Salutation ! Comme promis, j'ai réussi à poster ce nouveau chapitre en début du ce nouveau mois de Septembre qui annonce une rentrée imminente ! Et justement, pour éviter de parler du contenu de ce chapitre et vous laisser le découvrir sous toutes ses formes, parlons un peu de cette rentrée !
Les vacances c'étaient bien, les petits boulots éreintant mais ils ont fait un peu gonfler le porte-monnaies ! Puis maintenant la rentrée ha là là..(aucune crédibilité) J'entame une seconde année à l'université, je vais retrouver d'ancien prof et en rencontrer des nouveaux paraît-il, hâte de voir ce que ça va donner ! Et vous ?Les cours/Votre travail vous a t-il manqué ? xD
Bon, c'était le moment de ma vie pour couper cette irrésistible envie de vous dire que..que j'ai adoré rédiger ce chapitre, encore une fois, oui ! Est-ce une crime ? Je vais finir par croire que oui..ahhh ! Passons aux remerciements avant que je ne craque xD !
Et bienvenu aux nouveaux ! :
Elise
Plopy
Call
Soreiyu (Réponse à ton commentaire: La suite est enfin lààààà :D Je suis vraiment contente que chacun de mes chapitres te plaisent à chaque nouvelle lecture ! Je prends vraiment du plaisir à les rédiger et je souhaite sincèrement que vos lectures soient aussi agréables que plaisantes ! Savoir que c'est ton cas me rassure :) La relation du Malec s'approfondira encore et encore, mais toujours en essayant de rendre l'histoire cohérente, sans trop en dire d'un coup et faire évoluer les personnages à leur propre rythme ! Pour ce qui est de Raphaël, je te rassure, il aime plus que bien Alec tu ne t'es pas trompé haha ce n'est pas quelque chose que je cacherai tout au long des chapitres non, cela va rapidement en venir à ses sentiments. Hihi, contente que le pabarataï-moment t'aie plu ! Je tenais tellement à la rendre à la fois riches en émotions mais sereine ! Je ne sais pas si c'est vraiment ce que j'ai obtenu, mais j'aimai bien l'écrire xD ! Je vais te laisser découvrir la suite ! J'espère que ta lecture se passera bien et j'ai hâte de te retrouver ! Bisou~~~)
Cywen
Magalie
lil'brownies
ylena
CaptMalec
Tobie-Manga-Fiction
Chrome-chan96
Ekana
NiallerGirl1D
Lulu
Sissi1789
Darknesscoming
Colyne59
Cindy10000
S Stilinski22
SunWings
UneAmeVagabonde
becca015
malecxstalia
Mereryan
MyBeautifulDream
DomoNyan
Vaalgus
Le petite .ange28
Methenniel Thalionwen
Saya-chan1445
Arahila
Ylo
Ariane
hachiko97412
marco29830
Foolbeloved
ThePrincessokatz
dwspike
Lumoonwalker
lily2206
tkawaiii2013
KlainerPotterhead
Petit LuntinRose
rarastyles
youyoulita
Eihpos taro
Emeraude-san
CrazyChamalow
Foolbeloved
WarlockTumie
lagrossepo
Marjo76
shainaMeyJr
Rinkanaku
justelaura
Emiemy
Nounoursdu84
Kajol Malfoy
sakura-okasan
lyse fournel
Losas
Alesia love Archer
jalanna
Flayra
bloom night
sosso996
Emerald key
Mai chii
alice D baskerville
eden's art
prynolink
marie3000
Alexiapanda114
Bafan-chan
Laly77
Kiwiiwiwii
montiemma707
ga65800
limagination2larissa12
elenou22
Ishimaru Miharu
Flamme Eternel
DemmMyzei
valoueeeesweet
narumi112
princessethe100
Marsika
lion no kalista
Phanie Miki: (Réponse à ton commentaire: Hey ! Bienvenu à toi, pas de problème pour les review mettez-en quand vous sentez que avait vraiment besoin de partager vos ressentis, c'est sûr que ça me fait plaisir mais l'important que ce vous preniez autant de plaisir que moi (qui écrit la fic) à la lire ! :D Hihi, oui oui, le Malec va avoir son voyage n'aie crainte ! En espérant te retrouver tout de même, gros bisou~~ )
Nous nous retrouverons en petite note de fin, comme toujours mais avant cela une chose je pense d'essentiel, gardez un paquet de mouchoirs, du sopalin, du papier toilette tout ce qui peut se moucher et essuyer vos larmes, peut-être en aurez-vous besoin ! Sur ce, un grand merci à vous tous de me suivre et lire comme vous le faites ! Bonne lecture :D !
(Attention: Pour éviter tout débat dans la section commentaire je souhaiterai parler d'un point qui me semble important : Dans le chapitre suivant, les termes "sauvage" et "être humain" seront utilisés dans un contexte bien spécifique liés à un état esprit tout autre vis à vis de celui que l'on porte aujourd'hui, si cela pourrait sembler choquant pour certains sachez que j'ai simplement gardé un contexte historique et la philosophie de cette ère. Merci de votre compréhension)
Chapitre 20 : Le temps d'une histoire
Eliott se tenait aux côtés de son père et regardait dans la direction qu'avaient empruntée Magnus et Alec avant de partir à travers un portail. Il se souvenait du si soudain et étrange comportement de son aîné qui avait hurlé sur d'une voix à la fois sourde et profonde, faisant trembler l'air. Le jeune sorcier remarqua également que seules les créatures obscures -sa mère n'était pas avec eux- semblaient avoir été alertées par les cris; celui d'Alec et l'écho venant d'un lieu lointain qu'Eliott ne connaissait pas. En voyant son père regagner l'intérieur du Night Club, Eliott hésita à demander la question qui démangeait ses lèvres ou bien se taire. Finalement, il le suivit et attira son attention en tirant sur l'anneau de sa ceinture.
-Hn ?
-Où sont-ils partis ? On ne les attend pas ?
Ragnor laissa tout le monde entrer avant lui, échangea un regard rassurant à Simon qui semblait inquiet, puis lâcha un long soupire en posant un regard insistant au loin. Les néons de l'enseigne du club créaient un jeu d'ombres et de lumières rosées sur leurs visages.
-On peut les attendre à l'intérieur..
-Où sont-ils ?
-Je ne sais pas Eliott. Fit Ragnor en détournant le regard et haussant les épaules.
L'adolescent n'insista pas, puis suivit son père qui glissa quelques mots à l'oreille du videur. De nouveau au centre du carré VIP, Eliott fut accueilli par sa mère dont les vapeurs d'alcool s'étaient volatilisées pour laisser place à un certain affolement. Ragnor la calma en lui expliquant ce qu'il s'était passé.
-Tu ne les as pas suivi ? S'enquit-elle l'air d'être surprise.
-Pourquoi l'aurais-je fait ?
-Ils ont sûrement des ennuies et toi tu ne fais rien ?
Ragnor sembla pris au dépourvu, ne s'attendant sûrement pas à ce que son épouse régisse ainsi.
-Il a appelé Jace, souligna Simon à qui Raphaël, le chef de son clan, servait un verre d'un cocktail orangé. Le mexicain lui assura que ce breuvage était moins corsé que le précédent.
-Et c'est quoi ça, un Jace ? Questionna innocemment Eliott. Catarina et Raphaël gloussèrent, attendris par la question du sorcier.
-T'es sérieux ? Souris Simon en lui demandant de s'asseoir à côté de lui. Un Jace c'est la personnification même du crétinisme et de la sauvagerie.
-Alec et en danger alors ! S'écria le jeune homme, ouvrant de grands yeux inquiets.
Les rires de Catarina et Raphaël redoublèrent d'énergie.
-Oh, arrêtez de vous moquer de lui vous trois ! râla Ragnor en désignant les deux vampires et la sorcière bleue. Jace..c'est un diminutif n'est-ce pas ? c'est courant chez eux..
-Oui, son véritablement son nom c'est Jonathan Christopher si je ne me trompe pas. Renchérit Simon. C'est le-
-N-non ! Hurla soudainement Eliott.
Imitant Alec plus tôt, il bouscula tout le monde sur son passage et sortit du club. Cette fois, c'est sa mère qui le rattrapa. Une mèche de cheveux avait été balayé par l'air durant sa course, rayant son visage. Elle attira son fils vers elle alors qui semblait pris d'une bien violente panique.
-Elly..regarde-moi, Elly !
-Jonathan..ça y est je me souviens ! Maman, Alec est en danger, il ne doit pas rester avec lui, non, il ne faut pas !
-Sunniva ! S'écria Ragnor derrière eux. Il les rejoignit accompagné des autres. Catarina donna son verre au videur et s'approcha prudemment de l'adolescent, descellant chez lui une crise d'angoisse.
-Éloignez -vous, laissez-le respirer. Fit-elle d'une voix calme mais ferme.
Sunniva relâcha son fils et sentit la main de son époux serrer la sienne. Elle l'interrogea du regard mais il secoua la tête, l'air improbateur. Il préférait laisser Catarina se charger de lui.
Respirant difficilement, Eliott tirait avec force pour s'échapper de la prise de Catarina qui s'égratigna en voulant toucher la nuque de l'adolescent. Ses cheveux étaient devenus aussi tranchants que des rasoirs, elle lui montra donc sa blessure sous le nez et Eliott arbora une moue navrée. Relâchant la pression, il se laissa faire bien que sa chevelure restait sur la défensive.
-T'aurais pu me dire qu'il était croisé avec du hérisson ! Plaisanta Catarina à Ragnor. Hé bien, tu nous as fait quoi tout à l'heure ?
-J-Jonathan..Alec ne doit pas rester avec lui. Il va lui faire la même chose, il va s'en prendre à lui.
-Elly..qui est Jonathan ? Demanda Sunniva. Ragnor fronça les sourcils, lui aussi très inquiet par les propos de son fils.
Apeuré, Eliott les regarda tous en tremblant ne semblant pas capable de trouver les mots. Puis, semblant se souvenir, Catarina regarda Simon et dit :
-C'est bien ce jeune blond que l'on a croisé l'autre soir, celui avec l'Archange ?
-O-oui, Alec et lui son Parabataï.
-Quoi ?! S'écria Eliott.
-Attendez, quoi ? Quel Archange ?! s'étrangla presque le cornu. Il lança un regard noir au chef du clan des Vampires, qui haussa les épaules en grimaçant assez expressivement. Gamin, de quoi tu parles ? Demanda t-il à Simon qui se ratatinait sur place.
-Ragnor, je t'en prie ! Fit Sunniva, l'air agacé.
-Ils ne peuvent pas être Parabataï, ce n'est pas possible, Alec ne pourrait pas..il..
-Je t'assure que si ! Insista le jeune vampire.
Une cacophonie monstrueuse envahie la ruelle, tandis que Catarina s'efforçait de garder les esprits clairs malgré les litres de mélanges ensorcelés d'alcools qu'elle s'était enquillé. Mais elle ne pouvait pas se concentrer avec toute cette agitation derrière elle. Fermant les yeux pour prendre une profonde inspiration, elle semblait contenir une certaine colère qui changea la couleur de sa peau bleue azurée en un bleu si sombre que certaines parties de son corps telles que les chevilles et la nuque devinrent noires.
-Taisez-vous ! Tous ! Un patient a besoin de calme même en dehors d'un hôpital !
Ils échangèrent des regards confus, puis papillonnèrent des yeux en restant le plus calme possible. Du coin des lèvres, Ragnor baragouina :
-J'te promets de te tirer les vers du nez..Simon.
Ce dernier leva les yeux au ciel puis se tourna vers Raphaël qui regardait distraitement sur le côté. Simon repéra alors une vampire boire le sang d'une de ses semblables dont les lèvres dévoilaient un sourire pointu en canines.
Curieux, il se pencha vers son aîné et glissa à son oreille.
-Tu ne les avais pas encore vu ? Elles sont là depuis un moment, j'ai senti leur odeur en entrant.
-Je viens de les sentir. Avoua Raphaël.
Simon fronça les sourcils, ne trouvant guère normal que son ami n'avait rien remarqué auparavant. Puis, faisant mine de réfléchir, il sourit d'un air taquin et passa son bras autour des épaules de Raphaël. Ce dernier haussa un sourcil, défiant mais se laissa faire. Puis, en reniflant le parfum de son cadet, il grimaça et se détacha rapidement de lui, croisant les bras contre son torse il se renferma sur lui-même, un air sombre plaqué sur le visage. Ragnor le remarqua et se promit de vérifier ce qu'il en était mais plus tard. Pour le moment il souhaitait comprendre ce qui se tramait avec son fils. Sunniva était revenue près de lui et Eliott semblait lui supplier de le laisser voir Alec.
-M-Mais je ne sais même pas où il est parti.
-Sûrement à l'Institut de New-York, du moins il a demandé à Magnus de les amener là-bas. Souleva Catarina.
-C'est où ? S'enquit l'adolescent mais c'était sans compter sur l'intervention de Ragnor.
-Tu n'iras pas là-bas. Eliott, je t'ai dit que nous les attendrons au club. Que ferais-tu à l'Institut ?
-Le prévenir qu'il ne doit pas s'approcher de lui, c'est Jonathan papa, c'est lui qui..
Eliott voulut poursuivre, mais son esprit se brouilla. Tout ce qu'il se souvenait s'était du sentiment d'horreur que lui évoquait ce prénom. Mais il semblait en avoir oublié la raison. Simon, après s'être fait rejeté par son chef, décida de revenir sur le cas Eliott et le rassurer un peu.
-Hé..oublie ma petite blague de tout à l'heure, il ne fallait pas le prendre au pied de la lettre. Jace est un imbécile mais crois-moi, pour les avoir vu ensemble, je peux t'assurer qu'il ne ferait jamais de mal à Alec. Pas à son Parabataï.
Voyant que ses paroles ne le rassuraient qu'à moitié, Simon proposa de l'accompagner jusqu'à l'Institut. La réponse virulente de Ragnor ne le surpris que peu..
-Ragnor..baisse d'un ton. Fit Catarina, blasée par l'attitude de son ami.
-Il n'ira pas là-bas ! Encore moins accompagné d'un vampire qui ne maîtrise pas ce qu'il est !
-Je m'en sors bien pour le moment, protesta Simon.
Ragnor alla rétorquer quand sa compagne l'interrompit sèchement.
-T'es ridicule.
Les bras croisés contre sa poitrine, le regard hautain, Sunniva le dévisagea sérieusement. Haussant un sourcil, Ragnor lui demanda de répéter.
-T'es ridicule. Du er latterlig. Reprit-elle en Norvégien. Cela passe mieux dans cette langue où je peux continuer en anglais ?
-M-Maman..fit Eliott mais Catarina lui indiqua qu'il était préférable de ne pas intervenir.
-Moi, rétorqua Ragnor en se montrant lui-même du doigt, moi je suis ridicule ? Je ne me suis pas mis à hurler dans tous les sens et je n'inquiète personne !
-Tu ignores les problèmes de ce jeune homme, comment te permets-tu de douter ainsi de lui après qu'il ait sauvé le vie de notre fils, Ragnor !
Les yeux bruns de la jeune femme s'assombrirent, leurs pupilles rétrécirent tant la colère bouillonnait en elle. Un lourd silence les englobait. Les autres, toujours à l'écart, regardaient la scène en espérant que ni l'un ni l'autre n'aillent trop loin dans ses propos. Eliott se sentit soudainement coupable d'avoir déclenché une dispute entre ses parents.
-Tu as appris de bien belles valeurs à Eliott, essaie donc de les appliquer. (Son regard se tourna vers Eliott) Tu veux voir ce jeune Nephilim ? Tu veux rejoindre Magnus et lui à l'Institut ?
N'osant dire mot, Eliott hocha simplement la tête.
-Ouvre un portail, tout de suite.
Puisqu'elle était de son côté, Eliott ne reprocha pas à sa mère de se montrer sèche. Ouvrant un portail, il la dévisagea curieusement.
-A-attends, Sunniva qu'est-ce que tu fais ? S'inquiéta Ragnor en sentant la main de son épouse agripper fermement son bras.
-Dis Institut.
-Institut ?
Par automatisme, les images de la Cathédrale s'ancrèrent dans son esprit. D'un grand coup de pied dans le dos -bien accentué par la pointe de ses talons aiguilles- elle poussa son amant qui tomba droit dans le portail avec son fils qui s'était jeté pour le rattraper. Cornes contre neige, Ragnor s'étala aux pieds d'un homme élancé, qui haussa les sourcils en le voyant atterrir.
-Très cher ?
Osant lever un œil, Ragnor pouffa d'une moue agacée en faisant s'envoler de la poudreuse lorsqu'il aperçut Magnus qui patientait gentiment devant l'Institut.
-Ah..Geignit-il en se relevant. Il se massa douloureusement les reins. Saleté, plus jamais je lui offre des chaussures à talons !
-Maman pourra toujours s'en acheter avec son salaire tu sais..
-Que faites-vous ici ? S'interrogea Magnus qui épousseta Eliott qui était également tombé.
-Longue histoire..(Ragnor adressa un regard penaud à son fils) Je vais sûrement dormir sur le canapé ce soir.
Eliott haussa les sourcils avec évidence.
-Je pourrais dormir dans ta chambre ? Essaya t-il.
-Non.
-Fils indigne.
Quelque peu hébété, Magnus cligna des yeux avant de reporter son attention sur la colonne de lumière qui s'élevait depuis le toit de la Cathédrale. Eliott sourit en reconnaissant l'aura d'Alec.
-Il est là !
Ignorant, il osa toucher le portail mais fut violemment repoussé par une barrière invisible, et quelques chocs électriques. Magnus se posta derrière lui pour amortir sa chute.
-Doucement cow-boy, les créatures obscures ne sont plus autorisées depuis quelques semaines.
-Q-quoi ? Mais je connais les Accords et nous-
-L'inquisitrice s'est permise quelques changements depuis son arrivée. Le coupa Magnus d'un air désolé. Il leva ensuite son regard, comme s'il pouvait voir son amant. Moi aussi j'aimerai rentrer.
Eliott ne cacha pas sa déception, mais surtout, Magnus remarqua son angoisse et interrogea Ragnor du regard. Ce dernier s'approcha sans détourner son regarder des volutes lumineuses qui s'atténuaient doucement.
-Eliott voulait prévenir ton ami contre quelqu'un mais...j'ai l'impression qu'il y a erreur sur la personne.
-Contre qui voulait-il le prévenir ?
-Ce n'est pas Jonathan, dit soudainement le jeune sorcier à mi-voix. Ce n'est pas lui.
Fronçant les sourcils, le Grand Sorcier de Brooklyn semblait plutôt sceptique au sujet de la raison qui poussa son ami et son fils à venir jusqu'ici. Puis, en voyant Eliott se détendre il préféra passer outre et il se remit donc à attendre patiemment qu'Alec revienne. Il s'excusa néanmoins pour leur départ précipité.
-Cela semblait urgent. Fit simplement Ragnor. Son air bougon amusa tendrement Magnus qui sut aussitôt que son ami s'inquiétait pour lui.
-Alec était sur le point de perdre son lien Parabataï..tous deux en étaient malades.
-Je me disais, tu ne paraissais pas très surpris de le voir dans cet état. Souleva Eliott.
-Bien sûr que si, mais j'ai vite compris de quoi il en ressortait. (Il posa un regard sans intérêt vers ses pieds dont l'un deux grattait dans la neige) Pour être franc, ils avaient beau se montrer patients, je crois qu'ils commençaient à perdre espoir..Le choc a dû être si violent qu'ils se sont appelés depuis leur emplacement respectif.
