Aaaaaaaaaaaaaah ! Enfin je vous retrouve mes Didooouuus d'amooouuur !

Alors, alors… Je ne vous ai pas fait trop attendre cette fois ! C'est parce que Dame l'Inspiration s'est montré particulièrement généreuse et efficace ! Je vous promets que ce chapitre va vous laisser sur le Q !

Merci pour vos reviews toujours aussi motivantes. Si vous, vous êtes impatients que je publie mes chapitres, moi c'est vos reviews qu'il me tarde de lire à chaque fois ! Et je dois dire que vous avez parfois une imagination débordante !

Spicycocktail : Salut ma belette ! Comment va ? Contente que tu ais adoré ma tite'surprise parce que je me suis donné du mal, hein ! Et il y en aura d'autres, des unes du p'tit journal, c'est promis ! Bon… Pas tout'd'suite, hein ? Mais j'y travaille… Dis donc, canaille ! Ça veut dire quoi « attention au rythme de parution » ? èé Grrr… Insinuerais-tu que je lambine ! Je fais ce que je peux avec le peu de neurones qui peuplent mon cerveau ! Et crois-moi, y a du boulot ! Qu'est-ce que j'ai vu ? Tu attends avec impatience le face à face Koji/Saeko ? Yéh ! Eh ! Eh ! Eh bien ! J'en connais une qui va être surprise par ce chapitre très… Euh… Comment dire… Bluffant ! Bonne lecture ma belette et à très vite ! BiZous !

Elodie85 : Hello Cocotte ! Alors comme ça, « lagagne », tu connaissais pas ? En français de base : « crotte d'œil » ! On dit aussi « lougagne »… Et ça peut aussi signifier « crotte de nez » ! Si, si… En fait, c'est du « Bordeluche » (de la région de Bordeaux, quoi… Ben ouais… Ch'uis de par là-bas !) et t'as pas idée du nombre de p'tits mots comme ça qui éveillent la curiosité des touristes ! Par exemple, on va faire un p'tit jeu (EH ! Les filles ! Vous pouvez jouer avec nous, vous aussi, hein !) : je vais te donner 3 mots en bordeluche et à toi de me les traduire en « français », OK ? C'est parti : Boudic, Choumiquer et Grignechiche (il est un peu dure celui-là alors petit indice : c'est un adjectif qui traduit un état d'esprit…). Allez, allez ! Au boulot ma grande ! Réponse au prochain chapitre ! Sinon, t'es pressée aussi de voir la confrontation Koji/Saeko ? Oooooh… Que j'aimerais voir ta tête à la fin du chapitre… OK ! J't'embête pas plus longtemps ! Files vite à ta lecture cocotte ! ByeBye et kissssssssssssssssssssss

Karasu999 : Tiens, tiens, tiens… Ne serait-ce pas notre p'tite frappe préférée ?... Meuuuuh non, t'es pas détestée ! J't'adore, moi ! Wouaou ! T'as refait le plein de champagne et apéricubes ? Cool ! (Koji : Quel duo d'arsouilles quand même / Ken : Ouais… Pas une pour rattraper l'autre…) La ferme, les 2K ! Vous, vous faîtes un beau duo de rabat-joie, par contre ! Alors… Tu sais quoi ma caille ? J'adore toujours autant tes reviews ! Heureusement que je pais pas mes reviewers, et encore moins au nombre de mots, parce que tu m'aurais déjà ruinée ! Je suis bien contente que ma surprise t'ai plu (en fait, tout le monde l'a aimée . ) et j'espère que ce chapitre sera à la hauteur de ta grAAAAAAAnde patience ! Big bisous ma Karasu ! ByeBye !


-21-

Accord

- Cesses de faire ta tête de mule et montes dans cette voiture ! s'impatienta Nico en prenant le cartable et le petit sac rose de sa sœur.

- Très bien, très bien ! Mais si tu permets, j'ai deux/trois bricoles à régler avant !

- Comment ça : deux/trois bricoles ! T'as vu ta tête ! Tu ne t'es pas assez défoulée pour aujourd'hui ! s'énerva Nico en jetant avec emportement les affaires de sa sœur sur la banquette arrière. Tu veux encore créer des problèmes !

- Moi, je veux créer des problèmes ! s'insurgea l'adolescente.

- Laisses tomber cette histoire, Anna Lou, recommanda Ken qui devinait à quoi elle faisait allusion. Dans deux jours, tout le monde aura oublié !

