Chapitre 21
Nous étions jeudi soir. Je sortais de la douche, tentant de cacher ma lourde crinière blonde sous une serviette. Wrath me poussa presque pour pénétrer dans ce lieu sacré qu'était la salle de bain. Je pestai un instant puis allai me réfugier dans mon lit.
Demain. Demain, je sortirais avec Roy.
-Tu viens manger, Ed? demanda Al.
-J'arrive.
Mon portable sonna alors que je m'apprêtais à me lever.
"Envy"
Je décrochai.
-Allo?
-Edward?
-Oui, c'est moi, qu'est-ce qu'il y a?
-T'es chez toi?
-Pourquoi cette question?
Il marqua un silence.
-J'ai besoins de te voir.
Je jetai un coup d'œil autour de moi puis murmurai:
-On se dit minuit à ma fenêtre?
-Ok. Merci, chuchota-t-il sur un ton tremblant.
Il raccrocha. Mince. J'eus une boule au ventre.
Que voulait-il me dire? Peut-être avait-il appris que j'étais avec Roy... merde.
Je mangeai calmement, errant dans mes pensées. J'étais perturbé. Grandement perturbé.
Qu'est-ce qu'Envy voulait? Mais qu'est-ce qu'il voulait?
Aaaaaah!
Ma tête allait exploser avec tous ces tourments qui ne devraient pas en être!
Al me secoua l'épaule.
-Eh Ed, ça va? T'as pas l'air dans ton assiette.
-Non, ça va pas! hurlai-je d'un coup, j'ai pas peur de lui un point c'est tout! Alors qu'il arrête de me hanter!
Lorsque je repris conscience qu'on était à table, la honte m'envahit. Wrath se retint difficilement d'exploser de rire, Izumi me foudroyait du regard et Alphonse me dévisageait étrangement.
Je replongeai instinctivement dans mon assiette, les joues rouges.
Vivement vendredi soir pour que j'oublie tout ça!
Dès que j'eus terminé de manger, je m'empressai de débarrasser pour aller me réfugier dans mon lit. Mais lorsque je fus à la porte de ma chambre, Izumi cria:
-Tes dents!
On avait l'impression qu'elle voulait dire "Edward! Ton dentier!" mais non, c'était les mots de "Brosse-toi les dents!".
Je fis alors une halte à la salle de bain.
Je m'observai un moment, la brosse à dents en bouche, les lèvres pleines de dentifrice. Wrath arriva à son tour, me poussant de devant l'évier pour avoir la place.
-T'es pas gêné, postillonnai-je.
Je crachai et me rinçai la bouche avant de me diriger vers la porte. Fermée. Je soupirai puis interrogeai:
-Tu peux ouvrir?
-Pourquoi?
-Tu sais parfaitement que je n'arrive pas à ouvrir la porte quand il y a le verrou.
Il sourit.
-Justement. C'est drôle.
Ca y est, j'avais trouvé plus sadique que Roy! Putain! Quel mec aurait l'idée d'enfermer un gars aussi maladroit que moi dans une pièce?
Ah oui, ça doit être drôle de me regarder me battre avec cette serrure de malheur! Mais quel est le mec qui, un jour, s'est dit:
"Je vais mettre des machines sur toutes les portes pour que les gens puissent s'éclater à s'enfermer les uns les autres dans les toilettes ou la salle de bain!"
Quel crétin!
Je jetai un coup d'œil au gamin sadique à mes côtés. Il souriait à pleines dents tellement je l'amusais. Wrath s'approcha de moi.
-Allez Ed. Essaye de l'ouvrir.
-J'ai pas envie.
Sans que je ne puisse le voir, il prit rapidement la pomme de douche et me colla au mur, l'avant-bras sur le cou. Il se durcit:
-Fais-moi rire, ouvre cette porte.
-Non, répondis-je aussi sec.
Et je regrettai aussitôt mes mots. Il m'aspergea brusquement d'eau gelée.
-Alors? Tu vas obéir? fit-il alors que je peinais à respirer toujours sous le jet d'eau puissant.
Je fis "non" de la tête. Putain de fierté à la con!
