Allongé dans son lit, les yeux fixés au plafond, les mains posées sur le petit paquet qui reposait sur son torse que Lily lui avait fourré dans les bras juste avant qu'il ne quitte sa chambre en ayant probablement l'air d'un parfait idiot, James essayait de retrouver un rythme cardiaque normal. Ou au moins, supportable.
Lily l'avait embrassé. Le baiser avait été aussi bref qu'intense. Il ne s'en remettrait jamais, il en était parfaitement certain. Il la revoyait fermer les yeux et avancer lentement son visage vers le sien, il sentait encore la subtile pression de ses lèvres sur les siennes, et ses mains qui remontaient discrètement jusqu'à son torse contre lequel elle appuya le cadeau avant de s'écarter de lui et de lui jeter un regard à la fois satisfait et désolé qu'il ne sut pas comment interpréter.
Il n'avait pas encore réussi à se résoudre à déchirer l'emballage. Il essayait encore de se convaincre que ce qu'il avait vécu cinq minutes plus tôt n'était pas une invention de son esprit. Il n'avait même pas pu la remercier. Il avait essayé, mais il était tellement hébété qu'il avait seulement réussi à bafouiller quelque chose qui n'avait aucun sens mais qui avait au moins eu le mérite de la faire sourire.
Mortifié et pris d'une panique qui ne lui était pas familière, il avait quitté sa chambre pour aller s'enfermer dans la sienne, non sans se prendre les pieds dans le tapis du couloir, et s'était écroulé sur son lit comme si on lui avait lancé le maléfice du saucisson. Il n'avait pas bougé depuis ce moment là. Pas d'un seul centimètre. Il avait même oublié que Sirius l'attendait toujours dans le salon. Tout avait disparu de son esprit, à part Lily.
Puis, lorsque le choc fut dissipé, au bout de trente petites minutes, il se redressa légèrement et jeta un coup d'oeil intéressé vers le paquet qu'il tenait toujours entre ses deux mains. Il l'ouvrit avec précaution et découvrit, surpris, une enveloppe accompagnée d'un petit carnet pourpre tenu fermé par un cadenas en forme de tête de lion.
Il le retourna dans tous les sens avant de se résoudre à ouvrir l'enveloppe à l'intérieur de laquelle il trouva une minuscule clé et une courte lettre qui disait simplement :
« Cher James,
Je ne sais pas vraiment si mon cadeau te plaira, mais après ce que nous avons vécu dans le train, je ne pouvais pas continuer à jouer l'indifférence parce qu'il n'y a plus de jeu. Il n'y a plus que de la peur, et il n'y a que toi qui puisse rendre cela supportable.
J'ai cherché comment te le dire, j'ai cherché comment tout t'expliquer, mais je n'ai pas trouvé d'autre solution que celle-ci. C'est mon journal intime. J'espère que tu comprendras mieux après l'avoir lu.
A toi,
Lily. »
Gagné par un enthousiasme comme il n'en avait jamais ressenti en dix sept ans de vie, il se hâta d'enfoncer la petite clé dans la serrure et d'ouvrir le journal. Cependant, quelque chose le dérangeait un peu là dedans. Tout ce qui se trouvait étalé sur ces pages, c'était elle. Ses sentiments les plus intimes, ses convictions les plus profondes, ses secrets les plus sombres... Tout était regroupé là dedans, et il éprouvait un peu de remord à l'idée de faire irruption à l'intérieur.
Bien sûr, elle l'y autorisait, sinon, pourquoi le lui aurait-elle offert ? Mais quand il ouvrit la première page avec toute les précautions du monde, il eut un peu peur de ce qu'il allait y trouver. Il reconnut aussitôt l'écriture de Lily, bien que ses traits furent plus grossiers que d'ordinaire, et il se retrouva irrémédiablement attiré par les mots qui s'étalaient sur le papier jauni du journal.
« 1er Juillet 1975,
Cher journal, pour tout t'avouer, je pensais que tu me serais à jamais inutile. C'est vrai que quand Marlène t'as laissé sur mon lit en me disant que c'était son cadeau de fin d'année pour moi, j'ai rigolé en disant que je n'étais pas vraiment le genre de fille à écrire dans un journal intime. Elle m'a dit qu'un jour, je pourrais me surprendre, et voilà. Je me surprends.
