L'orage de l'autre jour ayant eu la gentillesse de tuer ma connexion internet, je ne poste que maintenant. (Avec beaucoup de retard, je sais, mais j'avais pas trop le choix ^^')

Réponse aux reviews :

Douce inconnue : Oui, mais ce serait tellement moins drôle sans Henry ! (Non, je ne suis pas sadique !) Merci.

Michikuni Mayu : Eh bien non ils ne sont pas à Tokyo, mais peut être me suis je trompée quelque part. Je vais vérifier ça. :) En tout cas merci, je suis contente que ça te plaise. Et c'est vrai que ça serait une idée de de continuer à les faire poser en duo. En tout cas, moi j'achèterais ! xD

Taqasim : Et oui, mais les gens font toujours ce qu'on leur dit de ne pas faire ! xD A voir, en effet ! ;)

Sur ce, bonne lecture !


Trois jours avaient passés depuis le tournage de la publicité, mais Kurogane n'arrivait pas à se sortir cette histoire de la tête. Quand Henry l'avait appelé le lendemain, il avait menti comme un arracheur de dents. Incapable d'avouer ne serait-ce qu'une partie de la vérité, il raconta que ça avait été très dur et qu'il avait du l'imaginer lui à la place de Fye pour réussir à être crédible. Ça avait eu l'air de faire plaisir à son fiancé, et il s'en était senti encore plus minable.

Cette histoire l'obsédait à tel point qu'il en rêvait la nuit. Il avait fait un cauchemar atroce ou Shaolan venait raconter à Henry ce qu'il lui avait dit. Son petit-ami pleurait toutes les larmes de son corps en le traitant de salaud. Il le mettait ensuite à la porte en lui hurlant dessus et Kurogane finissait seul dans un bar, à noyer son chagrin dans l'alcool. L'autre rêve qu'il avait fait, était plus d'ordre érotique. Son esprit, visiblement très frustré, s'était amusé à imaginer que Fye venait sonner à sa porte pour lui proposer de répéter une nouvelle fois leur scène. Cela se terminant bien entendu par les deux hommes s'arrachant mutuellement leur vêtements, avant de finir au lit.

Étrangement, aucun de ces deux rêves ne l'avait réconforté. Le premier lui faisait craindre le pire pour la suite, et le second le faisait culpabiliser encore un plus, si c'était possible.

Sa seule consolation, si c'en était une, était qu'il n'avait effectivement plus revu le blond depuis. C'était d'ailleurs le silence radio complet. Il ne s'en plaignait pas puisque ça le tenait éloigné de la tentation, mais il aurait quand même préféré recevoir au moins un message lui assurant qu'il allait bien. Ses problèmes actuels n'étaient pas suffisants pour qu'il ait déjà oublié, qu'une semaine plus tôt, l'Anglais s'était écroulé en pleurs dans ses bras au retour de la gare. D'un autre côté, il savait que prendre de ses nouvelles serait jouer avec le feu. Il restait donc sans rien faire, tiraillé par deux envies contradictoires.

Par chance, Seishiro était de très bonne humeur depuis quelques jours, il lui remontait donc le moral sans même le savoir. Ce matin là encore, il parvint à le faire rire à grand coup de blagues stupides. De plus en plus, Kurogane envisageait l'idée de tout lui raconter, mais il se sentait tellement honteux qu'il ne trouvait jamais le courage de le faire. La prochaine fois qu'ils iraient prendre un verre, peut être que l'alcool l'y aiderait ?

Le jeudi matin, le brun avait un cours dont il s'acquitta sans grand enthousiasme. En sortant, il trouva son meilleur ami en train de taper un texto, le sourire au lèvre. Cette scène le fit tiquer pour deux raisons. La première était que Seishiro n'envoyait quasiment pas de sms, à part à ses plans culs. La seconde, que le voir arborer un sourire qu'on aurait presque pu qualifier « d'attendri » était un exploit.

-Mec ?! L'appela t-il. Tu te sens bien ?

-Parfaitement, pourquoi ? Répondit le borgne sans se départir de son sourire.

D'accord, là c'était carrément louche !

-Tu souris.

-Et d'après toi, sourire est un signe flagrant que je me sens mal ? Demanda t-il, moqueur.

Ha. Ha. Très drôle. S'il se croyait malin, il allait voir !

