Pfiou ! Je viens juste de finir l'écriture de ce chapitre 21 et c'est donc sans tarder que je le poste ici ! Je n'ai pas eu le temps de l'achever avant ce soir, j'espère que vous me pardonnerez étant donner que d'habitude, vous avez un nouveau chapitre chaque vendredi ou samedi !

Encore merci pour vos commentaires, ils me touchent beaucoup ! Je tenais à vous dire que sans vous et sans vos petits messages, je pense que j'aurais abandonné mon histoire depuis bien longtemps ! ;-)

Je suis contente que vous aimiez ce House, je suis contente que certains passages vous émeuvent… bref je suis contente quoi ! =p

Pour répondre à ta question Aliwill, il y a peu de chance que je fasse revenir le « fils du patient » parce que je considère que les sentiments pris à part de Cameron et de House sont assez compliqués comme ça, pas la peine de rajouter d'autres éléments « perturbateurs » sinon ça va devenir complètement imbuvable qu'en penses-tu ?

Je me prépare psychologiquement à vos commentaires car là je crois que vous allez me haïr et/ou me trouvez vraiment cruelle… mais j'assume^^ (mais soyez pas trop méchants par contre =p)

A lire avec The Perishers – Sway ou Boyce Avenue –Umbrella (reprise écoutable sur youtube) (petite question : est ce que les chansons qui accompagnent la lecture vous plaisent ?)

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Le jour suivant, tout était pareil aux yeux de House. Il n'était pas allé voir Cameron, elle ne s'était pas réveillé ; il était à l'hôpital, il n'avait pas de cas. Cela ne lui paraissait pas très étonnant contenu du fait qu'il avait tué un patient la veille et qu'il avait une tête à faire peur : Cuddy préférait sûrement le laisser tranquille et par conséquent éviter de perdre tous ses patients. Elle lui avait sommé de rentrer chez lui, il avait refusé ; elle lui avait proposé de faire des consultations, il avait allumé la télé.

Pour rien au monde il ne lui aurait avoué qu'il ne pouvait pas rester chez lui car Cameron semblait être partout : dans sa bibliothèque qu'elle s'était obstiné à ranger, dans ses vêtements qu'elle avait égaré, dans l'odeur douce et sucrée de ses draps… C'était peut être pour cela qu'il n'arrivait pas à dormir : son odeur imprégnait tout. Et à chaque fois, il ne cherchait qu'une chose, cette chose qui lui manquait tant : son corps.

Il n'aurait jamais pu lui dire non plus que sa haine envers les consultations n'était plus due à l'inutilité de la discipline mais au fait que la moindre petite chose lui rappelait son immunologiste. Il préférait se tenir loin des hommes.

A 21h, alors que le personnel de l'hôpital quittait peu à peu l'hôpital, il entra dans le bureau de la directrice et sans surprise, la trouva assise à son bureau :

« J'ai besoin d'une ordonnance, déclara-t-il brusquement. »

Cuddy leva les yeux de ses papiers :

« Une ordonnance ? Vous avez un rhume, mal au ventre peut être ? Feignit-elle ne pas comprendre. »

House lança un soupire agacé avant de réitérer sa demande :

« J'ai besoin d'une ordonnance de Vicodine.

- Je vous ai déjà dit non, House.

- Je n'en ai plus, Wilson ne veut pas m'en prescrire…

- Je m'en fiche !

- J'ai mal ! Gronda-t-il, vous ne pouvez pas comprendre ça, alors passez moi cette Vicodine qu'on en finisse…

- Et j'y gagne quoi moi ? En ce moment, vous faîtes n'importe quoi : vous avez tuez un patient hier, vous ne travaillez plus avec votre équipe… Il fut un temps ou avoir de la Vicodine vous aidait à mieux travailler ; aujourd'hui, Vicodine ou pas, c'est pareil.

- Je ne parle pas du médecin là, je parle de moi : je souffre.

- C'est dans votre tête, dit-elle dans un souffle, c'est toujours dans votre tête.

- C'est reparti, dit-il en levant les yeux au ciel.

- Ce n'est pas en ingérant 10 comprimés dans l'heure que ça changera quelque chose : il faut que vous preniez le problème là où il est vraiment.

- C'est-à-dire ?

