Note de l'auteur : Après le dernier chapitre, vu par le double de visiteurs par rapport à d'habitude et aucun retour, je redoute un peu de montrer la suite mais... Allons-y... Ce n'est toujours pas très joli, joli, ce qu'il se passe, et toujours destiné à un public mature... Un conseil, ne vous fiez pas aux apparences !
Bonne lecture !
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Dans le chapitre précédent... Hermione découvre une nouvelle facette de Blaise, dans la douleur, se shoote au sang de vampire pour la première fois, et se perd un peu plus…
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Vingt-et-unième plume
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Je me réveillais tard dans la journée, de ces réveils où on ne pense à rien pendant quelques secondes, juste heureux d'aborder une nouvelle journée.
Quelques secondes qui suffisent pour se demander pourquoi on s'est endormie nue en travers du matelas.
Quelques secondes avant qu'on ne se relève et qu'on voit son lit tâché de sang, de sperme et de cyprine.
Quelques secondes avant d'être happée par des odeurs de stupre et de sueur.
Quelques secondes avant d'être dégoûtée par ce spectacle et de repousser vivement les draps dans des battements de pieds frénétiques.
Quelques secondes après lesquelles je suffoquais et pleurais, un peu, encore groggy et ayant des difficultés à me souvenir.
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Je me suis obligée à me calmer et me suis précipitamment levée. J'ai trouvé facilement mes vieilles frusques près de l'entrée de ma chambre et ce n'est qu'en enfilant mon pantalon que j'ai remarqué mon état.
J'ai lâché tous mes vêtements et me suis regardée.
J'étais couverte de foutre et de sang, de traces de doigts qui s'étaient agrippés, qui avaient serrés ma chair, qui zébraient mes cuisses.
Des griffures couraient sur une hanche, et mon sein gauche, troué de ses dents, prenait une couleur violacée sous la pression qu'avait exercé sa bouche.
Je me suis recroquevillée contre la porte, cherchant à me rappeler, comprendre comment nous en étions arrivés à une telle turpitude.
Nous étions allés bien au-delà de ce que je m'imaginais être une simple soirée de débauche dépravée.
C'était malsain. Nous le savions et nous nous étions vautrés dedans. Je me sentais avilie, honteuse, et le tableau qui s'offrait à mes yeux n'arrangeait rien.
J'ai eu un haut-le-cœur et n'ai pu m'empêcher de vomir. Je restais longtemps pelotonnée sur moi-même les yeux rivés sur ce spectacle horrifiant. Sûrement plusieurs heures.
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Je me refaisais le film de ce qu'il s'était passé, écartant volontairement tous mes souvenirs liés à la prise de sang de vampire dont j'avais toujours, jusque-là, ignoré les effets.
Dans le coltard, je ressassais, empirant et exagérant, peut-être, aussi, mes souvenirs de la veille. J'avais besoin de me châtier d'avoir voulu jouer avec Blaise. Je voulais me flageller pour avoir aimé ça.
Je voulais être blâmée pour ne pas l'avoir jeté dehors, pour l'avoir consolé de m'avoir méprisée et plus encore, je voulais être punie pour avoir envie de le revoir malgré tout.
Je me détestais pour tout cela et je voulais continuer à me faire mal en m'infligeant la vue de mes méfaits.
Je me raisonnais tant bien que mal, aussi, pendant ces quelques heures et arrivais finalement à mouvoir mon corps engourdi.
J'ai passé mes vêtements lentement et arraché les draps de mon lit, les brûlant dans la cheminée magique du salon.
J'ai effacé d'un sort les traces de sang qui transperçaient le matelas et l'ai retourné, espérant tout oublier par ce simple geste.
J'ai pris une éponge, un seau, une brosse dure et une serpillière et me suis acharnée à nettoyer chaque recoin de ma chambre, à quatre pattes, à mains nues.
Ma peau se fripait, s'écorchaient et mes genoux se recouvraient de nouvelles marques violacées.
Il était peut-être deux heures du matin quand je cessais cette folie et partais me doucher.
Là encore, je frottais ma peau énergiquement, la rougissant à l'extrême. Je ne me suis arrêtée qu'en faisant saigner un de mes genoux déjà trop maltraité.
