Bonjour, bonjour !
Je sais, je suis en retard et je vous dois toutes mes excuses. Mais, vraiment, vraiment, ce n'est pas entièrement de ma faute ! Alors que je croyais que ma ligne internet était établie (puisque j'avais eu internet en branchant la neufbox reçue), en fait, c'était juste l'ancienne ligne qui n'était pas déconnectée. Sauf qu'aujourd'hui elle l'est et je dois encore attendre qu'on ouvre la mienne avant d'avoir le net. Donc, je n'ai pas pu publier avant aujourd'hui (je ne suis pas chez moi, c'est pour ça que j'ai internet).
Je ne pourrais donc pas vous donner de date pour le prochain chapitre, aussi je vous invite à vous connecter de temps en temps sur mon blog (far-ficandrea . livejournal . com) où je donne plus d'informations sur l'avancée de l'histoire.
Ceci dit, merci à tous ceux et celles qui me suivent encore, et bonne lecture !
Scène 2
Le reste des vacances d'Amy se déroula ainsi : elle resta pendant sept jours chez les Potters avant de rentrer finalement chez elle. Son père, qui avait eu entre temps l'occasion de parler avec son ami Jean-François Lechèvre, n'essaya plus de lui présenter Margot mais avait tenu à ce qu'elle réfléchisse à la question et envisage un jour de la rencontrer. Amy avait donc été bien forcée d'accepter de la voir. Elle attendit néanmoins le dernier instant. Elle concéda un rendez-vous de deux heures au petit café de Littlehampton. Son père l'accompagna jusqu'au lieu-dit, l'introduisit à Margot puis laissa les deux femmes seules – un conseil que lui avait judicieusement prodigué Elisabeth Lechèvre et qui d'ailleurs avait porté ses fruits : bien qu'embarrassée, Amy avait été ravie d'avoir été seule. S'il avait été là, elle se serait sentie plus oppressée, et rien n'en serait sorti de bon.
Finalement, après deux heures de discussion (malgré des débuts difficiles), Amy avait fini par reconnaître en Margot certaines qualités. C'était une femme douce et attentionnée, surtout très patiente, juste ce qu'il fallait à son père, un homme perturbé et meurtri par l'absence de la femme qu'il avait aimé des années durant.
Margot avait monopolisé en grande partie la conversation, surtout parce qu'Amy ne faisait pas vraiment mine de vouloir répondre. Elle était paralysée par l'étrangeté de la situation. Margot semblait être quelqu'un de bien, mais Amy n'arrivait pas à se détendre. Elle la regardait tout en essayant de se dire que cette femme pourrait peut-être un jour faire le bonheur de son père. Cette idée l'effrayait, bien qu'elle ne puisse qu'espérer que cela arrive. Malgré leurs différents, Thomas restait son seul et unique parent.
Leur entretien s'était terminé dès les deux heures passées, et sans rien dire pour encourager Margot, Amy était rentrée chez elle. Les jours suivants, son père resta à la maison et tenta d'amorcer avec elle des conversations. Leur relation était tendue, teintée de gêne et d'appréhension. Tous deux craignaient de dire ce qu'il ne fallait pas et d'enclencher une nouvelle dispute.
Finalement, le temps passa sans qu'Amy ne s'en rende compte et elle reçut la lettre de Poudlard, celle qui annonçait la date et l'heure du départ du Poudlard Express ainsi que les différents livres et ingrédients nécessaires à ses cours. Une autre lettre, cette fois venant de Jane et d'Oliver, lui donnait rendez-vous au Chaudron Baveur le 30 Août, à onze heures.
Ainsi, Amy eut l'occasion de retrouver ses deux meilleurs amis avant la rentrée. Ce fut une journée incroyable. Ensemble, ils parcoururent le Chemin de Traverse qui rassemblait tout un tas de boutiques sorciers. C'était un lieu magique, à l'abri des moldus, où tout le monde était vêtu de robes de sorciers et de longues capes aux couleurs éparses. La plupart portait sur leur tête des chapeaux pointus tout droit sorti d'un livre de contes de fée. Les trois adolescents achetèrent tout le nécessaire pour les cours, farfouillèrent la boutique de Farces et Attrapes, de Balais et même de Friandises sorcières. Ils s'installèrent également à un petit café sorcier pour déguster des boissons fraiches qu'on ne trouvait nulle part ailleurs et discutèrent longtemps de leurs vacances. Puis, ils se séparèrent à nouveau et Amy rentra chez elle pour trois jours.
Et la rentrée tant attendue arriva.
— oOo —
Gare de Londres, Quai 9¾, 3 Septembre 1976
Comme chaque jour de rentrée, la gare de Londres était envahie par des centaines de personnages incongrus. Des hommes habillés en tenue de golf, d'autres en touristes débrayés, et des femmes aux boucles dignes des années 30 et aux chapeaux melons (ne manquaient plus que les bottes de cuir). Ce qu'il y avait pourtant de plus étrange était le contenu de leurs chariots. C'était comme si la gare de Londres s'apprêtait à ouvrir le musée des volatiles nocturnes tels que les hiboux et les chouettes, ou encore des rats hyperactifs et des chats narcissiques ou enfin de crapauds chanteurs. Sans parler seulement de ces animaux mis en cage, il y avait encore d'autres choses plus bizarres comme des chaudrons ou même des balais. Que pouvaient faire tous ces enfants avec des ustensiles aussi peu ordinaires ?
Mais ce qu'il y avait de plus étrange encore était que tout cela paraissait normal. Autour de ces familles qui se pressaient avec leurs charriots remplis de valises, de cages, de chaudrons et de balais, personne ne se retournait. Pourtant, il y aurait de quoi s'étonner. Mais non, aucun ne les remarquait. Sauf le père d'Amy qui, perdu au centre du grand hall, semblait époustouflé par l'indifférence de ses congénères « moldus », comme les appelait sa fille.
C'était la première fois qu'il accompagnait vraiment Amy jusqu'à son quai et il se demandait s'il ne valait mieux pas rebrousser chemin. Surtout qu'il ignorait encore comment ils arriveraient jusqu'au quai 9¾. Allaient-ils rapetisser pour se trouver entre les quai 9 et les quai 10 ? Ou bien traverseraient-ils des champs spatio-temporels qui les amèneraient dans un tout autre endroit ?
Quand sa fille accéléra sa course pour foncer sur une barrière métallique appuyée contre un large pilier, il ne put s'empêcher de lâcher un cri et fermer les yeux, certain qu'elle se vautrerait sur la pierre. N'entendant cependant aucun bruit, il leva lentement les paupières et constata que, d'un côté tout le monde le regardait de travers et de l'autre, sa fille avait disparu.
Bien mal à l'aise, il fit demi-tour, ne pouvant décemment pas foncer dans un pilier avec tout ce monde qui le regardait.
— C'est votre première fois, n'est-ce pas ?
Il se tourna pour découvrir avec surprise (et soulagement) qu'il s'agissait tout simplement de Mme Alice Potter. Elle accompagnait deux garçons, dont un devait être son fils.
— Oui, répondit-il en se retournant. J'ai été… surpris.
— La première fois est toujours impressionnante, affirma-t-elle avec indulgence. Venez donc avec nous, on va vous montrer comment faire.
— Mais… et les autres voyageurs ? s'inquiéta-t-il.
— Les moldus ne voient rien ! ricana un des garçons, qui possédaient des cheveux en bataille. Ils sont trop occupés par leurs affaires pour faire attention à nous. Ils sont aveugles !
— James, le reprit Mme Potter sur un ton de reproche. Ne parle pas comme ça ! Mrs McFlyer pourrait s'offusquer de ta remarque…
— Non, laissez, intervint Thomas. Ce n'est pas tout à fait faux. Il y a peu, j'étais comme lui… aveugle…
Il resta un moment songeur avant de reprendre :
— Mais j'accepte volontiers votre aide. Je vous suis.
— Très bien, acquiesça Mme Potter. Sirius, James, allons-y !
Les deux garçons engagèrent alors leurs charriots dans une course effrénée vers la barrière. Tour à tour, ils disparurent à travers le pilier et, cette fois, Thomas put les voir. C'était absolument incroyable, presque irréel. Il s'efforça à ne pas se pincer la joue, mais cligna plusieurs fois des yeux pour se persuader qu'il n'avait pas rêvé.
