Chapitre 21
La première chose que Lay remarqua fut la sécheresse de sa bouche. Il avait l'impression d'avoir avalé du verre et sable combiné, irritant sa gorge de la plus désagréable des manières. Ce qui était étrange vu le taux d'alcool qu'il consommait depuis plusieurs jours… ou semaines. Il ne savait plus vraiment. La boisson représentait sa seule constante dans cet entrelacs de nuit et jour, sa seule notion de temps.
À présent, il pouvait sentir la douleur de ses muscles, la sécheresse de sa peau et l'irritation de ses yeux. Il était sobre.
Le chinois ouvrit doucement ses paupières pour regarder autour de lui. Des murs blancs dénués de toute décoration encerclaient la couche sur laquelle il était allongé. Un tube en plastique transparent reliait son bras à une petite poche en liquide, accrochée près de son lit. Lay observa un instant la perfusion avant de se décider à retirer l'aiguille de son bras. Il voulait être nourri de manière ordinaire, boire de manière ordinaire. Bien qu'il ne s'autorisa pas à réfléchir exactement quel type de boisson il souhaitait.
Il laissa tomber le tube à ses côtés et remarqua plusieurs cadeaux sur sa table de chevet. Un nouveau cahier de musique avec un gros cœur dessiné au marqueur dessus, plein de petites étoiles et smiley autour. La signature de Chanyeol, sans aucun doute. Il y avait également un roman nommé « Sa vie dans les yeux d'une poupée » — une attention de Kyungsoo — posé juste à côté d'un magazine Playboy, avec une femme qui portait un uniforme d'infirmière des plus minimaliste sur la couverture. Le pianiste ne savait pas s'il devait s'indigner ou remercier Jongin pour cette attention.
Mais ce qui attira véritablement ses yeux fut les pâtisseries chinoises posées près de lui. C'était des petits gâteaux zinzli. Ils étaient préparés avec de la patate douce, de la farine de riz et de la pâte de lentille. La personne qui les avait cuisinés avait également pensé à rajouter le sésame autour, décorant ainsi les petites pâtisseries de dizaines de petits grains dorés.
Lay se mordit la lèvre pour combattre ses émotions. Il avait de bons amis.
Un bruit à l'extérieur le fit lever la tête. Une femme semblait se disputer avec un autre jeune homme. La voix féminine était autoritaire, mais pas aussi déterminée que l'autre personne. Le musicien se pencha un peu en avant, faisant fi de la douleur dans ses muscles. La voix de la femme, une infirmière sans doute — et sûrement bien plus couverte que celle de la couverture Playboy — haussa encore d'un ton « Non, vous ne pouvez pas encore le voir. Monsieur Zhang est déshydraté et a besoin de beaucoup de repos. » La voix masculine ne semblait pas du tout affectée par ses dires « Laissez-moi-le voir. J'en ai rien à cirer qu'il soit endormi, j'ai juste besoin de le voir ! ».
Lay ferma les yeux un instant. Il reconnaîtrait cette voix partout. Elle était la cause même de son dérapage incontrôlé. Bien qu'il ne pourrait jamais blâmer Sehun pour quoi que ce soit. Le pianiste était le seul fautif dans cette histoire. C'était sa propre faiblesse qui l'avait conduite dans ce lit d'hôpital. Ses propres démons.
La porte terne fut ouverte de force et Lay vit son ami écarquiller les yeux. Il avait les yeux soulignés par de lourds cernes, les cheveux en bataille et son T-shirt Iron Man totalement froissé. Et pourtant, il était toujours aussi éclatant.
Lay aurait baissé les yeux face à ses pensées en temps normal, mais le regard de son ami le gardait en place, incapable de bouger. Sehun murmura simplement un « Yixing » avant de se jeter dans ses bras, se fichant complètement de l'infirmière derrière lui. Lay accueillit les bras forts de son ami avec joie. Cela faisait des jours qu'il n'avait eu aucun autre contact humain. Des jours qu'il voulait voir Sehun. Des jours qu'il voulait son contact à lui.
Le pianiste enfonça ses doigts dans le fin tissudu haut coloré. Il ne voulait plus jamais le lâcher.
La voix de la femme autoritaire les rappela à l'ordre :
– Je suis vraiment navrée, mais vous ne pouvez pas rester, Monsieur Zh — … avez-vous enlevé votre perfusion ?!
La pianiste regarda au-dessus de l'épaule de son ami pour servir un sourire contrit à l'infirmière :
– C'était incommodant. Je suis navré pour le dérangement, mais j'aimerai bien un verre d'eau à la place, si possible.
Elle acquiesça doucement de la tête avant de jeter un regard à Sehun qui disait clairement « cinq minutes et pas une de plus » avant de sortir de la pièce.
Le serveur recula légèrement pour mieux regarder Lay dans les yeux :
– Tu m'as fait tellement peur Yixing. Je crois que j'ai jamais eu aussi peur de ma vie.
Le musicien pouvait sentir les frissons qui parcouraient le corps chaud de son ami, mais il ne pouvait pas vraiment dissocier le soulagement de la fatigue. Il baissa les yeux de remords. Il savait qu'il avait vraiment dépassé les limites ce coup-ci. Sans Sehun, il aurait très bien pu ne pas s'en sortir. Il aurait pu ne plus jamais connaître cette chaleur. Ni ce parfum caractéristique si réconfortant. Un subtil mélange de café, de sucre et de menthe.
Le plus jeune prit doucement sa main pour la serrer dans la sienne. Il calma avec attention la fébrilité qui s'était emparée des doigts fins avec le bout de son pouce avant de laisser glisser ses autres doigts dans la paume chaude, les enlaçant ensemble. Lay tentait de se rassurer en se disant que c'était un mouvement familier, une attention amicale. Et ceci, malgré la chaleur qui s'était installée sur ses joues.
Le serveur poursuivit :
– Tu as été inconscient durant plusieurs heures. Tu t'étais réveillé à un moment donné, mais tu étais délirant. Les médecins t'ont donné des calmants pour te mettre à nouveau dans les vapes.
Les doigts du chinois finirent par se relaxer dans la main rassurante de son ami :
– Je… je suis désolé.
Le mot « désolé » sonnait pathétique à ses propres oreilles et il se détestait pour cela. Il ne comprenait même pas le calme actuel du serveur. Il pensait que les membres de son groupe allaient lui faire la morale, lui vociférer les pires insultes, l'engueuler pour son inconscience et bêtise. Lui faire un procès en bonne et due forme, car c'était tout ce qu'il méritait.
