CHAPITRE VINGT-ET-UN : ANYA, JUSTE ANYA
Dumbledore et Archimède apparurent au milieu d'une forêt dense, si dense que les rayons de la lune n'arrivaient pas à percer la cime des arbres, les obligeant à se servir de leur baguette pour se repérer et avancer. Un peu plus loin, ils voyaient déjà une grande bâtisse en bois s'élever au milieu des branches et des feuilles.
-Je ne m'attendais pas à cela, dit simplement Dumbledore. Ce n'est pas le premier endroit auquel j'aurais pensé pour cacher une fillette aussi importante que semble l'être Anya.
-C'est une condition que j'ai imposée au Ministre après leur avoir parlé de son existence. J'acceptais de mener mes études et de voyager dans le temps, à condition qu'Anya reste aux côtés de ma famille, sous protection renforcée du Ministère bien évidemment, ajouta Archimède en agitant sa baguette pour lever de nombreux sortilèges de protection, le temps qu'ils puissent passer. Anya a été adoptée par mon dernier fils, c'est l'une des nôtres, peu importe les pouvoirs qu'elle a.
-Et Fudge a accepté ?
Archimède eut un petit rire amusé en attendant la pointe de mépris dans la voix de son vieil ami.
-Je peux me montrer très convaincant quand je le désire, Albus. Toi aussi tu as réussi à négocier de t'occuper de la protection d'une personne importante, sans que le Ministère ait son mot à dire.
-C'est vrai. Mais Harry n'a jamais eu grand intérêt aux yeux du Ministère, jusqu'à ce que tu leurs montres la vision d'Anya. Voldemort parti, ils n'avaient pas de raison de s'occuper de lui et sans connaissance de la prophétie le concernant, Harry était pour eux qu'un simple garçon à protéger, ce que l'Ordre et moi on pouvait faire. Pour Anya c'est différent. Son pouvoir de clairvoyance semble avéré, là où Harry n'a pas de don particulier, d'après le Ministère. Tu as eu de la chance de pouvoir garder Anya à tes côtés simplement car ce n'était pas le plus brillant des Ministres que nous avons eus qui était en charge. Scrimgeour ne te laissera pas autant de liberté. Il sait très bien qu'aucun système de protection n'est infaillible.
-Je suis assez fort en ce qui concerne la protection. Toute personne qui entre ici sans y avoir été invitée se retrouve automatiquement dans une réalité alternative dans laquelle la maison existe mais où elle est vide. Ce qui nous laisse le temps de partir.
-Je vois…
-On va bientôt la faire sortir du pays de toute façon. Maintenant que l'annonce du retour de Tu-Sais-Qui…
-Archimède enfin…pas toi ! dit Dumbledore, outré de voir Archimède utiliser cette appellation qu'il trouvait toujours aussi ridicule.
-Nous n'avons pas tous la chance de n'avoir rien à craindre de lui, Albus ! Tu es la seule personne sur cette terre à pouvoir l'appeler comme tu le souhaites, sans avoir peur de représailles…bref…son retour ayant été officialisé l'été dernier, Anya ne peut pas rester en Grande-Bretagne. Au delà de la protection mise en place, il y a beaucoup de personnes qui risquent leur vie chaque jour pour s'occuper de sa sécurité. Je m'en voudrais qu'ils leur arrivent quoi que ce soit. Et puis, tant qu'ils sont ici, ils ne s'occupent pas de la population.
Et sans rien ajouter d'autre, Archimède ouvrit la porte d'entrée de la grande maison. L'intérieur était chaleureux, avec un feu de cheminée crépitant dans un coin, non loin d'un canapé qui avait l'air particulièrement moelleux. Tout le rez-de-chaussée était ouvert, sans aucune cloison, sur une immense pièce qui faisait officiel de salon, salle à manger et même cuisine.
-Ah grand-père, tu es rentré ! Anya voulait te voir tout à l'heure, elle….
La jeune fille qui venait de parler s'arrêter net en voyant Dumbledore dans le hall.
-Professeur Dumbledore ! E…Excusez-moi, je ne vous avais pas vu.
-Il n'y a pas de mal Miss Deauclaire. Je suis très heureux de vous revoir.
-Moi aussi, répondit Pénélope avec un franc sourire. Même si cela aurait été préférable dans d'autres circonstances.