Alors qu'ils discutaient, les trois sorciers furent attirés par un petit point lumineux qui brilla d'abord intensément, puis plus faiblement dans un coin bien trop sombres pour leurs yeux humains. Ils usèrent donc de leurs sens de sorciers pour apercevoir l'Archange Raphaël, adossé contre un mur en train de fumer. La lumière qui les attira fut sûrement celle de la flamme de son briquet.
-Tu nous épis ? Aboya Magnus.
-J'ai le droit de m'en griller une sans que je passe sous interrogatoire ?
L'éclat dorée de ses yeux de chat inquiéta Ragnor qui s'approcha de son ami. Il n'était pas sot, la première fois il avait bien compris que ces deux la ne s'appréciaient guère..
-Magnus, ton artefact.
Apportant vivement une main à son oreille gauche dénudée, le Grand Sorcier de Brooklyn grogna puis s'éloigna de quelques pas pour ne plus faire à face à l'Archange. Mais ce dernier, d'une humeur tout aussi exécrable s'approcha d'un pas nonchalant, les mains les poches de sa veste en cuir et sa cigarette entre ses lèvres pincées. Ses cheveux n'étaient pas coiffés, semblaient rebelles et une épaisse mèches ondulées voilait son œil doré. Faisant bien trop sombre pour éclairer l'autre d'un noir ténébreux, Ragnor eut l'impression de faire face à un homme sans visage.
-J'ignorai que tu avais une forme primitive.
Il n'eut aucune réponse.
-Et je parie mes ailes qu'Alec n'en sait toujours rien.
Un autre grognement s'éleva pour remplacer le mutisme de Magnus.
-Crois-le ou non, je regrette de m'être emporté tout à l'heure.
-Je me fiche de tes excuses ! Cracha le sorcier sans prendre la peine de le regarder.
-Ne te m'éprends pas, je ne suis pas désolé. (Il écrasa son mégot dans son poing) Mais je vais être franc, je n'aime pas ton attitude avec lui. Tu prétends t'inquiéter pour lui, mais il ignore tellement à ton sujet. Je me demande même comment il arrive à éprouver une telle confiance en toi..
Serrant les poings pour ne pas laisser ses griffes apparaître, Magnus se fit violence pour ne rien tenter. Une profonde amertume s'empara de l'Archange qui serra les dents et siffla avec dédains:
-Tu crois peut-être.. que ça sera toujours tout rose entre vous ? Ah, je le souhaite sincèrement..pour son bien être à lui. Mais t'as osé lui mentir sur ce que tu es vraiment et ça je ne peux pas le tolérer. Je vais te dire pourquoi je regrette de m'être emporté aujourd'hui, parce que dans le cas contraire je me serais contenter de savoir que tu es le fils d'Asmodée..et jamais je n'aurai appris pour ta forma animalis. Ce que tu as ressenti tout à l'heure..cette crainte envers mon aura. J'ai ressenti la même chose lorsque ton artefact s'est brisé.
-Hé, je ne sais pas d'où tu sors, mais lâche-le veux-tu. Menaça Ragnor en s'interposant entre les deux malgré le portail qui les séparait de lui.
Raphaël le remarqua à peine. Omettant de préciser qu'il était au courant que le sorcier avait déjà parlé de son père à Alec, l'Archange reprit:
-Tu ne juges peut-être pas encore utile de lui parler d'Asmodée. Mais quand le sera t-il pour lui dire que sans artefact tu te transformes en une créature qui n'a plus rien d'humain ?
Alors qu'il était sur le point de se jeter sur le portail en libérant sa fureur, une voix fluette attira tous leur attention, faisant tourner la tête à Raphaël et Magnus qui se tenaient tous deux dos à la Cathédrale. Malgré l'obscurité, il était facile de deviner le sourire éclatant du Nephilim qui haussa des sourcils surpris en voyant Raphaël, puis de moins en moins en le voyant face à Magnus..Non là, il semblait fort inquiet.
-Raphaël..Soupira le brun.
-Le portail nous séparait. Se défendit-il. Nous ne faisions que parler.
Alec s'approcha, faisant crisser ses chaussures dans la neige. Maladroit comme à son habitude, il glissa sur les pavés devant les marches. Magnus s'approcha du portail comme pour le rattraper mais ne put aller plus loin. Ce fut Raphaël -qui avait réagi en même temps que lui- qui amortit sa chute en s'agenouillant dans la neige. L'Archange se ficha bien d'avoir le bas des jambes de son pantalons trempés, il venait d'éviter à Alec de se cogner violemment le front contre la pierre. Un peu dans tous ses états, ce dernier se releva en remerciant timidement son ami pour son geste. De l'autre côté, Magnus courba curieusement les sourcils et ressentit un éclat d'aura qui n'était pas celui de son amant. La douceur le surpris, d'autant lorsqu'il comprit d'où cela provenait. En voyant ainsi, l'Archange sermonner Alec pour son manque de vigilance et l'autre lui répondre en détournant son regard allègrement chaleureux, bien que son visage définissait l'embarras, quelque chose se brisa en lui. «Tu disposes de tous les moyens entre tes mains pour me repousser, me blesser voire me tuer » Ce qu'il s'était passé dans la serre lui revint en mémoire, ainsi que les paroles de son amant qui le percutèrent de plein fouet.
Il ne lui fera jamais de mal.. Songea t-il en fixant avec insistance l'homme aux yeux vairons. Il le remarqua mais ignora Magnus en faisant mine de regarder ailleurs.
Toujours aussi insouciant, Alec se réjouit de voir Eliott et se précipita au grillage pour lui parler. Raphaël se tint à ses côtés.
-Que fais-tu là ?
-J-je..
Mais Eliott semblait avec été trop impressionné par Raphaël et la tension qui s'était dégagée de son échange avec le Grand Sorcier de Brooklyn, pour être en mesure d'étaler ne serait-ce trois mots de cohérents.
-Tu l'intimides. Ricana le jeune Nephilim en s'adressant à Raphaël.
-C'est plutôt toi et ta tête d'imbécile heureux. Rétorqua t-il en sortant une autre cigarette. Alors, il a fini de boudé ?
-Oh je t'en prie, laisse Jace tranquille pendant quelques jours tu veux bien ?
-Seulement s'il ne vient pas me parler..
-Tu vas bien devoir te faire quelques relations ici, si tu ne veux pas paraître trop étrange ! Plaisanta Alec.
Raphaël eût un geste de recule, leva les yeux vers le ciel et fit mine de réfléchir.
-Je suis bizarre de nature..c'est ce qu'ils disent.
-Qui ça ? S'enquit son cadet d'un air inquiet. Les deux hommes se firent interrompre par Ragnor.
-Hé le Nephilim, on est venu exprès pour toi. Tu seras gentil de ne pas trop faire attendre le commun des sorciers.
-J-J'arrive !
Faisant le tour, Alec poussa le portail mais cette fois il remarqua que la barrière céda avant qu'il n'eut prononcé la formule d'allégeance à Raziel. Il échangea un regard avec Raphaël qui lui souriait avec un pointe de fierté envers son cadet.
-Tu vois, moi aussi je suis bizarre.
Une fois encore, l'Archange essaya tant bien que mal de mettre sous silence ces murmures que chacun des battements de son cœur lui confiait lorsqu'il entendait la voix, le rire cristallin d'Alec. Magnus accueillit chaleureusement son amant qui ne perdit pas une seconde pour lui conter ce qu'il s'était passer sur le toit. Il l'écoutait, en souriant tranquillement mais au moment où il ouvrit un portail afin de retourner au Pandémonium..il ne put s'empêcher de passer sa tête par dessus son épaule et lancer un regard désolé à Raphaël. Usant d'un sort de psyché, il lui dit « Il n'y pas de paradis pour les hommes comme moi..et on me bannira sûrement des enfers..mais je l'aime. Et je protégerai l'avenir qu'il m'offrira. »
Magnus laissa Alec passer devant lui. Quant à Raphaël il rétorqua en usant du même sort : « Alors tu n'as rien à craindre de moi..plus jamais. »
Terminant leur bien silencieux échange, les deux hommes se saluèrent d'un bref hochement de tête très solennel. Mais avant de partir, le Grand Sorcier de Brooklyn ajouta. « Je me suis promis de toujours le laisser choisir..je ne m'imposerai plus moi non plus. »
Imperceptiblement, les lèvres de l'Archange tremblèrent et laissèrent s'échapper la cigarette qu'elles tenaient. La neige étouffa la cendre et les éclats de braises..mais une autre flamme s'alluma, encore fragile et incertaine puisqu'elle ne sut si elle pouvait brûler longtemps. Néanmoins, elle était bien là. Trouvant le ciel bien trop couvert pour apercevoir les étoiles, Raphaël concentra son aura et les nuages gonflés de neiges s'écartèrent pour dévoiler une voie lactée resplendissante qui tapissait la nuit par d'innombrables éclats de diamants. Mais toutes pâlissaient à la vue de ce disque laiteux qui illuminait la nuit.
Une fois de retour au club, Eliott expliqua plus clairement la raison de sa venue à l'Institut à Alec qui lui assura que Jace n'était pas l'homme effroyable dont il parlait.
-Et puis, il a cessé de se faire appeler Jonathan il y a longtemps maintenant. J'ignore qui te fait autant peur, et nous ne pouvons qu'espérer que tu ne croiserai plus jamais son chemin.
Encore animé d'une tendre joie, Alec apaisa les maux du jeune sorcier par sa voix et sa présence. Son aura eut peut-être aussi un rôle, frétillante encore avec légèreté autour de lui. Plusieurs créatures obscures en furent touchées, mais aucunes d'elles n'agirent avec agressivité. Au contraire, deux sorciers se montrèrent bien curieux et un loup garou osa l'aborder. Alors qu'il lui proposait un verre, Magnus claqua des doigts et en fit apparaître un entre les mains de son amant qui papillonna des yeux d'un air hébété.
-L'abus d'alcool est mauvais pour la santé mon loup. Laisse-lui le temps de finir son premier verre.
Reconnaissant le Grand Sorcier de Brooklyn, le jeune homme s'effaça en osant tout de même un clin d'œil à Alec qui sourit d'un air constipé. Si en arrivant au club, quelques heures plus tôt, cela semblait avoir déplu à beaucoup de créatures obscures, en cette instant il en attirait un peu trop au goût de son petit ami qui dut sortir l'artillerie lourde. Prenant le verre d'Alec, il siffla une grande gorgée qu'il garda bien en bouche avant de s'asseoir à califourchon sur lui. L'embrassant en jetant un regard noir aux sorciers prêts à séduire le Nephilim, il fit glisser le breuvage de sa bouche pour le partager avec lui. Magnus l'obligea également à agripper ses fesses, ce qui ne dérangea guère le jeune brun déjà fort insouciant et ivre par tant d'éléments de cette soirée.
-Enfermez-vous dans le bureau ! Râla Ragnor qui s'était chargé de paralyser un Terrestre et deux Vampires qui avaient essayé de flirter avec son épouse. Bien que cette dernière l'ignorait royalement depuis un moment.
Fatigué par tout ça, Eliott chercha Simon des yeux mais ne le trouva ni lui ni le chef du clan de New-York. Catarina le remarqua et demanda à Ragnor s'ils ne pouvaient pas tous rentrer finir la soirée chez lui.
-Si bien sûr, le Nephilim attire un peu trop de monde de toutes façons. (Il jeta un coup d'œil aux deux amants qui refusaient de se décoller) Mais ce sera sans eux !
Rassemblant leurs affaires, tous les quatre s'apprêtèrent à quitter le club Ragnor osa secouer son ami qui le repoussa gentiment.
-...hn, occupé.. grogna t-il en s'appropriant les lèvres d'Alec.
-Il faudra parler Archange tous les trois. Souffla le cornu.
Les deux amants ne se décollèrent pas d'un centimètre mais leurs bouches cessèrent de remuer. Les yeux dans les yeux, ils s'échangèrent une surprise commune.
-Allez, à la revoyure ! (Il se tourna une dernière fois) Alec Lightwood, une dernière chose.
Se raclant la gorge, le Nephilim redoutait le pire. Il passa sa tête par dessus celle de Magnus et grimaça un sourire coincé. Après avoir mimé des mots avec ses lèvres, le sorcier Fell caressa le haut de la tête de son fils et le poussa gentiment pour le guider jusqu'à la sortie.
« Merci pour tout »
Soupirant de soulagement, le brun se ratatina sur son siège et sourit comme un bienheureux. Il se perdit alors dans la contemplation du visage à l'air curieux de son amour de sorcier. Glissant une main dans ses cheveux méchés de doré, il n'avait plus envie de bouger.
-Tu me sembles si paisible, fit remarquer Magnus en parlant tout près de son visage pour qu'il l'entende par dessus la musique.
-Encore une étrange journée, mais j'ai l'impression qu'une page vient de se tourner. Et je compte bien écrire moi-même le prochain chapitre.
Attrapant le verre posé sur le côté, il but le fond ne sentant même plus le goût de l'alcool. Il détailla son reflet dans le verre et colla sa joue contre celle du demi-démon qui ricana.
-Le plus beau des cocktails.
-Je suis d'accord, dit Alec. Et aussi le plus savoureux.
Souriant contre la bouche de l'autre, ils s'embrassèrent encore et encore, faisant se toucher leur front comme pour imprégner leur âme dans le corps de l'autre.
-J'espère..que rien de dérangeant n'est survenu avec Raphaël avant que je n'arrive. S'inquiéta sincèrement le Nephilim.
-Rien qui ne doit tordre ton visage d'une telle expression songeuse.
-Il..il n'est pas méchant, fit Alec qui se sentait obligé de justifier le comportement parfois brusque de l'Archange. Je crois surtout qu'il a peur, mais qu'il n'ose nous le dire.
-C'est bon, chéri..sourit Magnus. Je te promets que tout ira bien maintenant.
Un peu hagard, Alec fronça les sourcils et interrogea son amant de ses yeux vitreux.
-Et si nous rentrions, nous aussi ?
Laissant la table basse telle quelle, les deux hommes se volatilisèrent pour rejoindre le loft. Là-bas, ils se plongèrent dans le noir, jetèrent leurs manteaux sur le dossier du sofa et s'y installèrent en contemplant le quartier de lune qui déposait un voile bleuté sur leur peau. Allongé sur le dos, et un bras pour surélever sa tête, Alec caressait les reins de son aîné qui somnolait sur son buste. La fraîcheur de l'air et les caresses firent agréablement frissonner Magnus qui se laisser bercer par le souffle calme de son amant, qui bombait et abaissait son torse et son ventre au même rythme. Si tous deux étaient trop fatigués pour éprouver un désir de luxure, ils appréciaient néanmoins le contacte de leur peau nue l'une contre celle de l'autre. Ils s'étaient mis à l'aise et comptaient sûrement terminer leur nuit sur ce sofa. Couvert d'un plaid et de leurs bras aimants. Alors qu'il était sur le point de plonger dans un profond sommeil, Magnus sursauta légèrement en remarquant l'anormalité des battements de cœur de son petit ami.
Il les connaissait par cœur, et savait qu'ils s'atténuaient pendant son sommeil. Mais à ce moment là..il les trouvaient bien trop lents pour un Nephilim. Alec ne dormait pas, il le savait car son souffle était encore trop fluide et contrôlé. Aussi, sa main câlinait toujours sa peau.. S'il était normal pour un sorcier d'avoir un pouls très lent, cela l'était moins pour les chasseurs d'ombres.
-Dors..susurra Alec qui embrassait ses cheveux. A notre réveil, nous devrions songer à préparer notre départ.
-Tu sembles déjà le préparer en silence. Rétorqua Magnus sur le même ton, pour ne pas briser la bulle de cette douce intimité qui les couvait.
-Un peu..Cette bougeotte ne me quitte plus depuis que nous avons commencé à en parler.
Magnus étira un sourire qui disparut bien vite lorsqu'il sentit son amant frôler son oreille gauche. Alec ne dit rien, et continua son chemin en caressant ses cheveux. Alors qu'il pensait avoir évité la catastrophe, les doigts de son amant se glissèrent de nouveau sur son oreille avec plus d'insistance, détaillant la forme de son hélix.
-Je croyais que tu ne voulais pas l'enlever ? Sa voix innocente et étonnée lui fendit le cœur. Magnus fit disparaître les potentiels mensonges qui caressèrent son esprit et avoua qu'il s'était brisé pendant l'indicent avec Raphaël. Il expliqua ce qu'il s'était passé, les arguments de chacun, sa propre colère et celle de l'autre..Alec resta à l'écoute sans prendre parti.
-En ce qui concerne le secret de cet artefact, attends encore que nous soyons arrivés à Jakarta, là-bas tu sauras tout.
En guise de réponse, Alec ferma ses doigts autour de la main de son aîné posée sur son torse nue. Si Magnus voulait obtenir de son cadet un véritable futur, alors il était prêt à susciter en lui l'envie de rester à ses côtés. Le Grand Sorcier de Brooklyn n'avait pas besoin d'un livre pour relater sa vie ; Alexander serait son Ouvrage de Vie.
Au petit jour, Jace fut réveillé par la caresse des pointes de cheveux de Clary qui lui chatouillait l'épaule. Du coin de l'œil, il l'observa et la vit tenir ses cheveux comme si c'était un pinceaux. Il ferma de nouveau les yeux mais sourit, et ce ..comme un imbécile se dit-il.
-Réveillée depuis longtemps.. ? Demanda le blond d'une voix encore endormie.
-Non.(Elle se roula un peu plus sous les couvertures) Ta rune a laissée une marque un peu étrange en s'effaçant cette nuit.
Tirant sur la peau de son épaule pour voir de quoi elle parlait, il pouffa en retombant mollement sa tête sur l'oreiller.
-C'est une tâche de naissance. Regarde mieux, tu peux encore voir la trace de la rune.
-On dirait une étoile. Sourit Clary en continuant de dessiner les contours de la tâche avec ses cheveux.
Elle n'omit pas de constater que son petit ami ne cessait de caresser sa rune parabataï. Son sourire s'agrandit et elle dit :
-Tu m'as surprise cette nuit, lorsque tu t'es réveillé tout auréolé de cette lumière !
-C'est grâce à toi si je suis parvenu à libérer mon aura. Maintenant, je peux partager ma force à mon frère et c'est tout ce qui compte..
-Que veux-tu dire par, c'est grâce à moi ?
Marquant un instant de silence, le blond fixa évasivement le plafond puis se lança.
-Nous étions tout deux dans l'erreur depuis le début. Je crois qu'à trop vouloir le devancer j'ai complexé Alec sur ses talents de guerrier et lui même s'est senti obligé d'entrer en compétition avec moi. Au final, plutôt que de partager ce que nous avions, nous nous déchirions sans cesse parce que nous nous sommes si longtemps jalousés. Je lui enviai tant son statut de grand frère calme et réfléchi. (Il tourna sa tête vers elle et plongea ses yeux dorés dans les siens) Mais grâce à toi j'ai compris ce qu'était le vrai sens du partage..et pour cela je devais avoir quelque chose à donner. Puis je me souvenu de quelque chose..
-Quoi donc ? Le murmure de Clary caressa la peau du blond. Son cœur s'emballa de joie.
-Lorsque j'étais emprisonné à la Cité des Os..le jour où Valentin a dérobé l'Épée Mortelle je n'avais aucune stèle sur moi, pourtant j'étais parvenu à activer ma rune de courage et de force. Plus tard, en apprenant ce qu'il se tramait avec Alec, j'ai pensé que cela venait de lui, ce qui lui arrivait avait sûrement des répercutions sur la force que nous partagions à travers notre lien Parabataï. Mais hier, j'ai su qu'il en avait été rien, que ma propre volonté avait su réveiller mon sang d'Ange ainsi que mon aura même si cela ne fut que pour un temps.