Il plaidait coupable.
Mais Sehun ne donnait pas signe de vouloir dire une seule de ces choses. À la place, le plus jeune était concentré sur leurs mains liées :
– Ne t'excuse pas. Je sais… je sais que c'est de ma faute.
La pression sur leurs mains s'accentua et ce n'était pas le fait du chinois. Il comprit alors que Sehun ne regardait pas leurs mains par hasard, mais parce qu'il avait honte de rencontrer son regard :
– Je… je sais que j'ai passé beaucoup de temps avec Luhan. Je sais que je t'ai ignoré, mais…
Le serveur baissa un peu plus la tête et porta leurs mains liées contre son buste. Lay avait presque mal, mais il ne pipa mot. Sehun semblait dépendre de ce contact.
– Je te promets, Yixing, que tu n'es pas… tu n'as rien à voir avec Luhan. Tu n'es pas…
Le pianiste le savait. Il savait qu'il n'était pas Luhan. Il le savait si bien qu'il avait tenté de noyer cette vérité au plus profond de lui même en accumulant les verres d'alcool. Cela avait beau paraître stupide à présent, sur le moment, cela avait été sa seule solution. Sa seule réponse.
Sehun releva les yeux pour se rapprocher de son ami, le souffle court :
– Tu n'es pas un remplacement, Yixing. Tu ne l'as jamais été. Tu as toujours eu ta place bien à toi pour moi. Tout comme Luhan a la sienne. Mais ne crois pas… ne crois pas que je ne tiens pas à toi. Tu es vraiment très important pour moi. Vraiment très important.
Ces mots le touchèrent encore plus intensément que prévu et le pianiste dut fermer les yeux, de peur de laisser ses émotions s'échapper. Il avait voulu les entendre depuis des mois. Des mois. Et le serveur levait enfin un poids de ses épaules. Rien qu'avec ses mots et son touché. Rien qu'avec ça, il soulageait plus le pianiste que n'importe quelle bouteille d'alcool.
Sehun poursuivit, son souffle chaud contre le nez du chinois :
– Yixing… je suis tellement attaché à toi que ça me fait peur, parfois. Je suis désolé d'avoir mis de la distance entre nous à cause de mes… insécurités.
La pièce était peut-être dénuée de toute personnalité, de toute émotion, mais Sehun incarnait à lui seul tout ce manque. Lay avait pris pour habitude de toujours rester à une distance respectable des gens autour de lui. De toujours les tenir à l'écart de sa véritable personne, lâche et faible sous sa composition. Pourtant, dans les yeux de Sehun, il n'était pas celui qui était faible, même allongé dans un lit d'hôpital avec une intraveineuse à ses côtés. Il était toujours le même pour le serveur. Même après l'avoir vu dans son pire état, Sehun était toujours là. Il était là. Et il tenait à lui.
Lay ouvrit les yeux et prit conscience de la proximité de son ami. Il les ferma à nouveau, effrayé de faire une bêtise :
– Ne t'excuse pas, Sehun. C'est ma faute j'ai… j'ai besoin d'aide… je suis alcoolique.
C'était la première fois qu'il osait nommer à voix haute un de ses démons et quand il ouvrit les paupières, il ne trouva qu'affection dans le regard de son ami. Il pourrait pleurer de joie s'il se s'était pas déjà trop exposé au serveur.
– Je sais. On va traverser ça ensemble.
L'idée de ne plus être seul, d'avoir quelqu'un pour partager son fardeau coupa le souffle du chinois un instant. Il savait que le serveur était sincère et pour une fois, Lay se dit que c'était bon de laisser une personne voir qui il était. Que c'était bon s'il parlait de ses sentiments avec une personne. Que c'était bon s'il n'était pas parfait, car Sehun ne l'était pas non plus.
Il attira son ami dans une nouvelle embrassade, ne sachant pas comment exprimer sa gratitude autrement. Le pianiste avait toujours été meilleur avec les contacts que les mots :
– Merci. Je ne sais pas comment tu as toi-même fait pour arrêter de boire.
Sehun était chaud entre ses bras, ses omoplates parfaitement dessinées sous son T-shirt rapiécé et Lay laissa son autre main passer sur ces ailes protectrices. Il avait toujours trouvé le corps élancé de son ami bien fait, mais il était encore mieux dans ses bras.
Sehun sourit doucement contre son cou :
– Je trouve de nouvelles activités, cela me distrait.
– Comme quoi ?
À regret, Lay lâcha son ami quand Sehun désigna du regard les pâtisseries chinoises, les pommettes légèrement rouges :
– Hum, la cuisine.
Lay regarda incrédule les petites pâtisseries. Il se doutait que Sehun les avait confectionnées, mais avoir la confirmation lui apporta plus d'énergie que toutes les intraveineuses de la planète.
Sehun continua, une main dans sa chevelure de jais :
– C'est un art comme un autre et puis… tu dis toujours que les gâteaux de La Virgule sont trop sucrés. Je me suis dit que je pourrais essayer d'en faire qui te plaise.
Le plus jeune semblait gêné et le musicien se surprit à sourire :
– Et le premier que tu souhaites me faire goûter est une recette chinoise ?
Sehun hocha la tête, son autre main jouant distraitement avec les draps du lit :
– Je… je me suis dit que ton pays devaitte manquer. Alors… j'ai pensé que des gâteaux zinzlis seraient une bonne idée…
Lay prit un gâteau en main pour le mettre en bouche. La texture était tendre et le goût pas trop sucré, ni trop amer. Ce n'était pas exactement comme ceux de son enfance, mais c'était le goût qui se rapprochait le plus de son chez lui. Un goût de famille. Un goût d'acceptation.
Il servit son plus beau sourire à son ami :
– C'est vraiment bon, Sehun. Vraiment excellent.
Lay arriverait à vivre sans alcool. Il était certain d'y arriver. Il avait les gâteaux zinzlis avec lui.
Chanyeol avait les mains croisées sur ses genoux, inconscient que sa jambe droite battait un rythme nerveux sans son accord. Il pouvait observer l'inquiétude sur le visage de Jongin assis en face de lui avec Kyungsoo qui somnolait sur son épaule.
