Shelter From The Storm


Hey ...

Je suis désolée pour le temps que j'ai mis à écrire ce chapitre. C'était compliqué et les circonstances n'ont pas aidé.
De même pour les fautes qui traînent et s'il y a quelques incohérences.
Cuddy & House seulement pour celui-là.

Merci


Chapitre 21

Dimanche, tôt le matin

L'étonnant silence du ciel dans la nuit est apaisant. Les cieux sont clairs de nuages et des troupeaux d'étoiles brillent au-dessus de lui. Il ne compte plus le nombre de fois pendant lesquelles il les a observées. Les années ont passé depuis cette enfance tourmentée dont il ne parle jamais, mais il garde une forme d'affection pour elles. Lorsque son père le faisait dormir dehors, les constellations devenaient des repères inébranlables et dès lors qu'il le pouvait, il se réfugiait dans les livres pour connaître leurs histoires car il savait que tôt ou tard son père le punirait de nouveau. Cette nuit, House est de nouveau seul mais c'est une solitude différente et qui n'a le goût ni du rejet ni de la colère. Il tâche de prêter attention à chaque chose qui l'entoure et plus particulièrement à ce qu'il ressent physiquement. L'apaisement qui le traverse le laisse hagard et distrait, un peu comme s'il ne savait pas quoi faire des sensations nouvelles qui l'animent. Son corps est ankylosé par de longues minutes passées assis sur les escaliers, mais si loin des douleurs anciennes qu'il s'en soucie peu.

« Tu ne dors pas » fait Cuddy, derrière lui.

Sa voix est troublée par le sommeil. Elle avance à pas feutrés sur la terrasse, emmitouflée dans un plaid. Affectueusement, elle passe les doigts dans ses courts cheveux et quand House se recule pour lui faire une place, Cuddy vient s'asseoir sur le bord des escaliers. Elle pose l'arrière de sa tête contre son épaule et trouve sa place contre son torse, là où elle s'était endormie. Les yeux clos, elle se laisse bercer un long moment par les battements de son cœur.

« Tu n'arrivais pas à dormir ? »

Sa réponse négative lui fait froncer les sourcils. Puis soudainement, elle se détache de son étreinte et tourne la tête vers lui.

« Tu as mal ? » demande-t-elle, anxieuse.

« Du tout » répond platement House avant de la faire rasseoir « et j'espère bien que ça durera un moment »

Cuddy sourit dans l'obscurité et se fond dans ses bras. Quelques légers baisers sont déposés contre son oreille et dans son cou, la faisant se pelotonner davantage contre lui. Beaucoup de choses lui paraissent invraisemblables, de cette douce atmosphère nocturne qui l'entoure à l'homme qui la tient contre lui. Plus encore que sa présence, c'est le savoir sans douleur qui la laisse sans voix et heureuse. Elle a du mal à l'imaginer, de la peine à le comprendre car la douleur a en partie façonné l'homme qu'il est aujourd'hui.

« Est-ce que c'est différent de la première fois ? »

« Pas tellement » dit-il simplement en regardant les étoiles.

Cuddy est sur le point d'ajouter quelque chose quand il baisse la tête. Un soupir de contentement lui échappe quand elle sent ses lèvres frotter contre son oreille. Elle-même penche la tête sur le côté et entrelace ses doigts aux siens.

« C'est aussi bien plus que ça, Cuddy » dit-il à voix basse « et tu le sais très bien. C'est différent de la dernière fois parce que j'ai quelqu'un avec qui le partager »

« Et pour que tu te tiennes à carreaux et n'en fasse pas trop »

« Yep, boss » souffle-t-il contre son oreille, puis il reprend « et je ne me suis pas non plus pris une balle, ce qui est plutôt un avantage »

Amusée par ses paroles affectueuses parsemées de sarcasme, Cuddy rit confusément.

