Et le dernier chapitre pour aujourd'hui!!!!!!!!!!

Victory, spéciale dédicace...bizzzzzzzzzzzzz

Et je veux ma review!!!!!!!! (et sa review aussi)

Elle est à moitié, par saccades, et une partie d'elle est morte, certainement; elle essaie de vivre, dans l'intervalle, jusqu'à une délivrance qu'elle n'espère ni n'envisage. Elle erre, les bras serrés autour de son corps, et cherche un quelconque réconfort. Il y a eu un temps où elle est restée prostrée au lit, se haïssant avec fièvre, et haïssant celui qu'elle aime; mais elle n'a pu y tenir, et il lui a fallu se prouver que son coeur battait encore pour quelque chose, n'importe quoi, bouger.

La première fois, après, c'était peut-être une poignée d'heures ou de jours, mais pas plus d'une semaine assurément, que son bras l'a brûlée, elle a hurlé d'une douleur non pas physique, mais plus quintessentielle et profonde, et s'est recroquevillée comme un animal blessé. A son retour, Rodolphus l'a prévenue que le Maître la réclamait à la prochaine réunion, et avait montré un peu de fureur à ne pas la voir. Elle s'est donc traînée à la suivante, a été punie pour son absence, est restée debout, raide, sans le regarder pendant trois bons quarts d'heure, et puis est retournée à son effondrement. Depuis, il n'y a plus eu de réunion.

Son mari a d'abord essayé de lui apporter son soutien actif, puis, face à sa douleur démesurée, a pris conscience qu'il ne pouvait rien faire, et l'a laissée tranquille comme elle y aspirait profondément. Mais là, elle ignore pourquoi, elle a un saisissant besoin de compagnie, et ce n'est pas celle d'un ami franc et maladroit qu'elle désire, mais une compagnie plus douce et plus discrète, celle d'une femme – d'une soeur...

Elle transplane devant le manoir Malefoy et se dirige vers l'entrée. Elle est accueillie par un elfe de maison qui lui prend sa cape, puis sa soeur la mène dans le salon. Là, elle se fige dans l'encadrement de la porte: assis sur le tapis au milieu de ses jouets comme un petit prince sur son trône, le fils d'un an de Narcissa la regarde d'un air curieux.

Narcissa s'avance, avec un coup d'oeil surpris en passant à sa soeur livide et comme pétrifiée, et prend le petit garçon dans ses bras. Elle fait disparaître les jouets d'un léger coup de baguette, et se dirige vers la porte, pour confier l'enfant à sa gouvernante; mais il tend une petite menotte rose vers Bellatrix, en gazouillant doucement.

Le coeur de la jeune femme est douloureusement contracté dans sa poitrine, mais elle étend la main et effleure les doigts de son neveu. Elle se recule brusquement, quelque chose semblant se briser en elle, avec un sentiment d'envie sauvage. Narcissa, stupéfaite, la dévisage un instant, puis sort avec son enfant dans les bras. Bella, vacillante, s'écroule dans un fauteuil. Sa main effleure son ventre sous sa robe. Elle aussi, elle aurait pu, elle aurait dû avoir un enfant au visage d'ange, qui aurait babillé en regardant le monde...

Elle n'aurait pas pensé qu'il y avait encore en elle un peu de matière à souffrance, une seconde d'insouciance à lacérer, mais pourtant tout son être ne cesse de l'émerveiller devant sa faculté à accueillir sans cesse une douleur tellement plus grande que lui. Elle voudrait fuir cette malédiction, mais elle ne peut se fuir elle-même... Le peut-elle? Elle ne veut pas y penser, pas vraiment. C'est une seconde nature chez elle, endurer en silence, les dents serrées. Être courageuse... Pour qui, pourquoi? Qui lui reste-t-il qui sera fier d'elle?

«Bella.»

Elle tourne vivement la tête. Sa soeur se tient sur le seuil, les yeux fixés sur elle. Elle s'avance à pas lents, sans la lâcher du regard, et s'assoit en face d'elle.

-Qu'est-ce qui se passe?

Elle secoue la tête, mais avant qu'elle n'ait le temps de se ressaisir, les mots commencent à glisser de ses lèvres, effrénés de désespoir, ils s'écoulent en un flot ininterrompu, elle a si mal, elle est si seule, elle n'a plus de force pour retenir quoi que ce soit, pour reconnaître ce qui vaut encore la peine et s'y accrocher, plus rien ne vaut la peine, elle parle si vite que sa soeur a du mal à suivre, elle-même ne sait plus ce qu'elle dit, si elle l'a jamais su, et en une poignée de minutes qui filent, elle perd le dernier bouclier qu'il lui restait peut-être contre tout ce qui l'oppresse, son secret.

Narcissa reste bouche bée un long moment, puis elle se reprend, et ses yeux se teintent de froideur sur sa soeur aux yeux baissés, dont les longs cheveux lâchés cachent à demi le visage, le secret qui protège. Elle ne pense pas en soeur, les filles Black ne pensent jamais en soeurs les unes des autres, dans un tel moment: elles s'aiment, mais se jugent pour et par ce qu'elles sont, et leurs actions ne portent pas le sceau sacré des gestes d'une soeur adorée qui ne peut que le bien. Elle ne pense pas en femme dont le coeur sait ce qu'est l'amour; elle ne pense pas en mère dont le ventre souffre de la douleur, de la perte d'une autre. Elle pense avec les doubles réflexes de son éducation et de son caractère, qui condamnent un amour adultère pour un dangereux mage noir au sang mêlé, et plus encore l'audace de refuser un enfant du mariage, qui donnerait un héritier à la famille, pour réclamer un enfant de l'amant. Ses mots à elle sont coupants comme des lames, ils fouillent, jugent, reprochent et s'indignent, et la fautive en face d'elle regrette amèrement d'avoir parlé: cette impression d'avoir perdu son dernier appui est si cruelle...

Dans un sursaut d'auto-protection, elle se lève pour prendre congé. Sa soeur en l'embrassant murmure: «Cela te passera, on ne peut pas rester folle toute une vie...». Elle court dans le parc, fuit à toute allure ce sang, le sien, qui la trahit, elle se retrouve chez elle, seule, et sa douleur culmine; écroulée sur son lit, elle serre impulsivement entre ses doigts un poignard, qu'elle tient de son père, et ce sang-là l'aide, la soutient, l'encourage et la berce jusqu'au sommeil.