A/N - Cette publication ne porte que sur ce chapitre, mais j'ai dû modifié le titre du chapitre précédent (car je suis juste un peu maniaque). Et je n'ai pas tout-à-fait fini l'histoire, contrairement à ce que j'avais dit la dernière fois.
Le titre est une citation de la chanson "Les feuilles mortes" d'Yves Montand.
« Les feuilles mortes se ramassent à la pelle … les souvenirs et les regrets aussi »
Klaus rejoignit rapidement Damon dans leur quête commune.
Au début, ils avaient pensé que traquer un ripper serait tâche aisée, or, il n'en était rien. Stefan s'était avéré beaucoup plus discret qu'ils ne s'y attendaient. Juste quelques incidents isolés par ci par là pouvaient lui être attribués, dont le shérif Forbes eut la courtoisie de les tenir informés. En tout et pour tout, trois randonneurs et un chasseur, vidés de leur sang, le corps démembré puis reconstitué comme des puzzles. Et toujours à l'écart des grandes agglomérations.
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La dernière piste les amena dans une réserve naturelle aux environs d'Atlanta.
Alors qu'ils approchaient à pied du lieu du carnage indiqués par les gardes forestiers, frayant leur chemin à travers une florissante végétation en ce début de printemps, Klaus s'immobilisa soudain, un doigt levé pour intimer le silence à Damon qui marchait à ses côtés.
Venant de devant eux, une voix d'homme leur parvenait. « On arrive trop tard … il a plu récemment … il n'y a plus aucune piste exploitable ».
« En tout cas, la description correspond bien à l'œuvre d'un ripper – fit en réponse une deuxième voix, féminine – Tôt ou tard, il s'exposera à nouveau. C'est obligé, pour ceux qui sont comme ça … ».
« Oui … Je suppose qu'on a de la chance tout compte fait, que ce soit un ripper. Ils sont en plus faciles à attraper tellement ils manquent de jugeote … ».
Arrivé là, Damon vit du coin de l'œil Klaus disparaître en un souffle pour s'élancer vers le couple qui venait de parler. « Evidemment ! … » marmonna-t-il, secouant la tête devant l'impulsivité de l'Hybride.
Quand il le rejoignit, Klaus avait déjà les deux mains serrées autour de la gorge de deux individus, en train d'hypnotiser l'homme.
« Qu'est-ce que vous lui voulez, à ce vampire ? », demanda-t-il avec un calme qui n'était qu'apparent.
C'était un couple de vampires assez anciens à ce que Damon pouvait en juger, avec une apparence de la trentaine.
L'homme luttait avec la poigne qui l'étranglait et gargouilla avec difficulté. « Lui demander … comment il a fait … pour avoir son enfant … et qu'il nous aide à en … avoir un ».
« Rien que ça ! … Et qui vous a parlé de cette histoire d'enfant ? », continua Klaus d'une voix dure.
« La rumeur dit … qu'un vampire était tombé enceint de l'Hybride … et lui a donné un héritier – intervint la femme, effrayée et inquiète pour son compagnon – L'enfant est chez les Mikaelson actuellement, il suffit de vérifier … »
« Est-ce que la rumeur dit aussi que ce vampire a failli en mourir ? – grinça Klaus entre ses dents –Vous voulez savoir tout ce qu'il a dû traverser pour avoir cet enfant ? Vous croyez vraiment qu'il pourra vous aider à procréer ? »
Se calmant un peu, il termina « Je veux que vous le laissiez tranquille maintenant, … et déguerpissez ! »
Relâchant le couple, il commença à s'éloigner lorsqu'il entendit l'homme, encore sous le coup de la contrainte mentale, poursuivre inconsidérément. « On sait que ce n'est pas simple, mais ça a marché avec lui … Les bruits disent qu'il est spécial, que si un vampire s'accouple avec lui pendant la pleine lune, ce vampire devient lui-même fertile et pourrait le féconder en retour … Au pire, il portera le bébé pour nous et … »
Damon aspira entre ses dents serrées. « Ouch … Fatale erreur ! », se disait-il en voyant le dos de Klaus se raidir.
Le malheureux couple de vampires ne comprit même pas ce qui leur arrivait quand leurs cœurs furent arrachés simultanément de leurs thorax par un Hybride très, très, énervé.
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« Où vas-tu comme ça, Stef ? », murmura Damon d'un ton frustré en étudiant la carte étalée sur le capot de la jeep noire qu'il s'était procurée pour ce périple.
Sur la carte, il avait mis des repères aux endroits signalés par Liz où ces attaques d'animaux d'un genre particulier avaient été rapportées dernièrement. Il n'y avait pas vraiment de trajectoire bien définie.
Cela faisait plusieurs jours qu'ils avaient perdu la trace de Stefan aux alentours d'Atlanta et en étaient réduits à des conjectures sur la direction que ce dernier avait bien pu emprunter.
« Et puis, ça n'a pas de sens – continua-t-il sur le même ton devant un Klaus silencieux et pensif, les yeux rivés lui aussi sur la carte – Il doit y en avoir plus que ça ! C'est de loin insuffisant pour les besoins d'un vampire ordinaire, encore moins un ripper comme Stefan … ».
« Ce sont des accidents ! – l'interrompit Klaus brusquement avec impatience, comme si c'était une évidence – Tu vois bien que par où il passe, ce ne sont que des réserves naturelles et espaces sauvages. C'est pour s'obliger à s'alimenter sur les animaux. C'est évident que ces massacres ne sont que des accidents. Des rencontres fortuites qu'il ne pouvait pas maîtriser ».
