Chapitre 21. Des placards et des discussions.
Thranduil fut le premier à s'avancer sur la plateforme circulaire aux pieds des portes d'Imladris, éternellement royal dans sa tenue de cavalier aux soieries précieuses qui se balançait au rythme de sa démarche altière, une couronne de mithril ceignant son front. Derrière lui arriva Legolas, Gondren, puis Naur, tous vêtus bien plus simplement, leurs sourires amicaux contrastant avec le visage impassible et fier de Thranduil.
Elrond marcha à leur rencontre alors que les premiers arrivés démontèrent de leurs montures, et il déclara avec chaleur en sindarin :
-Bienvenu mes amis ! Vous revoir ici après toutes ces années honore notre cité, et empli nos cœurs d'allégresse.
-Je te remercie, mellon nin, dit Thranduil en lui posant une main amicale sur son épaule, avant de se tourner vers Glorfindel et de l'étreindre avec plus de chaleur, laissant échapper en sourire : Je réalise seulement maintenant que trop de siècles ont passé depuis ma dernière visite.
Il salua également les enfants du seigneur des lieux, leur glissant des paroles affectueuses, jusqu'à en venir à Niphredil qui s'inclina profondément devant lui, qui affronta son regard sans ciller, alors qu'elle sentit ses intestins se tordre :
-Je suis heureuse de vous revoir, Aran Thranduil.
À cela, le roi sinda ne répondit rien, se contentant d'incliner la tête en signe de respect avant d'en revenir à Elrond. Ce dernier ordonna aux palefreniers de prendre soin des montures, ainsi que les effets de leurs invités. Durant ce temps, Naur étreignit chacun des enfants d'Elrond, ne laissant pas Niphredil en reste, lui assurant la main sur le cœur qu'il s'était fait du souci pour elle, alors qu'elle vit avec soulagement qu'il ne lui gardait nul rancune des événements passés.
Alors que tous acceptèrent de laisser leurs effets aux mains des palefreniers noldor, Gondren, lui, s'y opposa avec véhémence, délogeant brutalement la main de Lindir qui voulut se saisir de la sacoche attaché à son orignal en déclarant :
-Je vais me charger moi-même de mes affaires, jeune freluquet.
Niphredil le vit blêmir, et prise de pitié pour le jeune intendant, elle déclara en s'avançant vers eux :
-Lindir, me permettrez-vous de conduire notre hôte jusqu'à ses appartements ?
-Ah, pinig, dit-il en posant une de ses larges mains sur son épaule en guise de salut, tu tombes bien, nous avons des choses à nous dire, toi et moi.
Peu rassurée par ses propos, elle n'en laissa néanmoins rien paraître et le pria de bien vouloir la suivre, alors que le groupe d'elfe sindar s'éclatait dans Imladris avant qu'elle n'est pu voir ces autres amis.
Arwen, qui n'ignorait rien de la sombre réputation de l'ellon balafré leur emboîta le pas, inquiète pour sa nouvelle amie, mais après quelques mètres, il la congédia de manière peu courtoise et se saisit le bras de l'elfine en ignorant le regard scandalisé de fille d'Elrond. Il ouvrit la première porte qu'il rencontra, y pressa Niphredil avant de s'enfermer avec elle, ignorant les mots d'indignations d'Arwen. L'endroit n'était pas une chambre d'invité, comme elle s'y serait attendu, mais un placard à balais où s'entassaient serpillières sales et seaux d'eau croupissante.
-Je te remercie d'avoir gardé secret le rôle que j'ai joué il y a dix-sept ans dans la forêt et il est essentiel que tu continues ainsi, dit-il d'un ton abrupt, sans préambule. Je me fiche pas mal de ce qu'aurait pu penser les seigneurs de tout cela : je n'ai ni titre ni terre à perdre, et nulle famille que l'on puisse menacer. Thranduil lui, t'a protégée, inutile de te dire que ta soudaine disparition il y a sept ans lui a causé beaucoup de tort, stupide elfine ! J'ose espérer néanmoins que tu n'as pas poussée la bêtise à baver cette histoire à des oreilles noldor !
-Je n'ai parlé d'Heledir à personne, dit-elle, légèrement déboussolé, ces yeux s'agrandissant de surprise en assimilant le flot d'information déversé par le garde du roi, alors qu'une question qui la torturait depuis trop longtemps franchit ces lèvres : tu savais que ce n'était pas un gobelin, n'est-ce pas, Gondren ?
-J'ai protégé mon royaume, et mon roi contre les créatures des ténèbres, dit-il dans un murmure inquiétant. Je sais ce dont cette bête était capable, et crois-moi, tu n'as vu qu'une infime partie du monstre qu'il était. Longtemps, il se contentait de brutaliser orques et gobelins, durant ces missions aux renseignements. L'époque était dure, Vert-Bois était menacé, et nul n'avait cure de ses méthodes, tant qu'elle apportait des résultats... Heledir à fini par s'en prendre aux elfes, et jamais il n'aurait cessé, alors je devais l'arrêter, tout comme toi... J'espère que tu as une sérieuse explication à fournir pour ta disparition, au roi, car en fuyant, tu as créé un doute sur ton innocence, et Anneth s'en sert pour faire vaciller son pouvoir !
-Je... Je n'ai jamais voulu cela...
