Percy n'avait pas bien dormis, peut-être mieux que Nico (difficile de faire pire que de se réveiller avec du sable dans la bouche), mais pas bien. Il n'avait pas eu de cauchemars, ou d'angoisses, de sueurs froides, comme certaines nuits. Mais son cerveau ne voulait pas arrêter de repasser certaines images dans sa tête, en l'occurence, des images de Nico ; juste avant qu'il ne disparaisse. À ce moment, Percy n'avait pas vraiment été en mesure de réagir, il n'avait que pu penser « ça y est », ou quelque chose du genre. Il avait réellement été surpris, mais surtout, surpris par lui-même. Il n'avait rien fait pour empêcher Nico de l'embrasser, et la scène était maintenant restée encrée dans son esprit, avec toutes les sensations qu'elle impliquait.

Il se souvenait très clairement des odeurs, par exemple. Il y avait celles du restaurant, des hot-dog, des frites, etc ; et aussi celle du produit avec lequel on avait probablement nettoyé le sol peu avant. Il se souvenait aussi des sons, des rires, et des clapotis de l'eau.

Le gout. Nico avait un gout un peu amer et un peu sucré, un peu comme du café avec de la vanille ; mais c'était difficile à décrire. Et le reste : la sensation du vent sur sa peau mouillée, la chaleur étrange du front de Nico, et la douceur de ses lèvres. Il y avait plein de choses dont il se souvenait très bien. Peut-être aurait-il mieux fait de réagir, de ne pas laisser le jeune homme l'embrasser, au moins, il n'aurai pas passé la soirée, puis la nuit à y penser.

Il était partit assez tôt dans la matinée, sûr que Nico se cachait quelque part, et avait rapidement pensé à la côte sauvage. Il avait eut un peu de mal à y aller, mais ça n'était pas grave, il avait retrouvé son ami, et tout allait bien. Il se sentait idiot, mais Nico allait bien, et c'était ce qui importait pour le moment. Percy n'avait pas besoin d'être en froid avec lui, surtout avec ce qu'il se passait avec Annabeth. Il savait qu'elle prenait les décisions les plus logiques, mais il lui en voulait, il aurait préféré qu'elle en parle avec lui et qu'ils trouvent une solution ensemble ; à la place, elle venait et disait « c'est tout réfléchit », et lui présentait tous ces arguments.

Percy ne lui avait rien dit pour Nico, et il se sentait un peu coupable. C'était ça, il se sentait coupable, à la fois pour Nico, et pour le fait de ne pas réussir à soutenir Annabeth dans ses choix, alors qu'elle faisait de son mieux pour eux tous. Et, surtout, il détestait ne pas réussir à lui parler comme avant, il avait toujours peur qu'elle fasse référence à un événement dont il ne se souvenait pas.

Perdre sa mémoire ainsi était étrange. Il s'en rendait compte, mais il n'y pouvait rien, et son cerveau fonctionnait de telle sorte qu'il ne sente aucun « trou » de mémoire : il remplaçait simplement certains souvenirs par d'autres.

Voilà pourquoi avoir embrassé Nico était un problème. C'était, d'une part, contre ses standards moraux, car il était avec Annabeth, alors il aurait dû repousser le garçon. Et puis, d'autre part, sa mémoire fonctionnait bien mieux lorsqu'il s'agissait de Nico. Avec Annabeth, tout était flou, et là, pouf, les images semblaient pouvoir rester intactes pendant des années.

Lorsqu'il s'était réveillé, il s'était sentit extrêmement frustré. Il avait même pensé, à un moment, à écrire le prénom d'Annabeth, ou même juste un « A » sur sa main, comme ça il arrêterait de penser à autre chose, et il pourrait se rappeler sa présence. Bien sûr, c'était une idée tordue, et il était sûr qu'Annabeth aurait été blessé qu'il eut besoin de cela pour la garder en mémoire.

Mais, en se rendant sur la côte sauvage avec Nico, il se rendit compte que ça n'était pas que ça. Percy adorait être avec Nico, il ne se sentait pas toujours obligé de parler, ou même de signaler sa présence, Nico avait lui-même une présence discrète, mais qui avait un fort effet sur Percy. Même si, la plupart du temps, il avait l'air renfermé et tendu, Percy sentait que les choses allaient de mieux en mieux. Peut-être était-il soulagé de s'être finalement confessé, même s'il ne lui avait pas directement dit qu'il l'aimait.

Nico, à côté de lui, attira son attention, le sortant de ses pensées.

— Nous devrions rentrer. Peut-être qu'Annabeth va s'inquiéter…

— Je ne crois pas, dit Percy en haussant les épaules, je lui ai juste dit que nous allions sur la côte sauvage, aujourd'hui.

L'expression de Nico était un peu étrange, et il semblait analyser chacune de ses paroles. Percy comprit enfin ce qui l'embêtait, et leva une main pour le rassurer.

— Pour ce qui est d'hier soir, s'empressa-t-il d'expliquer, ne t'inquiète pas. Je n'ai rien dit à Annabeth, elle pense que tu es sortis pour essayer encore une fois le vol d'ombre.

Il avait su déchiffrer l'expression du jeune homme, car il sembla se détendre rapidement. Il baissa un peu sa tête, comme un gamin pris au piège, et Percy sentit son coeur se serrer en se disant que Nico devait s'en vouloir.

— Je suis désolé, dit Nico, je n'aurai pas dû faire ça. Je n'ai pas réfléchi.

Il soupira, et pinça ses lèvres.

— Je n'ai pas envie que les choses soient bizarres entre nous, avoua-t-il. Surtout si Annabeth n'est pas là.

Percy hocha la tête. Cela devait arriver rarement (bien qu'il faisait de sont mieux pour que ce fut le cas), mais il comprenait ce que Nico voulait dire. Percy devrait passer du temps avec Nico, et ils n'avaient pas encore décidés de ce qu'ils allaient faire, mais pour le moment, il semblait hors de question de se séparer. Ils devaient bien être sûrs de rester dans le coin si Annabeth avait besoin de leur aide, et ils étaient tous deux de puissants demi-dieux. Il voyait bien que Nico faisait de son mieux pour ne pas interférer avec leur quête, et il lui en était reconnaissant.

