Coucou à toutes et à tous. Petit message à l'attention de mes deux fidèles Sohanne (tes dessins me rendent folle!) et Sonata-sama. Je vous fais de gros bisous et vous filerai en MP le moyen de poursuivre cette fic pour que vous puissiez continuer à la lire si cela vous dit et à la commenter (?)... Je tiens à vous remercier de me suivre encore aujourd'hui et vous fais de gros bisous.
C'est mon dernier chapitre sur ff. net.
Chapitre 21 : Enivrante, enivrée
La maison est encore toute entière plongée dans l'obscurité lorsqu'il transplane chez lui. La pénombre n'est pas une gêne pour lui ; il a quitté le manoir Malefoy alors que Vivian Godway dormait encore… alors que Vivian Godway venait de s'endormir serait plus juste. Elle ne l'aurait sans doute pas laissé s'échapper aussi facilement si elle avait été éveillée. Après la cadence qu'il lui a imposée, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'elle s'écroule aussi rapidement, et lui, n'aurait jamais pu tolérer sa présence dans son lit toute la nuit durant. Dormir en compagnie d'une tierce personne lui est impossible de manière générale.
En y repensant… cette fois-là a été la seule exception. Cette fille insupportable… quand il a trouvé la force de la mettre dehors, Godway n'a plus eu un instant de répit. Pas qu'elle ait trouvé matière à s'en plaindre, mais elle aura certainement quelques courbatures au réveil.
Quant à lui… il n'aurait pu imaginer une autre couleur pour les iris qui ont continué de le hanter pendant ses ébats, que ce vert émeraude qui le ronge chaque fois que ses paupières se ferment. D'abord surpris par cet inexplicable changement, l'étonnement avait rapidement cédé la place à la colère que son impuissance à faire renaître le regard cruel et chéri dans son esprit, avait engendrée.
A la colère et l'excitation s'il est honnête parce que… parce qu'il n'aurait jamais pensé qu'elle était en mesure de le plonger dans cette espèce d'état second qui a manqué, et de peu, d'avoir raison de son self-control.
Il laisse négligemment tomber sa cape sur le bras du fauteuil qui fait face à la cheminée de son bureau, et tout en desserrant le col de sa chemise, s'engouffre dans le couloir obscur. Sa gorge est desséchée par la quantité de vin qu'il a absorbée. Sa bouche pâteuse réclame un verre d'eau, mais alors qu'il passe le seuil du salon, un sillon de lumière en provenance de la cuisine attire son attention. Presque mécaniquement, sa respiration se fait silencieuse. Méfiant, il dégaine promptement sa baguette magique et s'approche de la porte à pas de velours. Quand il n'est plus qu'à quelques centimètres de la faible lumière qui filtre sous le panneau de bois, il abaisse lentement son arme : il a reconnu les voix. Loin de la discrétion à laquelle il aurait pu s'attendre, elles ne se donnent même pas la peine de bavasser à voix basse. Avisant l'horloge à l'autre bout du salon, il s'étonne du fait qu'elles soient encore éveillées à cette heure tardive.
Il ne se rend pas immédiatement compte que leur façon de parler comme la teneur de leur conversation a quelque chose de bizarre. Il doit attendre la remarque de l'elfe pour comprendre l'origine de la situation.
- Miss, vous devriez arrêter. Le maître sera mécontent quand il découvrira que nous avons tapé dans sa réserve.
« Tapé dans sa réserve »… qu'est-ce que c'est que cette façon de parler ?
- Par Merlin, une absinthe de Prague d'un si bel âge ! Je ne donne pas cher de notre sort, continue la voix aigrelette.
De l'absinthe ?
Ses sourcils se froncent. Si maintenant ses domestiques se mettent à chaparder dans les placards… et pas n'importe quoi : la meilleure absinthe qu'il ait en sa possession ! Et la plus forte aussi… Zini ne réalise pas qu'elle va la plonger dans le coma.
- C'est toi qui m'as fait goûter cette chose, intervient pour la première fois la jeune femme.
Le timbre est éraillé et lourd ; l'ivresse guette.
- Zini a juste donné un sucre à la demoiselle parce qu'elle semblait avoir besoin d'un remontant. Jamais elle n'aurait pensé que la jeune demoiselle apprécierait à ce point, surtout après avoir manifesté une telle méfiance.
- Il avait un goût bizarre ton sucre. Et puis je te signale que tu en as pris toi aussi, se moque la fille.