— C'est à nous à présent, annonça Mme Potter.
Thomas acquiesça d'un signe de tête hésitant, incertain de vouloir foncer tête baissée sur un mur. Et si jamais ça ne fonctionne pas ? si le dispositif avait un problème ? si la magie s'estompait ? Il n'eut plus le temps d'hésiter que Mme Potter le poussa en avant. Persuadé que cela fonctionnait avec la vitesse, il s'élança et ferma les yeux parce que ça lui semblait plus facile. Il courut sans s'arrêter, droit devant lui…
— Papa, arrête-toi !
La voix d'Amy le fit réagir, il rouvrit les yeux et pila aussitôt. Encore un peu et il serait tombé sur les rails ! Sa fille le rejoignit.
— Mais qu'est-ce qui t'a pris ? lui demanda-t-elle, les yeux grands ouverts.
— Et toi ! Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'il me faudrait foncer droit sur un mur pour venir ? lui reprocha-t-il.
Amy ouvrit la bouche mais ne dit rien.
— J'ai dû oublier, avoua-t-elle, penaude. Désolée. Mais tu sais, tu n'es pas obligé de courir. On se presse parce qu'on a peur de rater le train et parce que nos charriots sont lourds mais tu peux y aller doucement.
— Merci de m'avoir prévenu, bougonna-t-il.
— Désolée.
James et Sirius, l'ayant remarquée, vinrent la saluer. Puis, Mme Potter les rejoignit, ainsi qu'un autre garçon du nom de Peter Pettigrow. Seul un dénommé Remus Lupin manquait mais, comme le souligna Mme Potter, il y avait là assez de bagages à monter dans le train et à installer en attendant leur ami. Les adultes aidèrent donc les adolescents avec leurs affaires. Thomas contribua de son mieux, mais ne put s'empêcher de rester subjugué par tout ce qu'il voyait.
Une fois toutes les valises installées, Remus arrivé et plus tard, Oliver et Jane, les sept adolescents durent se scinder en deux groupes (les compartiments n'accueillant que six élèves à la fois). Amy décida finalement de rester tout d'abord avec ses deux meilleurs amis. Après tout, elle avait passé plusieurs jours chez James, mais elle n'avait croisé Oliver et Jane que le temps d'une journée de shopping.
Ils avaient déjà eu le temps, au cours de cette journée, de discuter de leurs vacances. Néanmoins, Amy reçut encore nombre de questions à ce sujet. Ils étaient curieux de savoir comment ça se passait avec l'arrivée de Margot, et surtout ce qu'il y avait – ou n'avait pas encore – entre Remus et elle.
— Il n'y a rien, soupira Amy. C'est juste un bon copain…
— En tout cas, ton bon copain a eu l'air très déçu de ne pas t'avoir pour lui durant le trajet, remarqua Jane.
— Et toi ? Tu lui as finalement envoyé, ta lettre, à ton amoureux ? répliqua Oliver, détournant judicieusement la conversation.
Amy pensa que Jane allait le détromper mais la jeune fille se contenta d'en rire, grand sourire aux lèvres.
— Oui, et il m'a répondu ! affirma-t-elle fièrement.
Jane ne possédait pas la timidité d'Amy. Elle assumait ses choix comme ses amours et n'hésitait pas à déclarer sa flamme à haute voix.
— « Il n'y a pas honneur plus grand que celui d'être apprécié par l'esprit vif d'une jeune sorcière, tout comme je ne saurais être plus heureux qu'à l'idée qu'une personne que je considère déjà comme une amie sait me comprendre », récita-t-elle avec délectation, les joues rosissant légèrement de plaisir. Vous entendez, je le rend déjà heureux !
Oliver et Amy s'esclaffèrent, ravis pour leur amie, mais aussi amusés par son enjouement. Ce n'était après tout que la réponse d'un chroniqueur à une de ses fans. En bons copains, ils turent leur pensée et s'exclamèrent au contraire de joie et d'encouragement. …Ou presque.
— Enfin, il a quand même sept ans de plus que toi, rappela Oliver.
— oOo —
Gare de Pré-Au-Lard, 3 Septembre 1976
Le voyage fut agréable mais tout de même un peu long. Les trois adolescents s'occupèrent en discutant, en jouant ou en s'octroyant une heure de sommeil. Au cours du trajet, Remus, Sirius, James et Peter vinrent tour à tour leur rendre visite pour discuter un peu. Les conversations tournèrent surtout autour du Quidditch quand James et Sirius furent présents. Les deux garçons portaient un intérêt envieux au stage d'entraînement de Quidditch qu'avait suivi Oliver. Peter parla plus de ses vacances et de sa passion pour la pêche, et Remus conversa de tout, selon les penchants de chacun.
Arrivés à la gare de Pré-Au-Lard, ils durent encore se rendre au château grâce à des calèches. Amy frissonna en voyant l'animal qui la tirait, mi-cheval, mi-oiseau. Quand elle avait interrogé son professeur de Soins Aux Créatures Magiques, elle avait appris qu'ils étaient appelés Sombrals et que seuls les personnes ayant vu la mort pouvaient les voir. Alors, évidemment, à chaque fois qu'elle les avait en face d'elle, elle ne pouvait s'empêcher de penser à sa mère.
Elle se dépêcha de monter et de rejoindre ses amis sur la calèche où les Maraudeurs leur avaient gardé la place. En s'installant sur le dernier siège, pratiquement à l'opposé de ces derniers, Amy eut une drôle impression de déjà-vu. Bien sûr, c'était en référence à l'année précédente. Ils étaient tous à peu près à la même place mais l'ambiance et les relations étaient loin d'être les mêmes. L'an passé, elle venait de tirer un trait sur Sirius mais son amour pour lui ne s'était pas encore effacé. Alors se retrouver assise prêt de lui avait été un calvaire. Cette année au contraire, elle riait de bons cœurs à ses blagues et participait même à la conversation. Les deux bandes s'entendaient beaucoup mieux, conversant dans la bonne humeur.
En y repensant, Amy se rendit compte qu'elle avait définitivement oublié Sirius. Elle l'appréciait beaucoup, il était même cet été devenu un bon copain, au même titre que James ou Peter. Pour autant, elle ne ressentait plus rien pour lui. Certes, elle le trouvait toujours beau, drôle et intelligent, mais il ne lui faisait plus aucun effet.
S'apercevant qu'elle le regardait, Sirius lui adressa son fameux clin d'œil charmeur. D'abord surprise, elle éclata aussitôt de rire avant de se tourner vers Remus et de lui parler. Oui, elle en avait bel et bien fini d'aimer le Maraudeur.
— oOo —
Table de Gryffondor, Grande Salle, Poudlard, 3 Septembre 1976
La flopée de nouveaux élèves finissait de désemplir au centre de la Grande Salle et bientôt arriverait l'heure de dîner, un moment attendu avec impatience par une bonne centaine de ventres affamés. Amy serrait sa fourchette et son couteau, manière enfantine qui lui valut bien des plaisanteries. Elle fit la moue tout le long que dura la fin des répartitions.
Les sièges à présents occupés, et toutes les premières années accueillies, le professeur Dumbledore – ou plutôt directeur de l'école – se leva et réclama un silence qu'aussitôt se fit. D'un chaleureux discours, il fit la présentation de leur nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal (le dernier étant parti en congé sabbatique autour du monde), un vieil homme d'allure morose, aux lunettes biscornues, qui balaya d'un regard les quatre tables d'un air méprisant.
— Il a l'air sympa, le nouveau, commenta Sirius en jetant un regard plus que déçu à James qui hocha la tête, ne trouvant rien de plus à dire.
Le cours de Défense Contre les Forces du Mal était souvent le préféré des élèves, cependant ce professeur d'apparence peu amène risquait bien de leur faire changer d'avis.
— Attendons de voir, conseilla Remus. Ce ne sont peut-être que des apparences.
— Tu sais, j'aimerais vraiment croire que les apparences soient trompeuses, lui dit Jane. Mais quand je vois ma prof d'Étude de Moldus et ce qu'il en est, je dois dire que je finis par en douter...
