Salut à tous !
Me revoilà, et cette fois ci pour la dernière fois. Ceci est le dernier chapitre de cette fanfiction que j'ai commencé à posté il y a déjà presque un an (et à écrire il y a encore plus longtemps)
La fin est toujours la partie la plus difficile à écrire, alors j'espère que ça vous plaira. Personnellement, je suis partagée entre la satisfaction d'avoir finalement terminé, et la nostalgie que ce soit fini.
Je tenais à remercier, encore une fois, mais du fond du cœur, tous ceux qui m'ont suivi, et laissé des messages (désolée de ne pas avoir pu répondre à tout le monde la dernière fois). J'ai adoré avoir vos avis tout au long de l'aventure. Certains on même parfois influencé le court des événements. Et une spéciale dédicace à Sarah3386 ;)
Merci aux auteurs des fanfictions qui m'ont inspirés sur ce forum, essentiellement GeekGirlG, HedaxLexa et Ch8rlie.
Merci aussi à ma femme, ma première lectrice et correctrice.
Pour la dernière fois, bonne lecture :)
Ah oui j'oubliais, je vais poster juste après un petit quelque chose, mais pas de faux espoirs, il ne s'agit pas d'un chapitre supplémentaire ;)
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Démenti : Les personnages de The100 ne m'appartiennent pas.
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Chapitre 21 : Nevermore
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Le médecin rentre encore une fois, seringue en main. Trois petits flacons remplis de liquide rouge sont déjà posés sur la table à côté du lit où je suis étendue. Je ramène mon bras vers moi d'un geste défensif, et promène mon regard à la recherche de mon père. Il est dans la pièce, un peu plus loin, parlant à une infirmière.
Je m'apprête à protester alors que le médecin s'approche, mais il passe sans m'accorder la moindre attention. Et quand mon père se retourne, je découvre mon petit frère, tout juste âgé de quelques semaines, dans ses bras.
Mon cri de détresse est étouffé car ma voix semble ne pas avoir servi depuis longtemps. Je tousse un peu quand j'essaye de parler, et tente d'arracher les patchs qui me relient par des fils à ces ordinateurs. Je ne veux pas qu'ils fassent la même chose à mon petit frère.
Mon père s'installe à mes côtés, Aden n'est plus dans ses bras. Par-dessus son épaule, je l'aperçois dans les bras de l'infirmière, le docteur est en train de l'examiner.
- Chuuut Lexa, calme-toi. Qu'est-ce qu'il ne va pas ?
- Je ne veux pas qu'ils fassent du mal à Aden !
- Voyons Lexa, les docteurs ne font pas de mal.
- C'est moi qui suis malade, pas lui ! Il ne faut pas faire ça.
- On doit vérifier si Aden n'est pas malade lui non plus, Lexa, ne t'inquiète pas.
Je continue à m'agiter, mon père me repousse au fond de mon lit, et fait un signe à quelqu'un derrière moi que je ne vois pas. Tout à coup, je sens mes muscles se relâcher, la tête me tourne un peu, et je fini pas me reposer sur les oreillers blancs, avant de plonger dans un sommeil sans rêve. Malgré l'état apathique de mon corps, mon esprit est pourtant toujours vif, et ne peut s'empêcher de trembler en entendant le premier cri de panique du nourrisson.
Mes yeux s'ouvrent grand tout à coup. Je suis complétement réveillée. L'écho du cri d'Aden résonne tandis que mon cœur tente tant bien que mal de ralentir sa course effrénée. Je sens l'humidité contre ma joue, et contre mon dos. La couverture est en boule à mes pieds, et les draps trempés sous mon corps. Je m'assois sur le canapé, dans le salon de Costia, en revivant les images d'un rêve d'un genre nouveau. Rêve ou souvenirs ? C'est aujourd'hui la question que je me pose à chaque réveil. Et cette fois encore, il me semble bien qu'il s'agisse d'un souvenir. Encore que celui-là est d'un genre nouveau, il s'agit vraisemblablement de souvenirs de ma petite enfance. Je commence à entrevoir ce qui a pu faire fuir ma mère.