Lay avait été retrouvé avec un fort taux d'alcoolémie dans le sang et en hypothermie. Les médecins semblaient vraiment inquiets et cela n'aidait pas l'état de Sehun, prêt à arracher toutes les portes de l'hôpital qui le séparait du chinois. Jin Ri avait été plus calme et était à présent rentrée chez elle pour prendre une douche et se changer. Même Luhan était passé, mais il avait rapidement dû rentrer à son hôtel pour régler les détails de son futur concert.
Le bassiste se rendait compte qu'il était peut-être bien égoïste comme Baekhyun l'avait mentionné. Il avait été tellement concentré sur lui-même et sa romance avec le brun qu'il avait négligé ses amis. Il n'avait rien vu venir. Du tout. Le pianiste lui avait toujours semblé être une personne forte et mature, beaucoup plus sérieuse que lui et surtout, beaucoup plus… adulte. Chanyeol appréciait aller chez Lay en cas de problème, car il savait que le pianiste avait la réponse. Il savait que le chinois était toujours là pour veiller sur eux.
Mais qui veillait sur lui ?
Chanyeol passa sa main dans ses cheveux auburn pour les ébouriffer. Il devait devenir une meilleure personne pour son groupe.
Il leva la tête pour observer ses deux amis assis sur le banc en face. Peut-être qu'aider Jongin à devenir moins stupide serait un premier pas. Il ne pouvait pas croire que le batteur pouvait regarder Kyungsoo avec une expression aussi tendre et continuer de crier sur tous les toits qu'il aimait les femmes. Il aimait clairement plus le chanteur que ces dernières en tout cas.
Un mouvement au bout du couloir attira son regard et le géant sourit en voyant son petit-ami approcher. Petit-ami. Cette dénomination sonnait trop belle pour être vraie et il avait peur à chaque fois que Baekhyun change d'avis, le repousse ou lui dit qu'il empiète sur son espace personnel, mais rien de tout cela n'arrivait jamais.
Par jamais il entendait ces deux derniers jours, mais c'était déjà une victoire.
Le brun était vêtu de son habituelle veste noire et son énorme capuche cachait presque entièrement son visage.
Chanyeol se surprit à sourire pour la première fois de la soirée :
– La faucheuse est présente un peu trop tôt, Lay va bien.
Baekhyun combla les derniers pas entre eux et se débarrassa de sa capuche pour révéler son sourire joueur :
– Je peux au moins m'amuser à faire peur aux vieux ?
Le musicien porta ses mains aux hanches du brun. La matière du jean était légèrement mouillée, de pluie ou de brume. Il se rapprocha de son petit ami, les yeux levés vers ce dernier :
– Non, tu restes ici ange de la mort.
Les yeux chocolat pétillèrent à ce commentaire et il s'accroupit à la hauteur du bassiste. Le brun posa ses mains rassurantes sur les genoux du géant :
– Oh, tu concèdes au moins que je suis un ange. Ma bonté d'avoir accepté de sortir avec toi te touche enfin ?
Malgré le ton joueur, la main opaline continuait à caresser doucement ses genoux et aidait progressivement à faire disparaître la bougeotte qui s'était emparée de ses muscles. Chanyeol n'avait même pas remarqué que sa nervosité avait atteint un seuil aussi élevé et il lâcha un discret soupir :
– Je ne sais pas, j'ai surtout l'impression d'avoir rendu service aux autres mortels en les empêchant de tomber entre tes griffes.
La main opaline stoppa ses caresses et le frappa à la place. Le bassiste ne retient pas un mini cri outré et Baekhyun s'assit à côté de lui, un rictus joueur aux coins des lèvres. Le brun entrelaça leurs doigts et le musicien sourit. Il avait déjà pris goût à ce nouveau côté tactile du plus petit.
L'hôpital était étrangement calme, même si c'était la nuit. Chanyeol ne pouvait pas s'empêcher de penser à toutes les séries qu'il avait vues, avec des urgences tout le temps et des docteurs aux relations professionnelles douteuses. À la place, un silence confortable s'était enveloppé autour d'eux comme une couverture, presque aussi réconfortant que la main de Baekhyun dans la sienne. La main ivoire se réchauffait doucement et Chanyeol laissa tomber sa tête contre celle de son petit ami :
– Merci d'être venu.
Baekhyun accentua la pression sur leurs mains liées :
– Lay est aussi mon ami maintenant.
Chanyeol hocha doucement la tête et ferma les yeux. Il savait que Sehun devait avoir réussi à trouver la chambre du pianiste maintenant, seule explication pour son absence.
Le serveur avait été effrayé pour le chinois, véritablement effrayé. Bien plus que toutes les personnes présentes. Bien plus que toutes les personnes absentes.
Le bassiste pouvait sentir la peau de Baekhyun dégager un léger parfum sophistiqué, mélangé à son shampoing à la fraise. Il nicha inconsciemment son nez dans les mèches caramel. Il ne pouvait pas imaginer la peur de Sehun, mais il savait que si c'était le brun qui se retrouvait sur un lit d'hôpital, il aurait exactement la même réaction, voire pire. Il ne pouvait pas imaginer qu'une mauvaise chose arrive encore au brun. Pas après tout ce qu'il avait déjà traversé.
Il savait très bien que Baekhyun risquait un jour de se retrouver exposé au soleil, d'avoir le cancer — Chanyeol avait fait ses recherches sur la maladie — ou même d'être blessé de manière banale. Mais ce n'était pas le cas maintenant et cela ne serait pas le cas demain non plus.
La météo a annoncé de la pluie pour toute la semaine, donc aucun risque.
Baekhyun effectuait de lentes rotations avec le bout de son pouce sur sa paume :
– À quoi tu penses ?
Sur le banc en face, Kyungsoo semblait doucement sortir du sommeil sous le regard attentionné de Jongin. Chanyeol se demanda vaguement s'il regardait Baekhyun de cette manière avant de décider que non. Seul le batteur pouvait avoir un regard aussi stupide.
– À toi.
Baekhyun rougit et détourna légèrement la tête :
– Hm.
Chanyeol arqua un sourcil, surprit par le manque de repartie :
– Je n'ai pas droit à des menaces de mort ?
Les paupières du brun tombèrent légèrement, son regard concentré sur leurs mains enlacées. Ses cils attrapaient la lumière criarde du couloir pour la sublimer. Chanyeol se demandait parfois si un jour il cesserait de s'émerveiller devant Baekhyun. Probablement pas. Même si un jour ils devenaient très vieux et ridés, les yeux chocolat resteraient toujours les mêmes.