— Rappelle-moi encore, pourquoi est-ce que tu as choisi cette matière ? demanda Oliver.
Le professeur Dumbledore leva alors ses mains et souhaita à tous un bon appétit. Des exclamations de surprise et de joie retentirent alors que des mets succulents apparurent au centre des tables. D'un mouvement uniforme, tous se jetèrent sur les plats tant attendus, remplissant leurs assiettes de poulets rôtis, de rosbiffs, de légumes de saison et autres plats.
Amy se délectait de tous ces bonnes choses, elle qui avait eu si faim durant tout le voyage. Elle avait toujours eu un sacré appétit – son ventre rebondi en était la preuve. Alors qu'elle mangeait goulument, elle se rendit compte qu'on l'observait mais quand elle releva la tête, elle ne vit que ses amis en train de discuter. Elle fronça les sourcils puis haussa les épaules, croyant s'être trompée.
Mais voilà qu'à peine retournée à son plat, elle se sentit de nouveau épiée. Cette fois, elle regarda tout autour d'elle mais ne vit encore personne. Troublée, elle resta plusieurs secondes sur le qui-vive.
— Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Jane.
— Je ne sais pas, dit Amy. J'ai l'impression qu'on me regarde depuis tout à l'heure...
— Un amoureux secret ? suggéra en riant son amie.
À côté d'Amy, Remus remua. La jeune fille ne le remarqua pas et continua de guetter autour d'elle, l'impression désagréable d'être fixée ne la quittant pas. Et puis, soudain quelque chose se glissa entre ses jambes et elle ne put s'empêcher de bondir sur sa chaise en hurlant de frayeur. Tous les regards se braquèrent sur elle.
— Oh ! Regarde ! s'exclama Peter en pointant du doigt une masse orange sortant de dessous la table. Tu n'as rien à craindre Amy, ce n'est qu'un chat !
— Un chat ? répéta la jeune fille en se détendant, rassurée. Oh, mais oui ! C'est un chaton !
Elle se pencha pour ramasser le dit animal, lequel se laissa aller dans ses bras en ronronnant. Tous les élèves près d'eux se tournèrent pour voir ce qui avait causé ce raffut et, quand ils constatèrent qu'il ne s'agissait que d'un simple chat, ils retournèrent à leur assiette avec un soupir exaspéré. Tant d'agitation pour si peu !
— Eurg, quelle tronche ! s'exclama Sirius en grimaçant.
— Montre ! demanda James qui, de l'autre côté de la table, ne voyait pas très bien.
Amy s'efforça de tirer sur le chat qui s'était si bien blotti contre sa poitrine qu'il ne la lâchait plus. Voyant la tête du chat, James se recula d'un bond, une grimace se composant sur le visage. Remus haussa les sourcils d'un air intrigué mais ses pensées étaient loin d'être élogieuses.
— N'est-il pas mignon ? gloussa Amy en souriant béatement devant l'animal.
Elle avait toujours rêvé d'adopter un chat. Elle avait opté pour une chouette seulement parce que c'était pratique pour envoyer son courrier. À sa remarque, les cinq garçons et Jane fixèrent la bête puis leur amie. Tous se demandaient en quoi, précisément, elle se basait pour décrire le félin de « mignon ». La seule qualité qu'on pouvait envisager de lui concéder était son épaisse fourrure orange et soyeuse. Du reste, ses pattes étaient étrangement arquées, son museau tellement enfoncé qu'on aurait pu croire qu'on l'avait écrasé, et puis il possédait un regard terrible qui lui donnait un air grincheux et mal élevé.
— Mignon ? répéta soigneusement Jane. Mignon, mais où est-ce que tu me sors que ce... que cette... que ça est mignon !
— Ben, en fait, je trouve qu'on se ressemble un peu, avoua timidement Amy en s'asseyant, le chat toujours fermement accroché à sa robe de sorcière.
— T'es pas sérieuse ! s'exclama Sirius. À côté de ce... de cette... de ça, on pourrait te trouver mignonne !
James leva les yeux au ciel et Peter releva un sourcil, essayant de comprendre ce que voulait dire son ami – et non pas ce qu'il semblait avoir dit. Les épaules de Remus s'affaissèrent et Oliver le toisa avec mépris.
— Je ne sais même plus si tu es désespérément bête ou simplement con... soupira Jane.
— Hey ! Je ne te permets pas !
Voyant que Jane n'était visiblement pas la seule à le penser, il croisa les bras et demanda d'une voix boudeuse :
— Mais qu'est-ce que j'ai dit encore ?
Seule Amy ne sembla pas s'en soucier. En fait, elle était simplement retournée à la contemplation de son nouveau compagnon sans vraiment l'écouter.
— oOo —
Couloir, 3e étage, Poudlard, 4 Septembre 1976
— Bon, alors, tu as trouvé le propriétaire du... de...
— C'est bon, tu peux l'appeler le « chat » quand même ! réagit Amy. Ce n'est pas un monstre.
— Ça reste à voir, railla Sirius. Bon alors, tu l'as trouvé ou pas ?
— Pourquoi ça t'intéresse tant ? répliqua Amy. Mince, j'ai oublié mon livre de Métamorphose ! Il faut que j'y retourne.
— Hein ? Non, attends, je peux...
Il ne put terminer sa phrase qu'elle décampa en courant. Sirius poussa un profond soupir avant de poursuivre son chemin et rejoindre James et Peter devant la salle.
— Remus n'est pas avec toi ? s'étonna James.
— Non, répondit Sirius. Je ne l'ai pas vu. Il était à son cours d'arithmancie de toute façon, non ?
— Ah, oui ! C'était ce matin, se rappela le Maraudeur en hochant la tête.
Ils n'attendirent pas longtemps avant que la porte ne s'ouvre et ne les laisse entrer. Le professeur McGonagall, comme à son habitude, se tenait droite au centre de la pièce, juste devant son bureau relevé sur une petite estrade circulaire. Ci et là étaient disposées des étagères, et sur celles-ci des livres, des objets en bois ou en métal, des trousses, des pots, des encriers, et tout plein d'objets servant pour les exercices pratiques du cours. L'enseignement de la métamorphose était très intéressant et de loin une des matières préférées des élèves. Mme Minerva McGonagall était un professeur très compétent mais très sévère et impartial. Ainsi, bien qu'elle dirigeait la maison de Gryffondor, elle n'hésitait pas à leur retirer des points quand cela se révélait nécessaire. Et selon les Maraudeurs, même quand ça ne l'était pas. Il suffisait de voir le regard sévère qu'elle leur adressait à chaque fois que quelque chose venait perturber le calme de l'école. Elle s'attendait toujours à ce qu'ils fussent les responsables – même si c'était le cas le trois quart du temps.
Elle balaya l'ensemble de la classe d'un regard avant de commencer son cours en présentant les principales composantes du programme de l'année et celui du semestre. Comme chaque début d'année, les cours commençaient par des éternelles présentations aussi inutiles qu'ennuyeuses – ils finiraient bien par le découvrir, ce programme ! -, les mêmes préconisations et les mêmes exigences – le calme, le travail, le respect et la ponctualité !
En parlant de ponctualité, la porte s'ouvrit précipitamment sur cinq élèves, dont Amy et Remus. Ces derniers se pressèrent sur les tables encore libres.
— Votre professeur m'a prévenu de votre retard, affirma McGonagall, qui glissa cependant un regard appuyé sur Amy (laquelle ne faisait pas arithmancie et n'était donc pas excusée par le professeur). Mais je tiens à préciser, pour certains d'entre vous, que je ne tolérerai aucun retard dorénavant. Ce point étant clair, passons à présent sur une introduction de la première partie...
Sirius regarda vers Amy et Remus qui s'attelaient à sortir leurs affaires. Il remarqua que seul Remus avait sorti son livre qu'il plaça au centre, sans doute pour Amy qui n'avait pas le sien. Après avoir donné les principales informations sur le déroulement de l'année, McGonagall fit son éternelle séance de dégraissage et leur donna tout un tas d'exercices de révision. Sirius était bien ravi : il préférait de loin la pratique que la théorie rébarbative.
