Chapitre 21
Il réussit à arriver au club de golf avec un peu d'avance. Déjà, le ciel se teintait d'ombres qui noircissaient un peu plus les nuages. A Satan City, la température était moins fraîche mais le vent ne faiblissait pas.
Gohan flotta un moment assez haut dans le ciel, pour observer la disposition des différents bâtiments. Ils étaient situés à l'entrée d'un green gigantesque et verdoyant, totalement désert.
Il localisa le club dans le bâtiment principal, construit dans un style ancien, de plain-pied et en forme de U. La cour gravillonnée, d'où partaient les allées menant au green, servait apparemment de parking. L'arrière de la bâtisse était flanqué d'une immense verrière, déjà illuminée, qui se prolongeait sur une terrasse. Au-delà, une vaste pelouse était plantée de buissons taillées qui formaient des allées entrecoupées de bosquets. Au centre de ce jardin, on avait installé un kiosque à musique, qui semblait abandonné en cette saison, et, dans l'un des recoins, Gohan repéra un petit bâtiment annexe qui devait très certainement servir aux jardiniers. Il paraissait en tout cas totalement inoccupé.
Il descendit doucement et se posa silencieusement sur son toit, jonché de feuille pourries qu'il s'efforça d'écarter du pied. L'endroit lui parut idéal. Mal éclairé, il lui permettait d'observer sans être vu. Et il était suffisamment bien orienté pour lui offrir une vue sur la verrière. Comme, évidemment, les carreaux étaient impeccablement astiqués, et que l'intérieur était vivement éclairé, Gohan n'avait aucun problème à visualiser les moindres détails de ce qui s'y passait.
Il s'accroupit et sortit ses jumelles. Pour l'instant, des serveurs en tenue se préoccupaient de finir de dresser des tables. Dans le fond, une petite estrade avait été montée et des techniciens installaient du matériel de sono. Gohan baissa ses jumelles et se mit à réfléchir. Il avait deux options, l'avant ou l'arrière. A l'avant, le parking lui permettait d'identifier les convives un par un, quand ils arrivaient. Ça avait l'avantage d'être plus confortable pour guetter la cible, et aussi, ça garantissait un environnement moins surpeuplé, donc un meilleur angle d'attaque. L'inconvénient évident était que Gohan ne disposait pas d'un point d'observation aussi discret. Comme il n'y avait pas d'étage, sa distance avec la victime était moindre et il était plus exposé, d'autant qu'il avait immédiatement remarqué un service de sécurité, qui entamait des rondes régulières autour de la structure. Il écarta donc cette option. Il décida de rester sur le toit de l'annexe, en retrait. Repérer la victime serait plus fastidieux dans la foule des invités, la précision du tir serait plus exigeante pour éviter de blesser qui que ce soit, mais le risque d'être vu ou pris en chasse était quasiment nul. Et, depuis ses déboires au commissariat, c'était devenu une préoccupation obsédante.
Il cala son sac à dos sur le sol devant lui, et s'en servit de reposoir pour ses jumelles, tandis qu'il s'allongeait le plus précautionneusement possible sur le ventre. Il avait du temps encore et se contenta d'observer le ballet du personnel qui mettait la salle en place. Puis, quelques invités commencèrent à se présenter. Ils étaient peu nombreux mais personne ne se décidait à s'assoir à table et c'était agaçant pour lui. Il préférait que chacun se tienne à peu près tranquille à sa place. Quelqu'un s'assit à un piano quelque part, et des notes de musique d'ambiance commencèrent à monter. Gohan soupira. Il ressortit la photo pour détailler encore la cible. Il lui trouva une tête d'hypocrite et se fit la réflexion que même ses dents avaient l'air fausses. Trop de faux.
Ses considérations furent perturbées par des voix qui s'élevaient du jardin. Il déglutit silencieusement en reposant la photo et risqua un coup d'œil vers le bas. Il s'aperçut avec horreur que des gardes du corps s'étaient joints aux services de sécurité du golf. Il les distinguait nettement par leur costard de croque-mort. Ils patrouillaient dans le jardin en maugréant dans leurs oreillettes, balayant les buissons de leurs lampes torches. Gohan perçut le reflet de la crosse d'une arme à la ceinture de l'un d'entre eux et une petite alarme s'alluma dans sa tête. C'était des professionnels, rien à voir avec les mecs bedonnants flanqué de talkies qui constituaient le personnel du club de golf.
