Chapitre 20 :
Adam redescendit, plus calme et surtout déterminé. Il s'excusa auprès de ses amis sans véritablement leur donner d'explication et ignora le regard inquiet d'Aymeric. Il redevint le garçon agréable, un peu déboussolé et ignorant qu'ils connaissaient, gardant pour lui les deux promesses qu'il avait faites.
***
Le dernier match de Quidditch arriva assez vite. Le né-moldu, qui n'en avait pas regardé un seul depuis le début de l'année, fut traîné de force dans les tribunes sous le sourire désolé d'Aymeric, qui n'appréciait pas non plus ce sport et descendit dans sa salle commune.
Zack lui montra un de ses cousins, Ralph Weasley, qui jouait comme Poursuiveur pour sa première année dans l'équipe. Adam fut surpris de voir à quel point le garçon semblait à l'aise sur son balai, alors que lui-même avait abandonné depuis longtemps l'idée même de monter dessus. Le jeune Gryffondor, qui n'avait qu'un an de plus que lui, volait d'une façon très fluide, doublant presque gracieusement ses adversaires et visant toujours juste.
-Il est très doué, souffla le Serdaigle à son ami. Enfin, je ne m'y connais pas…
-Non, tu as raison, confirma Zack. Mon père dit souvent que Ralph est né avec un balai dans les mains…. Ce qui n'est pas vraiment mon cas, à son plus grand désespoir.
Il avait dit ça d'un ton ironique, mais ses yeux brillaient en suivant les mouvements de son cousin. Ce dernier marqua dix point en interceptant la Souafle et en la jetant à travers un des anneaux.
-Regarde Winchester ! fit soudain Vincent au né-moldu.
Thomas Winchester était l'attrapeur des Serdaigles. Il avait distancé celui des Gryffondor, suivant le Vif d'or de très près.
-Il est en cinquième année, l'informa le blond. Il fait craquer toutes les filles et c'est un des meilleurs joueurs de Quidditch de l'école. Mais il paraît que l'attrapeur des Gryffondor est très bon, lui aussi.
Effectivement, ce dernier remonta en flèche et tendit la main pour intercepter la sphère dorée. Hélas, il la manqua de quelques centimètres seulement. Il freina, fit demi-tour et repit sa course. En attendant, les Poursuiveurs de Serdaigle avaient marqué quelques dizaines de points et pris la tête. Cela changea du tout au tout lorsque l'un d'eux se prit un Cognard envoyé par un des batteurs de Gryffondor.
-La chance tourne, fit remarquer Sally en riant.
-Ca doit faire mal, compatit Adam en voyant la victime à terre. C'est pas un sport, c'est une boucherie !
-C'est pour ça qu'il faut éviter les Cognards, répliqua Zack.
La chance avait tourné. Les Gryffondor marquaient de plus en plus de points, au grand désespoir des Serdaigles. De leur côté, les deux attrapeurs volaient côte à côte, se percutant comme des voitures de course et ne quittant pas le Vif d'or des yeux.
Soudain, un Cognard fit un trou dans l'équipe des Gryffondor, qui se retrouva à son tour avec deux Poursuiveurs. Ensuite, ce fut au tour d'un batteur de succomber. Le deuxième, passablement affolé, redoubla d'effort pour contenir tout ce que l'équipe adverse lui envoyait.
-Y a toujours autant de blessés ? grimaça le né-moldu.
-Non, pas vraiment, répondit Sally. C'est assez bizarre… on dirait qu'ils sont tous trop forts ! Ca risque de durer longtemps.
-Il reste toujours les attrapeurs, intervint Vincent. Il suffirait que l'un d'entre eux attrape le Vif… et ce serait la fin.
-Mais regarde-les, soupira la brune. Ils sont collés l'un à l'autre… Dis, Zack, tu pourrais la fermer, on s'entend même plus parler, ici !
Le Gryffondor s'était levé et criait avec les autres supporters. Sally leva les yeux au ciel et s'écarta de lui.
-En fait, si ça continue… commença-t-elle.
Elle fut interrompue par une véritable ovation dans les gradins. En se levant, Adam vit l'attrapeur des Gryffondor brandir son poing avec un sourire triomphant.