Baekhyun enfonça sa canine dans sa lèvre inférieure :
– Comme tu l'as si bien souligné avant, te lier à moi est une plus grande punition.
Le ton était clairement joueur, mais, comme d'autres fois, le musicien pouvait sentir la vérité cachée derrière ces mots.
Il prit l'autre main du brun dans la sienne :
– Baek, je sais que tu crois toujours que je vais partir un jour, mais je suis là. Je reste là.
Le brun soupira pour cacher sa nervosité, les yeux à présent complètement fermés :
– Je sais Chanyeol, je sais. C'est juste… difficile à croire parfois.
Le bassiste savait que Jongin les observait, mais il n'en avait rien à faire. Baekhyun a toujours été abandonnépar les personnes qu'il aimait. Toujours à cause de sa maladie. Et même à présent, après tous ces mois, le brun n'arrivait pas à se débarrasser complètement de cette peur d'abandon.
Chanyeol hésita un instant avant de poser ses lèvres contre cellesrosées. C'était un baiser tendre et le bassiste n'avait même pas envie de l'approfondir. Il voulait juste faire comprendre à Baekhyun qu'il était là et qu'il le resterait. Il pouvait sentir le brun sourire dans leur baiser et il sentit son rythme cardiaque accélérer. Il pourrait l'embrasser à longueur de journée.
Baekhyun fut le premier à reculer, les yeux pétillants :
– Merci pour cette réponse rassurante argumentée en plusieurs paragraphes.
Chanyeol lui servit son plus beau sourire :
– Je t'en prie.
La voix du batteur les sortit de leur bulle :
– Je savais que vous sortiez ensemble, mais c'est la première fois que j'y assiste.
Le blond semblait gêné par la scène qui s'était déroulée sous ses yeux et il tirait distraitement sur une manche de son pull.
Baekhyun haussa un sourcil :
– Et tu y assisteras encore de nombreuses fois, car je n'ai pas l'intention de me priver.
Le rouge monta aux joues du bassiste. Il ne pouvait pas croire que le brun ait dit ça.
En face, le batteur fronça les sourcils, Kyungsoo toujours à moitié endormit sur son épaule :
– Je n'ai pas dit ça. Je suis juste surpris de voir Chanyeol aussi à l'aise avec… ça.
Le géant cligna plusieurs fois des yeux :
– Que veux-tu dire ?
Jongin jeta un coup d'œil à Kyungsoo qui bougea légèrement pour se nicher dans son épaule. Le blond déclara doucement :
– Tu es… tu es tellement à l'aise avec l'idée… d'être avec un homme. Et surtout de le montrer ainsi en public.
Baekhyun ne semblait pas beaucoup aimer les dires du blond, mais Chanyeol pouvait comprendre. Jongin avait toujours eu des difficultés à accepter les homosexuels, bien qu'il ait fait de gros efforts pour Kyungsoo. Le bassiste savait que son ami ne pensait pas à mal, mais des résidus de son éducation stricte transparaissaient à certains moments. Non pas que la famille du blond soit mauvaise, juste moins tolérante que d'autres.
Son petit ami tapait distraitement trois de ses doigts contre sa cuisse à un rythme régulier :
– Tu l'es également, Jongin.
Il était inutile de préciser à qui Baekhyun se référençait et la mâchoire du blond se tendit :
– Ce n'est pas comme ça entre nous.
Un sourcil caramel se haussa et Chanyeol se souvient avec précision de la première rencontre entre le brun et le blond, un fort sentiment de déjà-vu flottant dans la pièce.
La voix de Baekhyun était calme, mais lacée de cynisme :
– Bien sûr que non, quelle idée saugrenue de sous-entendre cela. Ce n'est pas comme si tu le dévorais des yeux depuis avant. Tu veux que je vous cherche une chambre ? À l'abri de tout regard ? Tu pourras reste caché ainsi.
Les mains de Jongin étaient serrées en deux poings fermes et Chanyeol savait qu'il gardait son calme uniquement pour ne pas réveiller Kyungsoo. Et c'était exactement pour cette raison que son petit-ami se permettait le pousser dans ses retranchements.
Le blond cracha du bout des lèvres :
– Toi tu aurais dû rester caché dans ta chambre justement. Je ne sais pas pourquoi tu t'imagines ce genre de chose, mais il ne se passera jamais rien entre moi et Kyungsoo. Je n'aime pas les hommes et ta bouche venimeuse ne me convaincra pas du contraire.
Chanyeol voulait intervenir, mais il savait que Baekhyun menait la conversation ce coup-ci. La situation était totalement différente par rapport à leur première rencontre. Même s'il avait envie de mettre un poing à Jongin pour parler ainsi au brun.
Baekhyun se toucha les lèvres distraitement :
– C'est vrai que prétendre aimer les femmes est plus simple. Tu pourras ainsi satisfaire papa, maman et le reste de la société.
Baekhyun avança légèrement sur son siège, la voix plus dure :
– Tu peux continuer à te voiler la face. Mais sache que dans le processus, tu n'es pas le seul à souffrir. En continuant à voir des femmes tout en répétant à Kyungsoo qu'il est plus important que ces dernières, tu lui fais du mal.
Chanyeol ne savait pas si Baekhyun avait remarqué, mais le désigné était à présent pleinement réveillé. Il n'avait pas changé de position, mais le géant avait pu voir sa mâchoire se tendre et ses grands yeux s'ouvrir plusieurs fois.
Jongin en tout cas semblait inconscient du réveil du chanteur :
– Je ne sais pas ce que tu essaies de prouver Baekhyun, mais c'est faux. Kyungsoo sait qu'il n'est qu'un simple ami pour moi et cela restera toujours comme ça. Toujours. Je ne peux pas m'imaginer avec un homme, cela serait grotesque.
Le silence agréable du couloir se transforma rapidement en un calme suffocant, trop dense et remplit de non-dits. Le bassiste pouvait presque goûter le changement d'ambiance dans l'air, le parfum de Baekhyun se voyant annihiler par le choc présent sur le visage de Kyungsoo, qui s'éloigna doucement de l'épaule sur laquelle il reposait. Le chanteur ne regardait pas le blond, son regard résolument fixé sur le sol et la bouche entrouverte. Jongin semblait vouloir dire quelque chose, mais Kyungsoo se leva pour se diriger vers l'autre bout du couloir, sans un mot. Ses petits pas résonnèrent dans le lourd silence sans qu'aucun d'entre eux ne puisse réagir.