- Ne faîtes pas l'innocent, vous savez très bien de quoi je veux parler. »

Il baissa la tête en s'appuyant avec maladresse sur sa canne. Cuddy constata qu'il souffrait véritablement vu la manière dont il tremblait. Elle ne se laissa pas impressionner néanmoins :

« Cameron. »

House lâcha un soupire agacé, la tête toujours baissé. Il leva celle-ci après quelques minutes où il semblait reprendre son souffle :

« Cameron, Stacy… vous voulez vraiment que je souffre pour une « véritable » raison pas vrai ? Ca ne… vous suffit pas que ma jambe me fasse souffrir… comme ça ?

- House… Je sais que c'est dure pour vous, ca l'est déjà pour nous tous alors… Mais si seulement vous l'admettiez.

- Admettre quoi ? Hurla-t-il, elle est dans le coma, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? J'étais avec elle ce matin là et je n'ai…

- Ce n'est pas de votre faute, dit-elle doucement en s'approchant de lui. »

Il regarda de côté pour ne pas croiser son regard : essoufflé, il poursuivit quand même, hésitant :

« Si c'est de ma faute ! Elle voulait toujours partir avant et moi… je l'ai laissé partir sans faire un geste peut être parce que finalement cette nuit m'avait suffit… ou peut être parce qu'au contraire, j'aurais voulu qu'elle reste mais que j'avais peur de la retenir, peur de voir que ça prenait bien trop d'importance…

- Vous ne pouviez pas savoir ce qui allait arriver ce matin là.

- J'aurais dû la retenir…

- House, arrêter ; aller la voir…

- Comme voulez vous que j'aille la voir ? Hurla-t-il, comment voulez vous que je la regarde sans me sentir coupable ? Ce qui lui est arrivé, c'est à cause de moi… Parce que je suis ce que je suis, parce que j'ai toujours mal, quoique je fasse… »

La directrice, au bord des larmes, posa une main sur son épaule. House ne réagit pas. Après quelques secondes, il se retira de cette étreinte et partit sans un mot. Il se rendit vers la chambre de Cameron, se posa devant la vitre, sans néanmoins regarder ce petit corps étendu au milieu du lit. Il posa ses deux mains sur la vitre, ses yeux fixés au sol, ses bras qui tremblaient. Au bout d'un temps infini, il trouva le courage pour enfin lever la tête et la regarder : il fut captivé par elle, de longues minutes, incapable de détourner ses yeux. Le bruit d'une porte qui claque la ramena brusquement à la réalité. Il saisit sa canne échoué au sol et sortit de l'hôpital.

***

Le lendemain, House se réveilla avec encore, le goût désagréable des somnifères dans la bouche : cette nuit cotonneuse, entre flottement et lourdeur, ne lui avait procuré aucun soulagement, aucun repos. Il se leva tout de même et exécuta la même parfaite et agaçante routine qu'il s'infligeait chaque matin.

C'était une journée comme les autres.

***

Judith avait prit sa journée : aux premières heures des visites, elle était venue dans la chambre de Cameron et s'était assise près d'elle. Pour cacher sa douleur, elle parlait. De tout, du beau temps, de rien, de l'hôpital, d'elle-même… Le son de sa voix masquait l'horrible silence qui régnait dans cette chambre aseptisée.

« Il fait beau aujourd'hui… le soleil arrive enfin. Il nous réchauffe un peu, ça fait du bien… Dans quelques jours, ce sera le printemps. J'adore le printemps, je sais que tu l'aimes aussi. L'air est doux et… »

La jeune fille se stoppa net. Perdue dans son flot de parole, elle n'avait pas vu. Pas entendu.

Cameron venait d'ouvrir les yeux et toussotait faiblement. Son regard comme embuée s'emplit tout doucement de couleur, de chaleur et de vie.

Judy se leva brusquement, regarda à droite et à gauche avec affolement avant de reposer son regard sur son amie. Elle échappa un rire nerveux avant de porter une main tremblante à sa bouche. Ses yeux se remplirent de larmes pendant qu'elle appelait doucement, sans vouloir y croire :

« Allison ? »

***

House pénétra dans le hall de l'hôpital puis se dirigea vers l'ascenseur. Il constata que sa jambe était moins douloureuse aujourd'hui que les jours derniers. Il n'avait aucune explication à cela et n'avait aucune envie de se diagnostiquer lui-même. Il pénétra dans son bureau où l'attendait Chase et Forman.