Damon fronça les sourcils. Cela avait un fond de logique mais l'Hybride n'était pas obligé non plus de présenter les choses de manière aussi condescendante. « Ça suppose un minimum de réflexion et donc de contrôle, pour vouloir éviter sciemment les zones habitées ! – répliqua-t-il – C'est clair que tu ne connais pas mon petit frère dans ses jours les plus glorieux. Il n'a jamais su se relever seul sans aide externe de ces crises, il y a toujours eu … », Damon laissa sa phrase en suspense, n'ayant brusquement plus envie de la finir.
« … Lexi ! Oui, je sais … », termina Klaus à sa place distraitement. Perdu dans ses pensées, l'Hybride semblait à peine prêter attention au vampire, indifférent à l'expression de culpabilité fugitive qui passait sur son visage à l'évocation de cette amie très chère à son frère.
Soudain, Klaus souffla d'une voix feutrée, l'air de se parler plus à lui-même qu'à son interlocuteur. « Le Tennessee ! »
« Quoi ? »
« Je pense … qu'il se dirige vers les forêts de Tennessee, tout en empruntant des chemins détournés pour rester à l'écart des habitations », explicita Klaus avec hésitation, une curieuse expression comme de l'embarras sur le visage.
Damon regarda alternativement la carte et l'Hybride. Certes, Stefan semblait se diriger vers le nord, mais rien dans les emplacements où ils l'avaient localisé ne permettait de corroborer cette idée, ni de l'infirmer d'ailleurs.
« Pourquoi irait-il là-bas ? Tous les vampires savent que ces montagnes sont infestées de loups-garous ! »
Klaus le regarda sans un mot comme s'il était un demeuré, puis fit le tour du véhicule pour attraper son sac sur la banquette arrière. « Tu sais, Damon, on n'est pas obligé de faire la route ensemble … », fit-il laconiquement en jetant son sac sur l'épaule.
Damon leva les yeux au ciel. « Pour l'amour de Dieu, Klaus ! Arrête de faire ta diva … Et remonte ! ».
Il rejoignit son siège du côté conducteur et mit le moteur en marche. Stef, tu m'en dois une – chantonna-t-il dans sa tête, les lèvres pincées en une moue stoïque et amère – et une bien bonne, parce que ton petit copain … c'est un chieur de première !
Il attendit que Klaus se décidât à reprendre sa place dans la jeep noire pour démarrer, prenant la direction indiquée par l'Hybride faute d'une meilleure idée.
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Un paysage luxuriant défilait par la vitre du côté passager devant les yeux mornes de Klaus. Revenir dans cette région faisait naître en lui une nostalgie inextricable et rendit son humeur mélancolique. Les forêts qui recouvraient cette région montagneuse du Tennessee étaient toujours aussi sauvages, mystérieuses et majestueuses que dans ses souvenirs, mais son compagnon de l'époque n'était plus à ses côtés.
Poussant un soupir, Klaus se demandait s'il avait eu raison de suivre son instinct et se rendre sur ces lieux de leur passé.
Comme en écho à ses pensées, la voix de Damon s'éleva, le tirant de sa rêverie.
« C'est toi qui lui as offert ce bracelet ? », demanda le vampire sur le ton de la conversation.
Surpris par la question, Klaus tourna un regard méfiant vers son voisin, jaugeant ses intentions.
Le vampire ne le regardait pas, préférant garder les yeux sur la route sinueuse devant lui alors qu'ils slalomaient entre les montagnes, un coude appuyé sur la portière dont la vitre avait été abaissée, l'autre main tambourinant le volant avec décontraction.
C'était Damon qui avait repéré le bijou que son frère avait jeté dans l'herbe à côté du nourrisson et, par pure intuition, avait demandé à Katherine de le rapporter à Klaus. A présent, au raidissement de l'Originel à sa question lancée négligemment, il sut avoir touché là un point sensible.
Au bout d'un moment, Klaus répondit, sur la défensive. « Et alors ? … Quelle importance, maintenant ? ».
Damon haussa les épaules. « L'importance, c'est qu'on a peut-être là un indice qu'il a récupéré sa mémoire. Je me suis dit, tu vois … – poursuivit-il avec désinvolture, mais ne perdant rien de la tension manifestée dans le langage corporel de Klaus – … le fait d'être mort puis revenir en vampire, peut-être que c'est comme une mini transition, qui lèverait toutes les précédentes hypnoses … »
Il lorgna brièvement vers Klaus avant de continuer. « Mais tu y as pensé aussi, j'en suis sûr, puisque c'est bien pour ça qu'on est ici, n'est-ce pas ? A la recherche des souvenirs perdus … revisiter le passé … etc. … etc. … »
Les yeux de Klaus rétrécirent et planèrent sur Damon un instant avant qu'il les détournât à nouveau vers le paysage au-delà de la vitre sans rien dire. Ce vampire était plus fin qu'il ne le pensait.
Face au silence de l'Hybride, Damon ricana, satisfait d'avoir visé juste. « Mais bien sûr, tu ne veux pas le reconnaître car tu es en train de flipper à mort. Parce que ça veut aussi dire que la première chose que mon petit frère aurait faite en retrouvant sa mémoire aurait été de se débarrasser d'un cadeau que tu lui as offert ! ».
Si regard pouvait tuer, Damon serait mort cent fois sous celui que l'Hybride braquait sur lui à ce moment-là. Mais Klaus ne dit rien, car le frère de Stefan n'avait fait qu'exprimer à voix haute ce qu'il pensait déjà au moment où Katherine lui avait remis la chaîne cassée. Et cette pensée n'avait cessé de le hanter sournoisement depuis.
Parmi toutes les raisons pour lesquelles il avait opté pour ces forêts de Tennessee, il y avait bien sûr leur isolement, qui offrait un rempart au vampire en état instable contre la tentation du sang humain. Quelque chose que Klaus avait essayé d'inculquer à son compagnon quand ils étaient encore en couple, lorsqu'il avait entreprit de l'éduquer pour son problème de contrôle.
