Chapitre 21

Bonjour à toutes je vous livre le nouveau chapitre de NOLA et j'en profite comme toujours pour vous remercier de suivre cette fiction et de la commenter.

Merci à toi Delicity pour ta présence et ton aide. Je vous embrasse.


Une partie de Dumaine Street, coupée à la circulation, était envahi de monde. Dean regardait autour de lui, les musiciens de rues occupaient tous les coins du quartier et les bars vendaient leurs consommations à emporter. Il sourit à un couple qui leva leur gobelet en le voyant passer et leur fit un signe de tête. NOLA avait la réputation d'avoir inventé les gobelets pour que les gens puissent suivre les parades tout en buvant. Il s'arrêta quelques instants devant un petit groupe de musiciens composé d'une percussion, de deux trompettes, d'une contrebasse et d'une chanteuse. Il observa leurs mains jouer, leurs doigts rapides et précis et surtout leurs âmes qui semblaient se révéler quand ils jouaient et chantaient. Leur énergie contagieuse, lui fit battre la mesure du pied alors qu'ils entonnaient « Sing Sing Sing ». Il ne fallut pas longtemps pour qu'un couple près de lui se mette à danser alors que tout le monde battait la mesure en tapant dans leurs mains. Il les regarda faire un moment, enchainant les pas, dansant un swing en pleine rue. Quand la musique prit fin, il les applaudit comme les autres et jeta un billet dans l'étui de guitare au sol pour remercier le groupe. Il vérifia l'heure et se dirigea sans attendre vers l'entrée du parc Armstrong.

Il devait retrouver Castiel et Sophie pour passer l'après-midi à écouter de la musique. Sa deuxième immersion dans le jazz pensa-t-il. Balthazar était là lui aussi, ils se saluèrent tous et Sophie lui sauta au cou. Il la souleva de terre pour l'embrasser avant de la reposer, son père la prévenant que Dean ne passerait pas la journée à la porter. Ils se dirigèrent vers le centre du parc ou de nombreuses scènes étaient montées. La parade avait lieu dans l'enceinte du parc Armstrong et des concerts étaient prévus toute la journée. Balthazar lui avait dit que ça allait lui permettre de commencer sa formation musicale. Il l'écoutait expliquer à Sophie le nom des instruments et lui faire prêter attention à leurs sonorités. Il apprit même le nom du soubassophone, un tuba porté sur l'épaule, quand ils virent passer la fanfare que Sophie attendait avec impatiente. Il ne lui faudrait sans doute peu de choses pour la pousser à apprendre à jouer d'un instrument, ce que faisait toujours Balthazar. Il lui promit qu'avant la fin des vacances, il lui apprendrait à jouer un morceau à la guitare et ils rirent à voir son expression ravie.

Castiel les abandonna un moment pour aller acheter des beignets en les laissant apprécier la parade. Il leva la tête et observa le ciel bleu sans nuage qui les surplombait, cette journée était magnifique et il se sentait bien comme il ne l'avait plus été depuis longtemps. Sophie était heureuse, le temps était magnifique, la musique les berçait et il passait du temps avec ses amis. Ses pensées se focalisèrent sur Dean et il se sentit immédiatement fautif. Il chassa ces idées de sa tête et observa les gens autour de lui. Les parades étaient toujours très appréciées et celle-ci dans ce cadre était sans doute sa préférée. Quand il n'avait pas encore Sophie il avait fait pratiquement toutes les parades avec Megan, Halloween, la Saint Patrick, celui du Quartier Français et bien entendu celle de Mardi Gras. Celui de la démesure et des excès, celui où il était permis dans Bourbon Street que les femmes soulèvent leur haut pour obtenir des colliers de perles, où l'alcool coulait encore plus dans les rues qu'aux autres moments de l'année, où les costumes permettaient à chacun de se transformer et où les personnages prenaient vie.