-En effet, nous vivons actuellement des heures sombres. La terreur et le chaos qui commencent à régner dans le pays ont un impact direct sur les relations entre les sorciers et les sorcières. Et je regrette que cela ait également un impact sur la jeune génération prometteuse dont vous faites partie Miss Deauclaire. Je suis persuadé que ce climat ne doit pas être idéal pour se faire une place dans le monde du travail.
La jeune sorcière se mit à rougir en entendant les louanges de Dumbledore sur ses capacités.
-Je vous remercie Professeur. C'est vrai que la sortie de Poudlard a été difficile, du moins pour la majorité d'entre nous (un voile presque imperceptible passa devant ses yeux un bref instant). Mais je ne m'en sors pas trop mal.
-Pas trop mal ! Tu es bien trop modeste Pénélope ! s'exclama Archimède. Elle travaille au Département de la coopération magique internationale de Paris.
-Impressionnant, dit Dumbledore avec des yeux pétillants.
-Je…je savais que je ne trouverais pas d'emploi ici alors j'ai essayé de réfléchir à la meilleure façon de pouvoir aider les gens dans le pays. Edgar Downfield, le chef adjoint du département m'a laissé m'a chance et j'ai pensé qu'en trouvant un poste à la coopération internationale, j'arriverais à sensibiliser les sorciers et les sorcières d'autres pays…à ce qui se passe ici, souffla finalement Pénélope avec une pointe de déception dans la voix.
Dumbledore s'approcha d'elle, et déposa une main tendre sur son épaule.
-C'était très noble et très sage de votre part de vouloir tenter une telle approche vous portez très bien les couleurs de votre maison. Mais aucun pays ne prendra le risque de débuter une quelconque forme d'ingérence dans nos affaires…tant que le mal qui nous concerne ne concernera que nous, et que le Seigneur des Ténèbres comme il aime se faire appeler se contentera de terroriser uniquement la population du Royaume-Uni.
-C'est tellement idiot. Le mal pourrait se répandre largement au delà de nos frontières. Et avec un peu d'aide extérieure nous…
Pénélope ne termina pas sa phrase, consciente qu'il n'y avait pas grande aide à espérer de qui que ce soit en dehors du pays, ce que Dumbledore semblait avoir accepté depuis longtemps.
-Tu disais qu'Anya voulait me voir ? lança finalement Archimède pour briser le silence.
-Oui. Elle ne se sentait pas très bien aujourd'hui. Je crois qu'elle a vraiment besoin de changer d'air. Elle est dans sa chambre.
-Parfait. Allons-y Albus.
-Je ne voudrais pas la perturber davantage si elle ne se sent pas bien.
-Ne t'inquiète pas, nous ferons une visite express. Je suis bien conscient qu'elle a besoin de se reposer, mais il faut absolument que tu la rencontres.
Et sans rien ajouta d'autre, il s'engouffra dans l'escalier qui menait à l'étage. Toute la maison semblait avoir été bâtie selon le même schéma : tout en bois, très peu de personnalisation, une décoration presque inexistante, de grandes pièces et de larges couloirs pour pouvoir se déplacer rapidement en tout tranquillité. Seule la porte au fond du couloir dans lequel ils étaient en train de marcher avait été décorée avec des dessins de couleurs vives à la peinture. C'est vers cette porte qu'Archimède se dirigea, avant de frapper quelques coups secs sur le bois, en imitant vraisemblablement un code qui avait été mis en place entre lui et Anya la fillette.
La seconde d'après il s'engouffra dans la pièce, Dumbledore à sa suite fut aveuglée un bref instant par les couleurs vives au mur. Rien dans cette chambre de petite fille ne laissait transparaître la neutralité du reste de la maison, ni le chaos qui régnais dehors. Il y avait des jouets un peu partout, des poupées sur les étages et énormément de feuilles de papiers qui jonchaient le sol avec des dessins vraisemblablement faits par Anya. Cette dernière, assise un peu plus loin sur un tapis au centre de la pièce, leur tournait le dos. Dumbledore eut à peine le temps de remarquer la robe couleur émeraude qu'elle portait et ses très longs cheveux blonds vénitiens avant qu'elle ne se tourne vers eux. A la seconde où le regard de Dumbledore croisa le sien, il sentit la désagréable sensation qu'il perdait l'équilibre, tout en étant happé dans un puit sans fin.
