[II] Chapitre 5 : Un parfum envoûtant (Partie 1)
La lumière violacée éclairait la scène, l'imprégnant d'une atmosphère lascive, pleine de charme. Derrière elle, une foule d'homme en rut criait des obscénités, toutes sortes d'ordres pour "l'after". L'objet de convoitise était une femme aux cheveux blonds et aux yeux bleus.
Son corps se déhanchait gracieusement au son d'une musique douce et envoûtante. Faisant fi de ses spectateurs, des vapeurs de toutes sortes qu'elle sentait monter vers elle, elle avait les yeux fermés, perdue dans un autre monde.
Dès que la musique retentissait, elle parvenait à s'échapper, s'évader, là où personne ne la persécutait.
De loin, une tête blonde ne pouvait détacher ses yeux. Ce n'était pas à cause de sa tenue quasi-inexistante mais bien les mouvements de son corps qui l'hypnotisaient. Il avait suspendu son travail au bar quand l'annonce de son spectacle s'était élevé dans le haut-parleur de la scène, ailleurs, lui aussi.
- Eh, l'électrique ! On te paye pas à rien foutre, bordel !
Il sursauta et se remit au nettoyage frénétique de son comptoir.
- Doucement, Denki !
Cela faisait deux ans que Denki Kaminari travaillait ici.
Depuis la fin du lycée, il enchaînait petit boulot sur petit boulot sans parvenir à trouver ce qui le passionnait réellement. Il avait postulé sans envie dans ce club comme barman et dès le premier soir où cette femme avait fait son entrée sur scène, il était comme ensorcelé par sa personne. Il n'était pas question d'attirance physique, le cœur de Denki était pris, il ne pouvait s'imaginer infidèle.
Sa fascination se situait à un autre niveau, sans qu'il sache exactement où, ce qu'elle signifiait avec précision. Ils ne s'étaient jamais parlé. Il la regardait simplement danser, c'était plus fort que lui. Il voulait frapper tous ces hommes vulgaires qui bavaient devant elle, comme le ferait une meute de chien devant un morceau de viande. Sa petite amie lui avait demandé de garder ce job au moins pour un an, alors il n'avait pas le choix que de faire profil bas.
Le spectacle prit fin et la danseuse partit sans un regard pour son audience, fortement alcoolisée à cette heure de la nuit.
Il ne sut dire comment, peut-être à la façon dont son corps se mouvait ou ses yeux qu'il arrivait à apercevoir très vite de temps en temps, mais il savait que cette demoiselle avait besoin d'aide.
Et il voulait la secourir.
En rentrant dans sa loge, Sarah s'adossa contre la porte et souffla un bon coup. Elle avait horreur de s'exposer ainsi, réduire le talent dont elle se savait pourvu à de vulgaire danse de club, pour ameuter des hommes insatisfaits.
Elle s'approcha de son petit miroir et se regarda un moment. Son regard était triste, sa peau pâle, terne... Elle n'avait jamais autant détester son reflet.
La porte s'ouvrit, un homme fit son entrée, un sourire satisfait illuminant son visage.
- Sarah ! Dit-il d'une voix surexcitée. Tu as été magnifique ! Ils t'ont adoré...
Elle ne répondit rien et commença à rassembler ses affaires.
- Tu n'as pas fini, l'avertit-il.
Elle stoppa son geste et retenu un frisson qui parcouru quand même son corps.
Il avait prononcé cette phrase.
Elle connaissait la suite par cœur.
- Un homme est venu me voir et m'a payé un joli pactole pour que tu passes la nuit avec lui.
Sa main retomba le long de son corps dans un geste de lassitude. Cela arrivait tellement souvent ces derniers temps...
Elle se retourna vers son interlocuteur et lui lança un regard anxieux.
- Oh, je t'en prie... Tu sais comment ça marche, non ? Je te donne l'adresse, tu y vas, tu fais tout ce qu'il veut, je te donne ta part dans la matinée, après la fermeture du club.
Elle aurait voulu lui crier d'aller se faire foutre, claquer la porte de son club sale et malfamé mais cela lui été impossible.
L'homme s'approcha d'elle, saisit une mèche de sa longue chevelure blonde et s'amusa à l'entortiller entre ses doigts.