J'ai brûlé mes vêtements. J'ai enlevé toutes les traces que je pouvais sans pour autant retrouver mon intégrité.
Je me suis interdit de prendre des potions où de me soigner d'une quelconque manière. Je ne le méritais pas.
Épuisée, je me suis endormie sur le sofa, refusant encore de rejoindre mon lit.
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Je n'ai pas quitté mon appartement pendant plusieurs jours.
Je me suis fait porter pâle au travail, ai décroché mon téléphone et, si un hibou venait, je laissais le courrier s'entasser sur un coin du bar de la cuisine sans l'ouvrir.
Je ne répondais pas plus à l'interphone et après avoir été dérangée trois fois par sa sonnerie stridente, l'ai débranché également.
Je ne me suis nourris que de céréales et de thé, à peine et à des heures indues. Je n'avais pas faim, je ne voulais voir personne et je me demandais si je méritais de vivre.
Forcément, je n'ai pas longtemps hésité à vider ma réserve de vodka que j'ai écoulé trop rapidement.
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Il m'a fallu cinq jour pour ne plus avoir ces envies clastiques de me buter. C'est peu et c'est énorme.
Surtout quand on est seule et qu'on a à disposition tous les moyens pour le faire. J'ai résisté.
J'ai pensé, beaucoup. J'ai fait des listes. J'ai tapé dans un mur. J'ai crié comme une furie. J'ai passé des heures les yeux dans le vide. Je me suis pelotonné dans une couverture. Roulée en boule, j'ai dormi, longtemps. Je me suis détestée et j'ai essayé de me rassurer.
Depuis, j'ai appris à accepter.
J'ai fini par accepter d'être faillible. Je ne me suis entièrement pas pardonnée, mais j'ai accepté avoir fait de la merde. Et accepté que j'en referais. Ce qui a évidemment été le cas depuis.
J'ai accepté d'être méprisable, parfois, et de ne pas me mépriser, non plus, constamment.
J'ai accepté que j'étais clairement paumée et que ce n'était pas qu'une jolie formule qu'on utilise pour justifier ce qu'on ne ferait pas en temps normal.
J'ai accepté que, qu'on le veuille ou non, le « temps normal » n'existe pas et qu'il n'y a que le présent et ce qu'on en fait.
J'ai accepté d'assumer mes actes et de ne pas en faire, seulement, des paroles en l'air. Mais ça m'a pris du temps.
Là encore, avec tout ce qu'il s'est passé depuis, je ne suis pas encore totalement convaincue par ce que j'écris. Mais je veux y croire.
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Quand j'ai commencé à comprendre, un peu, tout ça, j'ai quitté le survêtement que je n'avais pas enlevé de la semaine et me suis lavée pour la première fois depuis bien trop de jours.
J'ai effacé mes bleus à l'aide d'un baume, soigné mes blessures et avalé quelques potions de mon cru pour me remettre d'aplomb.
J'ai ouvert la porte de mon appartement en tremblant et en ai franchi le seuil.
Je me suis sentie comme une rescapée. J'étais presque soulagée. Presque.
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Je me suis retrouvée sur le trottoir devant mon immeuble, à me demander ce que j'allais faire.
Je me suis rendue compte que le soleil brillait haut dans le ciel et que j'avais oublié le décompte des jours et des nuits.
Je suis partie au hasard et, en croisant une pharmacie, j'ai lu sur l'enseigne lumineuse que nous étions jeudi, qu'il était 13h47 et qu'il faisait 27°. C'était la mi-juillet, il faisait chaud, et pourtant, je frissonnais de froid.
J'ai continué à marcher, observant les passants, les touristes en vacances, les enfants jouant au ballon dans une cour. Ils vivaient et j'avais toujours l'impression d'être un peu morte à l'intérieur.
Des souvenirs remontaient de mon trip, des impressions, des sensations mais elles n'avaient pas la même saveur. Elles étaient moins vives, moins fougueuses. Tout semblait plus morne.
Je me suis mise à courir, pour sentir l'adrénaline, pour m'essouffler et faire battre mon cœur. Pour ressentir ce tambourinement qui donne l'impression que notre corps va exploser.
La tête m'a tournée, vite. J'étais déshydratée et mon corps était fébrile de n'avoir pas assez été nourris.