- Que je laisse tomber ! s'indigna la jeune fille. Que je LAISSE TOMBER ! Désolée, Ken, mais c'est hors de question ! Affirmer que ce genre d'histoire se tasse avec le temps est la conclusion commode des non concernés ! Bien sûr que personne ne va oublier ! Cet article va me coller à la peau jusqu'à la fin de l'année sinon plus !

Nicolas semblait largué. Son regard passait de l'un à l'autre d'un air déconcerté mais il n'osait interrompre leur échange de propos.

- Comment peux-tu penser que je ne me sente pas concerné alors que tu nous prends pour les balances de Saeko !

- Et comment ne pas le croire, franchement ? Ce n'est pas le genre de chose dont je me vente à tous les coins de rues, figures-toi ! Surtout avec la côte de popularité que je me traîne ! Toi, Kojirô et Takeshi êtes les seuls à qui j'ai parlé de cette histoire. Alors qui d'autre aurait pu mettre Saeko au courant ?

- Dois-je te rappeler que Saeko est la progéniture du proviseur ! La première chose qui me vient à l'esprit est qu'elle a très bien pu farfouiller dans ton dossier scolaire ! Parce qu'il lui est très facile d'avoir accès au bureau de son père sans éveiller les soupçons !

Anna Lou ne sut quoi répondre. Bouche bée, elle restait immobile face à Ken, une sensation de honte mêlée à la confusion s'imprégnant peu à peu dans sa chair. Pourquoi n'avait-elle pas pensé à cette probable éventualité ? Cela paraissait tellement dans le style de Saeko d'agir avec fourberie et sournoiserie ! Comment avait-elle pu se méprendre sur ses amis ? Comment avait-elle pu se méprendre sur Ken !

- Je peux savoir de quoi il est question, à la fin ? intervint finalement Nico qui ne suivait plus un traître mot de leur conversation.

- Suis-moi ! lui lança Ken en se dirigeant vers le tableau d'affichage. Regardes ! C'est la une du journal du lycée qui paraissait ce matin.

Quand Nico prit connaissance de l'affiche, et après un bref résumé de la situation par Ken, il reconnut effectivement que sa petite sœur avait toutes les raisons de croire que cette affaire ne tomberait pas de sitôt aux oubliettes. Cependant, loin de cautionner ses méthodes de résolution des problèmes bien trop excessives, il fronça les sourcils et lui ordonna de passer outre à toutes ces accusations si elle ne voulait pas, par un comportement trop emporté, donner du crédit à cette pseudo journaliste.

- Ton frère a raison : si tu réponds à ses dénonciations, elle en profitera pour que la situation se retourne à son avantage, sachant que sa popularité lui servira d'une façon ou d'une autre et lui permettra tous les écarts !

- Non mais vous vous entendez parler tous les deux ! Cette sale morveuse porte atteinte à la réputation des gens en toute impunité et il faudrait laisser faire parce qu'elle est le bourgeon du grand chêne tout puissant ! Eh bien je suis désolée mais il est temps que quelqu'un lui apprenne le sens des mots moralité et intégrité ! Et je m'en vais de ce pas lui allumer la tête à cette bêcheuse sans éthique et lui donner une leçon sur la déontologie du journalisme !

Ken se planta devant elle alors qu'elle prenait la direction de la cour du lycée et posa ses mains sur ses épaules.

- Tu es trop impulsive ! Tout ce que tu vas récolter, c'est un blâme. Et loin d'être inquiétée, Saeko restera toujours Saeko !

- LOU ! s'impatienta Nico en lui attrapant un bras et en se mettant à sa hauteur de sorte qu'elle ne fuie pas son regard. Tu cherches quoi au juste ? À te faire virer du lycée ? Dis-le si c'est ça parce qu'il est inutile d'attendre que la sanction tombe : je te mets dès ce soir dans le premier avion en partance pour la France !