La sueur est déjà froide sur mon corps tremblant, je jette un œil à ma montre, trois heures et quart. Trop tôt pour me lever. Il va falloir que j'essaye de me rendormir. Mais il faut que je me change d'abord. Je tire sur les draps pour les retirer du canapé, et me dirige vers la salle de bain. Evidemment, je n'ai pas d'autre t-shirt, mais je fouille au passage dans le sac de sport de Costia qui traine là, trouvant mon bonheur rapidement.
Je glisse les draps dans la machine à laver, et saute sous la douche, pour me décrasser, à la fois de la sueur et des mauvais rêves. Le léger toc sur la vitre de la douche me fait sursauter. Avec l'eau ruisselant sur ma tête je n'ai pas entendu Costia qui vient de rentrer dans la salle de bain.
- Lexa ? Tout va bien ? J'ai entendu l'eau couler...
- Humm, j'ai fait un cauchemar. Dis-je en coupant finalement l'eau.
J'entrouvre la porte de la douche pour me saisir de la serviette, et m'enroule dedans avant de sortir. Costia est planté là, dos tourné, mais le miroir en face d'elle lui renvoi mon image. Elle baisse les yeux en rougissant légèrement.
- Je vais t'attendre dans le salon.
Un sourire mutin s'invite sur mes lèvres, et je ne suis pas sure qu'elle entende ma réplique.
- Oui, ce serait bien.
En quelques minutes, je suis sèche, habillée, la serviette enroulée autour de ma chevelure. Costia m'attend comme promis sur le canapé, qu'elle a réinstallé avec des draps propres. Sur la table basse, elle a posé un mug, celui que je préférais, rempli de lait chaud et de miel.
Je pose ma main sur son épaule pour attirer son attention, et m'écroule à côté d'elle. Elle se tourne vers moi, se rapprochant dans un même geste. Elle est trop près, il est trop tard, et ça ne peut que mal se terminer. Pourtant, je ne dis rien, et prend la tasse qu'elle me tend sans un mot.
Nous restons ainsi quelques temps, moi sirotant mon lait chaud, elle me scrutant de la tête au pied. Elle finit par briser le silence confortable qui s'était installé.
- Tu veux en parler ?
Je secoue la tête négativement. Vraiment, je n'ai pas besoin d'en parler. Je sais ce qui me tourmente. Et demain, j'y mettrai un terme. Mais pour l'instant, il faudrait que je dorme. La douche et le lait me font du bien, mes yeux se ferment tout seul par moment. Mais Costia n'a pas l'air décidé à aller se coucher.
- Tu veux dormir avec moi ?
Sa proposition me prend au dépourvu. Et je suis de nouveau bien réveillée. Il est certain que me blottir dans des bras chaud terminerait de m'endormir. Mais malheureusement, une seule paire de bras ferait l'affaire, et ce ne sont pas les siens.
- Costia...non...je ne peux pas.
- Oh...pardon. Je croyais que toi et Clarke, enfin, que tu l'avais quittée.
Je tique à cette remarque. Quittée ? C'est ça que j'ai fait hier soir ? Je n'en sais rien. J'imagine que dans n'importe quel couple on pourrait appeler ça comme ça. Mais nous ne sommes pas n'importe quel couple, et Clarke n'est certainement pas n'importe qui.
- Pas vraiment. Peut-être. De toute façon, personne ne pourra jamais prendre sa place Quoi qu'il se passe.
Costia hoche la tête et recule un peu. Je réalise à cet instant que son retrait me soulage, alors que je n'avais pas l'impression d'être oppressée jusqu'ici. Oui, quoi qu'il arrive, je serai toujours à Clarke.
- Alors pourquoi tu n'es pas avec elle maintenant ?
- Je...c'est compliqué.
- Ça m'a l'air simple au contraire. Tu viens de me dire que tu l'aimeras toujours. Et je n'ai aucun mal à le croire, car tu l'as toujours aimée. Alors tu devrais être avec elle. Peu importe les difficultés. Vous devriez discuter pour régler vos problèmes.