Par expérience, Gohan savait à peu près jauger et reconnaître les gardes du corps. Il y avait ceux qui étaient purement dissuasifs, embauchés pour la frime, qui connaissaient tout juste le numéro des flics et pouvaient prendre des airs méchants. Et il y avait les vrais. Ceux qui n'avaient pas toujours l'air costauds ou rapide mais qui posaient problème. Ceux-là savaient deviner vos intentions, avant même que vous puissiez vous approcher, et imprimaient votre visage à vie dans leurs cerveaux, malgré n'importe lequel des déguisements. Gohan comprit rapidement que ceux qui parcouraient le jardin quelques mètres au-dessous de lui faisaient partie de la deuxième catégorie.
Comme pour confirmer sa conclusion, tout à coup, toutes les lanternes du jardin s'allumèrent de concert. Les invités derrière la verrière émirent une clameur d'admiration, croyant qu'on avait voulu leur ménager le spectacle bucolique du jardin dans ses habits d'automne. Gohan, quant à lui, sut, sans l'ombre d'un doute, que les gardes du corps venaient d'exiger cette illumination, par précaution. Il resta plaqué au sol, absolument silencieux, épiant leurs pas qui s'éloignaient sur le gravier des allées. Il se retrouvait impuissant, cerné de spots puissants, esthétiquement braqués sur les murs du bâtiment sur lequel il s'était posté. Le présentateur télé devait être un peu plus qu'un présentateur télé. Ou alors, il devait pressentir sérieusement la menace. C'était aussi l'inconvénient de ne pas connaître les cibles.
Gohan constata que, malgré tout, il parvenait à rester dans l'ombre du toit. Tant qu'il ne se redressait pas trop, personne ne pouvait le repérer. Il poursuivit son observation à la jumelle. Il lui sembla, qu'en même temps que les gardes du corps, plus de monde était arrivé. Posez vos culs ! Absolument personne ne songeait à s'assoir, de sorte que les gens formaient des attroupements mouvants qui bouchaient la vue de Gohan et risquait de rendre son tir impossible le moment venu.
Puis, il y eut un mouvement de foule et une rumeur, suivie par des applaudissements. Apparemment, quelqu'un d'important venait d'arriver et Gohan espérait qu'il s'agissait de sa cible. Il ne voyait rien. La cohue s'était formée autour de l'invité mystère, compacte, fluctuante. Gohan baissa ses jumelles avec ennui. Il devait être patient et espérait que la liesse retomberait et qu'ils finiraient tous par s'assoir à leurs tables, qui attendaient, désespérément vides. Finalement, une femme d'un certain âge en robe longue monta sur l'estrade et s'empara du micro pour prier tout le monde de regagner sa table d'une voix mielleuse. Elle ne fit pas autorité tout de suite mais les gardes du corps reparurent et encadrèrent la star du moment, que Gohan n'avait toujours pas vue, pour la guider à son tour jusqu'à l'estrade. Le présentateur télé émergea du groupe de croque-morts. Un sourire étira inconsciemment les lèvres de Gohan. Comme les nuages finissent par révéler le soleil, sa cible venait d'apparaître et s'apprêtait à prendre une place idéale, à découvert sur l'estrade.
A le voir en vrai, Gohan sut qu'il avait déjà vu sa tête quelque part. Compte tenu de l'accueil que lui avaient réservé les gens présents, il était clair que ce type était une célébrité. Il fit la bise à l'hôtesse en robe longue et elle lui passa le micro en lui glissant un mot à l'oreille. Il la prit affectueusement par la taille et commença à parler. Gohan fit une moue, la femme était un peu trop proche, il préféra attendre qu'il la lâche.
- Je vous remercie tous d'être venus pour fêter mon anniversaire ce soir ! lança l'homme.
Gohan entendait parfaitement ses paroles et son élocution assurée devant cette foule confirma qu'il devait s'agir d'un homme de spectacle. Mais il fallait qu'il s'éloigne de cette femme. Gohan rangea ses jumelles et ferma son sac pour le sangler sur son dos, en prévision de sa fuite. A cause des gardes du corps et de l'éclairage du jardin, il ne devrait pas traîner et profiter au maximum de l'effet de surprise. Il s'appuya sur ses coudes, toujours à plat ventre et mit son doigt en viseur, comme s'il s'était agi d'un pistolet.