Jace ferma les yeux et songea à cette nuit, et à ses retrouvailles avec son frère.
-Alors j'ai créé mon épicentre. J'ai libéré..toutes ses émotions que j'essayai de contrôler en vain, je pensai à toi et tes runes qui nous ont sauvé plus d'une fois jusqu'à aujourd'hui. Le bateau..l'épée..le sous terrain..Et Raziel sait que tu es loin d'avoir accompli la moitié de ton chemin, et je veux me tenir à tes côtés. Clary..mon ange à moi, toutes les runes que tu créeras je serais là pour les faire briller.
La tendresse dans sa voix gonfla la poitrine de Clary qui buvait chacun des mots de Jace. Embrassant son front, il ajouta :
-Tu es mon point d'ancrage.
Clary glissa son bras derrière la nuque de Jace et l'attira plus près d'elle. Il humant avec délice le doux parfum de sa peau tiède au niveau de son cou. Serein, il se demanda si ce qu'il vivait en cet instant n'était encore qu'un de ces pénibles rêves qui se jouaient de lui, et qu'à son réveil il se retrouverai seul dans des draps froids. Puis, au niveau du cœur de la rousse, il vit la peau pulser tranquillement. Il posa deux doigts sur le haut de ce sein chaud et ferme qui frissonna fébrilement. Jace sentit son pouls battre à l'unisson avec celui de Clary. Elle est réelle.. Il ferma les yeux et se lova plus près de sa poitrine. Leurs jambes s'emmêlèrent sous les draps, et chacun profita de l'autre encore quelques minutes avant de commencer une nouvelle journée dont ils ignoraient encore le déroulement..
En fin de mâtinée, Alec se présenta à l'Institut avec la ferme attention de faire part de ses projets à l'Inquisitrice. Jace avait furtivement aperçut son frère qui lui promit de tout lui raconter après son entretient. Plus tard, se pointa l'Archange Raphaël qui baillait à s'en faire décrocher la mâchoire. Il se dirigea vers la cuisine sous le regard déconcerté du blond qui se demandait pourquoi il paraissait si détendu.
-Bonne nuit ? Fit Jace, en appui sur le chambranle.
-On dit « Bonjour » mais ça me va aussi je ne suis pas très à cheval sur les formules de politesses. Rétorqua le brun en se servant un café.
-C'était une question..
Jace entra dans la cuisine et picora dans l'assiette que se préparait l'Archange. Ce dernier lui frappa la main avec le dos de sa fourchette.
-J'ai une horrible fringale, prépare-toi quelque chose si tu as faim. Brûler son aura use de l'énergie, n'oublie pas de manger régulièrement.
Haussant les sourcils avec une pointe de curiosité. Bien sûr, il a ressenti mon énergie.. Le blond l'observa préparer son repas en patientant que Raphaël se remette à parler..mais il ne fit que bailler.
-Faut dormir la nuit.
-Oh, mêle-toi de tes oignons..Alec m'a demandé de me montrer aimable avec toi, mais ne joue pas avec ma patience, pas le matin je-
-Raphaël a besoin de deux cafés sans sucre et d'une bonne demie-heure pour bien émerger. Intervint Alec qui semblait de bonne humeur.
-Déjà sorti du bureau de l'Inquisitrice ?
Se tournant à mi-profil pour saluer Alec, Jace remarqua sans peine que le regard de Raphaël s'était adoucit en voyant son frère s'approcher de lui.
-T'as oublié de dire que j'ai besoin de ma cigarette matinale..dit-il d'une voix encore enrouée. Le sommeil ne semblait pas vouloir le quitter.
-On ne fume pas à l'intérieur de la Cathédrale. Sourit son cadet qui le poussa gentiment pour prendre la relève. Regarde dans l'état où sont tes œufs.. Pas si fort le feu.
-On n'apprend pas à manier des louches et des spatules à Éden.
L'Archange retourna s'asseoir à table et but son café qui avait légèrement tiédi.
-De quoi parle Jace ? Questionna t-il en tenant sa tête dans sa main, le coude posé sur la surface marbrée de la table.
-Maintenant qu'elle est au courant pour Gabriel..ainsi que mes ailes je lui ai fait par d'un projet que nous avons organisé Magnus et moi.
Sortant une assiette, Alec servit les œufs qu'il parvint à rattraper et y ajouta du bacon. Quant à Raphaël et Jace, ils s'échangèrent un regard d'abord confus, puis l'Archange sourit et remercia son cadet pour le petit-déjeuner.
-Quel projet ? Et pourquoi Magnus n'est pas là ? S'enquit Jace.
-Je te rappel que les créatures obscures ne sont toujours pas autorisées ici..
-Tss.. va falloir que ça change. Pesta Raphaël en buvant le reste de son café.
Alec lui adressa un sourire bienveillant, alors qu'il lui resservait du café. Cette fois, Raphaël trouva cela trop aimable..
-Accouche. Fit-il sans quitter les yeux de son assiette.
-Termine de manger, il y a le temps. Rétorqua Alec en déglutissant difficilement. Jace sentit l'orage arriver gros à des kilomètres, et préféra sortir de la cuisine. Lâche ! S'outra intérieurement son frère aîné. A croire que retrouver leur lien n'avait rien changé !
-Tu me raconteras, hein.. Dit le blond avant de partir.
Seuls, un silence de mort pesa sur les deux hommes. D'apparence calme, Raphaël mangea sans prendre le temps de toiser son cadet. Mais il ne faisait que patienter, attendant que les mots sortent de la bouche d'Alec. Ce dernier..semblait justement les chercher.
-T'as l'air fatigué, mal dormi ?
-Non.
-Arrête, t'as des poches sous les yeux..Pourquoi tu me mens ?
-Je ne peux pas mentir, Alec. Souligna l'aîné en buvant son autre café.
-Dans ce cas bien dormi ?
-Non.
-Raphaël ! S'agaça le Nephilim.
-Je n'ai jamais dis que j'avais dormi, c'est tout. Se défendit-il en passant une main dans ses cheveux mal peignés.
En faisant ce geste, l'air se brassa et une odeur qu'Alec ne connaissait pas chatouilla ses narines. Ce fut bref, mais suffisant pour subir un pincement au cœur. Il n'aima pas ce sentiment.. Il passa outre en tourna la tête ailleurs.
-Alors ? Pourquoi jouer les bons époux ce matin ? Lâcha L'Archange avec son éternelle nonchalance qui fit s'échauffer les pommettes d'Alec.
-J-je voulais juste être serviable.
-Alec..l'honnêteté est une qualité chez toi mais pas une vertu. La différence entre nous est que ; je ne peux pas mentir du tout et toi tu ne sais pas le faire.
-Si je sais !
-Non.
-Même pas un petit peu ..?
-Pas une once de crédibilité en toi.
Il est dur là..Soupira intérieurement Alec en relâchant ses épaules. Il capitula.
-Promets-moi d'abord que tu ne feras pas de scandale à Magnus. Il n'y est pour rien, j'ai eu l'idée et il était d'accord mais ça s'arrête là !
Alec ne s'en rendit pas compte, mais ses propos blessèrent son aîné qui fronça imperceptiblement les sourcils en buvant son café. Le nez toujours dans la tasse, il dit d'une voix étouffée :
-Dis-moi donc.
-Voilà..mes ailes sont sur le point de s'ouvrir, et je ne me sens pas suffisamment à l'aise ici. (Il se massa la nuque d'un air soucieux) Je n'ai pas envie d'être vu comme une bête de foire, on a déjà du mal à garder tout ça secret aux yeux de l'Enclave alors je me suis dit qu'un voyage serait bien pensé.
Le silence de son aîné le perturba. Alec hésita à reprendre, mais de toutes façons il ne savait plus quoi ajouter. Hormis peut-être..
-Je n'y vois pas d'inconvénient. La voix blanche de Raphaël l'interrompit dans sa réflexion.
-V-Vraiment .. ? Je veux dire que, le voyage se fera sans toi alors je pensai que-
-J'avais bien compris.
-Et ça ne te dérange vraiment pas ?
Avec sa voix si dépitée, la question d'Alec sonna horriblement faux dans sa tête et dans son cœur. Alors qu'il pensait en être soulagé, il se surprit d'être déçu d'une telle réaction de la part de l'Archange. N'en a t-il donc rien à faire .. ? Il s'était préparé à tout autre chose tant et si bien qu'il se sentit complètement désarçonné.
-J'ai comme l'impression que tu t'es fourvoyé sur la réponse que j'allais te donner. Fit remarquer Raphaël en se levant de son siège pour laver ses couverts. Pivotant sur le sien, Alec croisa les jambes et les bras d'un air légèrement fermé.
-Non.. mais cela m'étonne un peu. Je ne pensai pas que mon Gardien me laisserait si facilement sans surveillance.
De dos, Raphaël ricana à l'écoute du « mon Gardien ». Alec fronça les sourcils, cette fois-ci en remplaçant son précédent doute par une profonde irritation.
-Je peux savoir ce que j'ai dit de drôle ?
-Tout et rien à la fois. (Raphaël se tourna face à d'Alec et prit appui contre le bord du plan de travail) Je ne vois pas ce qui te prend soudainement, tu veux partir en voyage avec Magnus, pourquoi devrais-je t'y en empêcher ?
-J-je ne sais pas, rétorqua sèchement le Nephilim en faisant mine de chercher des raisons à son comportement. On me demanderait de surveiller quelqu'un, c'est ce que je ferai !
-Et après c'est moi qui fait des scandales.. soupira l'Archange avec une pointe d'ironie et de colère. Alec parut surpris du ton qu'employait son aîné, il n'avait pas pour habitude de lui parler avec une telle aigreur. L'inquisitrice t'a t-elle donné son feu vert ?
-Oui, dit Alec, mais comme elle pense toujours que tu es un soldat de l'Enclave venu pour surveiller mon évolution, elle tenait à ce que tu lui fasses part de ta réponse lorsque tu me l'aurais donnée..
-J'irai la voir, qu'elle ne s'inquiète pas. En ce qui te concerne, je vais être clair avec toi Alec..
L'interpellé avait du mal à comprendre comment la conversation avait pu tourner ainsi, mettant les deux hommes sur une certaine défensive et les poussant à se regarder d'un air défiant alors qu'ils semblaient tous deux redouter à le fois ; leurs propres paroles et celles de l'autre.
-Je ne sais pas ce que tu es allé t'imaginer à mon sujet, mais « ton Gardien » comme tu dis, est uniquement là pour te protéger et non t'épier ou t'empêcher de vivre. Le seul qui semble prompt à faire un scandale ici c'est toi. Ne cherche pas à retirer un collier et des sangles que tu ne portes pas, t'es libre Alec.
A court de mot, Alec détourna son regard ne supportant plus celui emprunt d'agacement de l'Archange. Est-ce de ma faute s'il est ainsi .. ?
-A notre rencontre, je t'ai dis que tout ce que tu désirais était important..cela comptera toujours. Peut-être pas pour les autres, mais pour moi ça l'est.
Réalisant ce qu'il venait de dire, Raphaël se pinça les lèvres puis s'arrêta de parler. Au même moment, arriva Isabelle qui était venue se servir un thé. Ressentant l'évidente tension entre les deux, elle plissa les yeux d'un air suspicieux puis leva les mains en signe d'apaisement.
-Quoi..? je prends seulement une tasse.
Las, l'Archange soupira et s'apprêtait à quitter la cuisine. Alors qu'il passait devant lui, Alec leva le yeux vers son aîné et sentit à nouveau ce parfum qu'il trouvait répugnant. Tout comme la marque rose qu'il repéra, tout juste dissimulée par le col de son t-shirt.
-T'as pas dormi, hein.. murmura t-il avec amertume lorsque son aîné disparut de la cuisine.
Sa sœur l'observa d'un œil soucieux, tandis qu'elle touillait son thé. Elle ne lui dirait jamais mais elle les surprit en pleine conversation et avait entendu tout ce que les deux hommes s'étaient dit. Cette dispute, lui rappelait les premières qu'il eut avec Magnus. Mais elle s'abstint bien de lui avouer le fond de sa pensée..Après tout, son frère ne semblait pas avoir remarqué quoi que ce soit et pour cette fois, elle préférait ne pas s'en mêler. Isabelle espérait juste qu'Alec cesserait de trop réfléchir pour ne pas compliquer encore plus la situation. Il a d'autres soucis à régler pour l'instant..
Magnus
M'ayant promis qu'il ne rentrerait pas tard, j'attendais Alec au loft et en profitai pour jeter un coup d'œil sur de vieux grimoires au sujet de la biologie et références historiques surnaturelles. Je sautai les chapitres sur les vampires et les loups garous et m'attardai sur ceux des sorciers communs et sorciers primitifs. Quelques pages illustraient les explications sur la métamorphose d'un sorcier en sa forma animalis. Très peu en avaient été trouvés, depuis la chute de Lilith aux Enfers, jusqu'à nos jours. Mais quatre étaient officiellement connus : Le Cerf de vie, tapi dans les vastes bois de France. Les Cygnes gris, protégeant les contrées du Nord et ne se montrant au grand jour que deux fois par an. La jument écumée d'or, officiellement disparue depuis cent quarante années..mais qui avait pour habitude de protéger les marins et d'apporter abondance aux pêcheurs de l'île de Chiloé. Et enfin..
-Hai Ho Shang.. le poisson moine. Lis-je en effleurant la page qui concernait ce sorcier.
Ce qui les rendaient si populaires au sein de mon peuple, était la bonté de ces créatures. Tant et si bien que la cour des Lumières et des Ténèbres du peuple féerique les vénéraient autant que les sorciers. Les Vampires les craignaient tandis que les Lycanthropes écoutaient et apprenaient de leur sagesse afin de protéger leurs meutes.
Ils apportaient l'équilibre. Cependant, s'ils étaient également connus, c'était parce qu'ils étaient sûrement les seuls survivants de la barbarie des Chasseurs d'ombres avant que les Accords n'interdisent la chasse aux créatures obscures.. Je savais qu'ils n'étaient pas les seuls sur cette Terre, mais beaucoup faisaient comme moi, ils cachaient leur apparence à l'aide d'artefacts afin de se fondre dans la masse et ressembler soit à un Terrestre, soit à un sorcier commun.
-Mais aussi parce qu'ils avaient peur d'eux-même..Soupirai-je en laissant tomber ma tête en arrière, la calant contre le dossier de ma chaise.
Remis de sa nuit agitée, mon chat trottina jusqu'à moi et sauta sur mes genoux avant de fixer le marque page en tissu relié au grimoire. Taquin, il joua en le tapotant du bout de la patte. Puis d'un geste plus brusque, il tira dessus en se coinçant une griffe au point de faire tourner quelques pages du livres.
-Hé, descends de là !
J'aidai mon chat à se détacher du marque page puis le regardai s'asseoir à côté du grimoire. Il fixa curieusement la page et miaula gravement. Mes yeux se posèrent sur la nouvelle illustration, qui, au vue des gravures faites à l'ancre noire, ne datait pas d'hier. Elle représentait un animal au yeux exorbités et les pupilles fendus, rappelant celles des félins. Un pelage hérissé, sombre et entouré de flammes. Des griffes exagérément longues, tout comme les crocs qui dépassaient de sa gueule ouverte s'apprêtant à se rabattre sur un vieil homme.
-La panthère des montagnes.
Cette légende n'était qu'un dérivée d'une autre encore plus ancienne.
-C'est quoi, « Bakeneko » ?
Tressaillant des épaules, je me levai vivement de ma chaise à tel point que je fis fuir mon chat qui se réfugia sous le meuble de mon mini bar. Ma surprise devait se lire sans peine sur mon visage..
-Jace ? Bon sang par où es-tu entré?!
Le blond, à priori seul, désigna la porte d'entrée avec une flegme qui me dépassa. Comment n'avais-je pu ressentir sa présence ?
-Tu aurais pu frapper !
-Je voulais tester ça pour voir si je m'en sortais bien.
D'un sourire joueur, il fit brûler sa nouvelle aura angélique qui scintillait comme le soleil. Étrangement, je n'aurai jamais pensé que la sienne serait si tendre. J'eus la nette impression que celle d'Alexander était plus ferme que celle de son frère.. Peut-être était-ce dû à son manque d'expérience vis à vis de mon amant, je l'ignorai et pour le moment je ne m'en souciai pas vraiment. Néanmoins, voir de nouveau un Jace en pleine forme laissait croire que tout allait bien dans le meilleur des mondes.
-Tu caches très bien ta présence, mais la prochaine fois agis comme une personne civilisée veux-tu ?
Blondin leva les yeux au ciel puis ne me laissa pas le temps de l'inviter à se mettre à l'aise qu'il ôta sa veste et s'affala sur le canapé du salon.
-Que fais-tu ici ? Tu n'es quand même pas uniquement venu me provoquer une attaque ? (Je fis apparaître une cup de café du nouveau vendeur ambulant au coin de ma rue..Infecte comme jus) Tu en veux ?
-T'es fou, je sais que t'as une cafetière c'est Alec qui me l'a dit. Rit-il en faisant signe de me pas approcher de lui cette horreur que contenait le gobelet.
Je baragouinai dans ma barbe en activant la cafetière d'un claquement de doigt. Laissant le café couler, Jace reprit :
-C'est du sérieux ce voyage ?
-Ah, je vois que tu es au courant.
-Évidemment, Alec est venu nous en parler mais honnêtement j'aurai préféré qu'il m'en fasse part un peu plus tôt.
-Je te rassure, il cogitait tout seul depuis un moment. Il ne m'en a glissé l'idée il y a deux jours. (Je plissai suspicieusement les yeux) Tu n'es quand même pas là pour me demander d'annuler ?
-T'es fou, je viens de retrouver mon Parabataï, je suis nullement venu ici pour entrer en guerre avec toi et m'attirer les foudres d'Alec. J'ai assez de Raphaël et de sa mauvaise humeur..quoi que ce matin cela allait jusqu'à ce qu'Alec n'arrive.
-J'ignore ce qui est le plus surprenant, qu'il soit de bonne humeur ou que celle ci soit gâchée par mon Alec ?
-Hn.. fit Jace en haussant les sourcils avec étonnement. Vous partez quand ?
-Si tout se passe bien, ce soir. J'ouvre un portail pour notre première destination et pour le reste on voit ça sur place.
L'alarme de la cafetière retentit, nous informant que notre breuvage était prêt. Je partais donc nous servir deux tasses, Jace sur les talons.
-Tu sais s'il a eu l'approbation de l'Inquisitrice ? Demandai-je en versant le café fumant.
-C'est ok pour elle, Alec m'a expliqué qu'elle ne tenait pas plus que cela avoir affaire avec un ange et que le cas Ithuriel l'avait suffi. Il l'a trouvé très étrange..Moi-même cela m'a surpris qu'elle accepte si facilement.
-Je suis bien d'accord. Soulignai-je en fronçant les sourcils. Que se passe t-il du côté de l'Enclave ? Songeai-je un court instant avant de lui tendre une tasse. Surtout qu'elle rien eut à faire avec Ithuriel, le pauvre s'est vu être vidé de son énergie céleste à cause des expériences de Valentin. D'ailleurs, je suppose qu'il n'a toujours pas délié sa langue ?
-Non, nous ne savons plus comment procéder. Et pour des raisons obscures, Raphaël et Alec refusent de l'interroger.
