Merci de tout mon coeur à ceux/celles qui ont continué à mettre des reviews alors je ne donnais plus de signe de vie !
Donc merci à Bulle, Mimi70, Skouare Enix, SolaireJovial, Miss Virginie, Roselia, lilynx, Aliete, M et ShootingStaar !
Sur ce, bonne lecture ! On se retrouve en bas !
Rukie-chan
MAJ : 27/03/18
- CHAPITRE XX : LE CRI DE L'ORAGE -
C'est au cours de ma quatrième année que je compris que la magie n'avait définitivement pas que du bon.
A cette époque, j'étais loin d'être mauvaise en Défense contre les forces du mal. Ma moyenne était en fait tout à fait acceptable. Je n'avais certes pas toujours des O, mais je maintenais tout de même une moyenne autour du E. Au pire du pire, j'obtenais des Acceptables. J'étais donc loin d'être la pire élève.
Mais cette année-là, notre professeur -un vieil aigri qui voulait nous confronter à la dure réalité de la vie- avait décidé de nous faire étudier des créatures plus dangereuses que celles étudiées par ces prédécesseurs. Je pensais naïvement qu'en présence d'un professeur, rien ne pouvait m'arriver. J'étais sereine, confiante en la magie. Rien n'aurait pu m'effrayer.
Rien. Sauf l'épouvantard.
Comment la magie avait-elle pu créer une créature se nourrissant ainsi de nos peurs ? C'est de cette manière, confrontée à ma pire peur de l'époque, que je compris que la magie n'était pas purement bienfaisante.
Avec le recul, je me rends compte que cette expérience à créer un véritable traumatisme en moi. Je faisais un blocage tel qu'il me fallu toute l'aide possible pour m'en défaire. Et malgré les entrainements de Rosier, il restait là. Car j'avais compris.
Je pouvais l'aimer. L'adorer. Cela n'empêchait pas la magie d'être dangereuse.
Terriblement dangereuse.
Assise dans la salle d'Étude des Runes, la plume grattant la surface lisse de mon parchemin, je tentai en vain de me concentrer sur mon cours. A côté de moi, mon voisin de table desserra sa cravate verte et argent, puis s'essuya machinalement le front, avant de reprendre sa plume. Je retournais mon attention sur mon parchemin lorsque je l'entendis soupirer pour la cinquième fois depuis le début de notre cours.
- Un problème ? Questionnai-je, gentiment.
Gaspard Shingleton (1) était un Serpentard de mon année, discret et sans histoire aux yeux des élèves de l'école. En tant que sang-mêlé, il ne faisait pas parti du groupe très fermé des sang-purs. Je ne doutais pas qu'il aurait pu s'intégrer, comme l'avait fait Rogue, mais il n'était visiblement pas intéressé par toutes ces histoires de sang et se contentait de maintenir une entente cordiale avec les membres racistes de sa maison.
Je l'aimais bien, Gaspard. Sans être un de mes amis proches, il n'en restait pas moins un camarade avec qui j'aimais discuter, car nos échanges étaient toujours passionnants. Il arrivait même à l'occasion que nous nous entraidions en dehors de nos cours. Je lui donnais, pour ma part, des conseils en Sortilèges et lui faisait de même avec les Potions. La rumeur disait que Severus Rogue était le meilleur élève en potion, à la fois à Serpentard et au sein de notre promotion. Je ne lui retirais pas ce mérite, bien qu'ils soient en réalité cinq sixièmes années à exceller dans ce domaine. On y comptait Rogue, évidemment. Alexandre, mon cher meilleur ami, qui s'y acharnait pour des raisons purement personnelles. Evans, même si ça me déplaisait de l'admettre. Sirius, qui disait-on, avait ça dans le sang. Le Professeur Slughorn ne cessait de vanter les mérites de sa tante, Maîtresse des potions du nom de Lucretia Black Prewett. Et enfin, le discret mais ingénieux Gaspard.
De mon humble avis et bien que ça me déplaise de critiquer mes amis, Evans, Alex et Sirius étaient juste simplement doués, sans être exceptionnels. Ils avaient régulièrement des Optimals car leurs potions respectaient les consignes et étaient efficaces. Mais Rogue et Gaspard ... Ils étaient de véritables génies dans cette matière, des virtuoses du chaudron et s'il existait une note au-dessus d'Optimal, je ne doutais pas qu'ils l'auraient eu.
- Il fait une de ces chaleurs, me répondit mon voisin en soufflant. J'arrive pas à me concentrer ... Cette rune, me dit-il en me tendant son parchemin pour me désigner un symbole, tu la traduis comment ? Par "ciel" ou par "neige" ?
- C'est "ciel", lui répondis-je en traçant à l'encre de ma plume la rune en question. Le symbole pour "neige" lui ressemble mais possède une barre en bas et celle du haut est plus courte.
Il hocha la tête et continua la traduction du texte que notre professeur nous avait demandé de déchiffrer.
- Ce qui fait "Le pouvoir que Morgane cherchait était la possession du ciel" ? Éluda Gaspard, très incertain.
- Plus ou moins, acquiesçais-je. Pour ma part, j'ai remplacé "chercher" par "désirer" et "possession" par "maîtrise", lui expliquais-je. Morgane ne cherchait pas à posséder le ciel mais à maîtriser la gravitation pour pouvoir voler dans les airs. Ce qu'elle a finalement réussi en devenant un animagus oiseau.
Il approuva ma réflexion et en prit note, ce qui me fit sourire de contentement. Nous continuâmes notre travail en échangeant nos idées et nos traductions. L'étude des runes était de loin la matière la plus complexe que j'avais à étudier. Elle demandait un travail énorme de mémoire pour se souvenir des différentes runes. Par ailleurs, nous travaillions plusieurs alphabets et langues diverses. Pour compliquer encore davantage notre tâche, la traduction brute d'un signe ne suffisait généralement pas. Il fallait comprendre la cohérence de la phrase, le contexte du texte étudié et en saisir les subtilités. En l'occurrence ici, nous avions à faire à l'un des extraits des mémoires de Morgane la Fey, la célèbre mage noire, ennemie de Merlin et demi-soeur d'Arthur Pendragon.