- Il ne s'agit pas de NOS problèmes. Il s'agit de MES problèmes. Et je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais lui faire subir ça.
Costia sourit tendrement, et secoue la tête en soupirant.
- Lexa, si elle t'aime autant...non, si elle t'aime, ne serait-ce qu'un dixième de comme tu l'aimes toi, alors crois-moi, tes problèmes sont déjà ses problèmes, que vous soyez ensemble ou non.
Costia se penche vers moi, et m'embrasse légèrement le front en se levant du canapé. Elle disparait bientôt derrière la porte de sa chambre, me laissant seule avec mes pensées. Je termine cul sec mon lait chaud, et me réinstalle entre les draps frais, qui sentent bon la lavande.
Contre toute attente, je ne me rends même pas compte que je m'endors directement.
XXX
Il est presque onze heures quand j'ouvre les yeux de nouveau. Il neige dehors, il fait presque noir dans l'appartement. Je me lève et m'arrête devant le frigo pour lire la note de Costia. Elle m'informe qu'elle n'a pas voulu me réveiller, après cette nuit, et m'invite à faire comme chez moi, comme d'habitude.
Je me prépare un thé, et le sirote en contemplant les cristaux de glace s'envoler au grès du vent. C'est beau. Les flocons tombent les uns après les autres, s'empilant, formant une épaisse couche de poudre blanche sur le rebord de la fenêtre comme sur la chaussée en bas de l'immeuble. Quand je m'en sens la force, je m'habille, et pars d'un pas décidé.
Cette fois ci, je ne n'accorde même pas un regard vers la fête foraine, et me dirige immédiatement vers mon but, la caravane de Titus.
Sans frapper, j'actionne la poignée pour rentrer, emportant avec moi des centaines de petits flocons tournoyant qui vont s'écraser sur le sol avant de fondre en une vulgaire petite flaque. Titus lève les yeux dans ma direction, à peine étonné. J'inspire profondément avant de prendre la parole.
- Tu dois partir. Je ne veux plus te voir. Ne t'approche plus d'Aden, ni de moi, ni d'aucun de mes amis. Et je veux que tu sois parti d'ici ce soir.
L'homme se lève, et de sa démarche lourde, s'approche un peu.
- Lexa, on peut...
- NON ! On ne peut rien du tout. Tu dégages et c'est tout. Et si tu n'es pas parti ce soir, je reviens foutre le feu.
Mon dernier commentaire ne le fait pas rire. Il sait, il lit dans mes yeux ce dont je suis capable. Comme les autres, peut être que moi aussi, je deviens folle.
Je le veux loin. Loin de moi, pour qu'il ne puisse plus exercer son influence néfaste sur moi ni sur Aden. Pour qu'il ne puisse plus nous blesser.
Il met ses mains en avant, d'un geste apaisant.
- Lexa...
Je les balaye d'un geste nerveux, et commence à crier. J'ai besoin que ça sorte.
- Je sais ce que tu as fait. Je sais pourquoi maman est partie. Qu'est-ce que tu faisais avec Aden dans cet hôpital ? Il n'avait que quelques semaines ! Et moi ? Tu me droguais ? Je n'étais pas malade avoue ! Tu m'as manipulé ! Tu as manipulée une enfant de cinq ans, et maman est partie pour t'empêcher de nous traiter comme des rats de laboratoire !
Enfin, un semblant de culpabilité apparait sur ses traits. Il pensait sans doute que j'avais oublié. C'était le cas jusqu'à ce qu'il ouvre une porte dans mon cerveau, laissant passer tous les souvenirs, de cette vie ou des autres. Ma voix se transforme en un grondement sourd, menaçant.
- Alors, tu pars. Et tu ne reviens pas. Jamais.
Il hoche la tête. C'est discret, mais c'est là. Il accepte. Il renonce. Il s'en va. Et le soulagement qui m'envahit me libère de quelque chose. Tout a commencé à foirer au moment où il a débarqué. Peut-être qu'en me débarrassant de lui, j'arriverai à remettre un peu d'ordre dans ma vie.