— Tu sais, dit Percy, j'ai eu un peu peur, hier. Je me suis dit que tu allais disparaitre quelque part et ne pas revenir.

— J'y ai pensé, répondit Nico le plus sérieusement du monde. Mais je ne peux pas faire ça, ça serait stupide et irréfléchis, et je crois déjà avoir assez gaffé comme ça.

C'était comme s'il parlait plus pour lui-même. Percy lui sourit, faisant de son mieux pour se montrer compréhensif. Il ne savait pas quoi lui dire, parce qu'il avait peur de faire une gaffe (et il était très doué à ça), et ne souhaitait surtout pas que Nico se renferme plus.

L'après-midi n'était que très peu avancée, il devait être aux alentours de quinze heures, peut-être même plus tôt. Mais, oui, il devait rentrer. Annabeth allait bientôt partir, il devait passer du temps avec elle, ou il le regretterait, et surtout, il devait lui faire comprendre qu'il la soutenait quoi qu'il arrive. Mais, même s'il ne voulait pas l'admettre, il se sentait mieux ici, et si Nico n'avait pas évoqué l'idée, il ne serait certainement pas rentré avant quelques heures. L'ambiance au mobile-home était tendue.

Nico proposa de prendre le bus pour le retour. Il dit à Percy qu'il était fatigué, et qu'il voulait garder ses forces pour quelque chose de plus urgent. Percy remarqua les larges cernes sous ses yeux noirs, et pensa que c'était la meilleure chose à faire. Le trajet fut silencieux, et il eut l'impression que son ami s'endormit quelques minutes dans le bus. Lorsqu'ils arrivèrent, Nico traina jusqu'à sa chambre, s'effondra presque sur le lit, et Percy eut l'impression qu'il s'endormit en moins de dix secondes.

— Tout s'est bien passé ? Demanda Annabeth d'un air soucieux. Nico va bien ?

— Oui, dit Percy, enfin, la barrière s'étend jusqu'à la côte, mais nous n'avons pas rencontré de problèmes… Et, euh, Nico a mal dormis cette nuit.

— Je vois, répondit Annabeth.

Percy remarqua qu'elle aussi semblait fatiguée. Connaissant Annabeth, elle devait passer son temps à imaginer comment les choses se passeraient, et comment elle pourrait se débrouiller pour que tout finisse pour le mieux. Elle soupira, et passa une main dans ses cheveux blonds.

— Je pars après-demain à la première heure, et je ne sais même pas exactement ce que j'ai à faire. Ça me rend folle.

Percy se raidit, et pinça les lèvres. Il aurait pu sauter sur l'occasion et la convaincre de rester avec eux ; mais ça n'était pas ce qu'elle attendait de lui. D'ailleurs, ça aurait été égoïste de sa part. Il devait la soutenir, oui, c'était ce qu'il avait décidé.

— Tout ira bien, dit-il en serrant son épaule, si jamais il y a le moindre problème, nous rappliquerons. Au pire, nous trouverons un moyen de contacter les dieux, je téléphonerai à ma mère pour qu'elle appelle mon père.

— Non, protesta Annabeth, je dois essayer d'arranger les choses. Ça ne servira peut-être pas à grand chose, mais ma mère me fait confiance, et… Ils ont beaucoup à faire.

— Je sais, dit Percy en l'embrassant sur le front. Je sais que tu fais de ton mieux, et je veux que tu saches que je suis avec toi, et, si tu as besoin de quoique ce soit…

— Merci, sourit Annabeth. Je suis contente que tu ne m'en veuille pas.

Percy secoua la tête. Il aurait aimé pouvoir lui dire qu'il lui en avait voulu, mais que maintenant, il aurait été hypocrite de l'accuser de ne pas tout lui dire. Mais il ne pouvait pas, dire à Annabeth ce qui c'était passé près de la piscine sortirait bizarrement, forcément. Au fond, Percy savait que ne pas lui dire était le problème, mais il refusait de se l'avouer, parce que quelque chose d'autre entrait en compte. S'il lui disait que lui et Nico s'étaient embrassés (enfin, techniquement, Nico l'avait embrassé, mais ça n'était pas comme s'il avait fait quoique ce soit pour l'éviter) ; il devrait forcément parler de son ressentit.

Et, alors, que dirait-il ? Qu'il ne savait pas ? Il ne pouvait pas dire ça à Annabeth. Qu'il y avait pensé toute la nuit ? Il ne pouvait pas non plus. Que, en fait, il avait presque attendu ce moment ? Hors de question.

Annabeth s'étira et le regarda en souriant.

— Tout va bien ? Demanda-t-elle. Tu as l'air perdu dans tes pensées.

— C'est bon, dit Percy, je pensais que nous pourrions aller boire un verre quelque part, puisque Nico dort. Tu n'as jamais vraiment vu le champs de menhir, si ?

— Bonne idée, dit la jeune fille, ça fait longtemps qu'on a pas fait quelque chose, tous les deux.

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Le ciel était couvert, alors ça n'était pas tout à fait comme la fois où Percy y était allé pour la première fois, avec Nico. Les fleurs ne semblaient pas aussi éclatantes, et surtout, leur parfum semblait étouffé. Percy pouvait sentir qu'un temps orageux se préparait ; l'air était chaud mais chargé d'électricité, et l'odeur du goudron était de plus en plus forte. Pourtant, il n'y eut aucune tempête, même des jours plus tard, et surtout, il n'y eut pas de pluie.

Il y avait beaucoup de choses qui différenciaient ce moment de la dernière fois, et la première était, bien évidement, la présence d'Annabeth et l'absence de Nico. Il y avait aussi moins de monde ; pas d'enfant à courir dans tous les coins, pas de petit train chargé de touristes français. Percy retrouva sans difficultés le petit restaurant dans lequel il avait pris une crêpe ; bien que cette fois-ci, presque toutes les tables étaient libres.

