Chapitre 21 :Confrontation
Point de vue de Sanae :
-Entre.
Je m'écartais pour laisser passer Tsubasa et refermai la porte derrière lui. Je lui fit signe de s'installer à la table du salon. Il hésita un court instant avant de s'asseoir. En bon hôte, je lui proposais quelque chose à boire.
-Un café Tsubi?... Ah non c'est vrai tu n'as jamais été caféine, un thé ?
-Non merci, me répondit-il en souriant.
-Ben moi je vais m'en faire un.
J'en aurais bien besoin, je n'arrivais pas à me calmer. Cette confrontation était inattendue et précoce. Une fois, mon café prêt, je soufflai un bon coup avant de repartir m'asseoir en fasse de lui. Je ne fis pas l'effort de parler la première vu que c'était lui qui avait souhaité parler. Je tripotais donc mon verre en signe d'impatience.
-J'ai l'impression de revivre notre premier rendez-vous, commença-t-il
Surprise, je relevais la tête, je ne comprenais pas le rapport. Je fronçais les sourcils en signe d'incompréhension et il lâcha un rire bref.
-Tu ne te souviens pas ? J'étais rentré du Brésil pour Noël. Je t'avais fait la surprise, je t'avais trouvé en pyjama avec une tasse de chocolat chaud et on était tellement gêné qu'aucun des deux n'osait lancer la conversation.
-En même temps, je n'étais pas sous mon meilleur jour. Pas franchement, la première tenue que je voulais mettre pour un premier rendez-vous. En plus je déteste les surprises.
-Je ne le savais pas à l'époque.
-M'as tu vraiment connue un jour, Tsubasa ? Rétorquai-je agressive.
J'étais prête à faire front, ma curiosité avait eu raison de ma timidité et de mes peurs. J'étais Sanae Nakazawa, celle qu'on surnommait la Chef, j'étais celle qui terrorisait et non celle qui était terrorisé.
-On a tout de même passé une bonne soirée, reprit-il
-Le premier flirt c'est toujours quelque chose, répondit-je agacée par cette tentative de diversion
-J'avais l'impression que...que ce serait comme ça jusqu'à la fin de notre vie. Je t'avoue que je ne comprend pas et je n'ai jamais compris ce qui n'allait plus entre nous.
Je bus une gorgée de café brûlant et soupirai. Je regrettai de l'avoir laissé venir me voir. Le connaissant, il n'allait jamais me laisser tranquille. A moins qu'il obtienne ce qu'il veule. Autrefois, j'admirais sa détermination à toujours atteindre ses buts mais avec le temps cela m'exaspérait.
-Tu n'as jamais compris à quel point je t'aimais, débutais-je. Tu ne l'as peut-être jamais su mais je suis tombée amoureuse de toi la première fois que je t'ai vue.
En disant ces derniers mots, je rougis comme une pivoine. Je n'avais jamais parlé de mes sentiments antérieures à l'officialisation de notre relation, et aujourd'hui, je me mettais à nue pour un homme qui n'était plus le mien. Je n'en étais que plus honteuse. Mon interlocuteur parût content de cette révélation.
-Tu sais, c'était pareil pour moi.
-Menteur !
-Bon d'accord, pas tout de suite mais dès que j'ai découvert l'amour, je t'ai découvert.
Au moins il avait mis à profit mon absence pour s'améliorer dans les compliments. Je me demande combien de femmes il a fréquenté avant d'en arriver à ce résultat. Beaucoup sans doute. Il n'avait aucune difficulté à en trouver. Il suffisait de choisir une fan à la sortie du stade. Perdue dans mes songes, je ne réagis pas tout de suite quand il posa sa main sur la mienne. Mais quand il se mit à me la caresser, il me ramena immédiatement sur terre.
Point de vue de Tsubasa :
Elle aurait pu retirer sa main, tout simplement. Au lieu de ça elle me tordit le pouce sans ménagement.
-AIE ! Protestais-je en secouant ma main, tu m'as fait mal.
-C'était le but.
-Pourquoi est-ce que tu...
-Pourquoi est-ce que tu es venu ? Me coupa-t-elle.
-Je...
...ne savais pas quoi dire. Si je disais qu'elle me manquais, elle allait se braquer. Si je lui disais que je l'aimais elle allait s'enfuir. Il était impossible de tenir une conversation avec cette fille.
-Je ne te laisserai pas rencontrer Daibu.
-Quoi ? Répondit-elle estomaquée.
-Tu met de la mauvaise foi à cette conversation, alors je serais intransigeant. Tu veux le voir ? Alors sois plus conciliante.
J'avais essayé d'affirmer mes propos avec le plus de conviction possible. La moindre faiblesse, et Sanae me renverra l'ascenseur. Elle me jeta un regard en biais, elle m'évaluai. Je n'avais jamais su lui mentir mais on ne s'était pas vu depuis un bout de temps et je me suis sans doute amélioré avec le temps.
-Tu mens encore, asséna-t-elle.
Je lâchais un juron, qui ne lui plut pas et elle me réprimanda comme un enfant.