XXX
Ça fait quelques jours maintenant que je n'ai pas remis les pieds chez moi. Je gare la voiture sous l'abri, la neige s'est arrêtée pour l'instant, mais le ciel est encore tout gris. Je monte les escaliers qui me mènent au salon, et balance mes chaussures sur le tas, avec les autres. Comment est-ce possible qu'il y ait autant de chaussures ? La présence des tongs d'Aden, et des sandales d'Anya répondent en partie à ma question. On est quand même en décembre, ils auraient pu ranger leurs chaussures d'été...
Mais visiblement, le rangement n'est pas leur première préoccupation, je découvre Lincoln et Anya, en plein discussion dans le canapé, lorsque je pénètre dans la pièce. Ils s 'interrompent immédiatement, me fixant d'un air inquiet.
- Quoi ? Je demande, légèrement agacée par leurs regards fixés sur moi.
Anya est la première à réagir, se levant immédiatement pour venir me tirer les oreilles. Littéralement, me tirer les oreilles. Elle n'a pas fait ça depuis que j'avais onze ans, et je dois dire que ça ne m'avait pas manqué. Mais alors pas du tout. Je proteste en me plaignant copieusement du mal que cela fait, mais la suit docilement jusqu'au canapé, où je me retrouve aux côtés de Lincoln. Anya s'installe sur la table basse en face de moi.
- T'étais où ? Commence-t-elle en dardant son regard noir sur moi.
Je lui renvoi son regard en me frottant les oreilles, et me tourne vers Lincoln, qui semble fâché aussi. Quoi que plus inquiet que fâché. Après tout, ils ont bien le droit d'être un peu énervé de mon récent comportement.
- J'étais chez Titus.
- Tout ce temps ? S'étonne Lincoln.
Je lève les yeux au ciel, ils ne m'ont pas vu depuis trois jours. Qu'est-ce que je serais allée faire autant de temps chez Titus ?
- Evidemment que non ! Je réplique sur la défensive.
Anya lève la main en signe d'apaisement.
- Holà mademoiselle, déjà tu vas te calmer, et tu vas nous dire ce qu'il s'est passé pendant trois jours où on s'est fait un sang d'encre. Non, mieux, tu vas nous dire ce qu'il s'est passé depuis que tu as passé la nuit chez ce vieux bonhomme flippant.
Je prends une profonde inspiration pour tenter de raconter tout ça d'une voix ferme.
- J'avais besoin de réfléchir. Je suis allée chez...je marque une pause, je ne sais pas du tout à quoi m'attendre de la part de mes amis...chez Costia.
Anya n'a pas bronché, mais l'expression choquée de Lincoln est plus parlante.
- Quoi ? J'avais besoin de prendre du recul, et je ne pouvais pas aller chez quelqu'un...
Je laisse ma phrase en suspens, car si je la termine, j'avoue quelque chose que je n'ai pas envie de leur dire. Parce que je ne suis pas encore prête à assumer les conséquences de mes actes.
- Costia ? Sérieux ? C'est pour ça que tu as rompu avec Clarke ? S'étonne Lincoln.
- Hein ? Quoi ? Non ! Enfin, qu'est-ce que vous me sortez la ?
- Et bien Octavia m'a dit que Raven lui avait dit que tu étais passé chez elles, et qu'elle avait retrouvé Clarke...heu...on va dire, pas bien du tout.
Je serre les dents. Evidemment je n'ai pas laissé Clarke au meilleur de sa forme hier.
- Il ne se passe rien avec Costia, j'avais juste besoin de quelqu'un pour m'accueillir qui ne poseraient pas de question. Quand à Clarke, je ne veux pas en parler pour le moment. L'important, c'est que Titus sera parti ce soir, et j'espère qu'avec un peu de temps, j'oublierai toute cette histoire.
Anya et Lincoln s'échange un regard inquiet, et font tout pour ne pas croiser le mien.
