(herm) Aphrodite

Par Maria Ferrari

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Les personnages de Vision d'Escaflowne ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.

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—Chapitre 21—

Allen trouva sa sœur passablement excitée le lendemain ; elle remuait dans tous les sens, ne disait pas un mot, d'un seul coup se figeait, restait immobile pendant quelques instants, se remettait à marcher à travers la pièce sans but apparent. Allen décida d'en avoir le cœur net ; il attrapa sa sœur par le bras pendant qu'elle passait à côté de lui pour la septième fois en deux minutes. La coupant dans son élan, il faillit être renversé de sa chaise.

« Serena, qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-il. Il y a quelque chose qui ne va pas ?

— Tu ne comprendrais pas », assura Serena à mi-voix, les yeux perdus dans le vague. Si Allen avait horreur de quelque chose, c'était bien qu'on sous-estime ses capacités de compréhension.

« Si tu ne me dis pas ce qui ne va pas, comment peux-tu être sûr que je ne comprendrais pas ?

— Tu ne vas pas être content. »

De même que pour la compréhension, qu'on sous-estime sa tolérance agaçait Allen ; Dilandau lui en avait tellement fait voir, il s'en était pris tellement dans la figure avec lui qu'il s'estimait, à juste titre, blindé. Il réfléchit à ce qu'il avait appris au contact de Dilandau, opta pour la voix de la diplomatie : « A te voir t'agiter comme un lion en cage, je devine que tu dois avoir un problème à résoudre ; va savoir, je détiens peut-être la solution.

— Voilà qui me surprendrait ! » s'exclama Serena. Allen se sentit un peu vexé par cette remarque : « Admettons que je ne l'ai pas, peut-être suis-je tout de même capable de te donner des pistes pour la trouver ?

— Tu ne feras qu'empirer les choses.

— Laisse-moi donc une chance ! »

Serena le contempla d'un air rêveur. Il avait raison, elle devait lui laisser une chance ; le séjour de Dilandau au manoir l'avait fait beaucoup évoluer, et dans le bon sens. Elle en voulait à son alter-ego parce qu'elle estimait qu'on le préférait, elle devait cependant au moins lui rendre cela : elle lui devait beaucoup, au moins pour l'influence positive qu'il avait eue sur Allen. C'était grâce à Dilandau que son frère avait jeté aux oubliettes le projet de la marier, c'était aussi grâce à lui qu'elle allait avoir plus de facilité à annoncer qu'elle était homosexuelle car Dilandau avait déjà débroussaillé le terrain.

« Promets-moi que tu ne te fâcheras pas. » Allen commença à s'inquiéter, une confidence qui commence pareillement, c'était mauvais signe. Il promit tout de même et s'attendit au pire. Serena inspira profondément : « Hier, quand Helena est venue…

— La cousine de Sophie, intervint Allen en hochant mollement la tête. Elle est très gentille, un peu turbulente et rebelle mais c'est de son âge… D'ailleurs, elle a le même âge que toi.

— Je sais tout cela. Du moins… je sais ce qui m'intéresse. Ne m'interromps pas, c'est déjà assez difficile. Il se trouve que… et puis zut ! Allons-y franchement : je crois que j'ai le béguin pour elle. »

Les yeux d'Allen s'agrandirent.

Elle aussi ? Elle aussi elle était homosexuelle ? Ils s'étaient donné le mot ! Allen s'exhorta au calme, tout allait bien, il n'y avait rien de grave, il l'avait bien accepté pour Dilandau, pourquoi n'en ferait-il pas autant pour Serena ? Ce n'était sans doute même pas vrai, elle le testait pour endurer sa tolérance.

« C'est une mode ? demanda-t-il en manière de plaisanterie, l'accompagnant d'un léger rire.

— Non, répondit Serena gravement. Quand elle est arrivée en face de moi, je me suis sentie bizarre. Attention ! Je ne dis pas que je suis amoureuse ! Mais… elle me fait quelque chose.

— Vous avez vraiment décidé de me mener la vie dure toi et Dilandau, soupira Allen.

— Désolée.

— Serena, je ne suis pas fâché ; jamais plus je ne le serai sur ce sujet : ce qui s'est passé avec Dilandau m'a vacciné. Je vais bien sûr devoir m'habituer à cette idée ; si ça se confirme parce qu'après tout, ça ne t'a fait ça qu'avec une seule fille… à moins que tu ne m'aies pas tout dit ?

— C'est la première fois que ça m'arrive.

— Cela peut arriver d'être attiré par quelqu'un de son propre sexe même quand on est norm… hétérosexuel. Oui, cela arrive.

— ça t'est déjà arrivé à toi ? » s'exclama Serena en regardant son frère intensément. Celui-ci détourna les yeux et sa sœur jura qu'il rougissait ; voilà qui était surprenant. Serena n'aurait jamais cru ça de lui. Elle revint à son problème, se promettant de se pencher sur celui d'Allen plus tard.

