Chapitre 21 : Le marché

C'était la maison de Severus Rogue. C'était la première chose que Lucius lui avait révélé et Draco s'était aussitôt demandé pourquoi son père lui avait donné une telle information. C'était stupide. On ne dévoile pas à celui qu'on enlève le lieu de sa détention. Il lui suffisait désormais de trouver un moyen pour avertir quelqu'un du lieu où il se trouvait ou encore de tenter de prendre le dessus par un moyen ou un autre et de lui subtiliser la baguette de sa mère.

Mais Lucius se méfierait, désormais, après l'attaque qu'il avait subi de sa part. D'ailleurs, sans le pointer de sa baguette, il pouvait voir qu'il la tenait fermement entre ses doigts, près à réagir.

Dire qu'un peu plus tôt, alors que les Aurors procédaient à son arrestation, il avait pensé que sa soirée n'aurait pu être pire. Le bon côté était qu'en l'enlevant ainsi aux Aurors, Lucius s'était assuré, malgré lui, que son enlèvement serait immédiatement signalé et, par le fait même, ils se rendraient bien compte qu'il n'avait rien à voir avec la fuite de son père, bien au contraire. Il espérait seulement que Harry ne se lancerait pas tête la première à sa recherche. Il le connaissait trop pour croire qu'il resterait chez eux à attendre que les Aurors fassent leur travail. Il n'avait plus qu'à se croiser les doigts en espérant que Ron ou Hermione ne lui fasse entendre raison.

Encore une fois, les yeux du plus jeune balayèrent la pièce, mais il n'y avait rien ici qui lui serait d'une aide quelconque.

La demeure semblait petite, du moins, la chambre dans laquelle il était et ce qu'il avait pu voir du couloir lorsque Lucius était entré annonçait cela. La pièce dans laquelle il se trouvait était poussiéreuse et une puissante et désagréable odeur de renfermé flottait dans l'air, comme si personne n'y avait mis les pieds depuis plusieurs années, ce qui devait d'ailleurs être le cas.

Il n'aurait pas pensé que son ancien professeur, celui qui, comme lui, avait joué les espions pour le compte de l'Ordre, avait vécu dans une maison aussi misérable. En fait, il n'avait jamais même réfléchi à quoi pouvait ressembler la demeure de Severus Rogue. Lorsqu'il l'avait d'abord connu, il ne pensait à rien d'autre qu'à lui-même et puis, alors qu'il avait ouvert les yeux sur le monde qui l'entourait, son esprit n'avait été occupé qu'à une chose : se battre et survivre. Et ensuite l'homme était mort, comme tant d'autres.

Il était plus facile de laisser aller ses pensées vers Severus que d'affronter la réalité de l'homme qui se dressait devant lui. Plus aisé de s'égarer dans ses souvenirs, aussi pénibles fussent-ils, que de faire face au présent. Mais lorsque la voix de celui qui l'avait amené de force jusqu'ici s'éleva, il n'eut d'autre choix que de lever lentement les yeux vers lui.

L'homme face à lui conservait son calme et parlait d'une voix posée et cela ne fit qu'enflammer davantage la colère de Draco, piqué d'être celui qui ne parvenait pas à contrôler ses émotions face à cet homme. Comment expliquer que, tout fin occlumens qu'il était, devant son père, il perdait tous ses moyens. Il avait pu tromper le Seigneur des ténèbres et tous les mangemorts pendant des mois, mais il était incapable de soutenir le regard de son propre père sans que mille émotions viennent se bousculer en lui.

Son père le lui avait souvent reproché, d'aussi loin qu'il pouvait se souvenir. Un Malfoy est toujours maître de ses émotions. Un Malfoy ne pleure jamais. Un Malfoy ne s'emporte jamais. Un Malfoy n'a peur de rien ni de personne. Encore aujourd'hui, il pouvait entendre ces paroles prononcées un nombre incalculable de fois tourner et retourner dans sa tête.

Et face à lui, encore et toujours, il n'était pas à la hauteur. Encore une fois, l'homme assoyait sa supériorité sur lui, sans même rien dire, sans même que son visage ne communique la moindre émotion. Il ne savait que trop bien ce que Lucius pensait de lui.

Quelque chose s'apparentant à cette peur ancienne et autrefois bien ancrée en lui s'éveilla dans la poitrine de Draco et il se rabroua mentalement. Non, il avait fini de craindre cet homme. Plus jamais il n'aurait de pouvoir sur lui, ça il se l'était promis, ce soir-là, dans le bureau de Dumbledore, lorsqu'il avait décidé de renier tout ce à quoi il appartenait et qu'il avait accepté de joindre l'Ordre.

Il soutint le regard sévère de son père, serrant les dents et les poings, tentant de se donner une contenance. Une douleur vive lui transperça le bras, mais plutôt que de souhaiter la voir cesser, il en prit la pleine mesure, se concentrant sur elle pour oublier les émotions qui lui tordaient le ventre. Il n'avait jamais tenu tête à son père auparavant, pas à un seul moment dans sa vie. Il n'avait jamais eu à le faire ou, du moins, il avait toujours pu faire autrement. Lors de sa sixième année, son père était enfermé à Azkaban, puis, lorsqu'il avait été libéré par le Maître, Draco avait joué le jeu, lui faisant croire, comme à tous les autres, qu'il était toujours du côté des ténèbres.

