Me revoilà avec un chapitre de taille. Un personnage très important fait son entrée, je suis sûre que vous avez déjà deviné de qui il s'agit.
À l'origine, il devait y avoir plus de choses dans ce chapitre mais il devenait tellement long que j'ai décidé de couper la conversation en deux. Ne m'en voulez pas si ça coupe mal.
Merci à tous ceux qui continuent cette fic et qui la commentent. Merci à MeMyself&I à qui je n'ai pas pu répondre en mp.
Bonne lecture !
Chapitre 21 : Un visiteur inattendu
Après un mois d'avril d'une fraîcheur hivernale qui n'incita personne à Little Willow à se découvrir d'un fil mais plutôt à remettre les doudounes, les beaux jours revinrent dès le début de mai. Les températures remontèrent si vite et si haut que l'on abandonna manteaux et gilets pour sortir dans les rues en manches courtes. Le soleil répandit ses rayons dans les rues mais aussi dans les cœurs et particulièrement dans ceux des Lupin.
Peu à peu, ils se remettaient de la déception de Poudlard et tournaient la page. Remus ne passait plus ses journées enfermé dans sa chambre à consulter ses livres de magie et il avait retrouvé l'appétit. Peu à peu, la routine était revenue à Little Willow : Remus allait à l'école, ses parents au travail et tout le monde se rassemblait le soir autour d'un dîner pour échanger sur la journée passée.
De manière générale, personne ne s'épanouissait beaucoup dans ses activités au sein de la famille Lupin. Remus avait plus que jamais son horreur en école depuis qu'il savait qu'il ne la quitterait pas de sitôt, Lisa avait des ennuis au travail avec plusieurs de ses collègues – pas facile d'être la mère d'un loup-garou dans une si petite ville – quant à John, on ne l'avait jamais vu aussi stressé ni fatigué depuis qu'il avait décroché sa « promotion ». Personne n'ayant envie de plomber l'ambiance familiale en confiant ses propres soucis, les repas étaient la plupart du temps très silencieux.
La plupart du temps.
- Il m'est arrivé quelque chose de bizarre aujourd'hui, raconta soudain Remus.
John et Lisa, qui depuis le début du repas n'avaient pas levé le nez de leurs assiettes respectives, se redressèrent brusquement, partageant sur leurs faces pleines de bolognaise la même expression incrédule. C'était tellement rare d'entendre Remus parler de sa journée… surtout que pour une fois il y avait une note de bonne humeur dans sa voix. Les deux parents tendirent chacun une oreille attentive.
- Que s'est-il passé, mon chéri ? l'encouragea Lisa très intriguée.
- En rentrant de l'école, un monsieur est venu me parler sur le chemin.
- Un monsieur ? releva John en fronçant les sourcils soudain méfiant. Voyons Remus, tu as oublié que tu ne devais pas parler aux inconnus !
- Généralement, ce sont les inconnus qui évitent de me parler, fit remarquer le jeune garçon en haussant les épaules. Et d'ailleurs c'est lui qui est venu me voir. Moi, je n'ai rien dit du tout. Promis !
- Et lui, que t'a-t-il dit ? demanda précipitamment John.
Il semblait anormalement nerveux, le visage agité de tics et l'esprit envahi par un sombre pressentiment. Remus réfléchit à la question quelques secondes, les sourcils froncés et l'index gratouillant son menton en signe d'intense réflexion.
- Je ne sais plus, avoua Remus. Ce n'était pas très intéressant. Il m'a posé des questions sur le village. Il m'a dit qu'il n'était pas du coin, qu'il était seulement en voyage.
John se détendit.
- Alors c'est tout ? Il voulait seulement des renseignements sur Little Willow ?
- Ben oui.
Drôle de destination pour faire du tourisme, pensa le père de famille encore un peu sceptique malgré tout.