Mais tu sais, si je t'écris, c'est simplement à cause de James Potter. Ou grâce à lui ? Non, certainement pas grâce à lui. Ça reviendrait à dire qu'il a fait une bonne action, et ce n'est clairement pas possible !
Tu sais ce qu'il a fait, aujourd'hui ? Il a torturé Severus. J'étais tellement en colère... Je SUIS tellement en colère. De sa faute, tout est parti en fumée. Il a tout gâché. Lui et Severus, ils ont tous les deux tout gâché.
Je savais que Potter était odieux, mais je ne pensais pas que Severus pourrait se montrer encore plus odieux que lui. Il m'a traité de sang-de-bourbe. Je sais que j'en suis une, mais il y a d'autres manières de dire que je suis née de parents moldus, car celle-ci est la pire qui soit. J'ai même eu l'impression que je le dégoûtais.
Maintenant, c'est terminé. C'était la dernière fois que je lui sauvais la mise. Alice et Mary ont toujours dit que j'étais trop gentille avec lui, qu'il se moquait de moi dès qu'il traînait avec Avery ou Mulciber, et je crois qu'elles ont raison. Ça me fait mal de l'admettre, mais j'ai perdu mon meilleur ami. Je sais qu'il va me manquer, mais je ne peux plus me permettre de le pardonner. Cette fois, il est allé trop loin. Qui serais-je, si je le laissais revenir ? Je crois que je ne pourrais pas me regarder dans le miroir en sachant que je n'ai aucun respect pour moi-même.
D'après Mary, il m'a attendu pendant des heures et des heures devant la porte de la Salle Commune pour que je le pardonne. Je n'avais pas le cœur à le laisser là, alors j'ai été lui parler, mais je ne pensais pas que ça allait être aussi difficile de le laisser partir, de le regarder droit dans les yeux sans ciller et de lui dire que tout était terminé.
Je ne sais pas pourquoi il m'a dit ça, mais il m'a raconté que Potter était attiré par moi. Il m'a dit qu'il n'est pas celui que tout le monde croit, qu'il est pire que tout, mais je m'en fiche. Peu m'importe. Ça ne change pas les mots que Severus a prononcé.
Il m'a brisé le cœur. J'ai l'impression que je ne m'en remettrais jamais. »
Les muscles de James s'étaient tous contractés et ses doigts s'étaient crispés sur la page recouverte de ratures, ce qui ressemblait très peu à Lily. Il venait de se prendre un sacré coup, mais son envie de lire la suite n'avait pas été entachée pour autant, alors il poursuivit, plus attentif que jamais.
« Cher journal, me revoilà. La chose la plus extraordinaire et invraisemblable est arrivée tout à l'heure, quand j'étais à la bibliothèque. Tiens toi bien, James Potter est venu s'excuser de ce qu'il a fait à Severus ! Je ne l'ai pas vraiment cru, sur le coup, et on s'est plus ou moins disputé, enfin... Comme d'habitude, quoi.
Je comptais le dénoncer à McGonagall, mais la conversation qu'on a eue m'en a dissuadé. C'est vraiment la journée la plus étrange de ma vie. Tu sais ce qu'elle m'a dit ? Non, évidemment, tu n'es qu'un journal. Bref, Potter aurait donné l'argent du club d'échecs à une association pour les orphelins de parents moldus.
Je sais, moi aussi ça m'a fait un petit choc. Je ne pensais pas qu'il était capable de faire quelque chose de bien. Je ne pouvais pas l'enfoncer auprès de McGonagall après ça. J'ai honte d'avoir menti quand elle m'a demandé si il avait jeté des sorts à Severus, mais je crois que je ne regrette pas... C'était la bonne chose à faire. J'ai pensé à mes parents, et je sais qu'ils n'auraient pas compris si j'avais vendu James Potter, pour une fois qu'il n'agit pas comme un voyou arrogant... »
James ne put que sourire, cette fois-ci. Amusé, il continua de tourner les pages. Certaines contenaient simplement des dessins, des portraits, pour la plupart. Il devinait ses parents, sa sœur, et parfois même Severus Rogue. De temps en temps, elle avouait qu'il lui manquait, et à chaque fois que les yeux de James tombaient sur ces phrases là, il hésitait à lâcher le journal.