Puis après, son père avait été emprisonné de nouveau pour ce qu'il croyait alors être pour toujours. Il n'avait jamais eu à soutenir ce regard et c'était la chose la plus difficile qu'il eut jamais fait de sa vie. Et il se détesta pour cela.

Ça aurait dû être facile. Il aurait dû ne rien ressentir du tout devant lui, puisqu'il avait décidé, il y avait longtemps, que cet homme était mort pour lui et qu'il avait ensuite toujours affirmé que c'était derrière lui. Mais cette tension qui lui donnait envie de vomir, qui l'empêchait presque de respirer le forçait à présent à admettre le contraire et cette soudaine réalisation avait la sensation cuisante et humiliante d'une gifle en plein visage.

Il ne se souvenait même pas s'être senti ainsi face à Voldemort à un moment où à un autre et cette constatation lui donna envie de hurler et de tout détruire tant elle était insoutenable. Mais il ne pouvait pas. Il devait faire face, avec dignité. Lui montrer qu'il était meilleur que lui, qu'il n'avait pas besoin de lui, qu'il n'avait jamais eu besoin de lui. Lui signifier qu'il était un homme maintenant, le chef de famille depuis son emprisonnement et qu'il le méprisait du plus profond de son âme.

Il espéra que tout cela transparaissait de lui et que cela fut insupportable à l'homme qui se tenait devant lui tout comme l'était pour lui. Que d'un moment à l'autre, Lucius perde le contrôle, qu'il l'insulte, qu'il l'attaque même et alors il répondrait avec toute la rage accumulée pendant toutes ces années. Il espérait qu'il fasse une remarque sur toutes ces choses qu'il savait qu'il détestait de lui et qu'il avait pris plaisir à lui jeter indirectement à la figure par le biais des lettres de sa mère ou bien des articles de la Gazette.

Il les attendait, ces insultes sur son homosexualité, sur Harry, sur Teddy, sur la vie qu'il menait, sur sa trahison, sur ses mensonges. Il voulait qu'il le menace, qu'il lui dise les pires choses et ainsi il pourrait enfin crever l'abcès dont il avait jusque-là nié l'existence même et dont cette simple existence le mettait hors de lui. Il ne voulait pas de ces émotions qui lui enserraient la gorge. Non. Il ne voulait rien ressentir. Juste rien.

Et pourtant, pourtant, son cœur s'affolait, ses paumes étaient moites et il pouvait sentir à ses tempes, le battement assourdissant du sang et il les maudissait. Il aurait dû être plus fort.

Il venait de lui dire qu'il n'avait plus quatorze ans et c'était vrai, il en avait vingt-et-un, mais il se rendit alors compte que cela ne faisait aucune différence. Il était le même et son père aussi. Et les choses ne changent pas uniquement parce qu'on le désire.

Néanmoins, ce ne furent pas des reproches qui s'écoulèrent de la bouche de son père et Draco mit un instant à comprendre de quoi il était question tant cela à l'encontre de ses attentes.


-Et vous n'avez pas remarqué que vous étiez suivis? vociféra l'homme en se prenant la tête entre les mains.

Face à lui, celle qui, sous polynectar, avait, la veille, emprunté les traits d'une femme dans la trentaine avait maintenant retrouvé son propre visage et soutint son regard avec colère. C'était une femme d'une soixantaine d'années à la mine sévère, ses lèvres fines étaient pincées en une éternelle moue désapprobatrice et elle ne semblait nullement impressionnée par la fureur de l'homme assis face à elle.

-C'est Karl qui était supposé transplaner avec lui et il n'a rien vu venir. Il est facile de se plaindre lorsqu'on se contente de rester chez soi plutôt que faire la sale besogne!

L'homme soupira fortement, excédé.

-Karl est un incapable, tout comme Philip, ils ont échoué à s'occuper de Malfoy dans son manoir et là, une fois de plus. Maintenant Malfoy et son fils sont Merlin seul sait où et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il parle… On ne peut pas faire confiance à tes hommes, cette fois-ci, il n'y a plus place à l'erreur.

-Karl et Philip ont toute ma confiance et… commença la femme, mais elle fut aussitôt interrompue.

-Tu ne leur as rien dit, j'espère!

Le regard qu'elle lui adressa laissait transparaître à quel point elle considérait sa question idiote.

-Bien sûr que non! Ils ne savent rien, ils pensent toujours que nous désirons nous faire justice nous même pour les crimes que ce salop a commis durant la guerre, ils ne savent rien de l'entente. Lucius a dû tout raconter à son fils à l'heure qu'il est et on ne peut plus se servir de lui comme appât, alors on n'aura pas le choix de…

-Non, on s'en tient au plan, un sort d'oubliette pour le fils et pour l'autre…

-C'est trop dangereux, il ne s'agit plus de le retenir quelques jours le temps que son père se pointe à son secours pour ensuite lui embrouiller une peu l'esprit sur ce qui lui est arrivé, là on parle d'effacer un souvenir très précis, ça demande une expertise qu'aucun de nous n'a et je ne suis pas prête à courir ce risque, contra la femme en croisant les jambes.

L'homme face à elle mis un moment avant de répondre et son ton se fit grave.