« Qu'est-ce que ça fait de ne plus avoir mal ? »

« J'en sais trop rien » admet-il après un temps de silence « c'est épuisant. Un peu comme une douche brûlante – reposant et fatiguant en même temps »

« C'est normal, mais tu devrais essayer de dormir » l'enjoint Cuddy en inclinant légèrement la tête. Elle sent son souffle contre son oreille « en plus, j'ai froid ici »

« Frileuse »

« Viens te coucher » répète-elle, impérieuse mais souriante lorsqu'il sourit narquoisement à sa demande. Debout, elle se pelotonne contre son torse sans arriver à le serrer entièrement contre lui car elle est emmitouflée dans son plaid. Une douce chaleur s'empare d'elle quand il caresse son dos « le lit est trop grand quand tu n'y es pas » lui dit-elle avant de bailler « viens »

« Simplement dormir ? »

Elle est obligée de rire – presque silencieusement – en notant le ton de sa voix. Il est joueur et serein. Et lui met du baume au cœur. Se hissant sur la pointe des pieds, Cuddy faufile ses mains hors du plaid. Il le retient des siennes tandis qu'elle les glisse derrière sa nuque. Ils partagent un long baiser puis étourdie par sa tendresse, elle lui prend la main sans le quitter des yeux et l'entraîne dans la maison. Dans la semi-pénombre, ils trouvent leur chemin jusque dans la chambre où par quelques jeux troublants de lumières blanches et dansantes, leurs ombres se déshabillent et se dessinent sur le sol. Son t-shirt tombe au sol avant qu'il ne la rejoigne sous les draps.

Les premières lueurs de l'aube filtrent au travers des volets. Allongée sur le flanc face à lui, Cuddy observe ses traits reposés et détendus. Il est toujours assoupi et son visage reflète une tranquillité presque juvénile, celle d'un homme qui aurait survécu à une longue maladie et qui trouve enfin le sommeil dont il a besoin. Délicatement, ses doigts retracent les contours de sa mâchoire.

« Ça chatouille » maugrée-t-il lorsqu'elle suit sa jugulaire et effleure sa pomme d'Adam. Cuddy rit doucement lorsqu'il ouvre un œil et la ramène contre son torse, un bras passé autour de sa taille.

« Tu es différent » dit-elle après un moment tout en le dévisageant avec attention. Puis elle continue sur un ton chargé d'émotions « pas seulement ce matin, mais ces derniers temps. Un peu comme celui que j'ai rencontré à la fac » elle sourit, les yeux se couvrant légèrement d'une tristesse passagère « tu as l'air reposé et c'est la première fois depuis des années que je te vois ainsi »

« C'est la première fois depuis longtemps que je dors aussi bien »

Elle sourit quand il ouvre finalement les yeux. La clarté de son regard la laisse sans voix et son sourire s'efface lentement tandis qu'elle se laisse emporter par les milliers de dégradés d'azur qui composent ses iris. Trois petits mots s'échappent de ses lèvres, évidente preuve de son amour pour l'homme qui déjà se penche pour l'embrasser.


Le lendemain

Il se retient de courir bien qu'il s'en sente tant la force que l'envie. Ses foulées athlétiques d'abord marquées par une certaine hésitation gagnent assurément en aisance. C'est comme apprendre à remarcher, poser un pied devant l'autre et retrouver la confiance dans son corps et dans ses jambes. Ce soir-là et parce qu'il est déjà tard, la salle d'entraînement est déserte. Certaines machines ont été remplacées par des modèles plus récents mais la disposition de la pièce n'a guère changé depuis la dernière fois. Il a choisi le tapis près de la baie vitrée, les derniers rayons du soleil s'effacent derrière l'horizon. House conserve un rythme relativement lent pendant près d'une heure, appréciant l'autonomie qu'il a de choisir la rééducation qui lui convient. Toutefois, pendant les dernières minutes, il accélère progressivement jusqu'à adopter un pas de course athlétique et ordonné. Alors lorsqu'il s'assoit sur le banc, le dos contre le mur, chancelant et essoufflé, House se sent à la fois épuisé et satisfait. L'effort physique a vidé son esprit. La fatigue l'envahit de toute part. Le t-shirt tacheté de sueur, House se débarrasse de ses baskets et file prendre une douche avant de rentrer. L'eau chaude cascade sur ses épaules et son visage, effaçant momentanément les premières courbatures qui ne manqueront pas de réapparaître.


