CHAPITRE 21


POV Adelina

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Je frappai doucement à la porte qui s'ouvrit immédiatement sur un homme que je ne connaissais pas. Il était aussi grand que moi avec des cheveux bruns foncés, ternes et plaqués sur le côté, et des yeux marrons. Il m'adressa un petit sourire étrange avant de me demander qui j'étais. Avant que je ne réponde, il avisa mon uniforme, ce qui augmenta l'interrogation dans ses yeux.

« Adelina Jones. Je viens voir le Capitaine Winters. »

Il s'effaça doucement et me précéda jusqu'à l'escalier.

« J'ignorais qu'il y avait des femmes sur le front. », dit-il, condescendant.

Je levai les yeux au ciel devant son impolitesse, choisissant de me taire. Le bruit d'une machine à écrire nous parvint. Il me remplit de tristesse, sachant que la paperasse n'était pas faite pour lui.

« Capitaine Winters, il y a une Miss Jones pour vous. », annonça l'homme en arrivant en haut des escaliers.

Je le suivais de près. Dick leva les yeux vers nous, son regard s'allumant lorsqu'il le posa sur moi. Je lui souris chaleureusement.

« Salut, Dick ! », lançai-je joyeusement.

« Salut, Adelina ! Pourriez-vous nous laisser un moment, Szalinsky? »

Je vis la frustration traverser le regard de l'homme avant qu'il n'hoche la tête. Quand il fut parti, je me penchai vers Dick.

« Qui est-ce, si je peux me permettre? »

Dick eut un petit rire.

« Szalinsky. Pourquoi tout le monde me demande çà aujourd'hui? »

Devant mon expression étonnée, il devança mes questions :

« Lew et Moose étaient ici il y a une heure, me demandant la même chose. »

J'hochai la tête, puis m'assis sur son lit. Je repliai mes jambes sous moi après m'être déchaussée.

« Tu envisages de rester un certain temps? », demanda Dick en avisant mes bottes abandonnées.

Je rougis, vexée. Je me penchai pour ramasser mes bottes et me rechausser.

« Désolée. », dis-je, embarrasée. « Je n'aurais pas dû m'inviter ainsi. »

Il fut immédiatement à mes côtés, saisissant ma main pour m'empêcher de partir. Je ne pus cacher le frisson que ce simple contact déclencha. Dick se racla la gorge et me lâcha.

« Ne le prends pas comme çà, Adelina. Tu es plus que bienvenue si tu veux rester. Mais je crains de ne pas être de bonne compagnie. Je travaille sur cet inventaire que Strayer exige. », expliqua-t-il.

Je retins un soupir de soulagement. Je souris avant de lui tendre ma liste.

« J'ai fait çà pour toi, aujourd'hui. Je ne sais pas si ça t'aidera ou si c'est déjà fait. Mais j'ai tenté le coup. »

Dick y jeta un coup d'œil et sourit.

« Tu as fait l'inventaire de tout le matériel médical ? »

J'acquiesçai en rougissant devant son expression.

« Merci, Adelina. Ca m'enlève bien des soucis. »

Des larmes jaillirent de mes yeux. Je les essuyai rapidement, du dos de la main.

« Adelina, qu'est-ce qu'il y a ? », demanda Dick en me serrant dans ses bras.

Je m'éloignai rapidement.

« Ce n'est rien. Je suis juste un peu trop sensible aujourd'hui. », assurai-je tâchant de paraître désinvolte.

Mais Dick me connaissait trop bien. Il s'approcha derrière moi et étreignit mes épaules.

« Adelina, qu'est-ce qu'il a encore fait? »

Je me tournai vers lui, soulagée, pour une fois, de parvenir à retenir mes larmes en repensant à Speirs. Je plongeai mon regard dans ses yeux bleus, me demandant si je ne devais pas tout lui raconter. Même s'il m'avait assuré qu'il ne ressentait plus rien à mon égard, je ne pouvais m'empêcher de penser que je le blessais un peu plus à chaque fois que j'accourais vers lui les yeux gonflés de larmes et la voix tremblante.

« Dis-moi ce qui ne va pas. »

Ces quelques mots m'assurèrent que, quels que soient ses sentiments envers moi, Dick était d'abord et avant tout mon ami. Il m'écouterait volontiers si cela pouvait m'aider. J'inspirai profondément, me préparant à relater les événements de la semaine passée.

« La nuit où Ron a été blessé, nous nous sommes en quelque sorte…embrassés. Mais il m'a ignoré les trois jours suivants. Et nous nous sommes croisés il y a quelques minutes. Il était si froid et distant. Je crains de l'avoir perdu en me rapprochant trop de lui. »

Les yeux de Dick exprimaient un mélange de pensées et d'émotions. Quelques minutes passèrent sans que rien ne vienne troubler le silence de la pièce.

« Tu ne l'as pas perdu, Adelina. Tu n'as jamais été aussi près de le faire céder. »

J'inclinai la tête, pleine de curiosité.