J'étais trempé, je suffoquais, je grelottais... l'eau envoyée à mon visage glissai sur mon cou et sur le bras de Wrath puis s'infiltrait dans mes vêtements.
-J'ai froid, avouai-je en claquant des dents.
-Qu'est-ce qu'on dit?
-Wrath, arrête s'il te plait. Je... je vais t'obéir.
Il me lâcha avant d'ouvrir la porte.
-Je me suis déjà bien amusé sans ça, confia-t-il un sourire insupportable sur les lèvres.
Je me recroquevillai. Mon pyjama était complètement mouillé.
Je rentrai dans ma chambre, une fois Izumi couchée. Je retirai directement mes vêtements que je jetai sur le sol. Al alluma sa lampe de chevet.
-Qu'est-ce que tu fais à moitié à poil? Et puis, t'as vu l'heure? T'as passé 2h dans cette salle de bain.
-C'est bon, fis-je désagréablement, j'me couche.
Je m'enfonçai profondément dans mes couvertures. Alphonse, inquiet, me rejoignit dans mon lit. Il s'installa sous la couverture puis chuchota:
-T'es mouillé.
-Je sais.
-Qu'est-ce que t'as foutu dans cette salle de bain?
-Y'a pas à s'en faire, c'est rien de grave, souris-je.
Al s'endormit un peu plus tard. Moi, j'attendais 0h.
Vers 23h, mon portable vibra.
"C tro dur datendre tu ve pa pluto passer la soirer avec mwa?" m'envoya Envy.
"Pk pas. Mais faut que je rentre vers 3h pour pas qu'on remarque mon absence."
"Fo que tu te lache de tps en tps! O pire ton ami te couvrira."
"Pas apres 3h." insistai-je.
"D'acc, j'sui la."
Je sortis discrètement du lit et ouvris la fenêtre. Envy me prit subitement par les épaules.
-J'ai atteint ma p'tite Raiponce, se moqua-t-il.
Je le repoussai.
-Pas petite! criai-je.
Je vérifiai qu'Al dormait toujours puis dis:
-Je m'habille et je descends.
-T'as pas besoins, me murmura Envy passa sa langue sur ses lèvres.
Lentement, il prit mes joues amenant ses lèvres près des miennes. Et au moment où il allait m'embrasser, je m'écartai de lui.
-Je... je reviens, bégayai-je en fermant la fenêtre.
Une fois-là, je soufflai.
Je sortais avec Roy, merde! Je l'aimais!
Mais j'avoue qu'Envy m'attirait également.
Je m'habillai puis descendis.
Le grand brun m'attendait. Je soufflai:
-J'ai pas trop envie de sortir ce soir, finalement.
-Pourquoi?
-De quoi tu voulais me parler? demandai-je.
Il marqua un silence et fronça les sourcils.
-De Roy.
-Ah... ah bon? Pourquoi? fis-je innocemment.
Envy me prit par la taille et posa son pouce et son index sur mon menton.
-T'es plutôt proche de lui dis-moi.
-Où est-ce que t'es allé chercher ça toi? questionnai-je tentant de le repousser.
-Qu'est-ce que t'as peur que je découvre?
-Quoi?
-Tu trembles. Ça prouve que tu caches quelque chose.
-Je ne tremble pas!
-Oh que si. Alors? Qu'est-ce que tu gardes pour toi?
Mon portable vibra contre ma cuisse. J'étais sûr que c'était Roy. Il m'envoyait des SMS tard le soir -après d'innombrables corrections- pour que je les lises à mon réveil.
Je priais intérieurement pour qu'Envy ne le remarque pas mais au bout du troisième message, il sentit les vibrations.
Malgré tous mes efforts, il réussit à l'allumer et à regarder ces précieuses discutions.
-"Demain, je passe te chercher à sept heures. Bonne nuit."; "Oublie pas que t'as pas maths demain"; "Au fait, t'as eus 19 en chimie! Petit génie va!"
Petit?! Il se croit où là?!
-J'imaginais pas vos conversations aussi ennuyeuses, se plaignit-il.
Ouf... aucun mot d'amour. Je relachai toute la pression que je m'étais infligée.
Et puis... enfin, le SMS que je redoutais arriva.