Juste après il se retrouva totalement perdu, incapable de bouger ou bien de parler. Il n'était plus dans cette maison de forêt, il était à Poudlard, ou du moins ce qu'il en restait. Le château, derrière lui, était presque entièrement détruit. La tour Nord était en flammes, les murs de la Grande Salle était en morceaux et une grosse partie de l'école était complètement éventrée. Une bataille venait d'avoir lieu. Non, une bataille avait lieu en ce moment même. Plusieurs corps jonchaient le sol, au milieu des duels et des attaques de créatures magiques qui avaient toujours lieu un peu plus loin. Il reconnu sans peine des Mangemorts, mais également des jeunes sorciers et sorcières, portant encore leurs uniformes de Poudlard. Ses mains commencèrent à trembler, quand il entendit quelqu'un l'appeler, d'une voix très faible, derrière lui.
Il se tourna, et il vit Severus, une sale blessure à la tempe, un bandeau sur son œil gauche qu'il avait apparemment perdu, et surtout sa chemise couverte de sang. Il titubait, en se tenant le flanc gauche, avant de s'effondrer dans les bras de Dumbledore, qui l'allongea sur le sol en le gardant toujours dans ses bras.
-Severus…Non, pas vous !
-Je suis désolée Albus, je n'ai pas été à la hauteur. J'ai essayé de les repousser, mais je n'y suis pas arrivé. Il faut croire que…que la seule erreur que vous avez faite dans votre vie a été une décision me concernant. Je n'étais pas digne de devenir votre successeur. Je n'étais pas assez puissant.
-Ne dites pas de bêtises ! J'ai fait de nombreuses erreurs dans ma vie. Vous entraîner et vous transmettre mon savoir n'en était pas une. C'est de ma faute si nous en sommes arrivés là. C'est de ma faute si…si tous ces jeunes sont morts. Laissez-moi voir votre blessure.
Il brandit sa baguette, mais Severus lui attrapa doucement la main, pour l'abaisser. Il était très pâle, et Dumbledore sentit qu'il n'avait presque plus de force.
-N'utilisait pas votre temps et votre énergie pour essayer de me sauver Albus. C'est trop tard pour moi…
Le Maître des Potions déglutit difficilement.
-Ca ne fait rien. Je suis prêt…Il n'y a plus rien qui me retienne dans ce monde de toute façon.
Dumbledore sentit une larme couler sur sa joue, avant qu'elle ne s'écrase sur le visage de Severus ses yeux n'avaient déjà plus aucune lueur. Il était parti. Il le prit dans ses bras, en le serrant fortement contre lui, conscient de la perte que le Monde des Sorciers venait de vivre, et la perte que cela représentait également pour lui. Severus avait été la seule personne avait qui il avait pu partager toutes ses angoisses, toutes ses peurs, tous ses questionnements ces dernière année. Etant considéré comme le sorcier le plus puissant de tous les temps, il n'avait pas la possibilité de se montrer vulnérable ni faible devant les autres et Severus avait été le seul devant qui il avait pu être lui même. Et pas une seule fois il n'avait été jugé, pas une seule fois il n'avait vu de l'inquiétude dans le regard de Severus. Au contraire, il l'avait toujours soutenu, il l'avait toujours aidé.
Il releva ensuite la tête en entendant un petit rire s'élevait non loin de là où il était à genoux. Un rire glacial, qu'il reconnu sans mal, si bien qu'il ne fut pas surpris de voir Voldemort devant lui. Sa robe de sorcier était intacte, son visage n'avait aucune blessure, pas une seule éraflure. Pendant que ses Mangemorts étaient partis au combat pour assassiner des étudiants, lui était tranquillement resté en retrait. Dumbledore savait qu'il devait combattre, qu'il devait se relever, qu'il ne devait pas abandonner. Mais il ne savait pas s'il en avait la force. Au moment où Voldemort brandit sa baguette, alors qu'il était encore sans force, il sentit une pression sur son épaule. Quelqu'un venait de poser une main ferme dessus, pour l'encourager à aller jusqu'au bout. Il releva la tête pour voir à qui cette main appartenait, mais avant qu'il puisse voir le visage de la personne en question, un flash l'aveugla, et il se retrouva à nouveau dans la main des Deauclaire.
Il sentait son cœur battre dans sa poitrine, il voyait bien qu'il avait du mal à reprendre son souffle, et il sentit sans mal, la goutte de sueur perler sur son front puis le long de sa tempe. La vision de son avenir, et de celui de toutes les personnes qu'il avait vue, avait semblé plus que réelle. Archimède s'approcha de lui, récoltant les gouttes de sueur dans une petite flasque, qui portait déjà l'indication du nom du sorcier.