- Parce que la jeune demoiselle avait l'air de croire que Zini manigançait quelque chose de malhonnête. Il fallait bien lui prouver qu'elle ne risquait rien, se défend l'elfe d'un ton irrégulier révélateur d'une sobriété discutable.
- Et pour cause, tu peines à aligner trois mots ! raille sa collègue en laissant échapper un rire franc.
Sa respiration marque un temps d'arrêt et sans savoir pourquoi, il sent son estomac se contracter à la pensée de ce visage souriant, rougi par les vapeurs d'alcool. C'est la première fois qu'il entend le son de son rire et il songe avec une certaine irritation, qu'il ne l'aura pas vu.
- Les elfes de maison ne supportent pas l'alcool miss, lui apprend la créature. Et je me sens dans l'obligation de vous informer que vous non plus !
- J'ai surement des origines proches des tiennes…
Il peut presque entendre le sourire latent dans la voix féminine à l'intonation qu'elle a prise. Elle tousse et il devine qu'elle a voulu ingurgiter une gorgée du liquide perfide.
- Oh miss ! geint l'elfe. Donnez-moi ça ! Allez, confisqué ! Et resserrez les cuisses ! Ce n'est pas une posture convenable pour une demoiselle, réprimande-t-elle.
- Qu'est-ce que ça peut faire ? On est entre filles.
Il chasse l'image inconvenante de son esprit quand une sensation cuisante s'empare de ses entrailles.
- Comment peut-il boire une chose pareille ? se plaint-elle. Ma gorge est en train de fondre.
- Ce n'est pas du jus de citrouille Miss. C'est même interdit dans un certain nombre de sociétés moldues. Les effets sur les personnes peuvent être dévastateurs. Le sang sorcier qui coule dans les veines de la jeune demoiselle lui épargne bien des désagréments. Si elle avait été tout à fait moldue…
- Je ne suis pas comme ces gens-là ! l'interrompt-elle – quelque chose dans sa voix a changé, le timbre est froid, métallique – je t'assure que j'y préfèrerais mille fois tes origines elfiques.
- Zini ne comprend pas ce qui peut déranger la jeune miss dans le fait d'avoir du sang magique. Zini se doute bien que toutes les rencontres qu'elle a pu faire ce soir ne donneront que peu de crédit à son propos mais, tous les sorciers ne sont pas de la même veine. Ce jeune homme charmant dont la jeune demoiselle lui a parlé en est la preuve, non ?
Un long silence s'ensuit durant lequel sa curiosité rend difficile à retenir son envie de faire irruption dans la pièce… juste pour voir l'expression de son visage. Luttant contre le sentiment méprisable d'être réduit à l'espionnage sous son propre toit, il pointe sa baguette sur son torse et prononce à voix basse mais intelligible, la formule du charme de désillusion. Un courant glacé parcourt tout son être de la tête aux pieds. En levant la main devant ses yeux, il sait que le sortilège a fonctionné. Ravalant sa fierté et aussi silencieusement que possible, il se glisse dans l'entrebâillement de la porte en prenant garde de ne pas en faire grincer les gonds. Aussitôt, les yeux de l'elfe se braquent sur le panneau de bois.
Il sait qu'elle a compris.
La jeune femme, elle, ne semble pas avoir remarqué l'intrusion bien que la porte se soit ouverte de quelques centimètres. Elle a l'air perdu dans ses songes, les yeux rivés sur son poignet. Elle semble être à des kilomètres de là. Il reste plusieurs secondes à l'observer. Alors, d'une voix ingénue et sans même lever les yeux sur sa congénère, elle murmure :
- C'est mal d'avoir du sang de moldu ?
Son sang se glace dans ses veines. Pourquoi cette question ? En examinant le visage fatigué, il a la désagréable impression de revivre une scène familière. Il ne saisit pas bien pour quelle raison mais… il espère que l'elfe ne se trompera pas…
- Pourquoi y aurait-il mal à cela Miss ? interroge la créature avec un air tellement surpris qu'il pourrait presque paraitre convainquant.
- Alors c'est le fait que je ne sois qu'une simple domestique qui suscite un tel mépris ?
Les prunelles absentes ne quittent pas l'avant-bras ganté et dans un sursaut de sa mémoire endormie, il comprend… Le regard qu'elle lui a lancé alors qu'il lâchait son poignet à l'arrivée de Godway n'était, comme il le pensait, pas anodin.
Quelque chose s'agite furieusement dans son estomac.
Le silence pesant retombe et il ne détache toujours pas ses pupilles des prunelles endormies.