À bien s'y méprendre, même s'ils aimaient plus que tout s'amuser, les Maraudeurs travaillaient bien et obtenaient des notes plus que raisonnables. James excellait dans le cours de Défense Contre les Forces du Mal. Il se vouait, c'était sûr, à une belle carrière plus tard – il ne savait pas encore quoi exactement mais il était sûr d'une chose : il serait au-devant du danger, à défendre les plus faibles et combattre les méchants. Sirius, lui, n'avait pas son pareil dans le maniement des sorts en tout genre et c'était pourquoi il réussissait toujours des tours de force lorsqu'il s'agissait d'adapter une formule anodine pour la rendre machiavélique. Peter préférait de loin les métamorphoses mais était encore loin de rattraper le niveau d'Amy qui réussissait chaque exercice quasiment du premier coup. Enfin, Remus équilibrait le groupe, ayant des notes à peu près égales dans chaque matière, dues à un travail plus assidu et une attention plus prononcée en cours.
D'ailleurs, les résultats obtenus lors de ce premier cours démontrèrent de façon très clairement l'écart de travail effectué entre eux pendant les vacances. James et Sirius réussirent plus ou moins bien les exercices, Peter parvint à tout transformer malgré quelques légers détails. Remus et Amy, eux, avaient tout métamorphosé sans aucun problème et avaient récolté les dix premiers points donnés à Gryffondor.
Ces points servaient pour la Coupe des Quatre Maisons. Chaque fin d'année, la maison ayant le plus récolté de points remportaient la Coupe, trophée que les directeurs de maison et fantômes attitrés prenaient très à cœur. L'année précédente, c'était la maison de Poufsouffle qui l'avait remportée et l'année d'avant, celle de Serdaigle. Gryffondor n'était jamais très loin de la victoire mais les points perdus principalement par les Maraudeurs avaient souvent causé leur défaite. La toute première année, c'était la maison de Serpentard qui avait gagné la coupe. Cette année, McGonagall comptait bien sur sa maison pour voler la Coupe, aussi avait-elle pris grand soin de regarder droit dans les yeux chacun des Maraudeurs présents en leur rappelant les règles de conduite.
— oOo —
Table de Gryffondor, Grande Salle, Poudlard, 4 Septembre 1976
— Bon, alors, qu'est-ce que tu vas faire ?
— De quoi tu parles, Sirius ? demanda James.
— Je parle à Amy, précisa Sirius. Amy ! Qu'est-ce que tu vas faire du... chat ?
— Mais j'en sais rien ! soupira-t-elle, le regardant avec exaspération, alors que ça devait être la seconde fois dans la matinée qu'il revenait à la charge. Je ne vois pas quoi faire d'autre à part accrocher une petite annonce sur le tableau d'affichage de chaque maison et attendre pour voir s'il y a une réponse...
— Et s'il n'y en a pas ? l'interrogea Peter. Tu comptes le garder ?
— Et pourquoi pas ? répondit-elle en haussant les épaules. Je l'aime bien, moi. Il est adorable...
— Adorable, tu parles ! s'exclama Jane avec sarcasme. Il a pratiquement déchiré tous mes Chicaneurs !
— Tu es abonnée au Chicaneur ? s'étonna Peter. Ma mère dit que ce n'est qu'un ramassis d'âneries et qu'il n'y a rien de vrai là-dedans.
— Ta mère est une ignorante, répliqua Jane, vexée comme si c'était d'elle dont il était question. Le Chicaneur traite de sujets plus méconnus. Mais ce n'est pas parce qu'on ne sait pas ce que c'est qu'on peut se permettre de dire que ça n'existe pas. C'est de l'étroitesse d'esprit !
— De l'étroitesse d'esprit ou plutôt du bon sens, railla Peter, vexé à son tour.
— Il ne faut jamais critiquer le Chicaneur devant Jane, prévint Oliver, quoiqu'un peu tard. Elle est folle amoureuse de son directeur...
— Non, j'aime simplement les journaux libres et de qualité, répliqua la blonde. Pas ceux à la solde du gouvernement...
— Oui, bon, s'impatienta Sirius. Ce n'est pas ce qui m'intéresse, moi. Tu comptes vraiment garder ce chat ?
— Oui, affirma fermement Amy. Je ne vais pas laisser ce pauvre chaton sans défense...
— Sans défense, sans défense, c'est vite dit, ronchonna Jane, peu ravie à la perspective de retrouver d'autres cadavres de Chicaneurs.
— Et d'ailleurs, pourquoi ça t'intéresse autant de le savoir ? demanda Oliver.
La question fit mouche dans toutes les têtes qui se rendirent compte, en effet, que le Maraudeur faisait beaucoup de cas pour si peu de chose. Sirius, pris au piège, se renfrogna sur sa chaise, mal à l'aise.
— Sirius n'aime pas beaucoup les chats, je crois, se rappela alors Remus après réflexion.
— Disons que c'est plutôt eux qui ne m'aime pas beaucoup, corrigea celui-ci.
— Ah ! s'exclama James. Maintenant que vous le dîtes, la dernière fois que tu t'en es approché, un t'a bien entaillé la main.
— Et c'est pas le seul, maugréa Sirius. Je sais pas pourquoi mais dès que je suis en présence d'un chat, celui-ci prend aussitôt la mouche et soit il prend peur et me fuit, soit il m'attaque.
Ceci dit, il descendit le haut de sa robe et montra sur le haut de son torse une série de griffures cicatrisées depuis longtemps mais toujours présentes.
— Ça, c'est ce que m'a fait le chat de mon oncle quand je n'avais encore que deux ans, expliqua-t-il.
— Oh, je comprends mieux, compatit Amy. Cependant, je suis désolée, Sirius, mais je ne vais pas rejeter ce petit chaton dans la nature comme ça. Il a besoin d'affection à son âge et si personne ne le réclame, je vais bien devoir m'en charger. Mais ne t'inquiète pas, le rassura-t-elle aussitôt. Il restera dans notre dortoir, alors il ne devrait pas te causer le moindre souci.
— Mouais, lâcha-t-il, mécontent malgré tout.
— Dans ces conditions, je veux bien t'aider à retrouver son maître, affirma Jane avec conviction.
— oOo —
Salle commune, Tour de Gryffondor, Poudlard, 10 Septembre 1976
Une semaine était passée depuis la rentrée. Les cours commençaient à prendre leur rythme mais les devoirs ne s'entassaient pas encore, laissant aux élèves un temps libre appréciable, surtout pour profiter du beau temps et de la température encore chaude de fin d'été. La salle commune ne débordait donc pas d'élèves, ces derniers préférant sans doute se promener dans l'immense parc autour de l'école plutôt que de rester enfermés par un si beau dimanche.
Comme elle l'avait annoncé, Amy avait accroché sur le tableau d'affichage une petite annonce concernant son nouveau compagnon. Elle avait dessiné vaguement l'animal (cependant bien plus joli que dans la réalité malgré un talent artistique quasi-inexistant) et indiqué son nom et sa classe. Elle avait également demandé à des élèves de Serdaigle, de Poufsouffle et de Serpentard d'en faire autant. D'ailleurs, Remus se demandait comment elle avait pu réussir à convaincre ce dernier de l'aider – les élèves de Serpentard étant si allergiques aux Gryffondors.
Contrairement à ce qu'elle avait affirmé, le chaton se promenait librement dans la salle commune, rendant Sirius plus que nerveux. Celui-ci n'arrêtait pas de jeter au félin des regards furtifs, craignant à tout moment une attaque surprise de ce dernier. James et Peter avaient essayé de le raisonner – pourquoi le chaton viendrait brusquement l'attaquer s'il ne lui faisait rien ? - mais Sirius s'entêtait à craindre le pire.
— Elle avait dit qu'elle le laisserait dans sa chambre ! tempêta-t-il en agitant sa main et dévoilant en partie son jeu de cartes.
— C'est un chat, rappela Peter. Il n'a pas besoin d'aide pour trouver comment sortir d'une pièce. Notre chat familial fait ça tout le temps quand il veut aller se promener dans le jardin. Je sais pas vraiment comment il s'y prend mais il réussit toujours à s'en sortir, c'est pour rentrer que c'est plus délicat – la porte s'ouvre vers l'extérieur. Et là, il se met à ronronner et à gratter la porte tant qu'on ne vient pas lui ouvrir... C'en est parfois agaçant.