- J'y peux rien Sarah... Murmura-t-il. Tu viens de très loin, ça les attire comme des mouches... Et je te cache pas, c'est bon pour mes affaires. Tu es une poule aux œufs d'or, ma petite... Et en plus...
Il s'approcha encore plus, son haleine fétide empestant l'alcool.
- Tu m'appartiens.
Il reprit ses distances.
Le sourire enjoué des débuts avait laissé place à une expression avide et sardonique.
- Soji te donnera l'adresse. File, ordonna-t-il.
Elle s'inclina légèrement et sortit en trombe de la petite pièce, retenant ses larmes qui lui brûlaient les paupières.
[*]
Denki respira un grand bol d'air une fois sortit du club. La brise fraîche du matin lui balayait agréablement le visage. Il la savoura avant de se mettre en route vers chez lui.
Il allait enfin pouvoir s'allonger à côté de celle qu'il aimait...
Un gémissement plaintif sur sa droite lui fit tourner la tête. Il reconnut la danseuse dans un sale état, vêtements déchirés, semblant au bord de l'évanouissement... Elle le vit. Durant cet instant où ils se croisèrent du regard, il y lu une souffrance dévastatrice si grande qu'il resta cloué, sans réaction.
Avec ce qui lui restait d'énergie, elle tendit le bras gauche vers lui, ses yeux bleus quémandant une aide silencieuse, avant de tomber dans l'inconscience...
[*]
Sans s'annoncer, Katsuki entra dans le bureau de Toshinori, amenant un tel courant d'air qu'il trembla légèrement sous la claque glaciale. Mécontent, le cendré s'assit sur la chaise en face de son chef et croisa les jambes, son visage, son aura exprimant une colère muette, immense, menaçante, qui fit rire son vis-à-vis malgré lui.
Certes, ce petit avait fait de sacrés progrès concernant son caractère impulsif mais de temps en temps, il resurgissait sans prévenir ; une réminiscence de son passé qui tantôt l'amusait, tantôt l'exaspérait.
- Que puis-je pour toi ? Questionna Toshinori.
S'efforçant de retrouver un semblant de calme, l'explosif ferma les yeux quelques secondes puis les rouvrit, et articula, dents serrés.
- Vous le saviez n'est-ce pas ? Que Deku était le Marionnettiste ?
- Pas vraiment. Mais j'avais des doutes, répondit l'homme aux yeux sincères. Les incidents ont commencé peu de temps après qu'il m'ait avoué connaître le fonctionnement du SCM.
- Comment avez-vous pu laisser faire une chose pareille ? Demanda Katsuki, incapable de cacher son incrédulité.
Toshinori se pencha vers lui, les mains jointes.
- Parce que moi aussi, je veux retrouver Shōto.
- Des gens sont morts ! Répliqua-t-il.
- Et il en a parfaitement conscience. Tu étais là, tu l'as entendu. Il est prêt à assumer les conséquences de ses actes, je peux t'assurer qu'il y en aura.
Toshinori se laissa aller contre le dossier de son siège.
- En attendant, tu ne peux pas nier que son aide sera plus que précieuse pour comprendre le fonctionnement de cette chose. Notre enquête pourra finalement avancer.
Katsuki plissa les yeux.
- Qu'est-ce qui vous pousse à vous battre ainsi ? Pourquoi tous ces mystères autour de vous ?
Toshinori resta silencieux un moment. Personne au sein de son unité n'était au courant de ce qu'il lui été arrivé par le passé.
C'était mieux ainsi.
C'était son fardeau à lui, seul.
Il secoua simplement la tête. Katsuki poussa une exclamation frustrée et se leva.
- Attends, le retint l'inspecteur.
Alors qu'il s'était doucement avancé vers la porte, il s'arrêta.
- Midoriya et son ami arrivent dans la matinée. Une réunion sera organisée pour qu'ils soient présentés officiellement à toute l'équipe présente, je compte sur toi pour y être.
Il poussa un râle.
Il aurait voulu échapper à ça.
Il ne voulait pas les voir, tous les deux.
- La maison... Se rappela-t-il, sourcils froncés. Est-ce vrai qu'il vous a donné une part de l'argent ?
- Oui. Il m'a fait promettre de ne rien te dire, expliqua son chef. Il savait que tu refuserais, si tu l'avais su. Vous allez revivre ensemble, si j'ai bien compris ?