Ils n'avaient mangés que peu avant, donc une boisson leur suffirent. Mais Percy se sentit un peu stupide d'avoir voulu amener Annabeth ici ; il se rendit compte que l'endroit n'était pas aussi chouette qu'il l'avait pensé. Cela commença rapidement à le mettre mal à l'aise. Le champs de menhirs n'était pas très grand, et même s'il avait quelque chose d'assez majestueux, il était entouré de barrières grossières, et la routes qui passait à côté n'avait rien de charmant. De plus, le chemin de terre qui les menait jusqu'ici lui semblait terne, cet endroit, ce restaurant semblait aussi sans vie.

Pourquoi avait-il pensé que cet endroit était beau ? Ça ne pouvait pas juste être le mauvais temps qui changeait tout, pas vrai ?

— J'aime bien cet endroit, dit Annabeth à un moment, dommage que nous ne soyons pas venu plus tôt.

Non, pensa amèrement Percy, cet endroit n'a strictement rien d'exceptionnel. Il avait presque envie de dire à Annabeth que dire cela uniquement pour lui faire plaisir était idiot, cet endroit n'était pas bien.

Sur le chemin du retour, ils passaient devant le même menhir couché qu'avait vu Percy avant, et Annabeth proposa de s'y assoir quelque minutes. Mais Percy se sentit rapidement très mal à l'aise. Quelque chose ne collait pas, avec le paysage, et avec tout le reste. Annabeth était silencieuse, elle semblait penser à quelque chose d'autre, mais elle semblait aussi plus détendue, et pourtant, il n'arrivait pas du tout à se détendre. Il se trouva dans une position inconfortable ; la roche était trop dure, trop froide, trop rugueuse.

— Peut-être devrions-nous rentrer, finit-il par dire lorsqu'il en eu assez.

En arrivant, Percy eut envie de se retrouver seul. Il dit à Annabeth qu'il avait besoin de se baigner, et s'enfuit à la piscine. Là-bas, il y avait quelque gamins, mais pas grand monde. Le jeune homme enfila rapidement son maillot de bain, et se réfugia au fond de l'eau, fermant les yeux.

Même ici, il pouvait sentir la Brume lui embrouiller l'esprit. Il ne se sentait pas bien. Même l'eau n'arrivait pas à faire disparaitre son mal de crâne, et il sentit un sentiment d'angoisse s'emparer de lui. Était-il habitué à faire ce genre de chose avec Annabeth ? Se promener, juste tous les deux ? Il lui restait suffisamment de souvenirs pour se rappeler que d'habitude, les choses ne se passaient pas ainsi, ou du moins, il le ressentait différemment. D'habitude, il ne faisait pas attention au reste, seule Annabeth importait.

Il se sentait en colère. Contre Hécate, mais aussi contre Annabeth et Nico. De ce qu'il savait, Annabeth n'était pas manipulée, et Nico que très peu, il était le seul à réellement subir cette espèce de lavage de cerveau, et personne ne faisait rien pour l'aider. Annabeth passait son temps à être ailleurs, et Nico ne faisait que rendre les choses plus confuses. Toute cette situation était presque absurde, et personne ne faisait rien.

Percy remarqua qu'un gosse avec un masque le regardait sous l'eau, avec des grands yeux écarquillés. Il sortit à regret de l'eau, paniqué à l'idée qu'il ait pu rester là pendant plusieurs minutes, sans penser à remonter reprendre sa respiration.

Le gosse lui dit quelque chose avec un ton impressionné, mais il parlait en français, et Percy ne put pas répondre grand chose. Heureusement pour lui, ce qui semblait être le père du gamin l'appela, et il dû sortir, laissant Percy seul à nouveau. Il devait faire plus attention, et chercha un endroit plus tranquille dans la piscine. Il s'arrêta près de la cascade artificielle, et se glissa entre elle et le faux menhir d'où elle coulait. Ainsi, personne de pourrait voir son visage, et la panique apparente sur ce dernier.

Percy se souvenait de ce processus où l'on commence à tomber amoureux de quelqu'un, mais il ne se souvenait pas du moment où il avait commencé à tomber amoureux d'Annabeth Chase. Ce fut cette dernière pensée qui le força de nouveau à retourner au fond de la piscine. Annabeth n'était pas une étrangère, et Percy l'adorait, il l'aimait sincèrement. Mais était-il réellement amoureux d'elle ? Il aimait passer du temps avec elle, comme il aimait passer du temps avec ses amis ; et s'il était honnête, il ne savait plus à quel degré une personne passait du rang d'ami, à celui d'amant.

Il remonta à la surface, essayant de ne pas attirer l'attention sur lui. Cette eau n'avait pas le côté relaxant qu'elle devrait avoir, et peut-être était-ce à cause de la magie d'Hécate. Mais à force de penser à Annabeth et à ses souvenirs, Percy commença à avoir la nausée. Nico lui avait dit que s'il se forçait à franchir la barrière que la déesse avait dressé dans son cerveau, ce genre de choses risquerait d'arriver. Peut-être que je deviens fou, se dit-il.

Il se décida finalement à sortir de l'eau, voyant un groupe de gosses (trop nombreux à son gout) entrer dans la piscine. Malheureusement, sortir de l'eau ne fit qu'aggraver son état, et il dû prendre plusieurs grandes bouffées d'air pour se calmer. Ça allait passer, il irait certainement mieux dans quelques heures. Il ne faisait qu'agir de façon égoïste ; Annabeth était celle qui devrait avoir peur, pas lui. Et Nico, eh bien, il devait également souffrir en silence, et Percy ne voulait pas croire que Nico souffrait à cause de lui. Au final, tout se déroulait affreusement mal, mais ils agissaient tous comme si c'était tout-à-fait conforme au « plan », qui au passage était quasiment inexistant.

Penser à Nico rappela à Percy son baiser, et il sentit ses joues chauffer. Il aurait bien aimé que la barrière d'Hécate lui fasse oublier cet épisode. Mais, d'une certaine manière, il ne voulait absolument pas perdre ce souvenir non plus. Il soupira, se dirigeant vers les douches pour se changer, avant de se diriger vers le mobile-home. Il n'avait pas vraiment envie de rentrer, pas avec ce sentiment de culpabilité, mais il ne pouvait pas juste attendre que tout passe en évitant les autres.