Il remercia le vendeur et repartit avec son sachet de beignets, impatient de retrouver les autres. Il avait baissé la tête pour ranger son portefeuille et percuta quelqu'un. Il releva la tête en souriant et s'excusa, l'homme en fit de même et ils se souhaitèrent une bonne journée. Il reprit sa route et se figea. Devant lui, un policier en uniforme l'observait le regard dur. Il portait sa casquette sur des cheveux rasés et le corps rigide. Il déglutit, fit un pas en arrière d'instinct mais quand il se retourna pour partir en sens inverse un autre policier le surveillait. Il s'arrêta et observa autour de lui, il fut rassuré en voyant qu'il ne connaissait personne mais son corps se tendit un peu plus en s'inquiétant de ce qui allait se passer. Ses doigts se resserrèrent sur le sac en papier quand le premier flic s'approcha dans son dos et que sa voix raisonna à ses oreilles.

- « Tu vas nous suivre sans résister… juste un contrôle de routine », avec un sourire dans la voix qui ne lui plut pas.

Castiel sentait son cœur battre à tout rompre et il les suivit sans rien dire jusqu'à un coin un peu reculé. Tout son corps était en alerte, sa respiration s'était fate plus difficile et sa peur se concentrait sur le risque d'être surpris par un de ses amis. Un des hommes en uniforme se posta à l'entrée du recoin alors que celui qu'il connaissait se plaçait face à lui en le repoussant contre le mur.

- « Mains contre le mur ».

Castiel restait tétanisé, il ne s'attendait pas à ce que son pire cauchemar se matérialise devant lui en pleine journée.

- « Je peux me montrer aussi convainquant que dans ce bordel si tu as besoin de ça pour obéir ».

Il déglutit encore une fois en pensant aux coups qu'il lui avait donnés, ces coups pour lesquels Dean s'était inquiété. Il se retourna et fit ce qu'il lui demandait et immédiatement, il sentit ses mains se poser sur lui ce qui le fit trembler.

- « Ça me fait plaisir de te voir Angelo… c'est une bonne surprise ».

Il sentit ses mains glisser sur ses flancs avant de se poser sur sa taille et de caresser ses fesses alors que sa respiration se bloquait dans sa gorge.

- « C'est dommage qu'on ne soit pas seuls tous les deux », alors que ses mains remontaient sur son torse. « Mais ça sera pour une prochaine fois ».

L'agent posa sa main sur son épaule et le fit se retourner en le plaquant à nouveau contre le mur. Castiel savait que Crowley avait de nombreuses relations dans la bonne société, grâce à sa famille et à son nom, pour ses activités menées au grand jour mais il savait aussi s'entourer de personnes capables de protéger son business de la nuit. Et la police en faisait partie. Il y a bien longtemps qu'il avait perdu ses illusions mais il avait toujours du mal à accepter que des hommes, qui devaient protéger la population, se servaient de leur autorité pour faire ce qu'ils voulaient et des actes répréhensibles. C'était un des grands problèmes de cette ville, une partie importante de la police était corrompue et trempait dans des trafics, fabriquait des preuves, usait d'intimidation pour étouffer des affaires et des crimes.

- « Je te rendrai visite bientôt… Crowley me doit bien ça ».

Castiel ne bougeait pas, il surveillait ses gestes et son regard s'était focalisé sur son badge. Son insigne brilla sous le soleil quand il se tourna légèrement pour surveiller les environs avant de reposer son attention sur lui. Son regard était focalisé sur son nom, juste au-dessus, les lettres noires se découpant sur le fond blanc. Walker. Ses yeux lisaient et relisaient ces six lettres qui l'agressaient et il avait l'impression de ne pas pouvoir empêcher cette compulsion. Son nom envahissait son esprit et il n'était plus dans le parc à profiter de cette belle journée.

Walker se recula et partit rejoindre son collègue. Castiel restait pétrifié de peur et n'osait pas encore bouger. Des rires soudains le firent sursauter et il regarda au bout de l'allée, un groupe de jeunes passait en riant et en dansant. Il se força à reprendre sa respiration qu'il sentait toujours difficile et se décolla du mur pour rejoindre une partie du parc ensoleillé. Il essaya de se détendre le reste du chemin avant de rejoindre Sophie et les autres, ils ne devaient pas savoir ce qui lui était arrivé et ne pas s'apercevoir de son état. Il se força à sourire et son sourire faux trembla quelques instants avant qu'il ne voit sa fille rire avec Balthazar. Il rejeta tout ce qui dansait encore dans sa tête et se focalisa sur elle. Elle l'appela dès qu'elle le vit et lui raconta ce qu'elle avait vu dans la parade. Il se concentrait sur ses mots, tentait de faire attention à ses expressions, sa voix, l'éclat de joie dans ses yeux. Il avait besoin d'effacer tout ce qui venait de se passer. Dean attrapa le sachet de beignets qu'il avait encore à la main et il se tendit légèrement.