J'avais longuement étudié son histoire et son époque, quelques années plus tôt, car je trouvais curieuses et fascinantes la magie et la puissance dont faisaient preuve certains de ses contemporains. Je regrettais sincèrement que le niveau de maîtrise de la magie est chuté de cette façon, même si j'étais consciente que cela venait sans doute des gens comme moi, les nés-moldus. En effet, Poudlard semblait toujours diminuer ses exigences pour permettre à ceux qui ignoraient tout de la magie d'être au niveau des autres. Ainsi, les arts de l'esprit ou la magie du sang avaient disparu au fil de siècles des enseignements prodigués, à mon grand désespoir. J'ignorais si c'était en raison du manque de maîtrise des étudiants ou si le Ministère avait craint, après Grindelwald, la formation de nouveaux sorciers puissants capable de le renverser.
Toujours était-il que penser à cette sorcière incroyable - bien que malfaisante- me rappela une autre Morgane, plus jeune et je l'espérais, bien moins machiavélique. Rosier et moi n'en avions plus discuté depuis ce soir-là, dans la tour d'astronomie. Pas faute d'avoir essayé. Je voulais sincèrement en savoir davantage sur sa situation, pour confirmer mes doutes, mais le bougre m'évitait. Une petite voix soufflait dans ma tête un très agaçant "Encore" et je ne pouvais pas lui donner tort.
Enfin, pour être honnête, il ne m'ignorait plus vraiment puisque lorsque nos chemins se croisaient, il restait me fixer quelques secondes d'une étrange façon avant de continuer son chemin. Sans doute pour ne pas intriguer ses ... Amis ? Non, je ne pouvais pas les nommer ainsi. Fréquentations me semblait plus correct, maintenant que j'avais cerné le personnage. Pourtant, mon instinct me disait qu'il me fuyait d'une certaine manière, comme s'il était honteux d'avoir eu à me montrer une faiblesse. Était-ce donc cela, le légendaire orgueil des hommes ?
Je soufflais à mon tour, tout en desserrant ma cravate comme l'avait fait Gaspard quelques minutes plus tôt, pour ouvrir les premiers boutons de ma chemise. Il faisait anormalement chaud pour un mois d'Octobre. Je jetais un coup d'œil nerveux vers la fenêtre. Le ciel, coloré d'un gris foncé, semblait chargé de sombres nuages prêt à éclater. L'air, à la fois humide et lourd, était des plus désagréables.
- Tania ? Tu m'écoutes ?
- Pardon, tu disais ? Interrogeais-je Gaspard, en détournant mon regard de l'extérieur.
Il me fixa un instant, silencieux et les sourcils froncés, signe de concentration chez lui. Je m'agitais sur ma chaise, mal à l'aise. Gaspard était mon binôme depuis notre troisième année. Il me connaissait. Mieux que la plupart des étudiants de Poudlard. Et il était fichtrement malin, Serpentard oblige.
- Tu as l'air sur les nerfs, depuis ce matin ... Est-ce que tout va bien ? Demanda-t-il, soupçonneux.
- Bien sûr, dis-je avec un sourire crispé. Pourquoi ça n'irait pas ? C'est juste cette chaleur qui me dérange, voilà tout. Pas de quoi s'inquiéter !
- Si tu le dis, abandonna le vert et argent avec un soupir, nullement convaincu.
Je n'étais toujours pas une excellente menteuse et Gaspard n'était ni aveugle, ni idiot. Il avait néanmoins le tact qui manquait à mon cercle d'amis proches et il n'insista pas, comprenant que j'étais décidée à ne rien laisser transparaître de mon trouble. Tout allait bien, me répétais-je intérieurement. Tout allait bien ...
Nous sortions tous les deux de la classe en bavardant, discutant de l'intérêt d'une plante pour la préparation que Slughorn nous avait demandé de faire, lorsque je percutais quelqu'un de plein fouet. La sensation de déjà-vu me troubla et me serra les tripes, tandis que je levais les yeux.
Décidément.
J'allais finir par croire que Merlin se jouait de moi en voulant à tout prix me voir dans les bras de Rosier. Celui-ci paraissait pour une fois sincèrement surpris. Pas tant de me voir en face de lui mais plutôt de voir qui m'accompagnait, si j'en croyais ses yeux qui faisaient des aller-retours entre Gaspard et moi. Il finit par relâcher sa prise sur mes épaules, qu'il avait inconsciemment saisi pour m'éviter la chute qui aurait dû suivre, contrairement à notre première rencontre où j'avais atterri douloureusement au sol.
- Rosier, salua froidement Gaspard.
- Shingleton, répondit le concerné. Tu peux ranger ta baguette. Je vais pas la mordre, ta sang-de-bourbe !
Il avait sifflé ces derniers mots alors que je reculais pour mettre un espace entre nous. Je tournais vivement la tête vers mon partenaire, surprise. Celui-ci avait effectivement la main serrée sur sa baguette et la mâchoire crispée. Je fus sincèrement touchée pour cet élan de camaraderie, pour ne pas dire d'amitié. J'admirais le courage dont il faisait preuve en défendant une sang-de-bourbe face à l'impressionnant Rosier. Je n'ignorais pas qu'il risquait à cause de cela des tensions avec sa maison, alors qu'il avait réussi jusqu'ici à passer entre les mailles du filet.
Mon camarade ne répondit rien à la provocation du septième année mais lui lança un regard peu aimable, qui fit seulement ricaner Rosier. Gaspard tourna finalement ses yeux vers moi et me fit signe de partir vers la Grande Salle.
- Tu ne viens pas ? Lui demandais-je, étonnée.
Il me répondit sans me regarder, trop occupé qu'il était à fixer Rosier qui s'éloignait dans un couloir perpendiculaire au nôtre :
- J'ai rendez-vous avec Katy dans le parc. Tu veux venir ?