- Mais il y a juste une chose qui m'a étonné, ajouta tout à coup Remus comme si ce détail venait à peine de lui revenir. Au moment de partir, il m'a dit « merci Remus ». Pourtant je ne lui ai pas dit comment je m'appelais. D'ailleurs, s'il m'avait posé la question, j'aurais sûrement répondu « John » comme d'habitude.
Il n'en fallut pas plus pour rendre à John ses affreux doutes. Cette fois, Lisa parut perturbée aussi à en juger le regard qu'elle lança à son mari. Tous deux restèrent ainsi pendant quelques instants à s'observer d'un air éloquent comme s'ils essayaient de communiquer sans l'aide des mots. Remus, qui ne s'était pas attendu à une telle réaction devant son récit, se sentit mal à l'aise. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu ses parents aussi soucieux. Il regrettait presque à présent de leur avoir raconté cette anecdote. Ils allaient encore en faire toute une histoire.
- À quoi, il ressemblait cet homme ? questionna brusquement John. Tu peux le décrire ?
- Euh je ne l'ai pas bien vu, marmonna Remus embarrassé, il portait un grand manteau et il avait le visage à moitié caché sous un chapeau.
- Tu as tapé la discussion avec un homme que tu n'as même pas pu voir ?
- Si, je l'ai vu, se défendit Remus pincé, j'ai vu une partie de sa tête… d'ailleurs il me disait vaguement quelque chose.
John et Lisa échangèrent un énième regard empli de compréhension mutuelle. Ils étaient agaçants à faire ça, à la fin !
- Il était plutôt jeune ou plutôt âgé ?
Remus fut incapable de répondre… même avec la meilleure volonté du monde. Du point de vue de John, ses pires soupçons se confirmaient de seconde en seconde.
- Il ne t'a pas dit son nom, à tout hasard ?
Evidemment non. Remus regrettait tout à fait d'avoir parlé à présent. S'il avait pu prévoir qu'il essuierait un pareil interrogatoire. Au nom de Merlin, mais qui donc son père pensait-il qu'il avait croisé ? Le diable en personne ? En fait, quand Remus gagna sa chambre après le dîner, une petite conversation, très secrète, qu'il surprit entre ses parents en laissant traîner ses oreilles de loup, l'informa que son hypothèse n'était pas si sotte.
- Avoue-le John ! À quoi est-ce que tu penses ?
Lisa avait pris sa voix spéciale de femme investigatrice qui sait des choses mais qui veut quand même se les entendre dire. Et naturellement, John, lui, était d'humeur à se murer dans un silence défensif. Le bras de fer était lancé, inutile toutefois car dans les confrontations de ce genre, c'était presque toujours Lisa qui avait le dessus.
- Celui qui est venu voir Remus, dit-elle en baissant la voix encore davantage comme si elle se doutait que son fils espionnait, tu penses que c'était Greyback c'est ça ?
Qui donc ? Tout en étant assis en tailleur sur son lit à trier ses cartes d'Ultralord, Remus sursauta et se dressa un peu comme pour mieux affûter ses oreilles. À l'étage inférieur, il entendit son père frémir d'angoisse et les battements de son cœur s'accélérer si violemment qu'ils émettaient un vrai bruit de tam-tam. Bigre, il était donc si effrayant que ça ce Greyback ? Au fait, qui était-ce ? C'était la première fois que Remus entendait ce nom.
- Je ne pense rien, grommela John d'une voix si grinçante qu'il semblait avoir un citron coincé au fond de la gorge, il y a tout un tas de possibilités. Ce qui est sûr, c'est que pour l'avoir appelé par son nom de sorcier, il faut que ce soit quelqu'un du monde de la magie.
À présent, Remus sentit un frisson d'excitation lui parcourir le long du dos. Un sorcier était venu le voir ? Ce n'était pas pour parler de Little Willow alors ? Ce n'était qu'un prétexte. En réalité, on était venu le voir lui. Loin de partager l'inquiétude de ses parents, Remus au contraire sentit une douce chaleur s'infuser dans son corps. Il n'avait pas reçu sa lettre de Poudlard mais il n'était peut-être pas encore complètement exclu du monde de la magie malgré tout. Il fallait garder espoir.