- « Hé Cas', tu voulais vraiment pas qu'on te pique tes beignets. »

Il baissa la tête et s'aperçut de ses doigts contractés sur le sachet, repliés dans sa paume et il se força à les desserrer pour relâcher le paquet. Il fit un sourire en coin forcé sans regarder Dean dans les yeux et reposa son attention sur Sophie pour discuter avec elle et ne pas avoir à regarder ses amis. Dean échangea un regard avec Balthazar, sentant qu'il y avait bien quelque chose qui ne tournait pas rond mais Castiel ne les laissa pas se faire du souci et leur proposa de faire le tour des scènes maintenant que la parade était terminée. Il attrapa Sophie qu'il prit dans ses bras et avança dans la foule alors que ses amis le suivaient.

Dean ne dit rien, même quand il se retrouva en arrière avec Balthazar mais il sentait bien que Castiel n'était plus aussi détendu qu'avant. Il ne voulait peut être pas en parler car il y avait Sophie mais il comptait bien savoir ce qui lui était arrivé. Il l'observait marcher devant lui, parler avec Sophie qui dévorait son beignet en se mettant du sucre glace partout. Ils s'arrêtèrent devant une première scène où un groupe jouait du blues et il surveillait toujours Castiel. Il tenait maintenant serré sa fille contre lui et se balançait lentement au rythme des notes. Il lui donnait l'impression de se raccrocher à Sophie en se focalisant autant sur elle.

Ils continuèrent ainsi à déambuler jusqu'à ce qu'ils arrivent devant un groupe qui reprenait les titres de la reine de la soul. Aretha Franklin était vénérée partout dans le monde et elle avait une place particulière dans cette ville, une chanteuse qui touchait à de nombreux styles, passant par le RB à la soul et le gospel. Ils restèrent un moment à écouter la voix rocailleuse de la chanteuse avant que Balthazar n'attrape Sophie et l'emmène avec lui.

- « Allez viens, je vais te faire découvrir les classiques de la ville avec Fats Domino. »

Sophie s'accrocha au cou de celui qu'elle considérait comme son oncle et Balthazar lança un regard à Dean avant de leur tourner le dos et de s'éloigner en chantant pour faire rire Sophie. Castiel reposa son regard sur la scène et sentit Dean se placer à sa gauche, lui aussi le regard sur la scène. Il savait très bien que Balthazar avait emmené Sophie pour qu'ils se parlent mais il n'en avait aucune envie, il ne voulait pas assombrir encore plus cette journée.

Dean ne disait rien mais toute son attention était concentrée sur les réactions de Castiel. Il voyait qu'il était toujours aussi tendu et il ne les regardait plus dans les yeux. Il ne bougea pas pour essayer de le mettre en confiance, lui faire comprendre qu'il était là pour lui s'il voulait parler mais il restait perdu dans ses pensées, la tête légèrement baissée, le regard dans le vide. La chanteuse entonna « Think » et il se laissa porter par la musique et sa voix chaude. Il n'avait jamais prêté réellement aux paroles mais au milieu de cette foule, aux côté de Castiel, il avait l'impression que la chanteuse s'adressait à lui. Elle chantait son besoin de Castiel, leur relation où ils semblaient se faire peut-être plus de mal que de bien. Il ne regarda pas le brun mais tendit la main pour pouvoir toucher la sienne, avoir un contact avec lui quand elle chanta qu'elle devait changer sa façon de penser à son amant. Il voulait qu'il sente qu'il était à ses côtés et que cette chanson exprimait ce qu'il ressentait de façon précise.

Castiel retira sa main en sentant celle de Dean. Il pensait toujours à Walker et à son intrusion dans cette journée et le contact de Dean lui fit reprendre conscience de ce qu'il se passait autour de lui et il reconnu la chanson. Une musique entraînante qui avait des paroles bien trop tristes et qui raisonnaient d'un timbre trop réel.