Katy ou Kathleen Stewart de son véritable nom, était une Serpentarde de notre année avec qui j'entretenais des rapports assez ... particuliers. Elle n'était pas véritablement raciste, mais elle n'aimait pas particulièrement les nés-moldus et ne me tolérait que pour Gaspard. L'inverse était vrai aussi. Je remerciais Merlin de ne pas la croiser souvent car nos échanges étaient toujours d'une extrême froideur. Je me demandais à l'occasion si elle ne me considérait pas comme une menace ou quelque chose du genre. Enfin, autant j'avais de l'affection pour mon camarade qui n'avait de Serpentard que l'uniforme, autant je me passais bien de côtoyer cette chère Katy.
- C'est gentil, mais je vais vous laisser en amoureux, lui dis-je en souriant, ne préférant pas imaginer la tête de Kathleen si je débarquais. Bon rendez-vous, alors !
Je pris le chemin de la Grande Salle, mais alors que je tournais dans un couloir à quelques mètres de là, une main me saisit durement le bras. Je poussais un léger cri de surprise et sortit immédiatement ma baguette dans un réflexe qui me surprit autant que mon agresseur.
- Calme-toi, par Merlin, Cartier ! Souffla sa voix grave et rauque que je commençais à bien connaître. Ce n'est que moi.
- Et c'est censé me rassurer ? Grondais-je, cherchant inconsciemment à le blesser.
Ma remarque, et je n'en suis pas fière, sembla pourtant faire son effet puisque je le vis serrer fermement les mâchoires. Adossé contre le mur de pierre, quelques unes de ses mèches sombres tombaient devant ses yeux noirs tandis qu'il me fusillait du regard. Evan Rosier dans toute sa splendeur, songeais-je avec humour. Malgré moi, je trouvais une aura attirante à cette vision, sombre mais captivante.
- J'ignorais que tu fréquentais des Serpentards, lâcha-t-il finalement.
- J'ignorais que je devais te faire la liste de mes fréquentations, imitais-je narquoise.
J'ignorais d'où sortait cette véhémence, cette facilité à lui répondre. Je savais néanmoins que même s'il parvenait encore à m'effrayer, je me sentais moins démunie face à lui. Peut-être qu'Evans avait raison, dans une certaine mesure, je gagnais en assurance. Et j'aimais étrangement ça. Cette sensation de puissance lorsqu'on remettait quelqu'un à sa place, cette facilité à blesser les autres comme eux pouvaient nous blesser ... J'aimais vraiment ça. Et ça m'inquiéta.
- Il n'y a que Gaspard, repris-je avec douceur pour effacer mes inquiétantes pensées. Pourquoi ? Tu as peur que je parle de "tu-sais-quoi" à un de tes camarades ?
J'espérais sincèrement qu'il n'imaginait pas que je puisse parler ainsi du cristal à quelqu'un, qu'il avait un minimum confiance en moi. Mais à sa mine, toujours inexpressive mais légèrement plus déchiffrable qu'avant à mes yeux, je devinais que j'avais vu juste dans ma bravade.
- Tu ne me fais pas confiance ? Questionnais-je, vexée malgré moi.
Il sembla sincèrement surpris de ma question, comme si c'était une aberration. C'était idiot, bien sûr qu'à ses yeux, c'était une aberration. Pourquoi diable devrait-il me faire confiance ? Pourquoi même l'espérais-je ? C'était absolument ridicule et je ne comprenais pas pourquoi j'avais posé cette question et pourquoi ça me fit si mal de l'attendre répondre :
- Non. Ni à toi, ni à personne d'autre.
- Soit, sifflais-je, convaincue de n'être blessée que dans mon orgueil. Tu m'excuseras, alors, mais je meurs de faim !
Sur ces mots, je tournais avec un semblant de dignité les talons, pour ne pas lui montrer mon visage peiné. Car s'il m'avait touché dans mon égo, il m'avait surtout, sans que je puisse l'expliquer, beaucoup déçue. J'avais sincèrement cru qu'après la révélation de l'autre soir, il me ferait légèrement confiance. Bon sang, que j'étais naïve. Cruel et brutal retour à la réalité, ma petite Tania. Rosier n'avait confiance qu'en lui-même.
- Qu'il aille au diable, murmurais-je en marchant d'un pas furieux.
Je ne comprenais pas ma colère. A vrai dire, je ne me comprenais pas du tout, en ce moment. Dès que cela concernait ce sinistre personnage, mes pensées n'étaient plus claires, cohérentes. Le détestais-je ou l'appréciais-je ? Je n'étais même pas capable de le dire. La plupart du temps, il me montrait une image que je ne pouvais que haïr de tout mon être. Mais parfois ... Pas seulement lors de la nuit dernière, il me laissait deviner une personne plus appréciable et j'en venais à éprouver presque de la tendresse à son égard. Presque. Il ne fallait pas pousser, quand même. Il restait cruel la majorité du temps !
Cruel, me répétais-je intérieurement, alors que je ralentissais mon allure. Non ... Pas cruel. Seul.
Rosier était juste terriblement seul. Certaines personnes prétendaient aimer la solitude. Je ne pensais pas cela possible. On pouvait penser aimer cela, s'en convaincre et s'en faire des illusions. Mais ce n'était rien de plus que cela. Des illusions. J'étais persuadée que Rosier faisait partie de ces personnes. A force d'être seul, de ne compter que sur lui-même, il s'était construit une barrière bien trop solide pour permettre à qui que ce soit d'entrer dans son monde. Il était ridicule d'imaginer une vulgaire sang-de-bourbe y parvenir.
Il ne pouvait tout simplement pas comprendre, puisqu'il ne connaissait pas le concept même de confiance. C'était une chose tellement fragile, la confiance. Heureuse et agréable, si donnée à bon escient ... Mais si elle était trahie ... Le problème était là. Comment savoir à qui on pouvait faire confiance ? Dans le doute, ne valait-il pas mieux ne faire confiance qu'à soi-même ? Je soupirais. Peut-être était-ce la façon la plus simple de ne pas se brûler amèrement les doigts ...