Figée dans une attitude contemplative, les iris éteints, elle ne remarque toujours pas sa présence. Seule l'elfe semble l'avoir notée. Pas qu'il soit habitué à user de ce genre de stratagème sous son propre toit mais, il a appris depuis le dernier recrutement de son personnel, à ne pas sous-estimer la petite créature.
Affalée contre la porte du placard situé sous l'évier de la cuisine, les cheveux en pagaille, les yeux injectés – de fatigue et d'ébriété – un verre dans une main posée au sol, les jambes relevées et légèrement écartées, elle ne renvoie pas l'image type de l'élégance et du raffinement. Cela étant et au regard de la gravure de décadence qu'elle incarne, il se félicite de l'avoir renvoyée avant que l'un des invités de Lucius Malefoy n'ait eu l'heureuse idée de la faire boire. Sa bouche s'est encore asséchée.
Il en est là de ses réflexions quand elle entame une curieuse chorégraphie visant à attraper dans son dos, quelque chose d'apparemment très déplaisant. Avec un soupir de soulagement, elle glisse à bas de ses épaules deux bretelles noires et retire un morceau d'étoffe par le corsage de sa robe.
- Miss ! la réprimande Zini en évitant judicieusement le coup d'œil sur sa droite qui trahirait sa présence.
- Nous sommes entre filles, la rassure la jeune femme d'une voix enrouée.
- La jeune demoiselle ne devrait pas faire ce genre de choses n'importe où, insiste l'elfe.
- Je ne suis pas avec n'importe qui, je suis avec toi, la flatte-t-elle avec un sourire éméché.
- Quand bien même ! Zini n'a pas pris la peine de trouver des sous-vêtements de la jeune demoiselle pour que celle-ci les fasse virevolter à travers la cuisine du maître, gronde-t-elle.
- Je ne les fais pas virevolter, s'empourpre son homologue. Que t'arrive-t-il enfin ? Tu n'as pas besoin de te montrer aussi virulente pour si peu de choses. Il me gênait, je n'ai fait que l'enlever.
- La poitrine de la jeune demoiselle va tomber, lâche L'elfe d'une voix subitement détachée.
- Quoi ?
C'est à peu de choses près ce qu'il aurait pu dire… De concert, le regard du sorcier et celui de la jeune femme ont convergé vers celle qui vient de prononcer cet argument du désespoir. Un silence pesant s'installe et la créature parait mal à l'aise. Soumise à l'interrogation silencieuse de sa congénère, elle devine la moue moqueuse de son Maître.
- C'est ce qui arrive aux humaines qui rechignent à porter un soutien-gorge Miss, s'enlise Zini manifestement de plus en plus gênée.
Incrédule, il voit sa servante porter une main au col de son vêtement et l'écarter assez largement pour plonger sa tête à l'intérieur.
Merlin, l'alcool ne contribue pas à résoudre ses problèmes de carence d'inhibition !
- Bah ! s'exclame-t-elle en refaisant surface. Le glissement de terrain ne fera pas beaucoup de victimes !
La remarque cynique lui arrache un sourire en coin qu'il se hâte d'effacer en maudissant l'impudique.
- Cela ne plait pas aux hommes, renchérit l'elfe.
- Aux hommes ? répète la candide, renforçant par là même la conviction du sorcier quant à son ignorance en la matière. Ce n'est pas comme si j'en voyais tous les jours, et comme il y a fort à parier que je ne puisse quitter cet endroit avant de nombreuses années… Mis à part… Monsieur, je ne vois pas qui pourrait apprécier le contenue de mon soutien-gorge. En outre, je doute que quoi que ce soit me concernant puisse l'intéresser.
- La jeune demoiselle le regrette ? demande Zini après quelques secondes d'hésitation.
Il détourne vivement ses pupilles vers l'elfe : qu'est-ce que c'est que cette question ? Il n'en voit pas l'utilité.
Néanmoins, la réponse tarde.
- Je ne vois pas pourquoi, tombe-t-elle enfin.
La voix est basse, un murmure rauque à peine audible, puis elle replonge dans un mutisme contemplatif, les yeux baissés sur le poignet ganté autour duquel les doigts pâles et noueux se sont fermement serrés plus tôt dans la soirée.
Quand les billes cannelle rencontrent de nouveau les énormes prunelles de l'elfe, elle parait sortir d'un long rêve et, un peu embarrassée par l'attention dont elle fait l'objet, se sent obligée de préciser ses propos.