Ken frissonna à cette pensée : Anna Lou quittant le Japon pour l'Europe revenait à la perdre pour toujours alors qu'il n'avait même pas encore conquis son cœur ! Il ne le permettrait pas ! Comment le pourrait-il alors qu'ils avaient tout à apprendre l'un de l'autre ? Il voulait gagner des matchs pour elle ; il voulait danser au bal du lycée avec elle ; il voulait rire et s'amuser avec elle ; il voulait s'enivrer de son parfum ; il voulait frémir au contact de sa peau et la sentir chanceler dans ses bras ; il voulait profiter des plaisirs simples de la vie avec elle ; il voulait vivre pour elle ; il l'a voulait toute entière rien que pour lui seul. Etait-ce trop demandé ? Etait-ce égoïste ? Etait-ce si insensé de se laisser envahir avec délectation par ces émotions à la fois agréables et profondément troublantes au contact de sa peau douce et fleurée, ou simplement à leurs échanges de regards timides et furtifs ? Bien sûr que ça l'était ! Mais peu importait car rien n'est jamais raisonnable en amour ! Et ce depuis la nuit des temps ! Il laissa échapper un long soupir tandis que son esprit saisissait la réelle portée de ses sentiments pour Anna Lou, en même temps qu'il réalisait les conséquences que cela entraînerait forcément quant aux projets qu'il s'était fixés pour son avenir dans lesquels il n'avait jamais envisagé tel imprévu.

- Ne serait-ce pas là la solution qui t'arrangerait le plus à toi, en fait ! défia Anna Lou sur un ton agressif en provocant son frère du regard. Tu ferais d'une pierre deux coups : d'un côté, fini le fléau des responsabilités d'une sœur devenue encombrante, et de l'autre, à toi la totale liberté avec Sayaka !

La gifle tomba sans que personne ne l'ait vue venir. Anna Lou ne cilla pas un cil et ne détourna même pas le regard de son frère malgré la douleur qui élança son visage déjà bien assez contusionné. La colère mais surtout la déception pouvaient se lire sur le visage du grand frère qui semblait ne pas réaliser son geste. Gêné, Ken prit quelques distances.

- C'est réellement ce que tu penses, Lou ? Que mon intention est de me débarrasser de toi ! Si c'est le cas, tu me déçois beaucoup ! Montes en voiture ! ordonna-t-il avec intransigeance.

Nico se tourna vers Ken pour le saluer et se dirigea vers la voiture sans un regard pour sa petite sœur, figée de stupéfaction. Elle était allée trop loin cette fois, elle en était consciente. Mais le pire, c'est qu'elle regrettait déjà ses paroles qu'elle savait blessantes et injustes. Elle baissa tristement la tête et, une main sur ses reins, clopina jusqu'à la voiture dont le moteur vrombissait d'impatience. Ken la regarda s'éloigner sans un mot et ne quitta pas des yeux la petite voiture bleue jusqu'à ce qu'elle eut disparu au coin de la rue.

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« Le Phare »

Saeko Ishisawa – Rédactrice en chef

Nanami Nagayasu – Conception graphique

Kôhei Kobayashi – Photographe/Reporter

Kojirô grogna un charabia incompréhensible devant l'écriteau qui ornait la porte du Phare puis déboula dans les bureaux du journal avec la ferme intention de donner une bonne leçon à Saeko. Pas rassuré pour deux yens, Takeshi ne le quittait pas d'une semelle, exprimant parfois ses craintes par un geste ou une grimace. Il avait bien essayé de raisonner son capitaine sur le chemin en misant sur le seul sujet susceptible de le faire plier : le football et le tournoi national inter lycées imminent. Mais avec un tel entêtement, c'était évidemment cause perdue ! Sans compter que si maintenant son cœur et son corps se laissaient distraire et transporter d'amour pour Anna Lou, ça n'arrangerait pas ses relations sociales dans l'éventualité où cette dernière n'y prêterait aucune attention, comme cela semblait déjà être le cas, d'ailleurs ! Encore moins ses relations amicales jusque là sans faille avec Ken, lequel tissait des liens étroits avec la p'tite grenouille !

La main gauche serrant fermement la poignée, Kojirô inspecta les lieux comme s'il y mettait les pieds pour la première fois. Une bibliothèque garnie de livres, revues et classeurs dissimulait tout le pan de mur sur la gauche et le capitaine furibond en cogna la porte dans son élan. Trois bureaux parés de tiroirs, disposant chacun d'un ordinateur et croulants sous la paperasse se partageaient principalement l'espace. Au centre de la pièce, une table ronde et large se camouflait sous un monceau de journaux et d'ébauches de montages d'articles et de photos de la dernière édition (la photo d'Anna Lou en « détenue de prison » s'en démarquait).

