Carte 21

Carte 21 : Le Passage

« Vous… Vous croyez que c'est vraiment normal, ça ? », demanda Kaïri d'une voix blanche. Elle désignait d'un geste mal assuré ce qui se profilait au devant du vaisseau dans lequel tous étaient réunis. Ce dernier prenait un chemin qui lui faisait redouter le pire, une brèche dans l'espace infini qui s'ouvrait à eux, constellée de fragments gigantesques de roches noires et en apparence indestructibles, le tout en rangs serrés et ne laissant apercevoir entre elles que de minces interstices semblant beaucoup trop petits pour y faire passer un vaisseau de cette taille.

Donald reprit la carte qu'il avait posée il y a de cela à peine deux minutes et l'observa minutieusement d'un air de technicien calé sur le sujet.

Dingo soupira et la lui retira des mains, ce qui déplut au plus haut point au magicien du Roi.

« Rends-la moi, veux tu ?!

- Je crois que si tu la mettais à l'endroit, tu t'y retrouverais mieux !

- Et qu'est-ce que tu en sais, toi, d'abord ?! »

Dingo lui désigna les annotations rédigées avec soin sur la carte, écrites par les anciens du Royaume.

« Moi, je préfère lire ça dans le bon sens, mais après, c'est toi qui vois… »

Le petit magicien forte tête lui lança un regard d'excuse et se mit à rire confusément. Il se rassit à son poste de copilote, repliant avec application la grande carte qui ne demandait qu'à être roulée.

« D'après mes calculs, le Royaume de la Lumière devrait être derrière ce champ d'astéroïdes. »

Sora, à qui les commandes du vaisseau avaient été laissées par habitude mais aussi par précaution aux vues de l'atterrissage exceptionnellement original et novateur (un crash de toute beauté d'une discrétion à faire peur…) effectué le matin même par ses deux compagnons de voyage étant venus les chercher lui, Riku et Kaïri pour ce voyage mouvementé, se retourna vers son ami qui se tenait debout derrière lui, en silence. Riku et lui échangèrent un regard inquiet.

Puis, Sora s'adressa à Donald qui pianotait furieusement sur le tableau de bord.

« Tu es sûr que c'est le bon chemin ?

- Quoi ?! Tu mets ma parole en doute ?

- Ben… Tu tenais la carte à l'envers, alors….

- juste un détail.

- Bah important, le détail quand même ! Et puis, la dernière fois, il n'y avait pas toutes ces météorites à éviter pour accéder au Royaume ! On a dû se tromper, changeons de direction, je serais plus rassuré, je me sens mal parti pour un slalom intersidéral où la première place est déjà très convoitée par tous ces gros rochers !

- Oh allez, Sora ! Ne me dis pas que ce sont ces quelques petits cailloux qui te font peur ! Tu as déjà piloté le Vaisseau Gummi dans de pires conditions !

- Oui, mais ce n'était pas par plaisir !! C'est quoi ce chemin d'abord !?

- Un raccourci.

- Toi et ton raccourci, hein ! »

Les deux se regardèrent d'un air de défi, le rouge leur montant aux joues. Riku prit les devants, posa sa main sur l'épaule de son ami qui le fixa avec étonnement.

D'une voix calme et posée, il lui prodigua le fameux conseil qu'il avait toujours dans ce genres de situations désespérées leur permettant bien souvent de retourner ces dernières à leur avantage :

« Sora,… Fais de ton mieux.

- Quoi ?! C'est tout ?! », s'exclama Sora d'une voix blanche.

-« Non, tu as raison, j'allais oublier… Nous nous en remettons à toi, tu tiens notre vie entre tes mains.

- Mais arrête bon sang ! Dit comme ça, on a l'impression que l'on va tous mourir ici !! Si tu voulais me rassurer, c'est raté ! »

Un bruit assourdissant retentit. Le champ magnétique généré par les rotations des astéroïdes tournant sur eux-mêmes dans un espace confiné entre leur orbite et celle des autres rochers en gravitation autour d'eux avait formé un vaste réseau sonore assourdissant dans lequel le vaisseau était entré brusquement, attiré par les roches en suspension.