-Non, mais les seuls sourires que je te connais sont lubriques ou séducteurs...

-Lubrique ! Carrément ! T'es un enculé en fait ! S'offusqua Seishiro en lui donnant un coup d'épaule.

-Change pas de sujet, c'est pas dans tes habitudes de tirer des têtes pareilles.

-Je vois pas de quoi tu parles, nia t-il.

Il lui cachait clairement quelque choses, et il comptait bien découvrir quoi.

-Très bien. À qui envoyais-tu un sms ?

-C'est un interrogatoire Sherlock ?

L'humour était une défense très commune chez Seishiro. Dès qu'il voulait changer de sujet ou cacher un malaise, il faisait des blagues. La technique était efficace, mais elle ne le restait que tant qu'on ne remarquait rien.

-Bon, ne dis rien si tu veux, mais ça prouve que j'ai raison, y a un truc pas net chez toi !

-Vaut mieux entendre ça que d'être sourd ! Rit son ami en levant les yeux au ciel.

Bon, il ne parviendrait visiblement pas à lui tirer les vers du nez pour le moment. Ça viendrait, mais plus tard. Son meilleur ami lui cachait rarement des choses, et lorsqu'il le faisait ça ne durait jamais bien longtemps. De toute façon, il ne pouvait pas décemment se mettre en colère contre lui pour cette raison, sachant que lui même avait passé sous silence plusieurs choses assez énormes.

C'est intrigué, mais bien décidé à ne pas se gâcher l'après midi, que Kurogane quitta son travail à l'heure du déjeuner. Aujourd'hui il allait pouvoir glander dans son canapé, autant en profiter. N'ayant pas le courage de se faire à manger, il s'arrêta dans un fast-food. Au moment où il reposait son plateau dans le bac prévu à cet effet, son téléphone commença à sonner. Il sourit en voyant le nom de Tomoyo s'afficher et décrocha avec empressement.

-Bien le bonjour, madame la mariée. Heureux de voir que tu ne m'as pas oublié, allongée sur ta plage de sable fin ! La charria t-il.

-Bonjour à toi aussi, Kurogane. Comment tu vas ?

-Très bien et toi ? Ton voyage se passe bien ?

-Super ! On passe nos journées à bronzer à la plage, à faire de plongée, des randonnées et du bateau. Je resterais bien là pour toujours.

-Tu pourrais si tu le voulais, lui fit il remarquer.

-Oui, mais je te manquerais trop !

-Tu parles ! Je serais bien débarrassé oui !

La jeune femme éclata de rire, bientôt suivis par son cousin. Il était content qu'elle ait appelé, leurs chamailleries lui manquaient.

-Sinon, tu m'appelais juste pour me narguer, ou il y avait une vraie raison ?

-Non aucune, mon seul et unique but était de te faire enrager ! Blagua la brune. Qu'est-ce que tu as de beau à me raconter ?

-Pleins de choses en fait. Je...

Il entendit Tomoyo crier à l'autre beau du fil. Elle tentait visiblement de chasser un insecte qui avait entrepris de lui tourner autour. N'y parvenant pas, elle finit par appeler son mari à l'aide. Ce dernier se moqua d'elle mais la délivra de l'objet de ses tourments.

-Ouf, cette satanée bestiole est partie ! S'exclama t-elle, soulagée. Tu disais ?

-Rien, oublies. On en parlera quand tu sera de retour.

Tomoyo avait toujours été de très bon conseil. Elle envisageait les situations d'un point de vue souvent inédit ce qui permettait à Kurogane d'avoir des avis différents même lorsqu'ils se tournait également vers son meilleur ami. Cependant l'histoire aurait été trop longue à raconter au téléphone, et il ne voulait pas l'embêter avec ça pendant son voyage de noce. En plus, et surtout, même s'il savait qu'elle ne le jugerait pas, il était très embarrassé par cette histoire.

-À ce propos, vous rentrez quand ?

-Dimanche dans la nuit. On va probablement dormir lundi toute la journée, mais on peut se voir mardi si tu veux.

-D'accord très bien ! Envoie moi un message quand vous arriverez au Japon.

-Promis.

Il s'apprêtait à l'embrasser et raccrocher, mais elle le retint.

-Au fait ! J'ai un service à te demander.

-Je le savais ! S'écria t-il victorieux. Je savais que ton appel n'était pas innocent !