Kyungsoo avait tout entendu et, à en croire sa réaction, Baekhyun avait visé juste. Le chanteur était amoureux de Jongin.
Chanyeol reporta son regard sur l'expression stupéfaite de son ami. Il devinait aisément ce que Jongin pensait et il serra un peu plus la main du brun. Le blond allait devoir prendre une décision compliquée.
La voix de Baekhyun brisa l'oppressant silence et il pointa un doigt dans la direction où Kyungsoo était parti :
– Tu ne vas pas après lui ?!
La colère présente sur le visage du brun sembla faire réagir Jongin qui leva les yeux vers eux. Le blond sembla vouloir répondre, mais le plus petit ne lui laissa pas le temps :
– Kim Jongin, tu vas aller après lui. Tu vas arrêter d'être un putain d'idiot. Tu vas lui dire que c'est lui que tu choisis et non pas ces femmes, ni ton apparence en société, ni ce que tes parents ont choisi pour toi. Tu vas être courageux une fois dans ta vie et si jamais Kyungsoo revient en pleurant, je te jure que je vais prendre tes bijoux de famille, les rôtir, et, te les enfoncer au fond de la gorge !
Chanyeol avait l'habitude des menaces du brun, mais pour la première fois de sa vie, il avait l'impression que Baekhyun pensait vraiment ce qu'il disait. Son petit-ami semblait furieux et même Jongin ne savait pas quoi répondre. Le blond finit par murmurer quelque chose avant de courir vers la direction du chanteur.
Le plus petit soupira après le départ du batteur et il se laissa tomber à côté du géant, la main opaline perdue sur sa cuisse :
– Il est tellement frustrant.
Les yeux du brun étaient à nouveau qu'à demi ouverts, le regard perdu dans le vide. Il semblait avoir retrouvé un certain calme après sa soudaine colère et le géant lui caressa doucement la main :
– Il te rappelle Joonmyun, pas vrai ?
Les yeux chocolat se dilatèrent à ces mots et Baekhyun n'eut pas le temps de masquer son expression. Ses lèvres rosées s'étaient entrouvertes sous la surprise et c'était le seul élément dont le géant avait besoin pour savoir qu'il avait visé juste. Il arrivait de mieux en mieux à lire le plus petit. Il n'avait pas besoin de confirmation.
Il déposa un bref baiser sur le front de son petit-ami :
– C'est pour cela que tu voulais absolument te rapprocher de Kyungsoo. Tu avais l'impression de te revoir à l'époque de tes seize ans.
Baekhyun détourna légèrement le regard et chuchota :
– Parfois j'oublie à quel point tu es observateur.
Le couloir silencieux semblait porter la voix du brun, même s'il faisait tout pour garder sa voix aussi secrète que possible :
– Tu… tu penses que ça ira ? Je ne sais pas pourquoi Kyungsoo est amoureux de cet abruti, mais j'espère que je n'ai pas fait tout foirer.
Le géant secoua la tête avant de prendre le brun contre lui. La fine stature de Baekhyun était absolument parfaite entre ses bras, ses doux bras blancs réciproquant le geste.
– Tu n'as pas fait tout foirer. Au contraire, Jongin avait besoin d'une raison pour agir.
Il pouvait sentir le nez délicat se frotter contre son T-shirt et Chanyeol resserra un peu plus son emprise :
– Ça va aller, Baek.
– Je sais. Jongin tient trop à ses parties génitales pour faire une connerie.
Chanyeol sourit dans les cheveux caramel. Baekhyun était la seule odeur familière et agréable dans ce couloir aseptisé. La seule odeur dont il avait besoin.
Le souffle chaud de Baekhyun chatouillait sa nuque :
– J'étais sérieux, tu sais. Je le ferais vraiment souffrir si jamais Kyungsoo revient triste.
– Je n'en attends pas moins de toi.
Jongin était, une fois de plus, la raison pour laquelle le chanteur était triste.
Il voyait le brun adossé contre un mur, près d'une machine à café suffisamment bruyante pour masquer un tant soit peu les reniflements de son ami. Jongin avait vu Kyungsoo pleurer peut-être trois fois dans sa vie. La première fois était de sa faute, quand il avait refusé d'intégrer le brun dans leur groupe. La réminiscence de ce souvenir soulevait toute la culpabilité logée dans son estomac et Jongin se mordit l'intérieur de la joue.
La deuxième fois fut à un concert, quand le brun s'était enfin fait accepté par le public comme le nouveau chanteur d'EXO. Les gens ne parlaient plus de Luhan et de « sa voix angélique », mais bel et bien de lui. Bel et bien de sa voix. Sa magnifique voix.
Il vit le brun se frotter les yeux et le blond avala difficilement sa salive. Les mots de Baekhyun tournaient en boucle dans sa tête et il savait, au fond de lui, que c'était la vérité.
Jongin ferma un instant les yeux, dépassé par l'admission qu'il avait enfin osé faire. Baekhyun disait la vérité.
La vérité.
Il prit une grosse inspiration et s'approcha doucement de son ami, ses pas discrets sur le sol. Il avait presque peur que Kyungsoo se dirige à nouveau dans la direction opposée, mais le brun ne bougea pas. Il ne releva même pas les yeux.
Sa peau était marquée par les larmes, de longues traînées longilignes finissaient leur course à la commissure des lèvres pulpeuses, à présent rouges tout comme son nez. Le brun ne cherchait pas à cacher son état au batteur, mais il ne semblait pas non plus souhaiter sa présence. Il était juste paralysé sur place, incapable de prendre une décision.
Jongin la prit pour lui :
– Soo, pour avant… je suis désolé.
Les grands yeux se levèrent finalement vers lui et la respiration du blond se bloqua dans sa gorge. Malgré le rouge présent dans les yeux bruns, Jongin était surtout touché par l'intensité du regard. Par l'intensité de la tristesse présente.
Il ne pouvait pas croire qu'il avait à nouveau provoqué cela. Et surtout, il ne pouvait pas croire que Kyungsoo soit amoureux de lui. Pas après tout le mal qu'il lui faisait à chaque fois. Il ne méritait pas le chanteur.