Je me suis arrêtée, d'un coup, les mains sur les genoux, buste en avant, je crachais mes poumons et retrouvais difficilement mon souffle dans de grandes inspirations. Je sentais la transpiration, mes cheveux collaient à mon front, les joues me brûlaient et mon haut engluait mon dos.
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J'ai eu envie de voir Harry et me faufilant dans une ruelle, j'ai transplané directement chez lui en faisant fuir un chat perché sur une poubelle.
J'ai martelé sa porte comme une folle et je devais en avoir l'air, vu son regard en ouvrant, d'abord agacé par le bruit puis surpris de me voir, le poing suspendu, prête à cogner encore contre le bois, les phalanges déjà un peu écorchées, poisseuse et toujours essoufflée.
Il m'a fait entrer en me tirant par le bras et en me pressant de questions. Je lui ai dit que j'avais faim. Je ne savais pas quoi dire d'autre, ni pourquoi j'étais venue là, en fait.
Il m'a regardé manger comme une affamée, m'apportant tout ce qu'il trouvait dans son frigo ou dans ses placards. Je surprenais, par moment, un regard inquiet et intrigué mais il ne disait rien.
J'ai mangé jusqu'à l'écœurement. Il s'est raclé la gorge pour attirer mon attention et je l'ai regardé en me mordant la lèvre, complètement gênée du spectacle que je venais de lui offrir.
Il m'a amené à la salle de bain, attrapant une serviette, un tee-shirt bariolé et un bermuda découpé dans un de ses vieux jeans, m'y a doucement poussée et en est ressorti en fermant la porte.
J'ai écouté son ordre implicite, pris une longue douche chaude et enfilé ses vêtements propres, laissant les miens entortillés au sol.
Je l'ai rejoint au salon, mes cheveux lavés gouttant dans mon dos et mouillant son tee-shirt.
Il m'a servi un thé, a passé un bras sur mes épaules et m'a rapproché de lui. J'ai fermé les yeux, retenant des larmes.
Je sentais que j'étais protégée et que je pouvais relâcher la pression. Plus aucune tension. J'étais dans un cocon. Je me suis endormie.
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Je me suis endormie alors qu'il continuait à s'interroger en silence. Et des questions, il en eut des milliards à mon réveil. Il n'avait pas apprécié mon black out des derniers jours, ni l'habitude de me voir comme une biche affolée.
Il ne m'a pas souvent vu pleurer. Et à chaque fois, il savait que la situation était grave.
Blottie contre lui, les jambes repliées sur moi, la tête cachée sur son torse et protégée par ses bras, je lui ai raconté ce que, depuis, j'ai réussi à retranscrire dans ce carnet.
J'ai parlé. Vite et longtemps. Je refusais de voir les expressions de son visage mais je restais attentive aux quelques tressautements de son corps. A sa poigne qu'il rendait plus ferme, me certifiant silencieusement que j'étais en sécurité.
Ses bras étaient un abri. Un abri qui me préserverait envers et contre tout.
Il n'a rien dit quand, la bouche sèche, j'ai conclus ma diatribe contre moi-même. Il m'a juste serré plus fort pour m'assurer de sa présence indéfectible. Il était là, et il était solide. Mon roc.
Je me sentais rassurée. Mes craintes, si elles ne pouvaient s'évaporer, étaient déjà plus lointaines. Repoussées par mon Patronus humain personnel.
Je me suis dégagée, lentement et, à genoux sur le sofa, j'ai lentement levé les yeux vers lui.
Je l'ai fixé longtemps. Je voulais imprimer son regard. Le garder précieusement dans une boite et apprendre à le dégainer à la vitesse de l'éclair.
Ce regard intense qui criait « Ce n'est rien, je serais là pour toi, quoi qu'il arrive ». Un petit sourire s'est accroché à ses lèvres. Un sourire presque penaud. Un sourire sincère.
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J'ai compris qu'il m'aimait. Et que je l'aimais. Je l'avais toujours su. Lui et moi. On était amis. On connaissait tout de l'autre. On était une famille. Une famille tellement plus forte que celles à qui on est liés par le sang.
On s'était déjà dit à quel point nous nous aimions. On le savait et ça n'allait pas plus loin.