- ...Et je suis d'autant plus ravi d'être là avec vous... et avec toute ma famille… ,poursuivit l'homme au micro.
Enfin, il libéra la femme qui recula d'un pas, tandis qu'il tendait la main vers les marches de l'estrade, invitant quelqu'un à le rejoindre. Cette posture-là était parfaite. Seul, les bras écartés. Le rayon d'énergie se forma au bout du doigt et surgit brusquement. A cet instant, ou en même temps, Gohan ne sut pas dire, son sang se glaça, quand Maya et Sharp émergèrent du groupe de gardes du corps, qui les aidaient à monter sur la petite scène. Un éclair traversa le cerveau de Gohan. Il connaissait ce type parce qu'il était partout en photo chez Sharp, parce que c'était tout simplement son beau-père, candidat au remplacement du maire.
Il eut un grognement inconscient et se concentra au maximum pour retenir ou détourner l'énergie qu'il venait d'expulser. Il était trop tard déjà. Ses efforts ne firent que dissiper le flux et, alors que, concentré au maximum, il n'était censé occasionner qu'un petit trou dans les parois de verre, puis dans la tête de la victime, il fit exploser bruyamment tout un pan de la verrière et finit par exploser au pied de l'estrade en expulsant des débris massifs dans tous les sens.
Les vitres furent pulvérisées dans un son cristallin et assourdissant, aussitôt couvert par l'anéantissement pur et simple d'une partie de l'estrade. Puis, très vite, des cris stridents s'élevèrent. La foule paniquée se leva de table pour se mettre en quête d'un refuge, sans vraiment comprendre ce qui se passait. Gohan se redressa et recula maladroitement, tombant sur les fesses en arrière. Il n'eut pas le réflexe de fuir, tétanisé par ce qui venait d'arriver, guettant les conséquences de son acte en retenant son souffle.
La fumée mit une bonne minute à se dissiper et Gohan finit par distinguer plus nettement les silhouettes qu'elle lui avait occultées. Sur l'estrade, l'animateur télé restait figé, le visage noirci par les cendres. Maya et Sharp avaient été amenés à terre par deux gardes du corps qui faisaient écran. Ils semblaient tous ahuris et incrédules. Quelques flammes grignotaient le plancher de la scène. Quelqu'un du club de golf se précipita en toussant avec un extincteur pour les maîtriser.
Gohan restait là, hypnotisé par la scène de chaos. Il repéra un corps au sol. Etait-ce lui qui l'avait blessé ? Les hurlements hystériques des convives, qui n'avaient pas compris que c'était terminé, ajoutait à la désolation du spectacle.
Subitement, des lampes puissantes se braquèrent vers le toit où Gohan se trouvait. Les rayons de lumières convergèrent vers lui en un instant et il leva instinctivement son avant-bras pour se protéger.
- Ne bougez-pas ! Descendez de là ! hurla une voix menaçante.
Gohan resta immobile. Il n'y avait pas d'accès au toit, personne ne pouvait s'approcher de lui pour l'instant, ce qui lui permit de réfléchir un peu. Il pouvait s'envoler. S'envoler, c'était aussi, d'une certaine manière donner sa carte de visite. S'il descendait, on le reconnaîtrait. Maya, Sharp sauraient aussitôt l'identifier, et les gardes du corps garderait son visage en mémoire de toute façon. Et qu'est-ce qu'il dirait à Sharp ? Il calcula alors mentalement sa chance de jouer de rapidité pour neutraliser ceux qui cherchaient à l'attraper. Il pourrait faire ça. Il ne voulait pas mais, comme l'autre fois au commissariat, il ne semblait plus avoir d'autre choix.
Le sommet d'une échelle apparut au bord du toit.
- On va venir vous chercher ! annonça la voix, nous sommes tous armés, ne faites pas de bêtises !
Avant qu'il ait pu esquisser un geste, Gohan entendit alors une série de chocs résonner, et les torches braquées dans sa direction s'éteignirent une à une accompagnées de grognement étouffés. Le silence et l'obscurité se firent au-dessous de lui, tandis que dans la verrière, l'agitation commençait tout juste à se calmer. Personne là-bas n'avait suivi les opérations de la sécurité pour localiser et neutraliser Gohan. Il s'approcha prudemment du bord du toit, à quatre pattes, pour comprendre. Végéta apparut alors devant lui, s'élevant tranquillement depuis le sol.