Six jours plus tard, dimanche

« Tu voudrais aller faire un tour ? » demande-t-il en apparaissant dans l'embrasure de la porte « je n'ai pas été à la salle aujourd'hui »

« Tu n'as pas besoin de te justifier « répond-t-elle avec un large sourire. Cuddy pose sa serviette sur le bord de la baignoire et vient à sa rencontre. Elle sait que sa demande n'est pas tant une question que l'expression de son désir de faire aussi quelque chose avec elle « laisse-moi quelques minutes pour me changer et on peut y aller »

« Cool » fait-t-il simplement avant de s'éloigner.

Ils marchent côte à côte dans l'allée, le balancement régulier de leurs mains jointes accompagne leur foulée tranquille. House a gardé sa canne par précaution et parce qu'il n'a pas encore reçu le feu vert pour s'en débarrasser. Il a hâte de la mettre de côté car il sent qu'il n'en a plus besoin. Fréquemment, Cuddy le regarde et un sentiment de légèreté l'envahit. Elle le voit plonger dans ses pensées mais il ne paraît pas soucieux. Sa démarche a gagné en aisance. A quelques reprises toutefois, Cuddy discerne un léger boitillement – rien de plus que l'ombre d'une habitude profondément ancrée, une sorte de réflexe comme si inconsciemment il se préparait déjà au moment où la douleur réapparaîtrait.

« Tu devrais appeler ta mère pour le lui dire »

Il secoue faiblement la tête après avoir timidement regardé Cuddy.

« Elle serait heureuse pour toi »

« Je crois qu'elle l'est déjà » réplique House.

« Et pourquoi cela ? » demande-t-elle, un sourire joyeux dansant sur ses lèvres.

Il ne répond qu'en étreignant sa main dans la sienne. Ils marchent un moment en silence.

« Je crois qu'ils n'ont même pas su pour la première fois »

Cuddy tourne la tête vers lui sans cacher sa surprise.

« Je n'ai jamais été très proche de mes parents » lui dit House en haussant les épaules comme s'il était bien trop habitué à ce sentiment pour y prêter une réelle importance.

« Ton père était militaire ? » demande-t-elle curieuse et prudente.

« Colonel »

Elle sait si peu de choses sur lui et son passé qu'elle a parfois l'idée saugrenue de croire qu'il n'a commencé à exister que lorsqu'elle l'a rencontré.

« Quoi ? » la taquine House en la voyant sourire.

« Rien »

« Bien sûr »

« C'est stupide » s'exclame Cuddy en gloussant « je me disais juste … que je n'arrivais pas à t'imaginer enfant. Tu es si secret »

« Tu ne demandes pas non plus »

« Tu répondrais sincèrement si je te posais des questions sur ton passé ? »

« Je n'en sais rien » répond-il honnêtement après un court moment d'hésitation « mais tu persisteras, tu continueras à demander d'une façon ou d'une autre »

« Parce que j'ai envie de savoir qui tu es »

Il tourne la tête vers elle, un demi-sourire sur les lèvres.

« Tu me connais probablement mieux que personne »

« Parfois, j'ai l'impression que c'est le contraire »

House fronce les sourcils et s'arrête, gardant sa main dans la sienne pour l'inciter à faire de même. Cuddy lève des yeux étonnés et emplis d'une tristesse qui le laisse pantois.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Cuddy lâche sa main, qu'il lui abandonne à contrecœur. Elle croise les bras sur sa poitrine puis se relâche. A la façon qu'elle a de se mordiller la lèvre, House voit bien qu'elle désire dire quelque chose et qu'elle cherche son courage.

« Maintenant que ta jambe ne te fait plus mal, les escaliers ne te gênent plus » Cuddy relève la tête, plante ses yeux dans les siens et sourit, maladroite « tu pourrais emménager chez moi »

« J'ai aussi des escaliers devant chez moi, ça ne me dérange pas plus »

Cuddy le fixe une seconde, ses lèvres entrouvertes trahissent son désarroi bien qu'elle essaie de dissimuler sa déception.