-C'est comme cela que je récolte les visions de tout le monde. Si la personne est physiquement devant Anya, c'est la personne elle même qui partage la vision avec elle. Sinon, si elle voit une simple photo ou une peinture, Anya est la seule à voir le futur de la personne. Ca a été le cas pour Harry Potter, et pour bien d'autres.
-Je suis désolée, lança alors Anya. Elle serrait sa poupée fort contre elle les visions où il y avait des blessés ou des morts étaient toujours les plus perturbantes pour elle.
-Ce n'est pas grave ma chérie. Tu n'as pas à t'excuser, ce n'est pas de ta faute. Il est temps de te mettre au lit.
Sans broncher, elle alla s'installer sous ses couvertures, en gardant toujours sa poupée contre elle. Dumbledore se demanda comment une petite fille de 8 ans pouvait dormir sereinement après avoir vue une scène aussi atroce que celle qu'elle venait de voir. Mais il comprit rapidement qu'Archimède lui effaçait la mémoire pour qu'elle ne garde plus aucune souvenir de ce qu'elle avait vu. Il avait récupéré la vision dans sa fiole, alors elle n'avait pas besoin de garder quoi que ce soit en tête.
-Archimède ? demanda Dumbledore en sortant de la chambre de la fillette.
-Je sais ce que tu vas me dire Albus, tu n'as pas de moyens de savoir si ce qu'elle t'a montré est vrai. Je vais te montrer plusieurs de ses visions, et tu verras qu'il n'y a pas de doutes possibles. Toutes les visions d'Anya se sont concrétisées dans notre réalité. Celles qui ne l'ont pas été…le seront dans un futur proche. C'est le cas pour la vision concernant Harry. Je ne sais pas ce qu'Anya t'as montré, j'irai voir ça plus tard. Mais crois-moi, tous les choix que tu seras amené à faire à partir de maintenant ont déjà été anticipé, et conduiront inéluctablement à ce que tu as vu dans la vision de ton futur qu'elle vient juste de te montrer.
-Alors, ce qu'elle nous montre est un destin auquel on ne peut pas échapper ? Tu es vraiment sûr de ça ?
-Non, répondit Archimède avec un petit sourire, alors qu'il ouvrait une autre porte, qui menait à son bureau. J'ai dit que tous les choix que tu allais faire allaient conduire à ce destin. Ca n'incluse pas les choix que les autres personnes feront. Il suffit d'une autre personne clairvoyante pour que toutes les cartes soient redistribuées.
-Je vois. C'est comme avec Sibylle et la Prophétie concernant Harry.
-Exactement. Si Anya avait existé à l'époque, elle aurait probablement pu montrer un futur heureux à James et Lily Potter. Mais Sybille Trelawney a fait cette Prophétie, grâce à son don de clairvoyance, et tout à changer pour eux, et pour nous tous. Tu as déjà dû toi même te poser la question à l'époque : est ce que c'est parce que Tu-Sais-Qui avait décidé d'assassiner les Potter que Sybille Trelawney l'as vue en vision ? Ou est-ce que c'est parce qu'elle a eu une vision sortie de son imagination, qu'un de ses partisans l'a entendue et l'a rapporté au Mage Noir qu'il a décidé de tuer les Potter ?
-C'est une question qui me hante chaque jour depuis ce terrible 31 octobre.
-Et bien c'est pareil pour Harry, ajouta Archimède en faisant apparaître sa pensine et en y déposant des gouttes translucides d'un flacon indiquant le nom « Harry James Potter ». Le futur que tu es sur le point de voir est immuable, à moins qu'une personne clairvoyante ne vienne redistribuer les cartes.
C'est sur ces derniers mots, et avec beaucoup d'incompréhension que Dumbledore plongea son visage dans la pensine, pour voir le fameux souvenir qui avait poussé son vieil ami à alerter le Ministère et surtout à voyager dans le temps avec Harry. Il s'attendait à tout désormais, mais même dans ses pires cauchemars, il n'aurait pas pu imaginer que le futur puisse être aussi sombre et aussi violent.
oOo
C'est avec le goût désagréable du sang dans la bouche que Harry se réveilla un goût qu'il ne connaissait que trop bien maintenant. Les Mangemorts en herbe, parce que c'était bien ce qu'ils étaient, l'avaient laissé là, au milieu du couloir, sur la pierre froide du sol pour qu'il reprenne conscience de lui même. Bien sûr il était seul, personne n'était passé dans cette partie reculée du château depuis le piège que Matthew lui avait tendu.