Gondren la dévisagea, tentant de déceler le mensonge et la ruse sur le visage de l'elfine, et il saisit son menton dans une de ses énormes mains pour scruter son regard sans qu'elle puisse se détourner. Bien qu'il ne dît rien, il sembla visiblement satisfait par ce qu'il vit, car il la relâcha plus délicatement, et la gratifia d'un large sourire qui déforma ces cicatrices, rendant l'attention plus terrifiante que chaleureuse.
Il voulut ajouter quelque chose, mais la porte s'ouvrit avant sa bouche, et dans un fracas, ils se retournèrent de concert vers sur Thranduil qui leur lança un regard étrange :
-Que faites vous ici ?
-Nous cherchons les appartements attribués à Gondren , déclara Niphredil en prenant une expression innocente, embarrassé à l'idée d'être surprise dans une pièce exiguë seule avec un ellon, alors que les paroles de ce dernier la troublait encore. Pour sa part, le garde royal eut un rire amusé, visiblement pas le moins gêné du monde par la situation.
-Dans le placard à balais putride ? S'étonna le souverain elfe en haussant un sourcil, alors qu'il fronça le nez devant l'odeur d'eau croupie qui inondait la minuscule pièce.
-Nos recherches n'ont pas encore abouti, répondit-elle, refusant de se démonter devant le souverain, fidèle à leurs vieilles habitudes.
Thranduil soupira et sourit une fraction de seconde avant de s'écarter du placard pour les laisser sortir et déclara :
-Pinig... Tolo in. Viens avec moi.
Arwen attendait un peu à l'écart dans le couloir. C'était sans nul doute elle qui était allée chercher le souverain sindar, sachant qu'il était le seul à pouvoir obtenir l'obéissance de Gondren, en cas de réel problème. Ce dernier ne se priva d'ailleurs pas d'offrir un sourire carnassier à la demoiselle noldo qui blêmit, alors que Niphredil aurait juré voir une étincelle d'amusement dan le regard du garde.
Par le passé, elle avait déjà juré avoir vu Gondren s'amuser de la peur qu'il inspirait, et à présent, elle n'en avait plus aucun doute.
-Gondren, déclara Niphredil en cherchant à reprendre contenance, tes appartements sont justes... Là, dit-elle en désignant en face du placard à balais.
-Prêt des balais, dit-il en haussant un sourcil en direction d'Arwen, et non-prêt du roi ? Devrais-je coucher sur une paillasse devant sa porte pour assurer sa sécurité ?
-Je... Je... Balbutia Arwen en rougissant, je ne pensais pas... Pas de danger...
-Arwen, veux-tu bien changer cela, je te prie, demanda posément Thranduil. Je dois pour l'heure m'entretenir avec la demoiselle Niphredil, en privé.
Il fit un signe de la tête à l'elfine et celle-ci le suivit à travers Imladris dans le silence, inquiète malgré qu'elle ne cessait de se répéter qu'il n'y avait pas lieu d'être.
Sans hésitation, le roi se dirigeait dans les dédales, jusqu'à la maison principale où résidait la famille du seigneur Elrond. Il ouvrit et ouvrit une porte de l'aile Ouest qui donnait sur un vaste appartement réservé aux hôtes de la plus haute distinction.
Niphredil fut admirative de l'endroit, au parquet couleur acajou ou était sculptés de petites feuilles de frênes dans une couleur plus claire. Les meubles n'étaient pas moins finement travaillés et les livres recouvraient la totalité du mur Est. Comment l'ensemble des constructions d'Imladris, l'espace était ouvert sur l'extérieur, mais visiblement les ellons qui avaient aménagés le lieu connaissait le goût du seigneur Sindar pour l'intimité, car de grand voilages blanc avaient été installé, voletant doucement, poussé par un léger zéphyr.
Le salon, délicieusement inondé de la lumière naturelle d'été donné en plus sur un balcon privé, avec juste en dessous, une falaise à la hauteur vertigineuse.
Lindir entra derrière eux avec un plateau contenant une bouteille de vin ainsi que deux verres, qu'il déposa dans la loggia avant de disparaître.
Thranduil fit signe à Niphredil de venir s'installer et lui servit une coupe de vin, gardant le silence en attendant qu'il ne parle le premier. Or, son premier propos après dix-sept ans de silence la prit de cours :
-Que faisais-tu avec Gondren dans ce placard ?
-Nous discutions, dit-elle en haussant un sourcil, appréciant peu ces manières inquisitrices, réprimant un propos provocant. Nous avions... D'importantes choses à nous dire.
La réponse parut satisfaire Thranduil dont les traits se détendirent légèrement, mais il agita néanmoins avec une voix encore teintée de colère :
-Je te prierais de ne pas t'isoler de la sorte dans les placards avec mes ellons, c'est inconvenant, même pour ceux comme Gondren, dont on ne saurait remettre son honneur en doute.
Peste soit l'arrogance de ce roi !
-Mais activités ne vous regarde pas, Thranduil, ni dans les placards, ni dans l'ensemble de la terre du milieu ! S'énerva l'elfine en bondissant de sa chaise. Pourquoi avez-vous ordonné que me capture comme une criminelle en fuite ? J'ai payé ma dette, vous n'aviez aucun droit d'agir ainsi !
