COMPROMIS

Jacob referma la porte derrière lui et s'adossa à celle-ci les yeux clos. Il se doutait qu'Edward devait avoir les yeux rivés sur lui, mais à cet instant, il s'en fichait, tout ce qu'il voulait été parvenir à trouver le courage nécessaire pour faire face à son imprégné.

Après quelques longues inspirations, il se redressa et fit l'effort de desserrer les yeux et enfin les ouvrir. Comme il s'en doutait, Edward se tenait toujours adossé à la voiture de Carlisle, son regard triste rivé sur lui.

Le loup serra les dents, ne supportant pas de voir une telle expression sur le visage de son compagnon, mais il se força à faire taire ses instincts le suppliant de se précipiter vers le vampire pour le consoler. Ils avaient besoin de parler sans l'influence des sentiments qui les lier, Jacob doutait fortement de pouvoir faire ça, mais il était bien décidé à essayer. Il se força à se répéter qu'à cet instant, il était d'abord un père et aussi douloureux soit-il, il devait mettre ses besoins, ses désirs et son bonheur au second plan.

Il fit un pas vers le vampire et prit rapidement conscience qu'il tremblait. Non pas qu'il soit sur le point de se transformer, non, il était tout simplement terrifié.

Peu importe tout ce que Carlisle ou Jasper avait pu lui dire. Jacob ne pouvait s'empêcher de se demander si son compagnon serait en colère après les paroles qu'il avait prononcé en plein milieu du salon des Cullen, devant les membres de sa famille... de celle qu'il considérait comme sa mère. Que faire si Edward se mettait brusquement en colère ? Que faire s'il faisait simplement mine d'être calme ? Que faire s'il avait tenu à lui parler dehors afin de pouvoir en finir avec lui sans que Carlisle ou Jasper aient le temps de réagir ? Que faire si son fils se retrouvait brusquement sans lui parce qu'il n'avait pas été capable de garder la bouche fermé ? Que faire...

- Je t'en pris, entendit-il soudainement. S'il te plaît, arrête de penser de la sorte...

Ce ne fut là qu'un gémissement plaintif, une supplication tortueuse, mais Jacob sursauta de surprise. Il avait été si prit par ses craintes qu'il en avait oublié sa proximité avec le télépathe. Il secoua légèrement la tête en essayant de faire abstraction de la boule lui pesant dans l'estomac. Avec plus d'effort qu'il n'aurait pensé en avoir besoin, il fit un autre pas sous les yeux torturés du vampire, puis un autre, puis un autre, pour enfin s'arrêter à une dizaine de mètre devant lui.

Il lui fallut tout autant de peine pour parvenir à relever la tête et plonger dans le regard charbonneux de son imprégné. Il n'avait vraiment pas pensé qu'Edward apprendrait l'existence de son fils de la sorte et il ne savait pas comment aborder les choses.

- Notre fils, murmura le vampire, le sanglot dans la voix

Jacob cligna des yeux et dû se repasser rapidement sa ligne de pensée pour comprendre l'intervention du vampire. Avec un soupire fatigué, il hocha la tête, à contre cœur cependant.

- Est-ce que... est-ce que tu me hais ? Demanda Edward après un long silence. J'ai besoin de savoir si tu me hais...

Jacob prit sur lui et observa le vampire avec attention. Celui-ci semblait en pleine guerre interne. Comme s'il luttait pour ne pas bondir sur le loup et cette conclusion fit reculer Jacob.

- Non, s'il te plaît, Jacob. Je te jure que tu n'as rien à craindre de moi. C'est juste... c'est juste mes instincts qui me poussent à aller à toi, ce n'est pas pour te faire du mal, expliqua maladroitement le vampire

Edward ouvrit la bouche pour poursuivre son explication, puis la referma, pas très sur d'être capable de rassurer Jacob en lui disant la vérité.

- C'est bien, murmura le loup

- Non, ça ne l'est pas, rétorqua doucement son imprégné. Je me hais tellement pour ce que je t'ai fais. Je comprends pourquoi tu as gardé Antony loin de moi, comment pourrais-je t'en tenir rigueur lorsque la seule chose que j'ai été capable de te montrer est une haine non fondée à ton égard...

Edward secoua la tête et se laissa glisser contre le métal de la portière. Assis au sol, il se prit la tête entre les mains, essayant de comprendre ce qu'il devait faire, comment il devait s'y prendre avec le loup. Il était effaré de lire tant de crainte sur le visage du jeune Quilleute.