Cela doit surtout être à cause de Gabriel.. Me dis-je en croyant sincèrement qu'une nouvelle confrontation entre ces deux là et Valentin passerait de vie à trépas. Beaucoup en serait soulagé, mais avec la Coupe Mortelle dans la nature, mieux valait le garder près de nous.
Un miaulement insistant attira notre attention.
-Oui, c'est ton heure..Tu seras sage avec Catarina hein ?
-Il ne vient pas avec vous ?
-Non, ce n'est pas un voyage pour lui. Dis en servant la pâté à mon chat.
-Ça va, une virée en amoureux il n'y a rien de dangereux. Rit Jace sans savoir de quoi il parlait.
Je souris en coin puis repris :
-Bien sûr, on va profiter de nos séjours çà et là mais nous désirons surtout nous éloigner..on ne sait pas ce qu'il pourrait arriver si l'on laissait les ailes d'Alec naître à l'Institut. Mon loft se souvient encore des dégâts causés par Michaël alors qu'il sait se contrôler, Alec est encore novice dans tout ça. Il pourrait autant blesser quelqu'un que se blesser lui-même. (Je baissai mon regard sur mon café d'où s'échappait une fine vapeur pourtant très chaude) Il m'a dit.. qu'il ressentait un besoin urgent, mais il ignore encore ce que c'est.
-Il a sûrement besoin d'espace. Me dit alors Jace, l'air sérieux. En tous cas c'est ce que j'ai ressenti hier en libérant mon aura. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai cherché rapidement un espace ouvert qui me permettrait de relâcher tout ce que je contenais en moi depuis si longtemps. Si ça se trouve, mon frère a besoin de la même chose.
-Peut-être.. rétorquai-je dans un murmure.
Jace me toisa étrangement, je l'interrogeai du regard.
-Quoi ?
-Il a ajouté..Enfin, après m'avoir parlé de vos projets, qu'il tenait à se recentrer sur lui-même. Sur ce qui était essentiel pour lui. Tu sais à quoi il faisait allusion ?
Souriant simplement, je bus une gorgée de mon café et restai silencieux faisant alors mariner Blondin qui s'impatienta soudainement.
-Crache-le morceau !
Je déglutis rapidement.
-Je vais surtout te cracher mon café si tu ne cesses pas de crier. Et puis tu perturbes le repas de mon chat, il a besoin de calme en ce moment.
-Quoi, lui aussi a besoin d'espace ?
Jace resta un moment à squatter chez moi, aussi bruyant qu'agaçant et surtout touche à tout. Je dus sceller plusieurs pièces pour qu'il ne cesse de fouiner ainsi dans mes grimoires. Il se pencha sur celui qui était resté ouvert sur la table du salon. Las de tout lui retirer, je le laissai le lire bien que la plupart des pages ne soient écrites en langue démoniaque et très peu en langues Terrestres.
-Hé, cette gravure montre bien un vampire au soleil là ?
-Hn ? Refermant le livre que je lisais debout derrière lui, je me penchai par dessus son épaule pour voir de quoi il parlait.
-La légende du Damphire. Ou le Vampire Diurne si tu préfères..Nous n'avons pas plus d'information à son sujet.
-C'est ce qu'il est devenu ?
J'arquai mes sourcils d'un air intrigué en voyant Blondin arborer une moue soucieuse.
-Hé bien, pourquoi un tel visage ?
-Simon, c'est bien ce qu'il est devenu ? Il est comme le Vampire sur la gravure ?
-Oui..mais évite d'en faire part à l'Enclave tu seras mignon.
-Tu t'inquiètes pour lui ?
-Il est le meilleur ami de Clary..et j'aime beaucoup mon petit Biscuit. Et puis Rafe ne l'avouera sûrement jamais, mais il aime bien Simon.
-Rafe ?
-Oui, la chair de ma chair..(je fis mine de réfléchir en triturant ma fine barbe) Enfin presque..
-Quoi, t'as adopté Raphaël Santiago ?
-Officiellement non..c'est Ragnor qui l'a trouvé et j'ai pris la relève lorsqu'il l'a ramené à New-York.
-Dis comme ça, on dirait que tu parles d'un chat errant. Plaisanta Jace en se tournant à califourchon sur la chaise.
-Haha, c'est vrai qu'il était un peu dans cet état lorsque Ragnor me l'a présenté. En ce temps, je ne fréquentais plus vraiment Camille mais elle a accepté de le prendre dans son clan. Et aujourd'hui il règne fièrement sur tout New-York.
-A le voir, c'est difficile de croire qu'il est capable d'aimer quelqu'un.
Je souris tristement et posai mon regard sur la vue que j'avais de New-York depuis ma baie vitrée.
-On a tous un point faible. Et si ce jeune Simon est le sien alors évitons de leur créer des ennuis inutiles en parlant des ses nouvelles aptitudes à aller au Soleil à L'Enclave.
-Ne t'en fais pas, je n'avais nullement l'intention de dire quoi que ce soit. Surtout pas maintenant que je crois savoir ce qui a provoqué tout ça chez lui.
A peine eut-il terminé sa phrase que son corps se mit à luire. Écarquillant les yeux de stupeur, je lui demandai s'il était sûr de ce qu'il m'avançait.
-Je n'affirme rien, après tout je n'ai aucune preuve mais si c'est vraiment mon surplus de sang d'Ange qui a causé tout ça, alors il se pourrait que l'Enclave vienne me tourner autour avec plus d'insistance qu'aujourd'hui, donc je peux te garantir que je ne suis pas prêt de parler de cette affaire.
Soupirant longuement, je me pinçai l'arête du nez en sentant une soudaine migraine me monter à la tête.
-J'ai hâte de partir avec Alexander..me plaignis-je.
Alec
Je reconnaissais avoir réagis comme un imbécile ce matin. Et comme récompense, j'étais sur le point de partir en n'étant même pas fichu de réparer mon erreur. Je ne savais pas quoi dire à Raphaël, je ne trouvai pas l'excuse adéquate qui pourrait me donner une chance de me faire pardonner. Jamais de ma vie je m'étais senti si ingrat. Si..une fois peut-être. Réfléchis-je en songeant à une des disputes que j'eus avec mon amant, du moins un peu avant que notre relation ne s'officialise. Jace était toujours porté disparu et notre lien s'amenuisait, j'étais épuisé et me comportait de manière exécrable envers tout et tout le monde. Longeant les couloirs d'une mine grise, je regagnai ma chambre afin d'écrire une lettre qui officialiserait mon congé. Imogène me l'avait réclamée.
-Comment ai-je pu lui dire ça..Un scandale ? Il a raison, je suis le seul à en avoir fait un tout à l'heure.
Tant d'agitation pour si peu, mais que me prenait-il ? Ce n'était pas moi, je devais me ressaisir. Je devais surtout aller m'excuser..J'entrai dans ma chambre et m'installai sur mon lit pour rédiger mon courrier. Elle a si facilement accepté..Imogène semblait préoccupée et je me demande par quoi.
-N'en a t-il donc rien a faire que je m'en aille ? Murmurai-je en tapotant songeusement mon stylo contre ma feuille.
Je savais qu'il était impératif pour moi de chasser de telles sornettes de mon esprit. Mais ma poitrine me faisait encore si mal, et notre dispute se répétait en boucle dans ma tête. Bon sang, j'avais pourtant autre chose à penser en ce moment.. Tirant sur le col de mon pull j'examinai la plaie de mon épaule droite qui s'était allongée et m'arrivait désormais jusqu'à la clavicule. Les petits vaisseaux sanguins tout autour pulsaient douloureusement et scintillaient d'une lumière blanche que je reconnus être mon aura.
-C'est vraiment pour bientôt..
En tirant un peu plus mon vêtement, je vis un des suçons que marqua Magnus à notre réveil. Je l'effleurai distraitement, puis me souvint avec agacement de celui sur le cou de Raphaël. Où est-il allé ? Cette odeur mièvre qui n'était pas la sienne me restait encore, comme si l'air de ma chambre en était imprégnée. J'écrivais ma lettre avec des gestes raides qui hachaient mon écriture la rendant quelque peu illisible. Froissant le papier, je recommençai et ce peut-être au moins cinq ou six fois. Non, décidément ce n'était pas moi. J'étais toujours à cheval sur la présentation d'un courrier officiel, et là j'y prêtai tellement peu d'attention. Que fera t-il pendant mon absence ? Au fond de moi, j'espérai sûrement que mon ami daigne insister pour venir avec moi..Aurai-je hésité à lui dire oui ? Aurai-je pris le temps de réfléchir avant de lui donner ma réponse, lui disant que je comprenais ses doutes mais qu'il n'avait pas à s'inquiéter ? Sûrement, puisque j'avais bêtement cru qu'il était ce genre de personne. Mais de toutes évidences, cela ne lui faisait ni chaud ni froid.
Non, cela aussi sonne faux..
« Bien sûr qu'il se soucie de toi, Alec »
-G-Gabriel ? Tu es réveillé depuis longtemps ? M'enquis-je à demander d'une voix bien trop paniquée.
« Depuis que tu as commencé à ruminer dans ta chambre à peu près! » Sa voix taquine me mit dans l'embarras.
-Te moque pas de moi s'il te plaît, je me sens assez stupide comme ça.
« Que se passe t-il ? Pourquoi n'arrives-tu pas à passer à autre chose ? »
-Il faudrait que j'aille m'excuser pour cela. Mais je ne sais même pas quoi lui dire..
« Commence par comprendre pourquoi toi, tu te sens désolé.. Alec, les excuses ne sont pas que des mots à prononcer, pour être sincères elles doivent être comprises par celui qui les présente. »
Pourquoi me sentais-je désolé vis à vis de Raphaël ? « Ne fais pas de scandale à Magnus ! » Déjà, je n'avais même pas à lui dire cela. D'autant plus que Magnus m'avait expliqué la raison de leur altercation. Comment avais-je pu me permettre de le juger ainsi ?
« Te souviens-tu de ce que m'a dit Raphaël lorsque j'ai forcé la possession de ton corps ? »
Fermant les yeux, pinçant mes lèvres, je fis le vide dans ma tête afin de me remémorer cette expérience assez traumatisante. J'entendais tout, voyais tout, ressentais tout mais je n'étais plus capable d'intervenir dans mes choix, je n'avais plus le contrôle sur rien et Gabriel semblait fou furieux. «je sais qu'il n'aurait jamais voulu que tu agisses ainsi sans son approbation ! C'est son corps que tu contrôles je te rappelle ! »
Ouvrant de grands yeux comme si le monde se présentait sous un nouveau jour, je réalisai quelque chose de flagrant chez l'Archange Raphaël, qui s'était une fois encore confirmée ce matin et que je ne remarquai que maintenant.. « je t'ai dis que tout ce que tu désirais était important..Peut-être pas pour les autres, mais pour moi ça l'est.»
Le court d'un instant, j'arrêtai de faire attention à ce que j'entendais autour de moi. Les pas dans les couloirs, le grincement du parquet, les portes qui se refermaient..tout disparut. Même les battements mon corps, je cessai de les entendre. Portant mes mains à mes oreilles, je pressai mes paumes et écoutai les mouvements de mes muscles sous ma peau. Mais ça aussi..je le fis taire par une simple voix. « Et toi, c'est ce que tu veux ? »
Celle de Raphaël. «Bien sûr que c'est important.. »
-Il s'est toujours soucié..
« Cela sera toujours important, Alec. »
-..de ce que je désirai.
Quand j'eus fini de rédiger ma lettre, je sortis un sac pour emporter avec moi le nécessaire en armes qui pourraient m'être utile pour le voyage. Magnus m'assura qu'il ensorcellerait chacune d'elles afin de les rendre plus résistantes. Un agréable rayon de soleil perça à travers les rideaux que je vins tirer et constater que le ciel était bien dégagé aujourd'hui. La neige en était aveuglante. A travers les carreaux, je vis mon reflet ainsi que le sourire qui étirait mes lèvres.
Refermant les rideaux, je portai mon sac sur une épaule, pris ma lettre et sortis de ma chambre que je bouclai à double tour.
La poitrine toujours serrée, je me dirigeai vers la chambre de Raphaël. Je frappai trois coups et attendis qu'il m'ouvre ou daigne me répondre..Mais il ne se passa rien. Je réitérai mon geste, puis dis :
-J-je..C'est moi, je voulais qu'on parle. (Je me mordis la lèvre inférieure) Si tu veux bien.
M'en veut-il à ce point qu'il refuse de me voir ? Inquiet, j'ouvris la porte et passai ma tête entre l'écart afin de jeter un coup d'œil.
-Non.. soupirai-je en entrant à l'intérieur.
La fenêtre grande ouverte laissait entrer la fraîche brise faisant s'envoler ses rideaux. Où est-il parti encore ? Je déposai mon sac près du chambranle et déambulai sans arrières pensées dans la chambre de mon aîné. Son lit était fait, les draps étaient frais et souples. Je souris tendrement en reconnaissant l'odeur sucrée de ses cigarettes dans l'air de la pièce. Il sait que c'est interdit.. Je préférai cent fois cette odeur de tabac froid au parfum qu'il avait sur sa peau ce matin. Je demandai s'il avait toujours cette odeur sur lui..ou s'il s'en était débarrassée. Je voulais savoir qui lui avait fait cette marque dans son cou..et si cette personne allait recommencer.
Je veux le voir..
-Alec ?
Mon cœur s'emballa en reconnaissant la voix de mon père derrière moi. Je fis volte-face et l'aperçus se tenir dans l'encadrée de porte en me toisant curieusement.
-Papa ?
Nous nous jaugeâmes un moment du regard sans échanger le moindre mot. Je ne m'attendais certainement pas à le voir aujourd'hui. En tous cas, pas à l'Institut.
-Que fais-tu là ? Lâchai-je plus sèchement que je ne le contrôlai.
Le regard de mon père fuit le mien tandis qu'il semblait hésiter à entrer ou repartir.
-Je passai en visite. Max est là aussi. (Il agita quelque chose dans sa main, c'était le courrier que j'avais adressé à l'inquisitrice) C'est important comme voyage ?
-Oui, rétorquai-je. Il m'est nécessaire en tous cas.
Il hocha simplement la tête puis fronça les sourcils en examinant la chambre dans laquelle je me trouvai.
-On m'a dit que je trouverai cet homme, l'envoyé de l'Enclave, ici mais..
-Déçu de m'y trouvé peut-être ?
-Alec..commença mon père d'une voix qui se voulait compréhensive. Je comprends ton aigreur, mais j'ai été très occupé dernièrement et je-
-Je ne t'ai encore rien dit, de quoi essaies-tu de te justifier ? Aurais-tu des choses à te reprocher ?
Je vis son visage blêmir et avoir un geste de recule. Ne le voyant plus réagir d'avantage, je levai les yeux au ciel et partis en évitant soigneusement tout contacte avec lui. J'avais attendu depuis un moment un nouveau signe de sa part, mais pas un tel comportement. Encore une fois, je m'étais imaginé un scénario qui ne se réaliserait sûrement jamais. Mais à contrario, je tenais sincèrement à arranger les choses avec Raphaël. Quant à mon père, je n'espérait plus rien de lui..
Comme il m'en fit part, Max se trouvait bien à l'Institut et je le vis en train de discuter vivement et joyeusement avec Isabelle et Sébastian. Je soupçonnai ma sœur d'avoir un faible pour son sauveur. Même si en sa présence je ne me sentais toujours pas en confiance je devais bien avouer qu'il veiller bien sur elle. Comment pouvais-je m'opposer à sa présence ici après ce qu'il fit ?
-Alec !
En me voyant, Max redressa ses lunettes sur son nez et accourra jusqu'à moi. Il n'avait encore que dix ans mais il faisait déjà bien plus par sa taille élancée. Nous nous étreignîmes chaleureusement, sous le regard bienveillant de ma petite sœur.
-Quel beau tableau. Fit Sébastian.
-Tu as de la famille à Londres ? S'enquit Isabelle, semblant réellement intéressée sur la vie privée de notre nouveau camarade.
-J'ai une sœur..mais nous ne nous fréquentons pas vraiment.
-Oh, les histoires de famille on connaît ça ! Rétorqua t-elle en posant une main affectueuse sur son bras. Il la gratifia d'un sourire.
-Et tes parents ? T'as l'air plutôt jeune.. souligna Maxwell.
-Mon père est absent pour le moment et je n'ai jamais connu ma mère. Sébastian nous avoua cela comme s'il annonçait la météo.
-Pardon.. dit mon petit frère l'air penaud.
-Ce n'est rien, du moins cela ne m'affecte plus aujourd'hui. Et puis j'ai toujours pu m'appuyer sur Aline.
Soudain, Max trépigna sur ses pieds et me regarda avec de grands yeux curieux.
-Hé, c'est vrai ce qu'on dit, Aline va venir à New-York ?
-Il paraît oui, son arrivée ne devrait plus tarder maintenant. Souris-je en replaçant une mèche de ses cheveux qui cachaient son visage.
-Je vais lui couper ne t'en fais pas. Me dit Isabelle en s'approchant de nous deux.
-Non, je veux garder les cheveux longs ! Se plaignit le benjamin de la famille.
-Max, ose me dire que tu vois correctement sous cette tignasse ! Tu me rappelles Alec, tiens.
-Et alors ? fis-je quelque peu vexé.
-Il te ressemble beaucoup en effet. Entendîmes-nous dire derrière nous.
Clary s'avançait timidement, n'osant sûrement pas interrompre mais je l'incitai à venir en lui tendant la main.
-Max, je te présente Clary, tu n'as pas vraiment eu l'occasion de la rencontrer la dernière fois que tu es venu.
-C'est la fille de Valentin ? Demanda t-il un peu sèchement. Je reconnaissais sa timidité, et par dessus tout je me revoyais plus jeune.
-Ça ! C'est ton portrait craché ! Plaisanta notre amie qui tendit la main vers Max. Enchantée de te rencontrer, Max. J'ai vu le carnet de dessins sur la table de la cuisine, c'est à toi n'est-ce pas ?
Méfiant, mon frère regarda la main puis la serra fébrilement. Il hocha la tête en guise de réponse à la question de Clary.
-Alors toi et moi on va bien s'entendre. Sourit-elle sincèrement.
Nous discutâmes tous les quatre encore un moment avant que je ne reçoive un SOS de mon amant qui me demandait de lui débarrasser de l'envahisseur aux cheveux jaunes qui squattait depuis plusieurs heures au loft. J'en fis part à Clary qui soupira en me confiant qu'il était intenable depuis le réveil.
-Je vais devoir m'en aller, je demanderais à Magnus qu'il envoie Jace par portail.
-Ça marche ! Vous savez quand est-ce que vous allez rentrer ?
Je secouai la tête.
-Non, pas du tout. On vous contactera de toutes façons.
-Alec, tu t'en vas ?
Sous le regard soucieux de mon petit frère, ma poitrine se serra alors que je m'efforçai à sourire d'un air réconfortant.
-Je dois partir..mais ça ne sera pas long, peut-être même que tu seras encore à l'Institut lorsque je reviendrai.
-Q-quoi ? Mais pourquoi tu dois partir ? Alec tu ne peux pas, je vais p-
-Max, pas de comédie s'il te plaît. Fit Isabelle en essayant de ne pas paraître trop dure.
-Mais Izzy, ma cérém-
Mon portable sonna au même moment, d'un geste rapide je décrochai. Magnus râlai à l'autre bout et m'intimait littéralement l'ordre de ramener mes fesses chez nous, si je ne voulais pas retrouver mon Parabataï transformer en porte-manteaux. Lui demandant de patienter quelques secondes, je me hâtai vers ma sœur et Clary que j'étreignis, puis Max qui bouda solidement.