Hélas l'espoir, ce n'était pas ce qui étouffait ses parents au même moment.
- Qui d'autre que Greyback connaît Remus ici ? insista Lisa.
- Je n'en sais rien, coupa John d'un ton bourru comme si entendre ce nom lui mettait les nerfs à vif, mais réfléchissons ! Pourquoi se pointerait-il maintenant ? Pourquoi aller tailler le bout de gras avec notre fils sur des sujets inoffensifs ? C'est louche quand même !
- Peut-être avait-il… seulement envie de le voir, suggéra Lisa.
Elle n'était guère convaincue par sa propre hypothèse et John ne le fut pas davantage. Un silence s'installa. Remus, frustré que la conversation s'interrompît en si bon chemin retint son souffle et tenta même de faire taire la cavalcade bruyante de son cœur mais sans succès. Le silence s'éternisa si bien que le jeune garçon finit par se demander si ses parents n'avaient pas insonorisé le salon pour continuer à discuter à l'abri de ses oreilles indiscrètes. Mais sa mère le rassura en reprenant soudainement la parole.
- Et qui sait si Greyback ne prépare pas…
- Stop ! coupa cavalièrement John. Arrêtons de parler de ça !
- Pourquoi tu ne veux pas…
- Remus nous écoute peut-être. Attends !
Cette fois, c'était gagné ! Son père avait fini par penser au sortilège d'insonorisation. Misère ! Lui qui ne faisait jamais de magie, il avait fallu qu'une bouffée de sorcellerie lui vînt au bon moment. Remus pesta intérieurement puis se concentra plus fort pour essayer d'entendre malgré tout. Il osa même se faufiler hors de sa chambre pour tendre l'oreille depuis le haut des escaliers mais rien n'y fit, ses parents s'étaient murés dans une bulle infranchissable, même pour lui. Remus était condamné à ne pas en savoir davantage.
Là, ça veut dire que ce dont ils viennent de parler, c'est du lourd ! pensa-t-il en retournant se jeter sur son lit. Incroyable ! Remus se croyait en sécurité et loin du monde de la magie à Little Willow mais à voir la réaction de panique de ses parents dès qu'un malheureux passant venait lui adresser la parole, peut-être s'était-il trompé. Et puis, à présent, il y avait une grande question qui trottait dans la tête de Remus : qui était ce fameux Greyback ? De toute évidence, il était impensable d'interroger ses parents sur son compte. Existait-il un autre moyen de se renseigner ?
Oncle David sait peut-être quelque chose. Oui peut-être mais comment lui en parler ? Il ne venait quasiment jamais les voir. Lui écrire alors ? Ses parents trouveraient sûrement cela suspect vu qu'il ne lui écrivait jamais. Je trouverai bien un prétexte pour justifier l'envoi d'une lettre, se dit Remus en se redressant en position assise, la mine soudain résolue.
Animé par le feu de son idée, il alla tout de suite se mettre à son bureau pour écrire sa lettre. Il la recommença plusieurs fois. Ecrire ne lui posait pas de difficulté, il était assez doué pour cela. Il avait toujours eu de bonnes notes à l'école en expression écrite. À force de ses lectures, les mots lui venaient aisément et il avait un style déjà étonnamment mature pour ses onze ans. Néanmoins, il ne maîtrisait pas vraiment les codes de la lettre, peu habitué à écrire à qui que ce soit. En outre, il ne savait guère comment entrer dans le vif du sujet. Il ne voulait pas paraître trop direct et effrayer son oncle. La mention de Greyback semblait un sujet sensible. Il fallait amener les questions en douceur.