Stefan pouvait aussi avoir voulu se réfugier là pour fuir la curiosité suscitée chez ses congénères pour son récent enfantement, car les vampires évitaient en général ces forêts à cause des nombreuses meutes de loups-garous qui y vivaient en nomades.
Mais, surtout, Klaus soupçonnait que Stefan avait récupéré sa mémoire, et ces forêts renfermaient certains souvenirs des plus marquants de leur histoire. Le vampire pourrait, dans un état de bouleversement et de confusion, avoir eu envie d'y revenir pour se confronter à tous ces moments du passé qui revenaient en lui, et réfléchir à ses sentiments.
Et Klaus appréhendait le pire, trop conscient qu'il était des nombreuses erreurs qu'il avait commises dans leur relation. Ces montagnes avaient été témoins de l'éclosion de leur amour, allaient-elles maintenant assister à leur réunion épique ou leur tragique adieu ?
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Ils étaient accoudés au comptoir d'une cafétéria située au pied des montagnes à la lisière des forêts, une des rares dans cette contrée perdue et incontournable pour tous, étrangers de passage aussi bien qu'autochtones.
Cela faisait plusieurs jours déjà qu'ils ratissaient l'immense étendu sauvage de la magnifique chaîne de montagnes boisées de cette région du Tennessee sans rien trouver, et Damon commençait à douter du bien-fondé de l'hypothèse de Klaus. Ce dernier par-contre persistait obstinément dans son idée et n'en démordait pas. Damon soupira, frustré, et jeta un regard de biais à son coéquipier de fortune.
Klaus avait les yeux baissés sur son verre, essayant en vain de bloquer les pensées nostalgiques qui l'assaillaient. Rien n'avait vraiment changé dans cet endroit depuis son dernier passage. Depuis le cadre décoré de mauvais goût, la patronne blasée, jusqu'à la clientèle patibulaire et frustre presque exclusivement masculine. Seul un être manquait et tout lui paraissait exécrable de médiocrité.
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« Dessine-moi Stefan ». Une feuille blanche et un crayon glissés vers lui accompagnaient ces mots.
Levant le nez, les yeux azurs de Klaus croisèrent, interrogateurs, le bleu océan du regard de Damon.
« Oui, son portrait, quoi ! A moins que tu ais dans ton portable une photo de lui, ce que, entre nous, je trouverais vraiment hilarant. Moi en tout cas, je n'en ai pas, et je ne peux même pas demander aux filles de m'en envoyer une puisqu'on n'a même pas le réseau dans ce patelin … »
« Je sais ce que tu veux faire, Damon, mais ça ne donnera rien … Je doute que Stefan se soit mêlé aux humains par ici ».
Malgré ses paroles, Klaus attrapa la feuille et le crayon, et s'exécuta néanmoins. Concentré sur son dessin, il n'en était pas moins gêné tout le temps de la proximité de Damon, qui s'était penché tout près pour regarder par-dessus sa main qui tenait le crayon, le menton presque sur son épaule.
Il avait pu observer que ce vampire était coutumier de ce genre ce comportement qu'il avait avec tout-le-monde, mais là, bizarrement, cela lui rappelait Stefan. Le plus jeune des Salvatore aussi avait cette manie d'envahir allègrement son espace personnel, mais il ne le faisait qu'avec Klaus et l'Hybride trouvait cela particulièrement adorable.
Mine de rien, soupira-t-il intérieurement, il avait dernièrement beaucoup baissé sa garde avec le frère aîné de son ancien compagnon.
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« Parfait ! Faut reconnaître que tu as du talent ! », apprécia Damon en s'emparant de l'œuvre de Klaus quand il eut fini.
Le vampire entreprit alors de faire le tour de la cafétéria, à demander à toutes les personnes présentes, hypnose à l'appui, si elles avaient croisé le garçon dessiné sur le portrait.
Comme Klaus s'en doutait, aucun d'eux ne reconnaissait Stefan. Le dernier que Damon interrogea était un habitué du bar qu'ils avaient déjà vu plusieurs fois, toujours attablé derrière une bouteille d'alcool, l'air perdu dans ses pensées.
Damon secoua le portrait de Stefan devant les yeux vagues de l'homme. « Hey l'ami, as-tu déjà vu ce garçon par ici ? ».
Le regard embué d'alcool se focalisa lentement sur le papier, puis, un hoquet s'échappa de la gorge de l'homme et ses yeux s'écarquillèrent. Il s'empara du dessin pour l'examiner de plus près.
« Tu le reconnais ? », demanda Damon, alerte d'un coup à la réaction de l'homme et plein d'espoir, en tirant une chaise pour s'assoir.
Avant que l'humain ait pu répondre, Klaus s'était matérialisé à côté d'eux. L'Hybride se saisit du menton du malheureux pour l'obliger à le regarder dans les yeux. « Dis-moi où tu as rencontré ce garçon ».
Sous l'emprise de l'hypnose de Klaus, l'homme débita son récit quelque peu fouillis d'une voix bourrue.
« Dans ces montagnes, en allant chasser le loup. Ces bêtes pullulent par ici, tellement que le gouvernement a autorisé à nouveau leur chasse. Ce jour-là, je traquais un grand loup gris, que j'avais réussi à blesser, et je m'enfonçais de plus en plus dans ces montagnes sans m'en rendre compte. Longtemps, je l'ai suivi, jusqu'en haut des cimes, là où personne n'y va jamais. Au crépuscule du deuxième jour, j'avais fini par avoir la bête en ligne de mire, elle était épuisée et j'allais l'avoir. Et c'est là, dans la visière de mon fusil, près du loup, que je l'ai vu, en train de m'observer à travers les branches … ».