Cependant, c'était plus fort que lui. Il l'avait entre les mains. Lily. Elle était là, entre ses doigts, entière et vraie. C'était elle qu'il lisait, et il ne voulait jamais terminer ce journal. Il savait déjà qu'il ne dormirait pas de la nuit, que ses yeux resteraient vissés sur les pages qu'il tournerait lentement mais avec l'envie irrépressible d'en savoir d'avantage.
« 15 Septembre 1976,
Cher journal, je suis désolée de t'avoir délaissé pendant les vacances. Je les ai passées avec Pétunia. C'était dur. Je crois qu'elle m'en veut pour la mort de papa et maman mais qu'elle n'ose pas me le dire. Elle n'est pas toujours facile avec moi, mais je sais que c'est parce qu'elle aurait simplement aimé venir à Poudlard.
Je crois que je suis contente qu'elle n'ait pas reçu la lettre, elle aussi, car maintenant que je suis revenue au château, je peux enfin m'échapper. A chaque fois que je suis avec Pétunia, je pense à papa et maman, et c'est horrible. Je déteste ça. Je dois constamment me retenir de pleurer et c'est si fatigant... Il n'y a qu'à toi que je peux en parler, les autres s'inquiéteraient bien trop... Si elles savaient comment je me sens, je n'aurais plus un moment à moi... Tu sais, parfois, j'ai l'impression de me fissurer peu à peu.
Cette impression s'est dissipée quand j'ai retrouvé les filles dans le train. Elles ont toutes un peu changé. Je crois que Marlène s'est trouvée un petit-ami pendant les vacances... Ou plusieurs. Alice, elle, ne jure que par Frank Londubat. A mon avis, ils se sont envoyés des hiboux. Quand elle a ouvert sa valise, j'ai vu une grosse liasse de lettres, et elle s'est mise à rougir. Marly et moi on s'est regardé, et on a trouvé ça trop mignon.
Emmeline est partie à la mer avec son cousin. Elle n'en a pas beaucoup parlé, mais on a l'habitude. Elle n'aime pas s'étendre sur sa vie. Je pense que quelque chose ne va pas. Peut-être qu'elle est en conflit avec ses parents ? Je lui demanderais quand nous serons seules. Je veux qu'elle sache que si elle a un problème, elle peut nous en parler.
Mary, elle, a eu un petit frère. Il s'appelle Tibus. Elle nous a montré des photos dans le train, c'est fou comme il est minuscule ! Elle nous a aussi dit qu'elle voudrait avoir le même avec Sirius Black, et ça nous a toutes bien fait rire. »
Surpris, James esquissa un sourire et tourna la page. Au dessus d'une grosse tâche d'encre, Lily s'était dessinée avec ses quatre amies dans un wagon du Poudlard Express. L'on pouvait y voir Emmeline brandir sa baguette et en faire sortir un oiseau qui voletait autour d'elle. A côté, la fine écriture de Lily semblait avoir été soumise à rude épreuve, comme si elle avait subi une pluie battante.
« 24 Septembre 1976,
Cher Journal, papa et maman me manquent horriblement aujourd'hui. Il y avait du pain d'épice au petit déjeuner... J'ai failli me mettre à pleurnicher. Je déteste ça. Je déteste quand je n'arrive pas à me contrôler.
Severus l'a vu. Je le sais. Il était à la table des Serpentards, et il me regardait fixement. J'ai cru pendant un moment qu'il allait venir me voir, mais il ne l'a pas fait. C'est peut-être mieux comme ça. Je n'aurais pas su le repousser, pas aujourd'hui.
Je n'ai pas réussi à penser à autre chose qu'à mes parents. Je ne sais pas comment je vais faire pour rendre le devoir de Métamorphose la semaine prochaine, je n'ai absolument rien écouté au cours. Je pense que je vais aller voir le professeur McGonagall pour lui demander quelques précisions dans la semaine... J'espère juste qu'elle voudra bien me les donner.