Finalement, après deux heures de travail acharné, Remus se déclara satisfait de sa missive. À présent qu'elle était pondue, il n'était plus sûr d'avoir eu une si brillante idée mais c'était la seule qu'il avait en réserve. David était sa seule piste pour en apprendre plus sur ce Greyback. Et puis de toute façon, que pouvait-il lui arriver de pire que de voir son courrier rester lettre morte ? Si David ne savait rien ou était trop gêné, il se contenterait de ne pas répondre voilà tout.
Avant de se coucher, Remus avisa une dernière fois sa lettre. Elle était compromettante, ses parents pouvaient tomber dessus. Sans doute seraient-ils fâchés de découvrir qu'il menait l'enquête dans leur dos. Il valait mieux qu'ils ne tombassent pas dessus. La cacher s'imposait. Remus passa encore trois bons quarts d'heure à chercher la planque idéale, à en changer, à la cacher davantage quand il pensait avoir trouvé le bon coin.
Tout ceci fit qu'il se coucha bien après minuit. Lisa, qui avait été prise dans sa discussion avec son mari, ne monta embrasser son fils que très tard. Elle fut soulagée de le voir en pyjama et dans son lit. C'est qu'il était raisonnable tout de même !
Oui, après cette soirée plus mouvementée qu'il ne l'aurait pensé, Remus fut ravi de pouvoir goûter un repos bien mérité. Cependant il ne se doutait pas encore que son sommeil serait de courte durée. Pour l'heure, il était parfaitement tranquille, bien à l'abri de tout bruit importun grâce au sortilège d'insonorisation. Quand John lançait un maléfice, c'était rare mais il ne le faisait pas à moitié. Et cette fois-là, son sort fut si efficace que Remus n'entendit même pas la sonnette de la porte d'entrée !
John et Lisa, en revanche, s'attendaient si peu à recevoir une visite à une heure aussi tardive qu'ils eurent la même frayeur. Ils étaient bien plus de minuit et le petit couple végétait sur le canapé devant la télévision, tous les deux pratiquement endormis. La sonnerie les tira brusquement de leur torpeur comme la sirène d'une caserne de pompier.
- Nom d'une gargouille, c'est quoi ça ? glapit John les cheveux plus en bataille que jamais. Il y a le feu ?
- On- on a sonné, bredouilla Lisa soudain très pâle.
John croisa son regard et pâlit à son tour. La dernière fois qu'ils avaient reçu une visite aussi tardive, c'était un soir de pleine lune… et leur fils avait muté à jamais. Si peu de temps après avoir entendu Remus parler d'un homme étrange et en avoir tiré les pires hypothèses, les deux Lupin n'étaient pas tranquilles. Pas tranquilles du tout.
N'obtenant pas de réponse, le visiteur sonna à nouveau. Le carillon semblait une plainte déchirante aux oreilles des parents indécis.
- Qu'est-ce que… on ouvre ? demanda Lisa.
Galvanisé par cette question, John prit une profonde inspiration puis incita sa femme au plus grand silence. Après quoi, il saisit sa baguette magique et se dirigea prudemment vers la porte d'entrée. Misère ! C'était terrible d'avoir peur de tout comme ça. Mais en même temps, ils avaient de quoi être paranoïaques après ce qu'ils avaient vécu. Et puis d'abord, qui avait le culot de s'inviter sans prévenir en pleine nuit ? Enhardi par toutes ses pensées, John se raffermit et atteignit la porte avec l'intention d'accueillir ce visiteur impoli avec tous les égards qu'il méritait.
Mais sitôt qu'il ouvrit la porte, il resta complètement interdit sur le seuil.
- Professeur Dumbledore !
Impossible de ne pas le reconnaître ! Le vieux professeur de métamorphose n'avait pratiquement pas changé : c'était toujours les mêmes lunettes en demi-lunes abritant des yeux d'un bleu pétillant de malice, la même expression rieuse entre ses rides, déjà fort nombreuses, la même barbe foisonnante qui lui masquait la moitié du visage. Les principales différences dans son apparence, c'était sa chevelure plus grisonnante qu'autrefois et surtout sa tenue. Loin de ses longues robes excentriques, le vieux sorcier arborait… un authentique costume anglais à rayures, un accoutrement bien moldu.