L'homme marqua une pause dramatique et vida son verre avant de continuer. Il n'avait plus l'air d'avoir besoin de l'hypnose pour parler. « J'ai sursauté tellement je ne m'attendais pas à rencontrer âme qui vive dans ce coin que j'ai failli en lâcher mon arme ! Quand j'ai visé à nouveau, il n'était plus là … Puis, brusquement, Dieu sais comment, mais il s'était retrouvé tout près de moi et m'a arraché le fusil des mains. Puis, il l'a cassé en deux devant mes yeux, comme ça, à mains nues, comme si c'était une vulgaire allumette ! »
Arrivé là, il s'interrompit à nouveau, et se versa un autre remontant qu'il vida encore une fois.
Klaus s'impatienta. « C'était bien le garçon du portrait ? »
« Oui, c'était bien lui … Comment pourrais-je oublié les traits pareils … Juste … – l'homme se fit hésitant. Du doigt, il effleura la zone sous les yeux du visage dessiné – … là, il avait … des espèces de veines noires à cet endroit. Et ses yeux … le blanc de ses yeux était tout rouge … comme ceux d'un démon ! »
Les deux vampires s'échangèrent un coup d'œil triomphant. « Qu'a-t-il fait d'autre ? », demanda Damon.
« Bah … Il m'a juste regardé sans rien dire, puis il s'est volatilisé d'un coup pour revenir auprès du loup. Je l'ai juste vu de loin prendre la bête blessée dans ses bras et se barrer avec … »
« Très bien, l'ami – dit Damon en étalant une carte de la région sur la table – Dis-moi juste pour finir où cela s'est-il passé ? »
« C'était là … – dit-il en tapotant du doigt le sommet du plus haut des nombreux massifs représentés sur la carte – … mais je ne peux pas être plus précis que ça. Et j'ai beau y retourner plusieurs fois, je ne l'ai plus jamais revu non plus … », termina-t-il avec une pointe de regret dans la voix.
Mais ses interlocuteurs ne l'écoutaient plus. Ils s'étaient levés dès qu'ils avaient la localisation et se dirigeaient déjà vers la sortie.
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La serveuse s'approcha et débarrassa sa table de la bouteille vide. « Alors, Benny – le taquina-t-elle – t'as encore ennuyé ces messieurs avec ton histoire à dormir debout de vagabond étrange sauveur de loup ? »
Benny bougonna. « Au moins, ils me croient, eux ! Et les deux chasseurs l'autre jour aussi, d'ailleurs. Ils étaient intéressés par ce que je raconte. Pas comme vous autres bande d'ignorants ! Pourquoi n'y-a-t-il que les étrangers pour me croire ! »
Longtemps alors que Klaus et Damon étaient déjà loin, l'homme resta à contempler le portrait de Stefan que les vampires avaient négligé de reprendre. Faisant glisser un index révérencieux le long du dessin élégant des lèvres sur le croquis, il murmura, « Je savais bien que tu existes, toi ... Comment pourrais-je inventer sinon quelque chose d'aussi … parfait ! »
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Damon ne se lassa pas de regarder le grand loup blanc – la forme lycanthrope de Klaus – bondir à ses côtés. C'était sous cette forme que l'odorat de ce dernier était le plus performant et l'Hybride voulait mettre à profit ce sens qui était leur plus précieux atout dans cette recherche.
Ils s'enfoncèrent de plus en plus profondément dans la forêt dense vers la zone indiquée par le chasseur et perdit bientôt toute notion du temps. Tout d'un coup, le loup pila, et tourna un instant sur place, pointant son museau en l'air dans tous les sens. Puis, il se mit à frémir frénétiquement sa queue touffues et hurla d'excitation avant de foncer à nouveau à travers les arbres dans une direction déterminée.
Damon le suivit aisément avec sa vitesse de vampire. A un moment, il huma dans l'air un relent caractéristique de sang humain, et en alerta Klaus, mais ce dernier, tout à sa piste, l'ignora complètement pour continuer sa course.
Le vampire hésita un instant puis se remit à le suivre, et il oublia rapidement cet incident lorsqu'ils tombèrent sur une petite cabane perdue dans une clairière située auprès d'un petit étang, apparemment, un abri pour les chasseurs.
L'habitation était déserte et la porte n'était pas verrouillée mais, dès qu'il pénétra à l'intérieur, Damon sut tout-de-suite qu'ils avaient touché au but. L'odeur de Stefan était partout.
De satisfaction, il se retourna vers le loup juste pour voir un Klaus complètement nu se redresser au milieu de la pièce.
« Ah, couvre-toi ! J'ai pas besoin de voir ça », râla-t-il en lançant à l'Hybride le sac contenant ses vêtements qu'il avait transporté exprès pour ce dernier. Mais c'était trop tard ! Une image des plus perturbantes de Klaus et de son frère ensembles et complètement nus tous les deux s'était malheureusement immiscée derrière ses yeux. Damon se secoua la tête mentalement et vaqua à une étude minutieuse du lieu.
Klaus s'habilla rapidement et se mit aussi à examiner la petite cabane sans se laisser distraire. L'ameublement était simple et fonctionnel mais tout était relativement propre et ordonné. Il n'y avait aucun objet personnel mais le lit de camps était défait et portait intensément l'odeur du jeune vampire. Klaus pressa l'oreiller contre son nez.
« Régime animal … Il essaie de se sevrer tout seul en s'isolant dans cette endroit », murmura-t-il en se souriant intérieurement. Il avait deviné juste, Stefan essayait d'appliquer les règles qu'il lui avait établies pour ce genre de situation. « Il semble que ton frère ait meilleur contrôle que tu ne le pensais, Damon ! », ajouta-t-il en se tournant vers le vampire.