Encore aujourd'hui, je reste persuadée que c'est ainsi qu'il voyait les choses. Si on ne fait confiance à personne, il n'y a pas de risque d'être blessé.
Je croyais bêtement qu'il appliquait ce précepte. Il ne le faisait pas. Pas totalement.
A cause de lui ... Je crois que je commence à comprendre cette façon de penser que je lui prêtais.
Je lui faisais confiance.
Je n'aurais pas pu plus me tromper.
Toujours est-il que ma colère s'atténua, soudain remplacée par un grand vide intérieur. Une sorte de boule à l'estomac. Rosier était une énigme à mes yeux. Je le comprenais sans vraiment le comprendre. J'avais sincèrement envie de l'aider, sans même savoir pourquoi. Mais je ne m'en sentais pas la force. Je savais, au plus profond de moi-même, que si je m'en approchais trop près, je plongerais avec lui plutôt que de l'aider à s'en sortir.
Je poussais les portes de la Grande Salle, lasse et ayant perdu tout appétit. Les élèves y bavardaient tranquillement, argumentant sur les cours de la matinée, désirant déjà être à la semaine prochaine pour notre sortie à Pré-au-lard. Je rejoignis mes amis, déjà installés, qui discutaient eux-aussi gaiement. Pour faire bonne figure, je me servis quelques victuailles tout en jetant de temps à autre des regards nerveux vers le ciel magique de la Grande Salle, qui s'assombrissait de plus en plus.
- Tania ? Et oh !? Je ne sais pas ce que tu as depuis ce matin, mais je te trouve vraiment à l'ouest, râla Stephan en me secouant énergiquement.
Je soufflais par le nez pour me calmer, commençant à en avoir sérieusement marre qu'on me répète toujours la même chose. Je me répétais intérieurement que cela partait d'une bonne intention, qu'ils faisaient simplement attention à moi et s'inquiétaient de mon bien-être. J'en restais néanmoins toujours agacée.
- Je n'ai pas très bien dormi mais c'est rien, t'inquiète pas ...
Ils continuèrent leur discussion et je me forçais à prendre part aux échanges. J'apprenais ainsi que Stephan espérait obtenir le dernier balai sorti sur le marché pour Noël et des tas de choses qui m'auraient sans doute intéressé si je n'étais pas dans un tel état d'angoisse.
- Tiens, voilà le courrier ! S'exclama soudain Rosie.
Parmi les hiboux, Eurêka vint se poser devant moi. Je le laissais picorer dans mon assiette que je n'avais pas l'intention de finir, le temps de détacher le journal de sa patte. Je sentis une certaine agitation gagner la Grande Salle et soudain un concert de cris horrifiés retentirent dans la pièce.
- Que se passe-t-il ? Interrogea ma meilleure amie, aussi étonnée et perplexe que moi face au vacarme qui régnait à présent dans le réfectoire.
- La première page de la Gazette, répondit Stephan avec un trémolo dans la voix.
Avec une sueur froide, je décidais de dérouler le journal pour voir de quoi il était question. Les mains tremblantes, je découvrais sur une photographie en noir et blanc s'animer, dans le ciel au dessus du chemin de Traverse, un immense crâne entouré d'étoiles avec un serpent sortant de la bouche. Un crâne que je ne connaissais que trop bien puisqu'il avait été découvert au-dessus du manoir Tournevel, le mois dernier. Dans la rue, on apercevait des vitrines brisées et des sorciers courir, complétement paniqués. C'était l'image même du chaos et de la terreur. Fébrile et nauséeuse, je baissais les yeux vers l'article qui accompagnait la photographie.
"Hier, vers dix-huit heures, un groupe d'individus masqué a attaqué le célèbre Chemin de Traverse, ravageant tout sur son passage et n'hésitant pas à lancer les impardonnables aux sorciers n'ayant pas eu le temps de transplaner.
Fort heureusement, nos courageux aurors ont pu mettre un terme à la situation avant que celle-ci ne dégénère et plusieurs suspects sont d'ores et déjà en train de subir un féroce interrogatoire. La Ministre de la Magie affirme qu'elle ne laissera pas passer un tel affront à notre communauté. Les Oubliators ont malheureusement dû intervenir sur les lieux, car la Marque des Ténèbres était visible depuis le monde moldu. Si les dégâts matériels sont grands, nous déplorons surtout les dommages humains.
En effet, six sorciers - dont un auror - sont actuellement à l'hôpital Sainte-Mangouste et nous regrettons la perte de sept de nos concitoyens, cités à titre posthume :
Abbott Tom. Jerkins Anne. Lewis Edmund. McJonh Cinderella ..."
Les noms continuèrent de défiler devant mes yeux, certains m'évoquant que trop quelques visages ici, à Poudlard, tandis que d'autres m'étaient complètement inconnus. Mes oreilles bourdonnaient de façon très désagréable. Autour de moi, j'entendais vaguement les exclamations hystériques ou apeurées des uns. Je voyais plus nettement l'état léthargique que je partageais avec d'autres. Les sanglots d'une Gryffondor de septième année me parvinrent vaguement. Bertha Jerkins (3), si je ne me trompais pas. Il ne fallait pas être né de la cuisse de Merlin pour comprendre son état et faire le rapprochement avec Anne Jerkins de la liste posthume. Je ne manquais pas de compassion, mais étrangement, lorsque je me retrouvais face à la mort, tout me semblait lointain, comme si ça appartenait à une autre vie.
- Steph ? Entendis-je Rosalie répéter durant un moment. Stephan ? Par Merlin, qu'est-ce qu'il y a ?
Cette question aurait pu paraître idiote, vu le contexte. Pourtant, le ton paniqué de ma meilleure amie me sortit de mon apathie en me faisant comprendre que quelque chose n'allait définitivement pas avec mon ami. Il fixait le journal de ses yeux marrons, l'air sincèrement perdu et déboussolé. Cette vision me brisa plus le cœur que les sanglots de Jerkins car il était mon ami et que je détestais le voir sans son air enthousiaste et sympathique, qu'il portait quoi qu'il arrive.