- Bonsoir John, dit-il d'une voix douce.
Un bref silence s'installa car John restait pétrifié, incapable de croire à ce qui lui arrivait. Dumbledore, Albus Dumbledore en personne se tenait sur son perron. Et visiblement, il était très satisfait de la réaction de stupeur qu'il avait provoquée sans le vouloir chez son ancien élève.
- Veuillez me pardonner pour cette visite fort tardive, reprit soudain le nouveau directeur de Poudlard. J'avoue que j'escomptais venir bien plus tôt mais un important travail m'a retenu. Cependant, comme je suis contraint de quitter votre charmante petite ville demain à l'aube, je me devais de vous visiter et ce malgré l'heure. Ce dont j'avais à vous entretenir ne peut se dire en une lettre.
John l'écouta sans l'interrompre, toujours interdit, tellement interdit d'ailleurs qu'on ne pouvait être sûr qu'il l'écoutait parfaitement. Voyant que la scène devant la porte s'éternisait, Dumbledore fut pris d'un doute et amorça un geste comme pour entrer.
- Me permettez-vous de…
- Oh ! Excusez-moi ! fit John en s'écartant précipitamment pour le laisser passer.
Le vieil homme pénétra alors dans la demeure abondamment chauffée et fit quelques commentaires polis sur la décoration du hall lorsque la voix de Lisa retentit du salon.
- Qui est-ce ?
N'ayant pas entendu d'éclats de voix, elle en avait naturellement conclu que le visiteur n'avait rien de belliqueux et s'était apaisée. Sitôt qu'il reconnut la voix de sa femme, John se figea, le teint soudain pâle et le cœur battant plus fort. Misère. Il venait de faire entrer Albus Dumbledore chez lui, l'homme qu'il avait rendu responsable du malheur de Remus, l'homme que Lisa haïssait le plus au monde depuis quelques semaines ! Quand ils se retrouveraient face à face, il y aurait sûrement un drame.
- Ce n'est rien ! s'écria John, tout en doutant que son hôte apprécie ce genre de présentation cavalière. Ca ne te concerne pas. Veux-tu bien aller faire du thé ?
Quoiqu'il mît toute la déférence du monde dans cette requête, il ne connaissait que trop bien Lisa pour savoir qu'elle ne se contenterait pas d'être envoyée à la cuisine pour faire la ménagère quand on recevait un visiteur. À son grand dam, la jeune femme s'avança dans le hall pour satisfaire sa curiosité de voir l'inconnu. Elle avait bien compris qu'il s'agissait d'un sorcier et en bonne moldue, c'était toujours avec fascination qu'elle accueillait toute manifestation du monde magique… surtout sous son toit.
- Monsieur ?
- Vous devez être Mme Lupin, dit courtoisement Dumbledore en tendant la main vers elle, je suis enchanté de faire votre connaissance. Permettez-moi de me présenter à mon tour : Albus Dumbledore !
Lisa, qui s'était avancée pour serrer la main qu'il lui tendait, s'immobilisa tout à coup, les yeux écarquillés.
- Albus Dumbledore ! répéta-t-elle interloquée.
Son regard oscilla entre le vieil homme et son époux, qui se tenait en arrière, l'air très embarrassé. De toute évidence, John aurait donné tout ce qu'il possédait pour pouvoir transplaner loin de cette maison. Résigné, il se tenait droit et immobile, attendant la sentence comme un criminel qui se sait déjà condamné à mort.
- Le nouveau directeur de Poudlard ! s'écria ensuite Lisa en exécutant un pas de recul.
- Excellent ! lança Dumbledore. Vous avez entendu parler de moi.
- Comment osez-vous venir ici ?