-Je me ferai pardonner à mon retour, c'est promis. Dis-je en l'embrassant sur le front. Il essuya aussitôt l'endroit avec sa manche et ne m'adressa qu'un regard courroucé. Je suis le plus nul des grands frères..Me dis-je. Cela faisait des semaines que je ne l'avais pas vu et voilà que je partais.
« Chéri, je n'en peux plus dépêche-toi de rentrer ! »
-Oui, je suis en chemin.
« Je t'ouvre un portail ! »
-Pas en pleine rue, tu as effrayé beaucoup de gens la dernière fois ! Patiente quelques minutes, je ne sais pas moi occupe Jace. Ris-je en sortant de l'Institut.
« Rah, il y a des fois où je te trouve particulièrement insensible ! »
Il raccrocha sans même m'avoir laissé le temps de répondre quoi que ce soit. Décidément, j'enchaînai les boulettes aujourd'hui. D'abord Raphaël, mon petit frère et puis Magnus ! Je finis par croire que le problème venait réellement de moi.
-Me faire pardonner en rentrant, hein ? Répétai-je en jetant un triste coup d'œil vers les fenêtres de l'internat.
Celle de la chambre de mon aîné était toujours ouverte. Je regrettai tant de ne pas l'avoir vu une dernière fois avant mon départ. « C'est important pour moi.. » Je me mordis la lèvre inférieure en repensant au timbre de sa voix.
-Pour moi aussi, Raphaël.
Reprenant mon chemin à la fois apaisé de pouvoir partir régler mes problèmes et amer d'avoir déçu une personne qui devenait chère à mon cœur, je fus surpris par la caresse de ce que je crus d'abord être un flocon. Puis en voyant luire l'élément en question à mes pieds, je m'accroupis pour la ramasser. Dans un tremblement frustré, mes lèvres se pincèrent et je vins serrer précieusement le duveteux trésor . Toujours accroupi, je gardai la tête baissée vers le sol et laissai évacuer tous ces sentiments qui alourdissaient ma poitrine en les confiant à ce cadeau que je collai contre mon front. La chaleur de son aura atténuait ma douleur.
-Merci.. murmurai-je en fixant la plume entre mes mains.
Tel un robot, je poursuivis ma route jusqu'au loft de mon amant. « Alexander.. » Ah..j'aimais tant me faire appeler ainsi par lui. « Alexander, t'abuses ! » Qu'il soit contrarié.. « Alexander, que se passe t-il ? » Inquiet pour moi.. « Alexander, je ne sais pas comment faire. » Préoccupé.. « Alexander, reste encore un peu. » Ou aimant..
-Alexander, enfin ! J'aimai tellement l'entendre m'appeler ainsi.
Ne me laissant à peine le temps de poser mes affaires, Magnus passa ses bras autour de ma taille et lova son visage sous le mien. Mon corps bougea aussitôt de lui même et je l'étreignis de toutes mes forces. Ses pieds ne touchèrent même plus le sol.
-A-Alexander ?
Continue de ma parler..je t'en prie mon amour, continue. Lui suppliai-je en secret.
-Hé bien, tu avais hâte de rentrer je me trompe ? Me dit-il d'une voix rauque et aimante.
Ses bras m'enlacèrent également avec plus de conviction et Magnus n'hésita pas à entourer ses jambes autour de mon corps, tandis que je le portai toujours avec force. « Ça compte pour moi.. » Je priai l'Ange qu'il use de n'importe quel sortilège pour faire taire cette voix.
Ronronnant sur les genoux d'Alec, Président Miaou observait son sorcier de maître qui était au téléphone, donnant des instructions à Catarina qui prendrait soin du chat pendant leur absence. Mi-amusé, mi-désabusé Alec lui répétait sans cesse qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter autant.
-C'est la première fois que je pars loin de Brooklyn sans lui, ça va le perturber.
Posant son portable sur la table basse il s'assit à côté de son amant. Le chat bailla en grand avant de se pelotonner contre la main du Nephilim.
-Clairement..ça le perturbe.
-Oui bon, tant mieux si ça doit se passer ainsi. Capitula Magnus en posant sa tête sur l'épaule de son cadet, l'air songeur.
-D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi tu n'as pas demandé à Ragnor et Sunniva de s'en occuper.
Un long silence suivit cette remarque que le Grand Sorcier de Brooklyn jugea de très utile..Non. De primordiale.
-Lui en ai-je seulement parlé .. ? Songea t-il avec une pointe de doute dans la voix. Alec lui lança un regard blasé.
-T'es pas croyable, toi. Ricana t-il gentiment. Néanmoins, son regard lointain n'échappa nullement à son petit ami qui, le menton appuyé sur son épaule, câlina sa joue du bout du nez afin d'attirer son attention.
-A d'autre, j'en ai appris de bonne sur toi aujourd'hui. Alors comme ça tu aurais réussi à mettre en colère le Gardien de la Nature ? C'est plutôt gonflé !
-Arrête, je m'en veux encore. Et puis je n'ai fait qu'agacer tout le monde aujourd'hui, même Max a une dent contre moi.
Haussant les sourcils, Magnus fit apparaître une tasse du café préparé plus tôt et la donna à son amant. Alec le remercia en souriant d'un air penaud.
-Alors si Max est à l'Institut, ai-je raison de croire que ce cher Robert y est aussi ?
-C'était l'horreur, on ne s'est pas disputés mais le peu de temps que nous avons passé ensemble ce n'était pas très laborieux.
Il but une gorgée de son breuvage dont la chaleur traversa tout son corps.
-Je vois, je te trouvai bien morose..
A ces mots, Alec prit sa tasse dans sa main opposée et put serrer celle de Magnus posée sur son genoux.
-Pardon de t'avoir inquiété.
Même ainsi, Magnus trouvait son cadet bien mélancolique. Si Alec le laissait croire qu'avoir vu son père le rendait ainsi, fut parce que lui-même trouvait cette excuse plus simple à chasser que n'importe quel autre souci.
Il pensa à la plume, bien gardée dans le poche de son manteau.
-Et si nous partions ? Demanda t-il d'une douceur sincère autant dans sa voix que dans ses yeux légèrement éclaircis d'une teinte bleu glacier. Le demi-démon eut l'impression de voir l'hiver dans ces deux orbes lumineuses. Il opina silencieusement et le chat sembla comprendre qu'il était temps pour lui de quitter les genoux du chasseur d'ombres.
Ses deux maîtres lui adressèrent un sourire bienveillant tandis qu'il les regardait s'en aller à travers un portail. Aussitôt, un champ de force entoura l'immeuble. Même de loin, Magnus ne comptait guère laisser sa tanière dans l'insécurité.
-Dis..tu vas me faire la tête longtemps ? Bougonna Ragnor en observant sa compagne étudier le décryptage d'une relique Égyptienne.
En dehors de jouer du violon et suivre son époux dans ses voyages de Sorcier excentrique, Sunniva n'oubliait pas sa profession en expertise de trésors anciens. Elle n'avait pas la nécessitée de se rendre chaque jour dans un bureau attitré, car envoyer ses rapports et négocier les prix lors de ventes aux enchères suffirent pour qu'elle se fasse un nom dans le milieu. Ses talents et son savoir étaient très prisés autant du côté du marché des Terrestres que celui du monde obscure.
Ragnor s'était toujours dit que si elle était née sorcière..elle s'en serait très bien tirée dans sa longue vie !
-Je n'ai que deux jours pour terminer ce décryptage, les enchères ne peuvent être repoussées et si je ne connais pas la valeur de ce texte ce n'est qu'une vulgaire plaque de sables !
-J-je sais, je ne t'ai pas demandé d'arrêter de bosser, reprit Ragnor, mais tu ne m'as pas adressé un mot depuis hier. En plus j'ai dormi dans le salon cette nuit..c'est dur comme punition.
-Fallait y penser avant de t'être comporté comme le dernier des imbéciles. Tu râles, tu grognes, tu protestes, tu agis souvent par intérêt mais t'es loin d'être insensible. Pourtant, je trouve ton ressentiment envers ce jeune Nephilim très peu objectif ! (Elle daigna enfin lui adresser un regard et délaissa sa relique) Mais Eliott apprécie Alec, où est le mal ?
-C'est bon, je suis désolé..je lui ai déjà fait mes remerciements. Soupira le sorcier en se dirigeant vers la bibliothèque.
Au même instant, Eliott entra dans le salon habillé d'un simple caleçon et d'un pull bien trop grand pour lui. Au vue de sa chevelure rebelle et de son air encore dans le brouillard, il était facile de deviner qu'il se réveillait.
-C'est à ton père, non ?
-Hn..grogna l'adolescent. J'avais froid et lui voulait dormir dans mon lit, alors on a fait un marché.
-Oh, je vois. Fit la brune en lançant un regard assassin à son époux qui, s'il avait pu fusionner avec les étagères de la bibliothèque pour se cacher, l'aurait fait sans nul doute.
-Le canapé lui faisait mal au dos, a t-il dit. Renchérit Eliott.
Trop groggy pour comprendre que ses parents se chamaillaient toujours, le jeune sorcier hallucina lorsqu'il vit l'heure qu'affichait la pendule de son père.
-P-Pourquoi personne ne m'a réveillé?! J'ai dormi toute la journée !
-Première soirée, premier coup dur ! Tu dormais si bien en même temps. Sourit sa mère.
-Oui mais quand même..je comptai aller rendre visite à Alec.
-Encore?! S'étrangla presque le sorcier Fell. Il se tut aussitôt en entendant les grognements mécontents de Sunniva qui tapait furieusement sur le clavier de son ordinateur portable. Ragnor s'éclaircit la voix et reprit : B-bah..tu sais où se trouve la Cathédrale maintenant.
Eliott jeta un regard curieux à son père et dit.
-Donc si je comprends bien, j'ai le droit d'y aller ?
-Faut pas que ça devienne une habitude, mais oui je pense que pour cette fois c'est bon.
Les gloussements de son épouse tintèrent comme de la provocation à ses oreilles, mais il se retint bien d'en faire la remarque. Tout comme l'adolescent qui semblait soulager de voir Ragnor lui faire enfin confiance. Il n'était pas stupide, l'inquiétude sur le visage de son aîné était flagrant mais à l'instar de sa mère il aimait qu'on le laisse tranquille. Sunniva l'avait rapidement compris et sut qu'il serait bien inutile pour eux de retenir le jeune sorcier peu importe les moyens utilisés. Je dois apprendre à me débrouiller..Se répéta t-il en songeant à la conversation qu'il eut avec Alec.
-Je ne rentrerai pas tard ! Leur dit-il avant se ruer dans la salle de bain pour se changer.
-M-Mange quelque chose avant d- Commença Ragnor mais son fils ne l'écoutait déjà plus.
Le sorcier cornu lâcha un profond soupir et se laissa choir sur son fauteuil en tapotant soucieusement la couverture d'un livre du bout des doigts. Mi-amusée, mi-désespérée, Sunniva mit de côté ce qu'elle faisait pour s'asseoir sur les genoux de son époux. Il joua avec une mèche de cheveux bruns et avoua :
-Je crois que je le couve de trop..
-Mère poule, va ! Sunniva lui déroba un baiser avant de sourire à son fils qui revenait plus réveillé que jamais. Attends une minute jeune homme. Lui dit-elle.
N'osant protester, Eliott se demanda intérieurement si sa mère allait l'empêcher de partir après que Ragnor ait accepté. Il ne trouva pas de sens à cette réflexion, et préféra la chasser.
-O-oui ?
-Que tu sortes, je n'y vois pas d'inconvénient loin de là mais pas sans un sort de couverture. Ton père t'a accompagné cette nuit, mais là tu seras tout seul.
-Un sort de couverture ?
Sunniva se leva des genoux de son époux et laissa ce dernier récupérer un livre de magie. Il montra une page bien spécifique à son fils qui fronça les sourcils.
-Je n'ai jamais vu ces symboles..
-Pourtant tu vas devoir t'y habituer. Ta mère a raison, un sort de couverture te sera utile, le temps que ces histoires de démons supérieurs ne cesseront pas. Azazel n'est peut-être plus un danger mais Asmodée te court toujours après tu te souviens ?
Réalisant enfin les inquiétudes de ses parents, Eliott se mordit la lèvre inférieure en se traitant d'idiot. Me débrouiller seul..une fois encore mes parents me mâchent le travail. Dans la précipitation, certains détails lui échappèrent.
-En quoi consiste ce sort ? Demanda t-il en prenant le temps de s'asseoir avec eux pour être bien plus attentif au sujet.
-A atténuer ta magie. Elle ne disparaîtra pas complètement mais il sera plus difficile pour les autres de ressentir ton aura -qui je te le rappelle, est assez conséquente pour ton âge- ainsi tu pourras déambuler seul dans n'importe quel endroit.
-Est-ce ainsi que tu as brouillé ta présence pendant des années ? Questionna innocemment l'adolescent tout en faisant crépiter sa magie au bout de ses doigts. Il s'entraînait à exécuter le sortilège.
Sunniva, le visage blême, s'apprêtait à parler mais Ragnor l'interrompit sans agressivité.
-Ce sort m'a souvent aidé, en effet. Voir son fils s'atteler avec autant d'application dans la réalisation d'un sort, l'attendrit et un doux sourire éclaira son visage. La brune posa une main réconfortante sur son épaule, lui rappelant ainsi qu'elle était près de lui et qu'elle le serait toujours.
Dès qu'il parvint plus ou moins à activer le sort, Eliott laissa Ragnor faire le reste puis il se dirigea d'un pas déterminé en direction de la Cathédrale, grand refuge des Nephilim de New-York. Trop impatient, il décida d'ouvrir un portail à l'écart des regards indiscrets, dans une ruelle menant à l'arrière sortie d'un restaurant. Il atterrit néanmoins en plein milieu du parc public..
-Maman..il est sorti d'où ce garçon ?
-A-aucune idée..
Affolé, Eliott fit un tour sur lui-même afin d'avoir un aperçu de l'ampleur des dégâts. Merde ! Ils peuvent me voir.
-Hé, toi ! Les portails sont interdits devant les terrestres !
-Ha !
Ne faisant même pas attention à la personne qui venait de lui parler, le jeune sorcier se mit à courir dans la direction opposée en regardant derrière lui s'il était suivi. J'ai tout gâché ! Papa m'avait pourtant dit de faire attention !
-J'suis même pas fichu d'ouvrir un portail, Alec avait raison je manque d'entraînement ! Se dit-il à haute voix comme si cela l'aiderait à bien faire passer l'information.
-Ne bouge plus ! Hurla son poursuivant.
Eliott continua donc de courir tout autour du lac, s'enfonçant dans un sentier de promeneurs où il croisa quelques joggeurs qui lui souhaitèrent bon courage. Peut-être le prenaient-il pour un marathonien ? Il passa un rapide coup d'œil derrière lui et vit une silhouette faisant à peu prêt sa taille qui lui courrait toujours après. De panique, il tourna à droite déambulant entre les arbres.
-Arrête-toi je te dis !
-J-Jamais !
Pourtant, lorsqu'il vérifia une autre fois si son poursuivant était toujours là, il s'arrêta net en ne voyant plus personne. Le souffle saccadé, le cœur palpitant il resta figé sur place et balaya d'un vif coup d'œil les environs. Ils avaient pourtant connu bien pire à être resté aux côtés de Valentin, il se demandait donc ce qui pouvait le mettre dans un tel état. Il ignorait même l'identité de la personne qui l'avait interpellé. Soudain, ses cheveux se dressèrent sur la défensive et aussitôt il leva les yeux vers la cime des arbres. Ébloui par l'éclat du soleil, il abrita son regard avec ses mains mais cela l'empêcha de réagir lorsqu'on lui tomba littéralement dessus.
-T'es fait comme un rat !
-Un..un rat ?
Sonné, Eliott se retrouva ventre à terre et les bras croisés dans son dos, les fesses de son assaillant lui écrasant les poignets. Cependant, penser que cela réussirait à le maintenir immobile était mal connaître le jeune sorcier.
Avec une souplesse qui décontenança son agresseur, il attrapa ce dernier en se servant de ses jambes et retourna la situation à son avantage. Quelque chose de scintillant, semblant refléter la lumière s'envola et il plaqua dos contre terre le jeune garçon qui le fusillait d'un regard mauvais. Mais par dessus tout, avec des yeux d'un bleu perçant qui virait presque au noir. Retrouvant soudainement son calme, sûrement à cause de la surprise, Eliott relâcha un peu la pression et ses cheveux redevinrent souples et soyeux.
-A-Alec ?
A l'entente du prénom, le jeune combattant ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes, tandis que son pouls essayait de lâcher du zèle.
-Tu connais mon frère.. ? Questionna l'autre, un tantinet essoufflé.
-Ton frère ?
Eliott cligna des yeux et détailla le corps du jeune homme sous le sien. Il est grand..mais pas autant qu'Alec. Baissant sa garde, le jeune sorcier se retourna encore une fois plaqué au sol, son corps encadré de toutes parts par les mains et les genoux du brun qui sortit une dague.
-Hé ! Du calme, j-je te veux pas de mal ! S'écria Eliott en levant ses mains entre son torse et celui de son assaillant semblant très hargneux.
-Comment connais-tu mon frère ? Que lui veux-tu ? Et pourquoi t'as ouvert un portail devant des Terrestres ? Connais-tu nos lois ?
Lui, il est chiant.. Soupira intérieurement Eliott qui esquiva son regard vers le côté.
-T'es un sorcier ?
-Cela me paraît évident..rétorqua t-il bien moins nerveux qu'auparavant. Le garçon était peut-être un Nephilim, mais Eliott savait reconnaître les membres du Cercle aux chasseurs d'ombres normaux. Et il avait nullement l'intention de faire querelle avec eux. L'autre garçon plissa les yeux et examina Eliott avec une grande attention. Ce dernier eut un sourire en coin.
-Attends..ne me dis pas que t'es myope ?
-Ferme-là ! Rougit le brun. Il se dressa et chercha frénétiquement quelque chose du regard. Semblant oublier dans quelle situation il se trouvait, Eliott récupéra l'objet convoité qui s'avérait être des lunettes. Joueur, il les présenta au jeune chasseur d'ombres. Celui-ci s'agaça à les récupérer tandis qu'Eliott les agitait dans tous les sens.
-R-rends-les moi ! Il amorça un geste rapide pour attraper sa paire de lunettes mais le sorcier les fit léviter grâce à sa magie.
-Lèves-toi d'abord, tu m'écrases..
-Rends-moi mes lunettes d'abord ! T'es pas en mesure de négocier !
-Toi non plus. Sourit Eliott en lui adressant un regard provocateur. D'une onde de choc, il repoussa le brun puis, amortis sa chute d'un sort de soutien alors qu'il allait s'écraser contre un tronc d'arbre.
-T-tricheur ! Je n'ai pas de stèle sur moi !
-Et ça se dit chasseur d'ombres ?
Eliott claqua des doigts et le sort de soutien s'évanouit. Les lunettes lévitèrent jusqu'à leur propriétaire ne les agrippe et les remette sur le nez d'un geste virulent. Puis, d'une moue courroucée il pointa du doigt l'adolescent et lui demanda se lui montrer sa marque.
-Elle n'est pas assez visible ? Fit Eliott en lui indiquant ses cheveux d'un air blasé. L'autre se demanda s'il se moquait de lui: C'est toi qui te moques de moi ! T'as récupéré tes lunettes, tu devrais pouvoir distinguer ma marque de sorcier !