-Bon sang, est-ce que c'est génétique ? J'ai l'impression de passer mon temps à réprimander Hayate sur son langage, alors ne t'y met pas.
-Hayate est le portrait craché de Daibu, répondis je en changeant de sujet.
Elle parut s'attendrir et son sourire me dit fondre. Elle me demanda quelques précisions sur Daibu. Son caractère, ce qu'il aimait, ce qu'il n'aimait pas, s'il avait de bon résultats à l'école, s'il aimait le foot...De question, en question, une dizaine de minutes passa. Elle parût très étonnée quand je lui parlais de son récent piercing.
-Qu'est-ce qu'il y a de si étonnant, questionnais-je ?
-Hayate en a un au même endroit. Il ne sont pas jumeaux pour rien, murmura-t-elle
-On se s'est pas retrouvé dans cet hôtel, pour rien.
J'avais profité de la situation pour revenir à nous. J'aimais parler avec elle mais elle n'était bavarde que lorsqu'il était question des enfants ou de nos souvenirs de lycée. Pour le reste ,elle faisait la sourde oreille.
-Alors qui est cet Andrew ? Repris-je
Si elle ne voulait pas parler de notre avenir, elle pourrait peut-être répondre à d'autre question. Elle me jeta un regard par dessus sa tasse que je qualifierai de sexy et même d'excitant si elle avait été encore ma femme, quoique officiellement elle l'était toujours...
-C'est mon petit ami.
Ébahi, je ne sus que dire. Ma Sanae avait quelqu'un dans sa vie. J'avais toujours espéré qu'elle reviendrai. Nous étions des âmes sœurs, non ? Des âmes sœurs reviennent toujours l'une vers l'autre, en général.
-Et toi tu as quelqu'un dans ta vie, demanda-t-elle sans me regarder.
Elle ne voulait pas connaître la réponse. Je la connaissais suffisamment pour savoir qu'elle attendait d'entendre ce qu'elle voulait entendre. La question était : que voulais -t-elle savoir ? Elle était avec cet Andrew donc normalement çà devait lui importer. Mais si je voulais savoir si elle tenait encore à moi, je n'avais d'autre choix que mentir.
-Oui, Paula et moi, on est ensemble depuis 10 ans.
Pour le coup, elle ouvrit grand les yeux , je tentais de garder mon sérieux mais à mon grand désarroi elle éclata de rire.
-T'es bête, s'esclaffa-t-elle, je...je n'en peux plus, hoqueta-t-elle
Elle continua de rire jusqu'à en pleurer avant d'essuyer ses larmes aux coins de l'œil d'un revers de sa main. Une fois sa crise de rire maîtrisée, elle se tourna compatissante vers moi.
-Je sais que tu n'es plus avec cette Paula, et pas par la presse, j'ai mes propres sources et elles sont fiables, dit-elle en souriant. Mais qu'est-ce que tu espérais ? Que je fonde en larmes ?
-Non, du soulagement et c'est la cas.
-Tu...tu te trompes, bredouilla-t-elle.
-Cette fois ci c'est toi la menteuse.
Elle baissa le regard et se mit à tripoter ses mains, signe de nervosité chez elle. Elle n'aimait pas perdre pied. Je profitais de la situation pour m'approcher imperceptiblement d'elle, elle sursauta quand je pris son menton entre mes doigts pour lui relever la tête.
-Sanae, chuchotais-je.
Elle était à deux doigts de craquer, c'était l'occasion. Je rapprochai mon visage doucement du sien, gardant les yeux ouvert histoire d'anticiper une éventuelle claque mais quand elle ferma les siens, je sus qu'il ne m'arriverais rien. Alors, je comblais l'espace entre nos lèvres plus rapidement, quand elles se rencontrèrent j'eus l'impression de revenir treize ans en arrière. La texture, le goût de ses lèvres, rien n'avait changé. C'était toujours aussi doux, aussi bon. Du menton, je passais ma main sur sa joue et plaçait l'autre derrière sa nuque pour approfondir le baiser. Je passais ma langue sur ses lèvres et elle les entrouvrit tout en passant ses mains sur mon dos. Encouragée par ce geste, je la serrais contre moi. Je n'aurais pas pu dire combien de temps nous nous sommes embrassés car en cet instant, le temps s'était arrêté et seul les battements effrénés de mon cœur me permettait de savoir que la vie continuait.
-Maman ! T'es là ?
Sanae me repoussa brusquement avant de se tourner vers Hayate complètement perdue. Ou peut-être terrorisé. Je ne savais pas comment décrypter son expression mais je n'avais jamais été très doué pour ça de toute façon.
-Oh excusez moi, dit Hayate narquoisement, j'étais revenu m'excuser mais tu à l'air d'aller bien, adressa-t-il a Sanae avant de se tourner dans ma direction. Je ne voudrais pas vous déranger, continuez, je vais aller dans la chambre de Mathilda pour vous laisser plus d'intimité.
