Bien le bonjour~! Et qui reprend du service? Hein? Ouais, c'est moiiiiii! J'espère que tout va pour le mieux pour vous :D!
A nouveau, merci pour vos reviews, favoris ou follows, ainsi que pour votre lecture! Je vous nem :3 (ouais "nem" parce que j'ai faim, à l'heure où je vous écris ça xD). Ce chapitre a été écrit avec la chanson "I Won't Run Away" de Ashes Remain, si jamais vous souhaitez vous mettre dans l'ambiance ^^. La mélodie et les paroles correspondaient complètement à ce que j'espérais retranscrire.
Réponse aux reviews
MirryD: Merci pour ta review! Ma santé va mieux, c'est adorable de ta part de demander! Et je suis heureuse que ce chapitre t'ait plu! J'espère qu'il en sera de même pour celui-ci et pour les autres à venir ^^. Plein de bisous :*.
Sur ce, je dois vous dire que j'ai choisi de modifier ma fin initiale parce qu'elle ne me plaisait véritablement plus. ça me semblait trop brouillon et trop peu crédible à mon goût. Ce qui fait que je garde mon épilogue mais que je dois réécrire tout l'entre-deux. Et très sincèrement, je préfère grandement celle que je scénarise en ce moment ^^. Mais je garde certaines idées de l'autre pour ma prochaine longue fiction sur du Spamano (qui m'est venue tout récemment et que j'ai absolument hâte de commencer à écrire).
Je vous souhaite une bonne lecture! Et nous nous retrouvons bientôt pour de nouvelles aventures~!
Ciao~
Chapitre 21
La pluie s'écrasait avec une férocité déconcertante sur les dalles du sol, des flaques se formaient à leurs pieds. Le ciel était sombre, paré sur toute son immensité de nuages menaçants. Antonio aurait juré que le monde se fichait de lui, que le ciel pleurait sa peine à sa place, que tout ce qu'il n'avait eu de cesse d'enfermer à double tour, là, tout au fond de lui était balayé en vagues par ce torrent d'eau.
Il avait envie d'hurler, de crier à s'en époumoner. Il désirait tout abandonner et partir, s'enfuir aussi loin que ses jambes lui permettraient d'aller. Et de ne plus revenir. Sa poitrine s'alourdissait d'une culpabilité qu'il n'avait encore jamais connue jusqu'à lors, tandis qu'il observait d'un œil absent la silhouette fragile et esseulée qui sanglotait désespérément des mots d'excuses, étouffés presque entièrement par ses mains recouvrant son visage.
« Je te demande pardon. » répétait-elle inlassablement dans un hoquet. « Je suis tellement désolé. »
« Un jeune garçon » ne tardât-t-il pas à réaliser. Des cheveux sombres et ondulés dégoulinant de gouttelettes d'eau, de fins bras aux muscles d'homme à peine apparent, une voix qu'il ne connaissait que trop bien. Une voix qui semblait cependant plus jeune que celle qu'il n'avait eu de cesse d'entendre jour après jour.
Lovino. Son Lovino qu'il côtoyait à longueur de temps. Un Lovino toutefois complètement différent, qu'il redécouvrait sous un jour nouveau.
« C'est de l'histoire ancienne, Lovino. » s'entendit-il dire d'un timbre tremblant, peu assuré. « On ne peut rien y faire… »
Le jeune homme releva la tête pour planter ses prunelles assombries, noyées par ses larmes se mélangeant à la pluie qui tombait toujours plus fort au fil des secondes qui passaient. Son visage parcourut de sillons rougis était plus potelé, arborait des courbes d'adolescent gagnant peu à peu en maturité.
« Je n'ai jamais rien pu faire... » Antonio se sentait brisé, il avait été touché à l'endroit même où il était le plus fragile. « Je les ai déçus, comme à chaque fois… »
Lovino secoua vivement la tête, l'expression nouée.