En entrant dans la pièce, la première chose qui s'offrit à la vue des garçons fut le bureau de la rédactrice en chef situé pile face à la porte. Inoccupé. Tournant la tête sur leur droite, le bureau le plus près de la porte était aussi inoccupé. Plus éloigné, faisant face à la bibliothèque, le dernier bureau portait un panonceau de métal gravé « Nanami Nagayasu – Conception graphique ». La jeune fille qui l'occupait avait sursauté d'effroi à l'entrée fracassante de Kojirô et restait figée sans trop oser faire un geste.

- Où est-elle ! grogna-t-il en claquant la porte derrière lui, Takeshi manquant de justesse la prendre en pleine figure.

Nanami fut prise d'un sursaut nerveux, échappant ses feuilles et ses stylos qui s'éparpillèrent sur le carrelage.

- Qu... Qui ça ? demanda-t-elle la voix tremblante.

Kojirô s'approcha du bureau et le frappa des deux poings, se penchant avec impatience sur la jeune fille qui se leva d'un bond de sa chaise, les yeux exorbités.

- Saeko ! aboya-t-il. Où est Saeko !

Nanami eut un mouvement brusque de recul et retomba assise sur sa chaise, toute tremblante.

- Tu veux bien te calmer ! intervint Takeshi en l'écartant du bureau. Tu vois pas que tu lui fais peur ! (Puis, portant son attention sur la conceptrice graphique en s'asseyant à demi sur le rebord du bureau :) Ne sois pas si effrayée ! lança-t-il un grand sourire aux lèvres. Il est dans un mauvais jour alors il a l'air d'un ours atteint de la rage mais je t'assure qu'il est moins asocial en temps ordinaire...

- Ah... souffla la jeune fille en jetant un regard perplexe du coin de l'oeil sur Kojirô.

- Tu vas répondre à la question, oui ! s'impatienta Kojirô.

Nanami tourna la tête sur sa droite et montra du menton une porte portant l'inscription : « Chambre noire ».

Kojirô se rua vers la porte. En tendant le bras pour l'empoigner, il remarqua une petite pancarte pendue à la poignée : « Développement en cours : n'entrez pas ! ». Il baragouina quelques jurons et s'apprêtait à attraper la poignée quand la porte s'ouvrit sur Saeko, tout sourire, les mains chargées de photos, suivie d'un type, très certainement Kôhei Kobayashi, dont le rire tonnant à l'écho sarcastique dévoilait toute la prétention du personnage.

- Heeeeey ! se réjouit Saeko en tombant nez à nez avec Kojirô. Tu as finalement décidé de m'accorder cette interview ? demanda-t-elle en rejoignant son bureau pour se débarrasser.

Kojirô la suivit du regard sans bouger, interloqué par un tel aplomb. Takeshi adressa un clin d'oeil rassurant à Nanami puis se leva et s'avança vers son capitaine.

- Je n'suis pas là pour ça ! lança Kojirô, le regard noir, en s'approchant du bureau de la rédactrice en chef, laquelle s'y affairait à un rapide rangement.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle. Pourquoi alors ?

- Tu ne devines vraiment pas ?

Le ton de Kojirô se voulait cassant et agressif mais, bizarrement, Saeko, ridiculement guillerette, ne s'en formalisait pas plus que ça et continuait à vaquer à ses occupations comme s'il la gratifiait d'une simple visite de courtoisie.

- Tu veux voir les clichés que j'ai pris ce matin pour mon prochain article ? s'extasia-t-elle en levant la tête vers lui, un sourire illuminant son visage.

- TU TE FOUS DE MOI OU QUOI ! hurla Kojirô en cognant sur le bureau et en balayant du bras tout ce qui se trouvait sur son passage.

Saeko fit un bond, son sourire ayant laissé place à une grimace très révélatrice quant à son état émotionnel... Dans un mouvement de colère, il l'attrapa par le bras et la tira violemment jusqu'à la table ronde où la photo d'Anna Lou format A3 et le gros titre qui la surplombait faisaient d'elle un personnage ni recommandable ni fréquentable pleinement épanouie grâce au cynisme.

- COMMENT AS-TU OSÉ LUI FAIRE ÇA ! cria-t-il en lui plaquant le visage sur la photo avec autant de délicatesse qu'un rhinocéros en pleine parade amoureuse().

Nanami bondit de sa chaise et laissa échapper un petit cri de frayeur.

