Bientôt arriva donc l'automne, et les arbres se débarrassèrent peu à peu de leurs branches fines et souples et leurs feuilles se teintèrent de jaune et d'orange. Hermione vit Harry se morfondre de plus en plus, anxieux de l'absence de Dumbledore. Ce dernier n'était pas reparu depuis leur dernier cours particulier, et le poids de la prophétie se faisait bien sentir sur les épaules du survivant. Mais prise par ses nombreux cours et une masse de devoirs tout aussi considérable, la jeune fille n'était pas vraiment disposée à entamer une conversation sérieuse, décida d'attendre leur prochaine sortie à Pré-Au-Lard, fixée à la mi-octobre, pour sortir un tant soit peu de ses études. Hermione fut aussi soulagée de parvenir plus facilement à contrôler ses émotions, et ses examens avec madame Pomfresh chaque lundi matin révélèrent que sa magie avait cessé de se multiplier par centaines, stagnant presque à un niveau acceptable. De toutes évidences, dès que la Gryffondor passait un moment de calme sans autre souci que son travail scolaire, son organisme restait tout aussi serein et apaisé. Ces nouvelles réconfortantes regonflèrent rapidement le moral des troupes, redonnant espoir aux trois amis.
L'agacement d'Hermione vis-à-vis du manuel de potions de Harry revint au grand galop lorsqu'elle le prit à lancer des sortilèges récupérés dans le livre lui-même sur des Serpentards malchanceux. Elle le foudroyait chaque fois d'un regard de glace, qui n'empêchait toutefois aucunement les agissements de Harry, vivement encouragé par Ron. Elle avait finie par abandonner ses réprimandes une bonne fois pour toute en sachant que de toutes manières cela ne l'avançait à rien, et s'en allait à la bibliothèque pour quelques recherches sitôt que les deux garçons faisaient leurs expériences.
C'est donc pour cette raison qu'Hermione se trouvait ce jour là assise en tailleur entre deux rayonnages, un samedi de forte pluie, fortement concentrée sur les lignes de son Manuel de métamorphose avancé. Un raclement de gorge juste au-dessus d'elle la fit sursauter, et elle releva la tête vivement.
- Hermione Granger, Dobby est content de vous revoir Miss !
L'elfe de maison se tenait à moins d'un mètre d'elle, et Hermione fut surprise de ne pas l'avoir entendu apparaître. Dobby était coiffé de multiples chapeaux et bonnets en tous genre, et revêtait un pull trop grand pour lui aux couleurs des Gryffondors. Ses chaussettes, enfilées les unes par-dessus les autres, semblaient toutes se différencier les unes des autres. Hermione lui avait cousu bon nombre de vêtements dans l'année, et chaque fois Dobby apparaissait dans son salon pour la remercier avec enthousiasme.
- Dobby ? Mais que fais-tu dans la bibliothèque, chuchota Hermione.
- Je suis venue vous voir Miss !
Ses grands yeux verts brillants d'excitation la fixaient avec intensité, et il avait un grand sourire. Son exclamation fit se relever Hermione très rapidement, qui lui mit une main devant la bouche. Madame Pince aurait vite fait de la sortir à grands cris de la bibliothèque si elle se faisait remarquer.
- Chut ! Il faut chuchoter ici !
L'elfe de maison acquiesça avec gravité. Elle retira donc la main de sa bouche et attendit.
- C'est Albus Dumbledore qui m'envoie, Miss, fit-il alors avec fierté en baissant d'un ton.
- Dumbledore ? Il est revenu ?
- Oh non Miss ! Il est juste passé voir Dobby en cuisine, pour donner un message à Miss Hermione Granger… Il est repartit aussitôt !
Hermione regarda l'elfe avec scepticisme, se demandant que pouvait bien être ce fameux message. Le directeur n'ayant pas fait mine de vouloir se montrer depuis début Septembre, il était étonnant qu'il ne soit pas même resté pour parler à Harry. Le temps que la Gryffondor réfléchisse, Dobby sortit un parchemin de son pull, légèrement froissé mais toujours bien roulé, qu'il lui tendit.