« Tu n'y es pour rien, 'Tonio. Ils sont stricts et intolérants. Tu es très bien comme tu es, espèce d'idiot. »
« Je ne mérite pas- »
« Je t'interdis de finir cette phrase ! » s'écria Lovino en le pointant d'un doigt tremblant de rage. « Je te l'interdis, tu entends ? » Il s'approcha plus prêt, campant droit sur ses pieds, et agrippa désespérément le visage d'Antonio dans ses mains humides. « Tu mérites d'être heureux, tout autant qu'une autre personne ! Tu mérites d'aimer qui tu as envie ! »
Antonio se perdit dans cet éclat de feu qui brillait si fort dans les yeux de Lovino. Il le pensait véritablement, il pensait tout ce qu'il disait. Le cœur brisé de l'hispanique gonfla douloureusement dans sa poitrine. Lovino représentait cette lumière qui le guidait dans les ténèbres, et Antonio baissa les armes, les défenses écroulées et piétinées. Sa carapace, son masque de sourire qu'il avait pour habitude de revêtir même dans les pires moments venait de se fracasser en milliers d'éclats sur le sol.
Lovino le tira soudain tout contre lui, appuyant la tête de l'espagnol sur sa frêle épaule de jeune homme. Ce geste déclencha un mécanisme qui n'avait jamais fonctionné jusqu'à présent, tout au fond de son être, et les larmes qu'il n'avait jamais réussi à verser, les larmes qu'il réprimaient au même titre que ses sentiments, dévalèrent de ses yeux pour se perdre sur les pants ouverts de la chemise blanche de l'italien, déjà complètement trempée.
« T'es vraiment pas possible ! » soupira d'un ton faussement exaspéré ce dernier. Mais c'était doux, tendre, compréhensif. « Viens-là ! ». Ses mains glissèrent autour de son cou, une d'elles se perdit dans les cheveux bouclés pour caresser distraitement le cuir chevelu. « Je te cacherai le visage le temps qu'il faudra pour que tes pleurs se calment. »
Antonio passa ses bras autour de la taille ferme du rital et le serra fort, dans l'espoir d'en graver la sensation dans son esprit, de se souvenir éternellement de l'odeur d'eau de Cologne à peine présente par-dessus celle doucereuse de la lessive délavée par la pluie.
À nouveau, Lovino était une bouffé d'air frais lorsqu'il étouffait. Il était cette épaule qui le retenait quand tout autour de lui s'écroulait.
« Je te remercie d'être là. » Antonio enfuit son visage dans le cou du plus jeune, déversant sa tristesse comme jamais il n'avait encore eu la possibilité de le faire auparavant. « Merci pour tout, Lovino. »
Antonio ouvrit grand les yeux, le souffle saccadé et le pouls rapide. La sueur qui perlait sur son front et dans son dos lui provoquait des sueurs froides, un long frisson lui remonta le long de la colonne vertébrale et s'étendit dans tous ses membres tel un virus lui glissant sous la peau et parcourant ses nerfs écorchés à vifs.
Le cerveau tournant à plein régime, il prit appui sur ses coudes et se redressa pour détailler les alentours. Après que son regard eut bien vérifié dans cette pénombre que toutes les ombres présentes dans la pièce étaient bien celles de meubles, et qu'il était donc parfaitement éveillé, il laissa sa tête retomber lourdement sur son oreiller. Seuls les martèlements de son cœur se fracassant dans sa cage thoracique et résonnant jusque dans ses tempes lui donnaient une notion de temps.
Il savait pertinemment qu'il devait tourner aux alentours de six heures du matin, mais il n'arrivait pas à puiser la force dans ses muscles tremblotants pour relever le buste une fois de plus.
Un rêve. Un rêve parmi tous les autres. Ça faisait longtemps qu'il avait été aussi vivace… Aussi réel.
C'en était effrayant. Parce qu'Antonio savait que c'était la réalité, que c'était un souvenir. Tout lui avait semblé familier, une sensation de déjà-vu qui ne voulait pas le quitter. Il avait eu cette impression de revivre ce jour, d'être un simple spectateur incapable de la moindre interaction avec le monde extérieur, d'être semblable à une marionnette dont on tirait les ficelles et qui ne pouvait que fixer ce qu'on en avait fait d'elle.