-Mais si, je te jure. C'est juste que tant que je t'ai sous la main...

-C'est cela oui !

Kurogane la connaissait trop bien pour se laisser avoir. Il arrivait souvent à Tomoyo de l'appeler pour prendre des nouvelles ou lui demander quand ils pouvaient se voir, mais jamais elle n'aurait prit la peine de lui passer un coup de fil de l'autre bout de l'Atlantique si ça n'avait pas été nécessaire.

-J'avais commandé une robe dans un magasin il y a quelques semaines, elle doit être largement arrivé depuis le temps, mais ça m'étais complètement sorti de l'esprit. J'ai peur qu'ils finissent par la vendre si je n'y vais pas très vite...

-Tu veux que j'y aille pour toi, c'est ça ? Devina t-il.

-Ce serais trop adorable de ta part ! Tout est déjà prêt. Tu n'as qu'à passer prendre le ticket de commande et le chèque à mon appartement, ça doit être dans une enveloppe quelque part sur mon bureau, et le leur donner. Le nom et l'adresse du magasin sont écrit dessus, c'est simple comme bonjour !

-D'accord, d'accord, je vais le faire, capitula t-il.

-Merci, t'es le meilleur cousin du monde !

-J'espère bien !

Bien entendu, contrairement à ce que Tomoyo avait dit, ce fut très loin d'être simple. Premièrement parce qu'il lui fallut aller chercher un double des clés de sa cousine chez ses parents et que sa tante tint absolument à ce qu'il reste prendre un café. La femme lui raconta en détail les derniers potins du quartier, lui montra TOUTES les photos du mariage, et s'extasia pendant une heure sur la beauté de Tomoyo. Lorsqu'il parvint finalement à s'extirper de ses griffes, un second problème se posa. Elle semblait l'avoir oublié, mais Tomoyo faisait faire des travaux dans son appartement durant son absence, en ouvrant la porte, Kurogane se trouva donc face à cinq ouvriers sidérés. Après leur avoir expliqué que non il n'était pas un voleur, mais qu'il venait juste chercher quelque chose à la demande de Tomoyo, et que de toute façon s'il avait voulu la cambrioler il ne serait pas en possession des clés, ils le laissèrent entrer.

Pour les besoins des rénovations, le bureau avait été recouvert d'une bâche qu'il retira. En la soulevant, il comprit que son calvaire était loin d'être terminé. Selon la jeune femme, le chèque et le ticket étaient dans une enveloppe sur le bureau, sauf qu'elle n'avait pas précisé que ledit bureau était recouvert de papiers et d'enveloppes en tout genre. Ça allait de la facture d'électricité, aux carte de félicitations pour le mariage, en passant par les fiches de paye. Il dut farfouiller dix bonnes minutes et passer en revue tout ce qu'il y avait sur le meuble avant de se rendre compte que l'enveloppe qu'il cherchait ne s'y trouvait pas. Désespéré de voir que les indications de sa cousine étaient aussi peu fiable que toujours, il jeta néanmoins un coup d'œil dans les tiroirs, au cas où. Son intuition fut la bonne puisque ce qu'il voulait était rangé là. Exaspéré, mais à peine surpris, il empocha l'enveloppe et reparti.

Une fois dans la voiture, il rentra l'adresse du magasin dans le GPS de son téléphone. Celui-ci se trouvait en plein dans une rue piétonne du centre ville. En râlant sur le fait que ça allait encore lui prendre trois plombes, il se trouva un parking, qui par miracle n'était pas plein, et fit le reste du trajet à pied. Évidement, il n'avait pas de numéro, juste le nom de la rue, il du donc entièrement la remonter à pied en scrutant de chaque côté pour trouver une boutique du nom de « Chez Tiphany ». À son grand dépit, il ne le trouva pas. Plutôt énervé, il se résolu à refaire le trajet dans l'autre sens en regardant mieux. Malheureusement, il n'eut pas plus de succès dans son entreprise. Vexé de ne pas être capable de trouver un malheureux magasin, il refit à nouveau le chemin, bien décidé à ne pas passer pour un crétin en devant avouer à Tomoyo qu'il n'avait jamais trouvé le magasin.

Il était tellement concentré sur sa tâche qu'il bouscula sans le vouloir une personne qui arrivait dans l'autre sens.