***

A quelques mètres de cette salle ; la chambre 38.

***

« Allison ? »

Une nouvelle fois, Judy appela le nom de sa meilleure amie avec une voix tremblante. Cette dernière tourna lentement la tête vers elle. Elle ferma les yeux doucement comme si ce geste lui était nécessaire pour capturer un peu d'air.

Son amie l'observa faire ressentant toute la souffrance que nécessitait cette simple tâche. Elle s'approcha d'elle et lui saisit la main maladroitement :

« Allie, tu me reconnais ? »

La jeune malade ouvrit les yeux : un sourire timide se dessina sur ses lèvres avant qu'elle ne prononce à voix faible :

« Bien sûr Judy. »

Celle-ci éclata en sanglot : il lui était si bon d'entendre sa voix, de voir la vie qui animait ses traits, ses gestes… C'était comme si son cœur, en une seconde à peine, avait troqué cette énorme poids contre ce sentiment si léger, si agréable : ce sentiment qu'on appelle le soulagement.

Elle lui serra la main un peu plus fort. Elle voulait sentir qu'elle était bien là, qu'elle ne s'endormirait plus, qu'elle ne partirait plus, qu'elle ne la laisserait plus. Elle lui déposa un baiser sur la joue.

« Oh Allie, j'ai eu si peur… je… je croyais que tu… dit-elle sans parvenir à s'arrêter de pleurer.

- Je suis là Judy… »

« Comment te sens-tu ? Demanda-t-elle essayant de se ressaisir.

- Ca va… j'ai juste mal à la tête, mais c'est normal.

- Je suis désolée, je devrais te laisser te reposer…

- Non, ne part pas, implora Cameron en la retenant par la main, reste, s'il te plait, j'ai besoin de parler. Combien de temps je suis resté dans le coma ?

- Deux semaines. Tu te souviens de tout ?

- Je… je me souviens de… »

Elle ferma les yeux tentant désespérément de sonder sa mémoire.

Elle porta sa main à sa tête qui lui faisait un mal de chien. Quel était mon dernier souvenir ? Tout cela me semble si flou, si loin…

« Je me souviens d'avoir passé la journée à l'hôpital… je t'ai vu, on a pris un café, c'était l'après midi je crois.

- C'est le dernier souvenir que tu as ?

- Non, je… je suis allée chez House ce soir là n'est-ce pas ?

- Oui.

- Oui je me souviens maintenant… je crois que nous avons passé… la nuit ensemble.

- Tu te souviens de ce qui s'est passé le matin ? Et ce qu'il t'a emmené en moto ou tu as pris ta voiture ?

- Je… je… je ne sais plus, dit-elle tremblante

- C'est pas grave, c'est normal. Quel est ton dernier souvenir ?

- Je ne sais pas. Je crois que c'était avec… House. Après que nous ayons… fait l'amour, il m'a prit dans ses bras, il m'a serré contre lui… je sens encore… l'odeur de sa peau. Il a posé ses lèvres sur mon front, je l'ai regardé ; ses yeux avaient une drôle de couleur sous la lumière de la nuit. Je me souviens de ses yeux. Et de son sourire, je crois qu'il m'a sourit. Est-ce que tu crois que j'ai rêvé tout ça ? Demanda-t-elle lasse.

- Non, tu étais bien avec lui la veille de ton accident. »

A cet instant, Wilson et Cuddy entrèrent dans la chambre et découvrirent que la jeune fille était éveillé ; leurs visages ne purent masquer l'étonnement, le soulagement et le bonheur qui les animaient à cet instant.

Cameron sourit quand les deux médecins s'approchèrent d'elle.

***

En absence de cas, l'ambiance était très paisible au bureau des diagnostics. Chase faisait les mots croisés, Forman lisait une revue médicale alors que House regardait l'un de ses nombreux soaps favoris. Le bruit réunit de leurs trois bippers les sortit de leur torpeur. Chase fut le premier à réagir : pendant que les deux autres étaient à la lecture de leur message, lui s'exclamait déjà, rayonnant :

« Cameron ! Elle est réveillée ! »

Il se leva d'un bond très vite rejoint par Forman. Les deux hommes s'apprêtèrent à passer la porte lorsque Forman se tourna vers House qui avait les yeux toujours fixés sur son bipper :

« House ?