« A priori, je pense que j'aime les femmes ; je n'ai jamais été attirée par les hommes.

— Ne sois pas si catégorique ! Laisse-toi au moins une chance de vérifier, l'invita Allen. Oh ! Et s'il te plait, fais attention avec Helena, elle est très gentille, mais j'ignore comment elle prendrait ça si elle l'apprenait. »

Serena se mordit la lèvre. Il avait raison, elle pourrait très mal le prendre ; cependant, elle était attirée par elle et avec un peu de chance, cela pourrait être réciproque. Cela serait dommage de taire son attirance si Helena ressentait la même chose de son côté. D'ailleurs, pourquoi Helena ne ressentirait-elle pas la même chose ? Cela avait bien été le cas entre Dilandau et Van, pourquoi ce genre de choses arriverait-il à Dilandau et pas à elle ? Elle méritait autant que Dilandau de vivre une belle histoire d'amour. Il n'y avait pas de raison ! Elle le méritait même plus que lui en tant que l'être premier, sinon le monde serait d'une injustice flagrante !

« Il faut que je lui dise ! » décida-t-elle. Allen s'apprêta à parler. « Non, le coupa-t-elle. Je ne vais pas rester comme une imbécile à me morfondre pour elle alors qu'elle ressent peut-être la même chose de son côté et qu'elle n'ose pas me le dire de peur de ma réaction ! Si nous restons toutes les deux à ne rien dire de peur de la réaction de l'autre, et bien… et bien… rien n'avance et on ne fait jamais rien ! argumenta Serena.

— Serena, tu n'as pas l'impression de te monter la tête ? Tu sais les chances qu'il y a pour que tu aies raison ? Même pas une sur mille ! Peut-être encore moins !

— Même infime, il y a une chance pour que j'aie raison. Et si c'est le cas, est-ce que cela ne serait pas trop bête de rester seule chacune de notre côté ?

— Sans doute… mais j'aimerais mieux que tu n'ailles pas au devant d'une lourde déception », dit Allen d'un ton soucieux. Il s'inquiétait sincèrement pour sa sœur. « Serena, tu fais ce que tu veux, je refuse de t'empêcher de faire quelque chose pour que tu m'en veuilles après ; quoi qu'il en soit, ne te monte pas trop la tête, ce n'est pas parce qu'elle te fait de l'effet que tu es amoureuse.

— Si je ne lui dis pas, je vais le regretter toute ma vie.

— Et si tu lui dis et qu'elle le prend mal ?

— Peu importe, je préfère avoir des remords que des regrets ! Pas toi ?

— Ton point de vue se défend, avoua Allen. Tout ce que je veux, c'est que tu sois heureuse. Alors, si tu décides de lui dire, je te souhaite bonne chance. Mais réfléchis-y bien d'abord. »

Allen tourna les talons et sortit du manoir.

~oOo~

« Entre », invita Van d'une voix faiblarde et résignée. Il savait qui se tenait derrière la porte de sa chambre et la cognait avec insistance ; il savait aussi ce que cette personne avait à lui dire. Vargas entra.

« Vous n'avez pas mangé à midi », sermonna-t-il.

Et de un.

« On m'a dit que vous n'aviez rien mangé non plus ce matin. »

Et de deux.

« Si vous continuez comme ça, vous allez vous affaiblir. »

Van poussa un profond soupir. Tout le malheur du monde semblait s'être abattu sur ses épaules. Il respirait la tristesse ; la teinte de son visage commençait à virer au gris.

« Vous allez finir par en mourir ; vous devriez avoir honte de vous préoccuper si peu de votre peuple et de ne pas vous soucier de le laisser tomber.

— Mon peuple se débrouille très bien sans moi », assura Van. Ce qui n'était pas son cas sans Dilandau.

Vargas regarda sévèrement Van ; il avait espéré, par cet argument, le culpabiliser et le forcer à mieux s'alimenter, à faire plus attention à lui. S'il parvenait à l'intéresser à quelque chose, son roi finirait peut-être par oublier ce Dilandau. Il avait l'impression que son roi refusait de se relever ; il commençait à croire qu'il avait volontairement décidé de se morfondre dans son chagrin.

« Un jour, j'ai vu un homme mourir d'une drôle de manière. »

Van fronça les sourcils. Vargas venait quasiment tous les jours pour le sermonner, chaque fois, le discours était à peu près le même, pratiquement les mêmes mots, pratiquement dans le même ordre. Le refrain semblait cette fois changer ; il prêta attention à ce que disait son mentor.