— Super intéressant, railla Sirius.
— Oh allez, arrête de t'inquiéter ! Il ne s'approche même pas de toi...
Remus retourna à sa lecture et les trois autres garçons continuèrent leur partie de cartes. Quand il sentit une caresse sur son bras, Remus découvrit que le chaton venait de sauter sur le canapé où il était installé et voulait visiblement venir se blottir sur lui. Il le laissa gentiment trouver place sur ses jambes et le chaton commença à tapisser son ventre, comme s'il espérait en moudre un bon coussin. Sirius, qui ne l'avait pas encore remarqué, l'aperçut et quitta promptement sa place en s'écriant, faisant sursauter le chat qui, aussitôt, hérissa le poil et sortit les griffes. Remus lâcha aussitôt son livre pour essayer de soulever le chat qui lui griffait alors le ventre et les cuisses.
— JE VOUS L'AVAIS DIT ! s'écria Sirius en pointant l'animal qui s'agitait dans tous les sens pour se libérer.
— C'est toi qui l'as effrayé en réagissant ainsi ! pesta Remus en lâchant le chat sur le sol, lequel en profita pour s'éloigner vite fait bien fait des garçons. Ouch, il m'a fait super mal avec ses griffes !
Il souleva son vieux t-shirt pour montrer des griffures qui saignaient par endroit.
— Tu ferais mieux d'aller à l'infirmerie demander du désinfectant, lui conseilla James. En tout cas, il ne t'a pas raté.
— Tu peux le dire, soupira le Maraudeur. C'était un pantalon tout neuf, merci Sirius !
Sirius s'excusa en se proposant de l'accompagner mais Remus refusa et se dirigea vers la sortie. Quittant la Tour de Gryffondor, il descendit les escaliers pour joindre l'infirmerie quand il croisa Jane et Oliver qui se disputaient dans les escaliers.
— Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée ! affirma Oliver, visiblement énervé.
— Ce n'était pas précisément la mienne non plus, se défendit Jane. Elle a dit qu'elle se sentait prête à...
— Oh, Remus ! la coupa brutalement Oliver qui venait de le remarquer.
— Hein ? Ah ! Et ben, qu'est-ce qui t'es arrivé ? demanda Jane en contemplant les dégâts sur ses vêtements.
— Rien... Enfin, c'est le chaton qui...
— Il a entendu du bruit et il a paniqué, c'est ça ? devina la jeune fille en secouant la tête.
— En fait, c'est Sirius qui a paniqué et il l'a effrayé, rectifia Remus. Et comme il était sur moi, et ben...
— Il t'a malaxé cuisses et ventre, termina pour lui la Gryffondor. Oui, il m'a fait ça aussi. Deux fois, et pas seulement sur mes pauvres chicaneurs !
Ceci dit, elle souleva sa robe et montra des genoux recouverts de pansements.
— Ce chat, c'est une plaie, tempêta-t-elle. Mais Amy ne veut pas le voir comme ça... Pour elle, c'est juste parce qu'il a été traumatisé... Tu parles, je parie que son maître l'a abandonné parce que c'est un chat fou. Et il a bien fait !
— D'ailleurs, elle est où, Amy ? demanda Remus.
— Amy ? Heu... Elle est partie de se promener, indiqua Jane.
— Elle a croisé Lily et elles ont décidé de sortir dans le parc comme tout le monde, rectifia Oliver en jetant un regard ennuyé à Jane.
— Et vous n'êtes pas allés avec elle ?
— Oh, tu sais, nous... on est pas très copains-copine avec Lily, argumenta maladroitement Jane. Enfin, je l'aime pas trop à vrai dire. Et Oliver... je crois qu'il s'en fout un peu aussi.
— J'avais pas vraiment envie de rester dehors, prétendit ce dernier. Bon, tu ferais mieux d'aller à l'infirmerie pour tes griffures.
Les deux amis prirent congés et attendirent de s'être bien éloignés pour reprendre leur conversation. Loin d'être dupes, Remus se doutait bien qu'ils cachaient quelque chose et qu'Amy en était le sujet. Mais qu'est-ce qu'ils pouvaient bien manigancer tous les trois et que faisait donc la jeune fille ? Pourquoi ils se disputaient et qu'est-ce qui avait été une « mauvaise idée » ? Et Amy était prête à quoi exactement ? Tout en s'interrogeant sur tous ces mystères, il rejoignit l'infirmerie où il put désinfecter le bas de son ventre et ses cuisses. Quelques pansements plus tard, il retournait à la Tour de Gryffondor où ses copains étaient encore en train de batailler autour d'un jeu de carte sorcier.
— Tu en as mis du temps, remarqua James. Le chaton a encore fait des siennes... regarde plutôt !
Il pointa du doigt la partie opposée de la pièce où ils se trouvaient. Remus tourna la tête et aperçut des morceaux déchiquetés d'un livre.
— Jane était furieuse, rigola Peter. Elle s'est mise à poursuivre le chaton dans toute la pièce jusque dans les dortoirs et vus les cris qu'on entend, elle ne l'a toujours pas attrapé.
En effet, en portant l'oreille, Remus pouvait entendre des cris énervés provenir du dortoir des filles. Oliver, lui, n'était pas non plus dans la pièce. Peut-être essayait-il d'aider son amie à attraper la bête. Il quitta la table où ils étaient pour ramasser les pages déchirées et retourna s'asseoir pour essayer de les recomposer.
— Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda James.
— J'essaie de voir de quoi ce livre traitait, répondit distraitement Remus. « Les bases essentielles pour l'ani... zut, c'est déchiré à cet endroit.
Autour de lui, Sirius et Peter avaient arrêté de jouer et se penchaient dorénavant sur les feuilles qu'il tenait.
— C'était le livre de Jane ? demanda Peter.
— Ça parle de métamorphose, affirma Sirius en lisant une partie du texte qu'il avait récupéré. Ça doit être un de leur livre de cours.
— Je ne crois pas, répondit Remus.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? l'interrogea James.
— Ils trament quelque chose, dit-il. Je ne sais pas quoi mais quand je les ai croisés tout à l'heure, ils parlaient de quelque chose qui serait une mauvaise idée et ça avait un rapport avec Amy... Ils ont tout de suite changé de sujet quand ils m'ont vu et ont réagi très bizarrement quand j'ai demandé où était Amy.
— D'ailleurs, où est-elle ?
— Supposément dans le parc en train de discuter avec Lily, répondit Remus.
— Sauf que Lily est là, dit Peter en désignant d'un mouvement vague de la tête une série de fauteuils près des portes du dortoir masculin.
— Donc, il se passe en effet quelque chose avec Amy, conclut Sirius.
— Et ça a un rapport avec la métamorphose, rajouta Remus. Mais quoi précisément ?
— Ils tentent peut-être d'avancer sur le programme ? suggéra naïvement Peter. Et ça a mal tourné ?
— Pourquoi le garderaient-ils secret ? répliqua Remus.
— Peut-être par honte du résultat provoqué ?
Remus n'était pas convaincu par l'explication. Pour lui, cela cachait quelque chose de plus grave ou dangereux. Il retourna à la page qu'il tenait et essaya de deviner le contenu du texte manquant. Quel genre d'expérience en métamorphose exigerait d'être tenu au secret ?
— Attendez ! intervint Peter. Je lis ici : "La transformation physique de..." - c'est coupé ici - "en animal ou en objet est un procédé à haut risque, d'autant plus..." La suite est déchirée.
— Qu'est-ce qui peut bien comporter de risques ? demanda Sirius. Jusque-là on a transformé tout un tas de trucs en animal et c'était pas très dangereux... C'était plus délicat quand il s'agissait de métamorphosé un animal en un objet, et encore, seul l'animal pouvait en souffrir.
— Oui, mais rappelez-vous la spécialité d'Amy, souligna James. Elle a rajouté une queue de cochon à Avery l'an passé. Sans parler de toutes ces filles qu'elle pratiquement changé en chat. Ce n'était déjà pas des sorts bénins...
— C'est vrai, admit Remus. Elle a toujours eu un faible pour la métamorphose humaine...
D'un seul coup, les garçons se regardèrent, chacun ayant eu la même idée.