« Que veux-tu dire ? »

« Et bien, comme je connais Speirs, il a besoin de toujours tout contrôler. C'est pour çà qu'il s'éloigne de toi. Tu lui fais ressentir des choses qu'il n'a jamais ressenti et il est sans doute terrorisé par tout çà. »

Je ris, heureuse d'être passée le voir. Il m'aidait toujours à aller mieux. J'embrassai doucement sa joue.

« Merci, Dick. Je peux toujours compter sur toi pour me remonter le moral. »

Il me rendit mon sourire et me serra une dernière fois contre lui avant de me lâcher.

« Pas de problèmes, Adelina. N'est-ce pas à çà que servent les amis ? », demanda-t-il.

Je ne vis ni regrets, ni peine dans ses yeux, comme s'il voulait inconsciemment me rassurer sur le fait que nous soyions seulement amis. Je souris à nouveau avant de prendre congé.

« J'ai travaillé dur pour çà, Dick. Fais-en bon usage ! »

« Sans faute. Merci encore ! »

« Aucun problème. »

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22 octobre 1944

POV Speirs

Je la voyais partout. Dans le plafond en bois de ma chambre, je voyais ses boucles brunes. Dans ma veste verte, je voyais ses prunelles vertes me fixer. Ca me rendait dingue.

Je passai une main tremblante dans mes cheveux. Elle ignorait ce que je ressentais. Je détestais l'admettre mais quelque chose en elle avait ébranlé les murs qui m'entouraient. C'était agaçant, cependant, je me demandais qu'est-ce que cela me ferait de perdre le contrôle, ne serait-ce qu'une fois. Perdu dans mes pensées, j'aperçus du coin de l'œil quelqu'un qui me fixait. C'était elle.

Elle se tenait face à moi. Mes yeux se posèrent sur elle avec étonnement. Elle aurait ma peau. Mais je fus incapable de détourner les yeux. Je la vis trébucher avant de se rattraper à une chaise pour se redresser. Elle secoua légèrement la tête, ses boucles brunes effleurant ses joues. Elle lâcha la chaise et fit un pas en avant. Ses genoux se dérobèrent et elle s'effondra au sol. La peur et la confusion m'étreignirent et je me précipitai sans réfléchir.

Je la pris dans mes bras, la serrant contre moi.

« Adelina ? », appelai-je, ma voix tremblante à peine audible.

Elle gémit et me lança un regard éteint.

« Ron ? »

J'écartai les cheveux de son visage.

« Je suis là. Dis moi ce qui ne va pas. »

« Je suis si fatiguée. », murmura-t-elle.

J'hochai la tête et la soulevai dans mes bras.

« Adelina, où es-tu logée ? »

Comme elle ne répondait pas, je la regardai et ne pus m'empêcher de sourire. Les yeux clos, sa poitrine montait et descendait régulièrement. Je me décidai. Devais-je aller voir Winters et lui demander où l'amener ? La jalousie m'envahit. Sans savoir pourquoi, maintenant que je l'avais, je la voulais pour moi seul. Je fis donc la seule chose que je pouvais faire. Je remontai la rue jusqu'à mes propres quartiers. J'ouvris la porte et grimpai les escaliers, la berçant contre moi. Je traversai la pièce et la déposai doucement sur le lit. Ses doigts fins se refermèrent sur mon bras.

« Ron ? »

Sa voix me traversa comme un millier de poignards. Je la regardai. Elle m'observait avec un désespoir qui me serra le cœur. Sans penser à ce que je faisais, mes pouces effleurèrent les cernes sous ses yeux.

« Tu es épuisée. », dis-je simplement.

« Mmmm… », murmura-t-elle, ses paupières se refermant paresseusement sur ses orbes vertes.

Ma gorge se serra alors que mon pouls s'accélérait. Avant de commettre l'irréparable, j'écartai ma main de son visage. Ses yeux se rouvrirent et j'entrevis la passion qu'ils cachaient. J'aurais voulu savoir ce qui déclenchait une telle émotion chez elle.

« Que s'est-il passé l'autre nuit ? A l'antenne de secours ? », demandai-je d'une voix étonnament calme.

Elle détourna un instant le regard. La culpabilité et le tourment dans ses yeux avaient piqué ma curiosité.

« Dis-moi, s'il te plaît, Adelina. »

L'utilisation de son prénom sembla la réveiller. Elle rougit soudainement.

« Je t'ai embrassé. »

Je restai bouche bée.

« Tu…m'as embrassé ? », répétai-je.

Elle hocha timidement la tête.

J'aurais voulu m'en souvenir.

« On t'avait donné beaucoup de morphine. C'est pour çà que tu ne t'en souviens pas. »

Je lui jetai un regard, une idée germant dans mon esprit. Mes doigts remontèrent doucement de ses bras à sa nuque.

« Serais-tu d'accord pour que j'essaie de me souvenir ? », demandai-je.

Pour toute réponse, sa main se referma sur le revers de mon uniforme, m'attirant à elle.

« Je prends çà pour un oui. », dis-je en souriant avant de poser mes lèvres sur les siennes.