L'explosif soupira.
- J'imagine que je n'ai pas vraiment le choix...
Son vis-à-vis éclata de rire.
- Tu as peur ?
Evidemment. Il manquait de sommeil depuis ces "retrouvailles", n'avait plus touché personne... Parce qu'il ne pensait qu'à Izuku. Ses émotions étaient confuses, il lui était impossible dans cet état de faire le tri.
Dans sa tête, les rares fois où il avait imaginé le retrouver, il lui mettait un coup de poing dans la figure, partait sans se retourner, se payant le luxe de lâcher un rire cruel.
Au lieu de ça...
Dans cette chambre, il s'était laissé faire, un désir le consumant de l'intérieur, grandissant de plus en plus.
Et maintenant, il allait l'avoir souvent sous les yeux.
Il n'était décidément pas prêt.
- Non.
Le plus âgé n'était pas dupe et Katsuki comprit qu'il était inutile de lui mentir.
Il baissa les yeux.
[*]
- Comment ça, tu ignores son prénom ? Demanda Momo.
Denki avait emmené la danseuse à l'hôpital ; c'était la jeune urgentiste qui l'avait prise en charge, légèrement agacée que son ancien camarade de classe soit incapable de lui fournir le moindre renseignement sur sa patiente.
Denki ne put retenir un soupir de fatigue.
- Je te l'ai dit... Elle danse dans le club où je travaille mais j'en sais pas plus. On ne s'est jamais adressé la parole.
Le regard de Momo alla vers la jeune femme, toujours inconsciente.
- D'accord. Rentre chez toi, tu as l'air crevé. Repose-toi un peu et reviens plus tard.
Mais ses jambes refusaient de bouger, un flot de question se bousculant dans sa tête.
Momo posa une main amicale sur une de ses épaules.
- Kyoka doit s'inquiéter... Rentre.
Kyoka... Il l'avait complètement oubliée...
Tête basse, il se dirigea vers la sortie.
[*]
Sarah ouvrit les yeux.
Sa vision était brouillée.
Elle était allongée sur un lit, une perfusion à son bras gauche.
Des gens s'agitaient autour d'elle, des cris d'agonies retentirent à ses oreilles.
Elle tenta de se redresser quand tout se mit à tourner autour d'elle. Elle grimaça et se recoucha.
- Bonjour ! Fit une voix près d'elle. Comment vous sentez-vous ?
Elle tourna la tête et vit une jeune femme brune aux cheveux long, affublée d'une blouse blanche.
Je suis à l'hôpital ? Pensa Sarah.
Elle lança un regard interrogateur à son interlocutrice.
- Vous êtes en sécurité, à l'hôpital.
En sécurité ? Existait-il un endroit dans ce monde où elle pouvait se sentir en sécurité ? Même son sommeil étaient agités par des cauchemars incessants. Un, en particulier, revenait souvent : Elle se voyait danser sans fin sur scène, devant des centaines, des milliers d'animaux.
Ses jambes devenaient de plus en plus lourdes à mesure que les minutes passaient, mais elle ne pouvait pas s'arrêter, encouragée par les cris. Ses yeux pleuraient, ses joues étaient en feu, ses larmes s'écrasaient sur le sol en un cercle translucide autour d'elle... Elle dansait encore et encore, son corps ankylosé. Elle ne pouvait que retenir le hurlement, incapable de l'exprimer de vive voix.
Elle ne faisait que danser.
C'était tout ce qu'elle savait faire, de toute façon.
Danser.
Sans fin.
Ses yeux imploraient grâce, suppliant que quelqu'un mette fin à sa torture.
Elle se mettait à tourner sur elle-même, point d'orgue de son spectacle.
La foule en était folle à chaque fois.
Cela durait indéfiniment, au point qu'elle sentait ses membres se déchirer, se détacher et s'éparpiller autour d'elle.
Elle était en train de mourir.
Elle ouvrit la bouche pour hurler.
Personne ne l'entendait.
Le cri était retenu, muet.
Elle voyait ses jambes et ses bras sur la scène ensanglantée par ses larmes devenues rouges.
La foule hurlait toujours tandis qu'il ne restait plus que sa tête sur scène.
Ses spectateurs et son patron se précipitaient sur elle, la piétinait de toutes leurs forces.
