CHAPITRE XXI

Don reprenait doucement conscience et tout de suite la douleur le submergea. Il gémit sous le bâillon qui lui recouvrait la bouche et s'efforça de respirer le plus calmement possible afin de maîtriser les longues ondes de souffrances envoyées par son corps martyrisé. Il s'aperçut qu'ils étaient à nouveau en train de rouler : il en déduisit que Mc Stylsen avait dû reprendre le volant après qu'il ait perdu connaissance.

Un moment la panique l'envahit à l'idée de ce que ce malade avait pu lui faire pendant son évanouissement : il tenta de localiser les différents foyers de souffrance pour s'assurer que rien d'irrémédiable n'avait été accompli, sorte de cruelle check liste dont il avait absolument besoin pour faire le point. Et son esprit le ramena à son premier réveil quelques minutes ou quelques heures plus tôt, il ne savait pas trop.

Lorsqu'il avait ouvert les yeux, il lui avait fallu un long moment pour comprendre ce qui s'était passé et se remémorer l'enchaînement du drame.

Dans un premier temps, il n'avait pas compris ce qu'il faisait là. Sa vue était brouillée, il souffrait terriblement de la tête. Ce n'est que lorsqu'il avait voulu y passer la main qu'il s'était aperçu qu'il était attaché, les poignets, étroitement menottés réunis à la tête du lit, les menottes, ses propres menottes, entortillées dans un anneau scellé dans la cloison à cet endroit et les chevilles garrottées à l'aide de ce qu'il identifia comme sa propre ceinture.

En tentant de remuer pour échapper à ses liens, il avait déclenché une douleur foudroyante au niveau de l'épaule. Le souffle court, il avait attendu qu'elle s'atténue puis, prudemment, pour éviter de la réveiller de nouveau, et aussi parce que le mouvement lui faisait mal, il avait tourné la tête vers la droite. Il avait alors aperçu que sa chemise était maculée de sang et la conclusion de l'intervention lui était revenue en mémoire : Mc Stylsen faisant irruption dans le car et abattant ses trois collègues puis tournant vers lui son arme.

Contrairement à ce qu'il avait craint alors, il n'avait pas tiré sur lui une nouvelle fois : après l'avoir visé assez longtemps, s'attendant peut-être à ce qu'il le supplie de l'épargner (mais il aurait pu attendre longtemps !), il l'avait frappé violemment au front avec son arme et Don avait plongé dans la nuit. Il comprenait maintenant que Mc Stylsen comptait vraisemblablement se servir de lui comme otage : la mort des trois autres agents devait être un avertissement à ses collègues, montrant qu'il n'avait rien à perdre et qu'il n'hésiterait pas à abattre son prisonnier si on n'obtempérait pas à ses demandes. Mais Don préférait mille fois mourir plutôt que d'être l'instrument involontaire de l'évasion du criminel : d'ailleurs il ne pensait pas que ses collègues commettraient l'erreur de préférer la préservation sa petite vie à la mise hors de circulation d'un tel monstre.

Ses pensées avaient alors dérivé sur ce qu'il savait de Mc Stylsen et tout son être s'était révulsé à la pensée de ce qu'il était capable de lui faire subir. Ses pensées s'éclaircissant, il avait cherché du regard un objet quelconque lui permettant peut-être de se défaire des menottes, n'importe quoi qui lui permettrait de se défendre contre son ravisseur. Tel qu'il était, pieds et poings liés, il se trouvait totalement à sa merci.

Il avait étudié en détail le dossier du criminel. Il savait que celui-ci ne l'épargnerait pas sous prétexte qu'il lui servait d'otage. Ses années de crimes l'avaient déjà amené à recourir à ce type d'expédients et son sadisme monstrueux avait toujours eu le pas sur son instinct de survie. Ses otages avaient toujours été retrouvés au bout de plusieurs heures ou plusieurs jours, torturés avec des raffinements de cruauté, l'imagination du criminel dans ce domaine semblant illimitée, sa capacité notamment à utiliser des objets inoffensifs du quotidien pour en faire de redoutables instruments de torture. Ils avaient surtout subi toute la panoplie des sévices sexuels : transformés en jouets sexuels par leur bourreau, ils avaient été violés à plusieurs reprises.

Deux d'entre eux avaient été retrouvés vivants. Le premier était un comptable d'une banque avait été jeté sur la voie pour empêcher les voitures de police, qui poursuivaient le van où s'étaient réfugié Mc Stylsen et quelques hommes de sa bande, de les rejoindre. Bien que n'ayant pas passé plus d'une demi-heure entre les mains du sociopathe, et alors même que celui-ci était talonné par une escouade policière, il était nu lorsqu'on l'avait jeté hors du véhicule. Il avait pu témoigner avoir été violé sous les rires salaces et les quolibets cruels des membres du gang.

Le second était un jeune policier de Miami, malheureusement tombé aux mains du maniaque lors d'une tentative d'interception. On ne l'avait retrouvé que trois jours plus tard, toujours vivant. Mc Stylsen l'avait sciemment laissé en vie, en proie à d'insoutenables souffrances physiques mais surtout morales. Durant les quarante huit heures où il était resté en son pouvoir, le malheureux avait subi des tortures atroces mais ce qui l'avait brisé, c'était les sévices sexuels et les viols à répétition. Aucun de ces deux hommes ne s'étaient remis de ce qu'il avait enduré. Le comptable avait très vite basculé dans la folie et, aux dernières nouvelles, il était toujours en institut psychiatrique. Quand au policier, malgré ses blessures, il s'était traîné jusqu'au toit de l'hôpital et s'était précipité la tête la première sur le parking situé trente mètres plus bas, incapable de supporter l'horreur qu'il avait subie.

En se remémorant ces deux cas, parmi tant d'autres, Don s'était senti glacé. Rien n'arrêterait le sociopathe qui le retenait, surtout pas ses blessures : la vue du sang risquait au contraire de déchaîner ses instincts sadiques. Et il avait désespérément cherché autour de lui un moyen d'échapper à l'abjection qui le guettait.