-Tu parles de tuer le conjoint du Sauveur du monde sorcier, un des héros de la guerre.

Les lèvres de la femme se pincèrent davantage et son visage se ferma.

-Je parle de faire ce qu'il faut pour sauver nos familles, nos vies et il n'y a pas que nous…

-Si tu penses que Harry Potter et son entourage ne feront pas tout ce qui est en leur pouvoir pour retrouver celui ou ceux qui ont assassinés son amant, alors tu es d'une naïveté effarante, fit remarquer l'homme en croisant les bras sur son ventre rond.

-Harry Potter n'est plus ce qu'il était, n'as-tu pas entendu la nouvelle? Quant à son entourage, que veux-tu qu'ils fassent? Personne n'ait au courant, personne ne peut nous lier à quoi que ce soit. Qui plus est, héro de la guerre ou pas, Draco Malfoy demeure à mes yeux rien d'autre qu'un autre Malfoy, un ex-mangemort, fils de mangemort, qui a retourné sa veste quand il a senti la soupe trop chaude, rien de plus, rien de moins. Draco Malfoy n'est pas un héros, ce n'est qu'un opportuniste doublé d'un lâche.

L'homme replaça ses lunettes sur son nez en déglutissant. Rien n'allait comme il se devait depuis le début. D'abord, l'attentat au Ministère qui avait échoué, puis toutes les autres tentatives et maintenant ça. C'était de la folie. Mais elle avait raison, ils n'avaient pas d'autre choix.

-D'accord.


Ce serait faux de prétendre que Lucius Malfoy avait eu ses premiers doutes quant à son affiliation avec le Seigneur des ténèbres seulement quelques mois avant la fin de la guerre. Ce serait également faux de prétendre que ces doutes étaient dû à une quelconque prise de conscience de sa part.

Non. Si à un moment l'incertitude s'était glissée dans son esprit comme un poison dans les veines, cela n'avait en rien affecté ses convictions profondes et à aucun moment il n'avait questionné la moralité de ses actions où de celles de son Maître. Et c'est aussi la raison pour laquelle il avait tenté de taire ces pensées le plus longtemps possible, mais bientôt, elles s'étaient faites de plus en plus insistantes jusqu'à ce qu'il ne puisse plus les ignorer.

En fait, dès le moment où il s'était vu tomber dans les mauvaises grâces de Lord Voldemort, suivant les évènements au Ministère de la magie, il avait ressenti une émotion qui lui était jusque-là étrangère : la peur.

Durant toutes ces années où il avait servi le Seigneur des ténèbres, il s'était senti puissant, supérieur. Il était le bras droit du Maître, il avait sa confiance et se gaussait d'avoir été choisi par le sorcier le plus puissant de tous les temps pour accomplir la noble mission d'épurer la société sorcière de tous ces sangs impurs qui l'entachaient et l'affaiblissaient. Et lorsque le Maître avait disparu, lorsqu'ils le croyaient mort, là encore, il avait réussi à s'en tirer et bien qu'atterré, à aucun moment il n'avait eu peur, trop sûr de pouvoir berner ces imbéciles du Magenmagot. Et c'est ce qu'il avait fait, avec une facilité presque risible.

Mais cette fois, lorsque pour la première fois, il s'était fait emprisonner à Azkaban, ce lieu immonde où il n'aurait jamais pensé mettre les pieds, cette peur avait fissuré peu à peu les certitudes qu'il avait eu jusque-là quant à l'issue de la guerre. Allant jusqu'à les ébranler fermement en apprenant la mission impossible que le mage noir avait confié à son fils pour le punir de ses propres échecs.

Il se souvenait encore du visage hantée et désespéré de son épouse lorsqu'elle était venue le visiter à Azkaban. Elle avait parlé d'une voix précipitée qui n'était pas la sienne, la gorge emplie de sanglots, sur le coup, il n'avait pas tout compris, puisqu'ils ne pouvaient parler librement, ils étaient sous écoute et ils le savaient. Puis il avait fini par comprendre, dans les grandes lignes, le plan du Lord.

Il avait alors pris conscience qu'il n'était rien pour celui à qui il avait tout sacrifié et que le Seigneur des ténèbres se moquait bien du sort de Draco et une voix lui murmurait qu'il prendrait peut-être même plaisir à le voir échouer. Les mois qu'il avait passé, seul dans sa cellule, ne recevant que rarement les visites de Narcissa à qui le Lord avait ordonné de ne pas venir le voir, il l'apprendrait plus tard, puisqu'il doutait d'eux et était suspicieux de la teneur de leurs conversations. Malgré tout, son épouse venait, transgressant les ordres du Mage noir, excusée sans cesse par sa sœur Bellatrix. Mais Narcissa avait toujours fait uniquement à sa tête et de toute manière, que pouvait-il lui faire de pire que ce qu'il imposait présentement à son fils?

Au fil des mois, il avait vu l'angoisse perpétuelle dans laquelle vivait désormais son épouse ronger son visage, creusant des sillons dans cette peau autrefois si parfaite, creuser des cernes profonds sous ses yeux rougis par le manque de sommeil et les larmes. Et il était impuissant face à tout cela. Il ne saurait que bien plus tard que Narcissa avait fait un serment inviolable avec Severus et à chaque fois qu'on lui annonçait une visite de son épouse, il s'attendait à ce que celle-ci lui annonce la mort de leur fils suite à une autre tentative ratée de sa part d'attenter à la vie de Dumbledore.