-J'ai tous les droits, Niphredil ! Tonna-t-il d'une voix profonde, lourde de menace, mais il resta néanmoins assis, puis se resservit une coupe de vin pour tenter de canaliser ses émotions, poursuivant ensuite d'un ton plus calme : tu as ignoré mes missives, ainsi que de ceux qui t'aimaient en amis. Quant à la fin de ton emprisonnement, Naur est allé aux Monts de Fer, avec entre autre mission, celle de te ramener, tu avais disparue. Il était de mon devoir d'agir, pour éviter que l'on retrouve un jour ton cadavre dans les bois...
Le roi avait achevé sa déclaration d'un ton presque triste, et Niphredil s'apaisa, tant par ce qu'elle réalisait qu'il s'était inquiété pour elle, qu'en entendant parler de correspondance. Il affirmait d'un ton sincère qu'il lui avait écrit.
Que les autres lui avaient également écrit... Qu'on ne l'avait pas juste oublié après cette fâcheuse affaire...
Mais elle n'avait jamais eut vent de tout cela. Pas un mot, pas l'ombre d'une missive, ne serait-ce que de courtoisie.
-Je... Je n'ai jamais reçu le moindre courrier, de quiconque de votre royaume, Thranduil... Dit-elle alors que ces yeux s'étaient agrandis de surprise. Malgré cela, je... J'avais envoyé un courrier avant mon départ des Monts de fer pour vous avertir que je partais vers l'Ouest, mais... Je n'ai rien eut en retour, et j'ai supposé que... Que je n'étais plus la bienvenue à Vert-Bois.
Thranduil avait écouté en silence, les sourcils froncés, mais ne l'interrompit pas. Il laissa ensuite s'installer un silence qu'il rompit après avoir vidé sa première coupe de vin :
-Stupide elfine, les elfes sindar n'abandonne jamais les leurs. Ton innocence est avérée sur l'affaire qui nous a séparés, nul t'en tenais rigueur. Néanmoins... Il semblerait que Daïn est profité de l'occasion pour se comporter de manière perfide et sournoise, en interceptant nos correspondances pour t'isoler de tes pairs. Cela est hélas, peu surprenant de ce nain, crachat-t-il, ces voleurs.
-Je... je ne comprends pas... souffla Niphredil. Pourquoi faire cela... Pourquoi vouloir à tout prix l'affrontement et la souffrance ?
-Daïn est un querelleur stupide, je doute qu'il ne faille aller chercher plus loin, lâcha-t-il avec colère et dépit.
Dain s'était joué de lui, et c'était inacceptable. Thranduil se jura de le lui faire regretter cela, mais pour le moment, il avait d'autres soucis : les Noldor, mais surtout, l'arrivée imminente des Galladrims.
Voici prêt de trois cent ans que je parviens à les éviter, mais à cause de ces maudit nains...
Le roi sindar reporta son attention sur Niphredil, et soupira : les choses de ce monde seraient bien plus simples, si la malveillance ne venait que des créatures de l'ombre, soupira Thranduil d'un ton las, avant de changer de sujet : j'ai entendu dire que tu avais combattu les orques et les gobelins ces dernières années, est-ce vrai ?
-Je m'y emploie tant que possible, dit-elle avec une pointe de fierté.
-Bien, dit-il en se tournant vers l'horizon. Va voir Wilwarin, et demande lui de t'évaluer au combat, à ma demande. J'ai maintes choses à faire, pinig, nous poursuivrons cette discussion plus tard.
Il la congédia sans autre cérémonie, ni même un regard, et Niphredil partie sans demander son reste, blessée par l'attitude du souverain sindar à l'humeur exécrable.
Au fond, à quoi m'attendais-je ?
Chassant ces idées noires qui menaçaient d'envahir son esprit, elle partit à la recherche de Wilwarin, mais aussi d'Amdir et Legolas qu'elle n'avait pas encore salué et qui serait certainement de meilleure compagnie.
Si elle trouva Legolas dans l'appartement voisin, Amdir et Wilwarin, eux, furent plus difficiles à localiser, car logé dans une annexe légèrement excentrée de la cité, et elle peinait encore à se repérer dans les dédales d'Imladris.
Les deux ellons lui firent un accueil chaleureux et survolté, la pressant de question d'un coté alors qu'il l'inondait littéralement d'anecdotes sur leurs années passés, et Amdir lui apprit le rouge aux joues qu'il avait demandé Tarnnath en fiançailles, que ces dernières seraient célébrés durant la prochaine fête de mereth em gilith.
Niphredil, émue, le félicita chaleureusement et ce dernier lui prit les mains et déclara :
-Je voudrais tant que tu sois là, Niphredil. Bien que tu n'es passé que peu de temps à Vert-Bois, tu as apporté un changement nécessaire, que nous avons tous accueilli avec soulagement.
-Maintenant que tu n'es plus une enfant, lui fit Wilwarin avec un sourire goguenard, tu vas pouvoir découvrir la vraie vie dans cette cité, et je serais ravie de te conseiller durant ton entrée dans la vie nocturne !
À ces propos, Amdir leva les yeux au ciel, et soupira quelque chose qui ressemblait à un « incorrigible ».
-Je serais heureuse de refaire un séjour à Vert-Bois, mes amis, dit-elle, mais, j'ai promis de faire... Quelque chose à mon père, je dois tenir parole...