Kôhei Kobayashi se jeta sur Kojirô pour lui faire lâcher prise, lui proférant au passage de vives insultes, mais ce dernier, d'un réflexe plein de vigueur et sans desserrer sa poigne sur Saeko, frappa de son poing libre le chevalier volant au secours de la belle en détresse. Le coup le stoppa net. À demi sonné et portant les mains au visage, le photographe enduisit Kojirô d'une bonne couche d'injures avant de quitter la pièce sous la menace de faire intervenir le surveillant général.

- KOJIRÔ, LÂCHES-LA ! ordonna Takeshi en essayant de lui faire desserrer l'étau de ses doigts qui emprisonnait le cou de Saeko. TU VAS FINIR PAR LA BLESSER ! PUTAIN ! MAIS LÂCHES-LA, MERDE !

Les lèvres crispées de colère, Kojirô ne parvenait à se maîtriser. Quand son regard croisa celui de Takeshi, il comprit à son expression affolée mais non moins déterminée qu'il allait trop loin et qu'il mettait en péril sa titularisation pour le tournoi et par conséquent la réussite de son équipe. Il libéra aussitôt Saeko et s'éloigna de la table ronde sous le regard soulagé de Takeshi et de Nanami laquelle était au bord de la syncope.

Les joues rougies par la panique de cette réaction incontrôlée si soudaine et le visage perlant de quelques gouttes de sueur, Saeko se releva lentement et tenta de retrouver un rythme cardiaque satisfaisant. Kojirô avait laissait la marque rouge de ses doigts tout autour de son cou. Elle se massa et se tourna vers son agresseur.

- Je ne vois pas pourquoi je me serais privée d'un tel scoop ! Grâce à cet article, les ventes de l'édition de cette semaine ont explosé et la demande croissante va nous obliger à tirer d'autres exemplaires pour satisfaire cet engouement pour le journal !

Takeshi observa son capitaine : loin d'être calmé, il prenait sur lui pour contenir sa colère. Depuis qu'ils se connaissaient, jamais Kojirô n'avait levé la main sur une fille mais pourtant, aujourd'hui... Ils s'étaient rencontrés six ans plus tôt. Déjà ! Quand le capitaine menait l'équipe de la Meiwa. A l'époque, Kojirô était un écorché vif accablé par les responsabilités familiales et dont les seules activités extra scolaires se limitaient au football et aux divers petits boulots dans lesquels il se donnait du mal pour aider sa mère, veuve, à faire vivre sa famille. Depuis cette époque et grâce à sa passion pour le foot, il avait bien évolué dans la vie malgré son caractère autoritaire qui lui collait à la peau et qui faisait sa personnalité si particulière… Bien que guidé par ses instincts, Kojirô n'était pas un mauvais garçon et Takeshi avait toujours fort apprécié son amitié car grâce à lui, il avait été accepté au sein de la Meiwa, ce qui lui avait permis de s'ouvrir aux autres, d'affirmer sa personnalité et, plus important, de se faire remarquer sur un terrain.

- Dois-je te rappeler que tu es censée publier un journal sérieux d'informations sur la vie du lycée et non te complaire dans la presse à scandale ! critiqua Takeshi avec écœurement.

- Les lycéens de Tôhô ont le droit de savoir qui se cache derrière la fausse innocence de cette délinquante ! Tu as lu l'article ? Je n'ai transcrit que la vérité et rien de plus ! Tu le saurais si tu avais daigné y jeter un œil !

- Tu me fais bien rigoler avec tes grandes phrases, Saeko ! Tu te vantes à qui veut bien l'entendre que tu te bats contre l'administration du lycée pour conserver la rédaction d'un journal sérieux et intègre mais moi, tout ce que je vois, c'est qu'à la première occasion, tu n'hésites pas à blackbouler toutes tes fausses convictions au profit de ta gloire personnelle et de ta popularité !

- Mm… Venant de toi, je vais prendre ça comme un compliment, Kojirô… articula Saeko avec un sourire provocant. Parce que je t'ai vu à l'œuvre sur un terrain et blackbouler tes adversaires au profit de ta gloire personnelle est exactement le spectacle que tu nous offres à chaque match !

- Compare ce qui est comparable, Saeko ! Kojirô ne porte pas atteinte à la vie privée des gens pour son profit, lui ! s'énerva Takeshi.

Saeko afficha une moue boudeuse et contrariée et s'installa à son bureau.

- Kojirô, dit-elle après un bref silence en lui tendant une liasse de photos. Tu ne m'as pas répondu tout à l'heure : tu ne veux pas jeter un coup d'œil aux clichés que j'ai pris ce matin pour illustrer mon prochain article ?

