Alicia et Peter conclurent un marché. Elle le soutiendrait pendant la campagne présidentielle tout en se présentant comme sénateur, et après les élections ils feraient une demande de divorce par consentement mutuel, réduisant ainsi le scandale au minimum. Eli Gold pensait qu'une fois Peter réélu, il n'y avait rien que qui que ce soit puisse faire pour l'empêcher d'accomplir son mandat, même si le fait de ne pas avoir de première dame à la Maison Blanche était plutôt inhabituel. Après tout, il y avait eu comme précédent deux présidents célibataires (même si James Buchanan était sans doute gay), et qui donc de nos jours aux Etats-Unis pouvait encore se vanter de n'avoir été marié qu'une seule fois ?
Pour être honnête, Alicia s'en fichait complètement. En février, elle loua un appartement à Manhattan et emménagea à New York pour mener sa propre campagne. Un an, deux mois et trois jours s'étaient écoulés depuis la dernière fois qu'elle avait vu Kalinda. Alicia était à présent de nouveau pleinement aux commandes de sa propre vie. Elle n'était plus en colère contre Kalinda – et continuait à penser à elle. Elle se demanda si Kalinda avait tourné la page. Aucune des deux n'avait tenté de contacter l'autre depuis le jour où Alicia l'avait mise à la porte de son bureau. Pourtant Alicia n'avait jamais effacé le numéro de Kalinda de son téléphone.
Avec le recul, Alicia réalisa qu'elle avait surtout été furieuse contre elle-même pour avoir fait l'autruche en ce qui concernait Peter, sa vie sexuelle, et la colère et l'humiliation que cela lui avait valu. Elle était aussi follement jalouse, même rétrospectivement, à la pensée de Kalinda couchant avec Peter, et non l'inverse. Elle ne s'en portait que mieux sans Peter, mais était-ce le cas sans Kalinda ? A présent qu'elle n'était plus obligée d'être la première dame à tout prix, elle se disait parfois qu'elle avait été injuste envers Kalinda. Celle-ci lui avait beaucoup donné, et n'avait jamais demandé quoi que ce soit en retour. Elle avait laissé Alicia se rapprocher d'elle et la voir plus exposée qu'elle n'avait laissé quiconque le faire. Elle avait pleuré quand Alicia lui avait rendu un peu de son amour et de sa tendresse. Et elle était partie sans un mot quand elle aurait facilement pu mettre un terme à la carrière de Peter comme à celle d'Alicia.
Alicia avait également réalisé que ce qu'elle avait avec Kalinda – une relation intime, mutuelle et profondément satisfaisante – ne pouvait se comparer à ce que Kalinda avait sans doute partagé avec Peter bien avant qu'elle ne la rencontre. Pourtant Alicia avait tout simplement rejeté en bloc la relation qu'elles avaient patiemment tissée, refusant d'admettre qu'elle était en partie responsable, en premier lieu pour avoir laissé de telles choses se produire au sein de son propre mariage. Elle avait si violemment saccagé ce qui les unissait – en restait-il quoi que ce soit à sauver ? Elle devait s'en assurer, ne serait-ce que pour pouvoir tourner la page.
Elle se demanda si le numéro de téléphone de Kalinda était toujours le même. Elle ne pouvait que l'espérer. N'osant pas l'appeler, elle rédigea un SMS et lui proposa de prendre un verre dans un bar proche du bâtiment de l'ONU où travaillait Kalinda. Au moment d'appuyer sur « envoyer », elle eut une fois de plus l'impression de redevenir une adolescente anxieuse, avec ses mains moites qui cafouillaient et son cœur battant si fort qu'il menaçait de lui sortir de la poitrine. Kalinda se donnerait-elle seulement la peine de répondre ? Elle envoya tout de même le message.
Son rythme cardiaque n'était pas encore revenu à la normale quand son téléphone émit de nouveau un « ding ». D'accord, avait répondu Kalinda, rendez-vous là-bas à 21h.