- Qu'est-ce que vous me cachez ?
L'expression indignée sur le visage de ma sœur serait presque comique si l'instant n'était pas dramatique.
- T'es gonflée de nous poser cette question, c'est toi qui fait des mystères pour tout.
- ANYA !
Décidemment, je ne suis pas d'humeur à ce qu'on me mène en bateau.
- Okay, okay. Si les dires d'Octavia sont vrais, Raven et Clarke se sont pointées chez Titus hier soir. Elles y sont restées assez tard.
Clarke ? Chez Titus ? S'il lui a raconté la même histoire qu'à moi, alors...elle sait. Peut-être même lui a-t-elle permis de l'hypnotiser elle aussi. Je me lève en trombe, et file vers ma voiture, oubliant presque de remettre mes chaussures et mon manteau au passage.
Elle sait. Et ce n'est pas moi qui lui ai appris, c'est mon père. Mon père que je déteste à présent. Et moi aussi je me déteste. Ça aurait dû être moi. J'aurais dû être là, à ses côtés au moment où elle aurait découvert ces terribles souvenirs.
J'imagine sans peine sa réaction devant ces scènes de souffrance, aujourd'hui gravées en ma mémoire à tout jamais. Le trajet passe en un instant, mon esprit jouant et rejouant la soirée de la veille, chez Titus, entre Clarke, Raven et lui. Mon imagination débordante invente des horreurs, et je suis presque devant la porte de chez les filles, quand je reviens à moi.
J'hésite. Voudra-t-elle me voir ? Après ce que je lui ai dit hier ? Après ce que je lui ai fait dans cette autre vie ? Elle sait à présent, c'est certain. Ce serait peut-être lui rendre service que d'en profiter pour disparaitre de sa vie maintenant.
Mais mon corps n'est pas en adéquation avec ma tête et ma main vient s'écraser contre le battant avant même que j'ai pris une décision. Les dés sont jetés.
Il se passe quelques secondes à peine avant que Raven n'apparaisse dans l'entrebâilleur de la porte, un sourcil froncé.
La porte se referme, et j'entends la latino tirer le verrou de l'autre côté, avant d'ouvrir la porte en grand.
Elle me détaille de la tête au pied, bras croisés. J'ai comme l'impression que je vais me prendre une balle. Et puis tout à coup, ses lèvres s'étirent, juste un peu, tout doucement, jusqu'à former un semblant de sourire ennuyé. Et je recommence à respirer.
- Aller, va la retrouver, elle est dans sa chambre.
L'étonnement se lit sur mon visage alors que je passe devant elle, m'attendant presque à un revirement de situation. Je sens sa main sur mon bras qui me retient.
-Lexa ?
- Hum ?
De nouveau ce regard noir, le regard qui se veut intimidant, celui d'une meilleure amie qui prend soin de sa sœur de cœur.
- Tu ne me refais plus jamais un coup pareil.
Interloquée, je secoue la tête, pas certaine de savoir de quoi elle parle. Et me tourne à présent vers la porte de la chambre de ma blonde. Dois-je toquer ? Oui, c'est plus poli.
J'attends un instant et rentre dans la chambre. Clarke me tourne le dos, penchée sur son bureau de nouveau. Grattant frénétiquement le papier avec un fusain. Ses mains sont tachées de noire, je peux même voir des traces sur son front et sa joue. Je ne peux empêcher le sourire qui apparait sur mon visage en apercevant ce spectacle.
Mais soudain je me souviens ce qui m'amène, et mon sourire s'efface. Je tends le cou pour tenter de deviner ce que dessine Clarke, mais elle est trop penchée dessus pour que j'aperçoive quoi que ce soit.
Soudain, elle se fige dans son mouvement, et tourne la tête vers moi. Son regard me scrute sans émotion de la tête au pied, et tout à coup, ses yeux s'illuminent, et ses lèvres forment un sourire discret.
- Tu es revenue ?
Me balançant d'un pied sur l'autre, je ne sais pas vraiment comment réagir.