C'était précisément ce que John avait redouté. D'abord tenté d'intervenir, il resta tétanisé et se contenta de grimacer tout en cachant son visage entre ses mains. Ne s'attendant pas du tout à un tel accueil, Dumbledore ne put s'empêcher de manifester une légère surprise.
- Je vous demande pardon, madame, mais je ne comprends pas.
- Vous n'êtes pas le bienvenu dans cette maison, M. Dumbledore, dit sèchement Lisa en lui désignant la porte. John, dis-le lui !
- Non je ne crois pas, balbutia John qui aurait préféré se trancher la tête avec une épée rouillée plutôt que de mettre à la porte son ancien professeur qu'il respectait et admirait beaucoup. Lisa, s'il te plaît c'est une affaire de sorciers. Laisse-moi régler ça !
- Quoi ! s'étrangla la pauvre femme, estomaquée. Quel trouillard tu fais ! Après tout ce que tu m'as dit, tu n'as pas le courage de tes opinions en face de l'homme qui a gâché la vie de notre fils ?
Et voilà, c'était lâché ! John se prit la tête entre ses mains et résista à l'envie de se la taper contre les murs. Misère, qu'avait-il fait ? Pourquoi avait-il menti ? Pourquoi avait-il inventé cette histoire ridicule ? Pourquoi s'était-il fourré dans un tel bourbier ?
- Que dites-vous là, madame ? questionna Dumbledore soudain perplexe. Moi, j'aurais gâché la vie de votre fils ?
John se sentait sombrer dans des profondeurs abyssales. Oh, au fond, n'avait-il pas mérité ce qui lui arrivait ? Il avait été trop stupide de croire que son stratagème était parfait. Sous prétexte qu'il vivait dans une petite bourgade reculée et isolée de la magie, il avait cru pouvoir faire avaler à sa femme n'importe quoi. Il aurait dû se souvenir de la règle essentielle : personne n'échappait au monde des sorciers. Et les mensonges avaient toujours des conséquences. Il avait sali la réputation d'un honnête professeur et s'était moqué de sa femme. Il devait assumer à présent.
- Je n'ai encore rien fait qui concerne votre fils de près ou de loin.
- Alors vous insinuez que je mens ! rugit Lisa à présent hors d'elle.
Avec la délicatesse d'un dragon furibard, elle alla chercher la lettre que lui avait montré John et la mit sous le nez du directeur.
- Là ! fit-elle d'un ton victorieux. Vous n'avez toujours rien à vous reprocher ?
Le vieux sorcier parcourut rapidement la missive des yeux et ses sourcils encore clairsemés de quelques poils roux se joignirent en un V soucieux.
- Cette lettre n'est pas de ma main, murmura-t-il.
- Comment ça ? Vous ne voyez pas la signature ?
- Je la vois parfaitement, madame, mais je puis vous assurer qu'elle n'a pas été tracée par moi. Croyez-moi, je signe suffisamment de lettres et de documents pour savoir quand il s'agit ou non de la mienne. Cette lettre n'est pas de moi, madame, elle a été contrefaite… par un sortilège assez grossier mais une néophyte telle que vous ne pouvait bien sûr le savoir. Tenez regardez !
De sa propre baguette magique, Dumbledore tapota la lettre et à sa grande horreur, John vit plusieurs mots se modifier jusqu'à redevenir le courrier d'origine. Cette fois, c'était la fin, il n'avait plus qu'à partir vivre sur une île déserte et prier pour que sa femme ne retrouvât jamais sa trace.
- Voyez la lettre d'origine. Elle est en fait du professeur Dippet, mon prédécesseur, et elle date depuis au moins quatre ans.
- Quatre ans, répéta Lisa à moitié assommée, comment est-ce possible ?
Elle n'eut guère besoin qu'un tiers lui donnât les explications. La réponse lui vint toute seule au moment où son regard erra dans la salle et se posa presque par hasard sur son mari, planqué dans la partie la moins éclairée de la pièce. Alors brusquement toute la lumière se fit. Dès lors, sa colère n'eut plus de limites.