C'était encore meilleur que ce que j'avais imaginé. Je me laissai emporter par la passion et le désir. Je me rendis à peine compte que je m'allongeai près d'elle. Son corps délicat fut sous le mien. Il était chaud et souple, m'invitant à le toucher. Mon estomac se noua en songeant que je pouvais la faire mienne ce soir. Mienne. Le sentiment de possessivité qui m'envahit fut renforcé par ses gémissements étouffés par mes lèvres. Je m'en arrachai et descendis vers son cou.

« Ron. »

Elle murmura mon nom comme la plus belle prière du monde. Je respirai profondément l'odeur de son cou. Elle sentait la fraise et le freesia. Son parfum embruma mon esprit. Mes mains étaient endolories de se retenir de la toucher. Je la sentis se cambrer sous moi comme je touchais un point sensible de son cou. Son souffle s'égara contre mon oreille.

« Ron, fais-moi l'amour. », murmura-t-elle.

C'était à la fois un ordre et une demande, que je n'étais que trop disposé à exécuter.

« Je croyais que tu étais fatiguée. », dis-je, souriant, en m'attaquant aux boutons de sa veste.

Elle se redressa pour que je puisse la faire glisser sur ses épaules avant de la jeter au sol.

« Je ne suis pas si fatiguée que çà. », dit-elle avec un léger sourire.

Mes doigts aggripèrent sa chemise blanche. Se rapprochant de moi, elle leva les bras. Elle se pencha et m'embrassa. J'entendis la chemise tomber au sol et je fermai les yeux dans une attente exaltée. Quand je les rouvris, je vis sa poitrine nue et j'eus le souffle coupé. Je surpris le doute dans ses yeux, je me penchai, l'embrassant avec urgence.

« Tu es magnifique. », murmurai-je en me reculant.

Je la repoussai doucement en arrière sur les coussins et la détaillai. Un sourire vint jouer sur ses lèvres.

« Vais-je devois faire tout le travail moi-même ? Où vas-tu te décider à me toucher ? », me taquina-t-elle.

Je me penchai vers elle pour lui donner l'attention qu'elle méritait. Je pris son mamelon rose entre mes lèvres, et le suçai, lui arrachant une forte plainte. Ses doigts s'égarèrent dans mes cheveux, me tenant contre elle. Je m'occupai de l'autre, lui faisant subir le même sort. Elle s'arqua contre ma bouche. Je souris contre elle et embrassai une dernière fois sa poitrine avant de revenir à ses lèvres. Comme nos langues bataillaient pour prendre le pouvoir, je sentis ses doigts courir sur ma veste. Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils descendent vers mon pantalon. Avec urgence, j'écartai ses mains, et dégraffai les boutons. Elle m'imita et nous fûmes tous les deux complètements nus. Je la vis jeter un oeil à mon membre palpitant. Elle m'entraîna dans un nouveau baiser passionné. Je gémis en arrivant au point de rupture. Je m'écartai, posant mes mains de chaque côté de sa tête.

« Ron, s'il te plait. », murmura-t-elle.

Cela suffit à apaiser mes doutes. Aussi doucement que possible, je glissai en elle. Elle se serra autour de moi lorsque je fus entièrement en elle. Je remarquai les larmes perlant à ses yeux et les embrassai.

« Ca va ? », demandai-je, surmontant mon propre plaisir.

Elle acquiesça et ses jambes vinrent s'enrouler autour de ma taille. Je me retirai complètement avant de la pénétrer à nouveau. Son cri déchira l'air, me remplissant de satisfaction.

« Plus vite. », dit-elle, à bout de souffle.

J'accédai à sa demande. Je plongeai à l'intérieur d'elle, la remplissant complètement, encore et encore. La sueur recouvrait nos corps. Nos coeurs battaient à l'unisson. Nos bouches entrouvertes émettaient une plainte continue.

Enfin, elle se resserra autour de moi. Je sentais que je n'allais pas tarder à venir. J'aurais voulu que ce moment dure toujours : un moment d'extase avant la descente, spirale constante de passion. Mes lèvres s'approchèrent de son oreille.

« Viens pour moi, Adelina. », murmurai-je, ma respiration saccadée accentuant la nécessité dans ma voix.

Secouée de spasmes, elle cria mon nom. Je la suivis de très près dans l'orgasme. Je m'affalai sur elle, mon front sur sa poitrine. Je pouvais entendre son pouls ralentir doucement. Ses bras se refermèrent sur moi, me retenant contre elle. Aucun de nous ne voulait bouger. Je me retirai d'elle et nous poussâmes tout deux le même gémissement. Je roulai sur le côté et l'attirai contre ma poitrine. Ses yeux se fermèrent et elle soupira.

« Peu importe de quoi demain sera fait, je ne regretterai pas cette nuit. », me dit-elle doucement.

Je tirai les couvertures sur nous et hochai la tête.

« Moi non plus. », dis-je.

Mais je réalisai qu'elle ne m'avait pas entendu. Elle dormait déjà.