Un météore frôla l'une des ailes du vaisseau et le fit tanguer dangereusement. Sora serra les dents. Ce n'était certainement pas le moment de se déconcentrer ou bien ils allaient certainement y rester. Se dégager de ce piège dans lequel ils s'étaient laissés entraîner était plus facile à dire qu'à faire et il n'avait que très peu de temps pour réfléchir à un moyen de se sortir de ce maudit champ de météorites dans lequel il s'était laissé enfermer.

Soudain, il vit devant lui une chose qui ne lui laissa pas le temps d'hésiter plus longtemps. Les astéroïdes se resserraient en avant du nez de l'appareil, se fracassant les uns contre les autres sous la pression dégagée, fermant petit à petit la seule issue qu'il entrevoyait dans cette pluie de pierres gigantesques.

Ses doigts se mirent à courir sur le clavier du tableau de bord, mettant sous tension le maximum de réacteurs qui composaient l'arsenal de secours du vaisseau.

Il eut juste le temps de murmurer : « Accrochez-vous où vous pouvez ! »

D'un geste sûr, il appuya sur la commande du générateur d'hyperespace. Le vaisseau se mit à trembler comme si sa carcasse était sur le point de se rompre, émettant un bruit d'acier tordu. Tous ses passagers plaquèrent leurs mains sur leurs oreilles pour endiguer ce tonnerre infernal qui leur vrillait les tympans prêts à exploser. Soudain, ils furent projetés en arrière avec une force inouïe, écrasés au sol, leur respiration coupée.

Ça ne dura que quelques secondes qui leur parut être des siècles tant cette pression intense qui les plaquait au sol était difficilement supportable.

Enfin, le bruit assourdissant cessa, faisant place au calme. L'air leur revint enfin, bien que leur respiration resta douloureuse encore quelques instants. Tous se regardèrent d'un air défait et soumis à la peur.

Sora déboucla sa ceinture et se dégagea péniblement de son siège, faisant craquer ses articulations endolories. Il regarda un instant par la vitre du cockpit. A l'avant du vaisseau, l'espace constellé s'étalait à perte de vue, dégagé comme jamais, d'un calme pesant. Il se retourna vers ceux que sa manœuvre désespérée avait malmenés. Tous essayaient tant bien que mal de reprendre ses esprits, feignant de ne pas tenir compte de leur respiration sifflante et douloureuse, de leurs muscles ankylosés et des battements sourds de leur cœur se remettant mal de cette péripétie inadaptée pour un voyage soi-disant sans encombres.

« Ça va aller ? », dit-il en calmant les tremblements de sa voix et en aidant Kaïri à se relever doucement.

Celle-ci hocha la tête et lui sourit.

« Mais Sora, qu'est-ce qui t'as pris de faire une chose pareille ? Tu as voulu nous tuer ou quoi ?! », s'écria Donald dont le séjour au sol sans autre forme de procès que ce « accrochez-vous où vous pouvez » avait déclenché une colère noire.

Sora se retourna et le fixa avec lassitude : « je viens de te sauver et c'est comme ça que tu me remercies ? Je sais pas si tu sais, mais si je n'avais pas activé l'hyperespace, on serait déjà en train de décorer l'espace avec les débris de notre vaisseau !

- Tu as fait quoi ?

- Je t'ai sauvé la vie.

- Non, après !

- Euh… J'ai activé l'hyperespace ?

- Mais comment tu as fait ? Il n'y a pas de commande hyperespace sur ce modèle ! »

Ils se regardèrent en silence. Sora bondit à son poste de commande et lui montra la manœuvre qu'il avait effectuée auparavant. Le magicien le fixa avec des yeux ronds.

« C'est ça, l'hyperespace, pour toi ?

- Bah… Euh oui ! Avant, c'était comme ça que l'on faisait pour le déclencher…

- Ça, c'est tout sauf une commande d'hyperespace que tu as activée ! Tu as juste déclenché un signal d'appel haute fréquence pour localiser un monde dont les coordonnées ne sont pas entrées dans l'ordinateur principal du vaisseau !

-Mais alors, comment j'ai pu mettre en marche l'hyperespace ?!