Alice a remarqué que je n'étais pas dedans. Elle m'a dit que James Potter et Sirius Black étaient plutôt doués en Métamorphose et que l'un des deux accepterait sûrement de me filer un coup de main, mais je ne me vois pas le leur demander. Ça leur donnerait une occasion de plus de se croire supérieur à la moyenne. »
James secoua la tête, les sourcils froncés, et passa à la page suivante avec une certaine aversion pour lui même. Il était réellement terrible, avant. Il espérait vraiment avoir changé, parce que s'il donnait l'impression à Lily de se moquer d'elle même quand elle était au plus bas, c'était qu'il était sacrément misérable.
« 26 Octobe 1976,
Cher journal, oui, je sais, je ne t'ai pas écrit depuis un mois, mais c'est parce que tout va mieux en ce moment. Le boulot de préfet est assez prenant et je crois que c'est parfait pour moi. J'ai besoin de ne pas trop penser, pour ne pas trop penser à eux.
De temps en temps, j'entends les filles parler des vacances. Elles essaient de s'arranger pour que je ne reste pas toute seule car elles savent que je ne retournerai pas chez Pétunia. C'est Alice qui reste, cette fois-ci. Je m'en veux un peu. Je le lui ai dit, mais elle a rigolé et m'a répondu qu'elle préférait largement passer ses vacances avec Frank et moi à Poudlard plutôt que chez ses parents, à visiter sa grand-mère qui est, apparemment, aussi désagréable que sa mère, et ce n'est pas peu dire... Ça m'a réconforté un peu.
Ah ! Au fait ! James Potter a accepté de m'aider en Métamorphose. Enfin... Pour être franche, c'est lui qui me l'a proposé. Je pense que les filles ont dû lui en parler. J'étais à la bibliothèque quand il s'est avancé vers moi et m'a dit qu'il avait remarqué que j'avais l'air de m'ennuyer en cours. Ça m'a étonné. J'allais lui répondre quelque chose de méchant, mais je me suis rendue compte qu'il essayait simplement de m'aider et que je n'étais pas juste avec lui, alors je n'ai rien dit et c'est là qu'il me l'a demandé.
Je ne savais pas trop quoi faire. Je n'ai pas répondu. Il a dû prendre mon silence pour un oui car il s'est assis à ma table et a commencé à sortir ses affaires. Pendant une seconde, j'ai cru qu'il allait dégainer des bombabouses. Je suis vraiment de mauvaise foi, il n'est plus tout à fait le même depuis cette histoire dans le parc avec Severus. Il est plus gentil avec moi. Il est plus gentil avec tout le monde, je crois. Il a dû se rendre compte qu'il avait agi comme un stupide troll.
Tu aurais vu la tête que faisaient les filles de septième année ! Elles étaient dégoûtées de le voir avec moi ! J'avoue que juste pour ça, ça m'a bien amusé, qu'il soit là. »
James sourit, passa sa main sur le chemin que la plume de Lily avait pris, sentant chaque lettre sous ses doigts à chaque nouvelle page qu'il tournait et qui le tenait un peu plus en haleine. Le plus souvent, Lily parlait de ses parents. Il n'y avait pas tellement de secrets dans son journal, juste une grande tristesse mêlée à beaucoup de grandes joies.
Parfois, il éclatait de rire, seul dans son lit, quand elle racontait des anecdotes dont il n'avait jamais entendu parler, et d'autres fois, il souffrait presque autant qu'elle de voir à quel point la mort de ses parents la rongeait de l'intérieur.
« 08 Novembre 1976,
Cher journal, le cours d'histoire de la magie était particulièrement ennuyeux aujourd'hui. C'est bien simple, la chose la plus intéressante que j'ai apprise, c'est que James Potter fait la collection des cartes de chocogrenouille. Enfin, j'imagine, puisque le professeur Binns lui en a donné une à la fin du cours. C'est vraiment le chouchou. Je trouve cela presque honteux que ce soit aussi évident.
Je l'ai d'ailleurs fait remarquer à Potter. Il a rigolé et m'a demandé si j'étais jalouse. Je lui ai répondu que je serai jalouse de lui quand les crabes de feu auront des dents, et tu sais ce qu'il m'a dit ?! Il m'a dit qu'il me suspectait d'être plutôt jalouse de Binns. Marly était à côté de moi, et elle a éclaté de rire parce qu'elle voyait bien que je commençais à bafouiller et à rougir. Je déteste quand il fait ça, le troll ! »
En bas de la page, un petit dessin animé fit pouffer James. Il le représentait, lui, dévoré par un crabe de feu. Au dessus flottait la tête de Lily accompagnée d'une petite bulle à l'intérieur de laquelle était écrit « Tu l'as bien mérité ! ». Il secoua la tête, amusé, puis tourna une nouvelle fois la page.