- On ne te demande que trois mois ! S'exclama Amdir en serrant ces mains plus fort, alors que les nains ont rusé pour te retenir loin de nous pendant dix-sept ans ! Puis, ajouta-t-il en croisant les bras, tu n'as pas le choix. Je te traînerais moi-même jusqu'à Vert-Bois s'il le faut.
Niphredil rit, et lui promit de réfléchir à la question, refusant de s'avouer qu'ils avaient déjà eut gain de cause.
Smaug ne risque pas de disparaître en quelques mois, et elle n'avait été privée que trop longtemps des ses amis à qui elle devait tant, songea-t-elle en se laissant grisé par le soulagement d'avoir retrouvé ceux qu'elle croyait perdu dans un conflit ou elle n'avait été qu'un instrument.
Ce ne faisait que quelques heures qu'elle avait retrouvé la compagnie des sindar, mais elle se sentait plus vivante. Malgré la jeunesse de leur amitié, et sa dispute avec Thranduil, elle avait le sentiment d'avoir retrouvé quelque chose, qui lui avait manqué pendant tout ce temps. Une chose qu'elle ne parvenait pas à identifier, mais indéniablement fort, bien plus que les mots, ou que quelques gestes d'affections visible.
Elle se promit d'en parler prochainement à Amdir qui serait l'écouter avec sérieux, mais pour le moment, elle se souvint subitement que Thranduil lui avait demandé quelque chose :
-Wilwarin, le roi m'a demandé de venir te voir pour que tu évalues mon niveau au combat.
-Oh, la bonne nouvelle ! S'exclama ce dernier, je serais heureux de voir tes progrès dans un petit affrontement amical ! Mais nous verrons cela demain, le jour décline, et le début des festivités ne serait tarder, ce n'est guère le moment de revêtir nos tenues de combat.
-Je pense d'ailleurs que tu devrais aller t'apprêter, Niphé, déclara Amdir, je crois avoir entendu Arwen te chercher tout à l'heure.
Niphredil suivit les conseils du nouveau médecin-chef de Vert-Bois et rentra dans ses appartements alors que le soleil menaçait de disparaître à l'horizon. Elle trouva sur son lit une robe d'un bleu clair, presque turquoise assez audacieuse. Elle sourit en songeant que visiblement, Thranduil n'avait pas renoncer aux vieilles habitudes, alors que pourtant, il s'était montré distant et froid à son encontre cet après-midi. Elle ne le comprenait décidément pas, mais décida d'accepter son attention, qu'elle prit pour un geste délicat.
Pendant le banquet, Niphredil fut assise prêt d'Amdir et Wilwarin, à une distance respectable de la table d'honneur, où siégeaient seigneurs et princes, d'où Arwen lui accorda un compliment muet sur sa tenue. Néanmoins, cette disposition satisfaisait tout à fait Niphredil, trop contente de revoir ses amis loin des pompeuses discussions protocolaires des nobles, pour aborder des sujets plus légers avec les soldats gradé de la table, et elle fut étonnée de ne pas y voir Tauriel.
-Elle est restée pour gérer la défense de la cité. Bien qu'elle regrette de ne pas prendre au voyage, c'est une véritable opportunité pour elle de faire ses preuves en tant de capitaine de la garde de la cité. Nos sentiments l'accompagnent.
-Comment va-t-elle ?
-Oh ! Tu connais Tauriel fit Wilwarin avec un geste de la main, il n'y a rien d'autre qui compte pour elle en dehors du combat. Elle se sent responsable d'une blessure que Legolas à reçu à la dernière lune, et à même reprit les entraînements avec Gondren pour se perfectionner. Elle n'arrête jamais...
-Elle fait honneur à son titre, acquiesça Amdir, en se resservant quelques fruits.
-Je me demande bien pourquoi Arwen à peur de Gondren, dit songeusement Niphredil. Que les nains le craignent, j'imagine bien, mais une elleth qui doit le connaître depuis toujours...
Wilwarin et Amdir échangèrent un regard et Wilwarin murmura à voix basse :
-On... On t'expliquera, mais pas ici. Et surtout ne t'avise pas de lui poser la question, ou tu affronteras ça colère, et nul ne pourrait t'en protéger.
Surprise, elle inclina néanmoins la tête en signe acquiescement et n'approfondit pas le sujet, sachant que l'elfe en question avait, par son grand âge, une ouïe particulièrement développée, peut-être même plus que quiconque dans cette pièce.
Le repas dura jusque tard dans la nuit, et Niphredil vit avec amusement Wilwarin bougonner l'absence de viande, se promettant que dès demain, il irait chasser quelques gibiers pour garnir les prochaines tables.
-Cela tombe bien, nous avons une population bien trop importante de sangliers, déclara Elrohir derrière lui, en lui tapant sur l'épaule, ils ravagent la forêt qui ne suffit plus à les nourrir. Cela fait trop longtemps que vous n'êtes pas venu ici réguler la population des troupeaux...
-Ce sera avec joie que nous remédierons à ce problème, sourit Amdir.
-Au fait, félicitation l'ami, poursuivit Elrohir en adressant un sourire radieux au chef des médecins de Vert-Bois. Nous avons appris que tu allais te lier avec la fille de Naur dans quelques mois, mais je ne la vois pas, ni son frère... Où sont-ils ?
Wilwarin et Niphredil échangèrent un regard étonné, alors qu'Amdir répondit tout naturellement :
-Tannarth n'aime guère les longs voyages, et à préféré rester au refuge pour s'occuper de Bar-Rhùnen avec sa mère.