- Je ne sais pas, il n'y a pas d' « hyperespace » de programmé sur ce vaisseau ! »

Sora baissa les yeux au sol, totalement décontenancé. Ses doigts avaient filés tous seuls sur le clavier de commandes, par habitude peut-être. Mais alors, comment avait-il pu faire pour mettre en route ce qui ne pouvait pas être activé sur ce vaisseau ?

Juste cette impression, celle d'une chose étant entrée en résonance avec l'appareil, peut-être l'explication de ce bruit intenable qui s'était emparé pendant quelques instants se lui ?

La voix de Dingo le sortit de sa torpeur.

« Là-bas ! C'est le Royaume de la Lumière !! On peut voir le Château Disney !! »

Kaïri qui s'était approchée doucement, prononça : « Comme c'est beau ! Tout est blanc ! D'ici, il paraît immense ! »

Immense n'était pas le terme adéquat pour qualifier ce devant quoi ils se trouvaient à présent. Le monde dans lequel ils avaient atterri était vide. Désespéramment vide. Sora balaya d'un regard effrayé les jardins s'étalant à perte de vue qui s'étalaient sous ses yeux. Il n'y avait rien, pas un champ d'oiseau, pas un murmure. Juste un calme étrange et pesant comme du plomb sur ses épaules, une impression qu'il avait déjà ressentie lorsqu'il avait gagné avec ses amis cette terre disloquée formant la Fin du Monde. Pourquoi ce silence hostile emplissait-il ainsi le seul endroit où la vie lui avait semblée auparavant comme indestructible ? Même lorsque le palais avait été envahi par les Sans-Cœurs, rien n'avait été à ce point aussi privé de son essence comme aspirée par le néant se tenant derrière les lourdes portes du monde. Cette absence de bruits caractérisant la vie en tout domaine et d'ordinaire tellement banaux que plus personne ne faisait attention à eux prenait ici une ampleur considérable et inquiétante.

Derrière lui, personne n'osait souffler mot, eux aussi touchés par cet étrange sentiment de solitude et de mort qui emplissait maintenant les moindres recoins du Royaume de la Lumière.

Sora souffla, comme pour lui-même : « Que s'est-il passé ici ? »

Dingo avança de quelques pas en direction de l'imposante porte qui marquait l'entrée proprement dite du palais. Il s'arque bouta contre elle, aidé bientôt de Donald qui en fit de même, la faisant grincer effroyablement. Elle consentit péniblement à déverrouiller l'un de ses battants.

Dingo passa la tête par l'interstice créé. Il prononça d'une voix forte : « Votre Majesté ! C'est nous ! Nous sommes de retour !! Votre Majesté !! »

Il attendit quelques secondes une réponse qui ne vint pas. Riku lui passa devant, finissant d'ouvrir d'un geste brusque la porte qui leur faisait barrage. Il se retourna vers Sora.

« Quelque chose ne va pas ! »

Son ami hocha la tête et se retourna vers ses compagnons, vers Kaïri.

« On va voir ce qui se passe ! Restez-là ! Nous n'en avons que pour une minute ! »

Kaïri, Donald et Dingo n'eurent même pas le temps de répondre quoi que ce soit, les deux garçons avaient déjà disparu derrière la porte immense, s'engouffrant dans le couloir semblant être sans fin qui s'étalait devant eux.

Riku suivit Sora dans les méandres de ce palais qu'il ne connaissait qu'au travers les dires du Roi Mickey. Il fut d'ailleurs étonné de la manière si précise avec laquelle ce dernier lui avait décrit son royaume alors qu'ils avaient été enfermés tous les deux dans le Kingdom Hearts. Tout y était à sa place, rien n'avait été omis ou passé sous silence.

Sora prit de la vitesse alors qu'ils passaient devant une allée gardée de part et d'autre d'armures vides et protégeant l'entrée d'une dernière pièce dont la porte était décorée avec les armoiries du Roi.