Il ferma un instant les yeux. Il n'avait pas le temps de jouer au martyr. Ce n'était pas à propos de lui, mais à propos de Kyungsoo. Il se maudirait plus tard.
Il ouvrit les paupières et posa ses deux mains sur les fines épaules de son ami. Kyungsoo grimaça à son touché, mais il ne bougea pas pour autant. Le batteur prit une profonde inspiration :
– Je n'aurais pas dû dire ça…
Kyungsoo fronça les sourcils et se dégagea de son emprise d'un coup d'épaule :
– Tu le penses de toute manière, donc cela ne change pas grand-chose.
Jongin se mordit la lèvre et tenta de parler le plus calmement possible :
– Non… Soo, je te promets je ne voulais pas dire ça. Baekhyun m'a…
Il ne put pas terminer sa phrase. Pas sous un tel regard. Kyungsoo était peut-être triste, mais il était surtout en colère. Et Jongin ne pouvait pas lui en vouloir. Le brun lui avait donné chance après chance, il lui pardonnait toujours ses écarts, mais cette fois-ci semblait être la fois de trop.
La voix du brun était encore enrouée, mais cela ne diminuait en rien son amertume :
– Ne mêle pas Baekhyun à ça ! Il a été un meilleur ami pour moi que toi !
Les yeux du brun étaient à nouveau remplis de larmes, mais il se refusait à pleurer :
– Baekhyun était là pour moi quand je ne supportais plus de te voir avec des femmes, il me consolait quand j'étais au plus bas, il m'aidait à traverser cela, car tomber amoureux d'un hétérosexuel est la plus grosse connerie de ma vie !
Les épaules du brun tremblaient sous l'émotion et il baissa doucement les paupières :
– Je ne supporte plus cette situation, Jongin.
Le blond n'avait pas eu conscience de retenir son souffle. Kyungsoo avait bien plus souffert que ce qu'il avait imaginé. À cause de lui. Encore et toujours, à cause de lui.
Le brun enroula ses bras autour de lui dans une tentative de se réchauffer dans le frais couloir :
– Je sais que c'est injuste de ma part de m'énerver là dessus, de t'imposer mes sentiments, mais… c'est juste… trop. Je préférerais qu'on garde nos distances l'un avec l'autre à partir de maintenant.
Kyungsoo n'eut pas le temps de faire un pas dans la direction opposée que Jongin avait déjà attrapé son bras :
– Comme je disais, je suis désolé. Ce n'était pas ce que j'avais voulu dire.
Kyungsoo observa sa main sur son bras et il tenta de se dégager de sa prise, mais le blond était plus fort :
– J'étais énervé parce que… parce que Baekhyun disait vrai.
Kyungsoo arrêta de gesticuler, son bras toujours emprisonné dans la main du batteur.
– Je… j'adore les femmes. Franchement, je les adore. Elles ont de belles courbes, de belles poitrines, elles prennent soin d'elles — …
– Jongin si c'est pour me dire ça franchement tu peux te tai — …
Le blond attira le chanteur contre lui. Il pouvait clairement voir la confusion dans les orbes bruns et il voulait remédier à cela :
– Mais je t'adore encore plus. Tu… tu es mieux que de simples courbes. Je n'ai jamais voulu un homme dans ma vie, mais… si c'est toi… je peux le faire.
Kyungsoo fronça encore plus les sourcils :
– Je ne veux pas de ta pitié Jongin ! Je ne veux pas que tu te forces !
– Je ne me force pas ! Kyungsoo…
Jongin porta ses mains aux joues rondes et essuya le reste de larme qui s'accrochait à la peau de son ami :
– J'adore te voir écrire. Tes petites mains sont toujours tellement adorables, même si tu coupes tes ongles trop courts.
Il passa doucement son pouce près de l'œil droit pour caresser tendrement la peau rougie :
– J'aime aussi tes yeux. Certains disent qu'ils sont trop grands, mais je ne suis pas d'accord. Ils reflètent bien la personne que tu es.
Jongin baissa les yeux sur les lèvres pulpeuses :
– J'aime tellement de choses chez toi et… je suis sincère. Je… je veux essayer. Donne-moi une autre chance, s'il te plaît.
Kyungsoo était silencieux pendant un moment et Jongin eut peur qu'il se mette à nouveau en colère, mais le brun se mit simplement sur la pointe des pieds pour coller leurs lèvres ensemble. Les lèvres pulpeuses du brun étaient chaudes contre les siennes, pleines et douces. Elles n'étaient pas couvertes d'un artifice tel que du rouge à lèvres, du gloss ou du baume. Elles étaient naturellement attrayantes, veloutées et surtout, naturellement à leur place contre la bouche du batteur.
Jongin sentit la tension accumulée dans ses muscles le quitter petit à petit et il se concentra totalement sur les sensations que le chanteur produisait en lui. Le baiser était assez chaste, mais il suffisait à provoquer des soubresauts agréables dans son estomac. Le blond plongea ses mains dans la chevelure brune pour approfondir leur embrassade, mais Kyungsoo recula, le souffle court et les joues rougies… pour une tout autre raison ce coup-ci.
Le chanteur baissa les yeux un instant :
– C'était…
Il voyait clairement que son ami était incertain et Jongin colla leurs fronts ensemble :
– C'était très bien.
Aussi proche, Jongin avait presque peur de loucher pour regarder le chanteur dans les yeux, mais il réussit miraculeusement à ne pas se ridiculiser. La bouche pulpeuse se fendit en un sourire :
– Ce… ce n'était pas bizarre… pour toi ?
Le blond secoua la tête sans rompre son contact avec la peau chaude contre la sienne :
– Non. C'était juste parfait, Soo. Vraiment parfait.
Il put voir son ami rougir et il sut qu'il avait pris la bonne décision. Il savait très bien qu'il n'arriverait pas à agir du jour au lendemain comme Chanyeol, il savait aussi qu'il aurait du mal à s'afficher avec Kyungsoo ou même à admettre tout haut qu'il aime un homme, mais… ils avaient le temps.
Il prit délicatement la main du brun dans la sienne. Ils avaient tout le temps du monde.