Elle fermait les yeux, soulagée.
La danse était enfin terminée...
Et se réveillait en sursaut, constatant qu'elle était toujours vivante et continuerait de danser, le soir même, dans ce club affreux...
- Ça va ? S'enquit Momo, la tête penchée vers elle.
Elle aurait aimé parler.
Mais en était incapable.
Voyant les larmes dans le recoin des yeux de sa patiente, Momo glissa une main dans la sienne et la serra avec tendresse.
- Prenez votre temps... Tranquillisa le médecin.
Sarah hocha faiblement la tête.
[*]
- Tu sens la rose, Den', accusa Kyoka, un peu contrariée.
Denki se caressa l'arrière de la tête, mal à l'aise. Il avait été incapable de fermer l'œil, trop inquiet pour la danseuse qu'il avait laissé à Momo. Il ne cessait de regarder son portable, à l'affût du moindre SMS ou appel.
Kyoka trouvait son attitude étrange. Il n'était pas aussi en retard d'habitude et s'échappait de lui une senteur de rose, discrète mais tout de même présente. Loin de le penser infidèle, - elle savait qu'elle pouvait lui faire aveuglément confiance - elle attendait tout de même une explication.
- La danseuse du club... Commença-t-il.
- Celle qui te fascine ?
Il fit un signe de tête affirmatif.
- Je l'ai trouvé à demi-consciente en sortant. Je l'ai emmenée à l'hôpital.
- Comment va-t-elle ? S'inquiéta la petite amie.
Elle n'avait pas une seule fois mis les pieds dans son club mais le connaissait de réputation. Elle s'en voulait de le forcer à garder un emploi dans un endroit pareil, toutefois leur situation financière était telle qu'ils n'avaient pas le choix.
Kyoka voulait produire de la musique. Elle avait réussi à ouvrir sa propre boîte et malgré une promotion acharnée, elle ne fonctionnait pas vraiment.
Parfaitement consciente de tous les sacrifices que faisait sa tête blonde pour la soutenir dans son projet, elle s'était promis de lui rendre au centuple un jour... Sauf que la volonté seule ne suffisait pas, parfois... Elle allait sans doute devoir fermer d'ici la fin de l'année.
- Momo s'occupe d'elle. Elle devrait me contacter s'il se passe quelque chose, répondit Denki.
- Tu devrais retourner auprès d'elle, juste avant ton service, suggéra Kyoka. C'est ce que je ferai à ta place.
Le cœur de Denki se gonfla d'un sentiment de gratitude. Il le savait déjà mais de temps en temps, la vie s'amusait à lui rappeler qu'il était tombé sur la femme parfaite qu'il ne méritait sans doute pas.
- Ça ne te dérange pas ?
- J'ai confiance en toi, rétorqua Kyoka. Je ne crains rien.
Il se leva, se plaça derrière elle pour l'entourer de ses bras.
- Tu es décidément trop parfaite, Kyoka Jirō, souffla la tête blonde.
- Tant que tu le sais... Répondit-elle.
Ils échangèrent un sourire complice.
[*}
Izuku ouvrit le casier que lui avait attribué Toshinori. Le voyage, la présentation à l'équipe l'avait fatigué. Mirio avait pris les devants et était parti rejoindre un ami chez qui il allait vivre le temps de son séjour.
Un certain Tamaki Amajiki.
L'ébouriffé retira sa blouse et la rangea. Il regarda sa montre qui lui indiqua onze heures trente. Plus qu'une heure avant son rendez-vous décisif. Il le redoutait mais avait hâte, tant il s'annonçait riche en émotion. Il claqua la porte et se baissa pour ramasser son sac quand il entendit une voix familière prononcer son surnom.
Instantanément, ses lèvres se fendirent en un sourire.
Il se retourna et se plaqua contre son casier. A bonne distance, des pupilles enflammés le regardait.
- Tu m'as impressionné à la réunion, le félicita Katsuki.
- C'est mon domaine, de parler et captiver une audience, répondit Izuku.
Katsuki renifla bruyamment, dédaigneux.
- Ton pote la baguette, là...
- Il s'appelle Mirio, corrigea-t-il.
- Je m'en fous. Il ne dormira pas chez nous, j'espère ?
Il avait dit "Chez nous".