-J-je ne comprends pas ce que tu me montres.. ! Se défendit le brun.
Il se paye ma tête ! Grogna Eliott en son for intérieur. Il fit mine de regarder autour d'eux puis s'approcha prudemment du Nephilim, comme s'il redoutait d'être vu auprès d'un chasseur d'ombres.
-Tu vois mieux ? Fit-il en se penchant pour lui montrer sa chevelure dorée et argentée.
-Il n'y a rien à voir..baragouina le brun en remontant ses lunettes sur son nez.
-Hé bien tu sais quoi, j'ai autre chose à faire que de perdre mon temps avec toi ! Râla Eliott qui tourna les talons et s'apprêtait à repartir.
-A-Attends ! C'est quoi.. c'est que t'as des cheveux colorés ? Je suis daltonien !
En quelques mots, ce jeune Nephilim acheva le jeune Sorcier. Rouge pivoine, le brun osa tout juste croiser le regard hébété d'Eliott. Non, il ne le jugeait pas..il n'en croyait juste pas ses oreilles. Plus tard, et sans savoir comment, les deux garçons se retrouvèrent assis au bord du lac où barbotaient les plus valeureux canards qui affrontaient l'hiver ou bien les plus flemmards s'ils ne s'étaient toujours pas décidés à migrer.
-Tu sais que t'as gagné le jackpot, toi. Fit remarquer Eliott en souriant railleusement : Myope et daltonien, faut le faire.
-Je peux savoir qui tu es pour me juger ainsi ?Toi, le hors la loi !
-Pourquoi est-ce que je serai un hors la loi ?
-Tu as fui alors que je t'avais demandé de ne plus bouger.
-Tu me poursuivais en hurlant !
-Et toi t'as ouvert un portail devant plein de monde.
Eliott ne sut quoi répliquer pour contredire cela.
-J-je n'ai pas fait exprès..
-Et ça se dit sorcier. Pouffa le brun.
-Dis le Nephilim sans stèle. (Il l'examina du coin de l'œil) Et sans rune..
-Je n'ai pas encore été officiellement attitré chasseur d'ombres. Ma cérémonie est pour bientôt, je recevrai ma stèle et ma première rune à ce moment là.
-Aah.. Fit Eliott d'un air soudainement intéressé. Donc, tu n'étais même pas en droit de me poursuivre et m'attaquer comme tu l'as fait ?
Cette fois, ce fut l'autre garçon qui ne trouva rien à répondre. Eliott sourit mi-amusé, mi-attendrit bien qu'il trouvait troublant d'avoir un clone miniaturisé d'Alec juste à côté de lui. Mince..j'ai oublié ! Se dressant vivement sur ses pieds, l'adolescent fut sur le point de repartir lorsque le brun le retint par le bas de la jambe de son pantalon.
-Hé mais, attends ! Tu fuis encore ?
-Mais arrête avec ça, je ne suis pas un crimi-
« Tues-les. »Eliott s'arrêta net dans sa phrase en repensant à ces mois passés aux côtés de Valentin Morgenstern. J-je ne voulais pas.. Il balaya ses sombres pensées d'un secouement de tête.
-J-je veux voir Alec, je peux le trouver à l'Institut ?
-Hein ? Mais tu ne peux pas y rentrer pour l'instant, l'inquisitrice ne veut plus de créatures obscures à la Cathédrale.
Le sorcier se gifla intérieurement. Ils en avaient parlé cette nuit avec son père lorsqu'ils étaient partis retrouver Alec après son départ précipité.
-Puis de toutes façons, mon frère n'est pas là il est en voyage.
-Q-quoi ?! Mais fallait commencer pas ça..maugréa Eliott complètement dépité.
Soupirant longuement, il se rassit par terre et jeta une pierre plate qui fit trois ricochets. Le brun écarquilla les yeux et eut une expression impressionnée. Fronçant curieusement les sourcils, le sorcier reprit une pierre et recommença. Cinq ricochets laissèrent de larges ronds dans l'eau. Une fois encore, le visage du Nephilim s'illumina.
-Tu veux essayer ? Il chercha une pierre suffisamment plate et la donna à son homologue.
-Je dois juste la jeter ?
-Tout est dans le poignet, essaie de ne pas être trop raide et lance ta pierre.
-Je ne suis pas raide !
Se levant d'un bon, le brun redressa ses lunettes avec le dos de sa main, retroussa ses manches et écarta suffisamment ses pieds pour bien les ancrer dans la terre humides voire boueuse par endroits à cause de la neige qui avait fondu çà et là.
-Hé, t'es au courant que tu vas juste faire un ricochet. S'inquiéta le sorcier qui s'écarta à bonne distance pour ne pas se prendre un mauvais coup.
Pinçant le bout de sa langue entre ses fines lèvres d'un air concentré, le brun prépara son coude et son épaule qu'il échauffa comme si une compétition d'Athlétisme allait avoir lieux. Puis il canalisa sa force dans son poignet, libéra son geste et dégaina sa pierre qui partit telle une balle de revolver.
-Wah.. ! S'exclama Eliott.
Un caquètement grondant les surprit tous les deux alors qu'un canard s'agitait les plumes dans tous les sens. Le pauvre s'était pris le projectile en plein dans le bec. Eliott ne put retenir ses éclats de rire qui provoquèrent des larmes au coin des ses yeux.
-A-Arrête de rire ! Stop ! Chut ! Ne ris pas ! S'égosilla le Nephilim rouge de honte.
-Haha ! J-j'ai mal au ventre !
Mais ses rires cessèrent lorsque le canard survolait rageusement la surface du lac en se ruant vers les deux garçons en caquetant avec acharnement.
-On se barre ! Mon frère m'a toujours dis de ne jamais se frotter à un canard !
-T'es sérieux ?! Beugla Eliott qui suivit malgré lui le Nephilim courant comme un dératé à travers les arbres.
Bien vite, tous deux se retrouvèrent au milieu du parc public entourés des promeneurs. Essoufflés, ils ne purent s'empêcher de vérifier derrière eux si le canard ne les avait pas suivi. Par chance, ce ne fut pas le cas. Semblant soulagé, le brun porta une main à sa poitrine et soupira.
-J-je ne savais pas qu'Alec avait peur des canards ! Fit remarquer Eliott.
-Non, pas lui. Mais Jace, mon frère adoptif les a en horreur.
Le sorcier essaya de se remettre en tête ledit Jace. Ce blond impétueux..a peur des canards ? Qui l'eut cru ? Sûrement personne mais Eliott passa outre. Alors qu'il retrouvait son calme, il tressaillit en entendant glousser le jeune Nephilim qui finit par rire à gorge déployée en jetant sa tête en arrière. Ses lunettes glissèrent dessus son nez, mais cela ne le fit pas taire pour autant. Se pinçant les lèvres pour ne pas suivre, Eliott demanda ce qu'il lui prenait tout à coup.
-La tête du canard lorsqu'il s'est pris le galet ! Haha !
-C'est vrai que c'était bien visé, même si ce n'était pas fais exprès. Ricana le sorcier qui approcha sa main du visage du brun afin de lui redresser convenablement ses lunettes. Celui-ci haussa curieusement les sourcils et bégaya un remerciement.
Puis, tout se passa très vite. Eliott sentit une étrange aura s'approcher et ses cheveux se hérissèrent de nouveau sur la défensive. D'un bond, il se cacha dans un arbre avec une agilité qui époustoufla le Nephilim. Celui-ci allait le rejoindre lorsqu'un corps lui fit de l'ombre. Depuis sa branche, Eliott reconnut l'Archange Raphaël.
-Ta sœur te cherche partout. Pourquoi as-tu quitté l'Institut ? Questionna Raphaël, un cigarette coincée entre ses lèvres.
-Raphaël..c'est ça ?
-Allez, rentrons. (Il tourna ensuite la tête en direction de l'arbre où était perché Eliott) Cela vaut aussi pour toi, ta magie est encore trop maladroite tu vas t'attirer des ennuis.
Retombant habilement sur ses pieds en faisant tomber de la neige à cause des secousses sur les branches, Eliott le défia du regard. Alors que des flocons étaient coincés entre quelques mèches, le jeune chasseur d'ombres crut apercevoir des paillettes dans la chevelure du sorcier.
-Q-qu'est-ce que ça peut te faire ?
-T'as raison. Dit simplement l'Archange d'une voix blanche. Il incita gentiment le jeune Nephilim à avancer, ce que fit ce dernier non sans jeter un coup d'œil au jeune garçon qui les regardait s'éloigner.
Faisant mine de regarder ailleurs, Eliott sembla hésiter à faire quelque chose puis, se disant qu'il n'avait rien à perdre entre un Hermite comme père et une Hippie comme mère, le jeune sorcier se lança :
-Hé, le quatre-yeux daltonien c'est comment ton prénom ?
Rougissant furieusement au point de sans faire dresser les poils, le brun retroussa ses lunettes et s'écria :
-Max ! Maxwell Lightwood !
Le cœur battant, Eliott sentit une certaine satisfaction monter en lui. Aussi, un éclatant sourire s'étira sur ses lèvres et il ne le quitta pas même une fois de retour chez lui. Alors que sa mère l'accueillait et que son père le bombardait de questions en tout genre, il réalisa trop tard..
-Je ne lui ai pas donné le mien !
A l'Institut, Max se fit guider par Raphaël jusqu'à sa sœur qui l'attendait de pied ferme dans la salle d'entraînement.
-Maxwell Joseph Lightwood Trueblood, tu as tout intérêt à avoir une bonne raison pour être parti comme un-
-Oh ! Quel idiot, je ne lui ai pas demandé comment il s'appelait !
-Hein ?! S'étonna Isabelle complètement coupée dans son élan alors qu'elle s'était préparée à passer un savon que son frère n'était pas prêt d'oublier.
Souriant en coin, Raphaël se pencha vers l'oreille du petit brun. Il lui murmura quelque chose qu'Isabelle ne comprit pas puis il s'en alla.
-Hé, t'étais censé t'entraîner avec moi ! Se plaignit la jeune femme en tenue d'exercice et armée une lance en bois.
-C'était avant que je m'épuise à retrouver ton frère. Lança t-il dans une flegme qu'Isabelle trouva d'horripilante.
De son côté, Max souriait en repensant à son après midi aussi inattendue qu'amusante. Il regrettait un peu moins d'être parti d'Alicante. Et cette rencontre fortuite pansa le mal que lui avait causé le départ de son frère aîné.
Le ciel voilé d'étoiles et d'un quartier de lune qui éclairait d'une lumière laiteuse leurs corps, Magnus et Alec se trouvère aux abords d'un fleuve qui reliait le promontoire sur lequel ils avaient atterri au port de Jakarta. Le Nephilim, toujours vêtu d'un manteau d'hiver trouva l'air bien plus doux qu'à New-York.
Magnus regardait autour d'eux. Il n'y avait personne, à cause du décalage horaire, les deux amants se retrouvaient à déambuler en pleine campagne à pas moins de cinq heure du matin.
-Peut-être aurions nous dû attendre encore quelques heures ! Souleva le sorcier d'un sourire taquin.
-Tu n'avais pas pensé au décalage horaire, avoue.
Magnus haussa les épaules en faisant mine de ne pas s'intéresser à ce qu'il disait. S'ils s'étaient habitués à l'alourdissement de leurs pas dans la neige et du crissement de leurs chaussures lorsqu'ils marchaient dessus, la rosée du matin ne leur facilité par tant que cela la tâche. Le fleuve se tenait tout en bas d'un sentier de terre, dessiné par les indénombrables passages de charrettes d'antan, puis de vélos et aujourd'hui de véhicules motorisés. De là, ils aperçurent les lumières artificielles de la capitale de l'île de Java. Plus loin encore, un tour pyramidale s'élevait dans les nuages. Alec reconnut le temple de l'île.
-Jakarta..
Alec jeta un coup d'œil à son amant dont l'expression ne reflétait guère d'émotion pour le moment. Autant ils avaient été impatient de partir avec lui, autant Magnus semblait perplexe au sujet de son ressentit en arrivant en Indonésie. Le Nephilim se dit qu'il aurait peut-être mieux valut de choisir une autre destination avant celle-ci..voire ne pas y aller du tout. Mais ce fut son aîné qui tint sincèrement à ce qu'ils fassent leur première escale ici, dans cette ville. Portant son sac dans l'autre main, il glissa doucement ses doigts entre ceux de Magnus, comme s'il cherchait à ne pas l'effrayer. Le sorcier ne réagit tout d'abord pas, puis baissa la tête avant de sourire et serrer la mains de son cadet dans la sienne.
Si Alec s'apprêtait à suivre le sentier dans le sens qui les mènerait à la capitale, Magnus tira légèrement sur son bras pour lui faire comprendre qu'ils partaient finalement de l'autre côté.
-Nous habitions plus loin de Batavia. Dit simplement le demi-démon. Il se pinça les lèvres et rectifia sa phrase : « Je veux dire, Jakarta ».
Sans dire mot, Alec se laissa guider sans lâcher la main de son amant qui marchait à quelques pas devant lui. Pour la première fois depuis longtemps -du moins depuis qu'il connaissait Magnus- le chasseur d'ombres ne trouva pas quoi dire. Et au vue de la mécanique dans sa démarche d'habitude si gracieuse et assurée , il comprit qu'il en était de même pour Magnus.
Au bout d'un moment, ils croisèrent un homme en mobylette qui les éblouit avec son phare qui éclairait la route d'un vieux jaune qui accrochait le regard. Il échangea quelques mots avec Magnus, fit un signe de tête poli au vieil homme qui repartit en direction du port. Si Alec ne comprit pas un seul mot, les gestes qu'ils échangèrent son amant et lui indiquaient que l'homme leur avait sûrement proposé de l'aide.
-Un habitant du coin ?
Même de dos, il vit les hochement de tête de Magnus qui ajouta :
-Ils nous demandaient juste d'être prudents..
-Ça va, on ne fait que marcher. Fit Alec en haussant une épaule. Au loin, il vit le soleil équatorial faire rougir le ciel au delà d'une vaste forêt qu'il aurait jurer voir en feu. Mais ce n'était que les éclats du petit jour qui donnaient cette impression. A travers le yeux de Magnus, cet incendie s'étendait au delà des montagnes du Nord et de cette plage qu'il avait autrefois connu. De cris.. la peur.. Des coups de feu..La mort..
Imperceptiblement, il serra plus fort la main de son jeune amant qui contemplait les nouveaux horizons qui s'offraient à lui. Alors qu'ils se rapprochaient de la forêt, ils croisèrent d'autres habitants partant soit en ville soit vers le port, l'activité maritime étant dès plus cotée dans les environs. Ils ne croisèrent que très peu de fermes, ce qui étonna le Nephilim qui posa quelques questions à ce sujet.
-Plus personne ne cultivent leurs terres dans ce côté ci de la région. Tu trouveras les plus importantes fermes au Sud de l'île et à l'Est aussi, ainsi que d'importantes organisations agricoles. Mais ici, ils se contentent de la pêche où bien rejoignent le centre ville. Informa Magnus qui s'était arrêté pour admirer la fin du lever du soleil.
Un sourire sur le visage bien qu'un regard emprunt de douleur, il prit une profonde inspiration et ce fut en fermant les yeux qu'il se remémora certains moments de sa vie que le parfum du vent apportait dans son sillage, comme s'il n'avait jamais quitté Magnus avec le temps. Qu'il était passé encore et encore sur ces terres en attendant qu'il y revienne un jour.
Les yeux clos, il ne fit pas attention au regard soucieux d'Alec dont la chevelure dansait autour de son visage. Il lui tenait la main..il se tenait à ses côtés. Pourquoi ai-je l'impression de l'admirer de loin ? Alec ignorait vers où s'était égaré l'esprit du Grand Sorcier de Brooklyn.
Au bout de quelques minutes de marches après leur courte halte, une embranchement se présentait à eux. Alec s'en remettait à Magnus qui fixait le sentier de gauche. A leur droite, ils pouvaient voir depuis leur position un petit autel en pierres, devant lequel un couple de personnes âgées priaient en psalmodiant des chants traditionnels dans des murmures à la fois inaudibles et caressants.
Cependant, Magnus l'attira de l'autre côté où une vieille chaîne rouillée semblait avoir été décrochée depuis longtemps. Autours des arbres qu'ils rencontrèrent, presque tous, un corde blanche ornée de lianes en papier pliées de même couleur avait été nouée sur chacun des troncs les plus imposants. Alec ne se souvint pas d'en avoir vu de tels avant de marcher de ce côté-ci de la forêt.
Il remarqua que la végétation était bien plus dense. Les sentiers se devinaient tout juste, une épaisse mousse verte à semblant phosphorescente à cause de la lumière du jour et l'intensité de la teinte, recouvrait le chemin qu'ils empruntaient. Rochers et racines connaissaient le même sort.
Alors qu'ils s'enfonçaient de plus en plus, Alec aperçut un immense arbre multicolore entouré de mangrove donc les tranchantes racines abritaient quelques vipères.
-C'est un Eupcalyptus arc-en-ciel. Informa Magnus en voyant son amant quelque peu décontenancé par la taille et la couleur de l'arbre. Le tronc s'élevait si haut dans le ciel qu'il n'était pas sur de pouvoir apercevoir le bout. Néanmoins, le grognement proche d'eux ne rassura guère le Nephilim.
En face d'eux, non loin de l'Eucalyptus géant, un léopard se tenait en retrait mais ne les quittait pas du regard. Alors qu'il se mettait devant Magnus pour faire barrière avec son corps entre lui et l'animal, Alec tressauta en entendant tout près de lui un autre grognement. Le sorcier fit luire sa marque et retroussant les lèvres il laissa apparaître des dents légèrement pointues. Du fond de sa gorge, un sourd rugissement semblait faire écho avec celui du léopard dont les oreilles se dressèrent curieusement. Le chasseur d'ombres, totalement hypnotisé par les sons que produisait son amant, ne bougeait plus d'un pouce et admirait silencieusement la scène. Stupéfait, il n'avait pas d'autre mot qui lui venait en tête. Le léopard tenta une approche mais le rugissement du demi-démon devint soudainement plus fort et agressif. L'animal abaissa ses oreilles et s'enfuit en trottinant loin d'eux. Il osa jeter un coup d'œil vers Magnus qui s'assurait qu'il s'éloigne bien d'eux.
Comme si rien n'était arrivé, il fit mine de reprendre leur chemin mais Alec ne le voyait pas ainsi. Il lâcha son sac, desserra sa main autour de celle de Magnus pour lui agripper le poignet et l'attirer tout contre lui. Yeux clos, ils partagèrent un bien étrange baiser. Le silence était si lourd qu'ils avaient l'impression de ne plus être présent nulle part. Leurs pieds s'enracinaient dans la terre, leur corps se tenait à un si court écart entre celui de l'autre. Les branchages craquelaient, les larges feuilles se caressaient entre elles par les remous du vent qui faisait plier les plus fines lianes et les plus souples tiges. Il n'était pourtant pas violent, les deux hommes le ressentait comme une bise qui survolait leur épiderme. Magnus laissa également tomber sa malle qui lui fila entre les doigts. Une main ballante et l'autre posée sur le bras de son cadet, il sentait contre sa joue les longs cils noirs de ce dernier qui ne semblait plus en mesure de libérer sa bouche.