Expirant une nouvelle bouffée, la bouche pâteuse, il se mit à compter sans grand intérêt le nombre des battements rapides de son cœur jusqu'à celui-ci ne daigne enfin retrouver un rythme viable.
Il avait peu à peu appris à gérer le début de ses crises, il savait dire quand ces dernières étaient sur le point de commencer.
Aujourd'hui était son jour de congé. Il pourrait bien s'octroyer une à deux heures de sommeil de plus. Il cligna deux fois des paupières, laissant son souffle s'apaiser grâce à de longues inspirations, pour finalement tenter de retrouver un sommeil plus confortable et reposant que ceux qu'il enchaînait depuis de longs mois déjà. Mais tout le ramenait inéluctablement à ce rêve. Et ce rêve parlait de Lovino. Ce qui l'avait d'autant plus marqué était surtout le fait qu'ici, il avait vu son visage. Il avait réussi à détailler chaque sillon d'eau dévalant le long de son visage si jeune.
Peu importe à quel point il se triturait les méninges, la réalité des faits lui revenait tel un coup de poing dans le ventre. Il aimait déjà Lovino depuis longtemps.
« Tomber deux fois amoureux de la même personne, hein ? » pensa-t-il, débordant d'ironie. « Tu dois sans doute être un cas désespéré, mon pauvre 'Tonio… »
Il en était dérouté. Combien d'années s'étaient écoulées depuis qu'il avait réalisé pour la première fois ses sentiments ? Lovino l'avait-il déjà rejeté ? Antonio les lui avait-il seulement déjà avoués auparavant ?
Oh. Antonio ne savait pas. Il ne savait plus.
Il avait peur d'y penser et de voir ses illusions utopiques être démenties. Il avait peur du rejet, qui s'avérerait sans doute en être un second. Lui qui était si confiant pour lui dire il y a encore une flopées de semaines, aujourd'hui il avait peur du rejet auquel il devrait peut-être faire face. Parce que cela signifierait se résigner à abandonner. Et cela, Antonio n'était pas certain de pouvoir le faire.
Il tenait trop à Lovino. Il l'aimait beaucoup trop, à la limite du supportable.
Soupirant, il se leva finalement du lit, une douche lui serait plus que bénéfique pour remettre ses idées en ordre. Sur cette pensée, il se dirigea vers la salle de bain en s'étirant de tout son long et faisant crisser le parquet sous chacun de ses pas par la même occasion.
Il referma la porte derrière lui et enleva ses vêtements pour se planter devant le miroir rectangulaire placardé aux carrelages des murs. Antonio plissa les yeux, le blanc des carrelages reflétant l'ombre des objets présents dans la pièce ne lui avait encore jamais paru aussi maladif qu'à présent. Et ce qu'il craignait, son reflet lui confirma : des poches de cernes noires coloraient le dessous de ses yeux et le teint d'ordinaire hâlé de son visage avait pâli. Légèrement, mais cela restait tout de même visible. Ce n'était définitivement pas très plaisant à voir.
Il était soulagé de ne pas devoir se présenter au travail dans cet état, on lui aurait sans nul doute rabâché les oreilles toute la journée… Il passa une main lasse sur son visage. Lui-même se faisait peur.
« Je te demande pardon. »
Ces mots, prononcés par la voix enrouée de Lovino, résonnaient telles des coups de marteaux dans sa tête. Il n'était pas bien difficile de savoir que c'était une scène qui s'était déroulée juste après sa fugue de chez ses parents. Mais Antonio ne comprenait pas. Pourquoi avait-il fugué ?
Il porta la paume de sa main à sa joue ; une… gifle ? Oh, oui. Il avait rêvé de ça, il y a un bout de temps, déjà. Et des mots qui se répercutaient en écho tout au fond de lui : « Je n'ai jamais demandé à avoir un fils comme toi ! Non ! Non, tu n'es pas mon fils ! Tu n'as toujours été qu'un bon à rien ! Un déchet ! »
Il avait encore merdé, hein ? Ses parents l'avaient mis à la porte. Et ses souvenirs s'arrêtaient là. Point. Le reste n'était que page blanche destinée à être réécrite.