- « Cas', s'il te plait… »

Mais Dean fut interrompu par une voix qui l'interpellait. Il laissa tomber son bras le long de sa jambe et se retourna. William, le jeune homme qu'il avait rencontré sur la jetée, lui faisait face avec un grand sourire. Ils se saluèrent, Dean lui demanda comment il allait et se retourna vers Castiel pour lui présenter. Celui-ci tiqua au prénom mais ne dit rien et maintenant qu'ils n'étaient plus seuls, Castiel semblait légèrement plus détendu, où en tout cas il arrivait plus facilement à cacher son malaise. Il nota le regard pétillant du jeune homme sur Dean et sentit remuer tous ses sentiments. Dean avait l'occasion de passer du temps avec un jeune homme qui s'intéressait à lui et il entrevit pour la première fois plus réellement qu'il allait le quitter dans peu de temps. William lui expliqua qu'il était ici pour les vacances et que Dean lui avait promis de lui faire visiter la ville.

- « Tu devrais, c'est un très bon guide », avant de se tourner vers Dean. « Je vais vous laisser discuter, je vais voir si Balthazar s'en sort avec Sophie.

- On se voit tout à l'heure… », pour faire comprendre à Castiel qu'ils devaient discuter.

- « Profitez du reste de l'après-midi. Il y a de très bons groupes cette année », et il s'éloigna après leur avoir souhaité un bon après-midi.

Dean voulu le retenir mais il n'osa pas lui imposer la présence de William. Il se tourna vers le jeune homme et plongea dans son regard aux iris noirs, avant de se rendre compte de l'intensité de celui-ci et de son sourire doux. Il était heureux de le revoir et Dean se détourna gêné par son attitude. Il ne lui en voulait pas mais il aurait préféré passer le reste de la journée avec Castiel et il l'avait fait fuir. Il se corrigea, c'est Castiel qui avait trouvé cette excuse pour s'éloigner de lui, rester sourd à ce qu'il voulait lui faire sentir et fuir la conversation qu'il comptait avoir. Il se tourna vers William et lui sourit à son tour, il pouvait profiter de cet après-midi et se faire un nouvel ami.

Ils restèrent encore un moment devant la scène à écouter les autres grands classiques jusqu'à « I say a little prayer ». Cette fois Dean sentit sa gorge se serrer. Il avait l'impression qu'Aretha Franklin avait autant souffert que lui en amour. Une prière pour que son amour ne soit plus à sens unique. William sentit qu'il n'allait pas bien et posa une main sur son épaule.

- « Hé ça va ? » Dean hocha la tête sans répondre. « Tu veux en parler ? »

Il se tourna vers lui pour refuser et fut surpris en voyant le jeune homme s'approcher pour déposer ses lèvres sur les siennes. Il resta interdit quelques secondes avant de le repousser et de surveiller autour de lui si on avait prêté attention à leur baiser.

- « Tu ne veux pas qu'on te voit embrasser un garçon ? », lui demanda-t-il sans trace de colère dans la voix.

Il allait nier mais il préféra lui dire la vérité. S'il ne pouvait pas parler à Castiel car il refusait d'ouvrir les yeux, à Sam car il avait peur pour lui, il pouvait parler à un quasi inconnu.

- « Un peu… mais il n'y a pas que ça… »

William resta silencieux pour l'encourager à parler tout en l'observant. Il avait légèrement rougit, ce qui le rendait encore plus adorable même s'il ne semblait pas réceptif à ses intentions.

- « On va prendre un verre, il fait trop chaud ici ». Il lui attrapa la main et l'entraina à sa suite pour traverser la foule avant de la lâcher.

Dean sentit son cœur accélérer au contact de sa main sur la sienne. Il n'éprouvait aucune attirance pour William mais il était gêné par le fait de prendre la main d'un garçon en public. Il avait eu beau en parler avec Castiel, tant qu'il ne le ferait pas, il ne pourrait pas faire face au regard des autres et il n'arriverait pas à gérer ce qu'il ressentait. Il avait besoin de se défaire de ce poids et William venait de le jeter à l'eau. Ils se dirigèrent ensuite vers un vendeur ambulant pour acheter deux bières et s'installèrent dans un coin d'ombre au pied d'un arbre. Dean bu une gorgée pour éviter de parler et William lui sourit.

- « Toujours aussi dur le regard des autres hein ?

- C'est pas facile…

- Mais il n'y a pas que ça ? », Dean secoua la tête négativement.