- J'aime autant que rien chez moi ne soit susceptible de lui plaire, crache-t-elle avec un rictus de dégout prononcé.
Il retient un sifflement méprisant.
- Surtout quand on voit quel type de personne a ses préférences, surenchérit-elle en mimant une grimace explicite.
- La jeune demoiselle fait allusion à la jeune lady présente dans les quartiers du Maître quand Zini est venue la chercher ?
- Ca, une lady ? s'étonne-t-elle avec une franche naïveté.
- Oui Miss, il s'agit de Miss Godway. Qu'est-ce qui vous surprend ?
- Eh bien, commence-t-elle hésitante, c'est qu'elle n'avait pas tellement le maintien d'une dame de noble lignée, ni le comportement d'ailleurs, persifle-t-elle.
Zini a l'air amusé de la réponse donnée par sa congénère. Ce bougre de créature bizarre… elle semble manier des cartes qu'il n'a pas en mains…
- La jeune demoiselle n'a pas l'air de beaucoup l'apprécier, fait-elle remarquer.
- Pas réellement non.
C'est sur elle que se braquent à présent les obsidiennes. Elle a répondu sans hésitation, presque avant que la question n'ait terminé d'être posée. La mine contrariée, elle ne parait pas disposée à aborder le sujet plus en profondeur. Pourtant…
- La jeune demoiselle serait-elle jalouse ?
L'espace d'un instant, il reconnait dans les balles de tennis couleur vase qui tiennent lieu d'yeux à l'elfe, la lueur de malice qui anime perpétuellement ceux du directeur… Note pour plus tard : rechercher les potentialités de métamorphoses inter-espèces.
- Jalouse de quoi ?
Le timbre a changé très nettement : il est pôlaire et sec. Zini s'autorise un discret gloussement qu'elle a la correction de taire presque aussitôt. Il détaille le visage durci avec intérêt : ses yeux brillants arrimés à ceux de l'elfe dans l'espoir de donner l'illusion d'une totale aisance sur le sujet, il reconnait toutefois les crispations de sa mâchoire aux saillances qui se dessinent sur les joues mates.
- Cette stupide femelle s'est comportée comme une enfant capricieuse et ce sont les gens comme moi que l'on traite avec mépris, éructe-t-elle en lançant une nouvelle fois une brève œillade à son poignet.
Le regard en biais ne passe pas inaperçu auprès de l'homme tapi derrière le charme de dissimulation. Ainsi, elle a assimilé Gogway a une rivale…
- Elle a manqué de respect à la jeune demoiselle ? l'encourage à continuer Zini.
- Ca n'est pas ce qu'il y a de plus gênant à la rigueur, marmonne-t-elle distraitement.
- Qu'est-ce donc ?
- Sa bêtise a eu le poids nécessaire à ce qu'on me manque de respect par ailleurs.
- Qui donc ? demande Zini les yeux pétillants de curiosité mais avec un étonnement poli.
- Le … Ca n'a pas d'importance, dit-elle finalement.
Cette elfe de maison est un démon : la fille est certes sous l'emprise de l'alcool mais… elle a tout de même réussi à la mener où elle le désirait.
Alors c'est de là que viendrait son ressentiment envers Vivian Godway… Le regard accusateur qu'elle lui a adressé alors qu'il lui préférait la présence de la sorcière prend tout son sens. Son orgueil a été blessé à travers son geste empli de mépris. Une brûlure d'excitation vient taquiner son estomac. Le comportement de Godway lui est indifférent, c'est le sien propre qui l'a heurtée. Mais pour elle qui le hait à
un tel degré, quelle importance les conséquences engendrées par la remarque dédaigneuse de la sorcière sur son attitude vis-à-vis d'elle, peuvent-elles bien avoir ? Il ne l'a jamais traitée avec davantage d'égards de toute façon…
- Je vois, fait l'elfe et il sait en la regardant qu'elle a compris elle aussi. La jeune demoiselle ne devrait pas se formaliser de la conduite irrévérencieuse de ces sorcières et sorciers-là.
Où veut-elle en venir ?
- La plupart d'entre eux sont les partisans d'une personne elle-même peu respectable, continue-t-elle. Si les mots de Miss Godway n'ont pas offensé la jeune demoiselle, pourquoi ceux de ses semblables le feraient-ils ? poursuit-elle malicieuse.
- Ce n'est pas ce qui a été dit, c'est… Ca n'est pas… c'est plus compliqué que ça ! se renfrogne la jeune femme.