- Hum...je...tu es allée chez Titus.
Elle hoche la tête en se levant. Je me dis vaguement que je peux enfin voir son dessin, mais mon attention est tout entière focalisée sur elle.
- Oui. Je sais maintenant. J'ai vu moi aussi.
La colère monte en moi, elle ne m'a pas écoutée.
- Je ne voulais pas ! Je t'avais dit que...Je commence sur un ton de reproche.
Immédiatement, elle me coupe la parole d'une voix ferme.
- Et moi je t'avais dit que ce n'était pas TA décision. C'était mon droit. Et j'aurais préféré le faire avec toi, mais tu ne m'as pas laissé le choix. J'ai vu Lexa. Mais je ne comprends pas de quoi tu as tant essayé de me protéger.
- Tu ne comprends pas ? Si tu as vu les mêmes choses que moi, alors tu devrais.
Je ne peux pas imaginer qu'elle ait, comme moi, été témoin de ces atrocités, sans se sentir...souillée, désespérée...
- Peut être que non, peut être que si. Peut-être que tu as besoin que je te montre moi-même.
L'incompréhension se lit sur mon visage. Elle me contourne et éteint la lumière. Je ne réalise qu'à ce moment que les volets sont fermés et que la pièce est plongée dans la pénombre.
- Qu'est-ce que tu...
- Chuuuuut, fait-elle en s'approchant de nouveau de moi dans mon dos.
Je sens ses mains sur mes épaules, descendre lentement le long de mes bras. Je sens son corps venir se plaquer contre moi, ses seins appuyant contre mon dos. Je sens les frissons remonter le long de ma colonne quand son souffle vient caresser ma nuque.
Elle m'accompagne ainsi jusqu'à son lit, où elle me fait assoir. D'un mouvement lent, elle allume un bâtonnet d'encens, ainsi qu'une bougie. Cette flamme dansante me fait immédiatement replonger dans mes souvenirs. Machinalement, j'ouvre ma main et y fixe mon regard.
Des doigts qui ne sont pas les miens viennent tracer les lignes de ma paume et je referme ma main sur la sienne. Je sens les larmes qui ont envahi mes yeux. La panique me gagne progressivement. J'y retourne. Je ne veux pas. Mais sa prise sur moi se fait plus forte, plus ferme.
-Je viens avec toi. Cette fois, je suis là. Chuchote-t-elle tout près en s'agenouillant devant moi.
Et en s'avançant encore un peu, elle joint nos lèvres dans un baiser tendre. Mes yeux se ferment, faisant rouler une unique larme sur ma joue. Je sens ses mains enserrer fermement les miennes, je sens son odeur, sa présence.
J'ouvre subitement les yeux, nous y sommes, je tourne rapidement la tête, et Clarke est là aussi. Ce n'est plus une flamme dans le creux de ma main, elle est là, et elle me sourit.
La forêt nous entoure. Au loin, j'entends une bête rugir. Son cri me donne la chair de poule. D'une légère secousse sur mon bras, Clarke attire mon attention sur une forme au sol. C'est elle. Enfin, la Clarke de ce monde. Lexa la guerrière est assise un peu plus loin contre un tronc d'arbre, le regard fixé sur la blonde allongée. Je ne sais pas « quand » nous sommes, mais je peux déjà lire dans son regard qu'elle est importante pour elle.
- Regarde Lexa, me fait Clarke. C'est là que ça à commencer.
La bête rugit une nouvelle fois, et la Clarke endormit se réveille en sursaut.
- Ne t'inquiète pas. Tu es en sécurité.
Mon regard passe de la brune à la blonde, leurs yeux se rencontrent dans une compréhension mutuelle.
- C'est la première fois que je me suis sentie vraiment en sécurité. Tu étais épuisée, blessée.
Elle me montre le bras la guerrière porte en écharpe pour prouver ses propos.
- Et pourtant, depuis la mort de mon père, c'était la première fois que je me sentais en sécurité. Parce que je savais que tu veillais sur moi.