Ces deux mots firent frissonner Izuku de plaisir. Réalisant soudain, les joues de Katsuki prirent une teinte rosée.
- Je veux... dire... Balbutia-t-il.
- J'ai compris. Et non, il n'y dormira pas. Nous serons seuls tous les deux.
Les yeux d'Izuku parlaient pour lui ; il lui jeta un regard concupiscent qui fit rougir le blond plus encore.
- Pendant qu'on y est, Katchan. Je pense que tu devrais arrêter de... Eh bien... Sauter sur tout ce qui bouge, pendant que je suis là.
Ce fut au tour du dénommé de tiquer. Il s'approcha d'Izuku et posa sa main gauche contre le casier.
- Tu te prends pour qui, ma mère ?
- C'est juste une question de... savoir-vivre, murmura Izuku. J'ai pas envie de t'entendre faire ça sous mon toit. Ailleurs, par contre, fais ce que tu veux.
- Toi, tu tues et moi, je baise. Chacun son truc.
Izuku éclata de rire. Du Katsuki tout craché...
- Justement, je vais arrêter. Tu devrais en faire autant, ça peut être dangereux pour la santé.
- Tant que je me protège, et c'est le cas, je vais très bien, merci de t'inquiéter.
A nouveau, cette tension électrique courait entre les deux. Ce désir brûlant s'était emparé d'eux, implorant de se briser dans une caresse, dans la douceur d'un baiser, la chaleur du contact de la peau de l'autre. La sentir, la toucher, la palper, la respirer, l'explorer de toutes les manières possible et inimaginable...
Ils voulaient se fondre l'un dans l'autre.
Izuku fut le plus sage des deux et essaya de se dérober. Katsuki le retint en lui saisissant le bras.
- Tu veux remettre ça, contre un casier ? Taquina Izuku. Je te préviens, je ne serais pas aussi inactif que la dernière fois...
L'autre ne répondit pas, occupé à détailler le visage de son ami d'enfance dans les moindres détails. Il voulait le graver partout en lui ; dans le cas où il partirait de nouveau, il n'y aurait cette fois aucun manque.
- Tu...
- Ta gueule, martela le cendré.
Il s'approcha de sa bouche et effleura des lèvres celles de l'ébouriffé, sans toutefois les prendre entièrement. Il les caressa, suivit leur contour, les yeux fermés, emporté.
Elles étaient charnues à souhait, divinement appétissantes... Plus encore que dans son souvenir.
Il aurait voulu se coller contre lui, avant de se souvenir qu'ils étaient sur leur lieu de travail...
A l'instant où cette pensée le traversa, il ne put lutter contre cette attraction et se pressa contre l'objet de son désir qui retint une exclamation de surprise.
Katsuki enfouit la tête dans le cou d'Izuku, au niveau de sa jugulaire.
Examiner sa peau sous toutes les coutures, sentir ses effluves, voir sa veine qui pulsait...
Tout ça le rendait fou.
Si envoûtant...
Il le désirait tant...
Izuku était à sa merci, comme avant.
Cette fois, c'était lui qui avait le contrôle.
Finalement, ne pouvant résister davantage, il goûta à cette peau sucrée, la marquant d'une fine ligne transparente, de sa langue enflammée, pleine d'envie.
- Katchan... Murmura Izuku, la voix chargée d'émotions.
Redis-le...
Comme s'il lisait dans ses pensées, il entendit, dans une supplique étouffée.
- Katchan...
Putain... Ça m'avait tellement manqué...
Heureusement pour lui, le sourire qu'il affichait était dissimulé dans le cou de son ancien amour. Il lui était impossible de le remarquer.
La haine qu'éprouvait l'explosif était toujours présente. Malgré ça, il n'était pas parvenu à oublier cet adolescent devenu adulte qu'il aurait aimé ne pas recroiser. Il s'était habitué à ne plus sentir sa présence autour de lui. Cependant, depuis qu'ils s'étaient revus, une amère constatation avait reparu, éclatant en une bombe en pleine figure à ce moment précis, alors qu'il sentait cette odeur enivrante prendre possession de sa personne.
Tous ces hommes avec qui il avait couché auparavant n'avait pas exister.
Un seul comptait.
Les années n'avaient pas altérée cette vérité.