- Hum ? demanda-t-il distrait en relevant la tête.

- Vous venez ?

- Je… non. »

Cette fois il ne se chercha pas d'excuses, n'essaya pas de maquiller la réalité, de faire semblant : peut être comprendraient-ils, peut être ne comprendraient-ils pas, dans tous les cas, il s'en fichait.

Il resta assis sur sa chaise un long moment. Il avait l'impression qu'on lui broyait littéralement la poitrine, l'empêchant alors de respirer. Il fouilla dans sa poche et avala un des rares comprimés de Vicodine qui subsistait dans sa boite. Il se leva, saisit sa veste et sortit de l'hôpital.

***

Le soir était en train de tomber lorsqu'Allison vit entrer l'oncologue avec sa démarche habituelle, un peu hésitante. Elle l'encouragea à s'approcher d'un sourire ce qu'il fit sans s'assoir néanmoins :

« Comment vous sentez vous ?

- Ca va mieux. »

Un silence s'installa. Wilson l'observait avec compassion pendant qu'elle regardait vaguement par la fenêtre le soir qui déclinait :

« J'aimerais savoir, comment ça s'est passé ?

- Votre accident ?

- Oui.

- Personne ne vous en a parlé ?

- Je n'ai pas posé la question. »

Il lui répondit d'un sourire en coin avant de s'assoir sur le fauteuil près de son lit :

« Vous étiez en voiture. Vous vous rendiez à l'hôpital vous étiez à la dernière intersection : vous êtes passé, le feu était vert… une voiture qui venait de votre droite est passé aussi. Elle vous a percuté.

- Comment va le conducteur de cette voiture ?

- Il va bien, il n'a rien eu.

- Bien, dit-elle les yeux dans le vide, et… avant ça ?

- Vous aviez passé la nuit avec House… vous avez pris votre voiture. Il a prit sa moto après vous. Il n'a rien, si c'est-ce que vous voulez savoir.

- D'accord.

- Vous savez, nous avons eu tous très peur… tout le monde vous a veillé, Chase, Cuddy, Judith évidemment, Forman…

- Est-ce qu'il est venu me voir ? »

Elle posa cette question sans mentionner de qui il s'agissait. Mais l'oncologue n'eut pas besoin de cela pour comprendre de qui elle parlait. Le regard de la jeune fille était toujours fixé sur le dehors : il regarda à son tour, sachant qu'il n'y aurait rien à observer. Elle évitait simplement son regard. C'était presque s'il pouvait entendre de sa place son petit cœur pourtant bien malmené ces jours-ci, battre à tout rompre.

« Non, il n'est pas venu. »

Elle hocha la tête calmement. Il aurait voulu ajouté quelque chose, lui dire qu'il viendrait, mais de cela il n'en était pas certain ; il aurait voulu lui dire qu'il avait demandé de ses nouvelles, mais ce ne fut pas le cas. Il aurait voulu lui dire combien House avait souffert mais il ne pouvait pas parler de sa douleur, car elle ne lui appartenait pas. Il aurait tout donné pour que ses mots soient assez forts pour qu'enfin son regard croise le sien. Mais il n'avait aucun des mots qu'elle voulait entendre.

« Je vais vous laisser vous reposez, dit-il gêné, au revoir Dr Cameron.

- Au revoir. »

Il quitta la pièce et aperçut que son regard n'avait pas quitté la fenêtre. Il s'éloigna dans un soupir.

***

Il entra dans la chambre 38. Elle ne l'aperçut pas tout de suite trop occupée à chercher quelque chose dans son sac. Néanmoins, le bruit de sa canne à la fois si familier et si inattendu lui fit lever la tête. Il était là. Immobile devant elle. Surprise, elle resta figée sur son lit, les mains encore plongées dans son sac. Un sourire timide se dessina doucement sur son visage fatigué. Il sourit à son tour en baissant la tête, gêné, par le regard dévorant que la jeune fille posait sur lui.

Il s'approcha du lit et s'assit sur une chaise près d'elle. Il posa sa canne mais garda son manteau. Ce détail fit sourire la jeune femme. Il la regarda un moment, un sourire au coin des lèvres avant de dire simplement :

« Hey.