Il s'arrêta devant, reprenant son souffle, marquant un temps d'arrêt dans sa course folle. Il fixa avec sévérité cette dernière barrière qui se dressait maintenant entre lui et son but. Ils avaient recherché le Roi et la Reine dans tout le palais, ils n'avaient trouvé personne. Ils ne pouvait être que là, dans cette dernière pièce. Celle qui était toujours close, celle qui constituait le dernier rempart entre la salle de la Pierre Angulaire et les ennemis éventuels, scellée par les deux sceaux du Roi et de la Reine.

Il craignait le pire. La seule chose qui pouvait encore le rassurer était de sentir la présence de son ami à ses côtés.

Il murmura : « Ça va aller, tout ira pour le mieux, puisqu' Il n'est plus. »

Il regarda un instant Riku. Ce dernier rivait ses yeux verts sur une encoche qu'il n'avait pas remarquée au départ mais qui lui semblait à présent d'une importance folle, une gravure faite dans le bois massif près de la serrure. Deux épées croisant le fer donnant naissance à une créature à deux faces, l'une blanche et portant sur son épaule une aile d'oiseau, l'autre noire dont l'os de son dos se muait en un long aileron de dragon. Ses yeux s'agrandirent lorsqu'il remarqua avec stupeur que les deux épées ressemblaient trait pour trait à leur Keyblade, Ultima et Point du Jour.

Il passa sa main sur ce relief étrange et inquiétant, le désignant à son ami qui l'observait lui aussi à présent.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Sora secoua la tête.

« Je ne sais pas, je ne pense pas que ce dessin était déjà là la dernière fois que j'ai mis les pieds ici.

- On dirait la forme suprême. Deux épées enlacées donnant la puissance à l'élu.

- Je ne sais pas ce que c'est et je ne crois pas que ça ait une quelconque importance pour ce qui nous concerne maintenant.

- Une mise en garde.

- Hein ?

- C'est une mise en garde. J'ai déjà vu ça quelque part…

- Riku, on devrait plutôt se dépêcher, les reliefs du château ne nous dirons pas où Sont le Roi et la Reine ! »

Riku se détourna à contrecœur de cette chose qui l'avait fait tressaillir, lui redonnant ce maudit mal de tête qu'il subissait à chaque fois qu'il essayait de faire la lumière sur ces souvenirs dont il n'était plus le maître. Il passa sa main devenue glacée sur son front, essayant de faire fuir cette sensation oppressante qui l'enserrait à présente dans ses anneaux.

Sora apposa sa main sur le sceau du Roi, couvrant celui de la Reine du bout de ses doigts. La porte grinça.

Une détonation retentit, les faisant se courber de surprise, s'étendant à voir le plafond d'ébouler.

Mais rien. Ils fixaient avec anxiété la fin maculée d'obscurité du long couloir dans lequel ils se tenaient. Le bruit était venu de là. Ou bien… Il était venu de derrière.

Soudain, Sora fut repoussé avec violence loin de la porte sur laquelle il avait posée la main. Il alla s'écraser lourdement sur le sol, poussant un petit cri de douleur alors qu'il touchait les dalles dures sans ménagement.

Riku se précipita auprès de lui, l'aidant à se relever. « Sora ?! Que s'est-il passé ?! Tu vas bien ?! »

Ce dernier essuya un filet de sang qui s'écoulait de long de sa lèvre qu'il avait mordue au moment de l'impact. Il fixait les yeux écarquillés la porte qui l'avait balayé comme un vulgaire fétu de paille.

« Il y a quelque chose derrière. »

Riku reporta son regard sur le bois noir de cette entrée close.

Soudain, un glapissement strident retentit tandis qu'un martèlement sourd et fracassant cognait contre le bois, le faisant se déformer sous la force de ses coups, lui arrachant des brisures grossières s'écrasant au sol à chaque heurt.

Riku s'écria affolé : « Qu'est-ce que c'est ?! »

Sora se releva à toute vitesse, se mettant en garde. Une lumière aveuglante éclaira son poing tandis que pareil éclat naissait au bout des doigts de son ami. Point du Jour et Ultima prirent naissance en une gerbe d'étincelles, prêtes à combattre, répondant à l'appel de leur porteur. Juste à temps car la porte vola en éclat dans une pluie d'échardes qui s'effondrèrent sur les deux garçons. Ils se protégèrent le visage alors que devant eux, dans le passage que la chose s'était frayée au travers du dernier rempart du palais, se tenait une créature noire ébène, les empoisonnant de son regard rouge et ardent.