Un nouveau soupir se fraya un chemin à travers le portail de ses lèvres. Toute cette histoire lui bouffait toute son énergie.
S'il en venait à lui demander qu'est-ce qu'il se reprochait dans l'histoire, Lovino lui dirait-il ?
Encore, la boule au fond de son ventre lui tordait l'estomac. Encore, le nœud au fond de sa gorge grandissait à vue d'œil. Encore, la sensation de toucher du bout des doigts ce qui lui échappait se consumait devant ses yeux impuissants.
Il se claqua soudain les joues des mains, inspirant longuement.
Non, il ne recommencerait plus. Non, il ne fuirait pas. Il en avait pris la décision, et il était bien décidé à poursuivre tout ça jusqu'au bout.
Lovino attrapa le café fumant que Matthew lui tendait.
- J'ai un putain de mal de crâne, se plaignit-il en se massant le front du bout des doigts.
La seule réponse qu'il récolta de son ami canadien fut un rire avec une pointe de sarcasmes.
- Te fous pas de ma gueule, Matth'. Comment ça se fait que t'as rien toi, déjà ? T'es quoi ? Immunisé à l'alcool, ou bien ?
Le blondinet hocha négativement de la tête, but une gorgée de sa boisson chaude puis répondit.
- Je connais mes limites, moi, figure-toi. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même pour avoir bu comme un trou.
Lovino tiqua, ravalant sa hargne.
Les quinze minutes de pause qu'on leur avait accordées lui étaient plus que nécessaires. Il avait bondit de sa chaise tel un ressort et avait décampé de la salle aussi vite qu'elles avaient été annoncées, Matthew sur ses talons. Ils s'étaient dirigés vers un distributeur non loin et Matthew lui avait offert la tournée, comme Lovino l'avait fait hier au premier bar qu'ils avaient tous deux réussis à dénicher dans les environs. Et Lovino avait enchaîné les verres comme de l'eau. Maintenant il le regrettait amèrement.
Pourquoi avait-il bu, déjà ? Ah. Oui. Pour se noyer dans l'oubli d'être à des centaines et des centaines de kilomètres de chez lui.
Il se savait avoir parfois des idées à la con mais celle-ci était devenue une véritable connerie. À présent il descendait les cafés dans l'espoir de décuver.
Résultat des courses : son estomac jouait à faire des galipettes dans son ventre et tout ce qu'il avait ingurgité semblait d'attaque à faire la fiesta sans lui demander son autorisation. Il avait une tête de grippé avec son visage retiré et sa – presque – incapacité à tenir droit sur ses jambes, ainsi que les cheveux tellement hirsutes qu'il en était même venu à se demander si les siens ne s'étaient pas barrés en cours de route pour laisser la place à d'autres complètement indomptables.
- Urgh… grogna-t-il. Matth', la prochaine fois que je te propose un verre, je t'autorise à me botter le cul.
Matthew arqua les sourcils et cligna plusieurs fois des paupières. Un sourire en coin étira sa bouche.
- C'est toi qui l'auras dit ! clama-t-il.
- Carrément, opina Lovino.
- Je retiens, hein !
- Je l'aurais mérité.
Absolument, qu'il l'aurait mérité. « Plus jamais ! » se jura-t-il. « Absolument de foutu de putain de plus jamais ! »
Il déglutit ; il avait déjà les idées plus claires et rangées. La brûlure du café tout juste versé avait réussi à lui ramener un minimum les pieds sur terre.
Tandis que Matthew comptait visiblement les monnaies qu'il lui restait, Lovino s'écarta de plusieurs pas. Il était inquiet. Il n'avait reçu aucunes nouvelles d'Antonio depuis le soir précédent.
D'un geste quelques peu précipité, il sortit son téléphone portable de la poche de son pantalon de costume et plissa du nez quand il vit que l'écran n'affichait aucun message. Lovino en avait envoyé un Antonio, mais cet idiot ne lui avait pas répondu depuis. Ça commençait sérieusement à l'inquiéter. La veille, il lui avait déjà paru étrange. Il n'avait que brièvement parlé, il s'était contenté de le regarder, l'expression dans le vague. Dans l'état dans lequel il était, le jeune italien ne pouvait s'empêcher de se faire un sang d'encre, de s'imaginer le pire des scénarios.
