Carmolian connaissait l'endroit comme sa poche. Il l'avait arpenté si souvent qu'il aurait pu s'y promener les yeux fermés. À la lueur de la torche, il marcha dans la vallée qui bordait le champ d'épaves. Il prenait bien soin de poser les pieds là où il n'y avait aucun débris.

Il guida ainsi Solidy jusqu'au vaisseau Judon et s'arrêta devant la porte.

- Votre ami a un bon œil, grommela-t-il, il a pris le vaisseau le p… plus infesté.

Solidy sourit. Comme d'habitude, le docteur avait l'habitude de bien choisir ses combats.

Carmolian fit le tour de la carcasse et s'arrêta devant la porte, toujours fermée. Il passa les doigts dans une fissure sur le côté de la porte.

- Plus alimenté, se contenta-t-il de dire. Aidez-moi.

Il mit sa lance dans la fissure pour faire un levier et tira dessus. Solidy mit ses mains sur la lance et y mit tout son poids. La porte céda lentement, puis s'ouvrit brusquement dans un craquement.

- 12-o- 12-o-12-o-12-o-12-o-12-o-12-o-12-o-12-o-12 -

Le docteur avait presque terminé les branchements sur la console. Il alla vers le fil que Jack avait coupé et croisa les fils de cuivre pour reconnecter la console. Il retourna à la console et appuya sur le gros bouton rouge au milieu de la console avec un étrange sentiment de satisfaction. La console se réactiva puis elle s'éteignit et se réactiva plusieurs fois avant de rester activée.

- C'est tout, demanda Jack?

- C'est du binaires, la base de tous langages informatiques, si ça fait longtemps qu'ils parasitent ces vaisseaux, ça me surprendrait qu'ils n'aient pas essayé d'en décrypter le langage.

- Et que disait le message?

- Je n'avais droits qu'à quatre caractères. Alors j'y suis allé avec quelque chose de simple.

- Là je commence à être inquiet. Quel est le message?

- Aide. Du moins quelque chose d'équivalent en Judon.

- Ils comprennent le Judon?

- Ces ordinateurs le sont et ils les occupent depuis longtemps.

- Espérons qu'ils comprendront.

À ce moment, tous les instruments de bord se mirent à bouger, les consoles devinrent de plus en plus bruyantes, émettant un bruit de surcharge électrique.

- Je crois qu'ils ne veulent pas comprendre, répondit le docteur. Il y en a qui sont têtus.

- On dirait qu'ils essaient de nous atteindre et il n'y a aucun moyen de sortir d'ici.

- Vous pouvez sortir, répliqua le docteur. En tirant sur le fil vous avez coupé l'alimentation de la porte que j'ai bien pris soin de ne pas rebrancher. Vous risquez d'y perdre la vie quelques fois, mais éventuellement vous atteindrez la sortie.

- Je ne vous laisserai pas, docteur. De plus, mourir n'est pas une activité très agréable.

- À qui le dites-vous? Si je meurs ici, j'utiliserai l'énergie de ma régénération pour détruire les consoles et je pourrai enfin sortir.

- Dire que je commençais à me faire au style écossais, maugréa l'immortel.

Les consoles se mirent à lancer des arcs électriques et ça se rapprochait de plus en plus des deux hommes. Ils entendirent alors un craquement du côté de la porte, une lance passa devant eux et se ficha dans le transformateur électrique, au bout de la rangée de consoles. Toutes les consoles s'éteignirent. Le docteur se tourna vers la porte. Solidy et le rescapé s'y trouvaient.

- Qu'attendez-vous, cria Solidy?

Le transformateur se mit à crépiter dangereusement.

- Ils essaient de le faire sauter, s'écria Jack.

- Courrez, répondit le docteur alors qu'il s'élançait vers la sortie!

Dès qu'ils furent dehors, ils s'éloignèrent rapidement des carcasses, guidés par Carmolian.

- Bon sang, reprit Jack en reprenant son souffle. Pas facile d'aider quelqu'un qui cherche à nous tuer.

- Aider, demanda Carmolian?

- C'est un peu compliqué, lui expliqua Solidy, nous essayons de retourner une faveur à un ami.

- Ils sont trop dangereux.

- Le problème, c'est la communication, reprit le docteur. Ils sont trop différents de nous, alors ils n'ont aucune considération pour les être biologiques comme nous. Ils nous considèrent probablement aussi comme des parasites qu'il faut exterminer.

- Qu'en est-il de Gizmo, demanda l'albinos?

- Ses ancêtres ont vécu parmi les humains depuis des générations. Ils ont appris à les connaître.

- Il faut p… partir d'ici, coupa Carmolian, votre vaisseau n'est pas encore sous leur contrôle, il faut se p… presser.

- Il n'y a pas de presse, ils ne peuvent pas parasiter le Tardis.

- C'est ce que j'ai cru. Je suis venu p… pour les étudier. Nous avions blindé tous nos appareils et placés des champs d'iso… isolation autour du vaisseau et nous avons renversé la polarité du courant de neutron p… pour les tenir éloigner. Ils ont fini par nous atteindre.

- Excellente idée! C'est brillant, commenta le docteur, mais apparemment insuffisant!

- Ils sont tenaces. Ils ne lâcheront p… pas tant qu'ils n'auront pas votre vaisseau.

- Le Tardis a des millions d'années d'avances technologiques sur ces vaisseaux. Ils ne pourront pas le parasiter.

Carmolian soupira. Il s'exprimait avec de plus en plus de facilité, mais malgré ça, il n'arrivait pas à se faire comprendre.

- Ils ne le savent pas ça. Ils vont tout faire p… pour le prendre, quitte à le démolir pièce par pièce. C'est pour ça qu'ils vous ont enfermés dans cette carcasse : pour vous éloigner. Ils sont intelligents et très tenaces.

Le docteur se mit à penser à toute vitesse, pendant un moment, une ombre d'inquiétude passa dans son visage.

- Ça veut dire que le Tardis est sous une attaque constante depuis que nous sommes arrivés.

La cloche d'alarme du Tardis se fit alors entendre.

- Tous au Tardis, cria le Seigneur du temps.