-Aïe ! Cria le jeune homme dans lequel il était rentré. Faites attention !

-Désolé ! S'excusa t-il.

Le garçon qu'il avait poussé avait la petite vingtaine, de courts cheveux brun et des lunettes ovales. Il portait une chemise blanche remontée aux coudes et un pantalon de toile simple. L'incident n'aurait pas retenu son attention plus de quelques secondes s'il n'avait pas remarqué la seconde personne en face de lui.

-Fye ?! L'appela t-il, surpris de le croiser.

Il ne manquait plus que ça pour que sa journée soit parfaitement ratée. Pile quand il était presque parvenu à se sortir ça de la tête pour quelques heures. Il fut néanmoins heureux de constater que se retrouver devant Fye n'avait pas provoqué en lui une irrésistible envie de se jeter sur lui. Le fait qu'ils soient habillés normalement et en pleine rue, y était probablement pour quelque chose.

-Qu'est-ce que tu fais là ? S'étonna le blond. Depuis quand tu es fan de shopping ?

-Je ne le suis toujours pas, rassure toi. Je rends service à Tomoyo.

Ils restèrent planté là sans savoir s'ils devaient continuer leur route ou poursuivre la discussion. Le garçon qui accompagnait Fye les regardait à tour de rôle, comme s'il attendait qu'on lui explique la situation. Remarquant son manège, l'Anglais finit par faire les présentations.

-Kurogane, je te présente Kimihiro Watanuki. Mon ami, et... l'assistant de ma psy.

L'assistant de sa psy ? Bon c'était bizarre, mais pourquoi pas après tout. Ils se voyaient probablement souvent, peut être que le courant était passé entre eux et qu'ils s'étaient liés d'amitié ?

-Kimihiro, voici Kurogane. Mon... enfin, tu sais.

-Enchanté ! S'exclama joyeusement le garçon en lui tendant la main. Je suis heureux de pouvoir enfin rencontrer le fameux Kurogane. J'ai tellement entendu parler de toi !

-Comment ça ? Demanda le brun.

-Kimihiro ! S'écria Fye en le fusillant du regard.

-Oups...

Kurogane ne comprenait pas. Qu'est-ce que ça voulait dire exactement « J'ai tellement entendu parler de toi ? ». Il était assistant de la psy, est-ce que ça voulait dire qu'il suivait les séances ? Si c'était bien le cas, qui parlait ? L'ami, ou le psy ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, ça ne lui avait jamais traversé l'esprit que Fye parlait peut être de lui à d'autres personnes. Lui l'avait fait après leur rupture et il avait recommencé aujourd'hui, mais le blond était devenu tellement renfermé qu'il n'avait pas réfléchi au fait que lui aussi devait probablement se confier à quelqu'un sur ce qui lui arrivait.

Autre question importante, parlait-il de lui en bien ou en mal ? Et puis ce « tellement » sous-entendait qu'il devait évoquer le sujet assez souvent. Qu'est-ce qu'il pouvait bien avoir à raconter sur lui ? Il n'était pas si intéressant que ça quand même ? Surtout que au départ, Fye ne semblait pas ravi du tout de le voir. Ou alors peut être qu'il s'était plaint de lui pendant des heures.

Encore un mystère à rajouter à la liste de ceux que l'Anglais créait avec ses satanés sous-entendus.

-Alors comme ça, tu es là pour Tomoyo ? L'interrogea le blond, soudain pressé de changer de sujet.

-Ouai, soupira t-il. Je suis sensé passé récupérer un truc pour elle, mais je trouve pas le magasin...

-C'est quoi le nom ?

Il lui passa l'enveloppe sur laquelle l'adresse était indiquée.

-Ah mais je connais ! S'exclama Fye. Il est dans le mini centre commercial en bas de la rue.

-S'il est caché aussi... Bougonna t-il froissé que son ex ai trouvé en moins de 30 secondes.

Le jeune homme rit de le voir vexé pour si peu. Puis, sans manquer de signaler que LUI savait où était le magasin alors qu'il n'était là que depuis un mois, il l'amena devant son objectif. Une fois devant la poste, Kurogane commença à hésiter. Que devait il dire exactement ? Qu'il était venu chercher une robe au nom de Daidouji ? Peut être avait elle donné le nom de son mari. Quoi qu'ils n'étaient pas mariés à l'époque. Et qu'allait penser la vendeuse ? Un homme qui venait chercher une robe c'était bizarre, non ?