Il ne parla pas d'Heledir, et bien que cela surprît le Noldo, il n'insista pas. Il y a quelques années, il avait entendu que ce dernier était en disgrâce pour une raison obscure, ainsi que Naur avait reprit la tête de l'Est. Cependant, Elrohir n'était pas stupide, et savait que les sindar cachaient quelque chose de grave, sans nul doute sous l'ordre de son roi. Quelque chose que même Niphredil, qui n'avait pas eut de contact avec eux pendant dix-sept ans, savait.
Il se promit de faire la lumière à ce sujet, mais pour le moment, il se contenta de s'asseoir auprès des jeunes sindar, et de regarder avec eux Legolas ouvrir le bal avec Arwen sur un vieil air autrefois joué à Gondolin.
Les deux jeunes gens s'accordaient parfaitement dans une valse énergique et harmonieuse, et Niphredil murmura :
-Elrohir, pourquoi ta sœur et le prince ne sont jamais devenus... Proche ? Ils semblent bien s'entendre...
-Pour sûr, nous l'avons accueilli comme un frère pendant presque vingt ans, lui murmura-t-il sans s'offusquer de son propos. Quand Vert-Bois est devenu dangereux, Meliana est venue vivre ici quelques années avec son fils, le temps que le nouveau refuge soit construit et sûr. Néanmoins, leur fëa ne se sont jamais lié, bien que Thranduil souhaitait ardemment lier nos clans... Il semblerait que les Valar aient d'autres projets pour eux.
-Lié des fëas ? Répéta-t-elle doucement, comment est-ce possible ? S'étonna-t-elle. Les âmes des elfes ne sont-elles pas libres et inaliénables, à l'instar des nains ?
Elladan lui jeta un regard choqué, et Wilwarin soupira d'un ton chagrin : tu as passé bien trop de temps à côté des nains... Je ne crois que tu dois être la première elfine de ce monde à ignorer ce genre de chose... Une chose de plus que nous t'expliquerons plus tard.
Niphredil fronça les sourcils, vexée, mais ne répondit rien. Elle se sentait ignorante du monde qui aurait dû être le siens, et incomprise. Le Fëa, Amdir lui en avait brièvement parlé autrefois, mais elle n'avait songé que cela puisse être différent de celui des nains, hors, jamais elle n'avait entendu de tels propos par le passé et l'idée de lier des âmes lui semblait proche de l'abomination, faisant naître en elle une réelle appréhension.
La danse s'acheva sur quelque note de violon et un tonnerre d'applaudissement. Elrohir bondit pour entraîner Niphredil sur la prochaine danse, et, avant même qu'elle n'est réalisée la manœuvre, il la guidait sur le rythme de Vert-Bois d'un pas léger. Il devina sans doute ces pensées car il déclara d'un ton rassurant :
-Ne te blâme pas de ne pas tout savoir, très jeune Niphredil, dit-il avec un air rassurant. Je n'ose imaginer comme il doit parfois être difficile d'appartenir à deux peuples si différents, qui hélas ne s'apprécie guère. Wilwarin est parfois peut délicat, mais il ne voulait pas te blesser.
Elle le regarda avec étonnement, c'était la première fois qu'elle le voyait sérieux et elle se dit qu'il ressemblait vraiment à son père quand il arborait cet air à la fois sage et bienveillant.
Les Noldos semblaient tout aussi friands que leurs parents des bois de chants et de danses, bien que ces dernières soient souvent plus douces et plus lentes, que Wilwarin qualifia même de « berceuses ». Son avis n'était guère partagé avec Elladan qui semblait avoir un peu trop abusé de vin et qui venait d'inviter Niphredil à se joindre à lui pour la deuxième fois de la soirée sur un air d'Imladris qu'elle ne connaissait pas.
-Tu es trop saoul pour m'enseigner une nouvelle danse ce soir, mellon nin, lui dit-elle amusée.
-C'est que tu ne l'es pas assez pour en comprendre la subtilité, rit-il de son éternelle bonne humeur, tu es bien trop sage pour une sindar, dit-il en saisissant un verre au détour d'une table qu'ils frôlèrent pour le lui mettre dans une main.
-Je souffrirais de faire honte aux miens !
Elrohir éclata de rire et dit : Ah ! Je te laisse la surprise pour les prochaines festivités, mais crois moi, tu ne seras pas déçu du spectacle !
-Comment cela ? Dit-elle intriguée.
-Hé bien, les elfes de Vert-Bois ont pour habitude d'abuser de vin en présence des Galladrims, et plus particulièrement en présence de la dame Galadriel. Ma grand-mère est douée du pouvoir de télépathie et en use parfois un peu trop... Cependant, elle a en horreur l'esprit des gens saoul alors... Acheva-t-il avec un clin d'œil complice.
- La réalité est un tableau bien moins pittoresque que ce que le jeune Elladan décrit, fit une voix profonde derrière Niphredil, alors que l'ellon brun s'inclinait devant elle pour la fin de la danse.
Thranduil était là, posant un regard réprobateur sur l'héritier d'Imladris qui disparut comme l'éclair à la fin de la danse. Le seigneur se saisit du verre que Niphredil tenait pour le poser non loin, avant d'enrouler sa main autour de la taille de l'elfine d'un geste sur, presque autoritaire, et l'entraîna dans une valse douce.