Lorsqu'il passa le pas de la porte, il fut surpris de trouver Nico et Annabeth assis côte-à-côte sur le canapé, devant la télé. Le fils d'Hadès avait encore l'air un peu endormis, et portait un large sweat sombre, faisait ressortir la pâleur de sa peau ; qui tranchait aussi avec le pull rouge d'Annabeth. Cette dernière lui lança un regard inquiet.

— Percy, tout va bien ? Demanda-t-elle. Tu as l'air pâle.

Il se contenta de sourire en haussant les épaules.

— Ça va, répondit-il. J'ai un peu mal à la tête, rien de plus.

— L'armoire à pharmacie est à gauche du placard, si tu veux.

Percy hocha la tête et alla prendre un sachet d'aspirine. Il savait pertinemment qu'un médicament ne suffirait pas à améliorer sa situation, mais il ne voulait surtout pas inquiéter Annabeth.

Nico regardait la télé d'un air distrait, et jetait de temps à autre un coup d'oeil en direction de Percy. Il ne semblait pas particulièrement enclin à lui parler, mais Percy comprit que son ami devait aussi se faire du soucis pour lui, et se sentit mal. Son sentiment de malaise semblait s'aggraver peu à peu, surtout lorsque Nico et Annabeth commencèrent à parler de stratégies au cas où la quête ne se déroulerait pas bien. À ce moment-là, il comprit qu'une chose de différenciait largement de ses amis : ils faisaient passer la quête, et leur devoir avant le reste. Pour Percy, rien pourrait passer avant Annabeth et Nico, sa mère, ou Grover.

C'était ce que lui reprochaient les dieux, pas vrai ? La loyauté. Faire passer les personnes qu'il aime avant le reste. Même si cela devait lui couter la vie, ou faire échouer il-ne-sait-quelle prophétie.

Nico n'était pas comme ça, Percy savait que le jeune homme ferait tout son possible pour parvenir à accomplir leur tâche ; bien sûr, cela restait pareil pour Annabeth, qui était trop fière pour abandonner quoique ce soit.

Peut-être que Percy n'était pas digne d'être un demi-dieu. Peut-être qu'il n'avait pas autant de mérite que les autres. La moitié du temps, il agissait par intérêt personnel ; pour sauver quelqu'un qu'il aimait, et puis, s'il avait été le héros d'une prophétie, ça n'était dû qu'au hasard. Il était né fils d'un des trois Grands, et avait plus de capacités que les autres, voilà tout.

— Percy, demanda soudainement Nico, tu es sûr que ça va ?

Annabeth était partie commander des pizzas, c'était à peine si Percy s'en était rendu compte.

— Oui, répondit-il sans développer plus que ça.

Nico ne sembla pas convaincu, mais n'insista pas. Il se mit à regarder ses propres pieds avec un peu trop d'intensité, et Percy se dit qu'il devait lui aussi réfléchir un peu trop.

— Demain, c'est notre dernier jour avec Annabeth, dit le fils d'Hadès.

C'était tout à fait maladroit de sa part à dire, surtout pour engager une conversation, mais Percy se surprit à être heureux que le jeune homme ait changé au point de commencer lui-même une discussion.

— Je m'inquiète, dit Percy. Pas seulement pour Annabeth. Pour nous trois. Je sais que cette quête est surement importante, mais je ne peux m'empêcher d'être en colère. Regarde-nous, trois demi-dieux encore mineurs, et encore, comparé à nos premières quêtes…

Nico haussa les épaules.

— Je n'ai jamais eu une vie normale, pas dans cette époque. Ça n'est pas comme si j'avais quelque chose à regretter s'il m'arrivait quelque chose.

Le jeune Italien regardait le plafond avec mélancolie, et Percy trouva ses paroles horriblement tristes. Pendant quelques secondes, il s'autorisa à poser sa tête contre l'épaule de son ami.

— Je suis là, dit Percy.

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Cette nuit fut encore pire que celle d'avant. Percy essaya de se remémorer tous les bons moments qu'il avait vécu avec Annabeth, mais tout ce qu'il gagna fut un horrible mal de crâne. Pendant la nuit, tout parait toujours plus effrayant, plus grave, et le jeune homme imaginait presque qu'Annabeth était en train de l'abandonner.

Et puis, il pensait à Nico, et à la solitude du fils d'Hadès. Tout cela le rendait malade. Il voulait être là pour Nico, il ne voulait plus l'entendre dire une chose pareille ! Cela revenait presque à dire que sa vie n'avait pas d'intérêt, et il était hors de question que cela soit vrai. Bien sûr que Nico était important, bien sûr que les choses seraient différentes sans lui.

Au bout d'un moment, il se rendit compte qu'il avait besoin de boire un peu pour faire passer le mal de crâne. Il se leva pour se glisser jusqu'à la salle de bain en silence. En revenant, il ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil en direction de la chambre de Nico ; mais étrangement, sa porte semblait entrouverte. Nico, qui était plus du genre à s'isoler le plus possible, n'aurait certainement pas laissé sa chambre ouverte ainsi.

Percy voulut naturellement vérifier si le garçon dormait bien, ou s'il était sortit, et en poussant la porte, il trouva un lit vide. Sa première réaction fut de paniquer, à l'idée que quelque chose ait pu lui arriver. Cet incident lui faisait étrangement penser à ce qu'il s'était passé quelques jours plus tôt, lorsque Annabeth avait été en quelque sorte enlevée par Hécate.

Calme-toi. Hécate n'est sûrement pas impliquée. Il s'agit de Nico, il est peut-être juste sortit

Il jeta un coup d'oeil à l'horloge : il était un peu plus tôt que six heures du matin. Nico avait l'habitude de se lever tôt, mais en ce moment, il n'était nulle part dans le mobile-home. Percy commença par vérifier si ses affaires étaient toujours en place, et fut soulager de trouver son sac ; Nico ne les avait donc pas abandonné. Mieux encore, il trouva une note consciencieusement posée au centre du lit.