- En quoi le jugement de valeur de personnes qui ne connaissent pas la jeune demoiselle peut-il la blesser ?
Diabolique ! Zini est véritablement diabolique ! Comment a-t-il pu vivre si près d'elle durant toutes ces années sans jamais remarquer à quel point elle est machiavélique ?
- On ne peut pas vraiment dire qu'elle ne me connaisse pas du tout.
- Ah, feint-elle l'étonnement. Il s'agirait donc du Maître ?
La jeune femme lève brusquement la tête en sa direction, visiblement contrariée.
- Le Maître a eu un geste qui a blessé la jeune de… ?
- Il ne s'est rien passé Zini, s'écrie-t-elle soudain. Personne n'a rien fait ou dit qui aurait pu me blesser !
L'elfe joue la surprise mais il n'est pas dupe. Sous son apparente innocence, c'est délibérément qu'elle l'a poussée dans ses derniers retranchements. Et il pressent qu'elle a obtenu la réaction escomptée ; la jeune femme a réagi avec trop d'ardeur pour être parfaitement honnête. Il en soupçonne la raison et ce soupçon ne fait qu'ajouter à l'agréable sensation qui crépite dans sa poitrine. Entre excitation et doute, il fait le choix de ne pas se poser davantage de questions avant d'avoir eu son quota de sommeil. Il est dommage que cette empêcheuse de tourner en rond ait mis un terme à la conversation au moment même où elle commençait à devenir intéressante.
Sans un bruit, il tourne les talons et entame une silencieuse progression vers la sortie quand l'elfe reprend la parole.
- Très bien Miss, dit-elle conciliante. Quoiqu'il en soit, il y a eu à tout le moins ce jeune homme qui aura laissé à la jeune demoiselle une impression si positive. Cette soirée n'aura pas eu que du négatif.
Alors qu'il allait s'éclipser par l'entrebâillement de la porte, il stoppe net sa progression dans l'attente de ce qui va suivre. Il la soupçonne d'avoir volontairement abordé le sujet en le sentant sur le départ…
Comme ça elle a parlé à Zini de cet infect parasite en des termes élogieux…
La jeune femme ne réagit pas de suite devant la perche que lui tend sa comparse.
- Zini est heureuse que la jeune demoiselle ne se soit pas sentie seule ni trop épouvantée au milieu de ces gens.
Lentement, il fait demi-tour et revient sur ses pas. Peinant à garder les idées claires tant la fatigue le terrasse, il s'adosse au mur qui jouxte l'issue.
- Pour vous dire la vérité, reprend la créature, Zini craignait que la jeune demoiselle ne subisse de mauvais traitements au manoir.
- C'est une pratique courante chez les sorciers de rudoyer leurs employés ? interroge la jeune femme.
Terrain glissant.
Il lance un regard appuyé à « la précieuse aide » que lui a accordé Dumbledore en maudissant son laxisme. Il sait pertinemment que l'orientation nouvelle qu'a prise la discussion n'est pas désintéressée. Les elfes de maison sont des créatures rusées : elle l'a senti sur le point de les quitter, alors elle s'est arrangée pour retenir son attention de manière suffisamment désagréable pour le maintenir ici sans pour autant qu'il puisse intervenir sans trahir le procédé peu glorieux qu'il a mis en œuvre afin de pouvoir les épier tout à son aise. Il sait aussi qu'elle sent sur elle le regard flamboyant qu'il lui adresse. Cette semi-cracmole n'aura pas été la seule bernée ce soir, songe-t-il avec une rage qu'il peine à contenir.
- Chez ceux-là en particulier ce serait plutôt une coutume, appuie l'elfe avec dans la voix un plaisir à le faire fulminer, qu'il devine sadique.
Ainsi elle constatera par elle-même sa bonne foi dans les avertissements qu'il lui a dispensés.
- Chez… chez « lui » aussi ?
- La jeune demoiselle veut parler du Maître ? Eh bien… pour reprendre ses propos, on peut dire que c'est plus compliqué que ça.
- Si ce n'est pas le cas, je ne comprends pas pourquoi il a tenu à me traîner là-bas ! s'indignent les prunelles brunes avec colère.
- Zini imagine que le Maître avait ses raisons mais… sachez jeune Miss, qu'il n'était pas dans les intentions initiales du Maître de se rendre à cette réception.
Cette créature démoniaque va beaucoup trop loin !
Après une gorgée qui la fait tousser, la fille plante son regard dans celui de l'elfe. Qu'est-ce qui l'a décidé ?