Et puis, lorsqu'il avait été libéré d'Azkaban par Voldemort en même temps que les autres mangemorts qui y avaient été emprisonnés suivant la mission ratée pour récupérer la prophétie, le dédain avec lequel le traitait désormais le Seigneur des ténèbres n'avait fait que confirmer que plus jamais les Malfoy n'auraient la place qu'ils avaient eu auprès de lui. Il savait maintenant que si Voldemort remportait la guerre et que si sa famille survivait jusque-là, et il n'y avait rien de moins certain, il n'aurait pas le statut qu'il avait un jour imaginé dans ce nouveau régime.

Et s'ils perdaient… Il préférait ne pas y penser.

Contrairement à tout ce qu'il s'était imaginé lors de sa détention, le retour au manoir n'avait été en rien un soulagement. La demeure ancestrale de sa famille était l'ombre d'elle-même, à l'image de la famille de qui elle tenait son nom. Le Seigneur des ténèbres et ses mangemorts avaient envahi toutes les pièces de la demeure ou, du moins, toutes celles qui n'étaient pas les appartements privés des Malfoy. Cela avait presque surpris Lucius, s'attendant à être dépossédé de cela aussi, comme de tout le reste.

Les couloirs du manoir étaient les mêmes, tout comme le décor, les tableaux et les jardins, et pourtant, rien n'était comme avant. C'était l'été et Draco était de retour de Poudlard, l'échec de sa mission planant au-dessus de lui comme une ombre, il ne sortait de sa chambre que lorsque le Seigneur des ténèbres convoquait ses mangemorts ou lorsque sa mère le forçait à sortir avec elle dans le parc, ce qui était rarissime. Elle-même ne quittait que rarement ses appartements ou ceux de son fils avec qui elle passait le reste de son temps.

La colère de Lord Voldemort s'était faite de plus en plus vive, il se montrait plus imprévisible que jamais à chaque fois que l'Ordre marquait un point d'avance sur lui ou lorsqu'encore une fois, Harry Potter lui échappait. Et l'idée qu'ils puissent perdent la guerre s'imposa encore et encore dans l'esprit de Lucius. Il savait ce qui l'attendrait, lui, et il savait que cette fois, il n'aurait aucun moyen d'y échapper, mais ce n'était peut-être pas le cas pour Draco, malgré le tatouage qui ornait son avant-bras gauche depuis de nombreux mois maintenant.

Depuis qu'il avait été libéré d'Azkaban, il n'avait pas remis les pieds au Ministère, maintenant contrôlé par le Lord, mais il y connaissait encore des membres du Magenmagot, certaines personnes trop lâches pour s'opposer au Seigneur des ténèbres ou pour le rejoindre. Ceux qui avaient fermé les yeux la première fois, lors de la chute de Voldemort, sur la culpabilité d'anciens mangemorts. Des juges qui partageaient certains des idéaux endossés par le mage noir, mais qui condamnaient l'usage de la force et la violence dont il faisait preuve.

Et maintenant que le Ministère de la magie était contrôlé par le Seigneur des ténèbres, ils avaient été laissés en poste par ce dernier. Cependant, il était assez intelligent pour savoir qu'ils ne lui étaient pas fidèles malgré leurs valeurs communes et qu'ils se rallieraient toujours à ce qui servirait le mieux leurs intérêts. Or, les enfants et pour certains, les petits-enfants de ces membres du Magenmagot allaient à Poudlard et maintenant que l'institution était elle aussi contrôlée par le mage noir, la menace n'avait pas eu besoin d'être prononcée pour être entendue clairement. Puisque même Lord Voldemort savait qu'il n'y avait rien de plus fort que l'amour d'un parent pour son enfant.

Alors, dans le plus grand secret, Lucius avait contacté ces membres du Magenmagot et puis, certains hauts-fonctionnaires du Ministère dans la même situation. Il avait été facile de s'entendre avec eux. Tous savaient ce qui se déroulait désormais entre les murs de la célèbre école de magie, le régime de terreur que les Carrow y avaient instauré.

L'immunité de son fils après la guerre si le Seigneur des ténèbres venait à perdre et, en échange, la protection de leurs enfants contre les brimades et les punitions que certains auraient pu qualifier de torture et qui se déroulaient actuellement à Poudlard. Évidemment, tout cela devait rester secret. Si cela se savait, que des membres du Magenmagot s'étaient entendus avec celui qu'ils croyaient toujours être le bras droit de Voldemort pour protéger leurs propres enfants en échange de la promesse de ne pas porter d'accusation contre Draco Malfoy, un autre mangemort, non seulement leurs carrières seraient mise-à-sac, mais, en plus, ils feraient face eux-mêmes à des accusations de complots si la guerre se terminait favorablement.