- Hey… »

Ils n'arrivèrent pas à se détacher du regard : elle avait le sentiment de voir ses yeux pour la première fois alors que, paradoxalement, elle sentait son corps se réchauffer à la vue de ses deux prunelles bleues comme si l'on avait ravivé en elle l'intensité d'un doux souvenir.

Il sourit de manière plus franche voyant son tourment et décida de mettre fin à leur supplice commun : il se leva et s'assit sur le lit. Il caressa son bras avec son index et son pouce avant de la regarder et de lui dire :

« J'ai eu tellement peur de te perdre. »

Elle resta sans voix face à cette confidence, si rare dans la bouche de House. C'était la plus belle chose qu'il lui avait dite, la plus belle chose qu'elle avait entendue. Elle sentit les larmes monter à ses yeux mais elle n'avait pas envie de s'en soucier, pas maintenant : elle se releva lentement et saisit doucement son visage d'une de ses mains. Elle caressa doucement sa barbe mal rasée… comme ce contact lui avait manqué ! Elle approcha ses lèvres ; il approcha les siennes, hésitant. Leurs bouches se frôlèrent doucement, avant de se caresser pour enfin faire naitre un baiser d'une tendresse infinie. La main de la jeune fille descendit jusqu'au cœur de l'homme ; elle détacha ses lèvres et lui murmura tout proche de sa bouche :

« Et moi j'ai eu si peur de ne jamais me réveiller, de ne jamais te revoir. »

Il sourit puis caressa son visage avant de lui offrir un baiser passionné qu'ils savourèrent comme leur premier. Il l'allongea doucement sur le lit et la serra contre son corps, son corps à l'odeur si douce et si rassurante. Elle refugia sa tête au creux de son cou, ferma les yeux et entendit sa voix à son oreille lui chuchoter :

« Cameron, ce n'est pas possible.

- Qu'est-ce qui n'est pas possible ? Demanda-t-elle sans ouvrir les yeux.

- Toi, moi, ici… Tu sais que c'est faux.

- Je ne comprends pas, dit-elle en se relevant brusquement. »

Il s'assit sur le lit à son tour et sans quitter son regard, continua :

« Ca n'existe pas… Je ne suis pas ici. D'ailleurs je ne l'ai jamais été. Tu aimerais me voir là mais tu sais au fond de toi que ce n'est possible que dans tes fantasmes… »

Cameron se réveilla brusquement, essayant tant bien que mal de capturer un peu d'air. Elle était couverte de sueur au milieu de son lit d'hôpital : autour d'elle, la nuit pâle et sans odeur. Mais pas de House. Pas de House.

Elle toucha doucement ses lèvres. Ce n'était pas la première fois pourtant. Depuis près de huit jours, son sommeil était peuplé de rêves comme celui-ci. Ils variaient peu mais leurs forces étaient tels qu'elle croyait en leur véracité jusqu'à la dernière seconde. A chaque réveil, un poids invisible se formait en elle : elle se sentait idiote, elle se sentait mal.

Le réveil indiquait quatre heures. Elle savait à présent qu'elle ne trouverait plus le sommeil jusqu'au lever du jour. Elle chercha un livre dans son sac mais abandonna la manœuvre après quelques minutes sans résultat : elle envoya rageusement celui-ci à l'autre bout de la pièce avant de réfugier sa tête dans ses mains.

Elle n'avait besoin que de lui et même sans ne lui avoir jamais dit, elle était certaine qu'il le savait.

Pourquoi ne veut-il pas me voir ?

Cette question envahissait ses nuits sans relâche tout en sachant que quelque soit la réponse, elle aurait mal, sans savoir à quel point néanmoins.

***

Et chaque jour, chaque heure, son cœur s'emballait quand elle croyait entendre le bruit d'une canne cognant sur le sol.

Chaque heure, chaque jour son cœur était sur le point d'imploser quand il entrait dans l'hôpital, sachant qu'elle était à quelques mètres de lui.

Il se rendait malade chez lui à la seule pensée de sa lâcheté, à la seule idée qu'elle devait l'attendre sans jamais le voir venir.

Elle se rendait folle à penser qu'à cela, sans savoir se concentrer sur autre chose.

Était-ce un si grand effort ?

Était-ce si facile ?

***

« J'aurais dû me douter.

- Te douter de quoi ?

- Que tu étais ici.

- Je suis si prévisible que ça ?

- Non, tu es… totalement imprévisible : mais il t'arrive de faiblir parfois, tu es humain.