-J'imagine qu'ils ont gagné, ironisa-t-il.
-Mmh… répondit Vincent, légèrement déçu.
En le regardant, le né-moldu se rendit soudain compte de l'importance que sa Maison avait pour son ami. Lui-même ne s'y intéressait pas vraiment. Gagner des points pour sa Maison ne l'avait jamais motivé, et il ne ressentait rien de spécial en voyant la mine déconfite des supporters bleu et bronze, mis à part une pointe de compassion pour les joueurs qui, après un match difficile, avaient finalement perdu.
Après le match, Zack partit à la rencontre de son cousin. Beaucoup de gens étaient déjà venus féliciter l'équipe, en particulier l'attrapeur.
-C'était génial ! s'écria Zack en approchant.
-Tu as bien joué, fit Sally sur un ton plus réservé. D'autant plus que ton équipe a été salement amochée…
-Merci, sourit le Poursuiveur. Leurs batteurs visent vraiment trop bien…
Il ne ressemblait pas beaucoup à Zack. Il n'avait qu'un an de plus que lui, mais était beaucoup plus grand, et ses cheveux plus bruns que roux et son visage plus fin. Par contre, il avait les mêmes yeux noisette.
-On a quand même failli gagner, intervint Vincent, patriote. Pas vrai, Adam ?
-Hein ? Oh, oui…
-Dans vos rêves, railla Zack.
-Commence pas, soupira Sally.
-Vous êtes à Serdaigle ? s'étonna Ralph.
La brune leva les yeux au ciel.
-Ce sont Adam et Vincent, les présenta-t-elle. Je t'ai parlé d'eux, à Noël.
-Si tu crois que je me rappelle de tout ce que tu dis…
Sally donna un coup de coude à son cousin qui l'esquiva en riant et partit rejoindre son équipe. Le petit groupe partit lui aussi, mais vers le château. Vincent et Zack se disputaient au sujet de quelle équipe de Quidditch était la meilleure, pendant qu'Adam écoutait Sally se plaindre de sa ribambelle de cousins.
-C'est pas qu'ils sont méchants, soupira-t-elle, mais tous ceux de mon âge sont des garçons. Ma cousine la plus jeune a trois ans de moins que moi, et la suivante est en troisième année…
Le né-moldu hocha vigoureusement la tête. La Gryffondor lui avait déjà fait la liste de tous ses cousins élèves à Poudlard, et il commençait déjà à l'oublier. Il y avait Zack, bien sûr, puis son frère, Léon, que le Serdaigle n'avait jamais vu. Ensuite, Ralph et sa soeur, puis des jumeaux, une autre fille, et enfin Anabelle, qu'il avait rencontré avant Noël. C'était véritablement une grande famille, Adam en était presque jaloux.
Les quatre amis retrouvèrent Aymeric dans la Grande Salle. Il s'était proprement fait jeté de sa salle commune par un élève plus âgé et lisait un livre en sirotant une tasse de thé. En les voyant arriver, il sourit et arrêta sa lecture.
-Alors, le match ? demanda-t-il.
-On a gagné ! fit Zack en lançant un regard à Vincent. Et de loin.
-Il s'en est fallu de peu, rétorqua le blond. Mais c'était un bon match.
-Depuis quand est-ce qu'on peut boire du thé à cette heure ? s'étonna Sally.
Le Serpentard rougit.
-C'est un elfe qui me l'a apporté.
-Quelle heure il est ? l'interrompit Zack.
-Presque quatre heures, répondit Vincent.
-On pourrait aller dans le parc !
-Pourquoi pas ?
Adam regarda Aymeric. Ce dernier semblait un peu mal à l'aise et fuyait son regard depuis la révélation que le né-moldu avait faite à l'infirmerie. Il s'en voulait, mais il avait cru que le Serpentard le prendrait mieux et était quand même déçu par son comportement.
***
Ce fut bientôt les vacances de printemps, période de dilemme très désagréable pour le Serdaigle.
-Comment ça, tu ne veux pas rentrer chez toi ?
