Projet
C'était un jour éclairé, ensoleillé, paisible qui se levait sur Godric's Hollow. Peu de monde semblait réveillé à cette heure matinale, mais ça n'avait pas l'air de déranger une jeune femme rousse outre-mesure. Severus Rogue la reconnut immédiatement.
- Lily !
Rogue se retourna en même temps que celle qu'il avait aimé -qu'il aimerait à jamais. Cette voix, il l'avait bien reconnue, et c'était pour lui déplaire.
- Qu'y-a-t'il, James ? À hurler comme ça, tu risques de réveiller Leo.
Ce dernier était réveillé, bien sûr. Autrement, comment Rogue aurait-il pu entrer dans ce souvenir ?
Potter était paniqué, le professeur de Potions en était persuadé. Il avait rarement eu l'occasion de voir son pire ennemi dans un tel état.
- J'avais raison ! C'est de lui dont elle parlait !
En vociférant cela, Potter pointait du doigt vers le berceau enchanté, où "dormait" un nourrisson. C'était bien évidemment Leo, le Leo de plusieurs années auparavant. Lily déclara :
- Il n'arrivera rien à notre famille tant que nous serons là. Leo pourra bientôt voir son petit frère, dans quelques mois tout au plus.
- Mais la prophétie...!
Rogue haussa les sourcils. C'était bien la première fois qu'il entendait parler d'une prophétie concernant Leo.
- Chéri, on ne va pas faire confiance en une simple prophétie, même si elle vient d'une amie de la famille.
- Iliona est fiable, affirma Potter.
Iliona... Ce nom disait quelque chose à Rogue.
- Quand on considère que son nom de famille est Trelawney, il me paraît raisonnable de s'en méfier.
- Sa sœur est folle, je l'admets volontiers, mais Iliona est différente, elle a la tête sur les épaules.
Il s'en rappelait, à présent. Iliona Trelawney, célèbre dans le milieu de l'alchimie pour avoir un don de double-vue et pour être talentueuse. Combiner les deux était très rare, encore plus lorsque l'on avait une fille. Cette fille était à présent l'une des élèves de Rogue, une élève douée comme sa mère.
- Même si ton amie avait raison, que peut-on faire ? Leo est notre fils, et quand je disais que j'étais prête à le défendre, c'était contre tous ceux qui s'en prendraient à lui.
- Mais un jour, ils vont devoir...
Il ne termina pas sa phrase, et Rogue devenait de plus en plus curieux. Si seulement Potter terminait ses phrases...
- C'est frustrant, n'est-ce pas ? lança une voix derrière Rogue.
L'enseignant se retourna et remarqua son élève, qui contemplait la scène, appuyé contre un mur.
- Ne pas connaître la réponse aux questions que l'on se pose, précisa Leo.
- C'est ce que vous faîtes vivre à beaucoup de personnes, remarqua l'adulte.
- Exact, mais comme mon père dans ce souvenir, j'ai mes raisons. Pour cette scène précise, je pense qu'il se doutait que je n'étais pas réellement endormi.
- Et quelle est votre raison ? s'intéressa Rogue.
- C'est une façon de les mener à la vérité, répondit Leo en détournant le regard. Je suis lâche, professeur.
Le maître des potions jeta un regard étonné à son élève. C'était bien la première fois qu'il voyait une personne admettre un de ses défauts d'une façon aussi volontaire.
- Vous en avez assez vu, conclut Leo.
Sitôt les paroles prononcées, une brume enveloppa l'adulte, et il réapparut finalement dans son cachot, face à son élève.
- Il semblerait que mes leçons d'Occlumencie vous aient bien servi, dit Rogue.
- C'est grâce au fabuleux professeur qui m'a enseigné cet art ô combien utile, flatta Leo sans s'en cacher.
- Rendez-vous donc à votre prochain cours.
- À vos ordres, ironisa Leo tout en sortant de la pièce.
Alors que la porte se refermait, Rogue réalisa qu'il était minuit passé, et qu'il était peu probable que son élève ait un cours dans l'heure suivante. Soupirant, il sortit un chaudron d'une armoire proche. Il n'allait pas pouvoir dormir avec toutes les questions se bousculant dans son crâne, mieux valait se torturer l'esprit autrement.
Alors qu'il s'attelait à la traduction imposée par son professeur, Leo demanda à demi-voix à Hermione :
- Dis, Hermione, qui s'occupe d'élever mon frère ?
La jeune fille aux cheveux emmêlés sembla s'arrêter d'écrire un instant, avant de reprendre et de répondre en même temps :
- Il vit chez son oncle et sa tante Moldus, avec son cousin.
- Comment est-ce qu'ils le traitent ? insista Leo, jetant de temps à autres des regards à Bathsheda Babbling.