« Okay »

House renverse la tête en arrière et se mord l'intérieur de la joue devant sa réaction. Il la regarde s'éloigner, les yeux rivés sur sa fine silhouette qu'engloutit un large sweat. House écoute son cœur battre dans sa poitrine. Elle n'a fait que quelques pas, il en fait deux et ses doigts se referment autour de son poignet.

« Il te faudrait une autre excuse maintenant » fait-il avec une certaine désinvolture « ou peut-être que tu n'en as pas vraiment besoin, qu'il te suffit de demander »

« Tu as déjà apporté un tas d'affaires. Ce n'est que la … prochaine étape »

« Que ? »

« Je voudrais que tu te sentes véritablement chez toi, je voudrais que maison signifie la même chose pour nous deux »

« Cuddy – »

Elle fait un petit geste d'impatience qu'elle ne contrôle pas totalement.

« Je ne veux pas que tu te sentes obligé, c'est la dernière chose que je souhaite »

Il acquiesce sans pourtant donner l'impression de répondre à ses questions.

« Greg »

Cuddy se plante devant lui tout en entrelaçant leurs doigts.

« On n'est pas obligé de prendre une décision maintenant, ni même demain ni même dans les prochains jours »

House hoche doucement la tête, un très éphémère sourire dansant sur ses lèvres. L'incertitude qui le ronge de l'intérieur se conjugue avec la surprise qu'il a ressentie face à sa demande. Cuddy n'ajoute rien et se remet en marche, l'entraînant avec elle. Elle est respectueuse de son silence et soulagée d'avoir abordé le sujet avec lui.

Une pluie fine les accueille au sortir du restaurant. Ils restent quelques instants sous le porche, Cuddy serrée contre lui. L'air est frais et un léger courant d'air s'engouffre sous ses vêtements malgré le large sweat qu'elle a enfilé avant de partir. Ils ont conversé tout le long du repas, évitant soigneusement le sujet précédent puis l'oubliant au fur-et-à-mesure que la conversation s'égayait.

« Appelle un taxi »

« On pourrait attendre un peu » fait-il en regardant autour de lui « tu vois l'hôtel de l'autre côté du parc, on pourrait – »

Elle lui assène un coup de coude dans les côtes, le sourire aux lèvres.

« Rêve toujours »

« Ou courir, on n'est pas très loin »

« House… »

« Allez, viens » l'entraîne-t-il en saisissant sa main.

« House ! » s'exclame-t-elle aussitôt en le suivant, secouée d'un rire lorsqu'il s'élance.

Il ne lâche pas sa main, courant lentement à sa hauteur. La bruine fouette leur visage et imbibe leurs vêtements, collant le tissu à leur peau et alourdissant leurs jeans. L'averse ne dure pas plus de quelques minutes et ils terminent le reste du trajet en marchant côte à côte.

Cuddy grimpe les marches du perron derrière lui. House marque un temps d'arrêt après avoir ouvert la porte.

« Prends ton temps » le taquine-t-elle en se pressant contre son dos.

Il tourne la tête vers elle et lui sourit, sincère et confus.

« J'ai déjà les clefs » dit-il, les faisant tourner entre ses doigts

« Hum, hum » répond-t-elle, peu surprise de cette évidence bien qu'elle la remplisse de joie.

Elle le pousse gentiment à l'intérieur et referme la porte, laissant le temps automnal et le vent frais à l'extérieur.

« Tu as les clefs depuis longtemps » lui fait-elle remarquer en se débarrassant de ses Converses. Puis, elle se plante devant lui, frissonnant dans son sweat humide « tu n'as jamais demandé à les avoir, tu les as simplement prises et j'ai toujours eu envie que tu les aies »

« Ça me fout la trouille » confesse-t-il en observant son visage.

« A moi aussi » répond Cuddy en faisant glisser sa veste de cuir le long de ses bras.

Il la serre contre son torse, les bras autour de sa taille et enfouit son visage dans le creux de sa nuque. Là, il dépose une myriade de baisers tout à la fois légers et insistants. Les cheveux humides de Cuddy collent à son visage et un frisson la parcourt quand il glisse ses mains sous son sweat.