« Côte sauvage. »

C'était bref, mais ça avait le mérite d'être clair. Ainsi, Nico était retourné seul au même endroit qu'hier ? Percy soupira, soulagé. Maintenant qu'il savait où était Nico, le retrouver serait simple. Il avait fait exactement le même trajet la veille, alors y retourner ne poserait pas de problèmes. Il n'avait pas sommeil, de toute façon ; et si quelque chose avait poussé Nico à s'isoler encore une fois, il voulait la faire disparaitre. S'il retournait se coucher, il ne ferait probablement que penser à lui de toute façon.

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Aux alentours de six heures, le bus était quasiment vide. Le trajet en direction de la côte sauvage n'était d'ailleurs pas désagréable ainsi ; dans le silence. À cause de son manque de sommeil, Percy se sentait tout ébahit par la lumière pâle qui commençait à se diffuser, il ressentait comme un sentiment d'excitation le parcourir, lui rappelant les fois où il avait dû se lever la nuit pour partir en vacances, quand il était encore petit.

Malgré cela, il avait hâte d'arriver. Il avait hâte de retrouver Nico.

Il espérait qu'il l'attendait, et qu'il serait heureux de le voir. Peut-être en demandait-il trop, mais Percy voulait que quelqu'un ait besoin de lui. Là maintenant, il voulait se sentir désiré, il voulait faire quelque chose. C'était égoïste de sa part, mais c'était la seule pensée qui pouvait éloigner son mal de crâne.

Lorsque le bus arriva, il se mis à courir jusqu'à la plage principale, et n'eut aucun mal à trouver son ami ; assit sur le sable, à quelques centimètres de l'eau.

— Nico !

Le plus jeune se retourna, visiblement surpris. Percy s'empressa de venir à sa rencontre, sentant son coeur battre de plus en plus vite.

— Tu es venu.

— Tu en doutais ?

— Un peu, répondit Nico en baissant la tête.

Percy s'assit à côté de lui. Alors que son ami avait toujours la tête baissée, Percy ne put s'empêcher d'observer son visage. Il dégageait une certaine tension, mais aussi un peu de sérénité, ou peut-être était-ce juste une impression. Il se demanda quelle genre d'impression il donnait, lui. Il se sentait heureux, et un peu excité, Nico pouvait-il voir cela ?

Il fallait qu'il lève la tête et qu'il le regarde. Il devait sentir son regard sur lui, cela finirait bien par le faire réagir, non ?

Nico prit une grande inspiration, et releva la tête. Percy ne put empêcher le sourire qui se formait sur ses lèvres, et capta le regard de son ami. Percy n'était pas très doué pour lire les gens, certainement pas Nico di Angelo, mais il put y lire différentes choses ; la confiance, l'attente, l'appréhension. Pour une raison qui lui échappa, le fils de Poséidon se remémora immédiatement une phrase :

Just remember Lovers never loose (souviens-toi juste que les amants ne perdent jamais).

C'était Nico qui avait prononcé ses mots, ou plutôt, qui les avait chanté, quelques jours plus tôt. La chanson de David Bowie résonnait encore dans ses oreilles, et Percy eut envie de rire ; parce que la seule phrase que Nico avait réellement chanté, de tout l'album, c'était cette phrase.

Ni Nico, ni Percy s'osèrent bouger pendant quelques secondes. Ils se toisaient directement, et respiraient lentement, comme s'ils avaient tous deux peur de briser quelque chose. Mais Percy se rendit compte que, à ce moment, il devait briser quelque chose. Il ne pouvait pas juste rester là, à regarder Nico, comme hypnotisé. Alors il s'approcha un peu. De quelque centimètres seulement ; Nico ne recula pas. Il s'approcha encore un peu, là où il pouvait sentir la poitrine de Nico qui se soulevait lentement. Percy hésita encore un peu, et décida qu'il était temps de rompre la distance qui les séparait ; et Nico ferma les yeux.

Le jeune homme bougea avec douceur ; il exerça une légère pression contre les lèvres de Nico, assez lentement pour qu'il puisse se dégager s'il n'en avait pas envie. L'odeur amère et sucrée lui parvenu une fois de plus, plus intensément que la dernière fois. Percy recula son visage quelques instants, mais ce fut uniquement pour le rapprocher à nouveau, et embrasser Nico une seconde fois. Il bougea ses épaules pour être entièrement face à lui, ressentant le besoin de bouger pour évacuer un peu cette énergie qui commençait à prendre contrôle de ses muscles.

Nico lui rendit ses baisers avec hésitation. Il bougeait ses lèvres maladroitement, mais avec précaution, comme s'il ne croyait pas vraiment à ce qu'il se passait. Percy sentit une chaleur agréable parcourir son corps, et bougea sa main dans le dos du garçon pour le rapprocher vers lui. Il n'était pas totalement conscient de ce qu'il faisait, à vrai dire, mais la peau de Nico était douce, et il aimait rester ainsi.

Le fils d'Hadès finit par bouger à son tour, et passa son bras derrière le cou de Percy. Le jeune homme en profita pour lui mordiller la lèvre inférieure, comme pour se venger de toutes les fois où l'avait vu effectuer ce geste lui-même. Nico se laissa faire, puis, presque frustré, se dégagea pour embrasser Percy à son tour.

Percy pensa qu'il n'y avait pas meilleur endroit que la côte sauvage pour partager un baiser (plusieurs) avec Nico. Bien plus tard, il resterait toujours d'accord sur ce point. À cette heure, il n'y avait pour les accompagner que les larges vagues, les roches majestueuses et le vent salé. Si le corps de Nico semblait être gelé lorsqu'il l'avait rejoint, il semblait se réchauffer très rapidement. Mais au plus grand malheur de Percy, il finit par se dégager, et le regarda avec des yeux brillants, mais également méfiants.