Gohan sursauta et ne put s'empêcher de lâcher un son de panique.
- Qu'est-ce que tu fous là ? bégaya-t-il.
Le saïyen pencha la tête sans répondre. Gohan repéra les corps de ceux qui avaient essayé de le faire descendre du toit.
- Qu'est-ce que tu leur as fait ? siffla Gohan, qui en dénombrait facilement une dizaine dans la pénombre.
Végéta ne répondit pas. Il s'était posé, debout à côté de Gohan, les bras croisés, et fixait la verrière. Le présentateur télé était toujours sur l'estrade, encadré de gorilles avec lesquels il discutait vivement.
- Tu ne l'as pas eu, remarqua Végéta calmement.
Gohan fronça les sourcils. Il prit conscience que Végéta connaissait exactement la raison de sa présence ici.
- C'est… c'est le beau-père de mon copain, expliqua péniblement Gohan.
Végéta baissa les yeux sur lui avec une pointe d'étonnement et de déception. Il leva son bras lentement et reporta son attention vers l'estrade. Un rayon d'énergie surgit de sa paume sous le regard effaré de Gohan. Le présentateur télé tomba raide et les cris et la panique se réactivèrent dans l'instant.
A genoux sur le toit, Gohan scrutait le spectacle avec incrédulité. Il ouvrit la bouche mais pas un son ne sortit. Sharp n'était plus là, on l'avait certainement évacué d'une manière ou d'une autre, mais, devant le corps de son mari, Maya hurlait à pleins poumons avec une expression terrifiée, et résistait aux gardes du corps qui tentaient de la ceinturer pour l'éloigner. Ils avaient sorti leurs pistolet et, comprenaient, enfin mais trop tard, que le danger n'avait pas été maîtrisé, malgré les informations transmises par leurs collègues quelques secondes auparavant.
Végéta se retourna vers Gohan avec un demi-sourire qui lui glaça le sang.
- Ne trainons pas, grogna-t-il.
Il l'empoigna par le bras, et s'éleva dans les airs avec une puissance qui surprit Gohan. Il résista un peu, par réflexe. Il lui semblait que les cris de Maya retentissaient encore dans la nuit fraîche. Mais la poigne de Végéta était ferme et, après un temps, Gohan se résolut à suivre le mouvement.
Ils rejoignirent la ville en silence et finirent par atterrir sur un toit. Dès qu'il eut posé le pied par terre, Gohan se précipita vers le mur le plus proche et se mit à vomir. Il tremblait, encore sous le coup du cauchemar qui venait de se jouer sous ses yeux, et du rôle qu'il y avait tenu.
Quand son estomac se calma, il se laissa glisser sur le sol pour s'assoir, vidé de ses forces. Végéta s'approcha tranquillement de lui. Gohan s'essuya la bouche et leva les yeux sur lui.
- Pourquoi t'as fait ça ? marmonna-t-il.
- Pourquoi toi, tu l'as pas fait ?
- Je te l'ai dit, ce type était le beau-père de mon meilleur ami. T'es un vrai malade ! cracha Gohan qui sentait la colère monter en lui.
Végéta prit un air amusé et s'accroupit pour se mettre à sa hauteur.
- Et les autres ?
- Quels autres ? maugréa Gohan avec méfiance.
- Tous ces gens que tu as tués ? T'en as tué combien ?
Gohan serra les dents.
- J'en sais rien, avoua-t-il, d'une voix dure, depuis combien de temps tu sais que je fais ça ?
Végéta détourna le regard avec ennui pour contempler les lumières de la ville qui s'offraient à eux.
- C'est pas très important.
Gohan s'aperçut que, sans qu'il s'en rende compte des larmes lui étaient montées aux yeux. Il renifla et les essuya brutalement d'un revers de manche.
- Tu vas le raconter à Bulma, ou à ma mère ? demanda-t-il sur la défensive.
- Pour qui tu me prends ? Je veux pas d'emmerdes.
Gohan baissa la tête et sembla réfléchir.
- Je sais que je devrais arrêter de faire ça, marmonna-t-il, je ne sais pas pourquoi…
Végéta le regarda à nouveau.
- Quand j'ai tué la première fois, je devais avoir six ou sept ans… Je ne me souviens même pas qui c'était, expliqua-t-il.