Jacob quand à lui observait toujours son compagnon avec curiosité. Il s'était attendu à la colère, aux reproches... à toutes sortes de réactions de la part d'Edward, mais certainement pas celle-ci. Le vampire semblait déchiré par la guerre qu'il s'imposait et Jacob ne savait pas comment réagir à un tel comportement.

- Que puis-je faire pour que tu n'es plus peur de moi ? Chuchota le vampire qui quitta le sol des yeux en espérant trouver une réponse sur le visage de son loup. Que dois-je faire, Jacob ?

Les yeux du loup s'agrandirent en réponse à la question impromptue et encore une fois, il se retrouva tout à fait incapable de répondre.

- Je... je...

- Tu ne sais pas, soupira tristement le télépathe. J'avais dans l'idée de venir ici, te dire à quel point je t'aime, de...

Le vampire ricana amèrement en serrant les poings.

- Mais lorsque je te vois trembler de la sorte... comment réagirais-tu si je tentais de te toucher ?

Jacob baissa la tête pour scruter ses mains. Il lui semblait ironique de penser qu'il n'avait pas eu aussi peur le jour ou il avait proposé à son imprégné d'en finir avec sa vie. À la vérité, la seule chose qu'il craignait vraiment, c'était de quitter son fils. Il n'avait pas vraiment peur de mourir, il était simplement incapable de supporter la pensée de son fils souffrant de son absence et c'était la raison pour laquelle il ne voulait pas laisser la moindre occasion à Edward de lui faire du mal.

- Je ne te hais pas, déclara brusquement le loup. En fait, je comprends dans une certaine mesure... c'est juste qu'à présent, je ne peux pas me permettre de te laisser me faire du mal

Edward se mordit la lèvre en baladant les yeux sur le corps de son loup. Étirant un léger sourire, il tendit le bras vers lui, l'invitant silencieusement à le rejoindre. Il tenta de faire abstraction de la pointe de douleur qu'il ressentit en remarquant la forte hésitation de son compagnon qui se contentait d'observer la main du vampire avec intérêt.

- S'il te plaît, supplia-t-il

En se forçant à mettre ses instincts de survies de côté, Jacob se mit à marcher lentement vers son compagnon, sans jamais lâcher sa main des yeux. Lorsqu'il fut suffisamment près, il tendit sa propre main tremblante jusqu'à toucher celle d'Edward et poussa un soupire de soulagement. La crainte légèrement calmé, il ne ressentait que satisfaction et confort, le touché de son imprégné lui permettant de se sentir enfin en paix avec son loup. La bête était extatique et lui-même semblait enfin capable de respirer normalement.

Edward étira un doux sourire alors qu'il observait la main de son loup dans la sienne, il desserra légèrement celle-ci et balada ses doigts sur les phalanges caramels. Après un moment durant lequel aucun ne bougea, Edward leva les yeux sur le visage du loup. De sa main libre qu'il déplaça lentement de peur de l'effrayer de nouveau, il caressa doucement la ligne de sa mâchoire du doigt.

Jacob resta totalement immobile, se contentant de suivre le regard d'adoration que portait le vampire sur lui tendit qu'il suivait son propre doigt glisser sur la peau du loup. Avec un léger soupire, Jacob ferma les yeux, profitant du moment tout en écoutant la course de son cœur qui martelait sa poitrine.

- Je sais que tu ne me fais pas confiance, souffla doucement le vampire. Peut-être que tu ne me feras jamais confiance... je ne te forcerais à rien, Jacob, ni à vouloir de moi comme compagnon, ni même à me laisser être un père pour notre fils, mais s'il te plaît, je t'en conjure, laisse-moi vous protéger. Laisse-moi être là pour vous

Le loup rouvrit presque aussitôt les yeux, surprit au-delà de la croyance par les paroles de son imprégné. Il n'arrivait pas à croire qu'Edward acceptait de ne rien forcer sur lui, pas même Antony. Au fond, il n'avait aucun mal à voir la sincérité dans les yeux du vampire et il n'avait aucune réelle raison de douter de ses paroles. Bien sur, ce qu'avait fait Edward ne pouvait pas être oublié si facilement, mais aux vus des circonstances, il savait que son compagnon méritait son pardon. Par ailleurs, il était très conscient que la seule chose qui l'empêchait de sauter dans ses bras était leur fils. Si Antony n'avait pas fait partit de l'équation, Jacob n'aurait pas eu une seconde d'hésitation, peu importe ses doutes ou le passé.

- Pour le moment, la priorité est de protéger Antony, chuchota-t-il en s'emparant doucement de la main froide qui traînait toujours sur son visage. Je ne sais pas ce que je dois lui dire ou même si je dois lui dire quoi que ce soit, mais ce dont je suis sur, c'est que j'ai besoin de toi...