- Il a dit qu'il ne voulait pas vous embarrasser d'un message par hiboux dans la Grande Salle, et que je devais vous le remettre discrètement. Mais je ne voulais pas attendre ce soir que vous soyez dans vos appartements…
Il avait une moue d'excuse, mais Hermione fut soulagé de ne pas le voir se frapper contre un mur pour n'avoir pas obéit exactement aux propos du directeur. Etonnée, elle saisit le parchemin en remerciant Dobby avec chaleur.
- Merci à vous, Miss, pour tous ces cadeaux ! Répondit-il avec joie.
- Y a t-il des elfes de maison dans les cuisine qui portent aussi des vêtements ?
La question anodine d'Hermione amena Dobby a lui adresser une légère grimace alors qu'il perdait un peu de sa bonne humeur.
- Je suis désolé, Hermione Granger. Ils sont tous certains que c'est incorrecte, et refuse tous les chapeaux que je leur donne…
- Oh. Ce n'est pas grave. Je suis contente que toi tu les portes.
Bien qu'elle soit déçue, Hermione sourit à Dobby, qui reprit immédiatement un visage plus heureux. Il la salua et claqua des doigts, disparaissant dans un pop sonore. Heureusement, madame Pince sembla n'avoir rien entendu, et resta penchée sur les documents sur son bureau. Hermione s'assit alors contre l'étagère et déroula le parchemin avec curiosité.
Miss Granger,
Pardonnez moi d'avoir recours à un elfe de maison pour vous faire parvenir ce message, mais je n'avais guère le temps de vous le remettre en main propre.
Vous savez sans doute qu'une sortie à Pré-Au-Lard est prévue à la mi-octobre, et qu'il faut une autorisation signée de vos tuteurs pour s'y rendre. Hors, je suis vraiment embarrassé de vous l'annoncer ainsi, mais vous n'avez cette année pas rendue cette autorisation signée. Par conséquent, vous ne pourrez pas vous rendre au village, sauf si un tuteur vous le permet au préalable.
Je vous souhaite une bonne journée, et espère que tout va pour le mieux pour vous,
Albus Dumbledore.
Hermione eut tôt fait de froisser le papier avec force brutalité, outrée de son contenu. Elle avait complètement oublié cette histoire de tuteur. Ses parents n'avaient pas de famille en dehors d'une vieille tante perdue dans le nord de l'Ecosse, et la femme était presque sénile. Hermione n'en revenait pas que Dumbledore lui rappelle ainsi la mort de ses parents, et son statut d'orpheline très récent. Elle n'y avait pas pensé. Pas pensé qu'elle n'avait plus d'endroit où aller mis à part Poudlard, et que personne n'était son tuteur dans le cas où quelque chose arrivait à ses parents. Pas de marraine, de parrain, ou qui que ce soit pour signer ce fichu bout de papier, joint au parchemin. Elle ravala ses larmes et quitta la bibliothèque d'un pas rageur. Hermione se souvenait que Harry non plus n'avait pas pu signer son autorisation avec la famille Dursley, en troisième année, et savait donc qu'elle n'obtiendrait rien de la part d'un professeur comme lui-même l'avait espéré à ce moment là. Elle n'avait donc pas d'autre choix que de rester se morfondre entre les murs du château pendant que ses amis boiraient une bièraubeurre chez Rosmerta. Lorsqu'elle s'arrêta finalement de marcher, elle se rendit compte qu'elle était devant la porte de son appartement, et entra. Hermione déplia alors le parchemin, relisant les mots du directeur avec colère. Il était inconvenant, et très stupide, d'écrire ça sur un bout de papier envoyé par un elfe de maison. Elle comprenait mieux qu'il n'ait pas envoyé de hibou, qui aurait attiré le regard d'élèves curieux. Le directeur savait très bien dans quel état ça la mettrait. Elle distingua au bas de la lettre froissé, une phrase qu'elle n'avait pas remarquée.
PS : Pourriez-vous dire à Harry de me rejoindre dans mon bureau le lundi soir suivant la sortie, à huit heures.
Cette fois, elle réduisit le parchemin à l'état d'une boule bien compacte avant de le balancer à la cheminée, où il se consuma lentement. Hermione tacha de mieux respirer pour calmer ses émotions, les yeux braqués sur le parchemin noircit. Mais pour qui la prenait-il ? D'abord il appuyait où ça faisait mal, et puis il l'envoyait fixer un rendez-vous avec Harry pour leurs petites séances ?
- Vieux bonhomme stupide ! S'exclama t-elle à haute voix en détournant le regard des flammes.