« Bon sang », s'écria Sora, « mais qu'est-ce que c'est que ça ?! »

Riku le repoussa brusquement dans un coin au moment où la créature, faisant sauter tout à fait la porte qui n'était plus qu'une relique, fonçait droit sur lui sur son ami.

Elle se tenait devant eux, d'une grandeur infernale, ressemblant de part sa tête à un cheval noir aux yeux de fou et aux dents agencées comme des crocs, son cou était noueux, ses muscles saillaient sous une peau qui paraissait être bien trop petite pour contenir un tel animal mythologique. Il gratta le sol de l'une de ses six pattes. A chaque fois que son sabot d'airain touchait les dalles de granit, il creusait celles-ci comme s'il ne s'agissait que de beurre tendre.

Sora se releva lentement, n'osant faire de mouvement brusque de peur de déclencher cette fureur qu'il devinait logée derrière ce regard rouge et démoniaque que la bête dardait sur eux.

Le cheval monstrueux hennit furieusement. Son cri se fit strident et leur arracha un hurlement de douleur, comme si les plaies qu'ils avaient reçues lors de leurs différents combats contre les Sans-Cœurs ou les Similis se rouvraient au son de ce sifflement retentissant et suraigu.

Une voix s'insinua dans leur tête, déformée et rauque, comme si elle était un amalgame de plusieurs timbres différents mélangés en une tonalité grotesque et horrible.

« Porteurs, c'est ici que tout s'arrête. Moi, Syrinx, je vais arracher vos pauvres petites existences de mes dents. Je boirai votre sang en guise de compensation pour ce que vous avez osé devenir.»

Serrant les dents, ils se redressèrent avec une peine non cachée, sous les rires tonitruants de cette créature qui leur intimait l'ordre de mourir.

Sora eu la force de lui crier en retour : « Qu'est-ce que tu as fait au Roi Mickey et à la Reine Minnie, démon !! »

« Un châtiment juste réservé à ceux qui ne le sont plus.

- QU'EST-CE QUE TU LEUR AS FAIT ?!

- Un Scellé pour une faute qu'ils ont commise. Une justice pour une ignominie qu'ils ont parfaite.

- TU ES UN SANS-CŒUR ?! »

L'animal sembla se courber en un rire décousu et dont les affres le secouait de toutes parts. Son corps gigantesque et monstrueux se déforma alors que ses yeux se rivèrent sur Sora qui recula d'un pas.

« UN SANS-CŒUR ?! HA ! HA ! HA ! HA ! JE NE SUIS EN RIEN UNE TELLE BOUE SALISSANT LE MONDE ! JE SUIS L'EQUIVALENT D'UN DIEU ! JE SUIS UN ALANKAL ! »

A ce mot, Riku ressentit une douleur atroce lui vriller le crâne, le privant de sa vue. Il s'écroula lourdement au sol comme terrassé par ce mot qu'il avait connu et dont les sonorités lui étaient familières. Le monstre les leur avait jeté à la tête avec dédain, lui, il l'avait reçu comme un coup au creux de l'estomac. La douleur se fit telle qu'il dut s'accrocher à Sora pour ne pas perdre l'équilibre. Ce dernier avait fléchi sous son poids devenu mort, ayant eu juste le temps d'amortir quelque peu sa chute.

« Riku !! Qu'est-ce qu'il y a ?! Riku !! »

Il passa son bras autour des épaules de son ami dans le but de le redresser. Il savait que s'il ne faisait pas quelque chose, ce monstre qui leur faisait face ne tarderait pas à cesser son rire dément pour mettre ses menaces à exécution. Les yeux de son ami étaient dilatés comme jamais, exprimant une confusion intense, dans un geste convulsif, il plaqua ses mains sur son crâne dans l'espoir de faire disparaître cette douleur qui le secouait de toutes parts.