Ils y parvinrent, mais à grand peine..aucun bruit, juste une caresse humide qui délia leurs lèvres gonflées par le baiser. Un fin lien de salive nouait encore le bout de leurs langues respective qui paraissait si timide et apeuréesde s'être éloignée de la cavité de l'autre. Tremblant tous les deux, leurs paupières osèrent tout juste s'entrouvrirent. Les pupilles rétrécirent au fur et à mesure que la lumière se filtrait dans leurs yeux puis, de gris sombre leurs iris reprirent une couleur éclatante.
Un vert ambré pour le Sorcier et une bleu argenté pour le Nephilim. Même la pluie aussi brutale que glacée ne réussit pas à leur faire détourner leur regard ancré avec conviction et fascination dans celui de chacun.
Une fois trempé, leurs vêtements devinrent plus lourds et l'humidité équatoriale se collait à leur peau qu'il commençaient à dénuder au plein cœur de cette forêt semblant vierge de toute habitation. Les yeux de Magnus se fondait dans le décor. Sa peau mordorée ruisselait d'eau et luisait gourmandement. La peau d'ivoire d'Alec ressortait à travers ses arbres bruns et cette flore verdoyante, camouflant d'autres éclatantes plantes colorées qui mouchetaient çà et là l'endroit par leurs pétales chatoyants.
Aux yeux du chasseurs d'ombres, son amant se dressait au cœur telle l'éclosion d'un bourgeon. Les trésors cachés au plus profond de lui, ce qu'il peignait sur son visage et ce qui habillait son corps..N'étaient que l'harmonisation d'un tout, d'une véritable merveille surnaturelle.
Soudain, l'orage gronda au dessus de leurs têtes. De légers rires furent assourdit par la pluie diluvienne.
-Nous ne sommes plus très loin. Glissa Magnus après qu'Alec lui ait dérobé une baiser.
Il les guida jusqu'à un corps de ferme insalubre et dont la solidité de la carcasse pouvait être remise en question. Ici aussi, cette étrange mousse avait élue domicile et recouvrait poutres et pierres encore debout. Un peu plus en retrait, une maisonnette à la toiture d'abord pyramidale puis courbée, recouvrant un plafond de chaume, était surélevée sur un ponton et longeait le fleuve, fut désignée comme leur refuge contre la pluie. En s'approchant, Alec ressentit la magie de son amant entourer ces murs en bois dorées. Si le corps de ferme était en bien mauvais état cette maison semblait encore tenir le coup malgré les années qui l'avaient sans aucun doute marquées. Alec reconnut quelques draps aux couleurs traditionnelles de la régions, des meubles mal entretenus et des rideaux sûrement tissés à la main. L'odeur, elle aussi, était porteuse de souvenirs, il le ressentait à travers l'ondulation de son aura qui répondait à la magie du sorcier.
Le chasseur d'ombre laissa son amant poser leurs affaires dans un coin, non loin d'une petite pièce dans laquelle il entra sans dire mot. Alec repéra ensuite la cheminée vers laquelle il n'hésita pas de s'approcher pour aménager le foyer. Malgré l'humidité, il parvint -avec l'aide de son aura et d'une rune de chaleur- à leur allumer un feu qui éclaira un peu l'endroit tapi dans une pénombre tenace. Le Nephilim n'arrivait pas à décrire ce qu'il ressentait. Son cœur bondissait de joie, ses mains tremblaient et sa gorge était trop nouée pour parler tandis que mille et une questions tournoyaient dans son esprit. Puis il repensait à ce léopard, à cet élan de respect qu'il eut tout d'abord envers Magnus et la crainte de son rugissement. Alec comprit dès lors que Magnus venait de lui donner un signal dès plus important. Celui qu'il n'était plus l'heure de rester cloîtrer dans son mutisme. Qu'il avait retrouvé, malgré des siècles de déni, celui qu'il était sous cette carapace de fantaisie et faux sourires. Si Magnus avait peu parlé pendant le trajet, il avait surtout agi.
Glacée et trempée, il s'accroupit face au feu et entoura ses genoux avec ses bras nues. Ils avaient suspendu leurs manteaux sur un long fil qui coupait un coin de la pièce. Alec vit un large drap également posée dessus, mais noué au bout du fil pour ouvrir l'autre partie de la maison. Un semblant de chambre. Il voyait un amont de couvertures aux dorures brodées sur les bords et aux vives couleurs, former comme une couche large et haute.
Le coulissement de porte l'obligea à détourner son attention et la poser sur son amant qui revenait entouré d'un long drap épais tout aussi chatoyant que le tas de couvertures. Il en tendit un à Alec qui s'emmitoufla dedans après avoir retiré ses bas qu'il mit à sécher non loin du feu, tout comme le reste des vêtements du sorcier.
-Viens..Lui chuchota t-il en le tirant par le bout des doigts. Ils se tinrent devant le lit à se toiser avec ce même amour qu'auparavant. Celui-ci semblait nouveau, où bien n'était-ce qu'une facette qu'ils ne connaissaient pas encore.
Alec prit le menton de son amant entre ses doigts et leva sans force son visage. Magnus lui sourit puis fronça les sourcils d'un air soucieux en voyant les plaies de son cadet s'étendre à vue d'œil par dessus les clavicules.
-Tu as mal ?
Le brun secoua la tête.
-Pas pour le moment. Pour accompagner ses paroles, il obligea son aîné à glisser ses mains dans son dos.
Cela aussi fut nouveau pour lui. Magnus n'avait encore jamais réellement eu l'occasion de toucher les courbes dorsales de son jeune amant. Les ailes faisant barrage entre sa peau et des contactes étrangers. Mais sur le moment, Alec s'en ficha bien et désirait sentir les doigts de Magnus sur des parties de son corps qu'il n'avait pas explorées. Il le sentit redessiner avec douceur et incertitude les contours de ses blessures, puis compter depuis son échine ses vertèbres qui ondulaient finement son dos.
Alec rapprocha son corps de celui de Magnus qui regardait timidement par dessus son épaule le sillon de ses doigts. Des traces restaient sur le duvet, son corps commençait à sécher. Une main écarta les pans de son draps brodés, et vint caresser l'intérieur de sa cuisse qu'il écarta légèrement pour offrir un accès. S'ensuivit un long baiser qui les échauffa, les mis en émois.. Après de longues minutes de sensualité et d'amour fou, les deux amants regardait depuis leur couche le feu qui crépitait avec vigueur, également seule source de lumière à l'intérieur. La pluie avait camouflé leurs soupirs et leurs cris et protégé des oreilles indiscrètes chacun de leurs mots tendres et caressants.
-Tu as grandi ici, dans cette maison ?
Allongé en cuillère, il vit le hochement de tête de son amant qui lui tournait le dos, mais tenait fermement ses bras autour de lui.
-C'était une simple cabane de pêcheur. Ma mère avait demandé à mon beau père de l'aménager autrement, afin d'accueillir leur bébé. Elle souhaitait dormir ici, à l'écart de la ferme le temps pour moi d'atteindre une année. La journée, beaucoup d'habitant allaient et venaient aux corps de fermes pour demander du travail. Le domaine était grand, les terres riches et nos rizières offraient d'importants emplois pour les villageois du coin. Ma mère trouvait cela trop agité, trop bruyant alors elle dormait ici le temps de sa grossesse. Ce n'était pas très grand mais suffisant pour une mère et son nourrisson. Mon beau père revenait tard la nuit, lui ramenait les cadeaux que leurs faisaient les habitants. Ils ne vivaient pas dans l'opulence, mais ils n'avaient jamais manqué de quoi que ce soit. Entre la pêche, les récoles abondantes, et l'arrivée d'un héritier pour reprendre les terres..(il sourit, le regard lointain) Que pouvait-on demander de plus ? Elle était comblée..
Frottant son visage contre sa peau nue, Alec sentit son amant frissonner. Il l'embrassa sur la joue et Magnus ferma les yeux pour savourer cette tendresse et la chaleur que diffusait son corps.
-C'était sans compter qu'elle mettrait au monde un enfant démon..Ma marque n'est, malheureusement pour eux, pas apparue dès ma naissance. Ils prirent soin de moi, me nourrir et me donnèrent tant d'amour que le choc fut grand autant pour eux que moi, le jour où mes pouvoirs se manifestèrent enfin.
Fronçant les sourcils, Alec eut un fort pincement au cœur à l'entente du « malheureusement pour eux ». Il questionna son amant sur l'emploie de ce terme.
-Parce qu'il aurait été si facile pour eux de mettre fin à mes jours dès lors et se débarrasser du poids que je leur apporterai.
Dans son dos, il ne vit pas le tremblement qui traversa les yeux de son cadet. Me le frisson qui parcourut ses bras, il sut que cela provenait d'Alec. Le reflet des flammes dansaient dans ses yeux verts, et dans son esprit, le film de sa vie se diffusait en arborant des couleurs vives et criardes.
« J'avais huit ans, la première fois que ma magie s'est manifestée sans que je puisse y comprendre ni y faire quoi que ce soit. Ma mère était revenue au corps de ferme bien que la cabane restait notre endroit à nous deux. Ce soir là, nous rentrâmes du marché de nuit qui avait lieu chaque fin de la saison des récoltes. Le sultan offrait festivités et victuailles au peuple pour le remercier des efforts qu'il eût fournit pour la survit de nos contrées et leurs habitants. Les colonies néerlandaises étaient un peu partout, mon beau père avait eut beau reprendre les terres qui eurent appartenu à la famille de ma mère, ils n'en restait pas moins un soldat qui pouvait repartir à tout moment aux Pays-bas si l'on lui intimait l'ordre de le faire. Malgré certaines tensions entre les différents peuples et les colons, nous coulions des jours paisibles et ce festival me resta longtemps gravé en mémoire. Un invité bien étrange se tint aux côtés du sultan, tout au long de la parade et du banquet. Ses longs cheveux noirs lui faisait ressembler à une femme, mais tout le monde le voyait comme « l'homme divin ».
-Il est venu bénir nos terres pour les prochaines moissons. M'avait dit ma mère alors qu'elle me tirait doucement pour que nous puissions rentrer. Cet homme divin croisa mon regard. Aujourd'hui je savais pourquoi. Nous étions pareil lui et moi mais je l'ignorai à ce moment là. Et personne ne connaissait sa véritable identité..
Le sentier menant à nos terres étaient bien mieux éclairés est sûr à l'époque. Beaucoup plus de villageois le traversait, la faune évitait tout contacte avec les humains, notamment ceux qui sentait la poudre à canon et le soufre. Nous fîmes un simple détour vers le petit temple hindouiste reclus près d'une crique où s'écoulait une cascade. Ma mère se tint devant l'autel tandis que je regardai les poissons aux écailles si belles et luisantes, danser près des rochers. Elle m'appela pour que je vienne prier avec elle.
-J'ai déjà prié, rien ne s'est réalisé.
En ce temps, les croyances et les superstitions animaient les sagesses. Mais dans un monde comme le nôtre, avec les créatures surnaturelles existantes, il était bien ardu de définir une limite. Elle remonta les pans en soi de son écharpe qu'elle portait autour de ses bras, puis me tendit la main.
-Qu'avais-tu souhaité ?
-Qu'ils s'en aillent..tous.
Elle n'avait pas besoin que j'argumente plus pour comprendre que je parlais des colons. D'un sourire aussi doux que le geste qu'elle eut en caressant ma joue elle me dit :
-Ma mère était néerlandaise, le savais-tu ? Mais après m'avoir mis au monde sa famille n'a pas accepté le mariage qu'elle fit avec ton grand-père. Ils me laissèrent ici, et ramenèrent ma mère chez eux, loin des « sauvages » disaient-ils.
-Des sauvages? Est-ce que nous sommes des sauvages ? Demandai-je si innocemment que ma mère en rit avec légèreté.
-Il n'y a de sauvage qu'à travers les yeux et l'esprit de celui qui ne veut pas apprendre le sens du mot différence et qui s'y arrête sans comprendre. Ton grand père n'est pas ainsi, et ton père non plus et si les colons devaient repartir lui aussi s'en irait.
Une moue bien tortueuse déforma mon visage. Un véritable conflit entre plusieurs options et décisions se mêlaient dans ma tête d'enfant. Ma mère se remit à prier et je l'imitai. Peut-être qu'un léger ressentiment suffit pour activer ma magie, mais l'autel prit soudainement feu alors que je le fixai avec insistance. Ma mère hurla mon prénom, et m'attira contre elle de peur que je ne me fasse happer par les flammes noires, oranges et violettes qui entourait la structure sacrée.
-Trouve de l'aide auprès des villageois, je pars prévenir ton père au domaine.
-Mam-
-Dépêche-toi !
Mon cœur battait à en rompre ma poitrine, je courait à travers les mangroves et rejoignis le sentier qui menait au village. Les flammes prenaient déjà de la hauteur, certaines personnes furent alertées par cette vision qui apporterait un grand drame si leurs terres étaient touchées. Dans la panique, je percutai un grand homme qui m'entoura avec de ses bras et me couvrit avec ses grands habits colorés. Je relevai curieusement la tête, et reconnus l'homme divin.
-Va te mettre à l'abri. Ô « bakeneko »..
Sa voix chaude et calme contrastait étonnement avec l'affolement des habitants de la contrée. Tout comme sa démarche. Ses larges habits semblaient flotter à chacun de ses pas, et sa somptueuse chevelure dansait avec le vent. Dès qu'il pénétra la forêt, je me précipitai pour le prévenir du feu, qu'il ne devait s'en approcher. Mais plus je m'avançai, plus l'air se purifiait et le grondement des flammes avait cessé. L'herbe était fort mouillée et j'ignorai pourquoi.. L'autel était en piteux état, l'incendie n'avait laissé que l'ossature du lieu saint. De la suie formait un cercle autour des ruines et quelque cimes d'arbres avaient une apparence squelettique tant le feu les avait rongé l'écorce.
Soudain, des éclaboussures touchant ma peau nue de mes jambes me fit sursauter. Tournant la tête d'un air surpris, je fus témoin de l'impossible. Un immense poisson aux nageoires semblables à des rubans de tulles remontait les chutes d'eau de la cascade sous mes yeux ébahis. Et si j'avais seulement pris le temps de regarder mon reflet dans l'eau à ce moment là plutôt que de fuir retrouver ma mère..peut-être aurai-je vu mes yeux félins luire dans l'obscurité.
Quelques semaines passèrent, tout le monde s'attelait à le reconstruction de l'autel sacré. Les périmètres le plus touchés par le feu avait été sécurisés, plus personne ne pouvait se rendre au delà de la crique. Les montagnes restaient donc vierge de trace humaine pendant longtemps, la faune revint de ce côté-ci en abondance. Les léopards les plus audacieux s'aventuraient sur notre plage, tout comme les orangs-outangs qui se prélassaient sous la cascade. Si certaines espèces n'étaient pas faites pour s'entendre, d'après la chaîne alimentaire.. depuis l'incendie ce lieu semblait abattre toutes les frontières entres chacun des animaux et mêmes les humains. Du moins entre eux et moi..Les moments où les villageois se rendaient sur la crique pour aider à la reconstruction de l'autel. La faune disparaissait. Mais dès que fut le tour de l'espèce humaine de quitter les lieux, alors d'autres visiteurs venaient. Moi également. Tapi derrière l'abondante végétation j'observai en silence la vie que menaient félins, primates, oiseaux et reptiles qui se ressemblaient sur cette plage. C'est en adoptant une telle attitude que je développai certains de mes sens de sorciers. Je pouvais entendre l'arrivée des chars depuis des kilomètres alertant ainsi mon père d'un nouvel arrivage saisonnier. Je courrai avec les léopards en m'aventurant au delà de la plage alors qu'on nous l'avait strictement défendu.
Quelques choses s'éveillait en moi et j'ignorai à quel point cela serait dangereux de le faire apparaître d'une façon aussi libre que sauvage.
Un matin, je me levai aux aurores pour rejoindre la plage avant la venue des moines qui venaient bénir le nouvel autel et méditer sur la plage. Deux léopards et un tigre se baignaient non loin de la rive. Ce fut la première fois que je voyais un tigre sur l'île de Java, nous ne les trouvâmes que sur l'île voisine, Sumatra. Il était beau et si fort. Les muscles de ses flancs saillaient sous son pelages humides. J'eus peut-être un peu peur au premier abord, puis, le voyant regarder dans ma direction sans bouger, je m'approchai à pas feutrés et fus surpris de constater que le tigre ne se gêna pas pour s'allongeait de tout son long tout près de moi. Je le respectai et ne le touchai pas et lui non plus, n'amorça aucun geste.
-Connaître les différences c'est aussi les accepter et respecter l'autre, t'es pas d'accord ?
Le tigre soupira longuement, faisant sécher son pelage au petit jour. Les températures étaient déjà bien haute, il était bien plus rare d'avoir des mâtinées fraîches que l'inverse. Les mois passèrent et je revis souvent ce tigre qui finit par être intrigué par ma personne. Je soupçonnai mes yeux félins d'en être pour quelques choses, surtout depuis que je maîtrisai leur apparition. Souvent, je me demandai si le bon moment était venue pour moi d'en parler à mes parents. J'étais si curieux de tout et insouciant à l'époque que je me posai rarement de questions. Mais depuis l'incendie et l'apparition de cet étrange poisson que je n'eus toujours pas revu, ainsi que mes yeux qui changeaient d'apparence lorsque je le souhaitai..Je compris qu'il y avait certains secrets qu'il fallait mieux ne pas dévoiler.
Surtout qu'une chasse avait été organisée par les colons.
-Où va papa ? Demandai-je à ma mère alors que mon beau père s'affairait de son fusil, et entourait sa taille d'un ceinturon à la sacoche remplie de plomb.
-Le corps d'un enfant a été retrouvé sur la plage hier soir, des moines auraient vu des léopards alors qu'ils avaient quitté nos terres depuis un moment.M'informa ma mère.
-L'incendie a dû les faire revenir, déclara mon beau père avant de s'agenouiller devant moi. Nous avons abandonnés certaines terres au delà de la crique, les léopards y ont élu domicile. Mais avec le temps peut-être ont-il jugé bon de revenir ici mais je ne vais pas les laisser faire, d'accord. Tu n'as pas avoir peur, fils.
Il embrassa ma joue, puis, sous mon air horrifié je le regardai quitter la ferme. Retrouvant mes moyens, je commençai à lui courir après en voulant l'empêcher d'aller chasser. Mais ma mère me retint fermement en m'attirant dans la maison. D'une voix rassurante, elle m'appela et tourna mon visage vers le sien pour que nos regards se croisent.
-N'aie crainte..il va revenir.
Oui, je savais qu'il reviendrait. Mais avec la peau d'un mes léopards sur le dos et je ne supportai pas cette idée. Cependant, ma mère se rongeait les sangs à l'idée que des enfants ne se faisaient attaquer. Je n'osai donc pas lui dévoiler mon secret au sujet de ma rencontre avec la faune de la plage.
Le soir même, mon beau père revint bredouille et j'en fus soulagé. Personne ne croisa de léopard ou un quelconque prédateur. Le lendemain, je me rendis donc sur la plage à la rencontre du tigre et des deux léopards. Mais je n'en vis qu'un seul..
-Où est ton frère ? M'enquis-je en balayant les alentours d'un coup d'œil affolé.
Je courrai à en perdre haleine jusqu'au domaine de mes parents et là-bas, je vis le léopard qui s'abreuvait au bord du fleuve. Il dressa ses oreilles en m'entendant arriver et alors qu'il s'avançait tranquillement pour me rencontrer, je tentai par tous les moyens de le chasser.
-Va t'en ! Tu ne devais pas venir ici ! Va t'en, je t'en prie tu dois partir !