La brise souffle, les images s'effacent dans un léger tourbillon de vert. Je sais qu'on change de décor, cela ne me perturbe plus.
Il fait nuit, et sombre malgré la lueur des bougies sous la tente. La guerrière s'approche de Clarke.
- La vérité, c'est que nous devons regarder nos soldats dans les yeux, et leur dire "Va, et meurt pour moi." Tu es née pour ça Clarke, tout comme moi.
- Tu me poussais, et ça me rendais dingue. Mais quelque part, j'étais fière. Fière que tu crois en moi, fière d'avoir la possibilité de montrer à tous ce que je valais. Tu me traitais comme ton égale. Pas comme une ado. Pas comme la fille du membre du conseil. Juste moi.
On se retourne, et la lumière change, elles sont en pleine dispute, et Clarke semble hors d'elle devant une Lexa qui tente de faire bonne figure. Mais je ne suis pas dupe, elle est en train de perdre ses moyens. La jeune blonde l'accule contre la table, elles sont si proches, la tension est palpable dans la pièce. Je suis persuadée qu'elles vont s'embrasser.
- Tu les as laissés bruler vif dans ce village.
- Pas tout le monde...pas toi.
Clarke lâche un petit rire devant la scène que visiblement elle connait.
- Là, c'est quand j'ai réalisé que j'étais plus pour toi qu'une alliée. Qu'il y avait sous ce masque noir, et derrière ces yeux pénétrant, un humain, une personne, une jeune fille. Tu m'as rappelée ce jour-là. Tu as finis par m'embrasser. Dit-elle avec un sourire timide. Et c'était le baiser le plus inattendu, et le plus intense de toute ma vie.
Elle plonge ses yeux au plus profond des miens.
- Rien que pour ce baiser, tout ça aurait valu le coup. Cette vie, cette souffrance que tu as vue. Oui je l'ai vécu. Oui elle était là, c'était douloureux, c'était difficile. Mais ça valait le coup. Pour toi, pour te connaitre. Pour vivre ce court instant, avec toi, dans tes bras, et ressentir ce que j'ai ressentis à cet instant. Oui, ça aurait valu le coup, rien que pour ce baiser. Parce que la vie, c'est plus que juste...survivre.
Les scènes défilent à une vitesse folle devant mes yeux. Lexa aux côtés de Clarke, la protégeant, la soutenant. Et viens l'horrible moment de la trahison, je détourne les yeux pour ne plus voir ce visage ravagé par le désespoir. Ma Clarke ne fait aucun commentaire.
Il semble que l'on fait un bon en avant. Les deux jeunes filles se retrouvent dans une chambre luxueuse. Polis, fait une voix dans ma tête. Clarke sors un couteau, et le tiens sous la gorge de Lexa. Je sais que cela ne se termine pas comme ça, alors je regarde.
- Je suis désolée.
Trois petits mots qui brise la faible résolution de la blonde. L'arme tinte sur le sol en tombant.
- C'est là que j'ai compris, que malgré tout ce qu'il s'était passé, je t'aimais. Et je ne pouvais pas lutter contre cette force incommensurable qui me dévorait. Je t'en voulais, mais je t'aimais. Et quand tu as du te battre contre le prince d'Azgeda...j'ai tout fait pour l'empêcher. Je ne pouvais tout simplement pas me résoudre à te regarder mourir. Tu es venue me voir dans ma chambre ce soir-là, après ta victoire. Tu étais si belle dans ta robe. Je ne pensais qu'à t'embrasser. Il m'a fallu une maitrise de moi incroyable pour ne pas craquer.
Clarke raconte cette histoire avec tellement de tendresse dans sa voix, comme si c'était une belle histoire. Après tout, c'est tragique certes, mais c'est effectivement une belle histoire.
Nous sommes toujours dans une chambre, mais une différente, plus luxueuse. Et la lumière est différente, comme si c'était le coucher du soleil. Les deux jeunes filles se tiennent face à face, leur bras enserrés dans un salut guerrier.