Il resta sourd à ses appels, tremblant atrocement. La créature hennit de nouveau. Riku se tordit à ce sifflement suraigu et hurla. Sora lâcha sa Keyblade qui disparut avant même de retomber sur le sol. Il fit basculer son ami sur son dos et ploya sous sa charge. Il devait faire vite, cette chose, sa seule présence semblait incompatible avec celle de son ami, rendant cette dernière semblable à un un mal affreux. Il n'avait pas d'autre choix que de fuir, au moins pour mettre son ami à l'abri.

Il repensa soudainement à ceux qu'il avait laissés dans la cour du palais, à celle qui l'attendait là-bas. S'il allait les rejoindre, il attirerait ce monstre dans son sillage et l'amènerait jusqu'à eux, jusqu'à elle. Mais aller où alors, si ce n'est rebrousser chemin puisque la créature bloquait l'entrée du hall de la salle sacrée du Trône ?

Une lumière jaillit alors de l'embrasure de la salle se trouvant derrière la créature infernale. Celle-ci fut éblouie et ferma dans un cri de fureur ses yeux ardents. Sora fixa l'endroit d'où était provenue cette source de lumière salutaire. Derrière la bête, il reconnut celui qu'il était venu cherché en ces lieux devenus maudits, le Roi Mickey, tenant sa Keyblade d'une main, l'appela d'une voix forte : « Par ici Sora !! Dépêche-toi !! »

La créature hurla de rage, se couvrant les yeux de l'une de ses pattes repliée en un angle aphysiologique.

« MAUDIT SOIS TU !! TU VAS ME LE PAYER !! MES YEUX !! »

Sora s'engouffra dans la brèche qu'avait creusée pour lui le Roi. Ce dernier l'aida à soutenir son ami qui essayait tant bien que mal de calmer les convulsions qui le gagnaient. Ils coururent vers l'emplacement du trône. Le Roi actionna le mécanisme avec sa Keyblade. La salle se fendit alors que le passage vers le Hall de la Pierre Angulaire jaillissait sous les dalles de la pièce, se muant en un escalier abrupt.

Il cria au même moment où le monstre furieux faisait irruption dans la salle, ses naseaux crachant de la vapeur brûlante et sa voix se faisant tonnerre.

« Vite Sora ! Descends et ne te retourne pas !! »

« TU VAS ME LE PAYER, STUPIDE PETIT ROI, TU AURAIS MIEUX FAIT DE MOURIR TOUT DE SUITE, JE VAIS TE FAIRE SOUFFRIR AUSSI LONGTEMPS QU'IL TE RESTERA UNE ONCE DE VIE IMMONDE EN TOI !! »

Il fonça vers eux, arrachant à chacun de ses pas les dalles polies qui constituaient le parvis de la grande salle du Trône, dans un tourbillon furieux de poussière ardente et de hurlements stridents.

Le Roi leva sa Keyblade un instant, plongeant son regard sans faille dans celui maculé de folie meurtrière du monstre qui s'élançait vers eux.

« Votre Majesté !! », s'écria Sora alors qu'il gagnait les escaliers menant vers leur salut.

Le Roi prononça d'une voix forte : « Lumière ! »

Le scellé entre la salle du Trône et le Hall de la Pierre Angulaire se referma lourdement, plongeant Sora et le Roi dans l'obscurité, verrouillant l'accès de leur monde au monstre qui était venu semer le chaos et la désolation en cette terre sainte.

« Ne te retourne pas !! », lui cria le Roi qui dévalait les escaliers.

Sora le rattrapa vite, annihilant le désir de regarder en arrière une dernière fois, pour voir disparaître ce monde qui était la terre de ses amis, engloutis par le dernier sort qu'avait lancé le Roi pour son salut.

Derrière lui, les escaliers tombaient eux aussi en ruines, il n'eut que le temps de descendre les dernières marches quand elles se brisèrent tout à fait, les débris masqués par une lourde porte aux inscriptions runiques qui se refermait sur leurs pas, et dont le bruit masqua le sifflement de rage et le hurlement de mort de l'Alankal dont le corps se disloquait en même temps que le monde qu'il avait souillé.

Dans un dernier rugissement de douleur et de fierté éternelle, le Royaume de la Lumière disparut.