Enfance : Albus

L'été se termine. Albus part à Poudlard demain.

Je me sens étrange. Je voudrais aller avec eux, pour la première fois. Je crains pour mon frère et son bien être. Je ne suis pas sûre qu'il puisse compter sur Rose. Lui et ma cousine se sont beaucoup éloignés cette année.

Albus est terrorisé à l'idée d'être réparti à Serpentard. Je n'ai jamais oublié la conversation que nous avons eue en début d'année. Chaque fois que je croise son regard émeraude hanté, je sais qu'il songe à sa répartition.

Je suis allée dans sa chambre avant de me coucher. Il était assis sur son lit, le regard dans le vide. James l'a charrié tout l'après-midi, et j'ai eu beau intervenir pour lui signaler que c'était une maison honorable et que la répartition serait juste et mettrai Albus là où il sera le mieux, il n'en a pas tenu compte. James est devenu arrogant depuis son entrée à Poudlard et il n'écoute aucunement la petite fille naïve que je suis, jugeant mes phrases idiotes et moralisatrice.

-Je t'aime, Albus, tu le sais ?

-Je sais Lily.

-Moi je m'en fiche de ta répartition. Je serais juste triste si on ne peut pas manger ensemble à Poudlard, mais ça se trouve tu seras à Gryffondor et pas moi et on ne pourras pas manger ensemble non plus.

-Lily... Je n'ai pas envie de parler de ça. De toutes manières, je n'irais pas à Serpentard.

Je regarde Albus avec une moue perplexe.

-Tu ne peux pas savoir, j'explique. Personne ne peut savoir avec certitude.

-Lily !

-Mais tu dois comprendre, c'est important...

-Lily, je-ne-veux-pas-parler-de-ça. Soit tu changes de sujet, soit tu t'en vas.

Je fronce les sourcils. Il ne comprend pas, que ne pas y penser n'évitera pas le problème. Au contraire, il risque de ne pas être préparé si jamais cela survient. Mais Albus est sincère et est capable de me virer de sa chambre. Et si je déteste une chose, c'est d'aller me coucher avec quelqu'un en colère contre moi, car leur colère ne s'est généralement pas résorbée le lendemain alors que la mienne s'évapore facilement.

-J'aurais bien aimé que tu prennes un hibou.

Nous sommes allés sur le Chemin de Traverse et j'ai eu le droit à un livre sur la mythologie grecque du point de vue des sorciers, mais Albus a jeté son dévolu sur un furet absolument adorable sans même que nous n'ayons à pénétrer dans une boutique animalière. Je n'ai pas pu revoir le vendeur aux tâches de rousseurs et aux yeux bleus, ce qui me peine un peu. Est-ce qu'il se souviendra de moi dans deux ans, quand je viendrais acheter ma chouette ?

-Elle ne m'aurais pas servi à grand-chose, marmonne mon frère.

Mes yeux se brouillent aussitôt de larmes.

-Tu ne m'écriras pas ?

-Oh, Lily-jolie... Je t'écrirais, si tu veux, mais tu prendras la chouette de Papa non ?

-Mais tu ne m'écriras que si je le veux ? Tu n'as pas envie de m'écrire toi, c'est une corvée ?

Albus gigote légèrement, et des larmes coulent sur mes joues. Je sanglote.

-Mais si ! Je n'ai jamais dit ça ! C'est juste...

-Ton amour va s'amoindrir durant les deux ans où nous serons séparés ?

La couleur préférée d'Albus est le noir, il sale ses corn-flakes parce que ça leur donne meilleur goût, le jeu qu'il préfère est les bavboules et il arrive toujours à éviter leur jus nauséabond, s'il doit jouer au loup alors il prendra loup-glacé, et sur balai, ce sera niffleur-bougie. Est-ce que ça va changer sans qu'il me tienne informée ? Est-ce que ça l'intéressera de savoir ce que j'ai pensé du nouveau livre de Rick Riordan, maintenant que Percy à gagné la guerre contre Chronos ? Ou que je commence à trouver que le bleu turquoise est plus agréable que le bleu marine ?

-Où tu vas chercher ça ? s'exclame Albus. Maman et Ron ne se sont pas éloignés quand il était en première année, Lily, tu es irrationnelle ! Tu es ma sœur, je t'aime, point, j'ai vraiment besoin de te le dire ?

Il est en colère... Mais comment aurais-je pu savoir cela sans qu'il ne l'énonce ? Je continue de pleurer et je déteste le bruit que je produit mais je n'arrive pas à reprendre ma respiration. Albus passe un bras autour de mes épaules et me serre fort.

-Je t'écrirais Lily, d'accord ? Je te décrirais la salle commune et les hiboux de mes amis... Et tu me parleras d'Annabeth et de Nico.

-Promis ?

-Promis, murmure-t-il. Promis, Lily-jolie.

Je le serre fort dans mes bras, moi aussi. Il va tellement me manquer. Est-ce qu'il le sait ? Au cas où, je le lui dit, et je serre encore plus fort.

Maman passe dans la chambre pour nous dire d'aller au lit. Elle ne semble pas ravie par mes larmes, mais elle me borde et prend le temps de me dire que ça ira, même si Albus part, qu'on aura plein de chouette moments tous les trois.

Je prend mon réveil rouge, et je fais tourner les aiguilles, plus longtemps que d'habitude. Je n'arrive pas à effacer la boule d'angoisse qui enfle à l'intérieur de moi.