Elle réussit enfin à se reprendre, et se rendit alors compte qu'elle avait oublié ses affaires à la bibliothèque. Il était déjà presque sept heures, et le dîner avait sans doute commencé, mais elle ne voulait pas arriver à la fermeture. Hermione reprit donc sa route en sens inverse, descendant les escaliers avec empressement. Arrivée au quatrième étage, elle entra dans la bibliothèque et récupéra livres et matériels, les fourrant brutalement mais avec efficacité dans son sac, avant de ressortir vivement. Madame Pince la regarda en ouvrant de grands yeux, courroucées par ses manières cavalières. Hermione n'en fit pas cas, et ralentit le pas alors qu'elle atteignait le bout du couloir. Elle ne savait pas trop si elle avait envie de rejoindre ses amis finalement, ayant un peu perdu l'appétit.
- Hermione !
La jeune fille se retourna vers son frère, qui arrivait de l'autre côté. Sur ses talons, elle remarqua avec surprise un concierge légèrement souriant, qui avait revêtu des habits rouge foncée, bien plus gais que l'éternel uniforme noir qu'il portait toujours. Il perdit son visage joyeux à l'instant où il croisa son regard, et Hermione réprima un sourire amusé.
- On allait à la Grande Salle pour dîner. Tu viens ?
- Je n'ai pas très faim en fait, mais on se voit tout à l'heure, répondit alors Hermione.
Dans le fond, la rouge et or se demandait toujours si elle annoncerait ou non la date du prochain rendez-vous à Harry. Même si c'était très important pour lui, elle n'avait pas vraiment envie d'obéir au vieil homme qui l'avait profondément blessée par son message. Elle aurait préféré qu'il lui parle directement, et propose une solution quant à cette affaire de sortie. Peter lui offrit une moue déçue, et reprit alors sa marche vers le Hall.
- Bonne soirée Miss Granger, grinça Rusard en passant devant elle.
Surprise, elle haussa un sourcil, mais il avait déjà tourné le dos. Elle vit alors Peter prendre la main de l'homme pour l'entrainer dans les escaliers.
- Et donc Argus, tu crois vraiment que je pourrais un jour voler sur un balai ?
- Mais oui, mais oui. Mais cesse donc de me parler de ça…
- Pourquoi ?
- Parce que.
- Mais…
- Tu veux que je te raconte d'où vient vraiment Halloween ?
Hermione failli éclater de rire, mais se retint en imaginant déjà la tête outrée et de son frère et du concierge. Finalement, elle prit les escaliers vers le septième étage, requinqué par la bonne humeur de Peter et la vision d'un Rusard meilleure nounou qu'elle ait vu jusqu'alors.
A mi-chemin de son appartement, Hermione décida finalement de se rendre au parc. Il n'était pas encore huit heures, et donc elle n'aurait pas dépassée le couvre-feu. Soulagée de ne croiser aucun aurors à la mine lugubre, elle sortit donc du château, enserrant sa cape noire autour d'elle en sentant le vent lui glacer les os. Elle marcha jusque le lac, et s'assied contre le tronc du saule où ils se retrouvaient toujours avec Harry et Ron.
- Je te dis qu'on va trouver une solution Dray !
- Mais quelle solution, hein ? Tu vas faire quoi Blaise ? Aller dire au seigneur des ténèbres qu'il n'est pas très sympathique de garder ma mère ? Lui demander gentiment d'arrêter ses bêtises et de me laisser vivre ma vie ?
- Arrête…
- Que j'arrête quoi ? Je suis au bout du rouleau !
Hermione se recroquevilla un peu plus, passant sa cape autour de ses genoux, remontant le col pour se faire plus discrète. Zabini et Malefoy étaient hors de sa vue, certainement juste derrière le bosquet en face d'elle. A l'entente du nom donné pour le mage noir, Hermione frissonna. Les Mangemorts seuls l'appelaient ainsi.
- Pansy est sur le coup. D'après ce qu'elle dit…
- Pansy ne sait pas ce qu'elle fait. Je n'ai aucune idée de son plan, mais la voir tourner autour de Granger n'est pas vraiment une excellente chose si tu veux mon avis, répliqua Malefoy d'une voix froide.
- C'était l'idée de Théo. Et tu sais qu'il est intelligent.