Envy le regarda. J'étais paralysé sur place. J'aurais dus lui retirer mon portable des mains et rentrer mais mes jambes étaient plus lourdes que du plomb.
-"Je t'aime.", lut le grand brun, je t'aime? Pourquoi il t'a écrit ça?
Je baissai les yeux.
-On... on sort ensemble. C'est... mon amant, balbutiai-je.
-Ton amant?
Je hochai la tête. Envy explosa de rire.
-Avec lui? Avec ce connard?! Il ne te mérite pas!
"E bin mwa je t'aime pa!" écrivit-il dans sa rage.
J'ai pourtant tenté de l'empêcher de l'envoyer mais...
Le portable vibra à nouveau. Roy avait déjà répondu.
Envy regarda puis me le tendit.
"Envy?"
Un appel entrant fit encore vibrer le téléphone. Je décrochai.
-Ed?! C'est toi?! m'hurla Roy.
-Oui.
-Envy est avec toi?
-Oui.
-Qu'est-ce qu'il fait là?
Je ne pu répondre. Que dire en même temps?
Envy m'arracha le combiné des mains.
-T'avais pas le droit! C'est dégueulasse! l'entendis-je hurler.
Il se tut. Ses membres tremblaient de rage.
-Je t'ordonne de le larguer tout de suite, gromela Envy.
Mon cœur s'emballa. Je ne voulais pas! Il n'avait pas le droit de lui demander ça!
Une main se posa sur mon épaule. Je sursautai.
-Ca va Ed? me posa la voix rassurante de Roy.
Je me retournai subitement et le laissai me prendre dans ses bras.
Envy jeta mon portable sur le sol puis l'écrasa d'un coup de talon.
-Lâche-le, menaça-t-il.
Le prof le dévisagea, sans bouger, revêtant une expression dure. Je me sentais tout... tout... -oh et merde!- tout petit entre eux deux.
Je fermai les yeux. J'étais si bien dans le bras de Roy...
...
-Ed? me murmura une voix inquiète.
J'ouvris un œil, puis deux. Envy et Roy était dans la Mercédès noire avec moi. Roy conduisait, Envy était sur le siège passager et moi... j'étais maladroitement attaché à la banquette arrière.
-Qu... qu'est-ce qu'il passe? demandai-je somnolant.
Roy me jeta un coup d'œil puis soupira de soulagement avant de dire:
-Envy ne va pas bien. Il fait une crise d'asthme.
-Quoi?!
Je m'avançai vers le siège passager où le grand brun suffoquait.
Ses joues étaient rouges, ses paupières crispées, ses lèvres grandes ouvertes, ses mains tremblantes et accrochées au fauteuil... bref, il fournissait un effort surhumain pour pouvoir respirer, ne serait-ce qu'un quart de ce que je consommais.
-Envy?! Qu'est-ce que tu as?! hurlai-je la voix emplie de sanglots.
Le lycéen ouvrit faiblement les yeux, respirant toujours fortement.
-Roy, ouvre sa fenêtre!
-Tout de suite.
Le prof ouvrit la fenêtre passager. Dès cet instant, le froid envahit la petite surface. J'étais congelé en pyjama.
Heureusement pour lui, Envy avait un manteau et Roy l'avait couvert avec un drap épais.
Le brun se détacha et migra lentement vers l'arrière. Il se coucha là, appuyant sa tête sur mes jambes et remontant la couverture jusqu'à son menton. Il respirait fort.
-Où est-ce qu'on va? demandai-je.
-A l'hôpital, fit Roy jetant des regards pleins de reproches à Envy, on y est bientôt.
C'est vrai que nous arrivâmes bien vite. Une fois qu'Envy fut administré dans une chambre, nous nous asseyâmes. Je cherchai mon portable puis me rappelai qu'Envy l'avais broyé tout à l'heure.
-Quelle heure est-il? questionnai-je voyant Roy venir vers moi.
-Minuit six. Pourquoi?
Je ne répondis pas. C'était évident.
-Tu dors chez moi?
-Je... je ne sais pas. J'aimerais rester avec Envy.
-On retournera le voir demain matin. Promis.
Mais je n'eus pas le temps d'acquiescer et sombrai dans le sommeil.