- « Le garçon… l'homme qui était avec moi… c'est celui dont je t'ai parlé… celui dont je suis amoureux ». William fronça les sourcils, il n'avait vu aucun geste de tendresse entre eux même si leurs regards semblaient se fondre l'un dans l'autre quand ils acceptaient de se regarder.

- « Et pourquoi est-il parti ?

- Parce qu'il ne m'aime pas et qu'il voudrait que je tombe amoureux d'un garçon comme toi. Plus jeune et bien sous tous rapports » en le regardant. William écarquilla les yeux avant de rire doucement.

- « Mais il ne sait pas si je suis bien.

- Tant que ce n'est pas lui, il pense que n'importe qui est bien pour moi.

- Merci pour le n'importe qui », en riant cette fois-ci.

Il s'arrêta de rire en voyant le visage de Dean se fissurer. Il vivait avec ce sentiment qui le torturait et c'était difficile pour lui de le dire à voix haute.

- « Désolé, je ne me moque pas… c'est…

- Non c'est rien. C'est moi qui devrais m'excuser. Je ne voulais pas dire que tu étais n'importe qui… mais tu n'es pas lui ».

William lui attrapa la main et Dean se tendit aussitôt. Il regarda autour d'eux et personne ne faisait attention au fait que deux garçons se tenaient la main.

- « Je ne suis pas lui mais je peux t'aider aussi. Te permettre d'être un peu plus à l'aise en public.

- Tu sais… je n'ai jamais compris pourquoi certaines personnes ne supportaient pas de voir des hommes s'aimer. Tu t'es déjà battu ? », lui demanda-t-il après une pause.

- « Une fois au lycée. Un con qui m'a insulté au début de l'année... je lui ai refait le portrait. Je ne pouvais pas laisser passer ça sinon il m'aurait pourri la vie tout le reste de l'année. C'est ce qui te fait peur ?

- Non, je me suis déjà battu plusieurs fois… je ne cherche pas la bagarre mais j'ai des amis qui… » Il s'interrompit en pensant à Lucifer. « Je pensais me foutre du regard des autres, ce qui est vrai dans une certaine mesure mais mes amis, ma famille, j'ai eu peur qu'ils me voient différemment ».

William sentait la main de Dean se détendre dans la sienne, il commençait à s'habituer à lui tenir la main.

- « Tu en as parlé à des amis ?

- Oui, seulement à mon meilleur ami.

- Et à ta famille ?

- A mon petit frère.

- Et comment ils l'ont pris ?

- Bien… et ils n'ont pas changé avec moi, ils s'inquiètent seulement du fait que je sois tombé amoureux de cet homme.

- Ça n'a rien à voir avec ton orientation sexuelle alors.

- Non. Ils m'ont soutenu et je sais qu'ils s'inquiètent car ils sont proches de moi et qu'ils se font du souci.

- A cause de son âge ou du fait que tes sentiments soient à sens unique ?

- Un peu de ça… et d'autres choses ».

Dean posa son regard de nouveau sur lui avec un sourire rassuré, ça lui faisait du bien de parler, et il posa son regard sur leurs mains enlacées. Il avait même oublié qu'il tenait la main d'un garçon en public. William caressa le dos de sa main de son pouce et Dean releva la tête pour l'observer. Ses yeux dévièrent de son regard, parcoururent son visage avant de se poser sur ses lèvres. Avant qu'il ne se rende compte de ce qu'il se passait, William se penchait en avant et joignait leurs lèvres. Dean sentit sa respiration se bloquer à cette première sensation. Ce n'était pas comme embrasser Castiel, il ne sentit pas cette explosion de chaleur dans son corps et il était obnubilé par le fait qu'il trompait Castiel. Il sentit les lèvres durcirent leurs baisers et il serra sa main avant que William ne s'éloigne.

- « Je sais que tu n'as pas de sentiments pour moi mais c'est un premier pas pour que tu n'aies pas peur d'embrasser un garçon dans la rue ».

Dean passa le reste de l'après-midi à discuter avec William et quand ils se quittèrent, il lui promit de lui faire une visite guidée de la ville gratuite pour le remercier. Il prit la direction de l'appartement de Castiel. Il avait besoin de le voir après ce qu'il avait vécu. Le retrouver et passer du temps juste avec lui et Sophie, retrouver ce sentiment de cocon protecteur et il voulait voir s'il allait mieux.