-Qu'est-ce que tu attends ? S'étonna le blond en le voyant rester immobile.

-Euh... Je.. C'est que... Bafouilla t-il.

L'Anglais et son ami le fixaient, un peu circonspects, en attente de son explication.

-Ça ne risque pas de paraître étrange ? Enfin, vu que c'est une robe, je veux dire...

-Sérieusement ? Se moqua Fye, qui peinait à contenir son fou rire naissant. Ce que tu peux être chochotte parfois !

Super, il passait encore une fois pour un parfait crétin. Décidément, il aurait peut être dû rester au lit aujourd'hui.

-Nan mais je... Tenta t-il de se rattraper.

-Laisse, je vais le faire pour toi.

-Tu es sûr ?

-Ça ne me dérange pas. Et puis à ce rythme là, dans deux heures tu seras toujours là si on agit pas.

À la fois gêné et soulagé, il le remercia et lui donna l'enveloppe de sa cousine. Un sourire amusé sur le visage, Fye entra dans la boutique, leur assurant qu'il n'en avait que pour cinq minutes.

Kurogane et Kimihiro se retrouvèrent seuls au milieu de la rue. Ils ne se connaissaient pas, aucun sujet de conversation ne lui venait donc à l'esprit. Il aurait pu poser des questions sur Fye, mais ça aurait été déplacé. Il se contenta donc de lancer une discussion bateau, qui au moins dissiperait un peu leur embarras.

-Tu connais Fye depuis longtemps ?

-Ça va faire quatre ans, je pense.

Donc le blond était probablement suivis par Yuko depuis le même laps de temps. Est-ce que ça voulait dire que ses problèmes de dépression n'étaient apparus qu'à cette période, ou bien qu'il avait simplement changé de psy en même temps que de continent ?

-Qu'est-ce que tu viens faire dans le coin, si ce n'est pas trop indiscret ?

Ils habitaient dans une ville plutôt grande, mais elle était loin d'avoir l'influence de la capitale. Ce n'était pas exactement un pôle touristique majeur du Japon, alors tout le pays ne connaissait pas son existence.

-Je suis venu voir Fye. Il a... commença le garçon avant de se reprendre. Je passais dans le coin, j'ai eu envie de le voir..

C'était visiblement un mensonge, mais on ne pouvait le blâmer de vouloir protéger la vie privée de son ami.

-C'est bon, ne t'embête pas, l'arrêta t-il. Ça ne me regarde pas, je comprend.

Kimihiro lui fit un sourire reconnaissant. À l'intérieur du magasin, l'Anglais était accoudé à la caisse, en train d'attendre que la vendeuse revienne. Il tourna la tête dans leur direction et agita les doigts en souriant lorsqu'ils remarqua qu'ils le regardaient.

-En fait, ce n'est pas tout à fait vrai... murmura le jeune assistant. Cette histoire te concerne autant que moi.

-Que veux tu dire ?

Il eut une hésitation avant de répondre.

-Je ne devrais peut être pas t'en parler, mais Fye est très fragile psychologiquement. C'était l'idée de Yuko qu'il accepte l'invitation au mariage et le job. Il fallait qu'il revienne ici, il en avait besoin. Ça a été très dur pour lui quand il est arrivé, mais finalement, il va mieux depuis qu'il est là.

Alors c'était ça. Kurogane en était sûr, jamais le blond ne serait revenu dans cette ville sans une bonne raison, surtout pas alors qu'il avait des problèmes de dépression. Sa psy l'y avait poussé, ça expliquait pas mal de choses. Qui il avait appelé lors de sa crise de larme le lendemain du mariage, pour commencer.

Un truc le dérangeait cependant, dans ce que l'autre venait de dire. Fye n'allait pas exactement mieux depuis son retour. Il avait quand même failli ce suicider. Peut être que sa psy n'était pas au courant ? Devait il le dire dans ce cas ? Oui, eux sauraient, bien mieux que lui, quoi faire de cette information.

-Il faut que je te raconte quelque chose, avoua le brun. I peu près trois semaines, je me suis disputé avec Fye. J'ai fini par revenir un peu après et... je crois... je crois qu'il essayait de ce suicider.