- John ! Je vais te tuer !
- Lisa, je t'en prie, bredouilla John tout en reculant un peu plus contre le mur, tu ne vas pas me faire une scène devant notre visiteur. On pourrait peut-être attendre que…
- Oh ne vous gênez pas pour moi ! répliqua le directeur, qui à l'évidence, s'amusait beaucoup. Vous avez l'air d'avoir beaucoup de choses à vous dire. Je vais vous laisser quelques instants et préparer du thé. C'est par ici ?
Sans attendre la réponse, il s'éclipsa pour donner à Lisa le loisir de laisser libre court à son courroux.
- Une lettre vieille de quatre ans ! maugréa Lisa qui fulminait tellement que la colère déformait ses beaux traits. Comment as-tu pu me faire une chose pareille ?
- Lisa, je…
- Et à Remus ? Comment as-tu pu regarder ton fils dans les yeux et lui mentir ?
- Lisa, tu…
- Alors comme ça, depuis toutes ces années, tu savais que Remus ne pourrait pas aller à Poudlard et tu n'as rien dit ! Pourquoi as-tu gardé ça pour toi ? Nous avions le droit de savoir, Remus et moi.
- Lisa, il…
- Quand je pense qu'il y a encore quelques mois à peine, tu promettais à Remus monts et merveilles à Poudlard ! Tu t'es bien fichu de lui ! Et je ne parle même pas de cette mascarade ridicule de ces dernières semaines. Tu n'as donc aucune considération pour ta propre famille.
- Lisa, laisse-moi t'expliquer !
- Je t'écoute.
Jamais le regard de Lisa n'avait paru aussi noir. Il désarma John en un éclair. Bien qu'il eût la parole, ce dernier demeura muet comme un tombe, incapable de trouver le moindre bon mot à dire. Il était tellement pétrifié qu'il marmonna quelques paroles inintelligibles avant de confesser, rouge de honte.
- Je-je ne sais pas… je n'ai pas eu le temps de préparer mon excuse.
C'en fut trop pour Lisa. Elle fit un pas vers lui, visiblement très tentée d'en venir aux mains mais Albus Dumbledore choisit cet instant pour revenir dans le salon, faisant léviter à côté de lui un plateau chargé d'une théière fumante et de trois tasses.
- Mme Lupin, je vous en prie, dit-il de sa voix la plus douce. Loin de moi le dessein de vous empêcher de corriger votre mari. J'avoue que l'idée m'est même assez sympathique. Toutefois, je vous prierais de bien vouloir attendre encore un peu et d'écouter ce que je suis venu vous dire. Car enfin, il se pourrait que j'apporte des nouvelles qui contenteraient tout le monde. Elles concernent le jeune Remus.
En entendant le nom de son fils, la colère de Lisa fondit comme neige au soleil. Enfin, pour être tout à fait exact, sa colère ne s'estompa pas aussi facilement mais elle retrouva suffisamment d'emprise sur elle-même pour réfréner son ire et la faire rentrer en elle. Il était évident qu'entre tourmenter son mari et entendre ce que le plus grand sorcier du monde était venu lui dire dans son bled et au beau milieu de la nuit sur son fils, elle optait pour écouter Dumbledore.
Quand elle eut enfin retrouvé assez de calme pour afficher un sourire de circonstance sur son visage, elle alla prendre place sur le canapé et se saisit de la théière pour verser le thé dans les tasses. Ceci fait, elle invita les deux hommes à s'asseoir à leur tour.
- Parfait, monsieur Dumbledore, je brûle d'impatience de vous entendre.
Ah la fameuse arrivée de Dumbledore. Je dois dire que je l'ai attendu ce chapitre. Tellement que je n'ai pas pu résister au plaisir de le faire durer un peu.
La suite ne tardera pas à arriver : grand face-à-face entre Remus et Dumbledore.
Merci de votre lecture. J'espère que ça vous a plu. N'oubliez pas l'auteur avant de partir ^^