- Bon ! Ça suffit ! Barrons-nous d'ici avant qu'il me reprenne l'envie de lui exploser la tête !

Takeshi acquiesça d'un signe de tête et suivit Kojirô vers la sortie.

- Oh… Vraiment ? Tu ne veux pas ? Tu devrais pourtant : ta p'tite copine tagueuse est très photogénique…

La remarque figea les deux garçons. Kojirô donna un grand coup de poing dans la porte tandis que Takeshi l'invitait à se calmer en posant une main sur sa poitrine.

- Putain, Saeko ! Qu'est-ce que tu manigances encore… lâcha Kojirô entre ses dents en retournant vers elle.

- Tiens ! Regardes et juges !

Kojirô arracha la liasse de photos des mains de Saeko et s'attarda sur la première. Ses sourcils se froncèrent et ses mâchoires se crispèrent. Il gratifia Saeko d'un pseudo très insultant. Takeshi se posta tout près de lui pour voir les dites photos, immédiatement rejoint par Nanami.

- Mais… Mais c'est Anna Lou en train de… Oh… C'est ce matin contre les sangliers en jupons ! lança Takeshi entre surprise et admiration.

Kojirô passa rapidement sur la seconde et la troisième photo. À la quatrième photo, Nanami lâcha un petit cri aigu et la lui prit des mains, le regard collé sur les formes figées de l'image colorée. Sa main se mit à trembler et quand elle releva la tête, ses yeux étaient embués.

- E… Excusez-moi… Je… Je dois m'absenter, balbutia-t-elle avant de disparaître sous le regard indéterminé des présents.

- Je te conseille vivement de t'abstenir de publier ces photos, tu m'entends ! ordonna Kojirô en balançant les photos sur le bureau de Saeko.

- Oh… Devrais-je prendre ça comme une interdiction ?… Excuses-moi Kojirô mais tu n'es certainement pas en position de m'interdire quoi que ce soit ! Fais-moi confiance : la une du Phare de la prochaine édition va être explosive !

- Si tu publies ces photos, Anna Lou va encore se prendre un blâme par ta faute, c'est ça que tu veux ? accusa Takeshi et retenant Kojirô d'une main sur son torse pour l'empêcher de lui sauter dessus.

- Eh bien… Disons que le blâme sera une sorte de bonus… sourit Saeko. Et puis, je ne suis pas responsable des emportements déchaînés de cette folle ! Si elle a bien lu le règlement intérieur du lycée, elle doit obligatoirement savoir que les bagarres sont interdites dans l'enceinte de l'établissement !

- Putain, Saeko ! Je te jures que si tu…

- Tu tiens vraiment à ce que j'oublis ces photos, Kojirô ? coupa la jeune fille le regard plein de malice.

Takeshi sentit le corps de Kojirô se détendre sous sa main.

- Je ne serais pas là dans le cas contraire !

- Très bien ! Alors on devrait pouvoir trouver un terrain d'entente…

- Attends une seconde ! requerra Takeshi voyant venir le coup tordu. Tu penses à quoi, exactement !

Saeko rangeait patiemment tout le fourbi qu'avait provoqué Kojirô sur son bureau lors de l'altercation, un sourire machiavélique toujours en coin.

- Qu'est-ce que tu veux, Saeko ? s'impatienta Kojirô.

- C'est très simple : moi, j'ai quelque chose que tu veux et toi, tu peux me donner quelque chose que MOI je veux… Alors, dans ces conditions, il ne doit pas être trop difficile de parvenir à un accord…

Kojirô et Takeshi échangèrent un regard à la fois indécis et méfiant.

- De quoi tu parles ?

- Occupes-toi de tes affaires Takeshi ! Cette histoire ne regarde que Kojirô et moi !

- Ma pauvre fille ! ricana le capitaine. Je pourrais très bien te prendre ces photos par la force et te les faire avaler pour qu'elles disparaissent !

- Mm… Tu pourrais, oui… Tu pourrais même les brûler ou en faire des confettis ! Mais… À quoi cela te servirait-il, dis-moi ? J'AI les négatifs ! Et fais-moi confiance ! Ils sont en lieu sûr !

Kojirô serra les poings. Il savait Saeko tordue mais quand même pas à ce point là. Pourquoi détestait-elle autant Kaeru ? Etait-ce à cause de la gifle ? Après tout, c'est elle qui l'avait cherchée en la tartant la première ! Kaeru s'était juste contentée de rendre la pareille !