« C'était un de mes soldats. Je l'ai vu dépérir de jour en jour. Au début, j'ai cru qu'il avait attrapé une maladie grave – d'ailleurs, certains de mes soldats ont eu la trouille que ce soit contagieux. Avant de mourir, il m'a avoué qu'il avait pris une sorte de médecine pendant très longtemps. C'était une médecine à base d'herbe rare. Il l'achetait très cher, cela le faisait se sentir bien… extrêmement bien. Un jour, très peu de temps avant qu'il ne tombe malade, celui qui lui fournissait cette… substance est tombé à court. Mon soldat a donc cessé d'avoir sa dose quotidienne – car il en prenait une fois par jour. Il a commencé à se sentir très mal, cela lui manquait. Cela lui manquait tellement qu'il a fini par en mourir quelques jours plus tard.

— Où veux-tu en venir ? questionna Van, intrigué.

— Votre médecine à vous, Maître Van, celle qui vous faisait vous sentir bien, c'était ce Dilandau. » Vargas se rapprocha de la porte et l'ouvrit, prêt à sortir. « Je ne veux pas qu'il vous arrive ce qui est arrivé à mon soldat.

— Alors, redonne-moi de ma médecine ! implora Van comme si Vargas pouvait exaucer son souhait.

— Je n'apprécie pas vraiment ce Dilandau ; pourtant, s'il était en mon pouvoir de le ramener, je le ferai… rien que pour vous rendre le sourire et l'appétit. Hélas, j'en suis incapable. »

Vargas se retira ; Van resta les yeux dans le vague. Vargas avait raison, ce n'était pas en son pouvoir ; mais lui pouvait le faire… s'il s'aidait d'un objet. C'était mal, Folken serait furieux s'il faisait une telle chose, il avait dit qu'il ne fallait s'en servir que si c'était vraiment nécessaire et pour le bien de tous. Il jugerait probablement que ce n'était pas le cas.

Van se roula en boule. Il n'avait pas le droit de faire cela, cela ne remplissait pas les conditions que Folken avait édictées… du moins, une des conditions n'étaient pas remplie, ce n'était certes pas pour le bien de tous, que pour son bien à lui… mais c'était nécessaire, il se sentait tellement mal !

Personne n'en saurait rien ; ils se diraient tous que Dilandau était revenu naturellement.

~oOo~

Serena marchait dans Palas à la recherche de la maison, sa maison. Cela faisait déjà quelques jours qu'elle avait vu Helena ; elle avait fait comme avait dit Allen, elle avait réfléchi, peser le pour et le contre, en était toujours revenu au même point : elle devait lui dire.

Elle s'arrêta devant une maison d'apparence vaguement bourgeoise, se posta devant la porte, prit une profonde inspiration, dirigea une main hésitante vers le marteau de la porte… avant de la retirer brusquement ; elle allait tourner les talons, toute volonté la quittant devant la peur de se voir rejeter, lorsque la porte s'ouvrit d'elle-même ; c'était Helena qui sortait.

« Oh ! Salut ! Tu es la sœur d'Allen !… heu… Serena, c'est ça ? »

Serena resta paralysée ; elle avait mis du temps à se souvenir de son prénom ; elle l'avait d'abord appelée "la sœur d'Allen".

« ça va ? » continua la jeune fille rousse devant le silence de Serena.

Helena ne l'avait pas plus remarquée que cela, elle se souvenait à peine d'elle après seulement quelques jours. Dieu ! C'était cruel.

« Hé ho !

— Comment ? fit Serena en reprenant ses esprits.

— Tu vas bien ? T'es bien silencieuse ! Qu'est-ce que tu es venue faire ici ?

— Rien, rien du tout, répondit précipitamment Serena. Je passais, c'est tout.

— Ah bon ?… Salut alors ! Je dois y aller, on m'attend. »

Après ces quelques mots, Helena ferma sa porte à clé et s'éloigna. Serena la suivit des yeux et vit un garçon dissimulé dans une ruelle se montrer et lui faire bonjour de la main ; elle le rejoignit, jeta un coup d'œil furtif derrière comme pour vérifier que personne ne la voyait avec ce garçon… en dehors de Serena qui était une fille de son âge et devait bien comprendre ; elle lui adressa un clin d'œil complice. Oui, Serena comprenait… hélas ! Quand elle le vit passer son bras autour de sa taille et l'embrasser avant de disparaître dans la ruelle, ce fut comme un dernier coup en plein visage.

Elle devait s'estimer heureuse ; elle n'avait pas fait ce qu'elle avait prévu de faire, elle n'avait pas avoué son amour, elle s'était épargné une humiliation, c'était toujours ça. Penser que cela aurait pu être pire, qu'elle s'en sortait bien ne changeait rien à la douleur dans son ventre devant cette déception. Elle repartit vers le manoir, marcha lentement, accéléra le pas, se mit à courir. Arrivée au manoir, elle se précipita dans sa chambre, claqua la porte, s'enferma à clé et poussa un hurlement aigu ; elle trépigna en continuant à hurler ; elle se calma, s'appuya sur la porte et se laissa glisser sur les genoux.

« Pourquoi ? Pourquoi Dilandau a-t-il droit à de meilleures choses que moi ? C'est pas juste ! C'est pas juste ! »

Les larmes roulèrent sur ses joues.