« 12 Novembre 1976,
Cher Journal, je suis allée voir le match de Quidditch de Gryffondors contre Poufsouffle aujourd'hui. C'est Marly et Mary qui m'ont poussé à y aller, et je dois avouer que je ne regrette pas. Bon, j'ai fait semblant d'être particulièrement ennuyée pour la forme, mais j'ai trouvé cela grandiose. Tout le monde vante toujours les qualités de Potter, y compris lui-même, mais je ne pensais pas qu'il était si talentueux. Ses réflexes sont hallucinants. On dit qu'il sera sûrement capitaine l'année prochaine, et avant de le voir jouer je me disais que ce serait un désastre pour l'équipe, mais maintenant... Je ne sais pas. Il est si concentré, si sérieux quand il est là haut, que je me demande si ce ne serait pas la meilleure chose qui puisse nous arriver. Je dois dire que je ne m'attendais pas à ça. »
Sur la page d'à côté, Lily l'avait dessiné sur son balai. Il volait autour des buts à travers desquels il lançait le souafle. En bas de la page figurait un petit vif d'or avec les initiales J.P à l'intérieur. C'était aux alentours de cette période là que tout avait changé entre eux. Leur amitié s'était tissée petit à petit, mais Lily avait cessé d'être constamment sur la défensive lors de leur sixième année.
« 25 Décembre 1976,
Cher journal, encore un Noël sans papa et maman. Je pensais que la douleur allait s'estomper, au fur et à mesure, mais finalement, je me demande si ce n'est pas pire, maintenant. Quand ils sont morts, je crois que je ne me suis pas immédiatement rendue compte que je ne les reverrai jamais. Leur visage était toujours clair dans mon esprit, mais dorénavant, il se brouille et j'ai peur d'oublier. Je me souviens à peine du son de leur voix. J'ai honte. Si tu savais comme j'ai honte. Il y avait encore du pain d'épice au petit déjeuner. Dumbledore me regardait fixement. Ça m'a fait une drôle d'impression. Je pense que c'est lui qui a demandé aux elfes de maison d'en faire. Je voulais le remercier, mais... Je n'ai pas réussi. Je crois qu'il a compris, parce qu'il m'a souri quand il a quitté la Grande Salle.
Les filles n'ont pas pu rester à Poudlard pendant les fêtes. Alice a insisté pour que je vienne les passer avec sa famille, mais cela me mettait trop mal à l'aise, alors j'ai refusé. Nous sommes peu à être restés au château, mais je me suis liée d'amitié avec Matilda, une Serdaigle. Nous avons passé presque toute la journée à la Bibliothèque à nous réjouir de l'absence de Mulciber, Avery, et toute sa troupe. Elle a mentionné Severus, mais je n'ai rien dit. Elle a dû voir que je n'avais pas envie d'en parler, car elle a tout de suite changé de sujet.
Il m'a écrit une lettre et m'a envoyé un paquet, mais je ne l'ai pas ouvert. Je l'ai glissé sous mon lit, et je ne suis pas sûr que je le sortirai un jour. Je n'ai pas très envie de savoir ce qu'il m'a offert. Je n'avais même pas envie qu'il m'offre quoi que ce soit. Je pense à le lui ramener, mais la simple idée de devoir lui parler pour le faire m'inquiète. Je sais ce qu'il va me dire. Je sais qu'il va encore s'excuser, et qu'il va me parler de James Potter. C'est évident. Il déteste tellement de voir que je passe du temps avec lui, maintenant qu'il m'aide pour la Métamorphose et que je me surprends à le supporter... Je n'ai pas envie d'en parler avec lui, comme je n'ai pas envie de parler de lui avec Potter. Ils se détestent, et ça ne m'intéresse pas. Si seulement ils pouvaient le comprendre. »
James passa son doigt sur le prénom de la Serdaigle avec qui Lily avait passé du temps, songeur. Lui aussi, il avait connu une Matilda, mais ce n'était sûrement pas la même. Il y en avait des dizaines, à l'école. Il soupira. Il n'avait jamais songé que la haine mutuelle que Severus et lui se vouaient avait pu tracasser Lily autant qu'elle le décrivait sur les pages de son journal. Ce n'était pas juste qu'elle s'en fichait, cette mésentente la dérangeait vraiment. James savait lire entre les lignes et après avoir passé tant de temps avec elle, il se doutait, à présent, qu'elle avait été tiraillée entre eux deux pendant longtemps et qu'elle n'avait pas trop su où se situer avant de se rapprocher de lui.