Mais ce dernier ne releva pas sa pique, son attention étant retenue par autre chose. C'était étrange que Stefan ne fût pas dans son lit à cette heure-ci de la nuit. En régime animal, et surtout s'il s'y était remis fraîchement, il devrait être perpétuellement fatigué et aurait besoin de repos la nuit tombée presque comme un humain.
« Klaus ! – s'exclama-t-il – L'odeur de sang humain de tout-à-l'heure … Si Stefan est dans les parages, je doute qu'il puisse y résister, … meilleur contrôle ou pas ! »
Sans tarder, ils revinrent rapidement sur leurs pas, se guidant à l'odorat, et arrivèrent bientôt dans une autre clairière.
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Des voix leur parvenaient avant même qu'ils soient arrivés à voir la scène à travers l'enchevêtrement des branchages et la semi-obscurité de la nuit éclairée par un croissant de lune.
« N'aies pas peur, approche ! … Viens voir ce que j'ai pour toi … »
De dos, ils virent un homme grand et baraqué, genre baroudeur, se tenant debout au milieu de la clairière, un poignard la main. A côté de lui, une femme était affalée contre un tronc d'arbre, apathique, son poignet entaillé. L'air était surchargé de l'odeur du sang qui s'écoulait de sa blessure en file continue et aussi d'autre sang humain que quelqu'un avait pris soin d'éparpiller tout autour de la place.
L'homme s'adressait à quelqu'un de l'autre côté de la clairière qu'ils ne virent pas immédiatement dans l'obscurité, qu'ils ne sentirent pas non plus derrière la dense odeur de sang ambiante. Ils décelèrent néanmoins une présence tapie dans ces buissons épais, trahie par une respiration lourde ainsi qu'un battement de cœur précipité, comme quelqu'un soumis à un gros effort.
Puis, l'homme sembla perdre patience. Agrippant la femme par le haut du bras, il la tira devant lui. « Regarde ce que tu me fais faire … », fit-il avant de tracer sur le cou de l'humaine une entaille du tranchant de son poignard. Le sang s'échappa de plus belle de la nouvelle blessure.
Presqu'aussitôt, un bruissement se fit entendre dans les buissons d'en face et une silhouette se détacha de l'ombre pour se précipiter de quelques pas dans la clairière, comme attiré là par le nouvel afflux d'hémoglobine.
Le cœur de Klaus bondit dans sa poitrine. Nimbés de la lumière argentée du clair de lune, venaient d'apparaître sous ses yeux le visage adoré qui lui avait tant manqué, les contours familiers du corps dont il avait rêvé cent fois de serrer dans ses bras pendant ses nuits solitaires.
Mais le Stefan devant lui n'avait rien du doux vampire presque humain de ses souvenirs. Sa face était celle du prédateur, ses yeux sans âme ne reflétaient que l'assoiffement du monstre. Son corps, par contre, vibrait d'impulsions contradictoires, devenu le terrain de lutte entre des envies divergentes. Il résistait à l'appel du sang. Obstinément, il s'accrochait à sa volonté.
Le chasseur expérimenté ne s'y trompa pas. Le poisson avait mordu à l'hameçon. Ce n'était qu'une question temps avant que ripper ne craque. « C'est bien, mon garçon … approche … amène-toi … », le tenta-t-il à nouveau, à l'affut derrière son appât.
Et Stefan fit un autre pas en avant cédant à l'appel, comme envoûté, tanguant de plus belle sur ses jambes. Ses exhalations étaient des râles sous ses efforts pour se maîtriser. Incapable de se rendre compte que derrière lui était apparu sournoisement un autre homme, une arme sophistiquée à la main, en train de le mettre en joue dans son dos.
La colère bouillonna en Klaus. C'était un piège. Ces deux chasseurs piégeaient son vampire comme ils auraient fait d'un vulgaire gibier.
Il attaqua presque simultanément que Damon, comme réglé à l'avance, chacun se chargeant de la cible la plus proche sans avoir eu besoin de se concerter. Le cou du premier chasseur craqua quasiment en même temps que celui de son compère sous l'assaut des deux vampires.
Quand ils se retournèrent une fois les chasseurs neutralisés, c'était pour voir que Stefan, qui ne semblait même pas s'être aperçu de leur présence, s'était saisi de la femme, et avait sa tête plongée dans le cou ensanglanté de cette dernière, en train de se nourrir goulûment avec force bruits de succions.
Après une seconde d'hésitation, Damon s'approcha de son frère et attrapa son épaule. « Stop, Stefan ! Ça suffit, … tu vas la tuer … ».
Pour toute réponse ce dernier se contenta de repousser sa main d'un revers de bras accompagné d'un méchant grognement sans s'interrompre.
Damon se pinça les lèvres. Le cœur de la femme ralentissait dangereusement. « Je ne te laisserai pas aller trop loin … pas cette fois-ci … », murmura-t-il avec détermination avant de revenir à la charge, et réussit cette fois-ci à arracher Stefan loin de sa victime.
D'un bras il rattrapa la femme qui s'écroulait, de l'autre il tenait à distance son frère, ou plutôt l'animal que ce dernier était devenu, la gueule ouverte sur ses crocs dégoulinant de sang, et dont le regard sauvage ne montrait aucune conscience, aucun signe de lucidité montrant qu'il ait reconnut son frère aîné.
Stefan grognait de frustration, toutes dents dehors. On lui avait retiré son repas et il n'avait qu'une chose en tête, le récupérer. Ses canines lui faisaient mal, il avait l'impression que toutes les veines de son corps brûlaient de l'intérieur, aspirant à être remplies. Appelant à encore plus, beaucoup plus ! Le petit apport de sang humain qu'il venait d'absorber avait réduit à néant le peu de contrôle qu'il avait durement assemblé après des semaines infernales de diète animale.
Il montra ses crocs et s'apprêtait à foncer à nouveau sur sa proie en dépit du bras qui lui faisait barrage, quand une voix s'éleva dans l'air.