- Mal, d'après Harry. Quand ils ne l'ignorent pas, il est contraint de faire l'esclave de la famille. Il a aussi subi des harcèlements, en partie menés par son cousin. Pourquoi ? décrivit Hermione d'un ton faussement détaché.
- Le... Le harcèlement, je connais, mais je n'avais pas imaginé...
À ce moment-là, l'enseignante s'approcha d'eux et dit :
- Si vous voulez que je vous lâche en avance, il va falloir que vous mettiez le turbo.
Puis elle repartit de sa démarche assurée vers son bureau, s'asseyant tranquillement, les yeux rivés sur Leo et Hermione. Le message était clair. Il restait beaucoup à traduire, mais au moins, c'était le dernier jour de cours de la semaine.
L'administration n'aurait pas pu choisir une pire journée pour programmer une sortie à Pré-au-Lard, village situé juste à côté du château de Poudlard.
- Vous saviez que Pré-au-Lard est le seul village d'Angleterre exclusivement constitué de sorciers ? informa Hermione en se frottant les mains.
- Alors c'est pour ça que des centaines de friandises au nom douteux sont affichées dans les vitrines et que personne ne fait de remarque là-dessus, déduisit Harry.
Celui-ci était bien caché sous sa cape d'invisibilité, qui malheureusement ne réchauffait pas plus que ça. Malgré l'épais manteau de neige couvrant les environs, il n'avait pas besoin d'effacer ses traces. En effet, puisque une grande majorité des élèves de Poudlard avaient profité de l'occasion pour se rendre dans le village, la rue principale était couverte de traces. Une de plus, une de moins, ça ne changeait pas grand chose.
- Ça vous dit de faire un tour chez Honeydukes ? Fred et George m'ont dit qu'ils proposaient des trucs rares cette année, proposa Ron en pointant du doigt un bâtiment non loin de leur position.
- Comment savent-ils tout ça ? s'intéressa Hermione.
- La carte du Maraudeur, probablement. Ils se souviennent sûrement encore des passages secrets conduisant en dehors du château, répondit Harry en posant machinalement la main sur l'endroit où se trouvait ladite carte.
- Il faudra faire attention au retour, le professeur Rogue a failli nous remarquer la dernière fois que nous avons utilisé la carte, avertit Hermione.
- C'est toi qui voulait sortir ce satané livre de la réserve ! s'énerva Ron.
Ignorant la dispute de ses deux amis, Harry s'approcha de la destination désignée et s'aperçut que la vitrine proposait des stocks de friandises alléchantes. C'était probablement l'endroit le plus visité par les élèves avec le salon de thé de Madame Pieddodu. Les trois amis entrèrent chez Honeydukes et furent surpris de l'immense quantité de confiseries disponibles. La boutique semblait répondre à chaque besoin, il y avait de tout, des baguettes magiques à la réglisse aux gommes de limaces, en passant par les célèbres dragées surprises de Bertie Crochue. Les trois membres du trio y passèrent un agréable moment et, en sortant de la boutique, se rendirent compte du vide monétaire provoqué par tous leurs achats. On pouvait se plaindre de la basse fréquence des sorties à Pré-au-Lard, mais quand on prenait en compte l'argent dépensé dans une seule boutique, on pouvait aisément comprendre pourquoi il n'y en avait que deux ou trois par an.
Alors qu'Harry et ses amis revenaient sur la rue principale, ils remarquèrent, posé contre un mur, un chien noir gémissant. Les élèves se dirigèrent vers lui, curieux, et arrivé à quelques mètres, purent constater que l'animal n'avait presque que la peau sur les os. Le chien semblait craintif, mais surtout épuisé. Alors qu'Harry commençait à tendre la main pour tenter d'apaiser l'animal, un froid soudain le traversa et le fit instinctivement tourner la tête. Dans le ciel, à plusieurs dizaines de mètres, des Détraqueurs se rapprochaient d'eux, à une vitesse qui ne tarda pas à affoler Harry. Il sortit sa baguette devant les regards médusés d'Hermione et Ron, et prononça :
- Spero Patronum... Spero Patronum !
Une lumière s'échappa de la baguette d'Harry, mais rien de plus. Il réessaya, et pendant un instant, il crut voir un animal apparaître. Les Détraqueurs n'étaient désormais qu'à une dizaine de mètres, il était bien trop tard pour penser à courir dans le sens opposé.
- Spero Patronum !
Harry et ses amis se retournèrent et virent des Serdaigles qu'ils connaissaient. Une rousse faisait de grands mouvements qui, s'ils paraissaient impressionants, n'avaient pas l'air d'avoir grand effet.
- Allez ! J'ai dit : Spero Patronum ! Hé, Luna, Terry, bougez-vous un peu, j'ai l'impression d'être la seule à aider !