- Disons qu'il avait une affaire de la plus haute importance à régler, le raille la créature.
Elle ne comprendra pas l'allusion mais ce n'est de toute façon pas à elle qu'elle est adressée. Lui en revanche, a bien saisi la référence qu'elle lui jette à demi-mots avec une réticence peu convaincante.
- A quoi bon m'y avoir emmenée pour me faire rentrer en plein milieu de la soirée ? C'est à n'y rien comprendre. Il m'entraîne tout d'abord dans cette demeure horrible et me traite comme un nuisible, pour ensuite me mettre en garde contre les débordements qui sont susceptibles de s'y produire, puis finalement m'ordonner de regagner sa tanière de vieil ogre…
Ses joues déjà roses s'enflamment davantage à mesure que le ton monte.
- Franchement, à quoi joue-t-il ? Qu'est-ce qu'il a dans la tête ?
Les pupilles que pose l'elfe sur sa camarade ont perdu toute trace de rouerie. Elle a perçu avant lui l'imminence de l'explosion ; la jeune femme est à bout de nerfs. Plus que jamais effondrée sur le carrelage froid, sa tête vient heurter d'un coup sec la porte du petit placard qui la maintient encore vaguement assise. Zini descend du tabouret sur lequel elle est perchée et s'avance doucement vers elle, les yeux chargés d'une compassion qu'il juge ridicule et inutile…
… Alors pourquoi ce goût amer dans sa bouche lorsqu'il croise les prunelles agitées ?
- Dis Zini, – le soudain tremblotement dans sa voix lui arrache un frisson dont il ne comprend pas l'origine – il va me tuer ?
Il se fige. La douche est glacée. La question, plus qu'affolée et infantile, lui révèle l'ampleur du désarroi dans lequel elle se trouve.
- Tu crois… tu crois que c'est ce qu'il cherche ?
- Miss, tente de l'apaiser sa congénère en déposant une main noueuse sur sa joue d'un air compatissant, les intentions du Maître ne sont pas à votre portée. Il n'est pas aisé de deviner ce qu'il a en tête mais… Zini est sûre d'une chose : personne sous ce toit n'en veut à la vie de la jeune demoiselle !
Le regard fixe, il ne parvient pas à sortir les mots acides de sa tête… et cette voix si désespérée…
Après quelques secondes d'un silence pesant durant lequel elle suit l'elfe des yeux à la façon d'une enfant perdue tandis que cette dernière s'accorde à lui servir un nouveau fond de verre – ponctué d'un « la jeune demoiselle ne supporte de toute évidence pas l'alcool, c'est le dernier » – , le timbre beaucoup plus assuré, elle reprend :
- Il… il m'a dit que si je parvenais à lui apporter la preuve que cet homme s'intéresse un tant soit peu à moi, il consentirait à me laisser partir d'ici.
C'est au tour de l'elfe de marquer un temps d'arrêt.
- Miss, fait-elle incertaine, je ne pense pas que…
- C'est lui qui me l'a promis ! la coupe la jeune femme.
Zini l'observe quelques secondes, l'air contrit.
- Et la jeune demoiselle pense-t-elle que ce jeune homme sera capable de lui apporter l'attention requise par le Maître ?
- Peut-être… après tout, il est tellement différent de son cousin et son oncle.
- Son cousin et son oncle ? interroge Zini, suspicieuse.
- Les personnes qui sont venues ici dernièrement, précise-t-elle.
Les yeux de l'elfe s'écarquillent.
- Les Malefoy ?
Un hochement de tête lui répond et tire le sorcier de ces pensées perturbatrices.
- Miss… Zini doit mettre la jeune demoiselle en garde.
Enfin !
Si sa précieuse alliée lui dépeint le sombre tableau de la famille Malefoy, il y a fort à parier que les soupçons qu'elle nourrit quant à la véracité de ses allégations se tasseront. Dès lors, elle se trouvera confrontée à sa propre bêtise. Elle va finir par réaliser que refuser d'écouter ses avertissements n'a fait que l'enliser dans une situation à présent inextricable… sauf à sacrifier une part d'amour propre qu'elle n'est certainement pas prête à lui concéder. Elle ne le fera pas et curieusement, la perspective de cette future leçon d'humilité ne le met pas en joie.
- La jeune demoiselle ne connait certes pas encore totalement le monde sorcier mais, si Zini devait lui conseiller d'éviter certains individus, les Malefoy seraient les premiers sur la liste !
Cela vous a plu? J'ai le 22 sous le coude, à bon entendeur...