-Thranduil...
-C'est bien moi, lui répondit-il, amusé de voir qu'elle réagissait encore comme la première fois qu'il l'avait fait danser, il y a quelques années. Tu sembles bien t'entendre avec les Noldors.
-Cette cité semble bien loin des soucis de ce monde, s'en est grisant, dit-elle avec un sourire délicat, reposant.
-Plusieurs sindar et autres sympathisants ont quittés Vert-Bois au profit d'Imladris, dit-il sombrement, comme Glorfindel...
Niphredil s'étonna de la révélation, car elle n'aurait jamais soupçonné que le tueur de Balrog fut jadis résident de Vert-Bois-le-Grand, tant il était proche d'Elrond, et se comportait comme les siens. Mais sa réflexion fut rapidement interrompue par la prise de Thranduil qui se resserra sur elle, edéclarant d'une voix inquiétante :
-J'ose espérer que tu ne comptes pas suivre son exemple, pinig.
Elle croisa son regard, à la fois dur et soucieux. Malgré la présence de nombre d'elfes autour d'eux, elle s'autorisa à repousser l'une de ses mèches d'argent échappé de sa couronne d'un geste doux, et dit d 'un ton qu'elle voulait rassurant, bien que son corps s'était raidi, sans savoir ce qu'elle redoutait au juste :
-Il m'est bien assez difficile de concilier ma famille, et l'attachement que je porte à Vert-Bois, pour que je sois désireuse de compliquer davantage la situation. Néanmoins, c'est toujours avec plaisir que je leur rendrais visite.
-Tu parles en vraie politicienne, affirma-t-il avec l'ombre d'un sourire. À ce sujet, j'aimerais d'ailleurs que tu viennes dans mes appartements demain matin pour que nous discutions des sanctions à prendre l'encontre les Monts de Fer pour leur traîtrise. Tu as trop longtemps délaissé ta fonction, c'est inacceptable.
Cette fois, il serra sa taille si fort qu'elle sentit ces doigts de fer s'imprégner dans sa chaire, il déclara d'un ton doucereux en se rapprochant de son oreille :
-Ne me déçois plus jamais, ou la prochaine fois, je te punirais avec la sévérité qui s'impose.
La puissante prise qu'exerçait le roi sur elle la fit frémir, lui rappelant de manière troublante leur étrange entrevue au mariage de Danna.
Pourquoi ? Pourquoi agit-il ainsi ? Songea-t-elle en lui lançant un regard plein d'incompréhension.
Elle aurait pu se montrer insolente, se libérer de sa prise en provoquant faisant un esclandre public, songeant que ce serait bien mérité.
Pourtant, elle n'en fit rien, se contentant de blêmir alors que le roi semblait satisfait de leur échange. Il la salua comme il était d'usage à la fin de la danse, puis elle s'enfuit d'un pas aussi normal que possible de la salle des festivités pour se rendre sur une des coursives extérieures en inspirant une grande bouffée d'air frais.
Elle resta un moment là, debout, à respirer profondément pour tenté de reprendre contenance, interrogeant les étoiles sur les manières de Thranduil, tantôt violentes, tantôt douces, mais les astres restèrent muets.
Après un moment, elle sentit une main venir se percher sur son épaule et entendit la voix de Glorfindel, douce et rassurante, si différente de celle du souverain qui malgré elle, l'avait terrifié :
-Tout va bien, demoiselle ?
-Oui, dit-elle avec un sourire forcé, oui, je suis simplement fatigué...
Il lui lança un regard perçant, signe qu'il n'était pas dupe et déclara :
-Si un jour, tu es trop... Fatiguée, et que tu souhaites en parler à quelqu'un, je serais vraiment honoré d'être la personne à qui tu accorderas ta confiance et je promets que je m'en montrerais digne.
Elle le dévisagea avec surprise, mais n'ajouta rien, et inclina la tête avant de regagner ses appartements pour se plonger dans ses draps.
Le soleil perçait çà et là à travers les voûtes verdoyantes créées par les immenses branches des chênes sans âge qui abritaient une multitude d'oiseaux extraordinaires.
Il marchait à côté d'un ellon à la démarche altière en direction du nord, mais son esprit était préoccupé, si bien qu'il ne parvenait pas à s'émerveiller de la nature environnante qui paraissait si immense à l'elfing qu'il était. Le grand ellon posa une main rassurante sur son épaule, et baissa la tête pour lui adresser un regard interrogateur, alors que ses mèches d'argent se délogèrent de son dos pour venir frôler le dessus du crâne de son fils :
-Qu'est-ce qui te préoccupe, ion nin ?
-J'ai peur que ma flèche manque sa cible, révéla timidement l'elfing, qui avait tout juste la taille d'un nain en levant les yeux pour rencontrer le regard gris argenté de son aîné.