Mais lorsqu'il avait fait cette entente, Lucius ignorait, bien entendu, que son fils avait retourné sa veste et agissait déjà à titre d'espion pour le compte de l'Ordre, et ce, depuis le milieu de sa sixième année. À aucun moment il n'avait lu, dans ce regard acier, identique au sien, le moindre indice pouvant lui laisser croire que Draco les avait trahis. Bien au contraire, la marque sur son avant-bras et cette mine atterrée qu'il portait désormais constamment sur son visage avait été pour lui l'assurance de la soumission absolue de son fils au Seigneur des ténèbres et la source de sa propre trahison.

Pis encore, jamais il n'aurait pu soupçonner la relation qui unissait son fils unique et celui qu'on surnommerait le Sauveur du monde sorcier. Comment aurait-il pu savoir que Dumbledore devinerait la mission de laquelle Draco avait été investie par le Seigneur des ténèbres et qu'il lui ferait confiance et lui proposerait de joindre l'Ordre plutôt que de s'en méfier et de faire en sorte que sa mission échoue.

S'il avait su tout cela, Lucius n'aurait jamais eu à faire une telle entente avec les pommes pourries du Magenmagot puisqu'il aurait su que son fils aurait été protégé de toute accusation à la fin de la guerre vu son rôle d'espion.

Mais il l'ignorait alors et ne l'apprendrait que le jour de la bataille finale, alors que tout était joué. Alors qu'en cherchant désespérément son fils dans la bataille, il l'apercevrait, affrontant Alecto Carrow, aux côtés d'Arthur Weasley qui lui, se battait en duel contre Mulciber. Il n'avait pas eu le temps d'être estomaqué qu'un Auror le manquait de peu d'un sort. Et ce n'est que plus tard, longtemps après que la poussière de la bataille de Poudlard eu retombée et lorsqu'au fil des enquêtes et des procès, le rôle de chacun serait établi, qu'il découvrirait pleinement la vérité. Tout comme les gens de Ministère avec qui il s'était entendu.

Et ce n'est qu'alors qu'ils réaliseraient que rien n'empêchait désormais Lucius de raconter à qui voulait bien l'entendre quel marché ils avaient conclu puisque lui n'avait jamais eu sa part du marché. Et c'est alors que chez eux aussi se réveillerait cette vieille émotion qu'ils n'avaient plus ressenti depuis la mort de Voldemort : la peur.

Ils ne pouvaient évidemment pas agir en plein jour, mais ils étaient parvenus à faire en sorte que Lucius, qui avait déjà été condamné à la prison à vie, se retrouve isolé dans une section d'Azkaban où il n'aurait pas de contacts avec quiconque. C'était un endroit qu'on réservait aux plus dangereux criminels et personne n'avait questionné cet ordre venu légitimement, semblait-il, du Ministère. Après tout, Lucius Malfoy avait été l'un des mangemorts les plus hauts gradés.

De plus, ils s'étaient arrangés pour qu'il ne puisse pas envoyer de courrier ni recevoir de visite. La consigne avait été d'aviser quiconque que Malfoy refusait toute visite et c'est pourquoi, pendant toutes années, lorsque Narcissa avait tenté de visiter son mari, on lui avait répondu qu'il ne désirait pas la voir. Cependant, n'ayant pas reçu de directives à ce sujet, les gardes lui apportaient le courrier qui lui était adressé et Lucius accumulait les lettres de son épouse.

Lucius n'avait pas mis longtemps à comprendre ce qui se tramait, mais il était assez intelligent pour comprendre également que s'il formulait la moindre plainte à ce sujet, on s'occuperait de le faire taire, et ce, pour toujours. Ou bien, alors, on s'en prendrait à sa famille d'une manière ou d'une autre. D'ailleurs, dans les premiers mois de son incarcération, il se surprenait qu'on n'eût pas encore attenté à sa vie. À chaque repas qu'on lui servait, il se demandait si on y avait glissé du poison. Et lorsqu'on l'escortait quotidiennement de sa cellule jusqu'aux douches, il se préparait à ce qu'on lui tende une embuscade. Mais rien ne vint.

Il se dit que peut-être l'influence de ceux avec qui il s'était entendu n'allait pas jusque-là ou peut-être qu'ils avaient décidé de le laisser vivre considérant son silence. Il n'avait aucun moyen de vraiment le savoir.

Mais cette absence de tentative de meurtre à son endroit n'avait pas fait en sorte de taire les craintes qu'il entretenait quant à son épouse et à son fils. S'il n'avait reçu aucune lettre de la part de Draco, c'était tout le contraire concernant Narcissa qui lui écrivait à toutes les semaines, ne semblant pas affecté par l'absence de réponse à ses missives. Rien dans ses lettres ne laissait transparaître quoi que ce soit concernant les membres du Magenmagot ou du Ministère impliqués et elle semblait ignorer tout du marché qu'il avait conclu ou, du moins, elle n'en disait rien dans sa correspondance.

Quant à Draco, de ce qu'elle lui rapportait, il semblait bien se porter. Il était de retour à Poudlard, comme tous les Septièmes année qui avaient vu la guerre amputer une année de leur scolarité puisqu'ils n'avaient pu recevoir un enseignement digne de ce nom. Narcissa ne parlait jamais du fait que Draco avait joint l'Ordre et les avait trahis, d'ailleurs elle n'écrivait rien sur la guerre, comme si ce chapitre de leur vie n'avait jamais eu lieu et que Lucius n'était pas à Azkaban, mais plutôt parti dans un voyage d'affaires à l'étranger qui ne cessait de se prolonger.