- Spero Patronum ! lança Luna, dont la baguette émit une forme qu'Harry n'avait jamais vu. Je te l'avais dit que c'était un Ronflak Cornu !
La forme argentée se dirigea vers la plus proche créature, qui fut projetée au loin. Manifestement, Luna était la plus douée parmi le groupe. À côté d'elle, pourtant...
- Spero... Spero...
- Pense à autre chose que tes parents, Terry ! Ça ne marchait pas les autres fois, il n'y a pas de raison pour que ça-Oh, bonjour Monsieur le Détraqueur, comment allez-vous en cette si belle journée ?
Alors que le Patronus de Luna défendait Alexandra, Harry, Hermione et Ron était médusés par le spectacle qui s'offrait à leurs yeux. Les Serdaigles de quatrième année semblaient davantage intéressés à bavarder qu'à les protéger. Galvanisé par l'arrivée des Aigles, Harry tenta à nouveau de lancer le sortilège défensif, en pensant cette fois-ci à un souvenir qui lui était très cher, la fois où il avait, avec le reste de sa Maison, gagné la Coupe des Trois Maisons :
- Spero Patronum !
À sa plus grande surprise, une forme plutôt grande jaillit à l'encontre des Détraqueurs, elle restait vague mais suffisante pour s'opposer aux créatures malveillantes. Harry avait cru déceler des cornes sur son Patronus, mais il n'en était pas sûr. Malheureusement, l'animal disparut bien vite, et quand Harry tenta à nouveau de lancer le sort, il était trop tard. Les Détraqueurs étaient trop proches, beaucoup trop proches. Harry recula et se retrouva adossé au mur. Il avait froid.
- Pousse-toi idiote !
- Qui a parlé...? demanda Harry, cherchant autour de lui.
Mais il n'y avait plus rien à voir. Il avait l'impression d'être entouré de ces créatures de l'ombre. Il ne voyait que du noir. Leur long râle lui glaçait les entrailles. Harry sentait son propre souffle se figer dans sa poitrine. Il entendait les mêmes hurlements qu'en début d'année, dans le Poudlard Express.
- Spero Patronum !
La lumière aveugla Harry, qui aperçut les Détraqueurs fuir au loin. Il se tourna vers les autres, tout aussi confus, jusqu'à remarquer un Serpentard plutôt grand qu'il avait peu aperçu jusque là.
- Qu'est-ce que tu fais là, Tristram ? s'étonna Alexandra en le pointant du doigt.
- Ce n'est pas dans ces circonstances que nous avions prévu de te voir, laissa échapper Luna la mine songeuse.
- Avant de répondre à quoi que ce soit, je propose qu'on aille se réchauffer aux Trois Balais, qui est pour ?
Toutes les mains se levèrent. L'arrivée des Détraqueurs les avait dépouillés de toute chaleur. Par chance, le pub était juste à côté d'Honeydukes. En entrant, Harry sentit immédiatement son corps se décrisper, il se sentait bien plus en sécurité à présent. Ils n'eurent pas de mal à trouver une table, l'arrivée impromptue des Détraqueurs avait fait fuir beaucoup de monde.
- Tiens Harry, tu avais oublié ta cape, souffla Hermione en lui donnant discrètement le tissu invisible qu'Harry s'empressa de remettre.
La table était située dans un coin de la pièce, idéal pour écouter les autres conversations tout en restant à l'écart. Tristram prit les commandes et alla au comptoir pour les prendre. Pendant ce temps, Hermione demanda :
- Qui est-ce ? Je ne me rappelle pas lui avoir déjà parlé.
- Tristram Bassenthwaite, un ami de longue date, Serpentard de septième année, très doué, mais atteint de flemmingite aiguë, résuma Alexandra en enlevant ses gants.
- Qu'est-ce que vous faisiez en plein milieu de la rue ? s'intéressa Terry.
- Harry a pris pitié d'un chien, et c'est à ce moment que les Détraqueurs sont arrivés, expliqua Hermione.
- En parlant du chien, il est où maintenant ?
- Je l'ai vu fuir quand les Détraqueurs sont partis, affirma Ron. Il m'a aussi jeté un regard effrayant, comme s'il était à deux doigts de m'arracher la tête. Et Croûtard n'a pas arrêté de trembler dans ma poche, il a été traumatisé, le pauvre...
- Je n'ai plus la carte, se rendit tout à coup compte Harry en fouillant dans l'ample poche de sa veste.
- Le chien avait un bout de papier dans sa gueule pendant que les Détraqueurs attaquaient, il a dû s'enfuir avec, déduisit Luna en triturant l'une de ses boucles d'oreilles.
- Vous parlez de la carte des Weasley ? Je croyais que ce n'était qu'une légende, confia Tristram d'un ton appréciateur en revenant avec les commandes. Pas besoin de me rembourser, la gérante m'a tout offert.