Son interlocuteur parut peiné. Son visage prit une expression à la fois inquiète et déçue.

-Il nous avait dit qu'il avait eu un passage à vide, mais je ne pensais pas que ça avait été aussi loin... Soupira t-il. C'est un de ses gros problèmes. L'état de Fye joue aux montagnes russes. Il peut aller bien pendant plusieurs semaines et d'un coup, sans aucun signe avant coureur, il se retrouve au 36e dessous. La moindre étincelle le fait s'écrouler.

Kurogane ne savait pas quoi dire. Il avait vu que son ex n'allait pas bien, mais ce que lui racontait Kimihiro ne faisait que renforcer ses inquiétudes. Cela semblait pire que ce qu'il avait imaginé.

À regret, il vit que l'Anglais se dirigeait vers la sortie, un sac à la main. Il aurait aimé pouvoir continuer leur discussion plus longtemps. Au dernier moment, une des vendeuses le rattrapa par le bras, visiblement surexcitée. Son voisin profita de ce contre temps pour poursuivre.

-C'est pour ça ce que ce que tu fais est très important. Fye a peur de tout et de tout le monde. Il met une barrière entre lui et le reste du monde. Toi tu ne t'y es pas laissé prendre. Tu a fais énormément d'effort pour qu'il te laisse l'approcher, et l'aider.

-Ouai, mais je suis pas sûr que ça se soit avéré très payant...

-Au contraire ! C'est exactement ce dont il a besoin. Il faut qu'il se rende compte que les autres se soucient de lui, qu'il n'est pas inutile. Toute cette énergie dépensée n'a pas servi à rien. Il a peut être trébuché quelques fois, mais je peux t'assurer que son état s'est réellement amélioré, et ça, c'est grâce à toi.

Comment ça grâce à lui ? Tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent c'était se disputer avec lui, le harceler jusqu'à ce qu'il lui réponde, et l'embrasser. Il ne voyait pas en quoi ça avait pu l'aider.

-Tu dois te tromper. Il ne va pas mieux à cause de moi. Je ne vois pas comment ça pourrait être le cas...

-Tu fais parti des seules personnes qui comptent réellement pour lui. Il ne l'a peut être pas montré, mais ton acharnement l'a touché.

Le brun en avait les jambes sciées. Si Kimihiro le lui disait, c'était probablement parce que Fye en avait parlé, mais cette révélation était pour le moins surprenante. Il avait remarqué que son ex avait changé de comportement après qu'il lui ait dit qu'il ne comptait pas abandonner, mais le connaissant, il avait cru que c'était peut être juste de la comédie pour le rassurer. Ce n'était pas le cas. Il l'avait aidé, il l'avait vraiment aidé. Ça lui faisait plaisir à un point qu'il ne pouvait exprimer.

-Je sais que ce n'est peut être très juste de te demander ça, repris l'assistant, mais, s'il te plaît, continue à t'accrocher. Ce que tu fais pour lui est très utile, ne le laisse pas te repousser.

-D'accord, acquiesça t-il.

Il ne comptait pas laisser tomber de toute façon, mais les paroles de Kimihiro étaient encourageantes. Il allait l'aider, il ferait tout ce qu'il pourrait pour qu'il aille mieux. Tant pis si ça impliquait de devoir passer du temps avec lui, et de réveiller la tentation, il était prêt à prendre le risque. La santé de Fye passait avant le reste.

Quand il sorti de la boutique, le jeune homme ne remarqua pas qu'ils venaient de parler de lui. Il tendit la robe à Kurogane qui le remercia. Sa discussion avec l'ami du blond lui avait presque fait oublier la raison de sa présence.

-Bon, maintenant, tu es obligé de nous payer un verre en remerciement ! Déclara Kimihiro, très fier de son idée.

-Ne l'écoute pas ! Protesta Fye. Je suis sûr que tu as pleins de choses à faire. Un simple merci me suffit amplement !