Soupirer, Lovino n'avait l'impression de faire que ça depuis quelques jours, déjà.
Matthew remarqua sans doute son malaise puisque, dans un souffle, il lui demanda :
- Tu veux que j'y aille ?
Surpris, Lovino haussa les sourcils. Après y avoir réfléchit, il finit par acquiescer d'un mouvement du chef. Son regard s'excusait à sa place, il n'en fallut pas plus au canadien pour le comprendre. L'empathie dont il lui faisait systématiquement preuve enlevait un poids des épaules de Lovino. Pour ce même fait, s'était-il déjà fait la réflexion, Matthew avait le même effet sur lui que Bella.
Il attendit que Matthew soit hors de sa vue pour s'accoter au distributeur et pianoter sur son téléphone. Il rechercha le nom d'Antonio dans son répertoire et le trouva rapidement. Alors qu'il s'apprêtait à appuyer sur la touche d'appel, son doigt se figea. Il était peut-être préférable de lui envoyer un message, non ? Sa pause terminait dans une poignée de minutes, mieux valait-il qu'il soit présent un peu plus tôt dans la salle. Arriver dernier ne faisait jamais bonne impression, après tout.
Descendant le restant de son café, Lovino composa un début de message… puis l'effaça aussi vite.
Non, il lui téléphonerait le soir. C'était mieux ainsi. Et il lui dégommerait les tympans pendant qu'il y était.
Son téléphone verrouillé et à nouveau calé dans sa poche, il marcha en direction de la salle de réunion.
Ah… il aurait peut-être dû penser à se fumer une cigarette.
Antonio s'essuya le front du dos de la main ; il faisait trop chaud dans le bar de Francis.
Un peu plus tôt dans la journée, alors qu'il s'ennuyait royalement dans la maison, l'espagnol avait eu l'idée d'appeler son ami français pour lui demander s'il pouvait venir lui filer un coup de main pour nettoyer son bar. Ce dernier avait accepté après une courte hésitation, heureux d'avoir de l'aide et était passé le chercher en faisant un crochet pour une course d'alcool qu'il n'avait vraisemblablement plus en stock.
Antonio avait remonté ses manches, soulagé de pouvoir faire quelque chose de constructif de sa journée.
Maintenant qu'il restait vraiment toute la journée dans l'espace vide de toute présence que la sienne dans la maison, il était d'autant plus confronté à cette sensation de solitude. Il avait même oublié de répondre au message de Lovino, maintenant qu'il y pensait. Il avait la tête ailleurs, depuis son réveil. Toutes ses pensées étaient focalisée sur la scène du rêves qui se rejouait inlassablement dans son esprit.
Il attrapa dernière chaise en bois qui restait sous la table ronde et la posa à l'envers sur celle-ci. La lumière du jour donnait un tout autre aspect à cet endroit, Antonio ne l'avait pratiquement vu que lors de leurs soirées entre amis. Ici, il pouvait amplement le détailler sans avoir à être dévisagé par les nombreux clients qui s'y bousculaient jusqu'à plus d'heure.
Tout était très chic, sobre, à l'image du caractère doux et prévenant de Francis.
Sur cette pensée, il esquissa un sourire et empoigna le manche du balai qu'il avait déposé contre un mur avec une ramassette.
Son attention fut bientôt détournée par le poids du regard songeur de son ami. Le français s'était accoudé sur le bar qui traversait de part en part les lieux et, une main soutenant le menton, semblait plongé dans une profonde réflexion.
- Tu sais, mon bichon, je suis quand même étonné que tu m'aies proposé ton aide… finit-il par avouer.
Un rire maladroit répondit à la place d'Antonio.
- Enfin bon, continua la tête blonde, ce n'est absolument pas de refus. Grand-frère Franny s'ennuie tout seul~.
- Moi aussi je m'ennuyais, expliqua l'hispanique. J'avais besoin de bouger.
- Et Gigi qui n'arrive qu'en soirée. J'ai envie de voir des jolies filles, moi~ !