Gohan resta immobile et silencieux. C'était bien la première fois qu'il entendait Végéta livrer un souvenir de sa vie d'avant. Il crut qu'il allait poursuivre mais le saïyen s'interrompit et soupira.
- Les saïyens sont violents. Ils aiment le sang, c'est comme ça. Même ton père, à sa façon.
- C'est mal de tuer des gens, coupa Gohan, sans vraiment réfléchir.
- Vraiment ? Pourquoi tu le fais alors ?
Végéta se leva. Il semblait épuisé d'avoir tant parlé. Gohan avait la tête baissée, dans une posture désespérée.
- Tu as dû hériter des gènes, reprit le saïyen d'une voix sourde, l'inaction et les petites civilités du monde des humains sont parfois pénibles pour nous… Pour moi.
- Je ne suis pas comme ça, objecta Gohan d'une voix butée.
Végéta haussa les épaules et commença à s'éloigner vers le rebord du toit.
- Végéta ! hurla Gohan, avant qu'il ne prenne son envol, pourquoi tu l'as tué ?
Sa voix se cassa, vibrant à la fois de colère et de chagrin.
- Mais je voulais pas que t'aies des problèmes avec ton patron ! Et puis… L'occasion était trop belle, répondit-il avec malice avant de s'élever et de disparaître dans le ciel.
Gohan se prit la tête entre les mains. Ses oreilles et son cerveau vibraient toujours du hurlement de Maya, de sa voix si particulière. Il était effaré de la froideur avec laquelle Végéta avait terminé le travail. Sa froideur et son plaisir évident. Il le connaissait depuis longtemps, il avait déjà vu cet aspect de sa personnalité mais il croyait que tout ça avait péri avec sa décision de rester sur Terre avec Bulma. Il pensait qu'il avait changé une fois pour toutes. Mais le monstre était toujours là, quelque part.
Mais Gohan, lui, n'était pas comme ça. Il avait sauvé la Terre avec l'aide de son père, il avait sacrifié beaucoup pour le bien des autres et ce que son père lui avait enseigné n'avait rien à voir avec Végéta et sa théorie foireuse de gènes.
Et pourtant, il se sentait si mal. Il pensait à Sharp, à ce corps près de l'estrade, à cet incroyable gâchis. Il essuya à nouveau ses yeux. Il avait l'impression que son existence si lumineuse s'obscurcissait impitoyablement, que la nuit tombait sur son âme et qu'il laissait faire les choses, qu'il attendait juste que la nuit tombe complètement.
Il ressentit un besoin urgent de voir Videl, de sentir sa chaleur, d'inhaler son odeur. Il se leva péniblement et s'éleva pour piquer vers sa maison.
Son cœur se réchauffa en constatant que la lumière de sa chambre était allumée. Il vola jusqu'à sa fenêtre et toqua doucement. Elle était en pyjama et lisait un livre, assise en tailleur sur son lit. Elle releva la tête et arrondit les yeux en reconnaissant son visage derrière la fenêtre. Elle vint lui ouvrir d'un bond.
- Gohan ? Qu'est-ce que tu fais là ? s'exclama-t-elle à mi-voix.
Il se contenta de l'enlacer sans prendre la peine de répondre. Sous le coup de son empressement et de la surprise, elle fut obligée de faire un pas en arrière pour maintenir son équilibre. Il la serra silencieusement, sans bouger, s'imprégnant de son parfum, profitant de la réalité de sa présence.
Elle n'osa pas protester, et ramena à son tour doucement ses bras autour de lui pour le presser légèrement. Elle sentait que quelque chose n'allait pas; il tremblait un peu, et elle ne savait pas dire si elle devait prendre ça pour l'émotion de la revoir après une si longue séparation, ou s'il s'était passé quelque chose.
- Gohan ? Tout va bien ? souffla-t-elle finalement en l'obligeant à s'écarter un peu d'elle pour qu'ils puissent se faire face.
Elle fut choquée de son expression de désespoir et de ses yeux luisants, mouillés. Il ne dit pas un mot et l'embrassa avec précaution. Elle ferma les yeux et lui rendit son baiser, dont elle avait rêvé chacune de la dizaine de nuits qu'elle avait passées loin de lui. Submergée par la joie de le retrouver, elle oublia sa question et intensifia la pression de ses lèvres pour glisser sa langue dans sa bouche.