La voix grave de Blaise semblait si proche qu'Hermione faillit sursauter. Lorsque Malefoy prononça son nom, elle tendit l'oreille encore plus. Ainsi elle avait bien raison, Parkinson avait un plan. Mais elle ne pensait pas qu'il s'agissait de Malefoy lorsqu'elle lui avait demandé son aide.
- Théo… C'est Théo.
Malefoy sembla à court d'arguments, mais sa voix paniquée en disait long. Il avait peur, c'était une évidence. Mais de quoi et de qui ? Il avait dit que sa mère était gardée, par Voldemort sans doute. Le mage noir devait lui avoir donné une mission. Mais alors Harry avait une fois de plus raison. Malgré tout, Hermione voulait en savoir plus. Entendant les pas des deux garçons s'éloigner un peu, elle tenta une approche discrète, collée contre la pelouse. Quelqu'un aurait débarqué à cet instant, il l'aurait cru folle, à ramper comme un commando. Mais les pas s'arrêtèrent, et elle pu entendre encore quelques mots.
- Je n'ai plus le choix Blaise. Je vais devoir le faire, d'une manière ou d'une autre.
- Je sais.
Zabini semblait bien plus calme que Malefoy, mais sa voix révélait toutefois beaucoup d'angoisse, pour son ami. Hermione ne pensait pas un jour penser que Malefoy puisse avoir des amis. Des vrais, auxquels il se confie sans pudeur et sans arrogance. Elle tenta de se rapprocher encore, passant outre les quelques branches qui lui griffaient les bras.
Crac.
Hermione se figea, et les deux garçons en firent apparemment de même puisqu'elle n'entendit absolument plus rien.
- Qui est là ?
C'était Malefoy. Et il avait l'air très en colère.
- Bouges pas, je vais voir.
Elle entendit les pas de Zabini se rapprocher lentement, et sentit son cœur battre avec force dans sa poitrine, à un rythme dément. Bientôt, elle pu distinguer le visage du métisse qui avançait, la baguette en avant, contournant le bosquet. Il faisait noir, et la lune était cachée derrière les nuages, mais Hermione n'arrivait pas à se calmer. Elle vérifia que sa cape la couvrait complètement et baissa la tête pour ne faire apparaître que ses cheveux. Alors qu'elle se croyait tirée d'affaire, les pas de Zabini partant dans une toute autre direction, elle sentit des cordes s'enroulées autour de ses bras et de ses jambes. Malefoy avait fait le tour, et sans même qu'elle ne l'entende arriver, il lui avait jeté un incarcerem informulé.
- Voyons voir ce qu'on a là…
Le blond s'approcha, et Zabini en fit de même de l'autre côté. Hermione, malgré son immobilisation, tenta de cacher son visage en gardant la tête baissée, mais deux longs doigts pâles vinrent lui relever le menton avec force. Nez-à-nez avec Malefoy, elle tacha de garder la tête froide. Hermione savait qu'elle pourrait se libérer si elle le voulait, et même leur faire oublier cet incident d'un oubliette bien placé, mais elle avait bien trop peur de perdre le contrôle. Car d'après ce qu'elle avait entendu, Malefoy n'était pas quelqu'un de très tourné vers la violence. Il rechignait apparemment à accomplir sa mission, quelle qu'elle soit, et qui ne pouvait être autre que sordide.
- Hermione Granger, commenta Malefoy en la dévisageant, prononçant son nom avec lenteur.
- Qu'est-ce qu'on fait ? Elle a sûrement tout entendu !
- D'après toi Zabini ?
Malefoy regardait toujours la Gryffondor, et elle remarqua que ses traits étaient tirés, et qu'il avait de larges cernes violacés sous les yeux. Son teint pâle ne faisait rien pour rendre ce visage moins effrayant, et malgré elle, Hermione trembla.
- Que faisais-tu ici à nous espionner ? Demanda brusquement le blond.
- Je ne vous espionnais pas.
- Ah oui, vraiment ?
Zabini renifla d'un air méprisant.
- Pas au début, en tous cas, admit Hermione.
- Elle est franche comme une Gryffondor, c'est chouette ça, commenta Malefoy en souriant.
Mais son sourire était bien plus effrayant qu'autre chose, et Hermione se demanda finalement si elle n'aurait pas du user de sa magie avant qu'il ne lui fasse du mal.