« Stefan … »
Le temps semblait se suspendre. Le ripper s'arrêta net et se tourna lentement, comme au ralenti. Les vibratos de cette voix particulière résonnaient en chaque fibre de son corps, le détournant instantanément de son obsession.
Klaus leva une main et se fit une entaille dans le cou. La blessure se referma presqu'aussitôt mais le sang de l'Originel avait coulé, répandant son arôme unique, reconnaissable entre mille pour le jeune vampire.
L'Hybride ouvrit ses bras et appela à nouveau. « Viens, Stefan … ».
Sa voix réagit tel un charme, trouvant écho quelque part à l'intérieur du ripper, perçant pour quelques secondes le voile rouge de sa soif. Alors, le vampire en perdition se précipita, comme un damné vers sa salvation, pour se jeter dans les bras accueillants de Klaus, et planta sans formalité ses canines douloureuses à la base du cou de l'Hybride.
Sous l'impact, ce dernier dut s'appuyer d'un pas en arrière et s'arc-bouter pour ne pas tomber, mais ses bras ne s'en refermèrent pas moins fermement autour de la taille du vampire, arrimant leur deux corps en un seul ensemble indissociable.
Sous les yeux troublés de son frère, Stefan s'agrippa à Klaus de toutes ses forces et se nourrit brutalement, avec une violence bestiale et sans retenue. Un râle involontaire échappa à l'Hybride quand les crocs du ripper fouillèrent sans ménagement dans sa chair pour accéder aux plus grosses artères et il pâlit à vue d'œil.
Damon grimaça et lança à Klaus le cadavre de l'un des chasseurs. Ce dernier ne se fit pas prier. Il réceptionna le corps et le vida du sang encore chaud, pendant de Stefan suçait le sien à grandes gorgées.
Au bout d'un moment, estimant que le vampire assoiffé avait eu son dû, l'Originel essaya de le détacher en poussant sur ses épaules. « Stefan, ça suffit … ».
Seul un grognement de mécontentement lui répondit et Stefan s'accrocha de plus belle. Klaus attendit encore un instant, hésitant sur ce qui allait suivre.
Finalement, il glissa une main sous le t-shirt du vampire, et entra en contact avec la peau douce de son dos musclé qu'il parcourut lentement de sa paume. De l'autre main, il caressa la nuque de Stefan et pressa sa propre joue contre les cheveux soyeux de ce dernier.
Klaus ferma brièvement les yeux et soupira. Dieu ! Ce que tu m'as manqué !
D'une voix infiniment basse, il commença à susurrer à l'oreille de son vampire. Des mots tendres, sans suite, apaisants … "te souviens-tu, mon amour ? …" qu'ils se murmuraient … "quand tu m'aimais … quand je t'aimais …". Des mots juste là pour accompagner son souffle chaud qui chatouillait Stefan, faisant naître la chair de poule sur sa peau.
Et Klaus commença à déposer de légers baisers le long du pavillon de l'oreille du vampire, jusqu'au lobe qu'il prit entre ses lèvres un instant, pendant que ses doigts glissèrent dans la dense chevelure. Quand, entre deux murmures, il pressa sa bouche au creux de l'oreille de Stefan, ce dernier fut pris d'un premier frisson et un petit son échappa de sa gorge. Quand les lèvres de Klaus descendirent, brûlantes, sur le côté exposé de son cou, le vampire se mit à gémir pour de bon entre deux lampées. A chaque baiser de l'Hybride, ses succions perdaient un peu plus de leur conviction, ses mâchoires de moins en moins tendues, ses canines peu à peu se rétractèrent d'elles même, sans réelle volonté de sa part.
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Stefan avait plus ou moins relâché le cou qu'il mordait sans même s'en rendre compte, distrait par ces attouchements sensuels que lui prodiguaient cette bouche omniprésente et cette main chaude et douce qui jouait sur sa peau, dans ses cheveux.
Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas ressenti un tel réconfort, qu'on ne l'avait caressé de cette manière ! Cela remontait à tellement lointain qu'on ne l'avait touché tout court, aussi gentiment, sans que ce fût une agression. Comme il avait languit de ces sensations !
Et cette odeur si enivrante, d'une manière totalement différente de celle du sang, et qui lui faisait se sentir vivant et exalté, et non pas malade d'obsession et de manque. Stefan soupira d'aise et s'appuya davantage contre le corps qui le soutenait, cherchant instinctivement encore plus de contacts, plus de senteurs.
Tout était étrangement familier, ces attouchements, ces effluves qui l'environnaient. C'était comme rentrer à la maison. Il reposa sa tête sur l'épaule de ce corps, au creux du cou, pour mieux se réfugier dans cette odeur rassurante qui l'isolait de celle du sang humain, s'accrochant aux vêtements qui tombaient sous ses mains.
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Klaus leva les yeux. Damon avait déserté la place depuis il ne savait quand, probablement lorsque c'était devenu trop intime. Une discrétion dont il lui en savait gré. L'Hybride supposa qu'il s'était aussi chargé de ramener la femme qui avait servi d'appât.
Tranquillisé, il revint vers Stefan, toujours blotti contre lui comme un animal apeuré. Le vampire était parfaitement immobile, respirant doucement d'un souffle maintenant régulier, mais léger comme une plume, comme s'il se retenait de respirer trop profondément. Les battements de son cœur aussi s'étaient stabilisés à un rythme plus ralenti, mais qui restaient rapide, trahissant une certaine angoisse. Tout comme la tension dans les mains qui s'agrippaient à lui.
Klaus attendit un instant et fit une nouvelle tentative pour se dégager, qui fut accueilli aussitôt d'un gémissement plaintif de protestation et d'un Stefan qui raffermit encore plus sa prise en passant ses bras dans son dos.