- M-Madame Rosmerta...? s'étonna Ron dont les oreilles rougirent tout à coup.
- En personne. Elle apprécie mon impressionnant... nombre de commandes passées au cours de toutes ces années, dit-il en souriant.
Pour une raison qu'Harry ignorait, tous les élèves plus âgés que lui à la table jetèrent un regard noir à Tristram. Alors qu'il prenait une gorgée de son soda de Branchiflore, Tristram continua :
- En ce moment, j'ai l'impression d'être surveillé. C'est probablement un coup de ce Poufsouffle que j'ai rencontré l'autre coup...
- Zacharias Smith, devina Alexandra. Il n'y a qu'un seul Blaireau capable de te faire suivre à cause de sa paranoïa...
- Il soudoie peut-être un elfe, proposa Hermione.
- Un elfe ? C'est très curieux, songea le Serpentard à haute voix.
- Pourquoi ça ? s'intéressa Harry.
- Est-ce que c'est lié à ton apparition soudaine tout à l'heure ? aborda Luna.
- Tu peux dire ça, répondit évasivement le Serpentard en enlevant son écharpe. Je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse si froid dehors.
- Si tu te ramènes en t-shirt alors qu'on est à des températures négatives..., commenta Ron en haussant les épaules.
- J'aurais pu arriver vêtu uniquement d'une serviette ! affirma Tristram.
- Et il dit ça comme s'il en était fier, dit Luna en souriant.
- Comment ça, tu aurais pu débarquer en tenue légère ? demanda Terry, les sourcils relevés.
- Si tu m'avais dit que tu voulais ça, il n'y aurait pas eu de souci, Terry, ironisa le Serpentard avant de reprendre un ton plus sérieux. Je viens de la salle de bain des Préfets. Je vous ai aperçu des fenêtres, et je me suis dit qu'il fallait que j'intervienne pour sauver ces pauvres élèves apeurés par des méchants Détraqueurs.
- Ça ne nous dit pas comment tu es arrivé, observa Hermione en croisant les bras. La salle de bain des Préfets est située au cinquième étage, ce n'est pas près d'ici.
- Je ne vous dévoilerais rien tant que le moyen de transport ne sera pas parfait, et il est probable qu'il ait toujours des défauts après mon départ de Poudlard, déclara Tristram en buvant une gorgée de Bièraubeurre. Cédric se chargera de la suite.
- Ça m'a l'air vraiment sérieux comme projet, plaisanta Alexandra.
- Ça pourrait sauver des vies, Alex. Enfin bref, j'ai encore des choses à faire avant de terminer mon année.
Le septième année se leva et salua tout le monde du regard, avant de lancer un "Ciao !" et de sortir du pub. Alexandra souleva :
- Avec les événements récents, on n'a même pas pensé à lui parler de la malle de Leo !
- Il y a un problème avec sa malle ? releva Harry, les sourcils relevés.
- Ne t'inquiète pas pour ça, répondit évasivement Terry. Je me sens quand même mal de faire ça...
Il y eut un long silence, durant lequel Harry ne savait pas à quoi Terry faisait référence. Luna affirma alors sur un ton rationnel :
- Si le professeur Lupin nous l'a demandé, c'est pour une bonne raison.
- De quoi parlez-vous ? s'intéressa Hermione en se rapprochant des Serdaigles.
Harry et Ron se penchèrent eux aussi vers leurs aînés, désormais curieux de savoir de quoi il en retournait.
- Le père de Leo nous a assigné la tâche de le... tenir à l'œil, rapporta Alexandre d'un ton peu fier.
- Quand ça ? sonda Harry en fronçant les sourcils, sans prêter attention au raclement brusque d'une chaise dans le fond de la pièce.
- Avant le début de l'année, expliqua Terry, par hibou postal.
Avant que qui que ce soit n'ai pu davantage parler, quelqu'un de pressé les frola et ils entendirent :
- Attends, Leo !
Tous se tournèrent vers la voix, qui, à la surprise d'Harry, appartenait à Seamus. Celui-ci était levé, et avait le regard fixé sur la porte d'entrée, qui claqua. Médusé, Harry observa son frère remonter la rue centrale de Pré-au-Lard sans jeter un regard derrière lui, d'un pas rapide. Il y avait peu de doute à avoir quant au fait que le frère d'Harry avait entendu toute la conversation. Harry se tourna vers les autres élèves de sa table, ne sachant quoi dire. Et à l'évidence, eux non plus ne savaient pas comment réagir.
La suite dans le Chapitre 20, Souvenir
Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à commenter (c'est Noël après tout :3) et à montrer que vous appréciez (ou non) l'histoire ^^ Joyeuses Fêtes à tous, et on se retrouve samedi prochain pour le chapitre suivant !