— Q-qu'est-ce que tu- commença-t-il en bafouillant. Pourquoi est-ce que tu as fais ça, tu…

Percy commença à sentir ses joues chauffer ; il était arrivé et l'avait juste embrassé comme ça sans réfléchir, mais maintenant il devait réfléchir à une justification. Mais avait-il vraiment besoin d'en trouver une ? Il l'avait juste fait parce qu'il en avait envie, et il ne pouvait pas vraiment le formuler autrement.

— Euh, je… dit-il, je ne sais pas, j'ai juste-

Il baissa la tête, s'interrompant brusquement. Il ne devait pas faire comme d'habitude et parler sans réfléchir, parce qu'il pourrait aisément blesser Nico dans le processus, et ça n'était pas ce qu'il voulait. Mais que pouvait-il dire ? Il regarda un instant les lèvres entrouvertes du garçon, sans arriver à se concentrer sur quelque chose d'autre que sur ses respirations encore irrégulières après ce qu'ils venaient de faire.

— Pour être honnête, dit-il après quelques secondes de silence, je ne comprend rien à ce qu'il se passe. J'ai l'impression de devenir complètement fou. Mais… Mais quand tu m'as demandé ce que j'avais pensé lorsque tu m'avais embrassé, ça m'a beaucoup fait réfléchir. Ça n'est pas seulement le baiser, toutes les fois où j'ai agis bizarrement avant ça, aussi.

Ce qu'il disait n'avait aucun sens, et il en avait conscience. Il fallait qu'il soit plus clair, sinon il risquait de perdre Nico, qui le regardait déjà avec incompréhension.

— Je me suis rendu compte d'une chose, continua Percy, ces derniers jours, j'ai beaucoup, euh, pensé à toi.

D'accord, ce qu'il disait était affreusement embarrassant. Il prit une grande inspiration, et passa la main dans son cou, essayant de faire passer la gêne qui l'envahissait.

Oui, il avait beaucoup pensé à Nico, ça en était presque devenu une obsession, mais avait toujours refusé de s'interroger sur la nature profonde de ses sentiments, en grande partie parce qu'il ne voulait pas avoir à y faire face. Alors oui, peut-être avait-il besoin d'un baiser et d'une nuit épouvantable pour se rendre compte de certaines choses.

— J'ai juste eu envie de t'embrasser, finit-il par dire en soupirant. Enfin, ça n'est pas comme si je n'en avait plus envie maintenant.

Nico sembla pris au dépourvu par sa dernière phrase, et devint, si possible, encore plus rouge que Percy lui-même (du moins le supposait-il, puisqu'il ne pouvait pas voir son propre visage).

— D'accord, dit Nico.

Percy, qui n'avait posé aucune question à Nico, prit sa réponse pour une invitation à l'embrasser à nouveau. Il savait que son discours était pathétique, en plus d'être confus et maladroit, mais Nico avait l'air d'avoir compris l'idée principale ; il était attiré par le jeune homme, et il commençait enfin à l'accepter.

Le baiser qu'il lui donna fut interrompu par une vague plus virulente que les autres, qui les mouilla jusqu'aux genoux. Nico jura en italien, ce qui arracha un rire à Percy.

— Attend une seconde, dit le fils de Poséidon. J'ai une idée.

— Pardon ? Répliqua Nico, toujours contrarié.

Percy le prit par le bras, et l'entraina vers l'eau. Au départ, le jeune homme semblait vouloir rester au sec sur le sable, mais Percy insista, et, utilisant son corps comme d'un balancier, il réussit à faire bouger le plus jeune avec lui. Il tombèrent tous deux allongés parallèlement à l'avancée de l'eau (qui à cet endroit n'était haute que de quelques centimètres), se toisant. Ils étaient trempés, mais avec un rire, Percy rapprocha son visage de celui de Nico, et, alors qu'il touchait son front, l'eau qui les entourait passa au-dessus d'eux, formant une sorte de protection autour d'eux.

Nico regarda avec étonnement les gouttes d'eau se détacher du sol humide et se fondre dans cet espèce de dôme bleu.

Percy profita de cette minute d'inattention pour l'embrasser sur la joue, et enfouir sa tête dans son cou.

— Tu sais, dit Nico en passant une main hésitante dans les cheveux du jeune homme, je suis content que tu sois venu.

— Moi aussi, répondit Percy d'une voix fatiguée.

— Ne t'endors pas, sinon toute l'eau va retomber sur nous.

Percy commença à rire.

— Ça risque d'arriver. Normalement, je pourrait faire en sorte que ça n'arrive pas, mais avec l'emprise d'Hécate… Je ne peux pas accéder à toute l'étendue de mes pouvoirs.

— Hmm, fit Nico. Je vois ce que tu veux dire.

Percy bougea un peu, ce qui sembla chatouiller Nico.

— Tu as l'air fatigué aussi, dit le plus âgé. On ne devrait pas rester ici.

— Mhh, acquiesça l'autre.

Mais Percy trouva cela dommage. La vue sous-marine qu'ils avaient d'ici était vraiment agréable, et il ne s'était pas sentit aussi détendu depuis des jours.

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Cette fois-ci, ce fut Nico qui les ramena. Il utilisa le vol d'ombre, et moins de deux, ils étaient arrivés au camping. Percy, qui ne s'était toujours pas vraiment habitué à ce mode de transport, ne put s'empêcher de fermer les yeux pendant quelques secondes.

Nico le regarda avec inquiétude, puis une lueur moqueuse passa sur son visage, qui eut le don d'agacer Percy. Il voulu taquiner le jeune homme en retour, mais se rendit rapidement compte que Nico s'était un peu éloigné de lui, et qu'il avait détourné le regard. Une tension commençait à resurgir autour d'eux, ainsi qu'un certain malaise. Percy se rendit compte qu'il n'avait rien dit à Nico. Il était arrivé comme une fleur, et l'avait embrassé.

Et, une fois de plus, il n'avait pas pensé aux conséquences. Où est-ce que cela les menaient, à présent ? Percy se rendait bien compte qu'il ressentait plus que de la sympathie pour le garçon, il n'était pas idiot. Il savait également que Nico ne le considérait pas tout à fait comme un ami (bien qu'il ne parvenait pas à comprendre pourquoi) ; mais ils n'avaient pas vraiment parlés.