Les pages suivantes étaient couvertes de dessins en tout genre. La plupart représentaient ses amies, un seul le représentait, assis avec Rémus, Peter, et Sirius dans la Salle Commune, et deux autres étaient des portraits d'animaux. Parfois, certains étaient plus sombres. Deux enfants se tenaient la main et le signe de l'infini était rayé plusieurs fois. James savait bien qui était le petit garçon aux cheveux noirs à côté d'elle, et il en avait le cœur serré.
« 31 Janvier 1977,
Cher journal, hier, c'était mon anniversaire. Les filles m'ont offerts plein de cadeaux super chouettes. J'ai eu des vêtements, un scrutoscope, du vernis, et plein de livres. Je crois que je n'aurais pas le temps de tous les lire avant la fin de l'année scolaire. James Potter m'a aussi donné des chocogrenouilles. Je ne pensais pas qu'il connaissait ma date d'anniversaire. J'ai gardé les cartes, je vais les lui laisser pour le remercier car je sais qu'il en fait la collection.
Quand les filles ont appris qu'il m'avait offert quelque chose, elles se sont toutes mises à hurler et à rire comme des folles, en répétant qu'il était amoureux de moi. Pffff. C'est stupide. Tout ça parce qu'on commence à se parler normalement et qu'il arrive que nous prenions nos petits déjeuners ensemble... Je leur ai demandé de ne pas dire n'importe quoi devant lui. Ça gâcherait tout. Je ne veux pas que les choses redeviennent comme avant. Pas maintenant. Ça m'inquiète vraiment. Je suis heureuse que Potter et moi réussissions à mettre nos différents de côté. »
« 27 Mars 1977,
Cher journal, je sais que je t'ai délaissé, mais c'est bon signe si je n'ai pas besoin de toi, non ? Aujourd'hui, c'était l'anniversaire de James. Sirius Black avait organisé une fête dans la Salle Commune. Merlin, ce n'était pas de tout repos ! Rémus m'avait promis qu'en tant que préfet, il ferait en sorte qu'il n'y ait pas de débordement, et je dois avouer qu'il a réussi son coup. Bon, ils ont fait venir Amy Lloyd dans la salle commune et elle a certainement bu plus qu'elle n'aurait dû, mais elle a quand même réussi à rejoindre la tour de Serdaigle.
Il est presque deux heures du matin, et j'ai encore un goût d'hydromel dans la bouche. Je ne sais pas comment les filles font pour dormir, je suis tellement en forme que je pourrais faire un footing tout autour du château. Peut-être que j'aurais dû rester un peu plus longtemps avec James en bas, mais je n'avais pas envie de déranger. Je pense qu'il voulait passer du temps avec les garçons. C'est son anniversaire, après tout.
Et puis... Il faut dire que nous sommes restés longtemps dans le parc. Je crois que Sirius n'était pas très content que James s'en aille avec moi alors qu'il avait préparé la Salle Commune pour lui, mais nous n'avons pas vu le temps passer. Je ne m'attendais pas à ça. James me surprend de jour en jour. Nous avons beaucoup discuté. Il m'a posé des questions sur mes parents. C'est la première personne à aborder volontairement le sujet depuis qu'ils sont morts. Je ne savais pas trop quoi dire, sur le coup, ça m'a tellement étonnée qu'il en parle, mais je crois que je suis contente qu'il l'ait fait.