« House »

« Shh »

Il capture ses lèvres et la soulève avec aisance. Les chevilles croisées derrière le dos de son compagnon, Cuddy répond à son baiser avec tendresse et affection. La respiration courte, il la dépose sur le sol et lui retire son pull.

« Tu es gelée » dit-il en caressant ses bras.

« A qui la faute » réplique Cuddy, les yeux plissés « toi et tes idées »

« Il faut bien vivre un peu »

« En courant sous la pluie ? » demande-t-elle, amusée. Son sourire est immense.

« Si je n'étais pas là, tu passerais tes soirées à remplir tes dossiers. Boss lady »

« Probablement vrai »

« Aucun doute. Au lieu de ça – »

« Au lieu de ça, je t'ai toi et tes séries idiotes » le coupe Cuddy « et je suis frigorifiée, j'ai besoin d'une douche »

« Cool »

Et elle rit de nouveau.

House est allongé sur le flanc et caresse paresseusement le corps de sa compagne, étendue sur le dos à ses côtés. Elle a un sourire sur le visage, tout à la fois reposé et fatigué. Il a un coude entre les deux oreillers et la tête posée dans la paume de la main. Les draps sont froissés au fond du lit et couvrent à demi leurs jambes. Ses cheveux courts tachetés de mèches grises sont dans tous les sens, humides après la douche. Cuddy ferme les yeux et respire doucement tandis qu'il se penche pour embrasser l'échine qui se découvre sous ses doigts.

« La musique me manque » dit-il, sa voix brise le silence confortable qui les enveloppe.

« Ton piano »

Il acquiesce, continue ses caresses sur son ventre, une toute autre mélodie.

« Tu jouais tous les jours ? »

« Je pouvais jouer pendant des heures »

Il ne répond pas exactement à sa question, mais Cuddy sait combien la musique est un refuge pour lui. Un refuge qu'il partage peu. Au cours des derniers mois, il semble que l'idée ne lui a jamais véritablement effleuré l'esprit qu'il pouvait désirer sa musique d'une manière aussi pressante. Cuddy caresse ses cheveux, regrettant de l'en avoir éloigné car elle ne peut être que la raison pour laquelle il s'est éloigné de son piano. La plupart de leurs soirées sont passées chez elle et il n'a pas dormi, ni passé un temps véritablement conséquent, à son appartement depuis longtemps.

« Ça m'aide à réfléchir, à arrêter de penser »

Elle touche son front du bout des doigts, elle sourit.

« J'aimerais t'entendre jouer »

« J'ai déjà joué pour toi »

« Il y a longtemps »

House baisse les yeux vers là où sa main s'est arrêtée, presque à plat au-deçà de son sternum. Ses yeux sont d'un bleu très clair et après une inspiration marquée, il sourit dans le vague.

« Il faudrait faire de la place pour le piano »


Deux jours plus tard

Debout devant la glace, House observe sa barbe et la tâte du bout des doigts. De la porte ouverte lui parviennent des échos de la conversation tantôt acharnée tantôt calme de Cuddy qui s'évertue à régler un problème avec l'hôpital. Ils n'ont pas reparlé de ne plus partager que la villa de Cuddy depuis leur discussion. Le sujet était pareil à une énorme bulle qui a fini par éclater, leur permettant de respirer de nouveau. Ils y pensent tous deux et se sont mis d'accord pour prendre le temps, faire les choses à leurs rythmes.

Elle revient dans la salle de bain après un moment et le trouve devant le miroir, remplissant le lavabo d'eau chaude. Avec un soupir, elle se hisse sur le placard en écartant quelques affaires et appuie l'arrière de sa tête contre le mur. House lui jette un coup d'œil, sentant son corps répondre instinctivement en voyant qu'elle n'a passé que sa chemise bleue. Les jambes pendant dans le vide, Cuddy le regarde.

« Tu dois y aller ? »

« Non, ça attendra demain » répond-elle « ce qu'il peut m'agacer, ça fait des semaines que ça dure »

Puis elle poursuit, regardant vaguement devant elle. Lorsqu'elle se rend compte qu'il est immobile et la regarde avec attention, Cuddy fronce les sourcils et se tait.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je t'écoute » répond-il en haussant légèrement les épaules.