Il toqua à la porte et Sophie vint lui ouvrir, elle l'avait vu arriver et elle lui demanda immédiatement où il était passé le reste de la journée. Il lui expliqua qu'il avait rencontré un ami qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, tout en surveillant les gestes de Castiel, avant de lui demander si ce qu'elle avait vu lui avait plu. Elle acquiesça et lui raconta qu'elle avait joué avec un groupe de rue qui lui avait laissé taper la mesure sur un tambour.

- « J'aurais voulu voir ça.

- Papa a filmé avec son portable. Montre lui », en se tournant vers Castiel.

- « Tiens », en déverrouillant le portable et en le tendant à Sophie avant de s'éloigner.

Dean le regarda partir en sentant son cœur se serrer. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas été aussi froid et distant avec lui. Il reporta son attention sur Sophie et ils s'installèrent sur le canapé pour visionner la vidéo. Il regarda Sophie, concentrée sur les explications que le musicien lui donnait en lui plaçant une baguette dans la main. Il lui donna le rythme en tapant avec elle sur la toile du tambour. Les instruments accompagnèrent le rythme et elle jouait dans la rue, accompagnant un groupe sous les applaudissements des quelques spectateurs.

- « Je suis désolé d'avoir manqué ça. J'aurais bien voulu te voir.

- La prochaine fois tu resteras avec nous, en plus oncle Balth' a dit qu'il m'apprendrait à jouer de la guitare et je pourrais faire des concerts.

- Promis la prochaine fois je serai là. Hors de question que je manque ça encore une fois ».

Elle passa encore un moment à lui expliquer qu'on lui avait dit qu'elle jouait bien et c'est Castiel qui l'interrompit pour qu'elle aille prendre sa douche. Elle se leva d'un bon.

- « Attends moi, j'ai pas fini de tout te raconter ».

Elle laissa le portable à Dean et partit en courant dans la salle de bain. Castiel l'accompagna le temps de régler l'eau puis la laissa se débrouiller en lui préparant sa serviette et ses vêtements. Quand il revint dans le salon, Dean s'était levé et faisait les cent pas. Il lui tendit son portable et il l'attrapa avant de lui tourner le dos et de s'éloigner à nouveau. Il n'arrivait pas à le regarder, sa présence lui rappelait à chaque fois Walker qui lui était tombé dessus dans le parc.

- « Ça va ? », lui demanda Dean d'une voix inquiète.

- « Oui ». Il rangeait et déplaçait certains choses pour se donner une contenance, il lui fallait une excuse pour ne pas le regarder et ne pas se mettre en colère contre lui de se sentir si mal. Il n'y était pour rien.

- « Tu n'avais pas l'air d'aller bien… avant de me laisser avec William.

- La chaleur, il faisait très chaud aujourd'hui ».

Dean l'observait lui mentir et il sentit une colère se réveiller. Il pouvait comprendre qu'il ne voulait pas de lui comme compagnon s'il ne l'aimait pas mais s'ils étaient vraiment amis, il ne voulait pas qu'il lui mente.

- « On est amis et je considère que les amis ne doivent pas se mentir… » il attendit espérant qu'il se décide à parler mais comme il ne disait rien, il enchaina. « William m'a embrassé ».

Castiel arrêta de ranger pendant quelques secondes en sentant son ventre se contracter avant de reprendre ses gestes.

- « C'est bien », sans se retourner. « Je suis content pour toi », en forçant sa voix à paraitre gaie. « Je t'avais dit que tu trouverais un garçon de ton âge…

- C'est lui qui m'a embrassé et ça ne représentait rien pour moi ».

Dean avait envie de lui dire qu'il avait ensuite passé l'heure suivante à lui parler de lui mais il ne dit rien. Il savait qu'il allait se mettre en colère et il ne voulait pas envenimer la situation avant la soirée que Castiel organisait. Il hocha la tête en soupirant.

- « Et tu ne vas toujours pas me dire ce qu'il s'est passé aujourd'hui ?

- Je te l'ai déjà dit, la chaleur », en se retournant cette fois en colère.

Leurs regards s'affrontèrent un moment avant que Dean ne baisse les yeux.