Sehun ne savait pas s'il avait loupé un chapitre, mais Kyungsoo et Jongin étaient apparemment en couple. Leur comportement n'avait pas véritablement changé en public, mais le serveur avait pu voir Jongin prendre la main du chanteur sous la table ou même déposer un baiser sur le haut de sa tête après un concert. Actions que le blond n'aurait jamais effectuées en temps normal. Non pas que Sehun s'en soit vraiment préoccupé, sa pleine attention étant réservée à un pianiste convalescent.
Lay fut rapidement sur pieds, mais c'était la sortie de l'hôpital le plus compliqué. À l'intérieur des murs protecteurs de sa chambre d'hôpital, il était facile de croire au rétablissement du chinois. Il avait des médecins pour s'occuper de lui, lui servir son repas et veiller à son bien-être.
Dehors toutefois, toutes les tentations étaient à nouveau à la portée du pianiste. Toutes.
Le serveur avait dû nettoyer l'appartement de son ami de fond en comble pour se débarrasser de l'odeur de renfermé, des bouts de verres coupants, mais surtout de l'alcool. Lay avait beau l'air confiant par rapport à sa nouvelle volonté de ne plus boire, Sehun ne connaissait que trop bien les effets secondaires du manque. Il ne pouvait pas laisser le chinois seul pour l'instant. Et s'il était honnête avec lui-même, il ne le voulait pas. Lay avait besoin de lui et Sehun tout autant.
Leur temps ensemble fit un bien fou à Sehun, bien qu'il se sentait coupable vis-à-vis de Luhan, qu'il n'avait pas pu voir autant que souhaité.
La montre à ses côtés indiqua dix-sept heures et le serveur soupira. Le vol pour la Chine de Luhan était pour dans trois heures.
Sehun observa les personnes défiler à l'extérieur du café, comme des horloges réglées. Il pouvait reconnaître certaines personnes grâce à leur manteau ou autre attribution physique, toujours réglées pour passer devant La Virgule à la même heure, sans jamais rentrer à l'intérieur.
La vie se répétait inlassablement et, si son horloge et celle de Luhan étaient connectées, peut-être qu'un jour ils se reverraient.
En attendant, le serveur récupéra son manteau et ferma la boutique derrière lui.
Il n'allait pas pleurer cette fois-ci.
L'aéroport était saturé de gens qui courraient dans tous les sens, le bruit de leur valise à roulettes crissant sur le sol. Mais même ainsi, le bourdonnement incessant n'arrivait pas à masquer les sanglots de Sehun, qui s'accrochait de toutes ses forces à Luhan. Sa promesse de ne pas pleurer ayant disparu quelque part entre « prend soin de toi Sehun » et « tu vas me manquer ».
Luhan passait doucement la main sur son dos dans une tentative de le calmer, mais Sehun n'y arrivait pas. Il avait sacrifié ses derniers jours avec son ami pour les passer avec Lay, et même s'il ne regretterait jamais son choix, cela faisait quand même mal de devoir le laisser partir. Le serveur avait quitté son masque d'impassivité à la seconde même où ses yeux s'étaient posés sur le blond platine. Le chanteur portait un bonnet noir immonde — soi-disant à la mode — qui ne laissait apparaître que le bout de ses cheveux clairs et Sehun avait envie de l'arracher. Il avait besoin de voir toute sa lumière.
Il avait besoin de Luhan. Ils avaient encore tellement de choses à se raconter, tellement de choses à vivre. Ces derniers jours étaient passés en un coup de vent et il ne pouvait pas croire qu'il se tenait dans les bras de son ami, non pas pour l'accueillir à La Virgule, mais pour lui dire au revoir.
Les doux mouvements dans son dos étaient en contraste total avec la frénésie du hall, rempli de personnes qui sautillaient d'excitation à l'idée de partir en voyage ou rentrer chez eux. Le serveur s'essuya le nez sur le haut du chinois, se fichant complètement de sa bonne conduite. Il aurait de nouveau à se montrer adulte plus tard. Pour son propre bien et celui de ses amis, également venus pour saluer l'ancien chanteur d'EXO.
Kyungsoo était accolé à Jongin, leurs boissons précédemment commandées en main. Chanyeol avait exceptionnellement décidé de se détacher de Baekhyun pour faire son devoir d'ami, le Sociopathe ne pouvant venir. Il avait beau faire nuit, la route jusqu'à l'aéroport était longue et trop éloignée de leur ville natale. Chanyeol — tout comme les parents de Baekhyun — ne voulait prendre aucun risque. À la place, le Sociopathe était présent via Skype sur le téléphone du bassiste. Sehun pouvait vaguement entendre le rire de Chanyeol à travers ses propres reniflements.
Lay était aussi là. Il avait tenu à venir dire au revoir à Luhan et le serveur ne savait pas si c'était ses bonnes manières ou son amitié pour le chanteur qui le faisait agir. Il n'était sûr de rien concernant le pianiste.
Il ne savait plus.
Il… ne savait plus.
Les doigts du serveur s'enfoncèrent un peu plus dans la matière du pull à Luhan. Il n'avait eu droit qu'à quelques jours avec son ami. Quelques instants volés à la vie de star du chinois. Il avait pu entrevoir et profiter de sa lumière, mais il devait à présent la rendre.
Luhan chuchota au creux de son oreille :
– Sehun, je croyais que tu n'étais plus un enfant ?
Le chinois avait beau tenter de garder son ton joueur, le serveur pouvait clairement sentir l'émotion présente dans sa voix. Ce départ ne l'affectait pas seulement lui :
– Je n'en suis plus un. Je suis un homme et un homme viril peut pleurer.
Il renvoyait à son ami ses propres paroles et il pouvait sentir Luhan sourire contre sa joue :
– C'est vrai, un homme viril peut pleurer.
Une voix dans un haut-parleur se mit à débiter un flot de paroles incompréhensible — de l'anglais sans doute — et Sehun sentit Luhan mettre de la distance entre eux. Le chinois recula pour mieux l'observer et il tapota sa joue :
– Mais ne pleure pas trop longtemps, Sehun. Ce n'est qu'un au revoir. Je suis persuadé qu'on se reverra.
La main de Luhan était chaude contre sa peau et Sehun ferma les yeux un instant :
– Je sais…
Il porta sa propre main sur celle du chanteur et ouvrit les paupières. Le chanteur avait également les yeux brillants et Sehun avait moins l'impression de se faire passer pour un idiot. Il n'était pas le seul affecté :
– Tu… tu voudras bien m'écrire des messages cette fois-ci ? Je sais… je sais que tu es occupé, mais vraiment… on a pas à couper le contact.