- Ma ... Ma mère était là-bas, murmura-t-il enfin.
Rosalie, Alexandre et moi nous regardâmes les uns les autres, ne sachant comment réagir à cette annonce et cherchant la force dans les yeux des autres. C'était Rosie, assise en face de lui qui prit les choses en main. A ma grande surprise, elle lui saisit doucement la main et lui souffla d'une voix calme et apaisante :
- Tu ne peux pas en être certain. Elle n'y était peut-être déjà plus lors de l'attaque ...
Il secoua la tête, désespéré.
- Vous comprenez pas ! C'est un de ces rituels depuis des années ! Ma mère va sur le Chemin de Traverse, tous les mercredi à dix-huit heures précises pour aller prendre le thé avec ma tante ...
Je sentis l'appel à l'aide de mes amis et je pris sur moi pour lui souffler de ma voix la plus rassurante qu'elle allait surement bien. Je ne savais que trop combien le soutien des proches étaient essentiels dans ces moments-là. Je continuais donc sur ma lancée en ajoutant :
- Ta mère est brillante, elle a sûrement transplané en sentant le danger. Tu n'as pas de raison de t'inquiéter ... Elle ... Elle n'est pas sur la ... la ...
Je ne parvenais pas à dire la fin de ma phrase. C'était comme admettre la mort de ces sept personnes. Admettre que tout cela s'était vraiment passé. J'en étais incapable, encore sous le choc.
- Ce n'est pas parce qu'elle n'est pas sur cette putain de liste qu'elle n'est pas blessée ! Merde ! Cria violemment Stephan en abattant son poing sur la table, faisant trembler les couverts. Il y a six personnes qui ont été transféré en urgence à l'hôpital, alors ne viens pas me dire que je m'inquiète pour rien !
J'eus l'impression qu'il venait de me gifler par ces mots. Je savais qu'il perdait simplement son sang froid, toute notre table s'en était rendue compte et s'était faite silencieuse, par crainte de dire un mot de travers qui le ferait sortir sa baguette. Je le savais, mais j'étais blessée. Car je ne le comprenais que trop bien, même s'il ne s'en rendait pas compte, trop obnubilé par sa propre frayeur. Le deuil était difficile, c'était vrai. Mais c'était tellement, tellement plus dur de rester comme ça, sans nouvelle, impuissant à s'inquiéter pour les siens sans savoir ce qu'il en était. De rester dans l'ignorance.
Sans savoir s'il fallait commencer à admettre, à comprendre qu'on ne reverrait jamais plus ce visage tant aimé, tant apprécié ...
Rosalie lui attrapa durement le visage et le força à la regarder. Jamais encore je ne l'avais vu réagir de cette manière, hormis avec moi. On lisait dans ses yeux combien elle était déterminée à aider notre ami. Leur guerre froide semblait très loin, désormais. A vrai dire, on aurait jamais su dire qu'elle avait eu lieu. Rosalie était là, stable, dure et douce à la fois. Un pilier sur lequel Stephan pouvait - devait - se raccrocher.
Je ne pus m'empêcher de me demander, qui était son pilier, à elle ? Elle qui ne venait toujours pas vers moi, pour me parler de cette maladie dont elle était peut-être atteinte ...
- Elle va bien, s'exclama Rosie en secouant vivement la tête, faisant voler ses cheveux blonds. Tu entends, Stephan ? Elle va bien ! S'il lui était arrivé quoique ce soit, ton père t'aurait envoyé un hibou ! Dumbledore t'aurait convoqué dans son bureau ! Tu entends ? Répéta-t-elle. Ta mère va bien.
Incertain mais calmé par l'aura d'assurance qui se dégageait de notre amie, il finit par hocher la tête.
- Envoie un hibou chez toi, proposais-je d'une voix atone.
J'aurais sincèrement voulu être plus présente pour mon ami. Vraiment. Mais cette horrible situation m'en rappelait une autre, bien trop fraîche dans mon cœur et dans mon esprit. C'était douloureux, terriblement douloureux. J'avais froid. J'avais peur. Exactement comme ce soir-là. Ma gorge nouée peinait à produire le moindre son. J'étais là sans l'être. Mon corps, mon enveloppe charnel était bien présent, assis sur ce banc, mais mon esprit ... Mon esprit, lui, était complétement tétanisé, paralysé dans des souvenirs effroyables.
- Silence ! Tonna soudain la voix ferme de notre professeur de métamorphose. Silence, je vous prie, jeunes gens ! J'ai une annonce à vous faire.
L'agitation ambiante sembla soudain se tarir tandis que les élèves se tournaient comme un seul homme vers le professeur McGonagall. Les voix et les murmures se turent doucement, mais les sanglots de Jerkins résonnaient toujours tristement dans le silence pesant de la Grande Salle.
- Compte tenu des tragiques évènements, certains de vos professeurs ont été réquisitionné. Les cours de Défense contre les Forces du mal, Botanique et Potion sont annulés jusqu'à nouvel ordre.
Elle marqua un silence hésitant avant de reprendre :
- Je vais devoir prendre cette décision avec le Directeur lors de son retour, mais je préfère vous avertir. Par mesure de sécurité, il est fort probable que la prochaine sortie à Pré-au-lard soit annulée.
Sans surprise, des exclamations outrées se firent entendre dans la Grande Salle, surtout venant des troisièmes années qui étaient censé découvrir le village sorcier pour la première fois.
- Jeunes gens, rappela à l'ordre la sous-directrice. Il faut que vous compreniez que nous ne vivons plus dans une période sûre ... Aussi vous demanderais-je de faire preuve de discernement et de compréhension, finit-elle.
Je tournais la tête vers mes amis pour connaître leur avis quand j'eus la surprise de voir qu'il ne restait guère plus qu'Alex à mes côtés, lequel me couvait de son regard inquiet.
- Ils sont partis envoyer un hibou aux Scamander, m'expliqua-t-il en voyant ma mine perdue. Tania, est-ce que ça va aller ?