Matthew…
Harry se releva péniblement. Ses côtes étaient affreusement douloureuses, son genou droit était mal en point et il devait avoir de nombreux hématomes partout sur le corps mais il essaya de ne pas penser à la douleur. Toutes ses pensées étaient focalisées sur Matthew. Au début il ressentit énormément de haine pour le jeune homme, pour sa trahison et son manque de courage et puis peu à peu, à mesure qu'il avançait dans le couloir qui menait à la Salle Commune, la colère d'Harry s'atténua.
Combien de familles de sorciers avaient été brisées par le retour de Voldemort ? Combien de personnes vivaient dans l'angoisse et la peur de disparaître ou de voir des proches disparaître ? Il pensa un instant à la sœur de Matthew. Sans savoir quel âge elle avait, ni à quoi elle ressemblait, il eut beaucoup de peine en pensant à elle, et en imaginaient les horreurs qu'elle devait endurer en étant prisonnière des Mangemorts. Aurait-il lui même agi comme le jeune Serdaigle qu'il avait eu une sœur retenue prisonnière ? Probablement.
Le problème ce n'était pas Matthew. Le problème c'était ses élèves Mangemorts, c'était Rogue leur Directeur de Maison et…c'était Dumbledore, le Directeur de l'école. Ils avaient tous leur part de responsabilité, alors que les autres, ceux comme lui, comme Matthew, souffraient.
Alors qu'il boitait péniblement en marchant dans les couloirs, il croisa le groupe de Professeurs et d'Aurors. Dumbledore avait encore sa cape de voyage, il venait probablement de rentrer d'un périple pour en apprendre plus sur les Horcruxes. C'est du moins ce que Harry pensa. Impossible pour lui de rebrousser chemin ou d'emprunter un autre couloir, il était obligé de passer devant eux.
L'espace d'un instant, d'une seconde, il pensait qu'il allait passer inaperçu, tous semblaient plongés dans de multiples discussions mais alors qu'il passait à côté d'eux, il entendit quelqu'un l'interpeller.
-Harry ?
Il n'y avait qu'une seule personne pour s'adresser à lui avant autant de familiarité… Dumbledore.
Il se tourna, le vieux sorcier lui faisait face, comme tous les autres sorciers et sorcières présentes.
-Tout va bien ? Tu ne sembles pas au mieux de te forme.
-Ca va, souffla Harry en se tournant vers eux.
Mais il s'avait bien que personne n'était dupe. Vu son état, il était clair qu'il n'allait pas bien. Pourtant, il avait déjà moins mal que quand il s'était relevé. A croire qu'il s'habituait à la douleur…il ne pouvait pas y avoir d'autres explications.
-Monsieur Potter…Mais enfin vous avez vu votre état ! lança McGonagall en s'approchant de lui. Qu'est ce que…
-Je suis tombé dans l'escalier, dit simplement Harry.
-Tombé ? Dans l'escalier ? ajouta Davis en s'approchant à son tour. Vous n'arrivez plus à mettre un pied devant l'autre Monsieur Potter ?
-Une vieille farce de Peeves dans un couloir éloigné. Un moment d'inattention…et voilà.
Harry sentit le regard pénétrant de Dumbledore sur lui, comme celui de Rogue mais il arriva à garder son calme, voire même une forme de nonchalance.
-Vous voulez vous rendre à l'infirmerie ? proposa McGonagall en réajustant ses lunettes sur son nez.
-Non, souffla simplement Harry.
Tout ce qu'il voulait, c'était rejoindre la salle Commune, dire à Ron et surtout à Hermione ce qui s'était passé, et aller se reposer. Il avait déjà parlé de ses doutes concernant Malefoy et sa possible condition de Mangemort, et il savait déjà que Dumbledore n'était pas ouvert la discussion. Ca ne servait à rien d'en reparler.
-Pourquoi vous ne nous dites pas simplement la vérité Monsieur Potter ? lança Davis.
-Ce n'est peut-être pas la peine d'insister Monsieur Davis…
-Je suis responsable de la sécurité des élèves dans le château. Je veux être au courant de chaque incident qui se produit dans ces lieux.
L'Auror se tourna vers Harry, qui se sentait fatigué et las.
-Qu'est ce que vous voulez que je vous dise ? Que je ne suis pas tombé, que j'ai été trahi par quelqu'un que je pensais être un ami, que j'ai été attaqué dans un couloir par plusieurs élèves qui ne se cachent pas d'avoir reçu le Marque des Ténèbres ? Que vous avez des Mangemorts sous votre nez et que vous n'êtes même pas fichus de vous en rendre compte ? Qu'ils auraient pu me tuer mais qu'ils ne l'ont pas fait parce que Voldemort veut, je cite « se charger de moi lui même » ?