Puis il avait vu les journaux. Et comme tout le reste de la communauté sorcière, c'était avec stupeur qu'il avait appris la relation qui unissait son fils à celui qu'on désignait désormais comme le Sauveur du monde sorcier. Il avait alors compris pourquoi personne ne l'avait menacé de s'en était prendre à Draco et pourquoi personne ne le ferait. Il était devenu intouchable.

Jusqu'au jour où un gardien était venu lui annoncer que son audition devant la Commission des libérations conditionnelles aurait lieu dans un mois alors qu'il n'avait jamais fait une telle demande. Il était clair qu'on avait fait cette demande à sa place dans un seul but, celui de le faire sortir de son trou où il demeurait jusque-là inatteignable.

Draco renifla avec dégoût, interrompant son père dans ses explications.

-Ça ne fait aucune sens, pourquoi, après toutes ces années, décider de te faire sortir d'isolement et de prendre le risque que leur secret soit dévoilé si pendant tout ce temps tu n'as rien dit?

Tout dans le ton de Draco et dans l'air qu'il adressa à son père lui signifiait qu'il n'accordait aucune crédibilité à son histoire. Il refusait de croire que son père avait passé une telle entente avec ces gens simplement pour tenter de lui éviter la prison. À aucun moment durant la guerre son père n'avait montré le moindre signe pouvant indiquer qu'il se souciait de lui. Au contraire, toutes les décisions qu'avaient prise le patriarche de la famille Malfoy, à commencer par rejoindre les rangs des mangemorts, n'avait été fait que dans une seule optique : servir ses propres intérêts.

-C'était peut-être la première occasion qu'ils avaient de m'atteindre, après la guerre, avec la révision des lois concernant Azkaban et les droits des détenus, je crois qu'ils n'avaient peut-être pas les moyens de m'atteindre en prison, pas alors que j'étais en isolement, séparé des autres détenus.

Draco pinça les lèvres.

-Mais c'est eux, selon toi, qui t'on fait mettre en isolement pour commencer, contra-t-il.

-Et cela s'est peut-être retourné contre eux, je n'en sais rien. Tout ce que je sais c'est que je n'ai jamais fait la demande d'audience aux libérations conditionnelles et que le jour de ma présence au Ministère, un attentat a eu lieu.

-Un attentat auquel tu as mis fin et qui t'a permis de regagner ta liberté!

Une lueur d'incrédulité brilla dans le regard de son père.

-Tu penses que c'est moi qui aie comploté pour organiser tout cela, énonça Lucius d'une voix lente, détachant chaque mot en dévisageant son fils.

La mâchoire de Draco se contracta sans qu'il n'en soit conscient. Une douleur aigue lui transperça le coude alors qu'il fit mine de se croiser les bras et il se souvint de la désartibulation qu'il avait subi un peu plus tôt lorsque Lucius l'avait empêché de transplaner avec les prétendus Aurors. Draco ne répondit pas. C'était inutile, c'était clair qu'il ne croyait pas un mot de l'histoire que venait de lui raconter son père.

-Si tu me laissais t'expliquer… tenta de continue son fils, mais il fut aussitôt interrompu.

-M'expliquer, répéta Draco alors qu'un rire faux s'échappait de sa gorge. Nas-tu pas encore saisit? Il n'y a rien qui sortira de ta bouche que je pourrai croire! Il n'y a pas de complot du Magenmagot, il n'y a que toi et tes plans foireux! Tu voulais sortir d'Azkaban, tu as tout planifié, je ne sais pas quel moyen, mais tu t'es arrangé pour que l'attentat ait lieu et pour que tu puisses jouer les héros. Et ensuite, tu as attendu que Mère baisse sa garde et tu t'en es prise à elle de la plus vile des façons, comme le lâche que tu es!

-JE T'INTERDIS DE DIRE ÇA! JAMAIS JE NE M'EN SERAIS PRIS À TA MÈRE! JAMAIS! s'emporta Lucius et instinctivement, Draco eut un mouvement de recul pour lequel il se détesta aussitôt.

Réalisant qu'il venait de s'emporter d'une manière qu'il avait toujours jugé indigne de lui, Lucius se racla la gorge et tenta de se recomposer un visage calme, mais il était toujours rouge de colère. Il soupira avec impatience et Draco se demanda si c'était contre lui-même ou contre lui. Il n'avait jamais vu son père perdre ses moyens de la sorte et c'était la première réaction complètement authentique qu'il voyait de lui. C'était à la fois déstabilisant et immensément satisfaisant.

C'est alors qu'un doute se faufila dans l'esprit de Draco. Et si son père disait vrai?

Mais la voix de Lucius, redevenue presque aussi calme qu'elle l'était auparavant, mais avec cette fois quelque chose de plus tranchant l'interrompit dans sa réflexion.

-Je ne t'ai jamais menti, Draco… contrairement à toi.

Draco expira en poussant un rire faux. Enfin, on y était. Ce moment qu'il attendait depuis le début, qu'il désirait d'une façon malsaine dans la même mesure qu'il le rebutait. Il savait que son père ne pourrait garder en lui les reproches qu'il avait à lui formuler bien longtemps. Il s'était toujours fait une immense joie de lui faire des remontrances et de lui dire combien il était inadéquat et jamais à la hauteur. Et après tout ce qu'il avait fait dans les dernières années, piétinant sans scrupules tout ce en quoi son père croyait et toutes les attentes qu'il avait pour lui, nul doute qu'il en aurait long à dire.