« C'est une première »

« Tu serais surprise »

Elle sourit faiblement, amusée par la contradiction entre le ton détaché de sa voix et les émotions qui passent dans ses yeux. Toutefois intriguée, Cuddy se redresse légèrement et observe son visage marqué. Elle l'effleure de l'index, étonnamment rassurée par la familiarité de la scène.

« Non, qu'est-ce que tu fais ? » redemande-t-elle encore.

Avec un sourire malicieux, House se rapproche d'elle et pose les mains sur ses cuisses. Ses doigts disparaissent sous la chemise, ses jambes touchent le bord du placard. Cuddy reste lâchement adossée contre le mur, la mine bougonne et le rire au bord des lèvres.

« Oh non » s'exclame-t-elle quand il fait mine de se pencher pour l'embrasser. Elle pose une main contre son torse et le tient à distance, amusée par sa mine indignée et déçue.

Malgré cela, House la sent réagir à ses caresses. Sa peau tiède contraste avec la sensation froide que lui procure la mousse à raser qui couvre ses joues. Il la fixe un instant avant de se pencher sur le côté. Cuddy baisse le regard vers le rasoir qu'il lui tend et finit par s'en saisir sans rien dire. Elle le trempe dans l'eau tiède et il se rapproche un peu. House sent sa main droite posée sur son abdomen remonter vers sa nuque. Du bout des doigts, Cuddy lui fait pencher la tête en arrière et s'applique à passer le rasoir sous son menton et lentement le long de ses mâchoires. Quand elle hésite, elle lève les yeux vers lui et lui demande silencieusement comment faire. Leur quiétude est simplement troublée par les clapotis de l'eau lorsqu'elle y trempe le rasoir. Au fur et à mesure qu'elle découvre son visage, Cuddy se trouble et ses gestes redeviennent brouillons. Quand il sent ses mains quitter son visage, House baisse la tête vers elle.

« C'est juste que … »

Elle effleure son menton des doigts. House voit ses yeux clairs se nimber de tristesse et de culpabilité. Il lui prend le rasoir, lisant clairement ses pensées.

« Arrête »

« Je n'ai pas terminé » proteste Cuddy en désignant son visage.

« Ça n'a jamais été ta faute, ni même ta décision »

Elle secoue faiblement la tête.

« Comment peux-tu dire une chose pareille ? »

« Parce que j'ai eu des années pour y réfléchir »

« La dernière fois que je t'ai vu comme ça, tu étais sur ce lit d'hôpital et tu … il y avait tellement de douleur en toi »

« C'était il y a dix ans, Cuddy – »

« Je suis désolée »

« Tu étais mon médecin, tu as fait ce que tu devais faire » réplique House, l'agacement pointe dans sa voix. Il libère l'air emprisonné dans ses poumons et se focalise sur la femme qu'il tient contre lui « tu m'as sauvé la vie ce jour-là »

« J'ai trahi ta confiance »

« Ce n'est pas toi qui a signé ce fichu papier » dit-il en secouant la tête « Stacy l'a fait. Et je … je lui en ai voulu, à cause de la douleur, à cause de la confiance que j'avais en elle »

« Tu n'accordes pas ta confiance facilement » observe Cuddy. Elle touche son torse, le regarde dans les yeux « on a jamais eu cette discussion avant, pourquoi ? »

« Je n'en sais rien » avoue-t-il en haussant les épaules « on est sur une bonne dynamique »

Elle sourit et hoche la tête.

« J'aime parler avec toi » lui dit Cuddy.

« Yep »

Il l'embrasse furtivement puis fronce les sourcils.

« C'était il y a bien plus longtemps que ça, la dernière fois où j'étais comme ça »

Son visage s'éclaire d'un sourire et ses joues désormais rasées se fendent de deux plis. Cuddy se perd dans ses yeux bleus et remonte le fil de ses souvenirs jusqu'à trouver sans difficulté celui qu'il veut qu'elle se rappelle.

« Le Michigan » dit-elle à demie-voix « il y a vingt ans »

« Vingt-et-un »


Merci.

A bientôt.

Le prochain chapitre sera l'épilogue, que je tâcherais de terminer avant la fin de l'année.