Non, laissez-moi rester ici ! Supplia Stefan dans sa tête, ne s'adressant à personne en particulier. Il était en sécurité dans cette bulle. S'il s'en sortait, il était sûr que quelque chose de mal allait lui arriver.
L'Hybride avait encore plus l'impression de tenir entre ses bras un enfant effrayé. Il rassura le ripper en le berçant légèrement tout en regardant autour de lui, les sourcils froncés. Brusquement, il comprit. « Il y a trop de sang ici pour toi … c'est ça ? », murmura-t-il à l'oreille du vampire.
Raffermissant sa prise autour de la taille de Stefan, il le souleva et l'emmena au loin, l'éloignant de cette zone sinistrée d'odeur de sang humain. Quand il estima être arrivé hors de portée d'odorat du vampire, il choisit de les arrêter dans une belle clairière traversée d'un petit ruisseau, où des fleurs sauvages poussant à profusion en ce début de printemps répandaient dans la nuit calme leurs douces senteurs odorantes.
Content du cadre qu'il avait trouvé, Klaus inclina la tête pour considérer le vampire toujours dans ses bras, essayant de capter son regard. Sa main finit par glisser sous le menton de celui-ci pour redresser sa tête. Il ne rencontra plus de résistance cette fois-ci et pu enfin examiner attentivement son bien-aimé.
Mais le beau visage aux traits ciselés ne renvoyait qu'une pauvre expression égarée. La bouche si sensuelle était relâchée et dégoulinant de sang – comme seul Stefan parmi tous les vampires du monde pouvait arriver à se barbouiller de la sorte en mangeant – Ses grands yeux, où, d'ordinaire, on pouvait y voir son âme étaient fuyant et n'arrivaient à se focaliser sur rien. Et ses veines, que Stefan ne parvenait toujours pas à faire disparaître achevaient de montrer à quel point il manquait de contrôle.
Une vague de tendresse mêlée de désir pour le garçon perdu en face de lui envahit Klaus. Il prit doucement la tête du ripper entre ses mains et se pencha pour lécher le sang qui lui maculait tout le bas du visage. Stefan le laissa faire sans réagir, apathique tout d'un coup, les sens encore troublés des caresses de l'Hybrides, l'esprit grisé de la grande quantité de sang qu'il venait d'absorber, un mélange détonant et puissant de sang d'Originel mêlé d'humain.
En quelques coups de langue Klaus nettoya le menton puis la bouche de Stefan. Puis, même quand tout fut propre il continua encore à lécher ses lèvres tendres, et céda à la fin à l'envie de les prendre entre les siennes. Il embrassa finalement son Stefan, un baiser juste chaste et affectueux au début, puis, la passion s'en mêla et le désir aussi, et Klaus s'oublia rapidement, emporté par la puissance de ses sentiments.
En réaction, Stefan semblait revenir à lui, s'anima peu à peu et finit par lui rendre aussi son baiser. Hésitant au début, bientôt, il y mit autant de force et de violence que Klaus, même de la sauvagerie, tentant parfois de le mordre, et Klaus dut alors le retenir ou s'esquiver.
Le baiser rude et dévorant devint une lutte pour dominance, en même temps que leurs mains prenaient possession du corps de l'autre avec agressivité. C'était tellement bon de se toucher à nouveau l'un l'autre. Chacun cherchant égoïstement à combler ses propres manques, à panser des blessures béantes laissées par la séparation douloureuse et dont ils n'étaient pas vraiment conscients. Du moins, pas pour Stefan.
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Le vampire assena l'Hybride contre un tronc d'arbre et pressa leurs bas-ventre l'un contre l'autre. Il essaya de lui défaire la ceinture avec des gestes hâtifs et maladroits, soufflant comme un bœuf.
Klaus attrapa ses poignets. Il y avait quelque chose dont il voulait s'assurer avant d'aller plus loin. « Attends, Stefan ! … Sais-tu qui je suis ? … Regarde-moi ! … Qui suis-je ? »
Le regard obstinément baissé, le vampire s'acharna à se libérer, tirant sur ses bras. Il n'avait toujours pas prononcé une seule parole, seuls sortaient de sa gorge jusque-là des sons gutturaux inarticulés.
Puis, presqu'inaudibles, à peine compréhensifs, ces quelques mots soufflés comme une prière. « … Prends-moi … » !
Stefan réussit à arracher ses poignets de la prise soudain indécise de Klaus et se remit fébrilement à déboutonner le pantalon noir de ce dernier tout en le couvrant de baisers. Il y avait à nouveau cette urgence et ce désespoir dans ses gestes, presque des sanglots dans ses râles, tant et si bien qu'il l'emporta sur la volonté de l'Hybride.
Klaus serra les mâchoires quand les doigts du vampire se refermèrent sans égard autour de son sexe. Il savait qu'il allait devoir s'y résoudre, qu'il devait le faire pour Stefan, et qu'il en mourrait d'envie aussi.
Mais il tergiversa encore et le vampire perdit patience. Il poussa Klaus à terre et défit son propre jean qui pendait lâche et sans ceinture, bas sur ses hanches, sans sous-vêtement visible. Il balança ses chaussures au loin à coup de pieds et descendit d'un coup son pantalon, qu'il portait effectivement à même la peau.
Se dégageant rapidement du vêtement, il s'installa sur Klaus en mettant ses genoux de part et d'autre des hanches de ce dernier et se courba pour lui dévorer à nouveau les lèvres. Leurs sexes nus en pleine érection se touchaient pour de bon, velours contre soie. Stefan se tortilla, entre halètements et gémissements, impudique et innocent dans son abandon primitif dans ses sens, et des ondes de plaisir se propagèrent dans leur corps par vagues électrisantes quand le contact devint frottements et pressions.