Harry s'était approché de l'Auror avec un regard noir plein de haine en disant tout ça. Davis avait l'air particulièrement mal à l'aise devant son discours, comme les autres professeurs.
-Comment ça, je…
L'Auror ne trouva pas ses mots.
-Ou peut-être, poursuivit-Harry, que vous voulez que je vous dise qu'ils étaient cagoulés et masqués, que je n'ai pas pu voir leur visage ? Qu'ils n'ont utilisé aucun sortilège pour m'atteindre pour que vous ne puissiez pas remonter jusqu'à eux ? Et qu'il est donc par conséquent inutile de lancer des recherches sur qui sont ces personnes, puisque je n'ai aucune preuve ?
Harry marqua une pause personne ne semblait vouloir réagir.
-Non ? Alors il vaut mieux que je vous dise que je suis tombé dans l'escalier. Ca vaut mieux pour tout le monde.
-Harry, dit finalement Dumbledore, si tu as été agressé dans l'enceinte de l'école…
-Je n'ai vraiment pas envie qu'on me dise que je divague, que je me fais des idées ou bien encore que je n'ai aucune preuve de ce que j'avance ! acheva Harry en regardant Severus.
Il plongea ensuite son regard de nouveau dans celui du Directeur.
-C'est un simple conflit entre élève. Ce n'est pas le premier. Il se réglera comme tous les autres…entre élèves.
-Si vous faites quoi que ce soit à un autre élève…, s'exclama Severus.
Avant qu'il ne termine sa phrase, les murs et les fenêtres se mirent à trembler. Un souffle glacial traversa le couloir, faisant vaciller les flammes dans les torches attachées au mur. Severus s'arrêta net, en fronçant les sourcils, le regard toujours tourné vers Harry. Ce dernier se contenta de soutenir son regard, personne n'ajouta rien, aucun n'étant en mesure de véritablement expliquer ce qui venait de se passer, ni pourquoi l'air était devenu aussi lourd tout à coup.
-Je peux y aller maintenant ? demanda Harry en regardant seulement Dumbledore, sachant pertinemment que sa seule autorisation ferait taire tous les autres.
-Tu ne veux vraiment pas aller à l'infirmerie pour que Madame Pomfresh…
-Non ! Ce sont des blessures superficielles, ça se guérira tout seul. J'ai juste envie de me reposer.
Dumbledore n'insista pas, après avoir évalué rapidement son état et les quelques bleus qu'il avait sur le visage.
-Très bien Harry, dans ce cas là, tu peux t'en aller.
Et sans un dernier mot, Harry s'éloigna, toujours en boitant légèrement. Les autres professeurs et Aurors prenant congés peu à peu à leur tour également.
-Severus ? demanda alors Dumbledore alors que tout le monde s'éloignait.
-Albus ?
-Avez-vous réussi à entrer dans l'esprit d'Harry pour voir ce qui s'était passé ?
-Je dois avouer que non…dit Severus entre ses dents. Depuis quand Potter a t-il développer des dons d'Occlumencie ? demanda ensuite le Maître des Potions en fronçant les sourcils.
-A ma connaissance, il n'a jamais réussi à développer de quelconque dons dans cette discipline, avoua Dumbledore dans un murmure, le regard inquiet, alors qu'il voyait Harry disparaître à l'angle d'un couloir.
oOo
En arrivant dans la Salle Commune, il vit le regard horrifié d'Hermione en voyant son état, et celui, perplexe de Ron. Heureusement, ses amis étaient les deux seuls encore présents dans la pièce, tout le monde était parti se coucher.
-Mon Dieu Harry, mais qu'est ce qui t'es arrivé ?! s'exclama Hermione.
Harry soupira, avant de se jeter dans l'un des canapés. Il était encore en colère, en colère contre Dumbledore et les Professeurs qui ne voyaient rien ou plutôt qui ne voulaient rien voir, en colère contre les Aurors qui ne faisaient pas leur travail correctement, en colère même contre ses amis qui n'avaient pas voulu le croire quand il avait parlé de ses doutes sur Malefoy. Et voilà, tout cela avait conduit à son agression cette nuit. Il ressentit alors une grande vague de tristesse, en pensant que la seule personne qu'il aurait cru en écoutant ses doutes, et qui l'aurait aidé à se défendre, Sirius, n'était plus de ce monde.