Il ricana sans se soucier du regard noir que lui jetais Sanae, il prit un blouson avant de repartir vers la porte, au dernier moment, il se retourna.
-Ah et au fait, si vous voulez dormir ici, me dit-il, vous pouvez, je ne reviendrai pas avant demain. Sur ce bonne chance et bon courage surtout. Vous pouvez le faire, le sexe c'est comme le foot, l'important c'est de la mettre au fond, ajouta-il avec un clin d'œil.
Il claqua la porte sans que Sanae ait pu répliquer. Le silence s'installa. Je crois que Sanae était aussi choquée que moi.
Point de vue de Sanae :
J'étais ridiculisée pour la deuxième fois de la journée par mon propre fils devant son père. Heureusement qu'il était arrivé sinon je ne sais pas jusqu'où on serait allés. Loin sans doute, ces baisers me rendaient complètement folles, sans parler de ses mains. Ses mains qui venait juste de se poser au creux de ma taille. Ah non !
-Tsubasa ! Le réprimandais-je en lui tapant sur la main.
-Allez, tu ne disais pas non il y a quelques secondes, dit-il en me prenant les mains.
-Peut-être mais maintenant je dis non, répondis-je en élevant la voix.
-J'ai compris ! S'énerva-t-il
Effrayé par ce brusque changement de ton, je regrettais aussitôt ma dureté. Je m'en voulais et c'est Tsubasa qui en faisait les frais.
-Je ne sais plus quoi penser avec toi ! Me hurla-t-il
-Calme toi, je en prie, je pris son visage entre mes mains pour l'apaiser, je lui avait fait assez de mal comme ça.
-Sanae...je t'aime encore...je suis fou de toi.
-Je sais.
Ma réponse pouvait paraître orgueilleuse mais tous les deux nous savions que ce n'était pas le cas. Je lui avais trop souvent répété qu'il ne me disait pas assez qu'il m'aimait et que moi c'était le contraire. Et pourtant il m'avait toujours exprimé ses sentiments lors des moments importants. Et aujourd'hui ça l'était.
-Driing, driing
Avec un regard désolé pour le père de mes enfants je pris le combiné.
-Mlle Nakazawa ?
-Oui.
-Désolé de vous déranger, ici la direction de l'hôtel, l'hôpital de Tokyô en ligne.
-Très bien passez les moi, répondis-je
J'attendis un moment que la connexion se fasse, tout en observant Tsubasa qui venait de s'asseoir sur mon lit.
-Mlle Nakazawa ?
-Elle-même.
-Je suis l'infirmière d'Andrew Tottenhamm.
-Ah. Comment va -t-il ? Demandais-je tout en me maudissant de l'avoir oublié.
-Il a bien réagi au traitement, ne vous en faîtes pas. Je vous appelai car il réclame votre présence .Si je puis me permettre, il a eu l'air déçu de ne pas vous trouver à son chevet.
-Mêlez vous de vos affaires, répliquai-je sèchement. Au revoir.
Je raccrochai brusquement, pour qui se prenait-elle ! Mon énervement passa bien vite quand j'aperçus Tsubasa. Je n'avais pas fini d'en baver.
-Tsubi, je dois y aller.
Je n'eus qu'un grognement en guise de réponse tout d 'abord, puis il s'anima.
-Tu fuis !
-Je ne fuis pas, je t'avais dit que je devais aller à l'hôpital.
-Tu n'as pas envie d'y être sinon tu y serais déjà !
Il avait raison, je n'aurais pas du rentrer, ça m'aurait évité une dispute...mais j'avais été tellement contente de le voir. Il ne fallait pas que je me laisse distraire par ses arguments. L'ignorant, je pris des affaires pour m'habiller et me dirigeais vers la salle de bain.
-Sanae, tu ne peux pas partir comme ça.
-Je peux ! Et puis laisse moi je vais me changer.
-C'est bon, ce n'est pas comme si je ne t'avais jamais vue toute nue.
-Tsubasa !
Les joues en feu je le poussais vers la sortie sans ménagement. Quel abruti ! Je comprenais mieux le caractère de Hayate. Je ne me souvenais pas que Tsubasa était si...il faisait un peu moins sage. Je passais une robe d'été volante qui était mignonne et sexy à la fois. Un maquillage léger et une queue de cheval en vitesse, je ressortis. Tsubasa me détailla de la tête au pied. Je ne saurais dire s'il appréciait le spectacle ou s'il le désapprouvai. Je prenais mon sac et mes clés pour signifier à mon ancien compagnon qu'il était temps pour lui de partir.
-Je t'attendrais jusqu'à ton retour, me dit-il en me prenant le bras.
-Tu ne peux pas.
-Si Hayate a dit qu'il dormirai chez...
-...Mathilda, croyant qu'il s'était interrompu parce qu'il ne connaissais plus son nom.
-Attends...
Il me prit par les épaules et réfléchit.
-Tsubasa, je...
-Chut ! Me réprimanda-t-il après avoir déposé un baiser sur mes lèvres... Tu vas trouver ça bête mais Daibu connaît aussi une Mathilda.