Il saisit le poignet droit d'Izuku, l'attira au fond de la salle, à l'abri des regards et le poussa contre le mur, sa bouche se ruant déjà contre la sienne, réclamer cette fois son dû, affamée.
C'est durant cet échange charnel et passionné qu'il le réalisa.
Katsuki aimait toujours Izuku.
Non, c'était bien plus que ça.
Il ne pouvait aimer que lui.
Les sensations beaucoup trop intenses, comparables à nulle autre et amplifiées par cette longue, douloureuse séparation, constituaient une preuve suffisante.
Son bas-ventre le tordait merveilleusement, son entrejambe le faisait délicieusement souffrir, son cœur se déchaînait avec force, contre sa poitrine qui le brûlait avec ardeur...
Son corps entier était un volcan en éruption.
Il aurait voulu lui faire l'amour sans perdre une seconde.
Pas question pour autant de faire comme si ces cinq années ne s'étaient pas écoulées.
Il ne pouvait pas les oublier avec seulement un surnom chuchoté et un baiser. Si fort fût-il.
Lorsqu'il prit fin, Izuku inspira profondément et sourit, heureux de la preuve que son ancien bourreau ne l'avait pas non plus oublié.
Il ouvrit la bouche, prêt à parler mais Katsuki ne voulait rien entendre.
- Tais-toi, ordonna-t-il.
Il ne voulait pas réfléchir à tout ce que cela impliquait pour eux, pas maintenant.
Il s'éloigna de lui.
Il fallut à Izuku un moment pour reprendre ses esprits et se rappeler qu'il était attendu.
Il passa derrière le blond cendré et glissa contre son oreille :
- À ce soir...
À reculons, il se dirigea vers la porte sans quitter des yeux son colocataire qui lui rendait intensément son regard.
Il finit par se détourner et passa la porte. Les pas s'éloignèrent, tandis que le volcan se rendormait en douceur.
Izuku réalisera l'oubli de son sac en marche vers le lieu, en rira, deux de ses doigts sur les lèvres marquées par ce baiser dévorant.
[*]
Le portable de Sarah se mit à vibrer à coté de sa tête.
Son patron lui avait envoyé un SMS :
Où tu es passée, sale traînée ?!
Elle répondit simplement : " À l'hôpital. " sans plus de précision et l'éteignit pour reporter ses yeux vers son unique visiteur de la journée.
Il travaillait avec elle au club ; elle l'avait brièvement aperçu à nettoyer son comptoir ou servir des cocktails. L'air benêt qu'il affichait de temps en temps arrivait à lui arracher un sourire...
Elle saisit sa tablette, écrivit et demanda dessus :
Que faites-vous ici ?
- C'est moi qui vous ai ramené, expliqua-t-il en souriant. Vous vous êtes évanouie devant le club.
Elle s'en souvenait à peine, tout était flou. A partir du moment où elle avait franchie la porte d'entrée de son client, le reste était devenu trop confus.
Merci.
Il inclina humblement la tête.
- Je vous en prie.
Elle resta interdite quelques secondes, les yeux écarquillés d'étonnement. C'était la première fois qu'on s'inclinait devant elle, c'était l'inverse, d'habitude.
- Quel est votre nom ? Interrogea-t-il.
Là, elle se méfia. Les hommes qui lui demandait ça attendait en général autre chose, après cette question d'apparence innocente.
Son visiteur le rassura par un sourire.
- Je m'appelle Denki Kaminari, se présenta-t-il. Je travaille au club depuis deux ans, comme barman.
Il chuchota soudain, comme de peur d'être entendu.
- Je vais être honnête, j'ai horreur de cet endroit. Mais ma petite amie m'a demandé de le garder pendant encore un an, alors...
Son regard s'éclaira :
- Elle s'appelle Kyoka. C'est la personne la plus fabuleuse que j'ai rencontré. On est ensemble depuis le lycée. Elle est musicienne mais son rêve est de produire une musique qui "tue"...
Sarah sourit. Il semblait très amoureux. Elle lui enviait ce sentiment qui le transcendait. Elle aussi avait connu ça, il y a longtemps...
Enfin, c'est ce qu'elle avait cru.
- Vous dansez divinement bien, la congratula Denki. On dirait une déesse sur scène, c'est presque magique.