- « Très bien. Je vais attendre Sophie pour qu'elle finisse de me raconter sa journée et après je te laisserai tranquille ».

Il s'installa à nouveau sur le canapé alors que Castiel préparait le repas du soir. Dean ne le quittait pas des yeux et sa colère couvait toujours. Il avait envie de lui crier dessus, de le secouer pour le faire parler, et alléger ce qui semblait peser sur ses épaules. Mais il ne pouvait pas, pas avec Sophie juste à côté. Ça lui était difficile de le voir ainsi de ne rien pouvoir faire mais heureusement Sophie arriva et il se focalisa sur elle pour qu'elle ne sente pas la tension présente dans la pièce. Elle passa encore un quart d'heure à lui parler de sa journée puis Dean lui expliqua qu'il devait rentrer chez lui. Elle demanda à son père s'il pouvait rester manger avec eux mais Dean lui expliqua qu'il devait aller voir John et Sam et repensa à la fête.

- « La soirée… la semaine prochaine… c'est… ça tient toujours ? » Vu le comportement qu'il avait avec lui aujourd'hui, il n'était plus sûr de ce qu'il voulait.

- « Oui, bien sûr », et en se tournant vers Sophie. « Tu vas pouvoir rencontrer le frère de Dean. Il va venir à la maison avec des amis.

- Sammy ? », demanda Sophie déjà excitée.

- « Oui et il va adorer que tu l'appelle Sammy », en riant.

Il partit peu de temps après mais il n'était pas décidé à lâcher Castiel. Ils étaient amis et il voulait qu'il puisse lui parler si quelque chose n'allait pas. Et il n'attendit pas pour le confronter, il revint le voir le lendemain, en début d'après-midi. Il savait que Sophie passait ses après-midi en ce moment chez sa voisine car elle avait son petit-fils pour les vacances et ça permettait à Castiel de faire tout ce dont il n'avait pas le temps quand Sophie était avec lui. Il avait demandé deux heures à Bobby, le temps de faire l'aller-retour, il monta les marches en courant et frappa à la porte alors que son souffle était court. Il voulait savoir ce qu'il lui cachait mais il avait aussi peur de l'apprendre. Castiel ouvrit et sans attendre Dean entra.

- « Qu'est-ce que tu fais là ? », lui demanda-t-il en le regardant surpris.

- « Sophie n'est pas là, alors on va pouvoir discuter.

- Et de quoi tu veux parler de façon aussi urgente ?

- De ce qu'il s'est passé hier.

- Il ne s'est rien passé hier.

- Ça suffit, arrête de mentir », cria-t-il. Il souffla avant de reprendre. « On est amis, tu es là pour moi, quand j'en ai besoin et je veux être là pour toi en retour ».

Castiel avait envie de le mettre dehors mais il se retint. Dean essayait seulement de l'aider, comme il le faisait pour lui.

- « Non je te dis la vérité. J'ai eu un coup de chaleur et aujourd'hui ça va mieux ». Il fit appel à toutes ses capacités de comédie et le regarda droit dans les yeux. « J'aimerais plutôt que tu me parles de William, ça a l'air d'être un gentil garçon ».

Dean avança d'un pas toujours en le regardant en essayant de trouver la moindre trace de mensonge dans ses yeux.

- « Tu me le dirais si ça n'allait pas ? » Castiel sentit sa gorge se serrer et acquiesça.

- « Oui bien sûr », en forçant son sourire. « Allez parle-moi de William ».

Dean fit ce que Castiel lui demandait et lui parla du baiser. Il rougit légèrement et le brun baissa les yeux. Dean avait la cruelle impression de tromper Castiel alors que celui-ci s'en fichait éperdument.

- « Tu vas bientôt ne plus avoir besoin de moi », en riant.

- « Tu ne m'as pas tout appris », le coupa Dean.

- « Tu apprendras avec lui.

- Non… j'ai besoin d'être plus sûr de moi, …plus à l'aise, et j'ai encore besoin de toi ».

