se qui avait pu se passer pour qu'un tel froid se soit installé entre eux. Quelques jours passés, de nouvelles humiliations des ''4'' et les habitudes des Golden boys qui se déroulaient presque comme toujours, Lavi vint rompre ce parfait ''équilibre'' en se levant lors du déjeuner du réfectoire. Il n'avait pas pensé que tout le self se serait tu pour l'écouter. Tant pis : un Golden boy n'entache pas sa réputation en se mettant ridicule devant tout le monde : il devait continuer.
« Bon j'en ai marre : on joue carte sur table. » Lâcha-t-il à l'assemblée. « Il y a peu, avec Nahis Barry le sœur de notre cher Daysia, nous nous sommes lancé un pari. Vous connaissez surement les 4 étapes : Consciemment ou inconsciemment, chaque Golden boy les fait. Dans ce pari le 1er qui faisait ces quatre étapes à l'autre gagnait. Elle avait un avantage, un grand avantage. Elle le savait, en a joué. Elle s'est simplement amusée avec moi : Ce que je n'accepte pas. »
Un brouhaha se rependit dans la salle, tous les yeux se tournèrent vers la brunette, ceux de ses amis excédés par la tournure des choses, ceux des autres choqués et en colère et ceux de Lavi, mesquins. La cadette des Barry évita quelques déchets qu'on lui jetait. Il avait l'école à ses pieds, elle n'était rien. Rien de plus qu'un numéro. La cent dix-septième ! Pourquoi les autres prendraient-ils son parti ? Elle n'avait rien à perdre et enfin de compte elle n'était pas qu'un simple numéro : les autres se serait enfuit en pleurant, elle se leva prête au combat.
« Alors comme ça tu essaye de m'humilié. » S'attrista-t-elle « Tu es pathétique. »
« Pathétique, moi ? Ecoute tu as tellement bien joué ton rôle de manipulatrice que tu mérites mieux ce blouson que moi. » Lui lança-t-il la veste au visage.
Elle l'attrapa, le lança sur son épaule tel un torchon de cuisine sans contempler la couleur or et le ''L'' de Lavi à coté des mots ''golden boys'' inscrit sur le blouson, en violet.
« J'en veux pas de ton foutu blouson. »
Des cris et des rires fusèrent dans le self, témoin de l'efficacité du fort caractère de Nahis.
« Tu fais tous ça parce que tu es vexé. Si j'avais été à ta place et que j'aurais fait le quart de ce que tu viens de faire je me serais faire humilié comme personne : ''Normal'' je suis une fille. Mais toi Lavi, LE golden boy le plus apprécié ça ne t'as pas plus. Impossible pour toi de comprendre qu'une fille te fasse souffrir comme tu fais souffrir les autres. Pas vrais les filles ? »
Quelques téméraires osèrent de joindre à elle en un « ouais ! » unis.
« Deuxièmement, comme vous l'a dit ce cher Lavi Bookman, ce n'était qu'un pari. » Elle prit la pomme sur son plateau qu'elle fit rouler entre ses doigts avant de la croquer alors qu'elle se tenait face à Lavi, au milieu du réfectoire. « La rupture était prévu dans l'accord. Techniquement je ne suis pas en tord, non ? »
La quasi-totalité des filles et une minorité de garçons acquiescèrent.
« Si cela était prévu j'étais donc en droit de prendre la place de celle qui fait souffrir plutôt que celle qui souffre ? De plus si notre cher rouquin avait tant d'expérience avec les filles, une petite rupture ne lui ferait pas de mal, pas vrai ? »
Tout le monde opta pour une réponse positive. A croire qu'elle avait prévu un discours ! Lavi restait tétanisé, encaissait, subissait, regardait. Il ne pouvait plus rien faire.
« Troisièmement, personne ne souhaite être largué comme cela. Pourtant presque toutes les filles du lycée l'ont été au moins une fois. Je ne faisais que venger toutes ces jeunes filles meurtries qui n'attendaient que justice. Une sorte de solidarité féminine ? »
Des « vas-y dis leurs à ces machos ! » et autre cris de guerre féministes retentirent.
« Mais à par ça j'aurais du me laisser porter sur un plateau d'argent tel un sanglier une pomme dans la bouche pour obéir au bel apollon ? »
Un « Non ! » général surfait sur les voix portées à l'unisson.
« Je vois on est d'accord ! »
Elle enfourna la pomme dans la bouche de Lavi avant de lui jeter la veste au visage et de passer la porte, la tête haute et fière. Elle venait peut être de déclarer la guerre mais avec ce franc parler qu'on lui connait, elle s'en foutait royalement. Le rouquin dans un moment de rage projeta à terre sa veste dorée avec son initial symbole des golden boy -salit par sa faute à présent- et la pomme à demi mangée de la cadette. Il affronta un par un les regards lourds et attristés qu'on lui lançait mais il se souviendra toujours de celui de Daysia. Un regard qui disait :
« Je peux vraiment pas t'aider, mon pote. Je t'avais prévenu ! T'as voulu de frotter à ma sœur, maintenant t'assumes. »
