Je suis assis dans ma cuisine et fixe le bout de papier que Torres m'a remis il y a peu de temps.
Le contacter ou ne pas le faire ?
Telle est la question qui tourne en boucle dans ma tête depuis une dizaine de minutes maintenant. Je sais que si je le fais, je vais prendre un énorme risque. Mais si je suis en danger, je dois prendre ce risque pour assurer mes arrières. Je tiens à ma vie...
Finalement, je rédige un SMS.
Je sais que ça ne fait que peu de temps que nous nous sommes quittés, mais j'hésitais réellement à jeter ou non votre numéro.
Finalement, j'aimerais vous demander si une possible rencontre en dehors de votre cours est possible ?
Thomas Anderson
Je sors mon ordinateur et commence à rédiger mon devoir d'astronomie. Je vais lui montrer à ce Torres si je suis un étudiant médiocre, notre première rencontre bien en tête.
Les mots sortent tous seuls de ma tête et descendent jusqu'au bout de mes doigts qui pianotent rapidement.
La théorie est intéressante, mais j'ai tellement hâte de pouvoir aller à l'observatoire à la fin du mois. Ça va être tellement génial !
Je suis tellement pris par ce que je fais que je sursaute quand j'entends mon téléphone vibrer. Je le prends et lis.
Je ne suis pas contre, du moment que cela reste discret. Voir un élève avec son prof en dehors de l'université peut être mal perçu et je ne veux pas avoir d'ennui sur ça. Je tiens quand même à mon travail.
Mais j'accepte de vous voir. Quand et où seriez-vous disponible ?
M. Torres
Je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il me réponde. Je pensais plutôt qu'il allait me snober et que demain, il allait bien se foutre de moi.
Ce soir, c'est possible ? Je n'ai pas d'examen ni rien à réviser pour demain. Si vous pouvez être libre, cela serait parfait.
Et pour le lieu... pourquoi pas au restaurant où vous aviez rencontré mon père. Il était chic et pour être discret, ils ont des tables dans le fond du restaurant.
Thomas Anderson
La réponse ne se fait pas attendre.
Je suis d'accord. Je me change rapidement et je vais au restaurant.
À tout de suite,
M. Torres
Je renifle mon t-shirt pour voir si je ne sens pas trop mauvais, la journée ayant été bien chaude. Je mets un coup de déodorant et un peu de parfum, le même que mon père mettait.
J'arrive très rapidement au restaurant, ne vivant pas très loin du lieu. Je reste dans l'entrée et attends Torres qui arrive peu de temps après.
— Qu'attendons-nous pour rentrer dans le restaurant ?
On s'assoit au fond de la salle, dans un coin discret et légèrement caché par une plante verte.
La commande est passée ; une pizza et un verre de vin pour le prof et pour moi, des spaghettis carbos et de l'eau.
— Vous voulez donc qu'on se voie. Mais pourquoi ça ?
— J'aimerais vous poser des questions. Si vous êtes d'accord au moins. Pour avoir de bonnes bases comme a dit mon père.
Je le regarde dans les yeux, attendant de voir s'il va accepter ou pas.
— Ça me surprend assez mais allez-y. Je suis curieux du genre de questions que vous pouvez me poser.
On remercie le serveur qui amène nos plats. Je regarde son verre de vin. Il en boit beaucoup. À midi. Ce soir. Est-ce qu'il serait alcoolique ?
— Alors vos questions ?
Je commence par quelque chose de simple et basique.
— C'est quoi votre prénom ?
— Mon prénom ? C'est tout ce que vous voulez savoir ?
— Pour commencer.
S'il est surpris par la demande de son simple prénom, qu'est-ce que ça va être par la suite ?
— Ian. Ian Torres.
Je pose quelques questions stupides ; son âge, sa couleur préférée, ...
— Vous avez une famille ?
— Je suis gay.
Je ne m'y attendais absolument pas, mais vraiment pas.
— Vous êtes... gay ?
— Oui, j'aime les hommes. C'est quelque chose dont je ne me cache pas.
D'accord, il est gay. Mais ce n'était pas ma question.
Pourquoi il me l'a dit ?
Attend...
Il n'est quand même pas intéressé par moi ?
