La fête avait battu son plein au McClarens en ce soir d'Halloween. Dès que le dernier client s'en fut allé, je me précipitais dans l'arrière boutique pour retirer mon costume de Catwoman.
Quand je revins dans la salle du bar, Lyle prit un air déçu.
« Je te préférais avec ton costume ! »
Je souris et me retournais vers Jeremiah.
« Mon tablier est sale, je vais le ramener chez moi pour le laver. » l'informais-je.
Jeremiah opina du chef. Je les saluais tous les deux et m'en allais.
Dès que je fus hors de vue, je sautais de toit en toit pour atteindre la forêt. Avec la pleine lune, les bois n'étaient pas aussi sombres que d'habitude. Toutefois, sans que je parvienne à l'expliquer, cette clarté me donnait la chair de poule.
Je secouais la tête. Toutes ces histoires d'Halloween et le comportement étrange de Desmond m'étaient monté à la tête. Il fallait que je me ressaisisse.
Je traversais la forêt à toute allure et débouchait sur la petite clairière où se situait notre chalet avec un certain soulagement. Mais dès que je repris mon souffle, je perçus une odeur très forte aux alentours de la maison. C'était une odeur musquée de bête sauvage.
Je sentis tous les poils de mon corps se hérisser. Une alarme se déclencha dans ma tête. Quelque chose ne tournait pas rond. Je regardais autour de moi, brusquement mal à l'aise.
Puis, soudain, à l'ombre des arbres, je détectais la forme d'une silhouette imposante.
Je me figeais net.
La forme se déplaçait avec lenteur. J'observais les mouvements de la créature avec une terreur grandissante.
Quand, enfin, elle émergea du couvert des arbres, je ne pus m'empêcher de lâcher un cri de frayeur. La créature était énorme, elle avait la tête d'un loup mais son corps ressemblait plus à celui d'un ours, le tout dans des proportions énormes. Les pattes de l'animal étaient griffues et avaient des coussinets qui rappelaient les pattes des félins. Sauf que ces pattes étaient plus grosses que ma tête ! Le pelage de la bête était noir avec des reflets argentés.
Sa gueule ouverte laissait entrevoir des crocs acérés et dégoulinant de bave. Les yeux sombres du monstre étaient braqués sur moi.
Cela aurait été le moment idéal pour décamper au plus vite mais je ne parvenais plus à faire le moindre mouvement. J'étais pétrifiée de peur.
La créature se mit à grogner. Je sentis la panique m'envahir. J'avais beau être devenu très résistante depuis que j'étais un vampire, il ne faisait aucun doute que cette bête pouvait me tailler en pièce.
Elle était à une vingtaine de mètre de moi quand elle se jeta sur moi. Il ne lui fallut qu'un bond pour me tomber dessus. Elle fut si rapide que j'eus à peine le temps de la voir se déplacer. Ses deux pattes avant me percutèrent en pleine poitrine et je tombais en arrière. La bête bascula avec moi, si bien que je me retrouvais allongée dans la neige avec la créature sur moi qui tentait de m'arracher la tête.
Dans un réflexe protecteur, je tentais de maintenir l'énorme gueule de la créature à une distance raisonnable de mon visage, tâche qui n'était pas facile vu sa force colossale.
Alors que je me débattais pour me dégager, je me mis à hurler de toutes mes forces. Je pouvais entendre la mâchoire de la créature claquer dans le vide près de mon visage. Au bout de quelques instants de lutte, je parvins à immobiliser suffisamment la bête au dessus de moi pour plonger mes yeux dans son regard. Ses yeux étaient étrangement humains, ils avaient une pupille ronde et l'iris était d'une couleur bleu sombre.
Son regard était bizarrement familier mais je ne pus réfléchir plus amplement à ce détail car une vague de chaleur traversa mon corps, signe annonciateur de l'émergence de mon pouvoir.
Je fermais les yeux et me remis à crier en repoussant la bête le plus possible. A ma grande surprise, la créature recula et finalement me lâcha.
Quand je rouvris les yeux, elle n'était plus là. Je me relevais à demi, terrorisée à l'idée qu'elle puisse revenir mais la clairière était vide. J'allais me relever mais une nouvelle vague de chaleur me rejeta au sol, tremblante de douleur.
Je tentais de me calmer pour éteindre le brasier qui était en train de s'allumer en moi. Mais la peur et la douleur semblait le décupler.
Je serrais les dents tout en hurlant d'impuissance et de souffrance. J'étais comme rongée de l'intérieur et ça ne faisait qu'empirer de secondes en secondes. La chaleur augmentait de manière exponentielle à tel point que mes vêtements prirent feu.
Puis, dans la brume de la panique et de la souffrance, je ressentis au fond de moi un déclic. Alors tout autour de moi devint orange. J'étais entourée de flammes qui me léchaient la peau. Mais le feu me semblait moins chaud que le brasier que j'avais en moi. Toutefois, au fur et à mesure que les flammes se répandaient autour de moi, la chaleur dans mon corps commença à diminuer jusqu'à disparaître.
Alors l'intensité des flammes autour de moi finit par baisser également puis par s'éteindre totalement.
Je ne ressentais plus rien. Mon corps semblait avoir disparu. Je n'avais plus la capacité de bouger ou de crier au secours. C'était à peine si je pouvais réfléchir.
Je n'étais plus qu'un esprit perdu. Je ne me souvenais plus qui j'étais ni comment j'étais arrivée là. Pas plus que je ne savais où j'étais.
Tout était si obscur et j'étais fatiguée. Il me fallait du repos ainsi qu'une autre chose, mais je ne parvenais pas à me rappeler quoi.