Il soupira à nouveau, ça ne servait à rien de s'énerver contre ses amis.
-Des élèves pas très contents de me voir dans le château.
Hermione passa sa baguette près de sa joue, et son plus gros hématome disparu presque instantanément. Harry lui sourit pour la remercier.
-Qu'est ce que tu veux dire ? lança finalement Ron en s'asseyant à côté de lui.
-Il y a des Mangemorts dans le château, avoua simplement Harry.
Ron ouvrit de grand yeux, mais Hermione lui fit signe de se taire, pour que Harry puisse poursuivre.
-Ce ne sont pas vraiment des Mangemorts bien sûr. Qu'ils aient la Marque ou non, ils ne sont pas vraiment des serviteurs de Voldemort, ils sont encore simplement étudiants ici. Mais ils sont autant Mangemort que nous nous sommes Membres de l'Ordre du Phénix. On est peut-être pas des membres officiels, on n'est peut-être encore que des sorciers et des sorcières de premier cycle mais on se bat pour nos convictions…Et eux se battent pour les leurs.
-Et donc ils s'en sont pris à toi ici ? dit Ron en fronçant les sourcils.
-Oui, dans un couloir. Ils m'ont dit qu'ils voulaient faire passer un message, pour que Dumbledore et les autres sachent qu'ils sont là.
-Et Dumbledore, tu lui en as parlé ?
-Je l'ai croisé dans un couloir en revenant. Je ne sais pas trop ce qu'il va faire.
-Il ne va pas te laisser tout seul face à cette menace Harry, dit Hermione faiblement en posant une main sur son épaule pour le rassurer. Il sait ce que la Prophétie représente, et le danger que tu cours à chaque instant, même ici.
-Il ne m'a pas cru pour Malefoy…personne ne m'a cru d'ailleurs.
-Malefoy était là ? demanda Hermione songeuse.
-Je ne sais pas. Ils étaient plusieurs mais ils étaient masqués, je n'ai pas vu leur visage.
Harry n'ajouta rien. Il savait bien que sans preuve, il ne pouvait pas accuser qui que ce soit.
-Comment ça se fait qu'ils te soient tombés dessus à plusieurs alors que tu étais seul ? Personne n'est venu t'aider ?
-Non j'étais dans le couloir près du rempart sud, personne ne passe jamais par là-bas.
Ron eut un petit rire nerveux.
-Qu'est ce que tu faisais là-bas, tu bécotais une fille à l'abri des regards ?
Harry sourit faiblement à la blague de son ami, mais il plongea ensuite son regard dans celui d'Hermione. Elle fronça les sourcils, avant de se relever.
-Qu'est ce que tu faisais là-bas Harry ? demanda-t-elle à son tour, fébrile, en voyant qu'il était mal à l'aise.
-Matthew m'y a emmené, avoua finalement Harry.
Il hésita avant de poursuivre, jugeant dans un premier temps la réaction d'Hermione, mais elle ne disait rien. Elle s'était simplement relevée.
-Attends…Quoi ? Matthew ? Le Matthew d'Hermione ? Mais pourquoi est ce qu'il…
-Il a fait ça pour sauver sa sœur. Ou du moins, pour tenter de la sauver.
C'était Ron qui avait posé la question au sujet du Serdaigle, pourtant Harry n'avait pas détourné les yeux d'Hermione en lui répondant. C'est à elle surtout qu'il devait la vérité, c'est elle qui devait savoir, même s'il comprenait en grande partie pourquoi Matthew avait fait ça, la trahison n'en était pas moins douloureuse.
-Co…comment ça ?
Hermione eut du mal à articuler ces deux mois, Harry et Ron ne l'avaient jamais vu avec un regard aussi perdu. Harry se releva à son tour du canapé, pour s'approcher d'elle, mais elle fit un pas en arrière.
-Il m'a dit que les Mangemorts avaient enlevé sa petite sœur. Au début de l'année, il a été contacté par les élèves qui m'ont attaqué. Ils lui ont dit que s'il arrivait à m'amener à l'écart pour qu'ils me tombent dessus, ils en parleraient dehors pour que sa sœur soit relâchée.
-Non mais c'est de la folie ! s'exclama Ron en se relevant finalement lui aussi.
-Tu crois ? dit simplement Harry en se tournant vers son ami. Tu ne serais pas prêt à tout pour sauver Ginny si elle était retenue prisonnière ?