-Dans ce cas, tu en tireras une autre, répondit le grand ellon d'un ton rassurant. L'habilité aux armes n'est pas le seul talent qu'un guerrier doit avoir : il doit également savoir se montrer patient. Tu devras prendre le temps d'observer ta proie, de la sentir, pour pouvoir anticiper ses réactions. Ne te précipite pas pour décocher ta flèche, l'agneau est toujours plus facile à abattre quand il ne voit pas la lame. -Mae, ada... dit-il en resserrant contre lui l'arc en if que l'on avait conçu à sa taille. Son père lui intima de se taire, posant un genou à terre, rapidement imité par son fils, puis lui indiqua la cible qu'il lui avait choisie à travers les feuillages. -Peut-être qu'un sanglier serait plus facile, murmura l'elfing avec appréhension. A présent qu'il était là, il n'était pas vraiment sûr d'avoir envie de faire ce pour quoi il était venu. -Ne montre pas de pitié pour cette bête, ion nin. Elle n'aura qu'une vie courte et douloureuse et toi, tu ne peux te permettre d'hésiter. La main d'un elfe sindar doit-être puissante, assurée, et celle de leur prince plus encore. Maintenant frappe, ou renonce à jamais à être mon fils ! Le petit prince ne manqua pas de toucher sa cible, mais ne la tua pas sur le coup, et la bête poussait des gémissements de douleur à fendre l'âme, espérant que les siens lui viennent en aide. Le roi fit signe à son héritier de le suivre jusqu' leur proie et lui mit son épée dans la main : -Agorech maer,ion nin, tu as bien fait, fils. Maintenant allons chasser le dîner, ces bêtes-là ne se mangent pas.
-Abrège ses souffrances. Il est indécent de laisser souffrir une créature d'Illùvatar.
Le prince ne protesta pas, et plongea l'épée de son père dans la poitrine de sa proie, rencontrant le regard bleuté et empli d'interrogations de ce dernier.
- Debout, mellon nin ! S'exclama la voix joyeuse d'Arwen, qui semblait avoir pris goût à l'idée de venir réveiller Niphredil de bon matin.
-'Suilad, Arwen, murmura-t-elle en s'étirant dans ses draps, fais-moi penser à venir te réveiller un de ces quatre...
-Je suis bien moins paresseuse que toi ! Rit Arwen, mais cela te fait plaisir, ma chambre est au premier étage de la Grande Maison, juste à côté de la bibliothèque !
-Merveilleux, soupira Niphredil, peu convaincu en s'extirpant de ses draps et attrapa sa tenue de cavalier et ajouta : je vais aller voir Wilwarin, Thranduil veut qu'il évalue mes aptitudes au combat.
-Je crains que cela doit attendre, Niphé, déclara Legolas en entrant dans sa chambre, visiblement d'humeur matinale, mon père souhaite que tu partages son petit-déjeuner, afin de discuter des Monts de Fer.
Niphredil soupira et lâcha avec dépit :
-A-t-il donc perdu l'usage de ces mains pour avoir besoin de moi pour rédiger ces courriers...
-Niphredil, soupira le prince en levant les yeux au ciel. Viens, le roi a dit « immédiatement », par pitié essaye de ne pas le mettre de trop mauvaises humeurs, je devrais le voir ensuite.
-Je me fiche de ses royales exigences, mon cher ami, lacha-t-elle, je ne vais pas me balader en chemise en nuit à travers Imladris pour son bon plaisir.
Legolas soupira et devina sans mal qu'ils avaient déjà avoir des échanges houleux hier, sans doute était-ce la cause des propos colérique de l'elfine.
Il avait l'habitude d'entendre Niphredil pester après son père, et si autrefois il affichait le même visage choqué qu'Arwen en entendant de telles paroles, aujourd'hui il se contenta juste de hausser les épaules d'attendre qu'elle soit disposée à le suivre.
Une minute plus tard, elle ressortit de la salle de bain vêtu d'une robe blanche, et salua ces deux amis avant de disparaître dans les couloirs. Arwen, se tourna vers Legolas et demanda :
-Ils ont l'air en conflit... Est-ce vraiment sage de les laisser seul ?
-Oh, ne t'en fait pas pour ça, assura Legolas avec un geste dédaigneux de la main. La dispute est leur moyen de communication favori. Ils ont tout deux un caractère de feu... Thranduil va dire quelque chose qui va déplaire à notre cher Niphé, elle va s'énerver, crier, il va crier plus fort, peut-être que quelques meubles vont passer par la fenêtre, puis dans quelques heures, tu le trouveras en train de rire dans les jardins comme les meilleurs amis du monde.
-Tu n'es pas sérieux ! S'offusqua Arwen en blêmissant.
-Pas pour les meubles, sourit Legolas pas le moins inquiet du monde.
A vrai dire, plus que d'entendre son roi s'emporter ces dernières années, c'était ses silences qui avaient été les plus préoccupants d'après le prince sindar.
Niphredil frappa à la porte des appartements royaux et entra d'un pas silencieux. Thranduil l'attendait devant une table copieusement garnie, un grand manteau de velours rouge reposant négligemment sur une tenue de nuit, plus sobre.
Elle s'attabla tout en le saluant, mais évita son regard, alors qu'il l'invita à commencer à manger. Après un moment, il lui demanda :
-Quelles sanctions penses-tu qu'il serait judicieux de prendre à l'encontre des Monts de Fer, conseillère ?
-Tout dépend de ce que Lac-ville peut offrir, déclara Niphredil, songeuse. Daïn se permet d'être offensant, car son royaume peut être autonome sur presque toutes les denrées nécessaire au royaume. Néanmoins, il y en a une qui lui fait défaut, et dont vous êtes particulièrement riche : la soie. Si les hommes d'Esgaroth pouvaient vous fournir vin et poissons et les montagnes grises l'Acier dont vous avez besoin, vous pourriez bien vous passer de leurs services, les forcer à vous acheter la soie à un prix totalement scandaleux...
