J'avais laissé passer quelques jours depuis la révélation que m'avait fait Pierre et je m'en sentais que plus mal de jours en jours. Je m'en voulais de laisser passer autant de temps avant de faire ce que toute bonne amie aurait fait depuis un bon moment, mais réellement, je ne me sentais pas prête à assumer la situation dans laquelle ça allait me mettre.

Ce jour là, je tentais de griffonner un article dont personne d'autre que moi avait voulu, l'esprit tourmenté par une silhouette que je venais de voir passer par la fenêtre entrouverte. J'avais beau ne l'avoir vu que quelques secondes, le trouble fut le même que si je l'avais fixé un long moment. Et déjà, Pierre avait perçu mon mal-être.

- As-tu été le voir ?

- Qui ça ? Le défiai-je inutilement.

- L'homme que tu viens de voir passer par la fenêtre de ton bureau, Hermione.

- Je…

Impossible de faire sortir ce fichu mot de ma bouche, je me contentai d'hocher la tête alors qu'il poussait sa chaise face à mon bureau, face à moi.

- Tu ne sais pas si tu vas le faire n'est-ce pas ?

- Que ferais-tu toi ?

- En prenant en compte le fait que tu le connais depuis votre enfance, que de ce fait, tu dois le connaître mieux que personne. Je prendrais le risque de me mettre un instant à sa place, et réfléchirais à ce que je voudrais que l'on me dise dans ce cas là

- C'est bien le problème, je ne sais pas… enfin… bien sûr que je voudrais être mis au courant mais peut-être pas par… par la personne qui… bref.

Je levais les yeux vers lui et une nouvelle fois, je me sentis plus pitoyable que jamais. Il avait l'air si serein que j'avais l'impression de le décevoir par mes propos si puérils quand j'y pense. Peut-être étais-je réellement une bien mauvaise amie qui ne pensait qu'à son propre confort.

- Hermione… ce que j'en pense, c'est qu'il te reste dix minutes avant la fin officielle de ta journée, et que personne ne t'en voudra réellement si tu ne fais pas tes deux heures journalières supplémentaires.

Je sais qu'il avait raison, mais j'étais Hermione Granger et mon esprit restait le même. Jamais je ne devais se faire rencontrer ma vie professionnelle et ma vie affective. Alors, mon regard se baissa vers la plume qui trempait encore dans l'encre, et je le vis faire disparaître le tout dans un :

- Le décret sur les elfes de maison t'attendra bien jusque demain. Ca fait des millénaires que c'est ainsi, tu ne changeras pas tout en une soirée non ? Ca fait combien de temps que tu travailles sur ça ? Alors une journée de plus ou de moins…

Je ne pu m'empêcher de lui lancer un regard de reproche. Comme tout sorcier, il ne comprenait pas mon obstination à vouloir sauver les elfes de maison de leur état d'esclaves.

Seulement voilà, dehors une silhouette s'éloignait de plus en plus. En une fraction de secondes, j'avais jeté ma cape sur mon épaule et je quittais les bureaux sous le regard médusé de mes employés. J'osais à peine imaginer ce qu'ils devaient penser de leur patronne.

On avait beau être en pleine semaine, le chemin de Traverse était bondé en cette fin de journée. Et j'avais beau regarder de gauche à droite, il n'y avait nulle part la trace de Ron. Mon premier réflexe fut d'aller jeter un coup d'œil à l'intérieur du magasin de quidditch, seulement, à part des enfants pas plus hauts que trois pommes, il n'y avait pas l'ombre d'un adulte. Puis, je me dirigeai vers la boutique de bonbons la plus proche et là encore, il n'y avait personne. Enfin, je vis apparaître devant moi le glacier Florian Fortarôme, sur le moment, je fus persuadée que réellement, il s'agissait du seul endroit où il pouvait se trouver. Seulement, à peine avais-je jeté un coup d'œil à l'intérieur de la boutique que je vis son reflet bien autre part. Ron n'était plus un enfant et j'avais cette fichue tendance à l'oublier. Il se dirigeait vers un endroit tout autre : le chaudron baveur.

Ce moment fut sans doute le plus humiliant de la journée : celui où, comme une adolescente, je courrais derrière mon meilleure ami en hurlant son prénom agrémenté de « ouhou » inaudibles venant de moi.

Il se retourna alors avant d'avoir pu entrer dans son pub, l'air stupéfié. Bientôt, un sourire vînt trahir ce qu'il pensait et sa voix ne put qu'affirmer ma sensation.

- Hermione ? Depuis quand tu hulules ?

- Depuis quand tu connais ce mot ?

- Ahah ! C'est bien toi ça ! Quand je dis un truc qui ne te plaît pas, il faut que tu deviennes méchante.

- Ca va, excuses-moi.

- Sérieusement tu hululais ! Hermione Granger qui hulule.

- C'est bon, je retire mes excuses.

- Ca va 'Mione, le prend pas mal. Je suis juste étonné, c'est tout. Tu voulais me voir alors ?

- Euh… non.

Je vis son sourcil se arquer et je sus qu'il était trop tard pour faire marche arrière.

- Donc tu hululais pour quoi ?

- Je ne hululais pas ! Je t'ai vu passer et ça ne se fait pas de ne pas dire bonjour quand on voit quelqu'un qu'on connaît.

- Oh… bah bonjour alors.

- Bonjour.

Rectification, me voir courir en hurlant le prénom de mon ami, n'était finalement rien comparé à ce moment là. Visiblement, ni l'un ni l'autre ne savait quoi dire et réellement, je commençais à regretter mon excès de témérité.

- On va manger une glace.

- Une glace ?!

- Oui, Ron, j'ai envie d'une glace.

Ses yeux parcoururent mon corps de haut en bas et je sentis des frissons m'envahirent en même temps que mes joues prenaient une couleur rouge. Merlin merci, il coupa bien vite à cet état de gêne intense.

- Bien, allons pour une glace.

Nous refaisions le chemin en sens inverse et je cru sentir mon coeur s'arrêter de battre lorsque je vis le visage de Florian apparaître. Apparemment réjouie, je ne pus que subir lorsque je l'entendis me dire :

- Ah, on dirait que vous avez trouvé la personne que vous cherchiez.

J'évitais de croiser le regard de Ron et continuais à avancer jusqu'à une table bien à l'écart.

- Tu as une drôle de façon de croiser les gens par hasard toi…

- Je t'ai réellement croisé par hasard, Ron. Je… t'ai vu et j'ai du te chercher…

- Oui, question de politesse. Je comprends…

Quelque chose dans son sourire moqueur me disait qu'il n'allait pas en rester là avec cette histoire. Mais pour le moment, j'avais quelque chose de plus délicat à lui annoncer…