Bon sang, il comprenait que Nico agisse aussi prudemment et froidement. Il ne s'y prenait pas bien.

— Percy, écoute, commença Nico.

— Oui ? Répondit-il trop rapidement, et d'une voix trop aiguë.

Nico baissa la tête.

— Peut-être que… Peut-être que les choses arrivent trop vite.

Percy hocha la tête. Il comprenait, et il pensait aussi un peu la même chose.

— Peut-être qu'on devrait prendre du temps pour y réfléchir, rajouta Nico. Surtout toi.

Percy grimaça ; mais il avait aussi envie de sourire. Est-ce que Nico s'inquiétait pour lui ? Il ne voulait pas qu'il prenne une décision qu'il regretterai plus tard, certainement.

— C'est une bonne idée, dit Percy.

Nico leva les yeux au ciel, comme si Percy ne voyait pas là où il voulait en venir. Et, non, il ne voyait pas.

— Et puis… Commença Nico.

Qu'est-ce qui n'allait pas ? Quelque chose n'allait pas, Percy commençait à le ressentir à présent. Un frisson parcourut son dos, présage d'une mauvaise nouvelle. Il avait oublié quelque chose, quelque chose de probablement très important. Il lança un regard au garçon face à lui, qui semblait également perturbé.

Percy fit de son mieux pour trouver ce qui n'allait pas. Étrangement, plus il essayait d'y penser, plus son esprit faisait le vide. C'était comme s'il y avait un gros trou dans ses souvenirs, et ce n'était absolument pas agréable.

— Quoi ? Finit-il par demander, voyant bien qu'il ne parvenait à rien.

Nico baissa la tête détourna les yeux, comme effrayé par sa réaction.

— Et puis, reprit-il d'une voix faible, il y a Annabeth.

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Percy proposa de préparer à manger. Il avait besoin de se changer les idées, et si possible, de rester loin de Nico et Annabeth.

Annabeth, pensa-t-il en respirant doucement. Mèches dorées, yeux aux reflets d'acier, lèvres frémissantes et goût d'amande. Il attrapa un moule à tartes et appliqua soigneusement la pâte au fond, donnant des coups de fourchette afin de la laisser respirer pendant la cuisson.

Annabeth, réfléchie et forte ; fille d'Athéna, probablement une meilleure guerrière qu'il ne sera jamais.

Annabeth, Annabeth, Annabeth.

Il coupa carottes, poireaux et oignons. Alluma le gaz et disposa les légumes dans une poêle, avant de les faire remuer à plusieurs reprise. Il ne pouvait pas juste oublier Annabeth, comme ça. C'était allé beaucoup trop loin, et il se rendait aussi compte qu'il ne contrôlait plus rien. Ni ses souvenirs, ni ses foutues émotions. Il avait agit stupidement et surtout, il avait embrassé Nico. Il avait songé à rester avec Nico, bon sang ! Comme si Annabeth n'existait pas !

Lorsqu'il cogna un oeuf contre le rebord de la poêle, il vit que sa main tremblait. Il n'arrivait pas à penser clairement. Il venait de se foutre dans une situation complètement absurde, et le pire dans tout ça, c'est qu'il était en train de blesser tout le monde. Annabeth. Nico. Lui-même.

Enfin, il y avait peut-être encore pire, parce qu'il n'arrivait pas à effacer le visage de Nico de son esprit, et même s'il ne cessait de se répéter qu'il aimait Annabeth, il ne pouvait pas même affirmer qu'il ne ressentait pas quelque chose de similaire pour Nico. Les choses étaient différentes, d'accord. Il avait toujours été, depuis des années, absolument sûr qu'il aimait Annabeth, et elle avait toujours été là pour lui. Avec Nico, il avait plus l'impression d'être face à un brouhaha incompréhensif de sentiments, comme si sa poitrine allait exploser. Ses lèvres étaient douces et chaudes, et il voulait le voir sourire encore une fois.

Ça n'avait aucun sens.

— Percy ? Appela Annabeth, à l'autre bout de la pièce. Est-ce que tout va bien ?

Il se retourna, retenant un gémissement affolé. La jeune fille tenait un verre d'eau, mais au lieu de la surface lisse habituelle qu'il devait avoir, le liquide était agité, et tremblotait. Cela venait évidement de son propre état, et il lui fallut plusieurs secondes pour se concentrer et faire en sorte que l'eau se comporte, vous savez, normalement.

— D-désolé, marmonna-t-il en l'évitant du regard.

Bon, c'était bizarre. Annabeth n'était pas idiote, elle allait rapidement remarquer que quelque chose n'allait pas, mais… Que pouvait-il faire ? Il ne pensait pas être capable de la regarder dans les yeux maintenant, et il était hors de question de juste lui balancer comme ça qu'il venait d'embrasser Nico. Pas juste avant son départ.

— Percy ? Répéta-t-elle.

Son ton semblait inquiet, et Percy releva légèrement la tête, rencontrant accidentellement le regard sombre de Nico. En déglutissant péniblement, il ne put s'empêcher de rougir, et son regard s'enfuit à nouveau à l'autre bout de la pièce.

— Je vais bien, dit-il, juste… Je ne suis pas sûr de me sentir très bien…

Il y eut un court silence.

— Dans ce cas, corrigea Annabeth, tu ne va pas bien, si ?

Un rire nerveux échappa les lèvres du jeune homme, et il se retourna vers le plan de travail, tentant de cacher l'expression craintive que se peignait sur son visage.

— Je- oui, c'est ce que je voulais dire.

— Tu veux que je finisse la tarte ?

NON ! Je veux dire, non, je crois.

Il entendit un raclement, comme si elle venait de poser son verre sur la table basse.

— Percy, tu à l'air bizarre. Vas juste te reposer, moi et Nico allons-

— C'est bon, coupa-t-il. Je te jure, j'irai juste me reposer après. Ça va.