-Non, c'est vrai, tu ne m'as jamais menti, et après? répondit Draco d'un ton presque moqueur, mais le cœur au bord des lèvres. Ça ne rachètera pas tout ce que tu as fait. Quant à mes propres mensonges, je ne les regrette nullement, puisqu'ils sont la meilleure décision que j'ai pris de ma vie.

Sa voix était assurée, un peu trop forte même, car il tentait de dissimuler les battements effrénés de son cœur. Lucius l'étudia un moment sans rien répondre. Le bruit d'un klaxon se fit entendre à l'extérieur, rappelant à Draco que pendant ce temps, la vie continuait et que personne ne savait qu'il était ici. Il pensa à Harry et à Teddy et son ventre se tordit de nouveau. Il aurait tout donné pour être chez lui.

-Tu as raison.

Draco ne s'était pas attendu à cette réponse et il observa son père avec une méfiance palpable, haussant un sourcil.

-J'ai raison? répéta-t-il.

-Oui, tu as bien fait de trahir le Seigneur des ténèbres, tu serais sans doute mort ou à Azkaban, sinon.

Silence. Mille pensées se précipitaient dans l'esprit de Draco.

-Ce n'est pas pour cela que je l'ai fait, répondit-il avec ce qu'il espérait être un ton rempli de défi, s'encourageant intérieurement à faire face pour la première fois de sa vie à cet homme.

-N'essaie pas de me faire croire que tu l'as fait parce que tu croyais que c'était ce qui était juste, je ne te croirai pas, je te connais, mon fils. À moins que tu ne l'aies fait pour les beaux yeux de Potter…

Dans la bouche de son père, ces paroles eurent une consonnance particulièrement obscène. Ce n'était pas tant ce qu'il avait dit, mais la manière dont il l'avait dit, comme s'il laissait baver chaque syllabe de sa bouche, lentement, avec mépris. Draco se sentit rougir de honte malgré lui, comme si son histoire d'amour avait quelque chose de sale et de grossier. Une envie fulgurante de se jeter sur son père pour le rouer de coups naquit en lui, mais la vue de la baguette dans sa main l'en dissuada. Il savait que son père irait sur cette pente glissante, pourtant, mais cela ne faisait pas moins mal.

-Je l'ai fait parce que Voldemort avait menacé de vous tuer, Mère et toi, et moi aussi si je ne réussissais pas à tuer Dumbledore! Je l'ai fait parce qu'il était le mal incarné et que j'étais terrifié à l'idée qu'il gagne cette guerre. Parce que j'aimais encore mieux mourir que d'appartenir à un monde où il serait le dirigeant. Parce que j'ai vu comment il te traitait, que tu n'étais rien pour lui, qu'un esclave et que jamais personne ne m'asservirait de la sorte. Parce que j'ai compris que tu ne pouvais pas me protéger, ni moi ni Mère et que tu avais choisi de le servir lui plutôt que de prendre soin de ta famille! Et puis j'ai vu que j'avais eu raison de le faire parce que soudainement, je n'étais plus seul et si j'avais toujours peur, pour moi, pour Mère, pour…toi, au moins, j'avais désormais des alliés et même des amis sur qui je pouvais compter, réellement compter et avec qui je pouvais être moi-même, pour la première fois de ma vie. Et j'ai vu ce qu'était une famille et j'ai appris à faire confiance et ça m'a rendu fort, tellement fort. Alors non, je ne l'ai peut-être pas fait parce que je croyais que c'était ce qui était juste, mais ça, je l'ai compris plus tard et je ne m'en suis jamais caché. Quant aux beaux yeux de Potter, ils entrent beaucoup plus tard dans l'histoire, mais là encore, je n'en conçois aucune honte, plus maintenant, et même si tu tentes d'avilir notre histoire, moi je connais la vérité et je sais aujourd'hui qui est ma vraie famille.

-Je vois, répondit Lucius, impassible.

-C'est tout ce que tu as à dire?

-Que veux-tu que je dise d'autre, Draco? Tout semble très clair pour toi.

Pour toute réponse, le fils soupira en se retenant de lever les yeux au ciel. C'était inutile de continuer, tout cela ne menait nulle part de toute manière. Une seule question n'avait pas été abordée entre eux et c'était pourtant la plus importante.

-Que vas-tu faire de moi, maintenant? demanda le plus jeune.

Son père lui jeta un étrange regard, comme s'il n'était pas certain d'avoir bien saisi la question.

-Je crains de ne pas comprendre.

-Qu'attends-tu de moi en me retenant ainsi prisonnier? reformula-t-il.

Lucius fronça les sourcils comme s'il venait de dire quelque chose de particulièrement vulgaire.

-Mais je ne te retiens aucunement! Tu es libre de partir, allons donc!

Ce fut au tour de Draco de ne pas comprendre.

-Je suis libre de partir? hésita-t-il.