Adam soupira et se replongea dans son livre de Sortilèges. Assis à côté de lui pour le cours, Vincent venait de l'interroger sur ce qu'il prévoyait de faire pendant les vacances.
-Adam ! s'indigna le blond. Tu ne vas pas en vouloir à tes parents, encore ?
-C'est pas ça… répondit le né-moldu. C'est juste… il s'est passé des choses, cette année, et j'ai pas vraiment envie de le leur expliquer.
Enfin, il pouvait toujours mentir, mais à ce point ! Adam regarda son ami. Il avait envie de tout lui avouer, mais savait que c'était une mauvaise idée, vu comment avait réagi Aymeric. Il ne voulait pas mettre une autre de ses amitiés en péril. Ne rien dire était plus simple.
-Ca concerne ta possession ? souffla le Sang-Pur.
Le né-moldu lui lança un regard effaré.
-Comment sais-tu… ? Aymeric !
-Il n'arrivait pas à garder ça pour lui, le défendit Vincent. Il n'aime pas trop les secrets, vieille histoire de famille… Bref, je n'ai rien dit à personne.
Adam se sentit à la fois soulagé et trahi. Aymeric avait révélé son secret, alors que lui-même l'avait jugé assez digne de confiance pour que le Serpentard puisse l'entendre. Mais dans un sens… C'était sûrement pour ça que son ami était mal à l'aise. Il devait culpabiliser, ce qui signifiait que le problème n'était pas le secret même, mais le fait de l'avoir répété.
-Je vais devoir leur mentir, tu comprends ? souffla-t-il. Et je préfère retarder le moment où je vais le faire…
-Il faudra bien que ça arrive…
-Je sais, mais j'attendrai.
Vincent haussa les épaules.
-Comme tu veux. Au moins, Aymeric et moi ne serons pas tous seuls.
-Tu vois, ça t'arrange, railla le né-moldu.
Son camarade sourit mais ne répondit pas. Derrière eux, quelque chose explosa dans un grand bruit, attirant l'attention de toute la classe. Robert, baguette en main, regardait avec surprise sa plume réduite en cendres. Adam ne résista pas et éclata de rire.
***
-Tu ne trouves pas que Robert est de plus en plus bizarre ? fit Vincent en regardant son camarade traverser le hall. Il réussissait toujours ses sorts, avant, et maintenant…
Adam haussa les épaules puis sursauta en sentant une main s'abattre sur son épaule.
-Vous parlez de qui ? demanda Zack en souriant.
-Personne, répondit sèchement le blond. C'est confidentiel !
-Bien sûr…
Sally arriva, suivie par Aymeric. Elle semblait essoufflée et tira son cousin en arrière.
-T'es pas obligé de courir partout, tu sais ? soupira-t-elle. T'aurais au moins pu nous attendre !
-Désolé, s'excusa faussement Zack.
-Vous faites quoi pendant les vacances ? les interrompit Adam.
-Mon père ne sera pas là, répondit Sally. Et ma mère non plus, j'imagine. Donc je crois que je vais rester ici, ou bien aller chez Zack.
-Mon père aussi travaille, figure-toi, répliqua ce dernier. Et au Ministère, en plus. Il ne peut pas prendre congé pour ces vacances, et ma mère s'occupe déjà de ma petite sœur… Je crois pas qu'elle sera d'accord pour qu'on vienne à deux.
-Alors je reste ici.
-Moi aussi !
Adam hocha la tête, secrètement satisfait. Il se tourna vers Aymeric, qui restait silencieux.
-Et toi ?
-Euh… Je reste.
Le né-moldu acquiesça. Ils seraient donc tous les cinq à l'école pour les vacances. Génial. Il se demanda ce qu'ils allaient pouvoir bien faire. A Noël, il avait été obnubilé par son histoire de possession, mais maintenant… la nourrice lui avait promis de le laisser tranquille pour l'instant, mais elle risquait de ne pas tenir sa promesse. Pourquoi avait-il accepté de l'aider ? Sur le coup, l'envie de savoir ce qu'étaient devenues Eleanora et Emilia avait été plus forte que son bon sens, mais il risquait de le regretter plus tard…