Mon meilleur ami était toujours aussi perspicace. A cet instant, je ne doutais qu'il était la personne qui me connaissait le mieux. Il avait parfaitement compris à quel point tout cela me bouleversait, m'effrayait et me perturbait. Aussi ne cherchais-je pas à le détromper. Je lui mentais bien assez comme ça.
- Et bien, ça va ... Plus ou moins, répondis-je. Je crois ... Enfin, je pensais que je m'y étais faite, tu vois. Mais ... apparemment Shannon a raison, on ne s'y fait jamais vraiment. On essaie juste de s'en convaincre ... Tu vois ce que je veux dire ?
Bien sûr qu'il comprenait. Alexandre vivait lui-même dans une illusion et avec un espoir de fou. L'espoir de voir leur mère, à lui, Gabriel et Mia, sortir de son coma. Coma dans lequel elle était malheureusement plongée depuis de très nombreuses années, déjà. Mais qui étais-je pour critiquer ses espoirs ? S'il voulait s'acharner à trouver une potion pour la guérir, je ne voyais pas comment je pourrais l'en empêcher. Je ne m'en sentais pas le droit.
Il hocha sobrement la tête et dans ses yeux, je vis combien il tenait à moi et la promesse qu'il se tiendrait toujours à mes côtés. De tout mon cœur, j'espérais qu'il puisse lire la même chose dans les miens.
- C'est vraiment terrible, murmurais-je alors que mon regard se posait à nouveau sur le journal.
- Ce n'est que le début, j'en ai peur ...
- Ne dis pas des choses pareilles, réprimandais-je, pourtant consciente de la véracité de ses propos.
Nous étions aux prémices d'une guerre que rien ne pourrait empêcher si les sorciers continuaient de fermer les yeux et faire comme si c'était des attaques isolées sans organisation.
- Cela ne sert à rien de détourner les yeux. Ceux qui se voilent la face ne tomberont que de plus haut, le moment venu.
C'était terrible d'imaginer que dans les mois à venir, ce genre de tragédie risquait de devenir notre quotidien. Allions-nous nous y habituer, froidement, au point que cela ne nous perturbera plus ? Je ne l'espérais pas. Je n'osais imaginer le nombre de personnes qui allaient mourir dans ces attentats. En ferais-je partie ? Ou pire, allais-je perdre à nouveau l'un de mes proches ? Cette pensée me terrifiait davantage que celle de ma mort.
Je remarquais, en fronçant les sourcils, que James s'approchait de ma table pour me saluer, la mine sombre. J'avais conscience qu'il me parlait, mais à nouveau, la seule chose qui m'importait et attirait mon attention, c'était les sombres nuages que je voyais toujours plus s'entasser dans le ciel magique de la Grande Salle.
Il finit par me secouer vivement le bras et je reportais enfin mon attention sur mes deux amis, qui me fixaient clairement inquiets.
- Pardon ?
- Jeana est introuvable, reprit James en me jetant un coup d'œil intrigué.
Il n'ignorait pas ma manie de me perdre dans mes songes mais que je puisse le faire à un tel moment lui semblait invraisemblable.
- On se demande même si elle a bien dormi dans notre tour, cette nuit ! Ajouta-t-il. Tu ne l'aurais pas vu ?
Étonnée et inquiète pour ma nouvelle amie, je secouais néanmoins négativement la tête. C'était tout de même étrange. Pourquoi, par Merlin, aurait-elle disparu ? Jeana n'était pas le genre de fille à faire des caprices d'adolescentes ou à fuguer bêtement. Je baissais les yeux vers l'article et la réponse me frappa de plein fouet, lorsque je vis la terrible liste. Lewis Edmund. Lewis était certes un nom courant, mais la coïncidence était trop grosse pour en être une.
- Son père ? Demandais-je à mi-voix, sincèrement peinée pour la jeune fille.
- Son oncle, corrigea James. Sa meilleure amie Jude et Remus cherchent dans les étages, Sirius et Peter dans les cachots. Je vais voir si je la trouve à l'extérieur ...
Je saisis parfaitement l'invitation sous-entendue dans sa phrase. Il souhaitait mon aide. Et je désirais sincèrement la lui offrir ! Jeana avait pris une grande place dans mon coeur, ces derniers jours. Je sentais qu'il était de mon devoir de l'aider à surmonter cette épreuve, comme mes amis avaient pu le faire pour moi. Pourtant, mes yeux ne purent s'empêcher de se lever à nouveau vers le plafond ...
- Je ... Je dois ... Stephan a besoin de ... nous.
- Il est bien entouré, ne t'inquiète pas pour lui, me sourit Alexandre en pensant sans doute me rendre service. Rosie est là pour lui et je vais aller les attendre dans la salle commune. Tu peux aller chercher ton amie !
- D'accord, cédais-je avec un sourire qui devait sans doute ressembler à une grimace. Je te vois plus tard, alors.
Les jambes molles, j'enjambais sans entrain mon banc. Je ne doutais pas une seconde qu'ils avaient immédiatement attribué mon manque d'enthousiasme au choc de la nouvelle et aux souvenirs que cela m'évoquait de Cérès. Ils auraient en partie raison. Si j'étais sincèrement choquée, triste et perturbée par tout ça, mon trouble ne datait pas de la réception de la Gazette. Alors que nous marchions dans les couloirs en direction de la Grande Porte du château, je me rappelais soudain un détail et me tournais vers James.
- Il me semble que ton père est auror ? Il était sur les lieux, il va bien ?!
Le visage de James s'assombrit, me faisant craindre le pire. Il n'osa pas tourner la tête vers moi et répondit avec un sérieux que je ne lui connaissais pas encore :
- Les aurors n'étaient pas là. Enfin ... Pas tout de suite, ils ne sont arrivés qu'à la fin de la bataille. Il n'y avait pratiquement plus d'assaillants sur place.
- Quoi ? Mais ... La Gazette ...