Ce n'est pas ce qu'il pensait réellement mais si Castiel se bornait à concevoir leur relation sous l'angle d'un apprentissage, il jouerais le jeu. Sans attendre, il réduisit la distance qui les séparait et posa ses lèvres sur les siennes. Il s'attendait à ce que Castiel le repousse mais il ne bougea pas ce qui l'encouragea. Il prit le temps de caresser ses lèvres des siennes, posa ses mains sur ses hanches avant de les faire glisser jusqu'à son cou en survolant son torse. Il agrippa sa nuque et le maintint contre lui, de peur qu'il ne s'éloigne. Il sentit les lèvres de Castiel répondre au baiser et il l'appuya pour lui faire ressentir son envie.

Castiel essayait de garder le contrôle sur ses réactions mais Dean arrivait toujours à l'exciter rapidement. Il sentait son envie pour lui et il savait qu'il le voyait lui et non pas Angelo. Il posa à son tour ses mains sur le corps affûté du jeune homme et serra les doigts sur son tee-shirt. Ses soucis s'envolaient toujours quand Dean le serrait contre lui de cette façon. Quand il sentit sa langue caresser ses lèvres, il les entrouvrit pour mieux respirer alors que son cœur s'emballait et Dean en profita sans attendre. Il avait besoin de sentir qu'il comptait pour quelqu'un, qu'on pouvait ressentir des sentiments pour lui et non pas seulement le traiter comme un corps à disposition. Il n'arrivait plus à gérer ce besoin de sentiments que Dean éveillait et qui compliquait tout quand il se retrouvait avec des inconnus.

Leurs langues se caressèrent tendrement, ils s'étaient embrassés peu de fois et c'était la première fois que Dean prenait les devants. Il le plaqua contre le mur derrière lui et se colla contre son corps en couvrant son torse de caresses. Dean suivait ses envies, il en avait assez de réfléchir et d'avoir peur. Il voulait montrer à Castiel qu'il savait ce qu'il voulait, qu'il était plus à l'aise et surtout il voulait lui montrer que c'était lui qui éveillait toutes ces envies. Leur baiser se calma et Dean déposa un baiser chaste sur ses lèvres avant de le prendre par la main et de l'entraîner vers sa chambre. Castiel restait silencieux ce qui le tranquillisa. Il n'aurait pas besoin de se battre encore aujourd'hui.

Ils se déshabillèrent l'un l'autre en déposant des baisers tendres dans le cou, sur les épaules et le torse de l'autre. Puis Dean s'attaqua à son pantalon et le poussa pour qu'il s'allonge sur le lit pour le lui retirer. Il monta à son tour dessus et se positionna au-dessus du corps du brun.

- « Apprends-moi à te donner du plaisir », lui murmura-t-il à l'oreille.

Il vit le corps de Castiel se tendre et son souffle s'étrangler dans sa gorge. Dean déposa un premier baiser dans son cou puis suivit une ligne qui le conduisit à son torse et il lécha ses tétons avant d'en mordiller un. Il reproduisait ce que Castiel lui avait déjà fait pour essayer de lui donner le plus de plaisir possible et il fut récompensé en entendant un gémissement. Il baissa le regard et s'aperçu de l'excitation bien présente du brun sous le tissu de son boxer, il ne lui avait jamais donné du plaisir de cette façon et il n'était pas sûr de ses performances, ni d'aimer, mais il voulait le faire pour lui.

Castiel sentit la main de Dean se poser sur son entrejambe et son corps réagit fortement. Une ligne de frissons remonta le long de son dos et un nouveau gémissement s'échappa de sa gorge avant qu'il ne se morde les lèvres pour se contenir. Il sentit la main de Dean appuyer ses caresses et il se cambra pour sentir encore plus de friction.

- « Dean…

- Je veux te faire crier mon nom Castiel », en finissant sa phrase dans un murmure rauque.

Le timbre de sa voix électrisa encore plus le brun et il passa une main dans son cou pour s'agripper à sa nuque. Dean remonta son visage vers le sien et l'embrassa profondément en glissant sa main dans son boxer. Il gémit dans sa bouche et il se sentit encouragé à aller plus loin. Il s'éloigna de lui et reprit sa ligne de baiser jusqu'à la lisière de son boxer.

Castiel se cambra en sentant les lèvres du jeune homme se refermer sur lui pour la première fois et Dean lui prouva qu'il avait bien retenu tout ce qu'il lui avait fait alors que Castiel gémissait son nom. Il se laissa submerger par les caresses de Dean et savoura d'être le centre de son attention pendant un moment.