J'avais besoin de parler d'eux. Ça m'a forcée à me souvenir de choses et d'autres, et franchement, ça faisait longtemps que je n'avais pas souri autant en repensant à eux. James n'est vraiment pas celui que j'imaginais. Il n'est pas celui que tout le monde croit. Je ne comprends pas pourquoi il m'a caché ça. Je lui en veux presque. Nous serions devenus amis beaucoup plus tôt s'il ne l'avait pas fait. »
Cette fois, le dessin qui illustrait la page ne représentait plus Severus et Lily, mais lui-même. Le symbole de l'infini n'était pas là, mais ça n'avait pas d'importance, car Lily et lui n'avaient pas besoin de se dire que leur amitié perdurerait pour le savoir. Ce n'était pourtant que les débuts, mais tout avait été rapidement intense entre eux. Ils étaient devenus amis aussi vite qu'ils étaient devenus ennemis quelques années auparavant, en un claquement de doigt.
Par la suite, Lily avait arrêté d'écrire et recommencé à dessiner. Cette fois, il y avait de tout. Des créatures fantastiques, le château vu du parc, le lac, la forêt interdite, et même la Salle Commune. Il y avait aussi une ébauche qui la montrait assise sur les marches de la Tour d'astronomie avec Emmeline qui l'étreignait chaleureusement. James devina qu'elle n'avait fait que dessiner pendant plusieurs mois et qu'elle avait abandonné l'écriture jusqu'à septembre dernier.
« 12 Septembre 1977,
Cher journal, je suis désolée, je n'avais plus besoin de toi. Je me confie à James ces derniers temps, mais là... Emmeline vient de m'annoncer qu'elle sortait avec lui. Enfin, je l'ai entendu le dire à Mary pendant que j'étais sous la douche. Je n'en reviens pas. Il ne m'en a pas du tout parlé. Je ne comprends même pas comment c'est arrivé. Je sais qu'ils jouent au Quidditch ensemble mais... Je ne pensais pas qu'ils s'entendaient si bien. Enfin... Pas au point de sortir ensemble en tout cas. Je suis vraiment énervée. Pourquoi est-ce qu'elle ne m'a rien dit ? On partage le même dortoir, je pensais qu'elle me le dirait, si elle était attirée par James. Je suis dégoûtée. Dégoûtée. »
Le dernier mot était souligné plusieurs fois. La page était pleine de ratures, et la plume de Lily l'avait déchirée par endroit. Cette fois, aucun dessin ne figurait sur la page d'à côté qui était si froissée que James se demanda par quel miracle elle était encore rattachée à la reliure du journal.
« 06 Octobre 1977,
Cher journal, je n'arrive pas à faire semblant de ne pas leur en vouloir. C'est plus fort que moi. James et Emmeline se sont affichés ensemble à la soirée d'après-match. J'ai fait comme si je ne les voyais pas, j'ai fait semblant de m'amuser, mais c'était bizarre. Ça ne semblait pas juste, pas bien. Je ne leur parle même plus. Je n'ai plus envie. Je leur en veux tellement, si tu savais... J'ai l'impression qu'il ne me voit plus. J'ai l'impression qu'elle n'est plus mon amie. Je ne sais pas où me situer, alors je ne me situe nulle part.
J'en ai parlé à Marly, ça l'a fait rire. Elle m'a dit que j'étais jalouse. Ça m'a vraiment énervée, mais au fond, je me demande si elle n'a pas un peu raison. James me manque vraiment. Je ne me suis pas passée de lui pendant des mois, je crois que j'ai oublié à quoi Poudlard ressemble quand il n'est pas à côté de moi. Maintenant, je sais. C'est hostile. Je n'en peux plus, de le croiser dans la Grande Salle et de l'ignorer pendant que le regard de Severus pèse sur moi. C'est comme s'il me rappelait que j'ai encore échoué. J'ai encore repoussé quelqu'un en qui je commençais à avoir vraiment confiance, quelqu'un avec qui je pouvais être moi-même.
Ce n'est pas possible. Je ne peux pas passer l'année comme ça. Je vais lui parler. Il faut que je lui parle. »
Sur la page d'à côté figuraient deux vifs d'or volant chacun de leur côté, l'un portant les initiales de Lily, l'autre portant celles de James. Celui de Lily semblait fissuré, un peu cabossé, alors que celui du jeune homme déployait deux ailes majestueuses. James retint son souffle lorsqu'il tourna la page suivante. Les choses commençaient à être sérieusement intéressantes.