Ce jour là, je réalisa avec effrois que je n'aurai jamais dû me lier d'amitié avec ces félins. Alerté de ne plus me trouver dans la maison, ma mère prévint mon beau père qui portait son fusil sur l'épaule et s'en allait en direction de la plage. Cependant, il dégaina son arme en voyant le léopard près de moi.
-Non ! Hurlai-je à mon beau père.
Le léopard rugit en se mettant sur le défensive à l'encontre de cet inconnu armé en face de lui.
-Écarte-toi ! s'écria t-il en amorçant un geste afin de me demander de reculer.
Ma mère courut hors de la maison et m'interpellait d'une voix effrayée et tremblante. Mon père tira sur l'animal qui parvint à s'enfuir. Il la poursuivit en m'intimant l'ordre de rentrer à la maison. Mais je me débattis alors que ma mère me traînait de force jusqu'à notre cabane.
-Es-tu dépourvu de bon sens cher enfant ? Reviens ici, ne pars plus ! Je te l'interdis, tant que ce monstre errera dans la forêt, je te l'interdis ! Me cria ma mère morte de peur.
Alors que le reste de la journée se fit dans un silence pesant, un coup de feu retentit dans l'air laissant derrière lui un puissant écho qui fit s'envoler plusieurs oiseaux. Puis, un autre et un troisième coup de feu annonça la fin de la chasse. Plus tard, deux villageois aidèrent mon père à transporter le corps de deux léopard et d'un tigre..
-Les moines avaient raison, ils étaient bien sur la plage. Le doyen s'en est allé à la rencontre du sultan pour nous accorder une battue sur les terres abandonnées. On doit récupérer notre territoire.
-Non ! Hurlai-je en agrippant son fusil que je tentai en vain de lui arracher des mains.
-Mais que t'arrive t-il ?! S'étonna t-il en me repoussant avec fermeté. Veux-tu te blesser?! D'ailleurs, que faisais-tu debout de si bonne heure ? Ce léopard allait te tuer !
-Mantelemas ne m'aurait jamais rien fait ! Son frère non plus et Kali n'avait rien fait !
- « Mantelemas » ? « Kali » ?
Le regard de mon beau père devint aussi sombre que le ciel orageux qui grondait dehors.
-Tu apprivoises des bêtes sauvages et mets le domaine en péril alors que ces monstres ont tué un enfant !
-C'est faux ! Ce garçon s'est blessé à cause des mangroves, les écorchures sur sa peau étaient celles causés par les racines ! Ce n'était pas des griffures ! Il est mort en se cognant la tête conte un rocher, Kali à prévenu les léopards de ne pas l'approcher mais Mantelemas est arrivé bien après le mort de cet enfant !
-Ton fils perd la raison ! Vociféra t-il à ma mère en me jetant dans ses bras. Voici ce qui arrive à trop lui ancrer dans la tête toutes vos histoires d'esprits et divinités animales ! Voilà qu'il parle aux léopards ! Vos rites païens cesseront dès à présent dans cette maison !
Alors qu'il sortait un large couteau pour dépecer la peau des bêtes, je me ruai sur leurs cadavres et d'une onde de choc je repoussai mon père qui roula à quelques mètres plus loin.
-Q-qu'est-ce que..
A l'entente de la voix brisée de ma mère, je posai mon regard sur elle alors que je n'étais plus maître de moi. Ma magie blessa mon beau père..et mes yeux de chat hantèrent les nuits de ma mère qui se réveillait en hurlant que je n'étais pas son enfant. Qu'elle s'excusait d'avoir péché et qu'on lui pardonne le mal dont elle ignorait l'existence.. Elle n'eut jamais su que le sort lui causa bien plus de mal qu'elle n'en eut fait. Son époux resta malgré tout auprès d'elle et tentait de la rassurer chaque jour que ce n'était sa faute, que le seul coupable c'était moi et mes lubies à être allé du côté de cette plage maudite, qui avait attiré un feu démoniaque et des animaux étranges qui me parlaient. Ma mère plongea dans la démence tandis que mon père baignait dans l'occulte. Après cet histoire avec les léopards et le tigre, il s'informa sur toutes les légendes du monde au sujet des créatures mythologies malveillantes.
Ma mère ne revint jamais dans notre cabane, le nommant « berceau maudit » puisqu'elle m'enfanta entre ses murs.
Les jours où elle était calme et qu'elle retrouvait ses moyens elle tissait des tapis et des vêtements en brocard pour le revendre au marché. Personne n'avait eu vent de ce que j'étais et surtout, plus personne ne me revoyait au village ni à la ferme. Mon père m'enfermait dans la cabane ne me donnant à manger qu'occasionnellement. Il apprit que dans certains pays, la nourriture servait d'offrandes et calmait les démons. Il venait donc déposer « ses cadeaux » au bord des fenêtres, mais en me menaçant du regard à chaque fois qu'il passait.
Moi-même, je pris peur de ce que j'étais. Je ne comprenais pas, personne ne voulait m'expliquer mais surtout personne ne pouvait le faire dans l'instant présent. Puis un soir, un autre drame eut lieu. Deux villageois et un colon furent tués en essayant de chasser des léopards. J'entendis les cris au dehors, mais la porte était scellée de l'autre côté je ne parvenais pas à l'ouvrir. A l'aide d'un bol sale et vide, je brisai une fenêtre pour m'échapper. Me coupant la joue à cause d'un débris, j'effleurai la plaie en grimaçant douloureusement. Cette douleur, se changea en désir de guérison. Et une flamme bleue entoura mes doigts. Reculant d'un air affolé, je réalisai que je pouvais contrôler ces étranges flammes. Je calmai mon cœur, et repensai à ce désir de guérir ma blessure. Les flammes revinrent et je les laissai lécher ma joue qui se soigna instantanément. Ma peau redevint lisse et purifiée de toute marque. Je n'arrivai pas à en croire mes yeux. Pourtant, ma marque féline se montra telle les étoiles sur un ciel de nuit. Et sous ce même ciel, je ne parvins peut-être pas à secourir les autres léopards..mais au moins je sus comment contrôler mes nouveaux pouvoirs.
Mes parents n'auraient plus aucune raison d'avoir peur de moi, j'en étais si sûr. Je voulais seulement soigner ma mère, retrouver ses bras et entendre les récits de voyages de mon beau père. Mais il n'en fut jamais ainsi. Pieds nus, je regagnai le corps de ferme et entrai dans la maison. Il faisait sombre, mais quelques bougies avaient été allumées pour guider nos pas et nous permettre de déambuler librement. Lui parlait avec les villageois du drame extérieur. Elle, était couchée à cette heure-ci.
J'entrai sans faire de bruits dans la chambre de mes parents, qui se situait tout bout de la maison. En faisant coulisser la porte, je rencontrai le silence et la lueur des bougies.
-Maman? Osai-je murmurer, voulant à la fois qu'elle m'entende sans pour autant la surprendre. Maman, c'est moi..
Comme-si l'informer de mon prénom, celui avec lequel elle me baptisa elle-même, suffirait pour exorciser la crainte qu'elle éprouvait à mon égard. Mais je n'eus aucune réponse de sa part. Pas même un soupir, ni un sursaut. Juste le silence.
Je m'approchai de leur couche, et tirai le drap d'un geste ni trop lent ni trop rapide. La poigne suffisante pour découvrir le corps de ma mère et lui faire voir que j'étais là.
Elle était de dos.
-Maman..je suis désolé. Maman, je n'irai plus à la plage.
Je touchai son épaule et la secouai doucement.
-Maman ?
Son corps s'échoua de lui même sur le côté laissant à la vue de tous sa chemise ocre, teintée d'un rouge poisseux, encerclant une dague enfoncée dans sa poitrine. Mon regard s'horrifia, un douloureux frisson me déchira la peau cette vision me propulsa loin du lit au point que je chus sur le sol.
-Maman ! Maman ! Hurlai-je avec affolement.
« Ce n'est pas mon enfant ! J'ai engendré un monstre ! » Ses cris de démence tambourinaient mon esprit avec une telle insistance que j'eus l'impression que mon crâne allait exploser. Je sentais cette magie, cet élan de force en moi qui voulait imploser au point que mes ongles se changèrent en griffes. Mais je serrai les poings pour contenir ce don abominable que la nature m'avait imposé. Je n'en voulais pas, cela avait tué ma mère, je voulais mourir, je ne voulais plus rester ici.
Au dehors, j'entendais le cris des villageois qui revenaient au domaine. Mon beau père s'était rué vers la cabane et s'époumonait à m'appeler tandis qu'il rentrait dans la maison après avoir découvert que je n'étais enfermé. Il se paralysa net, en nous surprenant ma mère et moi. Toujours assis sur le sol, je le regardai s'avancer avec une pointe d'appréhension qui faisait palpiter mon cœur. Il tomba à genoux à mi-chemin et tendit une main désespérée vers le corps de ma mère. Il continua en rampant, des larmes coulaient en trombe sur son visage. Il soufflait le prénom de ma mère, comme si cela l'aiderait à récupérer son âme et nourrir ce corps désormais vide. Ce fut par cris et longs râles que ses sanglots éclatèrent. Cet homme à la vie brisée, qui n'avait jamais cru en rien priait les cieux qu'on lui ramène son épouse.
Soudain, il me dévisagea avec horreur. Se mettant à parler le néerlandais, il m'agrippa par les cheveux et me tira vers l'extérieur. Il était plus grand, plus fort aussi..mon corps d'enfant ne suffisait pas à le soumettre à ma volonté.
-Je ne voulais pas en arriver là..jamais je n'ai voulu en arriver là ! Oh, pourquoi m'infliger un tel supplice?! Pourquoi avoir maudit nos terres de cette souillure venue des Enfers ?! Seigneur, pourquoi s'acharner sur nous ?!
Je hurlai mes larmes, je hurlai ma crainte et ma colère tout en maîtrisant cette créature qui rugissait en moi, qui transformait mes ongles en griffes acérées et mes dents en crocs voraces. La peau au niveau des pieds et de chevilles furent égratignées à causes des tranchantes racines de mangroves. Les villageois pourchassaient toujours les léopards tandis que mon beau père me traînait loin du domaine. Les vêtements que ma mère avaient brodés avec soin et attention, avant qu'elle ne découvre ma véritable nature, tombaient en lambeaux. Je n'avais plus rien d'humain..
J'avais tout d'un sauvage pour lui.
-Je n'ai jamais pu m'y résoudre.. pleura soudainement mon beau père alors qu'il me jetai sur la rive, non loin de l'autel sacré où ma mère venait prier. Ce même autel, que j'avais réduit en cendres..Des coups feu et des cris de rages me firent tressaillir, les chasseurs venaient sûrement de tuer un léopard.
-Un monstre aux yeux de chat..une abomination..l'enfant d'un démon ! (Il balaya les lieux d'un geste virulent ) Tu es né ici et tu mourras sur ses terres ! Ton sang servira d'offrande, calme les esprits de cette crique et rends moi mon amour ! Rends la moi ! Va t'en ! Pars ! Va où tu voudras je n'en ai que faire, tu as tué celle qui t'a donné la vie, tu as tué ma vie !
Il me jeta une pierre en plein visage, je reculai en traînant mon corps sur le sable.
-Retourne avec tes tigres ! Avec tes singes ! On ne s'approchera plus jamais de cette plage ! Mais tu ne t'approcheras plus jamais de ces terres !
De désespoir et de rage il arracha une planche qui soutenait l'autel et lui mit le feu à l'aide des allumettes qu'il gardait dans sa sacoche. Il agita cette planche tout en s'approchant de moi, sûrement dans l'attention de me faire fuir mais je ne comprenais pas. Ou bien ne voulais-je pas comprendre. Lui qui m'avait tant désiré, choyé quand je n'étais qu'un nourrisson et bercé avec des histoires de marins, de ces grands pirates dont je rêvais chaque nuit de rejoindre leurs navires, voilà qu'il me chassait comme un vulgaire criminel. Il me chassait m'ordonnait de partir..mais dans son attitude, à regarder derrière lui faisant attention si quelqu'un approchait, tendant l'oreille pour entendre où se situait les villageois, je compris surtout qu'il m'ordonnait de fuir.
-Déguerpi de mes terres !
Après l'avoir sondé une dernière fois avec mes yeux humains je laissai ressortir la créature obscure qui était en moi et m'enfuis loin de cette plage maudite. Je galopai aussi vite que le vent, ne faisant même plus attention aux chemins que j'empruntai. Des racines rayèrent ma fourrure noir de geai, mes pattes m'emmenaient là où la peur et le chagrin décidaient de les guider. Des sillons de flammes écarlates s'échappaient à chacun de mes pas. En quelques minutes, la forêt prit feu pour la seconde fois par ma faute. Tout ce que j'avais réussi à contenir..je ne supportai plus de le garder en moi alors j'implosai ! Oui, j'implosai mes effroyables ressentiments. J'aurai pu tout stopper, mais je ne le voulais plus.
Je ne désirai plus rien."
Le pluie n'avait pas cessé de tomber, se fracassant sur les tuiles et les planches du pontons suspendus au promontoire de terre qui reliait la maisonnette à la rive. Magnus n'avait su contenir ses larmes en contant son passé. Quant à Alec, il ne l'avait pas interrompu une seule fois. Ce n'était plus l'heure d'empêcher le sorcier de se libérer de ce poids. Plus maintenant. Et, bien plus qu'une libération, Alec le vécut surtout comme une confession..A travers l'inflexion changeante de sa voix, passant de l'émotif heureux et nostalgique au regrettable désarrois. Parfois, Magnus avait hésité à poursuivre. Pas de peur de se dévoiler mais plutôt parce que lui-même se demandait encore s'il en avait le droit. S'il lui était possible de se décharger un peu de cette souffrance.
Il les ressentit..ses chaudes larmes couler sur son épaules, il savait que son amant n'était pas resté insensible à son histoire. S'il craignait qu'on le prenne en pitié, le caresses aimantes et fermes d'Alec lui prouvèrent qu'il n'avait pas de le briser. Non, le Nephilim le voyait fort, très fort..pour avoir supporté un tel secret pendant quatre cent ans, il lui faisait presque honneur de l'étreindre ainsi sans peurs ni hésitation. Alec voyait en lui, un homme fort et Magnus en fut tant apaisé, que ses larmes coulèrent grâce à cela. Se privant depuis trop longtemps de verser toute larme de chagrin, Alec le délivra de ces barrières, déchira les racines autour de son cœur et libéra cet être qu'il eut rejeté durant des siècles.
Enfin, il ne se sentit plus honteux.
-Quand l'incendie prit fin..quatre jours s'étaient écoulées. Beaucoup de villageois sont morts à cause de mon égoïsme. Je n'avais pas voulu arrêter ce carnage alors que je le pouvais.. Toujours sous ma forma animalis je sillonnais le fleuve et retrouvai le chemin qui menait au corps de ferme. Je vis mon beau père assis sur le sol, contre la charrette qui avait transportée les corps de mes léopards et de mon tigre.
Il m'entendit approcher et tourna lentement la tête vers moi. Il ressemblait à une véritable poupée désarticulée que l'on avait abandonnée ainsi dans la cendre et la boue. Parce qu'il avait tenté de m'éloigner, autant pour son bien que le mien, je ne voulais rien lui faire malgré son violent rejet. Mais la haine et le dégoût qui peignait son visage me rendirent fou, autant que les paroles qu'il me jeta alors que je reprenait forme humaine..
« Assassin..Tu n'es qu'un assassin ! »
-Je l'ai tué, Alec. Alors qu'il était faible et blessé, je l'ai tué.. Un torrent de flammes l'entoura et brûla jusqu'au dernier os, il ne resta plus rien de lui hormis les balles de plombs qu'il gardait sur lui.
Magnus serra encore plus les bras de son amant qui le couvraient de part et d'autre et enfouit son nez humide de larmes contre ses mains.
-J'aurai pu m'arrêter..mais je l'ai tué.
Le feu du foyer presque éteint, le froid de cette triste mâtinée s'engouffra dans la cabane. Les ailes d'Alec choisirent ce moment pour l'accabler d'une souffrance qu'il étouffa au fond de lui. Il serra les dents, se demandant alors combien de temps son amant, lui, aurait pu tenir ainsi avec sa propre douleur. Il pouvait bien, rien que pour quelques heures, ignorer son propre corps, et laisser à part ses doutes et ses soucis -qu'il trouva bien précaires- afin de panser les plaies de Magnus. Ce dernier continua de pleurer aux creux des mains de son jeune amant. Il lui conta sa vie, maintenant il lui déversa sa peine et sa frustration.
Plus tard, ils s'endormirent l'un contre l'autre sûrement épuisé par le décalage horaire ou bien du trajet. A moins qu'avoir ainsi déverser leurs larmes les eut quelque peu éreinté. Ils se fichaient bien de la raison, tout ce qu'ils souhaitaient maintenant fut de se reposer. Lorsqu'il ouvrit les yeux, le Nephilim vit que le feu s'était éteint et le froid couvrait leur peau. Groggy, il chercha à tirer une couverture pour la déposer sur le corps de Magnus qui dormait profondément. Il eut beau s'être couché sur le dos, il agrippait toujours aussi fermement le bras d'Alec qui l'avait couvert tout du long. Le brun se recoucha donc sur le côté et observa en silence son amant se reposer.
Je serai digne de toi. Je te le promets.
Ses pas raisonnaient le long du couloir vide de garde, éclairé par les blancs néons hauts perchés au dessus de sa tête brune. D'une démarche souple et d'une flegme évidente, Sébastian pencha la tête sur le côté alors qu'il se tenait devant la cellule de Valentin. Ce dernier était allongé sur le lit de camp qu'on lui avait placé. Il eut beau entendre quelqu'un s'approcher, il ne daigna s'y intéresser.
-T'as l'air si misérable. Fit l'autre. Je viens te rendre visite et toi tu ne me dis même pas bonjour. (Un sourire carnassier trancha ses lèvres) Père indigne..
A suivre...
Fini fini ! Pour ce chapitre hein xD ! Le prochain arrivera..je ne sais pas quand ! Il est en court de rédaction mais comme la rentrée se pointe je ne sais pas comment va se découper mon emploi du temps alors bon, peut-être pourrai-je publier quelque chose vers mi-septembre :)
En tous cas, j'ai de grands projets pour Sébastian et Valentin dans le prochain chapitre ! Et puis, le retour de Michaël arrive à grands pas, haha ! Que deviendra Raphaël à ce moment là ? J'sais pas ! xD
Bon, vous étiez relativement nombreux à me parler de la rupture Malec, alors pour faire le point rapidement dessus, je tiens à dire que oui il y aura une rupture mais je ne compte pas la faire tout de suite et surtout je vais être loin de reprendre les scènes des livres ou de la série TV. Je prépare ma propre bouillie ! :D
Aussi, je pense que vous l'aurez remarqué mais pour l'apparence de Max je reprends celle de l'auteur, c'est à dire, un mini Alec. Hormis le daltonisme là c'était mon plaisir ! J'ai pas compris le choix d'un acteur blond pour la série..j'ai rien contre les blonds hein ! Autant la couleurs des yeux je m'en fiche, les acteurs sont tous à tomber part terre, mais je sais pas, la couleur des cheveux ça reste important pour moi xD (oui je suis une fétichiste des cheveux).
Un grand merci à vous tous pour m'avoir lu jusque ici et croyez moi, on a encore du chemin ! J'espère que ce chapitre vous aura plu, j'ai hâte de tous vous retrouver ! Gros bisou et à bientôt ~~