Un instant passe, et la Clarke d'ici fait un pas en avant pour embrasser la guerrière. Un moment après, elles s'allongent sur le lit, et ma Clarke remplit maintenant entièrement mon champ de vision.
- Ça n'a pas duré longtemps, mais nous avons été heureuses. Dit-elle tristement. Si tu restes assez longtemps, tu verras des sourires sur ces visages.
- Et si nous restons encore plus longtemps, je verrai des larmes sur le tien. Je vais mourir, bientôt n'est-ce pas ?
Clarke me prend les mains, me forçant à me concentrer sur elle.
- C'est toi, qui as fait de moi ce que j'étais. Tu m'as aimée, avec tout ce que cela impliquait. Tu me faisais confiance, tu me soutenais. Tu t'es battu pour moi, pour mon peuple. Allant contre les avis de tes plus fidèles conseillers. Oui, ta vie s'est brisée, et la mienne avec. Mais je préfère souffrir en ayant connu ton amour, que de ne pas l'avoir connu du tout.
La lumière se fait plus vive, j'entends la foule en colère qui arrive. D'un regard, je perçois Clarke et Lexa, devant le sas peint d'un corbeau argenté.
- Lexa attend ! Je t'aime...
- Je serai toujours avec toi.
Les larmes coulent sur les joues de Clarke. Celle de ce monde, et celle de l'autre monde. Je ne comprends pas cette vision, je suis sensé être morte. Mais les yeux me piquent devant un tel déchirement.
- Je ne comprends pas ?
- C'est compliqué, ce n'est plus vraiment le monde réel ici. C'est ici qu'on s'est vues pour la dernière fois. C'est ici que je t'ai perdue...encore une fois. C'est ici que j'ai réalisé, que tu étais l'amour de ma vie. Et que tu seras toujours avec moi. Quoi qu'il advienne. Et c'est la vérité Lexa. Tu es, tu as été, et tu seras toujours avec moi. Dans cette vie, ou dans une autre. La mort n'est pas la fin. Nous sommes liées.
- Titus dit que l'histoire se répète toujours. Dis-je d'une petite voix peu assurée.
- Peu importe ! Si je dois mourir demain en ayant passé une dernière nuit avec toi, ou dans cent ans sans jamais te revoir, je choisis de mourir demain. Je t'aime, dans cette vie, dans celle-ci, et probablement dans toutes mes vies ! Je ne sais pas si nous serons heureuses à jamais, mais je suis heureuse maintenant ! Et je ne laisserai pas un hypothétique malheur gâcher ça. Maintenant, je sais Lexa, je sais tout, et je te choisis quand même. Tu ne peux plus t'enfuir. Et la seule chose qui me ferait te laisser partir, c'est que tu me dises que tu ne m'aimes pas.
Je la regarde, l'air un peu hagard, je réfléchis. Si les rôles étaient inversés, si c'était moi qui devais souffrir de cette situation, est ce que je prendrais le risque, ou est-ce que je la laisserais partir ? Est-ce que je la laisserais s'éloigner pour me protéger ?
Rien que l'idée est absurde. D'un geste brusque je passe ma main derrière sa nuque, et l'attire dans un baiser intense et suppliant. L'échange presque violent se transforme, les baisers que nous échangeons ralentissent, deviennent plus tendre, nos corps se retrouvent, s'imbriquent comme s'ils étaient deux parties d'un même objet. Après tout, si nos âmes sont complémentaires, ce ne serait que logique.
Quand nous nous séparons enfin, nous sommes dans la chambre de Clarke. Plus de Lexa la guerrière, plus de Clarke de l'autre monde. La bougie est presque entièrement consumée, mais elle donne juste assez de lumière pour faire briller les yeux, bleus comme l'infini, de ma moitié. J'y plonge mon regard, mon âme. Et je souffle contre ses lèvres une promesse, juste avant de l'embrasser de nouveau.
- Je t'aime.
Fin
"And I'd choose you, in a hundred lifetimes, in a hundred world, in any version of reality, I'd find you, and I'd choose you."