— Et si... elle essayait de se transformer, elle ? proposa Sirius, traduisant ainsi ce qu'ils venaient tous de penser.
— Ça me fait penser à des histoires que ma mère me lisait étant petit, se rappela James. Le héros appliquait une formule pour se tondre dans le paysage en se transformant en un objet de décor.
— Tu ne crois quand même pas qu'elle essaye de tels sorts ! s'inquiéta Remus. C'est loin d'être de notre niveau...
— Je ne sais pas mais quand j'entends ce que Peter nous a lus... ça m'en a tout l'air.
À ce moment-là, Oliver et Jane réapparurent dans la salle commune qu'ils traversèrent rapidement, un livre sous chaque bras, avant de disparaître par le tableau de la Grosse Dame. Sans même prendre le temps de s'accorder, les quatre Maraudeurs se levèrent et les suivirent, leur curiosité les poussant à la suite de nouveau mystère.
Ils quittèrent la Tour de Gryffondor et descendirent rapidement les escaliers, prenant cependant soin de ne pas se faire remarquer. Cependant, alors qu'ils venaient de tourner dans le couloir qu'avaient pris Jane et Oliver, ils découvrirent un espace vide.
— Ils ne peuvent pas aller aussi vite ! » s'exclama Remus avec dépit.
Le couloir était long d'au moins une dizaine de mètres et les Maraudeurs talonnaient les Gryffondors d'au moins cinq mètres. Ils regardèrent tout autour d'eux. Ils coururent de l'autre côté du couloir mais trouvèrent à nouveau deux chemins déserts.
— Ils ne peuvent pas avoir disparus quand même !
Pourtant, il fallait bien admettre qu'ils n'étaient plus là. Ils tournèrent en rond pendant plusieurs minutes avant d'admettre qu'ils ne les trouveraient plus. Ils remontèrent un peu déçus jusqu'à la Tour de Gryffondor où ils se mirent à réfléchir à tout ce drôle de mystère...
— oOo —
Escalier, 1e étage, Poudlard, 11 Septembre 1976
— Amy, hé, Amy !
Amy s'attendait à ce que Remus l'aborde très vite mais n'en était pas vraiment ravie. Jane lui avait raconté leur rencontre avec le Maraudeur le jour précédent et visiblement leurs maigres tentatives de camoufler leur secret avaient plus attisé la curiosité naturelle du garçon qu'autre chose. Elle n'aimait pas vraiment cette situation : elle était une piètre menteuse elle aussi.
— Bonjour, le salua-t-elle.
— Salut, répondit-il rapidement. Euh... On ne t'a pas beaucoup vu, hier.
Amy étouffa un soupir en faisant mine de s'éclaircir la gorge. « Oui, euh, à vrai dire, je ne tiens pas vraiment à en parler... »
— Ah bon ? Mais pourquoi ?
— Expliquer serait en parler, rétorqua-t-elle. Écoute, c'est vraiment, vraiment, vraiment embarrassant pour moi, alors...
Elle plongea ses yeux dans les siens et lui coula un regard de cocker. Remus ne s'y attendait pas et se mit à cligner des yeux en balbutiant :
— Oui, euh, désolé, j'aurais pas dû insister comme ça.
— Merci. Allons prendre notre petit-déjeuner maintenant.
Arrivés dans la Grande Salle, Amy le quitta pour rejoindre ses amis. Elle s'installa et se servit un copieux bol de céréales au chocolat. Aussitôt Jane l'interrogea :
— Alors ? Il t'a dit quoi ?
— Il voulait savoir ce que je faisais hier, expliqua Amy. Et je lui ai dit que c'était vraiment, vraiment, vraiment gênant pour moi...
Elle fit les yeux doux à Jane qui se sentit fondre pendant quelques secondes avant de secouer la tête et de se redresser.
— Arrête Amy ! protesta-t-elle en rougissant. Et reprends tes yeux normaux.
La Gryffondor cligna de l'œil et Jane put la regarder à nouveau.
— Ce nouveau tour est génial, ria Jane. Maintenant, plus personne ne pourra te résister avec ces yeux-là...
— C'est vrai, acquiesça Amy amusée.
— Mais tu ne dois pas trop t'en servir, conseilla Oliver. Si tu l'uses trop souvent, les gens vont s'apercevoir du piège et se rendront compte que tu te métamorphoses partiellement.
— Tu l'as déjà dit et répété, soupira Jane. On a compris !
— C'est très sérieux, insista-t-il. Amy, ce qu'on a tenté hier était interdit... Si quelqu'un venait à s'en rendre compte...
— Chuuuut ! le coupa Amy. Justement, n'en parle pas ici... On pourrait nous écouter.
Ceci dit, elle tourna la tête vers l'autre côté de la table et distingua le mouvement synchrone de quatre personnes. Elle se tourna à nouveau vers Jane et Oliver et leur chuchota du bout des lèvres : « Ils nous écoutent ! ».
— Comment pourraient-ils le faire ? demanda Jane tout aussi bas.
À cet instant, Oliver se mit à gigoter en poussant des exclamations de surprise mêlés à des éclats de rire. Les deux filles le regardèrent bizarrement s'agiter sur place. Il tâta le bas de son dos et arrêta tout un coup de remuer et de gémir en relevant ce qui apparaissait de prime abord être une corde. Or, le bout qui dépassait du poing fermement fermé d'Oliver ressemblait plus à une trompette dont la bouche s'ouvrait et se refermait comme cherchant à aspirer de l'air. Les trois adolescents observèrent curieusement l'étrange chose en se demandant ce que c'était – jamais ils n'avaient vus de tel artifice. Bouchant la trompette de la main, Oliver murmura :
— C'est sûrement avec ça qu'ils pensent pouvoir nous épier ! dit-il en désignant le long fil qui parcourait une partie de la table. J'ai une idée !
Ceci dit, il sortit sa baguette, plaça le bout sur sa gorge et prononça sèchement mais à voix basse : « Sonorus ! ». Puis, d'un large sourire et en regardant ses deux amies rirent sous cape, il relâcha la pression autour du coup de la trompette (laquelle poussa un « Piiiit » de soulagement) et tournant celle-ci devant sa bouche lui fit don d'un très peu gracieux et très volumineux : « AAATTTCHOUMMM ! ».
Quatre cris retentirent aussitôt au son de la trompette et on vit quatre Maraudeurs se tenir l'oreille en gémissant, rouspétant et même jurant. Le trio, de leur côté, se tordait de rire, ravis de leur petit effet.
— oOo —
Salle de Potion, Cachots, Poudlard, 11 Septembre 1976
Les Potions. Voilà bien un cours qui donnait des cauchemars à Amy. Non seulement elle était allergique à la découpe d'asticots, de limaces, de plantes vénéneuses ou pleines de pus ragoûtant mais aussi elle ne saisissait pas la finesse, la subtilité, l'art de la composition de potion. Une chose devenait vite clair : elle ne ferait ni médicomage, ni chercheuse en laboratoire ni rien qui eut pu avoir un rapport de près ou de loin à la potion.
L'an passé, cela avait failli être la catastrophe, surtout quand le professeur Slughorn eut l'horrible idée de donner pour sujet la composition d'une potion en binôme. N'ayant eu personne avec qui se joindre, Amy s'était retrouvée avec Severus Snape. Un Serpentard peu aimable et surtout allergique aux Gryffondors (principalement à cause des Maraudeurs qui le choisissaient systématiquement pour cible).
À l'annonce du programme, le visage d'Amy s'était décomposée : cela promettait des heures de révisions en plus pour peu de résultats concluants.
— Salut Amy ! Je peux m'asseoir à côté de toi ?
— Oui, bien sûr, Lily ! Tiens, je te fais de la place.
Amy rassembla les bouts de parchemin qui s'éparpillaient. Lily s'installa à côté d'elle et tout de suite elles commencèrent à discuter. Lily avait toujours été un modèle pour Amy. Cette dernière la trouvait belle, intelligente, rigolote et assurément parfaite. Gentille avec tout le monde, elle n'hésitait pas à lui parler mais elles avaient commencé à vraiment s'entendre l'année passée, grâce notamment au cours de Divination qu'elles suivaient ensemble. Depuis, Amy trouvait encore plus de raisons d'admirer la jeune Gryffondor.