Antonio força un autre rire. Francis était définitivement comique.
Après que le brun eut fini de balayé, son ami lui demanda s'il ne pouvait pas aller jeter les poubelles.
- Dans la ruelle juste à droite, s'il-te-plait.
Antonio s'exécuta, tout sourire. Le froid du dehors lui mordit la peau. Il aurait vraiment dû embarquer son manteau. Son pull à col roulé laissait passer l'air lorsqu'il bougeait. Les rues commençaient doucement à s'animer, les lampadaires étaient déjà allumés.
Plaçant le dernier sac contre les autres, Antonio prit le temps de souffler quelques minutes. Il observa les alentours, tout était si coloré. La rue montait en long serpent de dalles. Les vitrines des magasins étaient déjà lumineuses pour la plupart, les rayons decrescendo du soleil qui se coloraient d'orangé et autres couleurs rougeoyantes n'étaient plus suffisants pour donner fière allure à tout ce petit monde. Francis avait élu domicile dans un quartier où il y faisait assez bon vivre, c'était un bel endroit, florissant de couleurs. Pratiquement tout ce qu'il aimait. Les regards se perdaient souvent sur son enseigne « La Rose » écrite en toutes lettres françaises. Le brouhaha des groupes de monde donnait agitation constante.
Antonio ne s'étonnait pas du tout que Francis aime autant cet endroit. Ça ne lui aurait définitivement pas déplu d'y habiter aussi, en toute sincérité.
Décidant qu'il était temps pour lui de retourner au boulot, il s'épousseta rapidement le pantalon et se dirigea vers la porte d'entrée qu'il avait franchi près de cinq bonnes minutes auparavant. Il arrêta tout mouvement lorsqu'il remarqua un homme juste devant les volets fermés, apparemment occupé à lire attentivement les horaires d'ouvertures que Francis y avait fait mettre.
L'espagnol fronça les sourcils. Cet homme… grand, sans doute plus que lui. Brun de cheveux, ceux-ci semblaient plus sombres que les siens et étaient noués en queue basse qu'il laissait retomber négligemment sur une épaule. Son profil montrait des traits droits, marqués par un début de trentaine d'années, sans doute. Sa fine silhouette était habillée de vêtements de tous les jours : un jean serrant surplombé d'un manteau à boutons sombre et d'une écharpe en laine.
Oui, il n'y avait pas à dire, cet homme lui rappelait quelqu'un. Mais alors que tout lui hurlait qu'il lui était familier, lui rejetait de son possible cette idée. Parce que c'était tout bonnement impossible que ce soit le cas… n'est-ce pas ? Sa poitrine se serra.
Souhaitant en avoir le cœur net, Antonio s'approcha à pas mesurés.
- Je peux vous aider ? se risqua-t-il.
L'homme bifurqua de quelques degrés et laissa à Antonio tout le loisir de découvrir son visage. Ses yeux d'émeraudes brillaient de la même intensité que les siens.
« Pourquoi tu souris toujours aussi bêtement, hein ? »
Oh. Pourquoi ces mots résonnaient dans ses oreilles ?
« Tu as l'air idiot ! Grandis, un peu ! »
Ça ne pouvait pas être ça, pas vrai ?
- V-Vous savez, parvint-il à articuler en tentant de cacher les tremblements dans sa voix et de regagner un minimum de contenance, nous n'ouvrons que plus tard. Vers dix-sept heures et-
- Alors les rumeurs sont vraies…
Antonio sursauta presque tant ça l'avait surpris. De l'espagnol. L'accent de sa ville natale. Une voix grave, profonde. Une voix qui avait mûrit au fil des années mais qu'il reconnaîtrait entre milles.
L'homme baissa le regard, une expression presque douloureuse déformant son visage.
- Je reviendrai ce soir, fit-il avant de faire volteface et de partir, les mains dans les poches.
Antonio ne sut même pas lui demander d'attendre, lui demander si tout ce qu'il se tuait à renflouer tout au fond de lui, cette idée qui germait dans son esprit, était fondé. Parce qu'en cet instant, cette silhouette qui s'éloignait lui parut terriblement triste.