- La Gazette, cracha-t-il, est manipulée par le Ministère pour éviter de paniquer la population. Il n'y a pas eu de blessures parmi les aurors, en revanche il y a bien six sorciers civils à Ste Mangouste et malheureusement plus de morts qu'annoncé. Ils sont dans un état si déplorable que personne n'a réussi à identifier les corps.
Je le fixais avec horreur et un début de nausée. Je me demandais un instant comme il pouvait savoir tout cela, ce qu'il comprit en croisant mon regard.
- Mon père a préféré me prévenir par lettre, ce matin. Il espérait que je pourrais préparer Jeana, mais elle avait déjà disparu. J'imagine qu'elle a reçu une lettre durant la nuit ...
Nous arrivâmes à l'extérieur de château. Je m'apprêtais à m'élancer dans le parc de l'école quand la main de James se ferma vivement sur mon épaule.
- Tania ... Souffla-t-il avec hésitation. Je sais que tu ne nous considères pas vraiment comme tes amis et tu n'étais donc pas obligée de venir alors ... Merci. Merci de l'avoir fait. Merci pour elle.
Je le regardais, agréablement surprise par ce James timide et hésitant. Il pensait sans doute au moment où j'avais asséné préférer faire confiance à un Poufsouffle plutôt qu'aux Gryffondors. Et je n'avais rien fait depuis pour me contredire. Ils devaient donc penser depuis que nous n'étions pas amis. Pourquoi, alors, m'avaient-ils laissé entrer dans leur groupe ? Pourquoi me laisser cette chance alors que je les avais plus ou moins repoussé ?
- Mais qu'est-ce que tu racontes encore comme idioties, Potter ?! Grondais-je pour étouffer ma honte. Tu crois que je supporterais de rester volontairement avec des personnes que je n'apprécie pas ? C'est vrai, je vous connais moins qu'Alexandre, Rosie et Steph, concédais-je. Mais ça ne change rien au fait que vous êtes vous aussi importants pour moi !
Il me sourit, ému et surpris par ma déclaration. Décidée à rester le moins possible à l'extérieur, je me hâtais de répartir les recherches dans le parc. James se chargeait de vérifier la zone autour du lac tandis que je partais vérifier le terrain de Quidditch, me souvenant d'une conversation avec Jeana où elle évoquait le bien-être que lui procurait le vol. Je m'y hâtais, espérant rentrer le plus vite possible à l'intérieur du château, au chaud dans ma tour. Cette motivation me donna des ailes puisque j'arrivais en un temps record au terrain. A première vue, il n'y avait personne dans les gradins. Ni dans les airs, constatais-je en levant les yeux vers le ciel sombre qui me fit frisonner. Je vérifiais les vestiaires, en vain. J'allais repartir lorsqu'une rafale de vent souleva mes cheveux et porta avec elle l'écho d'un sanglot.
Jeana.
Vive, je montais ardemment les escaliers d'où venait le son étouffé, jusqu'à ce que j'aperçoive enfin, tout en haut de la tribune de Gryffondor des cheveux voler dans le vent. Je m'approchais doucement, de peur de l'effrayer. Le spectacle qui s'offrait à moi était faisait vraiment pitié et me brisait le cœur. J'imaginais alors la peine qu'avait dû ressentir Rosalie lorsqu'elle m'avait vu dans un état similaire.
Assise à même le sol des tribunes, les genoux repliés vers elle et les bras les serrant, Jeana se balançait d'avant en arrière, pour se bercer. Elle releva des yeux humides et désespérés vers moi quand elle nota ma présence.
- Oh Jeana, chuchotais-je en me mettant à sa hauteur. Ne t'inquiète pas, ça va aller, d'accord ? On est là. Viens, on rentre au château ! Il ne va pas tarder à pleuvoir et il ne faudrait pas qu'en plus, tu attrapes froid.
Elle secoua négativement la tête, incapable de bouger. Je soupirais de découragement en constatant qu'il était de toute façon trop tard. Ses joues rougies par la fièvre et la blancheur de sa peau lui donnaient un air encore plus fragile. Je m'assis alors à côté d'elle et la fit basculer dans mes bras, tant pour la consoler que pour la réchauffer. A cet instant, elle s'accrocha désespérément à mon épaule et ses sanglots se firent plus violents. Je sursautais de surprise lorsqu'elle cria sa détresse.
Lui caressant le dos, j'attendais. Parce que je ne me souvenais que trop bien qu'il n'y avait que ça à faire. Attendre. Attendre que la douleur passe. Que les larmes se tarissent d'elles-mêmes. Attendre que les mots ne sonnent plus vides de sens. Attendre.
Jeana finit par se calmer et les larmes, bien que extrêmement douloureuses, se firent silencieuses. C'était peut-être pire, cet état ni conscient ni inconscient. Je lui murmurais quelques paroles, de celles qu'on avait pu me dire, quelques semaines plus tôt, parce que je ne savais pas quoi faire d'autres. La situation me paraissait étrange et me donnait l'impression d'être passée de l'autre côté d'un miroir. C'est justement parce que je comprenais que je restais là.
Malgré la peur violente qui me tordait l'estomac depuis le début de la journée et qui grandissait de minutes en minutes, à mesure que le ciel se couvrait.
Malgré sa détresse qui me replongeait dans la mienne et qui faisait remonter la perte de Cérès.
Malgré tout ça. J'avais réussi à surmonter cela, ce n'était pas pour replonger maintenant. Pour autant, il n'était pas question de la laisser seule. Tant pis pour moi et la douleur que ça me causait, il ne serait pas dit que j'avais abandonné une amie.
Lorsqu'elle fut assez calme, je la pris dans mes bras, la hissant de toutes mes forces et en titubant, d'une démarche incertaine, nous sommes descendues des gradins. Sur le sol herbeux du terrain, alerté par le cri qu'avait poussé Jeana, James nous attendait avec patiente. Il se précipita vers Jeana dès qu'elle fut près de lui et la pris fermement dans ses bras. Lorsqu'il sentit les jambes de la jeune gryffondor trembler, il la porta comme un prince porte sa princesse, une main au creux des genoux et l'autre dans le dos. Jeana s'accrocha davantage au pull de son meilleur ami et emmitoufla son visage dans son cou, pleurant silencieusement mais rassurée d'être près de lui.