— La prochaine sortie à Pré-Au-Lard est ce week-end, dit Lily. C'est vachement tôt par rapport à l'année passée, non ? Remarque, je ne vais pas m'en plaindre, j'adore y aller.
— Moi aussi ! acquiesça Amy. Surtout à la boutique de Derviche et Bang qui vend tout un tas de gadget magique en tout genre, et celle de Honeydukes ! J'adore les confiseries.
— Oui, et les thés de Madame Pieddodu sont fabuleux ! renchérit Lily. J'adore le thé chinois Oolong, pas toi ?
— Oh, euh, je n'y suis pas allée encore, répondit Amy un peu embarrassée. Comme j'ai entendu dire que ce n'était que pour les couples...
— Et avec Jake ?
— Euh, Jake et moi, on ne se fréquentait pas vraiment... enfin, pas en public en tout cas...
— Oh ! fit Lily, réalisant sa maladresse. Désolée, j'ai oublié...
— Ce n'est pas grave, l'excusa Amy avec un petit sourire. Je préfère encore ça plutôt que tout le monde s'en rappelle !
— Tu sais quoi ? reprit la jeune rousse, décidée à se rattraper. Puisque tu n'y es jamais allée, je vais t'amener avec Oracle et moi, samedi. Tu verras, tu adoreras ! Bon, c'est vrai qu'on y va plus en couple, mais si on est plusieurs à s'y rendre, ça ira. Tu n'auras qu'à amener Oliver et Jane avec toi, ça marche ?
— Ouais, bonne idée !
— Alors, les filles vous planifiez déjà ce week-end ? intervint Oracle qui, justement, venait d'arriver.
Oracle et Amy s'étaient également rapprochées l'année précédente après que Jane et elle se fusse disputée. Pendant toute la période où Amy s'était retrouvée un peu seule, même si Oliver l'accompagnait parfois, elle s'était rapprochée de Lily, d'Oracle et d'Eleanor. Mais cette dernière ne lui parlait plus depuis la fin d'année. Elle était jalouse de la relation qu'Amy avait avec Remus, même si, entre eux, se développait tout juste une solide amitié. Amy avait espéré que pendant les vacances, les choses se tasseraient entre elles mais Eleanor faisait comme si elle n'existait pas.
Le professeur arriva et les discussions s'estompèrent.
Plus tard, Amy fit part de la proposition de Lily à ses amis. Mais, contrairement à ce qu'elle attendait, l'un et l'autre ne paraissaient pas du tout enthousiasmés à cette perspective.
— Ça ne vous tente pas ? demanda Amy.
— Pas tellement, avoua Jane sans détour.
— Mais pourquoi ? C'est le lieu ? Je sais que c'est pour les couples... mais Lily dit qu'on peut y aller quand même si on est plusieurs...
— Ce n'est pas le lieu, Amy, la coupa Jane. C'est plutôt... Je n'aime pas Lily Evans, voilà tout.
— Quoi ? Mais pourquoi ? Elle est super sympa !
— Hmmmmouais, fit son amie, peu convaincue. Écoute, je sais que tu l'aimes bien alors pourquoi tu n'irais pas avec elle, mais sans nous ? Enfin, sans moi, en tout cas.
Amy se tourna vers Oliver, lequel rajusta automatiquement ses lunettes.
— Je préfère aller aux Trois Balais boire de la Bièraubeurre que du thé, dit-il. Et je suis presque sûr que je serais le seul garçon, alors tu m'excuseras mais je préfère éviter un lieu et des discussions trop féminins pour moi.
— Mais je voulais y aller avec vous, moi... bougonna Amy, très déçue.
Son visage pâlit et ses yeux tirèrent vers le bas en même temps que le haut de ses oreilles. Ses amis, voyant cela, tirèrent aussitôt la capuche de sa cape pour la cacher. Amy voulut protester mais ils lui expliquèrent en quelques mots brefs que son visage avait changé. Elle se dépêcha de se frotter vigoureusement la tête pour reprendre une allure tout à fait normale. C'était une des conséquences de leur expérience ratée de la veille... Elle allait devoir être attentive toute la journée si elle ne voulait pas que son visage se mette d'un coup à devenir rouge pivoine ou bien pâle et les traits tirant exagérément vers le bas. Il lui fallait absolument contrôler ses émotions car tout impulsivité enclenché une transformation inadéquate. Elle aurait mieux fait de réfléchir avant d'essayer un tel sort de métamorphose si vite et si mal !
— Maaaais c'est pas si grave, Amy ! dit Jane en la prenant par l'épaule. On fréquente et aime tous d'autres personnes différentes mais ça ne nous empêche pas de rester les meilleurs copains du monde, d'accord ?
— Moi, je ne fréquente personne d'autre, mais je n'ai quand même pas envie d'y aller, intervint Oliver en haussant les épaules.
— Asocial, le traita Jane en secouant la tête.
— Merci.
— Crétin !
Les trois amis continuèrent leur route jusqu'à la salle de Défense Contre les Forces du Mal en riant, bras dessus, bras dessous.
— oOo —
Salle de Défense Contre les Forces du Mal, 2e étage, Poudlard, 11 Septembre 1976
— Ah ha !
D'un geste théâtral, Sirius lâcha ses livres à côté de Amy, laquelle fit un bond de surprise. Sans même demander la permission, le Maraudeur s'imposa à ses côtés. Et il n'était pas le seul. Remus, qui semblait avoir été lui aussi pris de court, posa ses affaires derrière leur bureau accompagné de Peter. James se glissa sur la chaise encore libre à côté de Sirius. Les quatre Maraudeurs fixaient obstinément Amy qui grimaça, s'attendant précisément à ce qu'ils se vengent ou réclament vengeance. Sirius, justement, continua son manège et, rajustant ses mèches derrière son oreille, se pencha vers la jeune fille qui n'eut d'autre choix que de remarquer que le lobe était gonflé et écarlate. Elle lâcha un petit cri de surprise. Satisfait de son effet, Sirius remit aussitôt ses cheveux en avant, cachant son bout d'anatomie gonflée.
— Que... Que... Que...
— Et c'est comme ça pour tous les quatre, abattit Sirius.
Les trois autres relevèrent à tour de rôle leurs cheveux – lesquels étaient bizarrement longs mais Amy finit par comprendre qu'ils se les étaient faits pousser artificiellement pour recouvrir leur oreille.
— Oui-mais-c'est-pas-ma-faute ! se pressa-t-elle de clamer son innocence. C'est-c'est-c'est vous qui n'aurez pas du nous écouter en premier lieu ! Et puis, c'est-c'est Oliver qui a fait ça, pas moi !
— C'est bien beau tout ça mais nous on entend plus que d'une oreille là ! rouspéta Peter.
— Et-et ben allez à l'infirmerie ! répliqua Amy, mal à l'aise.
— Oh mais c'est déjà fait, réagit James. Et tu veux savoir ce qu'elle nous a prescrit, Mme Pomfresh ?
— Je peux répondre non... ?
James la foudroya du regard. « Elle nous a fourré de la bave de XXX ! Je la sens encore glisser au fond de ma lobe et ça sera comme ça jusqu'à au moins demain ! »
— Désolée ! s'excusa Amy. Mais un, je ne peux rien faire pour vous. Deux, n'essayez plus de nous espionner. Moi aussi, j'ai le droit de me mettre en colère. Vous n'avez pas à nous épier de la sorte, pour qui vous prenez-vous ? Et toi ! » Elle se retourna vers Remus. « Je t'avais pourtant demandé de ne pas insister !
Remus ouvrit la bouche pour se défendre mais la referma. Elle n'avait pas tout à fait tord. Mais très vite, les garçons oublièrent le sujet initial de la conversation et Amy les vit cligner plusieurs fois des yeux. Peter la pointa même du doigt.
— Amy, ton visage... il est tout rouge !
Réalisant qu'elle s'était stupidement laissée emportée par un changement d'émotion, Amy détourna la tête et se cacha derrière ses mains. Elle se frotta vigoureusement la tête, seul remède qu'elle avait réussi à trouver face à son problème (elle n'avait pas osé en parler à Pomfresh de peur que l'infirmerie ne l'interroge). Elle n'avait même pas voulu se mettre réellement en colère ! Cela s'empirait...