-Pour qui me prends-tu? Séquestrer mon propre fils? Je t'ai simplement amené ici pour te mettre en sécurité, rien de plus. Tu n'as jamais été un prisonnier, je voulais simplement t'expliquer la situation pour qu'ensuite nous puissions y remédier.

-Y remédier…

-Comptes-tu donc répéter toutes les paroles que je prononce? dit Lucius d'un ton sec, visiblement encore insulté que son fils ait pu penser qu'il avait eut l'intention de le séquestrer pour Merlin savait quelle raison. De toute façon Draco, je ne te demande pas de me croire sur parole, toutes les preuves dont tu auras besoin pour voir que je dis vrai sont déjà en ta possession.

-Que veux-tu dire?

-Penses-tu vraiment que j'aurais fait confiance à la parole des gens du Ministère? Sachant qu'après la guerre, en tant que mangemort condamné, ma parole ne vaudrait certainement plus rien. Qui m'aurait cru mis-à-part quelques conspirationnistes n'ayant guère plus de crédibilité? Alors je leur ai fait signer une entente, un contrat magique qui attesterait de l'authenticité de la date de sa signature, mais aussi de l'identité de ses signataires, expliqua Lucius d'un ton légèrement dédaigneux, comme si c'était l'évidence même.

Draco étudia le visage de son père. Ce pourrait-il que toute cette histoire soit la vérité? Ça en avait tout l'air, sinon il ne le laisserait pas repartir, maintenant qu'il savait où il se cachait et surtout, sachant qu'il n'avait qu'une envie, le voir retourner à Azkaban pour le reste de ses jours. Mais il ne pourrait le croire sans avoir vu ces soi-disant preuves.

-Où se trouvent ces documents?

-Dans ton coffre-fort à Gringotts, bien entendu.

Draco le dévisagea comme s'il ne comprenait pas. Dans son coffre-fort? Impossible, il connaissait le contenu de son coffre et il savait qu'il n'y avait aucun document de la sorte. Lorsque les biens des Malfoy lui avaient été transférés, suivant la confiscation par le Ministère des biens de son père, un inventaire avait été effectué par les agents du Ministère pour s'assurer qu'aucun objet illégal ne s'y trouvait. Et bien entendu, ça avait été le cas, et tous les objets de magie noire qui y avaient été stockés avaient été saisis et amenés par le Ministère. À moins que ce contrat n'ait aussi été confisqué lors de cette opération.

-Il n'y a rien de la sorte dans mon coffre, répondit Draco en secouant la tête négativement, tout a été inventorié lorsque j'en ai reçu la clé.

-Je ne parle pas du coffre des Malfoy, je savais trop bien que le Ministère irait y fourrer son nez, d'ailleurs je suis certain que ceux avec qui j'ai passé cette entente ont dû le virer sens dessous-dessus à la recherche du contrat. Non, je l'ai mis dans celui que t'a légué ta tante à sa mort, le coffre des Lestrange.

Après la mort de Bellatrix Lestrange, Draco avait appris que sa tante avait prévu à son testament qu'il hériterait de manière universelle de tous ses biens. Il avait tout d'abord été surpris, il n'avait jamais ressenti que cette femme à moitié folle lui portait une quelconque affection, au contraire. Mais Narcissa ne l'avait pas été. Malgré tout ce qui s'était passé, Bellatrix était la marraine de Draco et elle vouait une profonde affection à sa sœur. C'était de coutume, puisqu'elle n'avait elle-même pas d'enfant, de léguer ses biens à son filleul.

Draco avait reçu la clé ouvrant le coffre-fort de la part du notaire, mais il ne l'avait jamais ouvert, sachant que devait s'y trouver des objets de magie noire ou d'autres choses encore avec lesquelles il préférait ne pas entrer en contact. Il en avait déjà bien assez des horreurs que Harry et lui trouvaient encore à cette époque-là dans la demeure des Black dont ils avaient entrepris peu à peu la rénovation. Qui plus est, la fortune des Malfoy était telle qu'il n'avait pas besoin de celle qui sommeillait dans le coffre de sa tante. Il savait qu'un jour ou l'autre, il devrait s'en occuper, mais ce jour n'était pas encore venu.

-La clé se trouve chez moi, dit Draco, plus pour lui-même.

-Ces prétendus Aurors chercheront à s'en prendre à toi ou à… tes proches, ils savent que c'est moi qui t'aie secouru et ils ne voudront pas que tu puisses révéler ce que je viens de te dire. Ta demeure doit être surveillée.

-Je dois avertir Harry, je…

-Draco, si tu avises monsieur Potter, ils voudront s'en prendre à lui aussi et je ne crois pas que c'est cela que tu souhaites. N'est-ce pas?

Bien qu'il savait que son père avait raison, il ne pouvait s'empêcher de détester cela. Il avait l'impression que Lucius se réjouissait de la plus vile des façons qu'il ne puisse retourner auprès de son petit-ami et de son fils. Mais c'était aussi peut-être lui qui s'imaginait de telles choses, car rien dans le ton de Lucius n'indiquait quoi que ce soit de la sorte.

Il se tourna vers son père en le regardant de bas en haut.

-Je n'ai plus ma baguette.

Et contre toute attente, Lucius lui tendit celle de Narcissa.


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

En espérant que la suite de cette histoire vous plaise, merci à ceux qui me laissent des commentaires.

xxx

Harley