Thranduil l'avait écouté avec attention, observant son enthousiasme avec une certaine surprise, et satisfaction. Elle semblait réellement décidée à punir Daïn de l'avoir trahi. Une nouvelle qui jouerait en faveur de ses projets pour remettre ces nains à la place qui est la leur.
-J'aimerais que tu suives cette affaire jusqu'à son terme, pinig, déclara-t-il, Daïn a fini par réussir par venir à bout de la patience de Naur, qui à maintenant plus important à faire que de répondre aux provocations d'un nain belliqueux.
-Si vous le désirez, fit-elle sincèrement désireuse d'en finir avec ce conflit entre eux. Je resterais parmi les vôtres jusqu'à ce que les liens avec les Monts de fer soient rompus, et que par conséquent, que mon statut de conseillère en lien avec ce royaume n'est plus raison d'être.
Ils passèrent une partie de la matinée ensemble, dans un esprit plus calme que la veille, bien que Thranduil sentait que Niphredil gardait toujours une certaine réserve à son encontre.
Une réserve qu'il ne tarderait pas de balayer, comme le vent balaye les feuilles d'automne, car il ne pouvait tolérer que quiconque lui résiste et se permette de lui cacher des choses dans son royaume.
Or, pour le moment, ce qu'il voulait, c'était qu'il retrouve la même relation qu'ils avaient il y a quelques années. Qu'il retrouve l'elfine qui ne l'avait non pas considéré comme un souverain fort d'autorité, mais comme un ellon a qui elle avait accordé sa confiance, en dépit de son caractère sauvage.
Un caractère qui lui rappelait délicieusement le Vert-Bois d'antan.
Une fois le repas fini et la lettre de Daïn écrite au brouillon, Thranduil disparu dans sa salle d'eau pour s'apprêter pendant que Niphredil rédigeait le courrier final en Kuzdul, profitant de la douceur du matin d'été sur la loggia du roi.
Une fois sa tâche achevée, elle fit quelques pas dans les appartements du roi sylvestre avec curiosité, et trouva dans sa bibliothèque une copie des « écrits et index des créatures du Nord » qu'elle avait emprunté à Elrond.
Elle s'en saisit et s'allongea à même le parquet, ces pieds battant l'air alors qu'elle survolait les pages au texte familier qui s'étalait devant elle. Des récits qui parlaient d'Ungoliath et de sa descendance, de Balrog, de Ouargues aux tailles monstrueuses, et, bien sûr, de dragons.
Mais au fil des pages, Niphredil découvrit des dragons comme elle n'en avait encore jamais entendu parler : pas des cracheurs de feux ailés, comme Smaug, non. Ils étaient plus proches du gros serpent, l'un représenté sur la gravure comme ayant la peau de la couleur de la pierre, et des yeux bleus comme un ciel d'hiver, l'autre blanc comme la neige, et d'une grandeur vertigineuse.
Toujours à la recherche de plus d'informations, elle parcourut l'écriture sépia qui lui semblait étrangement familière, quand elle entendit un juron survenir de la chambre.
Elle délaissa quelques instants sa lecture et s'approcha de l'origine du bruit, mais demanda néanmoins l'autorisation d'entrer dans la pièce.
-Entre! S'exclama le souverain en lâchant un nouveau juron.
Niphredil poussa la porte et découvrit une scène qui lui arracha un rire sincère : le noble roi Thranduil, était en train de tenter de démêler sa tiare d'été où figurait quelques fleurs, qui s'étaient emmêlées dans ses cheveux.
Un sourire hilare aux lèvres, elle l'invita à s'asseoir pour lui venir en aide, manipulant avec délicatesse ses longues mèches argentées une fois que le problème fut à porté de ses mains.
-Merci, pinig, dit-il, avec un sourire léger, cette couronne est parfois une réelle malédiction...
-Une chance pour vous que je me sois attardée, dit-elle, en tirant les cheveux arrachés qui étaient restés sur la couronne, en guise de vestige de la lutte entre le roi et son joyau.
-Je vais devoir rejoindre Elrond, soupira Thranduil avec un dépit palpable, j'aimerais régler un maximum d'affaire avec lui avant l'arrivée des Galladrims...
-À cause de la dame Galadriel ? Demanda Niphredil en suivant le roi dans le salon, ramassant le livre qu'elle avait laissé ouvert sur le sol.
-C'est exact, dit-il alors que son expression s'assombrit, puis il s'intéressa au livre que l'elfine tenait dans ses mains, que fais-tu avec ce livre ?
-Je m'instruis à propos des créatures de jadis, expliqua-t-elle en remettant le livre en place. J'ai trouvé une copie dans la bibliothèque d'Elrond, une vraie mine de savoir.
-Où en es-tu dans ta lecture ? Demanda-t-il en haussant un sourcil.
-J'allais commencer le chapitre à propos des dragons quand je vous ai entendu. La gravure y est fascinante, l'avez-vous déjà vu ?
-Oui, grimaça Thranduil. Ce ne sont guère des sujets de lecture pour les elfines. Rejoint donc Wilwarin pour ton évaluation, j'aimerais entendre son rapport dès ce soir.
Fin de chapitre