Les compliments étaient pour elle des déguisements ; les réelles intentions camouflées en dessous, les hommes n'en voulait ensuite qu'à son corps...
Elle décelait tout autre chose chez ce jeune homme qui la troublait.
Sa... Sincérité ?
Elle sentit une agréable chaleur envahir ses joues. C'était donc ça, un vrai compliment...
Ce fut à son tour d'incliner la tête.
- Une senteur de rose embaume la salle quand vous entrez, c'est envoûtant...
C'était son parfum.
Elle l'avait confectionné elle-même.
La seule chose qui lui appartenait.
- Je suis hypnotisé par les mouvements de votre corps, aussi...
Devant le regard soudain courroucé, il s'empressa d'ajouter.
- Pas par votre corps, attention ! Enfin, il est très beau aussi, bien sûr... J'avais un camarade de classe, Mineta, il s'appelait... Lui, lui ! C'était un gros...
Une étincelle de panique passa dans les yeux de son interlocuteur qui regarda ses pieds.
- Je veux dire... C'est pas...
Elle voyait la sueur apparaître sur son front en un amas de petites gouttes.
Elle éclata de rire...
Et sursauta en sentant la contracture de son ventre.
C'était quand, la dernière fois qu'elle avait ri ?
Denki parut aussi surpris qu'elle et dut s'asseoir sur la chaise sous l'effet du choc. C'était un bien joli son.
Après un petit instant de silence, il fit remarquer.
- Je ne connais toujours pas votre prénom...
Elle pianota sur sa tablette et lui montra.
- Sa... rah ? Prononça-t-il avec une difficulté que la jeune femme trouva adorable. D'où venez-vous ?
Elle tapa de nouveau.
- Amérique ? Mais comment...
Il regarda tout à coup sa montre, poussa un cri et se leva précipitamment.
- Je vais être en retard ! S'exclama-t-il.
Il remit sa veste et la regarda.
- Je suis content de voir que vous allez bien. Je repasserai plus tard, promit-il.
Elle sourit et hocha la tête.
Elle avait déjà hâte.
Il s'inclina une dernière fois et sortit en refermant discrètement la porte derrière lui.
Denki Kaminari...
Un personnage adorable et ô combien amusant !
[*]
Le bruit d'une violente gifle assénée retentit dans la petite salle du restaurant. Les personnes attablés jetèrent instantanément des regards curieux.
Les sanglots secouèrent ensuite la petite demoiselle l'ayant donnée, qui se précipita dans les bras du jeune homme à la joue rougie par l'impact, debout en face d'elle. La jeune femme le serra contre elle aussi fort qu'elle le put.
- Deku... Hoqueta-t-elle. Comment tu as pu me faire ça... ?!
Pleurant à chaudes larmes, Ochaco ne voulait pas se détacher de son meilleur ami qui répondait affectueusement à son étreinte.
- Je suis content de te voir aussi, Ochaco.
Elle hoqueta à nouveau et s'éloigna un peu de lui.
- Depuis ce matin-là où tu m'as demandé d'aller chez Todoroki, j'ai pas eu une seule nouvelle, alors que je suis censée être ta meilleure amie, se vexa-t-elle.
- Asseyons-nous, proposa-t-il. Je vais tout te raconter.
Ils prirent place à une table l'un en face de l'autre.
Le restaurant avait des allures de boui-boui mais la cuisine qu'on y servait était succulente. Tsuyu, Momo, et Ochaco y venaient chaque fois qu'elles le pouvaient, puisque proche de l'hôpital où elles travaillaient.
Bien qu'il soit bondé, c'était très calme et discipliné.
- J'ai tellement de chose à te dire que je ne sais même pas par où commencer...
Ochaco l'observa attentivement. En réalité, une seule question lui brûlait les lèvres.
- La méthode que tu utilises m'importe peu, je veux juste savoir... Est-ce que tout ce que tu as fait et fera servira à se débarrasser de ces choses et retrouver ton ancien maître ?
- J'y travaille, assura Izuku.
- Bien... Maintenant dis-moi...
Ses yeux brillèrent de curiosité.
- Toi et Baku... Ça en est où ?
Izuku la dévisagea quelques secondes avant d'être secoué par un rire franc.
- L'avenir nous le dira... Finit-il par déclarer, une lueur de malice éclairant ses yeux vert.