- Alors qu'est-ce que tu veux ?

- A compter de cet instant, je suis officiellement ta cavalière pour le bal des Cerisiers ! Et ce n'est pas tout : je deviens aussi ta petite amie reconnue aux yeux de tout le lycée donc pas question de me manquer de respect en public, d'éviter mon contact ou de me repousser !

Voyant le visage abasourdi de ses interlocuteurs qui restaient coi à ses conditions, Saeko ajouta :

- Ceci n'est pas négociable ! C'est à prendre où à laisser dans son ensemble !

- Tu es complètement évaporée du ciboulot ma pôv'fille ! s'exclama Takeshi d'une voix étranglée.

- C'est d'accord !

Saeko et Takeshi levèrent brusquement la tête sur Kojirô, la première affichant un sourire radieux, le second suppliant presque du regard qu'on l'assomme plutôt que de l'obliger à assister à ce qui se préparait !

- Tu… T'es sérieux, là ? marmonna Takeshi sous le choc.

Saeko contourna son bureau pour s'approcher de Kojirô, la joie rayonnant sur son visage.

- Tu es d'accord ? s'extasia-t-elle en s'appuyant sur le rebord de son bureau. Répète-le : je veux l'entendre encore !

- J'accepte le marché : je me plierai à tes exigences et en retour, tu détruis les photos ET les négatifs.

- Je détruirai les photos, et devant toi si tu veux, mais certainement pas les négatifs !

- C'est ça ou il n'y a pas d'accord !

- Ces négatifs sont ma seule monnaie d'échange : si je les détruis, non seulement tu n'as plus aucune raison d'honorer ton engagement mais en plus, je perds mon scoop ! Je serai perdante sur les deux tableaux ! Alors pas question ! De toutes façons, je ne suis pas stupide : je suis parfaitement consciente que notre accord tient uniquement sur mon engagement à ne pas publier ces photos alors rassures-toi, il n'est pas dans mon intérêt de manquer à ma parole.

- Il vaudrait mieux pour toi ! la menaça-t-il en se penchant sur elle et lui adressant un regard plein de haine. (Puis, à l'attention de Takeshi, lequel était toujours tétanisé par cet échange de bons procédés écoeurant :) Viens, Takeshi ! Tirons-nous d'ici maintenant !

- Une dernière chose, Kojirô ! Notre accord prendra effet lundi : ça nous permettra de lancer la chose en douceur auprès de notre entourage… Donc, jusque là, je te conseille vivement d'adopter un comportement plus sociable et, bien sûr, plus intéressé envers moi, histoire que notre couple soit crédible lundi…

Kojirô baragouina entre ses dents et tourna les talons.

- Tu es une manipulatrice sans scrupule, Saeko ! Et j'espère bien que la vie te rendra au centuple tous tes coups tordus ! lança Takeshi avant de rejoindre Kojirô.

- Eh bien ! Que se passe-t-il donc ici ?

Monsieur Shiki, accompagné de Kôhei Kobayashi au nez bourré de coton, fit son entrée. Il observa alentour et bloqua son regard sur Kojirô. Ce dernier ne détourna pas les yeux et sourit avec défi à Kôhei dont le nez gonflé par les compresses de coton enfouies dans ses narines lui donnait une expression burlesque.

- Un problème, Mademoiselle Ishisawa ? Monsieur Kobayashi est venu m'avertir que Monsieur Hyûga vous agressait. Est-ce que tout va bien ?

- Tout va bien, Monsieur Shiki ! attesta-t-elle en reprenant ses activités de journaliste autour de la table ronde comme si de rien était. C'était un simple malentendu mais c'est réglé maintenant, n'est-ce pas Kojirô ?

- En êtes-vous sûre ? insista-t-il, son regard inquisiteur toujours fixe sur Kojirô.

- Certaine ! lui sourit-elle. Kojirô a cru que je faisais du charme à l'un de ses coéquipiers et ça l'a mis en colère mais c'est arrangé maintenant, hein Kojirô ?...

- Mm… Ouais…

Takeshi était sidéré. Il avait l'impression de nager en plein délire ! C'était la quatrième dimension au lycée ! Qu'allait-il ressortir de tout ça ? Cet accord passé entre Kojirô et cette mante religieuse était une hérésie ! Et pour se laisser manipuler de la sorte, son capitaine devait vraiment tenir à sa grenouille ! Mais, lui, en tant qu'ami, que pouvait-il faire ? La situation était à la fois grotesque et aberrante : d'une part parce que personne au lycée ne croirait une seconde à leur parodie de couple et d'autre part parce que les seules relations sociales dont Kojirô était capable d'entretenir avec Saeko étaient l'indifférence et le mépris.