Il la souleva, sans qu'elle ne cesse de l'embrasser, et la porta jusqu'à son lit, sans se soucier de la fenêtre qui était restée ouverte et de la brise qui s'engouffrait dans la chambre. Il l'allongea sur le dos et, suivant son mouvement, s'étendit au-dessus d'elle. Une flamme s'était allumée en lui, plus puissante encore que la première fois, après le match, et qui brûlait aussi bien son sentiment de malaise après sa soirée calamiteuse.
Cette chaleur en lui se nourrissait tout à la fois du contact de sa peau, de sa langue et de son odeur, omniprésente dans cette pièce, dans ces draps. Il passa la main sous son T-shirt et sentit son épiderme se hérisser sur son passage. Quand il arriva au niveau de ses seins, elle eut un léger sursaut et un faible mouvement de recul. Il adoucit son geste mais continua son exploration.
Il se sentait douloureusement dur et avait envie d'elle au-delà d'une simple satisfaction physique. Chacun de ses mouvements provoquait un frottement délicieux contre le corps de Videl qui ne pouvait plus ignorer son état. Il redescendit sa main jusqu'à son pantalon.
- Gohan, murmura-t-elle avec une pointe d'affolement.
Il la regarda avec tristesse et résignation. Elle s'aperçut avec confusion que des larmes avaient coulé sur ses joues, et sut qu'il s'était passé quelque chose. Elle lisait un telle besoin de tendresse et de réconfort dans ses prunelles. Elle l'embrassa très doucement sur la joue, puis allongea la main vers la lampe de chevet pour éteindre la lumière. La pièce fut aussitôt plongée dans la pénombre et il la sentit se dégager. Il distingua son geste quand elle retira son pull, puis son pantalon. Elle balança ses vêtements sur le sol.
Le clair-obscur glissait sur ses courbes et la contempla religieusement un instant, avant de se déshabiller lui-même. Il la reprit dans ses bras pour la recoucher dans leur précédente position. Il sentait quelque chose en lui qui le pressait maintenant, il avait l'impression qu'il n'avait plus de répit, sous peine de prendre feu dans la minute. Videl se raidit sous son étreinte et eut un réflexe de résistance passager avant qu'il ne puisse lui écarter les jambes. Il s'imposa de freiner son empressement, à la fois dévoré par l'urgence de la posséder et infiniment désireux de respecter son rythme.
Quand il la pénétra, elle eut un grognement et crispa ses doigts sur son bras. Il n'y prit pas vraiment garde et poursuivit sa progression jusqu'au bout. Le plaisir l'envahit enfin et il entama ses mouvements en veillant à restreindre sa précipitation.
Mais son corps avait attendu ce moment-là trop longtemps et, rapidement, il accéléra, et son ardeur l'emporta. Videl gémissait faiblement, le nez dans son cou. Il retenait tendrement sa tête et jouit subitement avec une violence inattendue. Son orgasme fut long et libératoire tandis qu'il la serrait contre lui pour mieux profiter d'elle en entier. L'intensité du plaisir le laissa un peu sonné et il se laissa retomber sur elle pour reprendre ses esprits.
Il lui sembla qu'il ne pourrait plus jamais la quitter. Cette option lui paraissait tout à fait impossible, à cet instant-là. Elle finit par le repousser avec douceur pour reprendre son souffle. Il la suivit des yeux, tandis qu'elle se levait et se dirigeait vers la salle de bain.
Il faillit s'endormir plusieurs fois avant qu'elle ne soit de retour.
- Tout va bien ? demanda-t-il avec une pointe d'inquiétude.
Il venait de se souvenir de sa discussion avec Sharp et s'apercevait qu'il n'avait appliqué aucun de ses conseils. Il culpabilisait en réalisant que Videl n'avait peut-être pas pris autant de plaisir que lui à tout ça. Elle lui sourit faiblement dans la pénombre et hocha la tête en se glissant sous les couvertures contre lui. Elle lui caressa la joue.
- Et toi ? Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
La question de Videl raviva le souvenir de la soirée et assombrit son euphorie.
- Laisse-moi dormir un peu avec toi, souffla-t-il sur un ton implorant, en se blottissant contre elle.
Elle soupira et caressa sa tête. Encore des secrets, pensa-t-elle avant de réaliser qu'il sombrait déjà dans le sommeil.
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