- Le jour oui ; mais la nuit je me transforme en vampire et je dévore des petites filles… et des vieux aussi, leurs chairs est plus molle, c'est plus pratique. »

Wilson leva les yeux au ciel dans un sourire puis s'approcha de House, assis sur un muret du toit de l'hôpital.

« Comment te sens-tu ? Demanda l'oncologue.

- Mal.

- Ah oui ? Demanda Wilson plein d'espoir voyant ici pointer un brin de confidence.

- Jerry à tromper Amanda dans Love Médecine. L'ordure.

- J'aurais dû m'en douter, murmura l'oncologue une deuxième fois.

- Laisse-moi deviner, dit-il dans un sourire : tu es venu ici avec une idée en tête.

- Hum… non.

- Enfin, si c'est pas une idée, c'est pour me parler de quelque chose… ou de quelqu'un.

- Oui, dit-il en baissant la tête.

- Est-ce que, par hasard, cela ne commencerait-il pas par Came et finirait par Ron ? Hum ?

- House…

- Toi par contre tu es cent pour cent prévisible, déclara le néphrologue en descendant du mur pour se diriger vers la porte.

- Attend…

- Je ne veux pas parler de ça, comment faut-il le dire ? S'écria-t-il avec rage en se tournant vers son ami.

- Je sais que tu ne veux pas en parler. Mais tu en as besoin.

- Je n'ai pas… dit-il en levant les yeux au ciel.

- Si, tu en as besoin. Je te connais House, tu le sais, ne prétend pas le contraire.

- Et qu'est-ce qui te faire dire que j'ai besoin de parler ?

- Parce que tu n'as pas encore pris de décision.

- Si, j'ai pris la décision de ne pas aller la voir.

- Ce n'est pas une décision ça, c'est de l'attentisme. Il faut que tu ailles la voir.

- Je ne peux pas.

- Tu m'as déjà dit ça quand elle était dans le coma. Maintenant elle est réveillée et ça fait dix jours : elle n'attend que toi, elle s'en fiche de voir les autres, elle veut te voir toi et…

- Et bien raison de plus pour ne pas aller la voir : je ne saurais pas quoi lui dire.

- Qu'est-ce que tu veux lui dire ? Il n'y a rien à dire ! Elle a besoin de ta présence, c'est tout.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse alors ? Que j'arrive dans sa chambre et qu'on s'envoie en l'air ? C'est tout ce qu'on partage tous les deux !

- Arrête, ça ne marche pas avec moi. Tu es mort de peur. Tu as eu peur de la perdre mais ça, plus que tout, tu ne veux pas te l'avouer. Cela signifierait que tu te sois attaché à cette jeune femme et ça, tu ne le supportes pas car tu as toujours peur que ça te fasses encore souffrir. Cet accident t'as renvoyé tous tes doutes inavoués à la figure, tout ce que tu évitais soigneusement de comprendre est apparu devant tes yeux avec la criante vérité qui est celle-ci ! L'attachement on le contrôle pas, la souffrance non plus.

- Bravo Freud pour cette brillante psychanalyse, mais j'ai mieux à faire que d'écouter ta philosophie de bazar !

- Tu sais que j'ai raison ! Arrête de te protéger de la souffrance sans cesse, arrête de te faire souffrir par peur de souffrir c'est ridicule !

- Tu as raison, murmura-t-il après un silence songeur en évitant soigneusement de croiser le regard de Wison

- Comment ? Dit-il le souffle coupé.

- Merci Wilson, dit-il en passant la porte du toit, sans un regard.»

Wilson resta pantelant au milieu du toit : les deux dernières affirmations de son ami étaient pour le moins inattendus. Avait-il réussit à le convaincre ? Ou feignait-il pour être tranquille ?

Wilson haussa les épaules et descendit les marches sans cesser de penser aux dernières paroles de House.

***

House avait rejoint son bureau ; il était allongé sur son fauteuil et s'amusait à lancer sa balle au dessus de sa tête. Brusquement, il arrêta son petit jeu, tendit son bras vers la canne et suspendit son geste. Il tremblait. Ignorant cette faiblesse, il s'empara de sa canne avec détermination puis sortit de la pièce pour se rendre à l'étage du dessous. Il marcha d'un pas claudiquant et pénétra dans la chambre 38.