— Ça va ? ne cessaient de demander à tour de rôle les garçons.
Sirius posa même une main sur son épaule pour la faire réagir. Hésitante, Amy se redressa et leur fit lentement face, espérant avoir réussi à arrêter ses rougeurs intempestives.
— Ton visage est redevenu normal, affirma James avec soulagement.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? l'interrogea Remus.
Amy se mordit les lèvres, consciente qu'elle ne pourrait plus mentir très longtemps.
— Et ne nous dis pas que ce n'est rien ! la prévint aussitôt Peter. Ou de laisser tomber. Ce serait très mal nous connaître.
— Ce n'est pas que de la curiosité, lui assura Remus. Enfin, si, ça l'est. Mais on est aussi très inquiets... Ton visage a changé subitement !
— Je...
Elle n'eut pas le temps de terminer que le professeur de Défense Contre les Forces du Mal fit son entrée. Soulagée, elle effectua un vague geste qui voulait dire « Plus tard » avec, bien sûr, la ferme intention de s'échapper à la fin des cours et... Rien. Elle était bien consciente qu'elle ne s'en sortirait pas facilement et n'avait aucune idée de comment elle pourrait ne pas leur avouer la vérité. Elle préféra ne pas songer à ce qui adviendrait ensuite.
Mrs Gustave Desrault était un professeur exigent et qui détestait la médiocrité. Il avait clairement fait comprendre qu'il n'hésiterait pas à noter encore plus durement les élèves qui n'atteindraient pas un niveau suffisant. De plus, il détestait accaparer le cours pour faire de longs discours explicatifs sur des sujets déjà détaillés dans leurs livres aussi leurs principaux devoirs consistaient à avaler les quarante pages que composaient chaque chapitre du pavé qu'on leur avait fait acheter.
Le professeur démarra donc comme il l'avait annoncé par une série de questions pointilleuses sur le premier chapitre à étudier. Cela dura une bonne vingtaine de minutes et tous les élèves étaient interrogés. Ils s'aperçurent très vite qu'il valait mieux avoir lu scrupuleusement le livre car le professeur interdisait formellement que l'on souffle à son voisin. Ainsi, Mrs Desrault retira cinq points à Gryffondor quand il surprit Eleanor essayant d'aider sa voisine en recopiant la réponse sur un parchemin, et à Peter qui avait tenté d'ouvrir discrètement son livre à la bonne page. D'un autre côté, chaque bonne réponse était récompensée jusqu'à trois points selon le degré de précision et chaque mauvaise ou explication trop vague retirait un point.
Après cette série d'interrogations orales, le professeur Desrault fit un large résumé de ce qui était essentiel à retenir et appuya plus particulièrement sur les bases magiques des sorts de défense. Ceci conduisit donc le cours à un terrain de pratique que les élèves apprécièrent.
À la fin du cours, Amy profita que le professeur arrête James pour le complimenter sur sa maîtrise des sorts appris pour s'éclipser. Remus tenta bien de l'interpeller mais elle parvint toutefois à s'en aller. Jane et Oliver qui l'attendaient à la sortie lui demandèrent plus de détails sur ce qui s'était passé en début de cours – ils avaient bien vu l'agitation autour d'elle. En route, elle leur détailla donc la scène, et son incapacité à bien se maîtriser.
— Les effets secondaires sont sensés durer combien de temps ? questionna Jane.
— Normalement, trois jours au moins, dit Amy avec fatalisme. Je ne tiendrai pas jusque-là !
— Je maintiens que tu devrais aller voir l'infirmière et lui parler, conseilla Oliver. Je n'aime pas trop que tu restes dans cet état. Même si on croit reconnaître les effets secondaires du sort... Je suis inquiet que ce soit plus grave qu'une perte de contrôle de ton don de métamorphomage ! Amy, tu es en train de te liquéfier !
Amy ramena aussitôt sa cape sur sa tête et ajusta le col pour cacher son visage. Elle eut beau se frotter, elle n'arrêtait pas de sentir son visage dégouliner comme du beurre fondu.
— A l'infirmerie ! ordonna Oliver.
Et cette fois, il ne fut plus question de refuser.
— oOo —
Infirmerie, Poudlard, 11 Septembre 1976
Amy en eut le souffle coupé.
McGonagall venait de lui faire le plus dur sermon de tout son existence, et non seulement ça, mais elle lui interdit de sortie à Pré-Au-Lard pour toute l'année, interdiction de matchs de Quidditch, de sortie à Pré-Au-Lard et retenue tous les soirs jusqu'à nouvel ordre. Jamais Amy n'avait vu la directrice de sa maison se mettre autant en colère. Elle avait été si déçue et fâchée de son comportement que des larmes avaient coulé pendant qu'elle la sermonnait. Voir la si dure et sévère McGonagall pleurer avait littéralement coupé le souffle de la jeune fille qui réalisa, plus encore que par les cris de colère, qu'elle avait fait quelque chose de mal.
Pourtant, elle ne voyait pas ce en quoi c'était si mal de vouloir apprendre à développer son don. Elle était Métamorphomage mais contrairement aux autres enfants possédant ce don, elle n'était pas encore capable de se transformer une partie du corps par la simple volonté. Pourtant, elle avait lu dans plusieurs ouvrages que les Métamorphomage exprimait des dons de métamorphose poussée dès la naissance à tel point qu'une fois adolescent, ils étaient déjà capable de transformer une partie de leur corps : faire pousser des poils sur un bras, avoir un pied de biche, un nez d'éléphant... Mais Amy ne se transformait pas elle était juste plus douée en Métamorphose que les autres.
Ce fut en troisième année qu'elle avait décidé de pallier à ce qui lui paraissait être anormal. Elle avait toujours été considérée comme une fille moyenne, peu douée dans ses études, maladroites, pas très jolie... En découvrant qu'elle était différente des autres, qu'elle était en quelque sorte unique par sa nature de métamorphomage, elle s'était sentie soudain moins nulle et banale qu'avant. Mais en découvrant qu'il y avait quelque chose qui clochait chez elle, elle s'était sentie en colère et terriblement déçue.
Jane et Oliver qui l'avaient écouté et comprise avaient tout fait pour l'encourager, et étaient même allés chercher dans des livres interdits des méthodes peu orthodoxes pour dépasser son problème. Pendant une année, ils s'étaient contentés de rassembler leur recherche et d'établir un programme d'entraînement. Hier, Amy avait voulu commencer mais au lieu d'effectuer les premiers exercices d'échauffement, elle s'était tout de suite lancée sur un sort plus élaboré et dangereux. Elle n'avait pas imaginé qu'il y aurait de telles conséquences – une perte de contrôle terrible sur son propre corps. Elle pensait même y arriver d'un coup. Elle avait été trop présomptueuse.
McGonagall parla même de renvoi, ce qui avait fait pleurer Amy qui s'était soudain stupide, terriblement stupide, et désespérée. Que ferait-elle si on la renvoyait de l'école ? Elle avait appris, surtout grâce à Hagrid, le semi-géant gardien des clés de l'école qui lui avait confié son histoire, qu'une fois renvoyée de Poudlard, on casserait sa baguette et on lui interdirait d'utiliser à nouveau la Magie. Peut-être même scellera-t-on son pouvoir de métamorphose et elle serait contrainte de retourner dans le monde moldu où elle aurait trois ans de retard par rapport à tous ceux de son âge. Elle s'imagina retourner en classe avec des enfants de onze ans, parce qu'elle n'aurait pas suivi les bons enseignements, et cela lui fit horreur. Elle supplia McGonagall de lui offrir une autre chance, de ne pas la renvoyer. La directrice de l'école avait durement déclaré que ce n'était plus de son ressort et avait quitté la pièce. Puis, le directeur de l'école, Albus Dumbledore lui-même, était venu lui parler. Il n'avait pas paru en colère mais lui avait parlé d'un ton grave très graves des conséquences néfastes qu'elle aurait pu subir. Puis, quand elle osa enfin demander si elle était renvoyée, il lui avait souri et gentiment tapoté le bras en disant que ce n'était pas le cas mais qu'elle serait punie. McGonagall était alors revenue, plus calme, mais toujours sévère, et lui avait donné ses punitions.