Même lui n'y croyait pas, mais l'idée de laisser ces deux-là ensemble lui semblait horriblement mauvaise, alors tant pis s'il passait pour un idiot. Il termina le plat en essayant d'écouter la conversation de Nico et d'Annabeth, et lorsque la tarte fut au four, il se retrouva les mains vides, ne sachant pas quoi faire. Il s'appliqua à éviter tout regard, sachant qu'il était très mauvais menteur, et que personne n'était dupe. Annabeth voyait bien qu'il n'allait pas bien. Quant à Nico, il n'avait pas vraiment l'air en meilleur état que lui, même s'il le cachait mieux.

Est-ce que Nico s'était souvenu d'Annabeth, lorsqu'ils étaient sur la côte sauvage ? Est-ce qu'il avait embrassé Percy en l'ignorant volontairement, ou bien est-ce que, comme lui, il avait eu l'impression que tout allait bien comme ça ?

Le demi-dieu n'osa même pas quitter sa cuisine. Il commença à faire des choses qu'il ne faisait pas habituellement, genre du rangement presque inutile, laver des bols qui n'avait même pas été utilisés. Il sentit que ses amis le regardaient, mais il s'en fichait. Il pensait que Nico était celui qui fuyait, et qu'il affrontait ses problèmes plus facilement, mais il voyait bien qu'il se trompait. Il fuyait. Il se sentait tellement mal qu'il ne pouvait même pas faire semblant d'aller bien. Pourtant, il y a plusieurs minutes, tout semblait tellement léger et simple.

Le dîner était bizarre. L'ambiance était horriblement tendue, mais Percy supposait que c'était normal. Même sans cette histoire de baiser, Annabeth devait partir le lendemain, et elle était perdue dans ses pensées, au moins autant que Percy. La seule consolation que Percy avait était la tarte. La tarte était bonne, Dieu merci. C'était bien la seule chose qui lui remontait un peu le moral. Annabeth parla de la météo, Percy fit de son mieux pour répondre normalement. Nico ne prononça pas un mot. Au bout d'un moment, le fils de Poséidon commença presque à se détendre ; tout simplement parce qu'il ne voulait pas laisser Annabeth partir dans ses conditions. Et il devait avoir l'air moins malade, parce qu'elle ne lui faisait plus de remarque sur son teint. Son coeur battait toujours la chamade, le sentiment de culpabilité qui remontait dans ses veines n'avait pas disparu, mais il pensait arriver à le cacher, rien qu'un peu.

Lorsque tout le monde alla se coucher, il était encore bien trop tôt. Mais ils ne savaient plus quoi dire, alors aller dormir semblait être la meilleure option, et puis le mal de crâne de Percy ne voulait pas le quitter. Il aurait voulu être assez honnête pour parler de Nico à Annabeth, mais il ne pouvait pas. Il n'était pas capable de lui dire ça en face, de lui dire qu'il l'avait trahie, et qu'il avait fait le premier pas. Il ferma les yeux, mais des images de l'après-midi se mirent alors à flotter devant ses yeux, comme pour lui rappeler qu'il n'était qu'un horrible petit menteur. La respiration lente d'Annabeth était aussi trop maîtrisée pour qu'elle soit endormie.

Alors que le silence devenait pesant, ils entendirent un léger « boum » dans la pièce voisine, suivie d'un grognement, signe que Nico venait de se cogner au mur, probablement. Percy esquissa un sourire en imaginant la scène, mais ne réagit pas.

Annabeth, en revanche, se leva. Elle tira soudainement la couverture, marcha aisément jusqu'à la porte de la chambre et alluma la lumière. Percy ouvrit instantanément les yeux et la chercha du regard, mais elle se dirigeait déjà vers la chambre de Nico. Le jeune homme commença à blêmir, se disait que ça y est, elle sait, elle sait.

Mais Annabeth ne savait pas. Elle tira juste un Nico parfaitement éveillé vers eux, qui avait lui aussi un air complètement perdu. Les deux garçons se toisèrent un moment, comme s'ils attendaient des réponses de l'autre sur le comportement étrange de la jeune fille.

— Annab- commença Percy.

— Les garçons, le coupa-t-elle. Je pars demain.

— Je, huh- oui, mais-

— On ne va pas passer cette dernière soirée comme ça, si ?

Nico haussa les épaules, mais elle ne se démonta pas. Un sourire affectueux se dessina sur ses lèvres.

— J'ai envie de sortir, pas vous ? Vous avez passé votre temps à vous amuser, mais je n'ai même pas vu les villes voisines. Vous m'accompagnez ?

— Il est tard, se plaignit Nico.

— Il est à peine neuf heure, répondit-elle en haussant les sourcils.

Percy les regarda un moment ; l'air amusé d'Annabeth face au regard noir que lui lançait son ami. Il soupira, et passa une main dans sa nuque.

— Je viens, dit-il en osant enfin croiser le regard argenté d'Annabeth Chase.

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Okay. Ce chapitre arrive avec énormément de retard. Désolé de ne pas avoir donné de nouvelles pendant ce temps-là, surtout que je traînais encore sur le site. Mais j'ai fait une grosse pause sur cette fic, tout simplement parce que j'ai entre temps rejoins un autre fandom et que j'écris aussi d'autres choses.

Cependant, ce chapitre était déjà bien avancé, et en recevant à nouveau un message et quelques reviews, je me suis rappelée qu'en fait, j'avais aussi envie de continuer cette histoire. Du coup, je vais essayer de faire ça. Les chapitres seront certainement plus lent à arriver qu'avant, parce que d'une part, j'écris d'autres choses, et d'autre part, j'ai moins de temps libre de manière générale. C'est en gros ce que j'avais à dire. J'espère que vous suivez toujours cette histoire…

Ce chapitre était assez dense, et les prochains le seront aussi. En fait, j'arrive à la fin de la première partie, peut-être au chapitre prochain ou à celui d'après, je ne sais pas encore ! Je sais que les choses avancent très vites, mais il faut que l'histoire évolue pour que je puisse entrer dans le vif du sujet, de toute façon. J'ai passé beaucoup de temps à poser les bases, et j'espère ne pas trop vous perdre avec ce chapitre, ni le suivant…

Merci à ceux qui m'ont encouragés à continuer cette fic :) !

Bisous !