Je ne sais pas combien de temps je restais allongée là. En tout cas, je n'avais pas bougé d'un pouce quand des bruits de pas résonnèrent à mes oreilles. Des gens approchaient. Ils stoppèrent à quelques mètres de moi en lâchant des exclamations horrifiées.
« Oh non ! » fit une voix féminine, visiblement bouleversée.
« Attention ! C'est peut-être un piège. »
« Je ne détecte rien aux alentours. »
« Moi non plus mais il vaut mieux être prudent. »
« Nom de nom ! Qui a bien pu lui faire une chose pareille ? » Fit une voix bourrue.
Je sentis quelqu'un s'accroupir à côté de moi.
« A ton avis Emmett ? On est un soir de pleine lune ! » Répondit une autre voix d'homme.
« La question est : comment ont-ils pu faire ça ? » fit une voix de fille.
« Toute la neige a fondu sur un rayon de dix mètres autour d'elle. Et la terre est totalement brûlée en dessous. Comment-va-t-elle Carlisle ? Est-ce qu'elle est toujours en vie ? »
« Je ne sais pas. Lucy ? Tu m'entends ? Est-ce que tu peux bouger ? » Demanda la voix qui était la plus proche de moi et qui semblait appartenir à un dénommé Carlisle.
Je tentais d'ouvrir un œil pour voir à qui appartenait toutes ses voix mais je ne parvins qu'à cligner des paupières.
« Elle a bougé ! » s'exclama Carlisle, apparemment soulagé.
« Oh la pauvre petite ! Elle est dans un tel état ! » Se lamenta une voix de femme.
« Ne t'inquiètes pas, chérie, ca va aller. Edward, va dans la maison. Elle garde du sang dans le frigo, on va essayer de lui en faire boire un peu pour qu'elle puisse recouvrer des forces. »
« Et ramènes une couverture pour la couvrir. Tous ses vêtements ont brûlés. » Ajouta une voix de femme.
Je sentis une autre personne se pencher sur moi.
« Est-ce que ça sera suffisant ? Son corps est craquelé et fissuré de partout. Je n'ai jamais vu un vampire survivre à de telles blessures. » Fit la voix.
« Je ne sais pas, Jasper. J'ignore ce qu'ils ont bien pu lui faire endurer. » Répondit Carlisle avec une tristesse évidente dans la voix.
« Est-ce qu'elle a été mordu ? » demanda quelqu'un.
« Non. Elle n'a aucune trace de morsure. »
« Ils se sont attaqués à la proie la plus facile. » fit une voix que je n'avais pas encore entendue.
« Elle était isolée, sans défense. » renchérit une autre voix de femme.
« Nous aurions dû la prévenir. »
J'entendis Carlisle soupirer.
« Elle était déjà terrorisée par nous. Ça n'aurait fait qu'empirer les choses. » Se défendit-il.
« Je ne vois pas comment les choses pourraient être pire maintenant. » cingla une voix.
« Ça suffit Rosalie ! Gardes tes réflexions pour un moment plus opportun ! » S'écria une voix féminine.
« J'ai le sang ! » s'exclama une voix calmant ainsi la dispute qui couvait.
« Je ne comprends pas comment elle peut boire une chose pareille. »
Je sentis des mouvements au dessus de moi. Quelqu'un déposa une couverture sur moi.
« D'ordinaire, elle le fait réchauffer. » expliqua Carlisle.
On m'ouvrit la bouche délicatement, et un liquide visqueux et froid s'écoula dans ma gorge. Cela me fit étrangement du bien.
Je parvins même à déglutir.
« Je crois que ça marche. Les craquelures se referment. Il va me falloir plus de sang ! » Annonça Carlisle.
A mesure qu'il versait le sang dans ma bouche, la sensation de mes membres et de mon corps me revenaient. Je parvins même à ouvrir les yeux.
Je pus alors voir les propriétaires des voix. Ils étaient huit, tous penchés au dessus de moi et, bien qu'ils semblaient me connaître, je n'en reconnaissais aucun.
« Lucy, est-ce que tu peux parler ? » me demanda le dénommé Carlisle.
Je le regardais, troublée et confuse.
« Elle est en état de choc. » Fit un garçon derrière Carlisle.
« Il faut prévenir son frère. »
« Il est déjà au courant. Nous l'appellerons quand nous serons rentrés au manoir. Nous devons rester groupés au cas où les loups tenteraient une attaque. Dès que le jour sera levé, Rosalie et Bella iront chercher Joshua. »
« Voila la dernière bouteille. »
Carlisle se saisit de la bouteille et l'approcha de ma bouche. J'entrouvrais docilement les lèvres et tétais au goulot comme un enfant. D'instinct, je savais que c'était ce dont j'avais besoin, même si ce sang avait un goût affreux.
Je finis rapidement la bouteille.
« Je crois que c'est bon. Nous ferions mieux de rentrer maintenant. »
« Je vais la porter. »
« D'accord, Jasper. Mais fais attention. Elle est encore fragile, le moindre choc et elle pourrait partir en poussière. »
Je sentis qu'on me soulevait du sol. Je ne comprenais rien de ce qu'ils disaient. Comment pouvais-je tomber en poussières ? J'enfouis ma tête dans le creux de l'épaule de mon porteur, brusquement prise de panique.
« Ne t'inquiètes pas. Tout va bien aller. » Me dit mon porteur.
Et alors, un grand calme m'envahit, chassant la peur et la confusion. Je me laissais emmener sans la moindre appréhension.