-Harry, jamais je ne te livrerais à qui que ce soit soit pour sauver un membre de ma famille…
-Je le sais Ron. Et tu ne le ferais pas, à la fois parce que tu es quelqu'un de bien et qu'on est ami. Mais il y a beaucoup de gens dans ce château qui ne me connaissent pas, ou à peine, poursuivit Harry, cette fois en regardant Hermione. Et eux seraient prêts à le faire, non pas parce qu'ils sont mauvais, mais simplement parce qu'entre un étranger et leur proche, ils choisissent leur proche.
Ron n'ajouta rien, plus personne ne parlait de toute façon, il n'y avait pas grand chose à rajouter ?
-Je n'arrive pas à le croire, souffla simplement Hermione. Non je…je ne peux pas le croire.
-Hermione…
-NON ! Matthew n'aurait jamais fait ça. Il est droit, intègre, il a des valeurs. Jamais il n'aurait mis ta vie en danger pour une simple promesse de potentiellement pouvoir revoir sa sœur. On ne sait pas ce que les Mangemorts vont faire.
-Tu ne le connais peut-être pas aussi bien que tu le pensais.
-Je te dis qu'il n'aurait jamais fait ça Harry ! On a peut-être essayé de te tromper, peut-être que c'était un autre élève Mangemort sous Polynectar, peut-être qu'ils lui ont lancé un Impero…
-Je ne crois pas Hermione…
-QU'EST CE QUE TU EN SAIS ?!
Hermione était hors d'elle, tout son corps était en train de trembler, elle pleurait, probablement à la fois de tristesse et de colère. Les garçons ne savaient pas quoi faire, mais Harry était sûr que c'était bien Matthew qu'il avait eu en face de lui.
-Tu deviens irrationnelle Hermione. De toute façon, tu n'auras qu'à lui poser la question directement quand tu le verras.
-Oui c'est ça. J'aurais simplement à lui poser la question…et mon monde s'écroulera simplement.
Et sans rien ajouter d'autre, elle s'éloigna pour disparaître dans l'escalier menant au dortoir des filles. Ron avait levé la main pour essayer de la retenir, mais elle était passée devant lui sans même lui adresser un regard. Harry ne s'était pas attendu à cette réaction. Il n'avait jamais parlé ave Hermione de sa relation avec Matthew, il ne savait pas qu'elle tenait à ce point à lui. A son tour, Ron pris congé pour aller se coucher. Harry resta un moment seul, dans la Salle Commune, perdu dans ses pensées. Exténué, les côtes encore un peu douloureuses, il s'effondra sur son lit sans passer par la salle de bain, et tomba directement dans les bras de Morphée. S'il avait pris le temps de se regarder dans un miroir, il n'y aurait pas vu le reflet d'un garçon maigrichon aux yeux émeraudes, mais celui d'un mage à la peau pâle et aux yeux flamboyants, un rictus dessiné au coin des lèvres.
De l'autre côté du château, au niveau des cachots, dans une autre Salle Commune, celle des Serpentard, un autre garçon ne trouva que difficilement le sommeil. Drago Malefoy était le dernier de sa maison à aller se coucher ce soir là. Comme tous les autres de sa « bande », si on pouvait appeler cela comme ça, il avait pris soin de cacher sa robe de sorcier et son masque de Mangemort dans un endroit où personne ne pourrait les trouver. Il n'avait que vaguement hésité à en être quand le plan de se servir d'un autre élève pour atteindre Potter était apparu. Longtemps il avait pensé que mettre une raclé au balafré lui procurerait énormément de joie et de soulagement. Mais la vérité était tout autre. Il n'avait pas été leader sur la petite séance de torture quand ils s'étaient tous servis de Potter comme d'un punching-ball. Non c'était Blaise Zabini qui avait géré le groupe, Drago avait seulement participé. Potter était pourtant son ennemi à lui depuis toujours, depuis le jour où ils avaient franchi les portes de l'Ecole pour la première fois. Oui c'était son ennemi, alors il l'avait frappé, une fois au visage, puis deux, puis une fois dans le flanc. A chaque nouveau coup il attendait la délivrance, cette joie qu'il avait longtemps attendu et qui ne venait pas. Qui ne vint jamais. Et maintenant qu'il allait se coucher, il ne ressentait qu'une chose, un poids énorme au fond de son cœur qu'il n'avait encore jamais ressenti et qu'il ne comprenait pas. Est ce que c'était ça, le poids de la culpabilité ?