La partie sage de son cerveau lui criait de partir, la partie irrationnelle quant à elle trouvait que c'était une excellente idée. Bêtement, et parce qu'il trouvait moins de raisons de refuser que d'accepter, il reprit la proposition de l'assistant. Ils se retrouvèrent donc assis tout trois en terrasse, pour le bonheur des deux bruns et le désarroi du blond. Ce dernier se contenta d'une limonade tandis que les autres prenaient de la bière. Ce fut Kimihiro qui fit la plus grand part de la discussion, posant des questions à Kurogane, et se plaignant de sa tyrannique patronne et de son crétin de meilleur ami. Fye ne se montra pas très loquace, se contentant la plupart du temps de sourire et de hocher la tête d'un air passionné. Il arborait la même expression qu'en cours de Chinois, langue dont les seuls mots qu'ils maîtrisaient était « Bonjour » et « Merci », lorsqu'il voulait faire croire au prof qu'il suivait. Finalement, après une demi-heure, il poussa un cri en regardant sa montre et signala à son ami qu'ils allaient être en retard.

-Désolé Kurogane, mais j'ai un rendez-vous tout à l'heure et je dois encore accompagner Kimihiro à la gare ! Expliqua le blond en se levant. Il faut qu'on file si on veut avoir le temps de tout faire.

-Pas de problème. Je n'allais pas tarder à partir de toute façon, le rassura t-il.

Ils se séparèrent sur une poignée de main.

-J'ai été ravi de faire ta connaissance, déclara Kimihiro.

-Moi aussi. C'était une rencontre très intéressante.

Il avait apprit des informations importantes sur son ex grâce à cette rencontre fortuite. Finalement, sa cousine ne lui aurait pas fait perdre son après-midi pour rien. Malheureusement, bien qu'il ait récupéré la robe, ses malheurs n'étaient pas terminés pour autant. Il fallait maintenant qu'il retourne chez sa tante pour rapporter les clés et la commande de Tomoyo. Sa tentative de passer discrètement en entrant par derrière fut un échec total puisque sa tante se trouvait dans le jardin. Il ne put échapper à un autre café, et à un sermon sur le fait qu'elle ne le voyait pas assez souvent ces derniers temps.

-Tu devrais venir manger à la maison un de ces soirs. Amène Henry, tout le monde sera ravi de l'entendre parler de son voyage.

-On verra tatie.

Il était presque six heures, lorsque enfin il se gara devant chez lui. Exténué, il monta les marches avec la grâce d'un rhinocéros handicapé. Une vive envie de pleurer l'envahi au moment où, après avoir retourné entièrement son sac pour la quatrième fois, il comprit qu'il n'avait pas ses clés. Trop fatigué pour avoir la force de chercher où il les avait laissées, il décida d'attendre l'arrivée de Shaolan assis sur les marches. Son plan lui paraissait génial jusqu'à ce qu'il se rappelle que le jeune homme passait la soirée chez un ami. Il ne lui restait qu'une solution, aller demander le double de Seishiro.

Au moment où il arrêtait la voiture, un éclair de génie le traversa et il se vit très clairement retirer ses clés de son sac pour les poser dans son casier. Bon au moins il n'avait pas fait le trajet pour rien, il était quand même au bon endroit. Saluant vaguement Primera il fonça dans les vestiaires et récupéra le fameux trousseau.

En ressortant, il vit à travers la vitrine que son meilleur ami était devant la porte en train d'embrasser quelqu'un.

-Ah je savais bien qu'il y avait anguille sous roche ! Ne put-il s'empêcher de crier, victorieux.

Ce n'était donc pas juste son imagination, Seishiro avait un comportement étrange. Comportement expliqué par le fait qu'il s'était apparemment trouvé quelqu'un.

Bien décidé à le charrier, et pourquoi pas même, à lui foutre la honte, Kurogane se dirigea rapidement vers la sortie. Ce n'est qu'au moment où il ouvrit la porte, prêt à crier « Je t'y prend mon saligaud ! », qu'il pu voir le visage de l'autre personne : Fye. Sa voix s'étrangla dans sa gorge et il émit un grognement de surprise. Les deux hommes se tournèrent vers lui, leurs deux visages exprimant la surprise et l'effroi.

-Kurogane... l'appela Seishiro en faisant un pas vers lui.

Il fit la sourde oreille. Ses poings se serrèrent instinctivement et la colère afflua en lui. C'était ridicule, il n'aurait pas du se mettre dans cet état, mais il se sentait trahi et trompé. Sans un mot, il passa au pas de course à côté du couple, fonçant vers sa voiture.

-Kurogane, attends ! Cria désespérément son meilleur ami.


Alors, surpris ? ;)