Sans se relever, il se passa une main derrière le dos pour se saisir du membre de Klaus et le positionna contre son propre entrée.
Klaus sortit de sa torpeur et, avec un immense effort de volonté, agrippa les épaules de Stefan pour l'arrêter et le redresser. « Attends ! … Stefan, attends … Regarde-moi, mon amour … Regarde-moi, s'il-te-plaît … Est-ce que tu me reconnais ? »
Pour toute réponse, Stefan repoussa brutalement ses bras et, dans un même mouvement, avec rage, s'empala sur l'Hybride sans aucune précaution ni préparation, prenant de court ce dernier.
Dans un cri rauque Stefan s'affala sur la poitrine de Klaus, son corps se couvrit de sueur froide, tremblant comme une feuille. Il n'attendit pas d'être complètement remis pour se redresser sur ses bras encore incertains, s'apprêtant à se mouvoir.
Mais, cette fois-ci, Klaus réagit à temps. Serrant les dents, il se redressa vivement et enlaça Stefan, emprisonnant ses bras et hanches pour l'immobiliser complètement, l'empêchant de se faire encore plus de mal.
Klaus les garda ainsi un moment, lui, complètement enfoui dans Stefan, sentant l'intérieur brûlant du vampire palpiter autour de son sexe. Cela faisait si longtemps ! Klaus respirait fort, son self-control s'effritant sous les sensations qui montaient en lui comme une puissante marrée.
« D'accord, Stefan. Je vais te donner ce que tu veux … ».
Il ôta avec douceur le vampire de lui et changea leur position. Il plaça Stefan à genoux sur l'épais tapis de hautes herbes tendres, et s'agenouilla derrière lui, gardant sa prise d'un bras autour de la taille du garçon, emprisonnant aussi les bras de ce dernier dans une même embrasse. Il se lubrifia rapidement avec sa propre salive, puis, glissant ses doigts dans la chevelure de Stefan qu'il empoigna à pleine main, pressa la tête du vampire pour le faire plier, jusqu'à ce que sa croupe se retrouvât exposée, découvrant l'accès à son intimité au sexe de Klaus.
Il sentit Stefan bander ses muscles et se rebeller sous la contrainte, mais Klaus raffermit sa prise dans cette position où il avait la maîtrise complète, et où le ripper ne pouvait plus rien faire.
La gorge nouée, il s'introduisit avec précaution dans le petit orifice déjà humide d'un peu de sang de quand Stefan s'était blessé sur lui. Son souffle se fit court et il frissonna à ce contact intime, à l'unisson avec le corps sous lui qui tremblait littéralement, pantelant sous le coup de la pénétration.
Klaus ferma ses yeux sous l'émotion et la peine soudaine qu'il ressentait. Ce n'était pas comme ça qu'il avait imaginé leur retrouvaille. Il savait ce qu'il faisait, mais cela ne l'empêchait pas d'en ressentir de la tristesse. Mais il se reprit, et laissa sciemment son désir reprendre le dessus et guider ses actions.
Lentement, il se retira presque complètement pour, délibérément, assener un coup de rein brutal, s'enfonçant jusqu'au bout en Stefan, lui extirpant un râle puissant.
Klaus utilisa tout son savoir-faire appliqué à sa connaissance parfaite du corps de son ancien amant pour le faire jouir le plus possible. Il savait exactement comment s'orienter et doser force et vitesse pour l'amener à son climax, il se souvenait parfaitement comment il fallait toucher Stefan à certains endroits au milieu du coït pour le faire défaillir de plaisir.
Ses impitoyables coups de butoir bientôt excitèrent jusqu'à son extrême limite l'ultime point faible intime de Stefan qu'il stimula sans relâche, envoyant vagues après vagues de jouissance dans tous son corps jusqu'à ce que, les sens sursaturés d'un trop plein de sensation, le vampire n'était plus qu'un pantin entre ses bras, tremblant et secoué de spasmes, couvert de sueur, tout juste capable de gémissements et de cris inarticulés …
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Et c'était bien ainsi, car Stefan voulait être soumis. Le ripper devait être maîtrisé.
S'il ne pouvait plus rien faire, plus rien décider pour lui-même, alors, il n'y avait plus cette peur de succomber aux ténèbres, plus de lutte acharnée perdue d'avance, plus de culpabilité. Alors, seulement, il pouvait se sentir apaisé, pouvait se laisser aller … Du moment où c'était Klaus qui avait le contrôle … Parce que l'Hybride était celui à qui Stefan avait donné le pouvoir de le dominer … Klaus seul avait ce droit … Klaus …
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Et l'Hybride le savait aussi, car cela faisait partie de leur relation. Une clause tacite, non dite, mais fondamentale entre eux. Et Klaus honorait cette nuit-là le rôle que son ancien compagnon lui avait un jour attribué. Orgasme après orgasme, il s'appliquait à exorciser Stefan de son mal, l'aidait à dompter le ripper, à épuiser le monstre. Même s'il ne savait pas si le vampire lui accordait encore cette place, s'il y avait encore un avenir pour eux deux.
Si Stefan voulait l'utiliser à ce but, alors Klaus était trop heureux d'obliger. Car c'était peut-être la seule chose qu'il pouvait encore lui apporter.
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« Klaus … »
Le nom échappa des lèvres de Stefan dans un souffle au petit matin, de derrière ses paupières closes, alors qu'il était à moitié inconscient, étendu sur le dos sur le doux tapis d'herbe après une nième jouissance.
L'Hybride se pencha vivement, encore pantelant de ses multiples prouesses la nuit durant, caressant le visage endormi de son amour. « Qu'est-ce que tu as dit ? … Stefan, comment m'as-tu appelé ? »
« Klaus. … Klaus, … tu es Klaus … et je te déteste … déteste … »