Un sourire se dessina à la commissure des lèvres du vampire, qui enfin pouvait entrevoir le chemin qui pourrait l'amener à gagner son compagnon. Bien qu'une partie de lui aurait préféré écouter les conseils de Jasper et s'imposer à Jacob, il savait que pour gagner le loup, il devrait d'abord gagner sa confiance et il ne voulait rien faire qui pourrait l'amener à douter de lui de nouveau. Jamais.

Il savait qu'il se devait encore d'être prudent, mais il prendrait tout ce que son loup voudrait bien lui offrir, le principal à cet instant étant de le protéger de Bella, lui et son fils.

Se laissant envahir par une vague d'émotions, Edward se pencha brusquement vers son loup pour plonger dans ses bras, le tenant serré contre lui, berçant doucement son corps, les yeux clos et le sourire aux lèvres.

Jacob avait eu un léger mouvement de recul en réponse, mais se laissa fondre dans l'étreinte, entrevoyant lui-même l'espoir d'un futur avec le vampire auquel il avait d'abord été lié par la haine. Il se demandait ce que serait d'être enfin aimé, il se demandait s'il pourrait enfin se reposer sur son compagnon, s'il pourrait enfin se sentir protégé et choyé, comme il en avait toujours rêvé.

- Je ne te décevrais pas, Jacob, promit solennellement le télépathe

Jacob soupira d'aise et se redressa pour mirer le vampire. Il se mordit la lèvre, réfléchissant à ses options et constata rapidement qu'il n'avait plus vraiment d'autre choix que de présenter Antony à son père. Il se devait d'accepter l'aide de son compagnon et ne voulait pas mentir à son fils en le présentant comme un simple ami. Il ferma les yeux un moment, pesant le pour et le contre, mais connaissant cependant déjà la réponse.

Je ne peux pas me défendre contre toi ou même te provoquer le moindre mal, mais Seth n'hésitera pas à te détruire si tu faillis à ta parole, le prévint-il silencieusement ne souhaitant pas prononcer une quelconque menace à voix haute

Edward leva la main du loup pour l'apporter à ses lèvres et posa un baiser léger comme une plume sur ses phalanges, sellant leur accord.

Avec un dernier soupire, Jacob se leva en entraînant le vampire avec lui, malgré sa peur, ses mains ne tremblaient plus, à présent seule l'inquiétude de la réaction de son fils prédominait. Antony avait beau être très jeune, il était aussi particulièrement intelligent.

Alors qu'ils marchaient lentement jusqu'à la porte, Edward s'arrêta obligeant Jacob à en faire de même, lorsque le loup se retourna pour lui faire face, les sourcils froncés, celui-ci lui offrit un sourire rassurant.

- Puis-je te demander ce qui t'a donné l'idée de l'appeler Antony ? Demanda curieusement le vampire

Les joues du Quilleute prirent un jolie teinte foncé et il détourna le regard avant de répondre.

- Carlisle m'a donné ton nom complet, souffla-t-il gêné. J'en ai proposé plusieurs au petit, il a parut bien réagir à celui-ci

Il haussa les épaules, espérant que le vampire se contenterait de cette explication et il se remit à marcher vers la porte, inquiet, excité, mais également heureux pour la première fois depuis des mois.


- Es-tu sur de ce que tu avance ? Grogna Cauis en se levant furieusement de son fauteuil

- Oui

- Comment être sur que tu dis la vérité ? Continua-t-il pensif. Je ne vais pas aller contre l'avis d'Aro sans être certain...

Bella étira un sourire diabolique et releva fièrement la tête.

- Je ne suis pas responsable du fait que le pouvoir d'Aro ne fonctionne pas sur moi, rétorqua-t-elle en levant un sourcil. Pourquoi ne pas envoyer un garde ou deux avec moi ? Je leur montrerai

Cauis commença à faire les cent pas dans son bureau, se demandant pourquoi Aro n'avait pas voulu au moins faire vérifier les informations du nouveau né. Cela faisait des années qu'il espérait pouvoir enfin trouver quelque chose contre les Cullen et si ce que ce nouveau né disait s'avérer être la vérité, alors il aurait tous les droits d'en finir avec ce stupide clan de végétariens.

Il releva la tête et ses traits se détendirent instantanément alors qu'une idée germa dans son esprit.

- Je veux que tu ailles trouver Renata, elle t'aidera à contrôler ton pouvoir. Nous allons très bientôt en avoir besoin...