Luhan hocha la tête et son horrible bonnet glissa légèrement à l'arrière de son crâne :
– Je trouverai du temps pour toi Sehun. On s'écrira, je te le promets…
Le chinois fit une légère pause dans sa phrase, un rictus naissant sur ses lèvres :
– Minseok trouvera le moyen de me harceler dans le cas contraire. Plus têtu qu'une mule celui-là.
Sehun sourit doucement. Ils étaient immobiles au milieu de ce flux de personne en constant mouvement, arrêté dans le temps le moment d'une embrassade.
Une certaine allégresse s'était emparée du chanteur et des mèches platine s'échappèrent de son bonnet noir :
– Je crois que si je continue de te tenir comme ça, Lay va finir par m'étrangler.
Sehun se mordit la lèvre et un simple « hm » réussit à franchir ses lèvres. Luhan haussa un sourcil :
– Tu as quelque chose à me dire, Sehun ?
Le serveur aurait aimé lui parler de ses sentiments confus pour le pianiste, mais le moment était mal choisi :
– Oui, tu vas manquer ton avion.
Le chinois rigola de bon cœur, ce qui retient l'attention de leurs amis autour. Jongin leur jeta un bref coup d'œil tandis que Kyungsoo sourit simplement. Chanyeol était à leur côté, son sourire de dix mille watts en place. Lay quant à lui se tenait un peu en retrait, son expression polie légèrement altérée par la surprise provoquée par le rire de Luhan.
Sehun détourna rapidement le regard pour regarder à nouveau le chinois dans les yeux. Luhan avait cette expression sereine et attentive qui semblait percer les secrets les plus noirs de son cœur et le serveur soupira :
– Je… je ne sais pas. Je pense… que je te donnerais ma réponse dans un mail.
Le chinois semblait déjà la connaître vu la complicité présente dans ses yeux, mais il ne commenta pas. Il serra Sehun une dernière fois dans ses bras avant de se diriger vers ses autres amis.
Il commença étrangement par serrer dans ses bras Kyungsoo, très certainement pour voir la jalousie traverser le visage de Jongin. Luhan tapota les cheveux bruns du littéraire :
– Ce fut un plaisir de te rencontrer Kyungsoo. Prends bien soin de Jonginnie pour moi, même si c'est un idiot parfois.
L'insulté voulu répliquer, mais son petit-ami-ou-en-tout-cas-on-dirait-selon-Sehun, fut plus rapide :
– C'est un idiot tout le temps, mais je ferais de mon mieux.
Le batteur semblait outré et Luhan lui fit rapidement un câlin en signe d'excuse. Le musicien dû murmurer des insultes, car le chinois le frappa à l'épaule, sous le rire de Sociopathe, toujours présent sur Skype. Jongin dirigea ensuite ses mots fleuris vers Baekhyun, mais Chanyeol s'approcha avec son charisme inexistant pour menacer Jongin de « répéter cela encore une fois à propos de son adorable petit-ami ». Les deux hommes avaient l'air ridicules et Kyungsoo se cachait à moitié dans ses mains, reniant son appartenance à ce groupe d'idiots. Luhan finit par se tourner vers le géant pour lui faire un câlin :
– Mais oui Chanyeol, Baekhyun est le plus mignon aller aller.
Sur l'écran du téléphone, Sehun était persuadé que Sociopathe venait de rouler les yeux, comme s'il ne croyait pas que le bassiste puisse réagir ainsi.
Sehun sentit le coin de ses lèvres se tirer en un petit sourire. Kyungsoo et Baekhyun se ressemblaient assez.
Il jeta un coup d'œil à Lay qui était silencieux depuis avant, ses cheveux sombres légèrement rejetés en arrière. Il portait une chemise blanche qui soulignait ses épaules carrées et sa fine, mais masculine stature. Le chinois avait le regard dans le vide, perdu dans ses pensées, ses longs et épais cils caressants presque sa peau. Ainsi plissés, ses yeux amande lui donnaient un air endormi et irréel, une illusion de pureté dans cette ambiance frénétique et définitivement ancrée dans la réalité. Le pianiste semblait tout droit sorti d'un rêve et le serveur se força à reporter son regard sur ses amis. Ses pensées devenaient hors de contrôle.
Luhan agitait sa main devant l'écran de téléphone :
– Bonne chance pour supporter Chanyeol.
Le mini Baekhyun pixelisé lâcha un long soupir :
– Merci je vais en avoir besoin.
Chanyeol remit le téléphone devant son visage pour que son petit-ami « explique ce qu'il entend par là ». Luhan rigola doucement avant de se diriger vers Lay, son pas plus hésitant. Sehun savait parfaitement que les deux Chinois, malgré leur origine commune, n'avaient jamais été spécialement proches. Mais aujourd'hui, les deux hommes semblaient faire un effort et, après un bref moment de flottement, Luhan prit Lay dans ses bras. Le contraste entre les deux était assez saisissant, même pour le serveur. Le chanteur avait opté pour une tenue sombre et discrète, malgré ses cheveux platines et à l'opposé, Lay était vêtu de couleur claire qui tranchaient avec ses cheveux de jais.
Deux contraires. Deux opposés.
Sehun ne comprit pas les paroles échangées entre les deux Chinois — bien qu'il ait un jour essayé d'apprendre le mandarin —, mais Luhan se défit de son embrassade avec le pianiste le sourire aux lèvres. Il récupéra sa valise laissée près d'un poteau et fit un clin d'œil discret à Sehun avant de tous les saluer, sa carte d'embarquement en main.
Le serveur sentit une boule se former dans sa gorge à la disparition de la tête blonde derrière les portes grises, mais une présence connue se plaça à ses côtés. Il n'eut même pas à vérifier son identité pour sentir des doigts fins se mêler aux siens. Il soupira nerveusement et serra la main du pianiste. Il avait vraiment besoin de ce soutien pour rester composer. Pour rester debout.
Il ne savait toujours pas ce qu'était Lay pour lui, mais à présent, seule sa paume chaude et rassurante comptait.
Il arriverait à avancer.
Hello ! Je remercie très fort ma béta lectrice, en particulier pour ce chapitre, qui a dû péter un cable avec mon nombre impressionnant d'anglicisme et pléonasme. M. je t'aime.
A la semaine,
Little Fear.