- Très bien, abdiqua le surveillant général. Dans ce cas, vous n'avez plus rien à faire ici, Messieurs.

Kojirô et Takeshi quittèrent le journal. Dans le couloir, la sonnerie de onze heures retentit, provocant un déferlement de lycéens pour la pause de l'interclasse.

- Takeshi, toute cette histoire doit rester entre nous, OK ? dit Kojirô le regard perdu dans la masse des élèves.

- Capitaine… Pourquoi as-tu cédé au chantage ? On aurait pu trouver une autre solution !

Kojirô s'immobilisa. Il resta un bref instant figé puis se tourna vers son ami :

- Ah oui ? Et laquelle, dis-moi ? dit-il d'un ton sérieux. Si Saeko publie ces photos, ce n'est pas d'un blâme dont écopera Anna Lou mais d'un renvoi immédiat et sans appel. Et… Hum ! Et l'équipe a besoin d'elle pour le championnat ! ajouta-t-il d'une traite.

Takeshi regardait son capitaine avec des yeux ronds comme des soucoupes (« Eh ben ça alors… C'est bien la première fois qu'il l'appelle par son prénom ! Il ne l'a pas dit clairement mais je prends ça comme une déclaration ! »).

- Mm… C'est vrai que dans son genre elle est plutôt douée pour nous motiver pendant les matchs… Mais… Dis-moi… Qui en a le plus besoin, en réalité ? L'équipe ou toi ?...

Silence. Les deux garçons restaient muets, leurs regards fixés l'un dans celui de l'autre, l'expression sévère.

- Tu cogites trop Takeshi et si tu continus, ton bulbe rachidien va surchauffer et finir par griller tous tes nerfs moteurs ! Contentes-toi juste de tenir ta langue sur cet accord passé entre Saeko et moi.

- D'accord. Je garderai le secret, c'est promis.

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Enfin seule après le départ de Monsieur Shiki et de Kôhei parti en cours, Saeko, les mains appuyées contre le rebord de la table ronde, se pencha au dessus de la photo d'Anna Lou parue le matin. Elle l'observa un long moment, le regard plein de haine et les dents serrées et, d'un geste vif et rageur, la déchira et en lança les morceaux aux quatre coins de la pièce.

- « Grrrr… Kojirô n'aurait jamais consenti aussi docilement à faire de moi sa p'tite amie si je n'avais pas eu ces photos de toi. Je ne suis pas aveugle et encore moins stupide : c'est pour toi et seulement pour toi qu'il a accepté de se plier à mes exigences… Grrr… Sale petite garce ! Tu vas me le payer ! Je n'ai pas dit mon dernier mot : il me reste une carte dans ma manche et je compte bien la jouer… »

Puis, comme un rayon de soleil après une averse, le bonheur irradia de ses yeux.

- Aaaah ! s'extasia-t-elle à haute voix en tournant joyeusement sur elle-même. Vivement lundi ! Kojirô et moi allons former le couple le plus envié et le plus enviable de tous les couples jamais formés au lycée Tôhô. « Kojirô, mon amour, même si tu en doutes encore, tu finiras par m'aimer autant que je t'aime ! »

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() Vous avez déjà vu un couple de rhinocéros en pleine parade amoureuse ? C'est impressionnant de brutalité ! Quand papa rhinocéros a fait valoir ses droits sur maman rhinocéros après un combat acharné et violent contre tous les papas rhinocéros candidats, papa vainqueur peut se lancer dans sa cour « élaborée »… Au programme : marquage du territoire par urine et fèces, courses poursuites et combats avec la fougueuse maman rhinocéros ! Enfin, après tous ses efforts, éreinté mais non moins en pleine possession de ses moyens, papa rhinocéros peut se délecter de sa récompense fort méritée… Tout ça pour quoi ? Un seul et unique petit qui deviendra forcément son challenger quand celui-ci aura atteint l'âge de la puberté ! C'est dure la vie d'un rhino !

Voilà ! Ceci n'avait rien à voir avec l'histoire mais il me semblait important que tout le monde sache combien peut être cruelle la vie amoureuse d'un rhino ! 

A Suivre…