Ce jour-là, je l'ai compris. J'ai compris qu'il m'aimait plus que quiconque ne l'avait jamais fait. Plus que mes autres amis, plus que mes parents, plus qu'aucun autre homme m'aillant jamais désirée.
J'ai compris ça et j'ai eu besoin de savoir. Savoir ce que ce serait que d'embrasser quelqu'un qui m'aime à ce point-là. Quelqu'un que j'aime à ce point-là.
Il n'était pas question d'envie ou de désir. C'était une nécessité. C'était vital.
Il a dû comprendre, lui aussi, parce qu'il a étendu son bras et fait glisser deux doigts sur ma mâchoire. J'ai tourné la tête pour embrasser sa paume. Elle était chaude.
Il sentait le chaud. Il me faisait penser à la plage. A un champ de coquelicot gorgé de soleil. A des pieds mouillés qui sèchent au bord d'un étang.
J'ai senti sa respiration se bloquer dans sa gorge. Mon cœur s'est emballé, j'ai eu peur de lui faire mal. Il a entrouvert la bouche, murmurant mon prénom.
Je n'ai pas voulu savoir ce qu'il allait dire. S'il voulait arrêter ou continuer. Je ne voulais pas qu'il parle. J'étais égoïste. Je devais savoir ce que ça nous ferait. Même si après, on se ferait du mal.
J'ai doucement pris son poignet dans ma main et me suis rapprochée de lui en reposant son bras sur le sofa.
Nous avons continué à nous regarder, nos visages si près l'un de l'autre que nos nez étaient à un pouce de se toucher.
Je pouvais voir toutes les pores de sa peau hâlée. Je pouvais compter les poils de sa barbe naissante. Je pouvais voir mon reflet dans ses lunettes et, derrière, ses pupilles dilatées, cerclées de ce vert soutenu.
Je discernais chacun de ses cils et remarquais les détails incrustés dans sa cicatrice en forme d'éclair que j'avais tellement tendance à oublier. J'en percevais les creux, les irrégularités, les petites cavités rosées.
Nos souffles se mélangeaient, nos lèvres se frôlaient sans vraiment se toucher et nous continuions à nous détailler. Je sentais son odeur, entendais son cœur qui palpitait, respirais son haleine puis sa peau. Il en fit de même, faisant glisser son nez sur ma pommette puis ma joue.
J'ai fermé les yeux et l'ai imaginé faire ce qu'il était en train de faire, comme un spectateur. Je nous voyais, derrière mes paupières closes. J'avais presque davantage besoin de le voir que de le vivre. Ou quelque chose comme ça...
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Je l'ai senti éloigner son visage et j'ai rouvert les yeux pour le voir repousser ses lunettes sur le haut de son crâne et se perdre dans sa chevelure folle.
Il a avancé son buste de quelques centimètres, me permettant de me redresser et retrouver une position plus confortable, mes genoux cognant pourtant toujours contre sa cuisse.
J'ai pris son visage en coupe et, entrouvrant nos lèvres, nous nous sommes embrassés dans un souffle confus.
J'ai goûté ses lèvres et il goûtait les miennes. Nos langues se sont mêlées et j'étais presque surprise que la sienne soit si chaude. Presque brûlante dans ma bouche.
C'était doux et réconfortant. Ça n'avait rien de passionné. Rien de comparable à ce que je ressentais avec Blaise.
Ce n'en était pas moins agréable. J'appréciais que ce soit simple, calme, posé.
C'était voluptueux, bienveillant. Ça manquait peut-être un peu de piment, mais ça paraissait juste.
Tellement juste que je laissais deux larmes heureuses s'échapper de mes yeux et s'écraser sur sa joue pour aller se perdre dans son cou.
On s'est séparés, osant à peine se sourire mais ne nous lâchant pas des yeux. Ses lèvres étaient rouges, pleines et ses pommettes rosies. J'étais pareille, je pense.
« Va dormir », m'a-t-il dit doucement et je l'ai écouté.
Je me suis relevée, ai amorcé un pas vers la porte d'entrée avant de me raviser et partir vers sa chambre. Sur le seuil, je me suis retourné vers lui alors qu'il acquiesçait.
Je me suis faufilée dans son lit, ai plongé mon nez dans l'oreiller sur lequel il dormait d'habitude et me suis endormie. Sereine.
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30 septembre 2005