Je suis partie, sachant qu'on n'avait désormais plus besoin de moi et qu'elle était entre de bonnes mains. Malgré le fait que je ne les connaissais que depuis peu, j'avais vu l'importance qu'ils prenaient l'un pour l'autre. Ils avaient besoin mutuellement de l'autre pour vivre et tenir.
Ce n'est qu'à cet instant que je me rendis compte que la nuit était tombée. Toute ma journée s'était écoulée en un éclair. Je réalisais en lançant un "tempus" que j'étais restée plusieurs heures auprès de Jeana, sans même m'en rendre compte.
Ouvrant la porte de mon dortoir, je remarquais distraitement que Shannon et Pheobe étaient déjà endormies. Ce n'était pas le cas de ma meilleure amie, car Rosalie, elle, m'attendait patiemment sur son lit.
- Comment va Lewis ? Me demanda-t-elle sans un regard.
Je sentis une pointe de rancune et de colère dans sa voix. M'en voulait-elle d'avoir choisi Jeana à Stephan ou étais-ce la crainte de me voir devenir amie avec une autre fille qui l'effrayait ? Je soupirais, lasse.
- Comme une personne qui vient de perdre une personne qu'elle aime.
Cette réponse, ni mauvaise ni triste, lui fit lever les yeux vers moi. Ma voix, parfaitement atone et neutre, devait l'inquiéter plus que ma colère, car son regard s'adoucit et se fit soucieux.
- Je comprends ... Désolée, ça doit te rappeler de mauvais souvenirs ...
- Comment va Stephan ? Questionnais-je en retour, ne souhaitant pas répondre à cette affirmation.
- Tout va bien, expliqua-t-elle sans insister. Sa mère n'a eu que quelques égratignures.
Soulagée, je hochais la tête et me couchais, épuisée, sans même enlever mon uniforme.
Je rouvrais les yeux, en sursaut, quelques heures plus tard. L'éclair éclata brusquement. Je me repliais sur moi-même. Le tonnerre gronda et je sautais précipitamment de mon lit pour ouvrir celui de Rosalie et me glisser près d'elle. C'est alors que je me figeais ...
Rosie. Si pâle ... Et c'est là que je le vis. Le sang sec sur son oreiller, près de sa bouche. Peut-être sentit-elle ma présence, car elle se mit à tousser doucement, sans ouvrir les yeux, ses lèvres se recouvrant à nouveau d'une teinte écarlate. Je couvris ma bouche de ma main pour ne pas crier. Mortifiée, je m'assurais qu'elle respirait correctement, puis reculais sans un bruit pour sortir du dortoir.
Une lumière blanche éclata alors je descendais les escaliers et j'eus un cri étouffé. Si l'orage m'avait curieusement fasciné pendant mon enfance -combien de fois m'étais-je amusée à compter le temps entre le grondement du tonnerre et l'éclair ?- il était aujourd'hui source de peur et de désolation à mes yeux. Cela n'avait rien de rationnel, je le savais. Mais mon subconscient avait retenu une chose, une seule.
Il y avait de l'orage le soir où les Tournevel avaient été tués.
Le lien était fait.
Un grondement se fit entendre et je me précipitais vers les fauteuils de la salle commune, à la recherche de chaleur. Le feu dans l'âtre brûlait et je m'en approchais avec ardeur, pour caresser sa lumière chaleureuse dans cette obscurité qui m'effrayait.
- Tania ?
J'eus un sursaut. Sur un des canapés, Kyle lisait un livre. Il se frotta les yeux, comme pour vérifier que oui, j'étais bien là.
- Qu'est-ce que tu ...
Un éclair éclata et je me précipitai dans ses bras, tremblante.
- Ne me laisse pas toute seule... Je t'en pris ! Ne me laisse pas toute seule, répétai-je, inlassablement.
J'avais envie de pleurer mais je me retenais. Forte, il fallait que je reste forte. C'était idiot, surtout lorsque mon corps tremblait comme une feuille.
Kyle sembla comprendre et il fit passer mes jambes au-dessus des siennes, me prit dans ses bras, murmurant des paroles réconfortantes, comme je l'avais fait pour Jeana. Quelques minutes plus tard, l'orage se calma et moi aussi.
- Je suis désolée, bafouillai-je, rouge de honte.
Il eut un tel sourire tendre que je devenais encore davantage rouge, mais de gêne, cette fois-ci. Toujours dans ses bras, je le vis se pencher vers moi lentement, pour me laisser le temps de le repousser si jamais je ne désirais pas ce qui allait se passer.
Mais je ne savais pas ce que je voulais et il continuait de se pencher. Ma colère contre Rosier revint et sans que je ne comprenne pourquoi, je me sentis passer mes bras autour du cou de Kyle, l'approchant davantage de moi, pour finalement poser mes lèvres sur les siennes.
(1) : Gaspard n'est pas à moi mais à JKR, je me suis permise de lui donner un peu d'importance.
(2) : Bertha Jerkins, sorcière du ministère portée disparue dans le tome 4, partie en voyage en Albanie ( je suppose que vous vous savez qui elle y a rencontrée )
Qui veux tuer l'auteur pour avoir coupé sur cette scène ? Quiiii ?
Et oui, lorsque tout semble allait bien, que l'intrigue avance, l'auteur aime vous montrez que Voldy prend de l'influence et commence à terrifier de plus ne plus le monde sorcier.
J'espère que ce chapitre vous a plut !
Que les pensées de Tania montrent bien qu'elle ne sait vraiment pas où elle en est.
Que vous appréciez toujours autant ma fiction, même si les chapitres mettent du temps à venir et qu'ils peuvent être parfois ennuyeux.
J'espère tout simplement lire vos impressions et vous revoir au prochain chapitre !
Sur ce, je vous souhaite un bon week-end !
Rukie-chan
